Il est difficile de mesurer à quel point, bien au-delà de leur utilité immédiate, les modèles de langage génératifs comme ChatGPT vont bouleverser nos représentations du monde et donc le changer profondément, religions, idéologies, philosophies devenant instantanément obsolètes. En cela, on peut dire que l'IA va bien détruire les anciennes civilisations mais ce sera par la révélation (si déceptive) du fonctionnement de notre esprit. En effet, partout on répète à foison que ces intelligences artificielles n'ont rien à voir avec notre propre intelligence or il n'y a rien de plus faux.
Certes il est exact qu'elles n'ont aucune conscience ni même compréhension de ce qu'elles produisent et il est indéniable qu'il leur manque plusieurs dimensions de notre psychisme. Il y a d'abord l'absence des dimensions biographiques et morales (un long apprentissage par renforcement et la construction de récits de soi) qui constituent notre véritable conscience personnelle - qui est bien essentiellement une conscience morale impliquant une compréhension de sa situation - mais, de plus, comme on va le voir, il manque au simple niveau cognitif (pour peu de temps encore?) l'indispensable complémentarité entre intuition ou perception et raison (soulignée d'Aristote à Kant) y compris pour la production de langage, la fonction critique de l'intelligence, l'esprit qui dit non, modérant la crédulité et le conformisme de la pensée. Ce dualisme des processus utilisés, un peu comme les "réseaux adverses", est effectivement incontournable pour valider l'insertion de l'information reçue dans une base de connaissances fiable.
Sauf que ces vérifications sont beaucoup moins omniprésentes qu'on ne le suppose dans ce qu'on dit, la plupart du temps très semblable au traitement automatique des modèles génératifs de langage, qui reproduisent d'ailleurs tout autant la connerie humaine, ce qui a été dénoncé dès le début. La fiabilité de wikipédia avait été dénigrée de la même façon, non sans raisons mais sans que cela n'annule les apports considérables de l'encyclopédie (en progrès). Il ne s'agit pas de faire croire qu'on aurait avec ChatGPT une intelligence parfaite, seulement une intelligence au moins aussi imparfaite que la nôtre mais ayant accès à plus de sources. On peut considérer du reste la connerie comme l'inévitable conséquence d'un apprentissage qui n'est pas tiré de l'expérience mais de ce qu'on nous a dit depuis l'enfance, apprentissage forcément servile et dogmatique, lié de plus à nos appartenances, arrivant à nous faire croire au Père Noël. Pas étonnant que cette connerie se soit retrouvée dans les IA précédentes, reprenant toute la connerie humaine telle qu'elle s'exprime abondamment sur les réseaux sociaux - ce qui les avait disqualifiées. Il a donc fallu y remédier (partiellement) par des corrections programmées, pour être simplement utilisables, tout comme on ne peut se passer de modération dans les forums. Cela montre quand même qu'on est loin de l'idéal rêvé et que, comme toujours, il n'y aura pas que des conséquences positives à cette révolution cognitive qui n'est pas immunisée contre toute connerie ni contre son détournement vers des usages dangereux. Non, mais leurs performances remarquables tout autant que leurs faiblesses posent de nouvelles questions à notre compréhension de l'intelligence et de notre propre pensée, décidément devenue sans mystère et débarrassée de cette supériorité qui faisait notre orgueil.
Ce qu'on ne dit pas assez, en effet, voire pas du tout, c'est que l'IA et la neuro-imagerie progressent ensemble depuis l'utilisation des réseaux de neurones. Il vaudrait mieux faire savoir qu'on a ainsi avec ces modèles de langage un fonctionnement à peu près identique à celui du cerveau humain pour traiter le langage, basé de façon très surprenante sur la mémoire à court terme et la prédiction du mot suivant en fonction du mot précédent et du contexte, tout comme ChatGPT, procédure très simple mais qui se révèle étonnamment puissante. On le sait depuis octobre 2021 au moins et j'avais déjà souligné en avril 2022 l'importance de cette nouvelle convergence entre l'Intelligence Artificielle et le fonctionnement du cerveau, mais il faut avouer que cette découverte assez incroyable restait abstraite avant d'avoir pu la tester et avoir constaté les prouesses époustouflantes de ce mécanisme minimal (avant d'en éprouver toutes les limites malgré tout). Pour parler et répondre, il suffirait donc d'appliquer la règle la plus simple qui est de dire ce qui est la norme, le mot qu'on attend de nous, c'est-à-dire trouver le mot le plus probable à dire dans cette circonstance pour compléter les phrases et les conversations. [C'est un peu plus compliqué, il faut ajouter un certain nombre de "réglages fins", en fonction du contexte et de l'expérience, corrigeant des erreurs courantes mais le mécanisme reste bien , comme dans le cerveau, la prédiction du mot suivant]. En tout cas, comme toute découverte scientifique, ce n'est pas du tout une invention humaine, les sciences depuis Galilée contredisant systématiquement nos anciennes théories, déshumanisant notre savoir en l'universalisant, et ce truc qui semble miraculeux n'est encore une fois qu'une imitation du vivant et de ses processus d'apprentissage, consistant neurologiquement à prédire ce qui doit suivre pour comparer ensuite avec ce qui arrive vraiment (prédiction récompensée ou non par la dopamine).
"Toute vraie philosophie est un idéalisme" affirme très justement Hegel, puisqu'elles ne font que manier des idées, mais, en fait, cela veut dire qu'elles sont trompeuses, reprenant les fausses promesses des religions dans la prétention de tout expliquer et nous guérir de la conscience de la mort par quelque formule bien frappée. Même en philosophie, on voudrait nous faire croire à des bobards. Les philosophies qui prétendent donner accès à une béatitude imbécile soustraite à l'extériorité, le Bien suprême à portée de main, rejoignent ainsi par les subterfuges de la raison ce que les Hindous atteignent par des pratiques du corps. L'alternative à cet idéalisme rationalisé n'est pas autre chose que la science et la théorie de l'évolution comme "philosophie" de l'extériorité où les causalités sont extérieures et non pas intérieures.
Les premières pluies orageuses après des semaines de sécheresse éloignent un peu la crainte des incendies. La pandémie recule même si d'autres s'annoncent. La Chine a finalement cessé ses dangereuses manoeuvres d'encerclement de Taïwan qui pouvaient déraper à tout moment et constituaient le plus grand danger - à couper le souffle tant qu'elles étaient prolongées. Le blocus des céréales ukrainiennes a été levé éloignant le spectre des famines si ce n'est de l'inflation. De ce côté le front est pour l'instant stabilisé et la menace nucléaire n'est plus prise au sérieux - sauf un accident de la centrale nucléaire de Zaporijjia pas du tout à exclure mais qui est d'un autre ordre. On parle de plus en plus, de façon un peu prématuré, de défaite russe mais on n'y est pas encore même si c'est l'heure des comptes pour une opération militaire ayant coûté très cher à la Russie et sans doute pour des années.
En ces temps troublés je m'étais décidé à m'équiper d'un minimum de panneaux solaires que j'avais cru dans mes (faibles) moyens, faciles à acheter et installer soi-même, hélas non ! Même dans la vie quotidienne, on peut être frappé à quel point la réalité est très éloignée de l'idée qu'on s'en faisait, et surtout plus complexe.
Le pire s'annonce sur tous les fronts, celui du climat, de la biodiversité, des pandémies à répétition, de la famine, de la fascisation qui gagne même les États-Unis et bien sûr le spectre d'une troisième guerre mondiale opposant les régimes autoritaires aux démocraties libérales. Les canicules se succèdent, la guerre fait rage depuis plusieurs mois à nos portes, l'inflation s'accélère, l'énergie et le blé devraient manquer, entre autres et surtout aux plus pauvres, jamais l'effondrement du système mondial n'a paru aussi imminent mais pour l'instant rien ne trouble encore un quotidien habituel dans l'insouciance d'un été précoce et de grandes vacances précipitées entre deux pics de la pandémie.
Le vote utile n'aura pas été assez massif pour dépasser l'extrême-droite et nous éviter le risque bien réel de sa victoire au deuxième tour. On peut craindre cependant, qu'en ignorant ce qui a donné à Mélenchon l'essentiel des votes de gauche au détriment des autres candidats, il s'en attribue tous les mérites. Pourtant rien ne serait pire que de laisser "La France Insoumise" devenir le parti hégémonique à gauche, la cantonnant à un rôle contestataire.
