Il n’y a pas d’alternative !

Alors que les menaces écologiques se font de plus en plus pressantes, on peut s'étonner du léger des solutions qu'on prétend y apporter, pas du tout à la hauteur des enjeux et sans une véritable vision globale. Au lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante, que ce soit dans sa version religieuse ou libérale, mais, en dehors de quelques marginaux, il n'est jamais question, ou presque, d'une véritable alternative au productivisme qu'on impute à l'avidité humaine plus qu'au système du profit.

On en appelle soit à la conversion des esprits et des coeurs, soit à de simples mesures techniques ou incitations financières, comme s'il était devenu impossible en tout cas de changer un système mondialisé, au moment même où il y aurait tellement besoin pourtant de dispositifs politiques concrets, du local au global, pour adapter notre système de production aux nouvelles forces productives tout autant qu'aux nouvelles contraintes écologiques. On n'y échappera pas, quelles que soient les résistances et les conservatismes. Dès lors, la question n'est pas tant celle de l'ancien système, ni de simplement le brider par des lois, des luttes ou par nos prières, que de savoir par quoi le remplacer et d'en construire un autre plus adapté à notre temps, combinant une inévitable relocalisation de l'économie avec toutes les institutions du travail autonome et du développement humain.

Hélas, les instruments principaux d'une alternative au salariat productiviste comme à la mondialisation marchande paraîtront sans doute bien exotiques par rapport aux modèles de référence et à nos habitudes de pensée, voire complètement hors de propos : monnaies locales, coopératives municipales, revenu garanti ! Il n'y a pas d'autre alternative pourtant, ni libérale, ni autoritaire, ni morale.

La confusion des esprits

Avec notre entrée dans l'ère de l'information, de l'écologie et de l'unification du monde qui en résulte, nous vivons sans doute un des plus grands bouleversements que l'humanité a pu connaître, périodes de rupture où les idées changent, où d'anciennes évidences se renversent, où les esprits s'égarent et l'incertitude domine. Les anciennes idéologies et les réponses qu'elles donnaient se révèlent complètement inadaptées à notre nouvelle situation. Tout est à repenser mais il y a de nombreux écueils sur le chemin. Il faut bien avouer qu'il n'y a pas de solution simple car nous sommes ici face à un problème particulièrement difficile et complexe.

Si on se met dans la perspective de l'histoire des idéologies, on peut caractériser notre moment historique comme celui du passage d'une hégémonie presque totale du néolibéralisme, depuis plus de 30 ans, à celle toute opposée d'une écologie régulatrice, ce qui ne veut pas dire qu'on sache encore très bien ce que cela signifie entre conceptions mystiques et technocratiques. Ce changement de paradigme est cependant d'autant plus problématique que là où le "laisser-faire" pouvait s'arranger de l'imperfection de l'information et des marchés, l'écologie-politique porte en elle l'exigence paradoxale de la prévision et de l'action publique malgré ce manque d'informations et l'incertitude du monde, passage de l'histoire subie à l'histoire conçue. L'accès à ce nouveau stade cognitif dans nos interactions globales avec un milieu incertain et fragile ne va pas du tout de soi, cumulant à la fois les difficultés du principe de précaution et de la construction d'une intelligence collective. Il y faudrait une "démocratie cognitive" très éloignée de nos démocraties de marché actuelles, ainsi que le retour d'un certain collectivisme même s'il est bien différent de l'ancien (il faut le souhaiter!), réfutant l'individualisme libéral par la coopération tout en valorisant l'autonomie de la personne. Cette conscience collective est encore bien hésitante mais elle a déjà commencé à prendre corps pourtant, notamment dans les conférences sur le climat.

Il faut dire qu'en dehors du GIEC, lui-même assez critiquable dans sa modération politique, cette "intelligence collective" a plutôt brillé par son absence jusqu'ici. Il n'y a pas de quoi être optimiste devant l'égarement général, en particulier sur les conceptions mêmes de l'écologie : "Dans la plus grande confusion se mêlent développement durable, sauvegarde de la nature, crise de l'énergie et altermondialisme. Chacun semble persuadé de la nécessité d'une alternative écologiste sans avoir la moindre idée de la façon d'y parvenir, jusqu'à dénier son caractère politique et social pour se contenter d'un catastrophisme sans nuances, de bonnes intentions, de grandes déclarations et de petits gestes..." (L'écologie-politique à l'ère de l'information, è®e, 2006).

La prise de conscience écologique

La première difficulté, c'est effectivement de faire le bon diagnostic, d'arriver à une bonne évaluation des risques écologiques, ce qui est loin d'être évident. Devant les incertitudes, la nécessité d'agir peut toujours être mise en doute par certains, avec plus ou moins de virulence, jusqu'à parler de "psychose collective" à propos du réchauffement climatique ou de "complot des écologistes" ! Cela témoigne du moins que les écologistes sont partout désormais, même dans les gouvernements, et que les irresponsables sont devenus minoritaires. Malgré la difficulté d'établir la vérité des faits et d'y appliquer le principe de précaution, c'est en l'absence de certitude (mais pas d'informations inquiétantes) que l'opinion scientifique puis mondiale a fini par se décider à réagir devant l'ampleur des risques, à part quelques uns qui se voudraient plus malins que les autres et détenir une vérité au nom de convictions intimes qui n'ont plus grand chose de scientifique. Cela n'empêche pas qu'on peut se tromper et que de nouvelles données peuvent toujours modifier nos prévisions. Malgré cela, considérée il y a peu encore comme une préoccupation de rêveurs, il n'y a pas de doute que l'écologie s'impose désormais comme prioritaire au niveau planétaire et transforme profondément nos conceptions politiques en devenant la nouvelle idéologie dominante, pour de fortes raisons matérielles (les questions étant matérielles et non pas idéologiques, il ne faut pas s'étonner qu'il n'y ait aucune unité idéologique des écologistes sur les réponses à donner).

Au niveau le plus immédiat la hausse du pétrole a pu servir d'élément amplificateur, comme au moment du premier choc pétrolier et de l'émergence des premiers mouvements écologistes, mais, aujourd'hui, ce qui motive l'hégémonie idéologique de l'écologie, c'est d'abord le réchauffement climatique qui s'accélère. Il faut d'ailleurs souligner que la période est un peu moins favorable à cette prise de conscience, malgré les mauvaises nouvelles qui s'accumulent, dès lors que nous connaissons temporairement un léger refroidissement dû à La nina. On voit notre difficulté à se projeter dans le long terme et notre sensibilité extrême à l'immédiat !

Plus fondamentalement, sans doute, l'écologie s'impose du fait de la globalisation elle-même et du caractère global des problèmes qu'elle provoque. C'est notre destin planétaire commun qui nous rassemble mais c'est aussi la conséquence de l'ère de l'information qui nous relie et nous fait connaître l'étendue des dégâts, conscience du négatif du progrès ainsi que du déchaînement des sciences et des techniques, avec leur puissance démesurée qui peut se retourner contre nous ; quand le temps est venu enfin d'une post-modernité ou modernité réflexive, qui est aussi le temps d'une société post-industrielle. L'écologie politique n'est pas seulement un nouveau paradigme ou de nouvelles valeurs, ce n'est pas l'amour de la nature mais l'accès (difficile) à un nouveau stade cognitif, celui d'une conscience planétaire et de la responsabilité de nos actes envers les générations futures. La démocratie en est profondément bouleversée : ce n'est plus l'immanence d'une fondation sur soi-même, c'est la transcendance d'un monde à sauvegarder, ce n'est plus l'immédiateté de la présence mais la projection dans l'avenir, la temporalité de l'être (sa durabilité). Ce n'est plus le pouvoir absolu de la majorité enfin mais une démocratie des minorités, des droits de l'homme et de la diversité, ancrée dans le local : une démocratie de "face à face". C'est encore un effet paradoxal de la globalisation des réseaux et des marchés qu'une pensée globale exige un agir local, une relocalisation équilibrant la globalisation marchande !

L'écologie-politique à l'ère de l'information n'a rien à voir avec un quelconque retour en arrière, ni avec un moralisme puritain, c'est d'abord la conscience des déséquilibres que nous avons produits et la limitation de nos ressources qui devient manifeste avec le développement des pays les plus peuplés. On ne sait pas très bien si la situation est très grave ou désespérée mais on ne pourra plus ignorer désormais ces inquiétantes informations. Une fois admis l'impasse d'un développement qui n'est pas durable, il faudrait lui trouver des alternatives mais, le préalable, c'est d'essayer de comprendre la cause d'un productivisme insoutenable si on veut avoir une chance d'en sortir.

Les problèmes écologiques ne peuvent être séparés de tous les autres problèmes, notamment économiques et sociaux : on ne peut séparer la consommation de la production, ni le travail de la vie. On ne peut changer les consommations qu'en transformant travail, revenus et circuits de distribution, si ce n'est la technique elle-même. On ne peut relocaliser qu'en partant du local même s'il faut inévitablement l'inscrire dans un projet global et des circuits alternatifs qui fassent système. Pour avoir une chance de changer de système, nous avons besoin en effet de comprendre à la fois le caractère systémique du productivisme et pluriel de l'économie (la pluralité des systèmes).

Le productivisme du capitalisme salarial

Depuis les touts débuts de la société de consommation, les condamnations religieuses et morales d'un appétit effréné de marchandises ont été innombrables. On accuse la nature humaine et le mal qui nous habiterait d'un désir illimité ou d'un égoïsme pervers, alors que la société de consommation est un système historiquement daté et qui est d'autant moins déterminé par l'individu qu'il est soutenu par des politiques keynésiennes, par une publicité omniprésente et par des circuits de distribution de masse. Dans ce capitalisme salarial l'emploi dépend de l'écoulement des marchandises. La société de consommation, c'est la société du travailleur/consommateur séparé de son produit et dépendant du capital (des machines). Rien de naturel là-dedans ! Ce n'est pas une question de valeurs, de bons et de méchants, ni même d'individualisme (qui tient surtout au caractère individuel du revenu).

Le productivisme n'est pas causé par la consommation mais par la logique du profit qui constitue le moteur de l'investissement capitaliste. Les capitaux sont utilisés pour augmenter la productivité (réduire le temps de travail) et dégager un profit par rapport à la concurrence. Les entreprises qui n'améliorent pas leur productivité disparaissent. Il n'y a pas là de décision individuelle mais une pression systémique du marché par la baisse des prix, et, comme l'a montré Bookchin, même des coopératives subissent cette pression du marché, sauf si ce sont des coopératives municipales. Le productivisme du capitalisme salarial est d'ailleurs mis à son crédit lorsqu'il permet le décollage de pays pauvres grâce au "cercle vertueux de la croissance" mais il ne peut s'arrêter, tout est là. C'est en découvrant cette nécessité pour le capitalisme de "créer des besoins" qu'André Gorz est devenu l'un des premiers écologistes anti-capitalistes. On peut dire, en effet, que le capitalisme s'impose par son productivisme puis dure par la société de consommation. Il serait donc tout-à-fait illusoire de vouloir réduire par des préceptes moraux un productivisme qui est structurel et financier !

On ne s'en tirera qu'à construire un système de production non productiviste, ce qui peut sembler impossible sauf que, non seulement la victoire du productivisme précipite sa fin, mais on peut considérer qu'il a fait son temps à l'ère de l'information, du travail immatériel et de la coopération des savoirs. En effet, le productivisme caractérise en premier lieu le salariat industriel avec une force de travail qui se mesure en temps de machine, alors que dans le domaine immatériel, le temps de travail n'est plus linéaire et ne constitue plus une mesure pertinente de la valeur d'un produit. C'est ce qui favorise le travail autonome et les contrats d'objectif plutôt qu'un salariat mesuré par son temps de subordination. C'est un point décisif et trop sous-estimé de la sortie du productivisme, cependant, même si les nouvelles forces productives l'exigent, cela ne se fera pas tout seul pour autant. En effet, pour que le travail autonome soit supportable, et même simplement possible, il a besoin d'un support institutionnel (notamment un revenu garanti et des structures collectives).

Pour une économie plurielle

Construire un nouveau système ne veut pas dire détruire l'ancien. Tout au contraire, le système marchand n'a pu se développer que dans les villes franches de la féodalité avant de pouvoir s'y substituer. L'industrie n'a pas supprimé l'agriculture. Adopter un point de vue systémique et comprendre les écosystèmes comme circuits de matières, d'énergie et d'informations permet d'en montrer toute la cohérence et les interdépendances. On ne peut se contenter de mesures isolées, il faut "faire système", mais cela ne peut signifier en aucun cas dénier la nécessaire diversité des systèmes : chaque système, organisme ou organisation n'est qu'une totalité partielle qui n'épuise pas la totalité des possibles mais doit avoir un fonctionnement spécifique et un espace propre. A rebours de tous les extrémismes et des idéologies simplistes, la coexistence des systèmes doit nous amener à défendre une économie plurielle ou mixte (ce qu'elle est déjà avec les sphères du don, de la gratuité, des services publics et des échanges marchands). Après les totalitarismes communistes et fascistes, c'est le totalitarisme du marché qu'il faut combattre. Il faut y insister car cela ne va pas de soi : la voie de l'alternative est celle d'une économie plurielle (si chère à Jacques Robin) ni simple réformisme, ni pure idéologie.

Il ne peut s'agir de faire n'importe quoi, ni de tout changer à l'économie et au monde tel qu'il va, mais "seulement" de sortir du totalitarisme marchand, de l'exploitation salariale et du productivisme capitaliste, sans tomber pour autant dans un totalitarisme étatique ni dans toutes sortes d'utopies communautaires, qui auront toujours leurs partisans. L'absence d'alternatives crédibles est d'ailleurs le résultat de ce nouveau totalitarisme qui voudrait faire du marché la réponse à tous les problèmes (l'amour même!). En fait cette tentative de supprimer la pluralité des économies a déjà échoué même si elle a outrepassé ses limites et fait beaucoup de dégâts. La première chose à faire, c'est donc de mettre des limites aux marchés, de les réguler (pas de les supprimer !) pour construire patiemment une économie plurielle combinant les logiques marchandes, publiques et associatives, jouant l'Etat contre le marché et le marché contre l'Etat plutôt que de subir le joug de l'un ou de l'autre.

Le productivisme durable

Le productivisme de la société de consommation n'est certes pas la seule cause des problèmes écologiques et il y a déjà beaucoup à faire pour rendre le capitalisme moins destructeur mais les tentatives de rendre un peu plus durable notre modèle économique sans changer de système rencontrent vite leurs limites, alors qu'elles se présentent, pour cela même qu'elles ne changent rien, comme les seules réalistes qu'elles soient moralistes (frugalité individuelle), libérales (écotaxes) ou étatiques (gouvernement des experts).

Inutile de trop s'appesantir sur le moralisme écologiste de la "simplicité volontaire", même s'il est largement dominant et peut constituer une bonne hygiène de vie, sinon pour souligner qu'il reste entièrement dans le cadre de la société de marché. C'est de l'ordre de la charité chrétienne pour réduire la pauvreté qui a toujours accompagné le capitalisme sans rien y changer, c'est le geste quotidien qui nous sauve ! Son efficacité est nulle, par rapport au nombre de "pauvres involontaires", il a tout au plus valeur d'exemple ou d'exploration de nouveaux modes de vie. On ne peut éliminer complètement cette dimension individuelle malgré tout. Il faudra bien adopter en effet des comportements plus écologiques (trier ses déchets, économiser l'eau) même s'ils ne prennent sens qu'à s'inscrire dans un processus collectif et ne peuvent tenir lieu de politique. Par exemple, il est un fait qu'il faudra limiter la consommation de viande rouge, trop coûteuse en ressources et en énergie, mais cela ne servira à rien de le faire individuellement et c'est aller un peu vite en besogne de vouloir qu'on devienne tous végétariens alors que les poulets et les poissons (d'élevage) restent de très bonnes sources de protéines. Il se trouve que ces préceptes sont bons aussi pour notre santé, pas seulement pour l'équilibre planétaire, la viande rouge étant impliquée dans de nombreuses maladies et cancers. En tout cas, si l'écomoralisme ne peut en aucun cas constituer une alternative au capitalisme et à la société de consommation, il faut constater du moins que c'est la forme que prend une prise de conscience écologique qui n'a pas de prise sur les événements sinon au niveau individuel. Il y a aussi des mystiques qui réduisent l'écologie à une vue de l'esprit, une façon d'être au monde... On ne peut en rester là.

Une autre tentative, plus sérieuse, d'adapter notre économie aux limitations écologiques, c'est l'éco-économie de Lester R. Brown, projet qu'on peut dire libéral, corrigeant simplement les mécanismes de marché par des écotaxes censés rétablir une illusoire vérité des prix écologiques. A part ça, il n'y a pas grand chose à changer à notre système de production. Il parle bien de "révolution environnementale" mais uniquement dans le sens d'une nouvelle "révolution industrielle" boostée par de nouvelles énergies et de nouveaux marchés ouverts par l'écologie. On s'écarte tout de même du libéralisme lorsqu'il prône une "économie de guerre" qui mobilise toutes les capacités productives pour inonder le monde d'éoliennes, mais on est très éloigné de toute décroissance. On reste dans le même mode de vie, le même travail, la même industrie, le même productivisme qu'en 39-40 et la même organisation sociale ! Ajoutons à cela qu'on suppose des gouvernements démocratiques, capables et bien intentionnés de par toute la Terre ! Malgré tous ses défauts, c'est un projet qu'on ne peut rejeter complètement (impossible de se passer d'écotaxes) et comme on garde le même système, ce sont des mesures qui peuvent s'appliquer très rapidement. C'est un premier niveau d'intervention indispensable mais cela n'empêche pas d'en reconnaître les limites à rester dans le cadre d'un productivisme débridé et du totalitarisme marchand.

La nouvelle économie sera basée sur un recyclage extensif, sur les énergies renouvelables et sur un système de transport diversifié s'appuyant plus sur le rail, les bus, les bicyclettes et moins sur la voiture. (plan B, p277)

Il faut avouer que la plupart des mesures devenues urgentes peuvent être prises dans le cadre du système actuel : les économies d'énergie (isolation, énergie intelligente), le passage accéléré aux énergies renouvelables (le solaire principalement), la promotion des transports en commun, la généralisation du recyclage, la réduction des pollutions, des prélèvements marins (remplacés par des fermes piscicoles), jusqu'aux activités réparatrices et de gestion de l'environnement (eau, forêts, etc.). Il n'y a rien là qui soit incompatible avec le productivisme, lui ouvrant finalement de nouveaux marchés (éoliennes, panneaux solaires, produits bios, etc.). On ne pourra absolument pas s'en passer mais on ne pourra s'en tenir là non plus. En particulier, les préoccupations écologiques mènent inévitablement au retour à de plus grandes solidarités collectives, donc à une certaine réduction des inégalités, ainsi qu'à la mise en commun de nos ressources. C'est le retour de la politique, si ce n'est de l'Etat.

D'ailleurs, de façon bien plus marginale mais assez inattendue, on voit resurgir des tentations autoritaires, d'autant plus autoritaires qu'il n'y a pas d'alternative et qu'on rajoute une contrainte à un système qui s'y oppose ! Des versions plus soft d'une écologie étatique visent simplement à encadrer l'économie par des normes et réguler les marchés ou piloter les entreprises par les syndicats mais il est difficile que cela ne mène pas à une bureaucratie pesante et un gouvernement des experts où le contrôle des populations commence avec le contrôle des naissances. Le néomalthusianisme qui règne souvent dans ces milieux est la dernière tentative de faire de la population elle-même le problème au lieu de mettre en cause notre mode de développement. C'est assez dangereux mais, ce qui plaide pour cette forme de pouvoir que la Chine pourrait incarner, c'est en particulier "l'écologie industrielle" intégrant au plus près des industries complémentaires pour limiter les pertes et les déchets, ce qui s'accommode assez mal du libéralisme.

Elle devrait «simplement être une tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses». Ce régime devrait-il être communiste ou capitaliste? Communiste, non seulement pour la «morale ascétique», l'exclusion du profit, mais aussi parce que, sur le plan de la «technique du pouvoir», ce régime «paraît être plus capable de réaliser nos buts inconfortables que (...) le complexe capitaliste, démocratique et libéral» (Hans Jonas).

De même que le communisme n'a pas été beaucoup plus qu'un capitalisme d'Etat, on n'est pas vraiment ici dans une alternative au système de production industriel du siècle passé, seulement au marché et au système libéral-démocratique. Malgré tout ce que peut avoir de satisfaisant pour l'esprit la prise de commande de l'économie par des consciences éclairées, c'est une bonne blague ! L'écologie, si ce n'est l'histoire passée, enseignent au contraire le caractère dévastateur et brutal d'un pouvoir trop centralisé, le besoin de l'autonomie des acteurs et de réponses diversifiées. S'il y avait des tyrannies bienveillantes, plus besoin de démocratie en effet, qui n'est pourtant pas pour rien un ingrédient indispensable des bonnes politiques, comme l'a si bien montré Amartya Sen...

Ici, encore une fois, le court terme peut être très bon... mais à long terme, ça risque d'être horrible (Hubert Reeves).

Décroissance, relocalisation, travail autonome

Pour contester les dérives gestionnaires de l'écologie et les prétentions d'un "développement durable" qui sert de prétexte à la continuation du pillage de la planète, les écologistes radicaux ont popularisé le thème de la décroissance, clairement en rupture avec le productivisme et la croissance attendue par tous comme le messie ! Ce slogan a le mérite d'attirer l'attention sur la nécessité absolue d'une décroissance matérielle de nos consommations mais il comporte de nombreuses ambiguïtés (comme tous les slogans). Tout d'abord, il est purement quantitatif et n'est pas forcément anti-capitaliste encore moins alternatif lorsqu'on croit pouvoir obtenir la décroissance des consommations par la simple réduction du temps de travail. Ensuite il y a confusion entre croissance matérielle et croissance monétaire (inflation) qui ne sont pas forcément corrélés. Enfin, la décroissance ne peut s'appliquer aux pays pauvres qui n'ont pas besoin de consommer moins mais mieux, c'est le modèle économique qu'il faut changer. La question qui se pose est bien celle de l'alternative, d'une alternative à la fois réaliste et désirable, qui soit véritablement "soutenable".

Il y a les anciennes réponses. Ainsi, Cuba pourrait servir de modèle de décroissance car l'empreinte écologique y est minimale ! C'est bien sûr, contraint et forcé par le blocus américain que l'économie cubaine a dû réduire ses consommations en essayant de vivre en cercle fermé. La vie n'y est pas si horrible qu'on le dit et la nôtre pas aussi belle qu'on le prétend mais l'échec est patent à ne pouvoir supprimer la pauvreté ni même la faim pour une partie significative de la population, sans compter bien sûr le peu de liberté laissé par un pouvoir qui étend son contrôle jusque dans les villages, et cela, sans avoir besoin d'avoir recours à aucun moyen technique sophistiqué ! Si c'est cela notre avenir, il y a quand même de quoi déchanter. Il n'empêche que, là encore, ce qui semblait mort pourrait reprendre vie par cela même qui avait causé sa perte puisque le socialisme démontre ainsi qu'il est loin d'être aussi productiviste que le capitalisme. Le socialisme produit de la pénurie plus que de l'abondance, voilà qui pourrait devenir un avantage (sauf que cela n'empêche nullement des gâchis gigantesques malgré tout !).

L'expérience historique semble condamner toute alternative à sombrer dans ce socialisme autoritaire d'être pensée selon les anciens modèles révolutionnaires, centralisés, étatiques. Les modèles écologistes sont pourtant très différents, bien plus adaptés à une production de plus en plus immatérielle et en réseaux : ce sont des modèles largement décentralisés, démocratiques, diversifiés et basés sur le local, pas du tout compatibles avec une dictature qu'elle soit verte ou rouge.

C'est le point essentiel sur lequel se retrouvent la plupart des écologistes et des altermondialistes : la nécessité d'une relocalisation de l'économie et donc d'alternatives locales à la globalisation marchande. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière ni d'un protectionnisme, ni d'une réduction des questions globales à de petits enjeux locaux, mais d'une revalorisation des échanges de proximité pour réduire les circuits de distribution et rendre tout simplement vivable un monde qui se déterritorialise, le réhabiter. C'est reprendre la question par sa base, une reconstruction bottom-up à partir du local, sans exclure pour autant les processus top-down qui ont leur nécessité aussi. Il ne s'agit pas de tout réduire au local. La difficulté, c'est qu'il faut intervenir à différents niveaux : accords internationaux (climat), régulation du capitalisme (éco-économie), infrastructures nationales, circuits alternatifs, institutions locales. Cependant, la nouveauté apportée par l'écologie, c'est bien de redonner toute son importance au local (penser global, agir local).

Un autre point, qui n'est pas du tout pris en compte par l'écomoralisme ni par l'éco-économie, c'est l'indispensable humanisation du travail. Il faut le répéter, ce n'est pas tant du côté de la consommation qu'il faut prendre le problème, mais du côté de la production, de l'épanouissement du travailleur et de sa valorisation. C'est un véritable retournement et la clé de l'alternative. De plus, et contrairement aux technophobes qui croient pouvoir accuser une technique impersonnelle de tous nos maux, c'est bien là qu'il faut tirer parti de la dématérialisation du travail, du passage de la force de travail à la résolution de problèmes valorisant le travail autonome et permettant de sortir du salariat (de la dépendance emploi/consommation). Pour avoir la possibilité de se passer du salariat et que le travail autonome ne soit pas réservé aux classes supérieures, il y a absolument besoin d'un revenu garanti et de toutes les institutions du travail autonome (coopérative, financement, formation, assistance). Dans cette optique de développement humain et de qualité de la vie, il faudra favoriser aussi les techniques conviviales et de meilleures conditions de travail pour les salariés eux-mêmes. En améliorant ce qui constitue une grande partie de notre vie, nous réduirons l'inhumanité du monde et le besoin de compensations marchandes plus sûrement que par la culpabilisation individuelle. Changer le travail, c'est changer la vie. En changeant les modes de production on changera complètement les modes de consommation. Reste à savoir comment faire.

Heureusement, la nécessité de relocalisation de l'économie pour équilibrer la globalisation marchande constitue notre chance car c'est ce qui donne l'opportunité d'expérimenter ces alternatives localement, ici et maintenant, sans attendre que le monde entier nous rejoigne ! Le niveau le plus pertinent d'une politique écologiste, c'est bien la municipalité où beaucoup peut être fait, notamment grâce à des monnaies locales (immédiatement disponibles) et la mise en place de coopératives municipales pour abriter les travailleurs indépendants et favoriser les échanges locaux (un peu comme les SEL). Ce sont des outils peu familiers et qu'on ne peut décrire ici mais qui permettraient à l'écomunicipalisme de constituer la base d'une véritable alternative bien qu'il soit difficile d'assurer un revenu garanti au niveau municipal. On ne peut espérer convaincre que ce soit une solution crédible, il faut seulement espérer que quelques municipalités tentent l'expérience et le démontrent. Qu'on sache du moins, qu'avec le tryptique "revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales", on peut dessiner une alternative écologiste réalisable immédiatement et qui n'a pas grand chose à voir avec nos anciennes représentations. C'est peut-être le signe de son caractère irréaliste, ou peut-être bien le signe que nous avons déjà changé d'ère...

Il n'y a pas d'alternative

Dans l'urgence actuelle, notre priorité devrait être à la fois d'établir un diagnostic précis de notre situation et de débattre publiquement des alternatives concrètes dans toute leur complexité. C'est ce qui devrait mobiliser toutes nos énergies. Il serait complètement utopique, en effet, de penser qu'on va pouvoir continuer comme avant, il est devenu évident pour le monde entier que nous devons changer nos modes de production et de consommation confrontés à nos limites matérielles ! L'absence d'alternative à un système dont on sait qu'il n'est pas durable renforce les discours extrémistes, millénaristes, religieux, régressifs, autoritaires, appelant à une rupture totale et un homme nouveau complètement fantasmé. Entre une dangereuse passivité et la surenchère verbale, il faut trouver la voie d'un véritable système de production alternatif dans une économie plurielle, en agissant à tous les niveaux (technique, politique, local, individuel), on n'a pas le choix !

On connaît déjà quelques unes des conditions que devront remplir des alternatives réalistes au productivisme capitaliste. Il faudra qu'elles tiennent compte des contraintes écologiques, bien sûr, mais aussi de ce que nous sommes et des échecs passés, de l'étatisme comme du libéralisme. Il faudra que ce soient des alternatives à dimension collective et même mondiales, adaptées à notre temps (ère de l'information, travail autonome, coopération des savoirs) sans pour autant se contenter d'écotaxes pour réduire l'allure d'un productivisme dont il faut pouvoir sortir progressivement, ce qui veut dire donner une alternative au salariat par les institutions du travail autonome.

Non seulement le productivisme durable se révèle une impasse sociale et démocratique mais il est tout aussi vital de relocaliser l'économie et de réduire la logique marchande dans une économie plurielle (Etat/marché/associations avec des fonctionnaires, des salariés, des travailleurs autonomes). Il nous faudra aussi tirer parti de l'ère du numérique pour "dématérialiser" autant que possible (en remplaçant la matière par l'information). Le capitalisme n'est guère adapté à cette nouvelle économie immatérielle qui est d'ailleurs souvent une économie de la gratuité et de la coopération des savoirs, basée sur les compétences et le développement humain. C'est tout cela qui converge dans la construction d'alternatives locales favorisant les coopérations et l'autonomie individuelle dans une démocratie de face à face.

L'important c'est de penser global, de s'inscrire dans un système de production alternatif combinant production, reproduction et circulation (coopératives, revenu garanti et monnaies locales font système), mais ce n'est pas tout. Il faut aussi être de son temps et donc prendre en compte l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain. De telles alternatives, il n'y en a pas légions et ce serait une illusion de croire qu'il suffirait de "prendre le pouvoir" pour changer le système de production. Il faut du temps pour construire un nouveau système et l'effondrement du capitalisme n'apporterait rien de bon. Le scénario d'une économie plurielle permet de jouer sur les 2 tableaux : en commençant par écologiser le capitalisme, en le régulant et en réorientant ses productions vers les besoins écologiques, tout en réduisant progressivement son champ avec la montée en puissance de la nouvelle économie immatérielle et relocalisée.

Il n'y a pas d'alternative : nous devons sortir de la société de consommation et réduire la globalisation marchande tout en tirant parti des technologies numériques. Il y a bien sûr des dimensions idéologiques ou économiques mais ni la morale, ni les taxes n'y suffiront, il faudra des dispositifs concrets et une vision globale qui ne sont pas hors de notre portée. Nous en avons présenté au moins une première approximation, largement inspirée du merveilleux livre d'André Gorz, "Misères du présent, richesse du possible", afin de donner quelque idée de comment il faudra sans doute transformer nos institutions pour un monde plus supportable et sans que cela n'ait rien d'impossible ni d'insurmontable pour peu que se produise l'improbable d'une prise de conscience collective claire et décidée d'éviter le pire...

(Revue Argument, vol 11 no1, automne 2008 : Les écologistes font-ils fausse route ?, Québec)

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22 réflexions au sujet de « Il n’y a pas d’alternative ! »

  1. Merci pour cet excellent texte.
    J'ai le sentiment que les discussions houleuses qui ont eu lieu ces derniers temps via les commentaires de vos derniers articles ont ici été mises à profit.

    Un petite erreur dans l'avant dernier paragraphe, il manque le "en" dans la phrase "De telles alternatives, il n'y [en] a pas légions".

  2. oui ce texte est de loin le meilleur de tout ce que vous avez écris sur le sujet . tellement ample , et en fait pas du tout dogmatique . on sent davantage d'élan .

    mais dans l'ordre des priorités , je crois que le plus important dans un premier temps c'est d'arracher par la lutte un revenu garanti suffisant et inconditionel. c'est plutôt ça qui permettra d'envisager la relocalisation de façon plus confortable . même si cela n'empêche pas que des expériences soient tenter ici ou là , mais ça n'ira pas bien loin .

    si l'enjeu est cognitif , il faut en pâsser par une bonne grêve générale . on y verra certainement plus clair appraît . car il faut se lasser happer
    par l'époque et la complexité des ses problèmes et que le soulèvement d'une population est une période très propice à cela . quand ce que nous touchons à peine du doigt , sera dans toutes les tête comme des banalités de bases .

    le fait que les questions de pouvoir d'achat vont se tendre encore bien d'avantage dans les semaines et les mois qui viennent , laisse à penser que la reventication d'un revenu continu et suffisant pourrait devenir très populaire . on échappera sans doute pas à un retour du keynesianisme , sous une forme ou sous une autre .

    mais humaniser le travail , pour changer la vie , pourrait facilement converger avec la revendication sur le revenu . surtout dans un contexte de reprise des luttes salariales .

    quant au pb climatique, même si il est bien difficile d'avoir des convictions comme vous dites , c'est vrai que le grenelle semble déjà loin . et que le phénomène el nino n'arrange pas cette histoire . il faudra sans doute y revenir , mais à partir des questions de pouvoir d'achat , la chose n'est pâs si facile ( c'est partir d'un peu loin ) . peut être à l'occasion d'une nouvelle canicule , après 2009.

    il faut un miracle comme je le disais sur l'autre poste , une convergence et une rencontre qui ne se sont pas encore produites.

    nous verrons bien .

  3. Assez d'accord (même si j'étais beaucoup moins sûr que ce texte soit assez convaincant).

    Il ne faut pas sous-estimer les luttes contre l'inflation même si le pouvoir d'achat cela ne paraît pas glorieux et consumériste. Un grand nombre de révoltes sont des révoltes contre l'inflation. C'est aussi pour cela que l'inflation est bonne. En effet, quand il n'y a pas d'inflation et que les prix baissent, c'est que les marchés fonctionnent bien. Du coup le marché est considéré comme légitime et les problèmes de chacun sont purement individuels. Quand il y a de l'inflation, les marchés sont déconsidérés et les revendications d'indexation sur l'inflation sont des revendications collectives comme l'inflation elle-même est un phénomène global. C'est pour cela que pendant les périodes d'inflation il y a plus de luttes sociales et une meilleure répartition entre capital et travail (les perdants sont les rentiers et les retraités).

  4. Belle synthèse, pour autant que ça puisse être possible.

    La conjugaison d'ouvrir des possibilités à l'autonomie et aussi d'une amélioration des conditions de travail dans le monde salarié me semblent deux fronts à poursuivre.

    L'industrie pour certaines productions nécessitant des investissements lourds ne disparaitra pas du jour au lendemain pour des raisons techniques. D'où l'intérêt de rénover le dialogue au sein de l'entreprise pour redonner un sens à la production qui se fait là encore aussi. Souvent ont été opposés production( push) du XIX éme et consommation (pull) du XX éme siècle, quoique une forme de production du désir par le marketing revient à faire du push, encore une fois, mais par une économie des signifiants, immatériels.

  5. Il n'y a pas d'alternative au réformisme?
    Merci pour la clarté de cet article, nous donnant de solides arguments à opposer aux divers récupérateurs de l'écologie-politique. A ceux qui voient dans la conscience écologique en développement le régulateur salvateur qu'on attendait contre les nocivités constatées de l'ultralibéralisme : retour par l'écologie à la raison, relance de la croissance, référence retrouvée à une morale individuelle manichéenne, nouvelle vigueur apportée au capitalisme.
    Reprenant à mon compte vos développements, je préfèrerais ne faire la « critique du capitalisme salarial » qu'après avoir décrit les formes diverses d'un discours écologiste consensuel avec le capitalisme: Eco-moralisme, éco-économisme libéral, tentations autoritaires, courants en faveur de la décroissance, très justement analysés par vous.
    C'est alors qu'il me faudrait être apte, en tant que militant utile, à décrire les causes de l'insoutenabilité du productivisme, et ces rapports fonciers avec le capitalisme historique. Puis vient le moment de proposer à l'interlocuteur ces modèles autres que vous retenez
    « largement décentralisés, démocratiques, diversifiés, basés sur le local », dont il conviendrait de pouvoir les expérimenter( les mettre à l'épreuve du réel).Et qui heurtent lorsqu'on les présentent brutalement, comme « l' abolition du salariat »
    Aussi je trouve ( au risque de choquer ici certains commentateurs?) que votre propos se situe tout à fait dans le cadre d'un réformisme, radical, soutenable, acceptable par des esprits qui comme moi réfutent l' usage du missel et de la kalachnikov ( pour reprendre la formule que j'ai appréciée d'Eric P.dans un récent commentaire). Il s'agit bien en effet de proposer des réformes, et non le chambardement d'une « révolution »! Mais tout en étant en mesure d'estimer la différence entre les réformes qui n'entrainent que des adaptations ( nécessaires dans l'urgence? Mais sans résoudre les contradictions principales du système actuel) et celles qui peuvent inaugurer des expériences de solution ( radicalité donc, mais soutenable) , permettant d'admettre les aspects effectivement révolus ,dans notre héritage de systèmes jusqu'ici majoritairement consensuels .Merci de nous donner des outils afin de devenir meilleurs à l'oral .Grâce à vous qui prétendez être mauvais à l'oral! Ce qui est très difficile, face aux poncifs majoritaires...

  6. 1\ "...passage de l'histoire subie à l'histoire conçue."
    Strictement impossible. En tout cas propice au pire dérives totalitaires, car il y a ce que nous voulons et ce qui découle de l'application effective de nos idées: prenons garde de bien distinguer que notre pensée contient des conséquences qui seront tirées par nos successeurs (s'il y en a) ? Maîtriser le cours de l'histoire est risible et dangereux.

    2\ Je suis bien d'accord que le moralisme a toujours été la réponse de la bourgeoisie à son incapacité d'imaginer un autre monde. Mais il y a moral et moralisme et la moral est essentielle, tout comme les tabous et les mythes qui structurent et normalisent le devenir humain et la psyché humaine. Vitale, au même titre que l'illusion, nous ne devons pas faire l'erreur de décider pour le peuple d'un système culturel qui détruirait l'erreur et l'illusion sans avoir compris préalablement l'importance majeure de celles-ci.

    3\ Je m'oppose violemment à un système humain de recyclage total : les cycles naturels de retransformation sont beaucoup plus équilibrés et complexes que ne le seront jamais nos détournements industriels. Ces solutions doivent rester marginales : nous devons prendre au niveau de la production elle-même la problématique en cessant de produire des déchets qui ne peuvent pas être réintégrés immédiatement dans un cycle naturel. Nous découvrons à peine la différence qualitative entre ce qui auparavant passait pour semblables : différence entre l'eau d'une montagne et l'eau osmosée et ainsi de suite. Nous devons apprendre à faire confiance à la terre et ne pas tomber dans la névrose du "tout humain", "tout refait", "tout reconstitué".

    4\ L'"Ere de l'information" - attention à la fétichisation des expressions - repose massivement sur l'infrastructure technologique produite ou en tout cas accouchée par la société capitaliste. Celle-ci exige donc une grande partie de cette infrastructure : pour monter des ordinateurs, il faut une industrie chimique, métallurgique et électronique, il faut du pétrole et des minerais qu'on ne trouve qu'en dehors de l'Europe, ce qui exige en outre des transports maritimes ou aériens conséquents. Chacune des technologies produites par le capitalisme exige également pour se cristalliser tout ou une grande partie du monde où, précisément, elle peut se cristalliser. Ces trois industries et les objets qu'elles produisent, des pesticides aux fusées en passant par les lecteurs mp3 et autres gadgets, sont parmi les plus polluantes et génèrent des stocks de déchets ultimes qui ne pourront être recyclés ; sans parler du coût énergétique de transformation. Un exemple rapide : le papier. Les débuts de l'informatisation des administrations, dans les années 80, plus ou moins selon les pays, a entraîné une baisse réelle de la consommation, que l'on retrouve dans la chute des demandes de pâte à papier. Ce n'est plus vrai. La décélération première a été suivie d'une brusque accélération de la demande dès les années 90-95 : non seulement dans les administrations le niveau de consommation du papier a retrouvé son niveau de 1980, mais la consommation des particuliers, multiplication des journaux, des imprimantes bon marché et autres, a littéralement explosé : le bilan des ressources de l'informatisation est désastreusement négatif. Le système réel sur lequel repose le système virtuel de l'information est un désastre écologique, un monstre énergétique et un problème de dépendance et d'intrication des besoins presque impensable. Ces problèmes réels doivent être pris en compte, nous ne pouvons théoriser en ignorant les problématiques sous-tendues par les moyens requis pour le déploiement de nos théories.

    5\ Je suis plutôt internationaliste que mondialiste ou globaliste. Tous les peuples sont spontanément internationalistes et les mondialistes ne se trouvent guère que chez les intellectuels et dans les classes technocratiques. On ne peut ignorer la nécessité anthropologique d'appartenance à une culture, le besoin d'identification et l'importance d'une diversification culturelle qui ne réduise pas en une bouillie mondiale déstructurée les cultures ; en cela, pour les cultures dites "primitives" (terme tout à fait impropre en l'occurrence), nous gagnerions beaucoup à reprendre la théorie du non-contact : nos civilisations tuent par contact. Cela n'empêche aucunement une solidarité des peuples entre-eux et si vous voyagez en Amérique Latine, des cultures encore un peu différentes vous accueilleront comme un quasi frère et sans doute même bien mieux qu'un américain ou qu'un habitant de la ville voisine ne le ferait, en dépit de l'identité culturelle.

    Il y a de bonnes choses dans votre article, j'ai exposé mes objections ou mes nuances, peut-être vous serviront-elles pour un prochain article.

    Cordialement,
    David Alazraki.

  7. @p.chvt

    Depuis ses "Adieux au prolétariat" André Gorz dont je m'inspire beaucoup a défendu le "réformisme radical" contre les "révolutionnaires" de la Gauche Prolétarienne. Le Grit s'est ensuite réclamé de cette formule. Je la reprends à mon compte en grande partie sauf que je reste persuadé qu'une révolution est périodiquement nécessaire pour régénérer la démocratie (plutôt qu'une guerre). Il faut les 2 : une révolution démocratique pour refonder les solidarités nationales et un réformisme radical pour construire les alternatives locales. C'est ce qu'il faudrait mais ce ne sont pour l'instant que des "whisful thinking", les chances que ça se produise me semblent très minces. On ne peut qu'y aider, au petit bonheur la chance...

    Sinon je mettrais un bémol sur "l'abolition du salariat". c'est l'ancienne formule syndicale bien abandonnée depuis (les syndicats sont pour un salariat généralisé) mais ce n'est pas comme l'abolition de l'esclavage, ce n'est pas une interdiction. Je parle de sortie du salariat, d'alternative au salariat mais l'industrie ne va pas disparaître, pas plus que l'agriculture qui retrouvent un élan inattendu avec la demande des pays émergents qui explose mais qui ne devraient pas dépasser les 10% à terme. Dans l'industrie, le salariat gardera sa pertinence même en simple surveillance des automates. Il faut simplement qu'on ne soit plus obligés d'être salariés quand on n'a aucun capital.

  8. 1\ "...passage de l'histoire subie à l'histoire conçue."

    On n'a pas le choix et pas du tout impossible si on ne prend pas la voie totalitaire et dogmatique mais qu'on oriente son action sur ses effets. Ce qui serait risible et dangereux, ce serait de ne pas maîtriser l'effet de nos actions sur nos conditions vitales.

    2\ Moi, je ne décide rien pour "le peuple" et je condamne surtout le moralisme comme substitut à l'action politique, la confusion entre morale individuelle et politique collective. Sinon sur la morale il y aurait trop à dire. Voir "Misère de la morale" (Hegel) :
    jeanzin.fr/2006...

    3\ Pour le recyclage aussi je crois que nous n'avons pas le choix mais pas la peine de s'emballer, ce ne sera jamais un recyclage total.

    4\ Pour "l'Ere de l'information" j'ai étudié d'assez près la question pour savoir que le capitalisme n'y est pas pour grand chose (et ne voulait pas de la micro-informatique). Je n'imagine pas qu'on pourrait ne plus polluer du tout, pas plus qu'on pourrait se passer du numérique désormais. Il y a des problèmes à résoudre mais tout cela n'empêche que la dématérialisation est indispensable même si elle n'est jamais totale bien sûr.

    5\ Je suis assez d'accord aussi sur le fait que l'internationalisme vaut mieux que le globalisme mais là encore je ne crois pas qu'on a vraiment le choix devant des problèmes globaux !

  9. Oui, informez-vous, ne vous laissez pas avoir par tous les fanatiques qui voudraient avoir raison contre tout le monde et voudraient nier le réchauffement climatique !

    Hélas, il y a des crétins partout. Il faut se garer à gauche, se garer à droite. Il y a des technophobes débiles et des scientistes complètement bornés. Il y a bien sûr aussi des écologistes fanatiques et je suis sans doute un de ceux qui ont le plus critiqué les écologistes. Il ne faut jamais être sûr d'avoir raison ni que tout va s'arranger tout seul !

    Le site pseudo-sciences est assez désespérant car il y a parfois de bonnes choses, y compris sur le climat, en particulier contre le créationnisme mais y a beaucoup trop de scientisme dogmatique qui décrédibilise l'ensemble.

    La psychanalyse n'a rien d'une science, il faut ne rien y comprendre pour croire que c'est une pseudo-science, même s'il est exact que pas mal de psychanalystes sont assez limites. Il est exact aussi que les pseudos médecines ont toujours été un repère d'escrocs mais ni l'herboristerie ni l'aromathérapie ne sont des pseudo-sciences (la question se pose beaucoup plus pour l'homéopathie, etc.).

    La confusion est totale mais c'est comme ça les théories du complot qui unifient tout sous les mauvaises intentions d'un esprit mauvais qui nous manipule. La véritable science est un peu plus compliquée et moins assurée...

  10. votre texte est tellement riche et interessant que je l'ai copié pour pour le lire à tête reposée.
    Je remarque au passage que selon vous la supression du tout-voiture serait possible dans le cadre de la société actuelle. Ca halas, je n'y crois pas. Il faudrait carrèment revenir sur toutes les transformations qu'on a fait subir à l'économie depuis un demi-siècle!!
    Il ne suffirait pas de rendre (ce qu'on fait jusqu'à présen!!) la vie quotidienne ENCORE plus difficile cauchemardesque précaire et criminalisés par toujours plus d'interdiction des voitures dans les centres (sans compensation) toujours plus de flicaillerie, toujours plus de perte de temps et d'insécurité, car tout ça, fait dans le cadre des villes actuelles de la vie actuelle etc ne peut aboutir qu'à ça, transformer la vie en cauchemar, nous prendre, le temps "dégagé" par l'autre côte dans lé réduction d temps de travail, en nous obligeant à de plus en plus de perte de temps et de difficultés de plus en plus insurmontable et précarisantes le moindre geste de la vie quotidienne imposée. Et le tout sans aucun résultat, car les gens sont piégés, ils ne peuvent pas faire autrement, et la plus grande partie des motivants ne sont pas dans leurs mains.
    Bon; instaurer la gratuité des transports en commun, pas moins, commencerait avoir une certaine efficacité.
    Mais ça ne résoudrait toujours pas le problème, car il faut aussi, et c'est là que je ne vois pas comment faire ça sans défaire et refaire complètement la société qu'on nous a fait depuis un demi-siècle:
    Il faut supprimer les Grandes Surfaces, le commerce géant de périphérie, et recréer le commerce traditionnel, répandu dans tout le corps urbain, tel qu'il existait en 1960.
    Il faut recréer des hotels indépendants et bons-marchés, abordable à tous, car ça aussi ça pousse les gens à rouler rouler et rouler, car ils savent qu'ils ne pourront pas faire de halte dans leur voyage, à mois d'être opulents.
    Il faut offrir aux gens de nouveaux des emploi près de chez eux, et en finir avec le culte de la "fléxibilité".
    Il faut comme vous dite relocaliser l'économie.
    Et puis Il faut extirper des règles économiques de gestion la nouvelle règle du "no stocks" et des "flux tendus", et bien sûr celle de la recherche du profit monétaire maxi par la recherche mondialisée du moins-disant social qui fait par exemple envoyer les homards ecossais en Thailande s'y faire décortiquer par dela main-d'eouvre d'enfants sous -payés, puis renvoyés en Ecosse où on les cuits, avant d'essayer de les vendre de nouveau dans le monde entier, et il y a pire!

    Des choses faisable tout de suite contre le tout voiture,? peut-être comme j'ai dit les transports en communs gratuits en ville et la recréation de lignes rurales, plus le ferroutage, et cela sans regarder à la rentabilité, donc décrochage du libéralisme, mais seulement regarder le but de réduction du gaspillage énergétique. Et en incluant - pour une fois! - les conditions de vie des individus! et à condition qu'on n'en profite pas (comme dans les fameux "vélibs" de PAris, et leurs rfid et autres surveillance électronique) pou faire croitre l'Orwellisation" de la société, qui est selon moi une menace peut-être plus grave encore qui pèse sur l'avenir de notre espèce.

  11. Pour réduire la voiture il faut effectivement renforcer les transports en commun et les rendre gratuits mais cela ne suffit pas. Il faudrait sans doute généraliser quelque chose comme des auto-lib électriques ou à air comprimé dans les banlieues et là où les transports en commun se font plus rares. Je pense que les supermarchés peuvent être en partie remplacés par des livraisons à domicile d'achats par Internet. Je milite pour que ce soit un monopole comme la poste qui assure ce service pour minimiser les déplacements. Il faut effectivement que les municipalités offrent les services permettant de se passer de voiture ou de l'utiliser le moins possible. On peut aussi encourager le travail à domicile avec internet ainsi que des videoconférences plus efficaces et conviviales (avec de grands écrans). Pour le reste, c'est le prix du pétrole qui sera assez dissuasif pour faire changer les habitudes. On ne supprimera pas les "flux tendus" dans une économie de la demande mais ils peuvent être un peu moins tendus et générer moins de trafic.

    Pour "l'Orwellisation" de la société, je me répète mais je pense qu'elle est derrière nous, on en vient ! 1984 c'est 1948 et la technologie n'y est pour rien. Je crois au contraire que les technologies de surveillance peuvent alléger la surveillance effective et les forces de répression, la technologie pouvant être détournée. Rien dans tout cela qui inciterait à ne pas défendre nos libertés qui ne sont jamais données mais doivent être en permanence reconquises.

  12. "Je crois au contraire que les technologies de surveillance peuvent alléger la surveillance effective et les forces de répression, la technologie pouvant être détournée"
    voilà une idée paradoxale et "dérangeante"; on aimerait une démonstration de ce point, ou si il a déjà été traité dans un autre article, la référence.

  13. @Roland
    Je me trompe peut-être mais disons que je comprends cette phrase par rapport au fait qu'il n'y a le plus souvent personne derrière les caméras de surveillance par exemple. Plus il y aura de caméras, plus elles seront puissantes, plus l'information sera difficile à analyser dans son entier et en direct. En fait elle est vouée à ne pas l'être. Même avec des capacités de traitement énormes et des algorithmes puissants il y a fort à parier que l'information enregistrée ne servira qu'a posteriori et pour des cas suffisamment importants pour investir dans une action.

    Ainsi même dans un espace fermé avec de nombreux dispositifs de contrôle il est possible de mettre des banderoles dans les stades. Par contre a posteriori, si le coût du désordre est plus important que la recherche d'information, on peut se faire retrouver. Là encore la vidéo ne servira pas dans tous les accidents de circulation. Si il s'agit juste d'un-tel qui conduisait un scooter, si en plus il est fils-de, alors on n'ira pas forcément chercher les enregistrements. La technologie dans le fond ne change pas grand'chose.

    Je pense que le risque principal avec celle-ci c'est la trop grande confiance qu'on peut y mettre. Ainsi, par exemple, si on est accusé par des traces ADN sur une scène de crime il y a de fortes chances pour qu'on soit impliqué et au cas où on serait innocent (et l'implication n'est pas la culpabilité) ce sera vraiment très difficile de se défendre.

  14. Le difficile à accepter, y compris pour moi, c'est la dialectique entre autonomie et dépendances, qu'une dépendance donne des libertés et qu'une liberté nous soumet à un pouvoir. Je n'oserais pas être trop affirmatif tellement cela paraît paradoxal mais disons que c'est une constatation empirique : jamais les enfants n'ont pu être autant surveillés et jamais ils n'ont été autant libres, justement de pouvoir être joints à tout moment, même si on ne le fait jamais. Je constate que la surveillance sociale est bien plus grande dans les petites communautés, que les régimes autoritaires étaient bien plus impitoyables avant. J'en tire la conclusion que le positif pourrait malgré tout l'emporter sur le négatif, cela ne veut pas dire que je n'ai pas peur du contraire ! Il faut apprendre à se camoufler derrière les apparences, en contrôlant sa communication sur internet par exemple (même en jouant la transparence totale). En fait c'est Andropov qui m'a convaincu du caractère subversif d'une informatique décentralisée en réseau, impossible à contrôler pour un KGB qui savait pourtant contrôler totalement une population en l'absence de ce qui paraît avec quelque raison de nouveaux instruments de contrôle. On voit bien qu'il avait raison et que la technologie n'empêche rien, ne permettant pas de contrôler une population comme l'aurait fait un dictateur en s'appuyant sur des réseaux de pouvoirs et de corruption.

  15. Je sais pas si l'illustration est valable mais le régime actuel le plus totalitaire, la Corée du Nord, est un des pays les plus arriéré en matière de technologie numérique.
    C'est bien des réseaux "humains" qui contrôlent ce pays.

  16. oui bah moi vendredi dernier je suis allée faire refaire ma carte d'identité et on m'a pris une photo pour la scanner biométriquement et 4 empreintes digitales (en attendant l'iris et l'adn). Avec l'identification par les caméras, je pourrais être identifiée chaque fois que je passe assez près d'une caméra (genre 3-4 mètres).

    ensuite le régime de pyongyang a des ordinateurs, des bases de données et tout le tremblement, c'est le peuple qui en est privé. Il est clair que le totalitarisme n'a pas attendu la technologie pour exister et que le renseignement humain fait beaucoup, la technologie le rend simplement quasi-fatal, surtout par le conditionnement et la douceur du contrôle : les gens sont surespionnés, mais il ne le sentent pas comme un observateur dans la rue ou un défile de flics en civile. Pendant que l'ordinateur analyse les données pour trouver le coupable, les flics jouent à la belote. Ca diminue considérablement les moyens de lutte anonyme et la résistance française serait impossible aujourd'hui. c'est foutu, mais au moins qu'on sache pourquoi !

    alors tout ça, ça me parait du beau blabla de quelqu'un qui n'ose pas voir que le piège technologique se referme. Enfin il faut être particulièrement bête pour ne pas voir que 1984 est un roman, aussi, d'anticipation et de prospective.

    c'est dingue cette technophilie alors que la technologie n'a rien arrangé du tout ces 50 dernières années.

  17. Peut-être aussi qu'il y a de la place entre technophilie et technophobie.
    D'ailleurs c'est celle occupée (malgré eux) par ceux qui dénoncent la technologie tout en postant sur des forums...

    Sinon c'est toujours la même rengaine. Il me semble qu'ici, la question c'est pas "la technologie c'est bien ou c'est mal". Mais plutôt est-ce que le meilleur de la technologie peut l'emporter sur le pire.

    "c'est dingue cette technophilie alors que la technologie n'a rien arrangé du tout ces 50 dernières années."

    Vraiment rien ?

  18. Je suis certainement particulièrement bête mais moi c'est cette bêtise technophobe qui me fait peur, un tel dogmatisme, une telle haine de la pensée ! Je n'ose pas m'imaginer être devant ce petit commissaire du peuple : si tu n'es pas avec nous tu es contre nous, si tu ne condamnes pas toute la technologie, tu es technophile et complice de tous les crimes du monde moderne.

    Il est sûr qu'avoir une pensée dialectique, oser un paradoxe, c'est être un traître pour ces fanatiques bornés qui arrivent à se persuader de contre-vérités flagrantes armés de leur seule certitude qui vaut explication de tout et n'importe quoi : la technique, la technique, la technique ! Inutile effectivement d'avoir un cerveau pour cela !

    C'est bien sûr très comique car j'avais eu la même terrible impression quand on m'avait pris les empreintes de mes 10 doigts au commissariat pour ma première carte d'identité, considérée jusqu'à peu au Royaume-Uni comme le début du fascisme... L'argument que cela empêcherait la résistance est à se tordre.

    Le plus comique c'est la bêtise qui accuse de bêtise le fait de ne pas voir que 1984 est un livre de science-fiction ! Il y a plusieurs livres qui traitent de la bêtise en ce moment car elle est effectivement envahissante et la définition de la bêtise, c'est la tautologie : un sou est un sou. 1984 se présente effectivement comme un livre de science-fiction mais il ne critique pas la technique, il critique le communisme de 1948 ! De même, la ferme des animaux ne parle pas des animaux, pas plus que les lettres persanes ne critiquent la Perse !

    C'est sûr qu'on se demande ce que font ces zozos sur internet et pourquoi ils ne partent pas s'éclater dans la campagne profonde et les techniques du siècle passé sinon d'avant mais cette histoire aussi m'a fait bien rire que la "technologie n'a rien arrangé du tout ces 50 dernières années". Cela m'a fait pensé à un film débile genre retour vers le futur où un père égaré dans je ne sais quelle dimension temporelle faisait ce constat de l'inutilité de la technique à quoi sa femme ne voyait qu'une exception le papier aluminium... Non, il ne faut reconnaître aucune qualité à la technique, ce serait passer à l'ennemi et se faire dévorer par le monstre, encore moins constater ses effets paradoxaux. Ne pas penser, je vous dis, ne pas penser...

  19. <mode basique>
    J'ai quand même l'impression que dans la vie de tous les jours, parce que des fois il faut être basique sinon le linge sale s'entasse, le dernier progrès fut le lave-linge et que le futur sera le repasse-linge.

    Moi j'dis ça j'dis rien.
    </mode basique>

  20. c'est effectivement à se tordre d'entendre tant de caricatures, c'est presque une bataille de lieux communs ! Collez-vous vos etiquettes de technophobe où je pense.

    simplement lorsque je dis que la technologie n'a rien arrangé du tout, je mets ses biens avec les maux qu'elle a engendré et la balance penche inexorablement vers le mauvais. Pour changer ça, il faut un point gigantesque du côté du bon et il me parait bien léger. Mais évidemment ce n'est pas vous qui êtes morts empoisonnés par les usines de produits chimiques avec lesquels on fabrique nos ordinateurs ou par les antennes relais ( une petite fillette de 4 ans est morte d'une tumeur au cerveau récemment: ils ont démonté l'antenne relais, comme quoi ils savent bien ce qu'il en est http://www.santepublique-edition... ) et tout le reste. Si les morts avaient droit de vote, il ne resterait pas grand chose de ce monde, mais on réalise toujours trop tard.

    enfin je suis ravie que votre ego de petit occidental nantis se repaisse de ses privilèges, mais jamais toute la planète ne pourrait vivre comme vous/nous et même l'informatique sera toujours réservégoogl à une frange marginale. Qu'on ne me parle pas d'information: on n'a jamais été aussi désinformés qu'aujourd'hui et il n'a jamais régné une telle confusion et une telle désinformation. Vous avez tous une bonne grosse bonne conscience d'occidental.

    concernant le lave-linge et le repasse-linge et tous les gadgets dont on nous abreuve, en tant que femme, je devrai être bien placée pour les apprécier, si la technologie pouvait m'acheter à si bon prix mais ce n'est pas avec des arguments aussi débiles qu'on m'achètera et les Don Juan qui promettent un lave-vaisselle en font rire plus d'une. Le progrès réel ce n'est pas de remplacer le travail d'une seule par une machine mais de travailler en commun ! De toute façon si vous vous imaginez que 8 milliards (bientôt) pourront vivre avec un ordinateur, une voiture, un sèche-linge, un lave-linge, une repasse-linge, un lave-vaisselle, une chaîne hifi dolby surround et un aquarium de 300 litres, c'est que vous êtes vraiment stupide !

    de toute façon vous prenez dans ce qu'on vous dit juste ce que vous croyez pouvoir réfuter et vous laissez tout le reste parce que ça vous dérange. Vous prenez les empreintes (qui était déjà prise jadis mais pour lesquelles on n'avait pas de moyen de comparaison aussi efficace qu'un algo informatique) mais pas la biométrie du visage, l'iris ou bientôt l'adn et la puce rfid dans la carte d'identité: de vraies autruches ! Quant à faire triompher uniquement le bon côté de la technologie je ris, ça ne me parait pas très "dialectique" comme vous dites avec pédanterie !

  21. Je ne sais pas de quel côté est la caricature. On se fait traiter de technophile mais on n'aurait pas le droit de parler de technophobie ! Ces discussions n'ont aucun intérêt, pas plus qu'avec un croyant ou fanatique quelconque et je vais fermer les commentaires.

    La question est politique, elle est de faire société, ce n'est pas la technique elle-même, position absurde, aussi absurde que le racisme mais on peut se persuader de n'importe quelle démonstration logique en refoulant effectivement ce qui dérange. Il est paradoxal d'accuser la technique de morts (bien réels) alors que l'espérance de vie augmente considérablement de même que la population. On a raison de ne pas aimer cette société mais on n'a pas raison de ne rien vouloir y reconnaître de positif. On n'a pas raison surtout de s'attaquer à des moulins au lieu de proposer des alternatives, on n'a pas raison de se satisfaire de son ignorance et, certes, je suis le plus ignorant des hommes mais j'essaie de me renseigner un peu et s'il y a effectivement des gens très mal informés, on le voit bien, ce n'était sûrement pas mieux avant mais inutile de polémiquer tout cela est désespéré et qu'on me considère comme le pire des hommes et le plus stupide, qu'importe...

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