Revue des sciences septembre 2015

  • L'énigme des gluons
  • L'émergence des hominidés (homoplasie)
  • Les migrations indo-européennes confirmées par l'ADN ancien
  • La menace de l'acidification des océans
  • Tout le mal vient de la conscience de la mort
  • L'inflation serait due à un noeud de gluons ?
  • L'univers aurait subi 7 contractions momentanées
  • La fin de l'univers à cause des petits trous noirs au LHC ?
  • Un ascenseur spatial gonflable
  • Une montée des océans d'un mètre d'ici 100 à 200 ans
  • Capturer le C02 en le transformant en nanofibres de carbone
  • Des vitres photovoltaïques
  • Un pas vers la fusion
  • Une table qui absorbe et restitue la chaleur
  • Des cellules souches totipotentes produites pour la première fois
  • Développement avec la méthode CRISPR d'antibiotiques ciblés
  • L'intelligence des pieuvres
  • Les bribes de langage des bonobos
  • La main précède l'intelligence
  • Optoclamp une boucle de rétroaction pour l'optogénétique
  • Provoquer une apnée inconsciente par stimulation de l’amygdale gauche
  • Différence de réaction au cannabis sous oestrogène entre hommes et femmes
  • Des dolmens en Sicile à 40m sous la mer
  • Arrêter le cancer
  • Un médicament qui efface les souvenirs de l'addiction à la méthamphétamine
  • Robots
  • Le projet Hyperloop se concrétise
  • Les avions hypersoniques

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Revue des sciences décembre 2013

  • La structure en réseaux du langage
  • Vol habité vers mars en 2017 ?
  • Une superposition quantique qui dure 39mn à température ambiante
  • La supraconductivité à température ambiante avec des métamatériaux
  • Supraconductivité à température ambiante avec ruban 2D en étain
  • Filmer à la vitesse de la lumière
  • Le réchauffement de ces 15 dernières années est double de ce qu'on croyait
  • Produire du méthanol avec le CO2 d'un volcan
  • De l'électricité avec les ondes Wi-Fi
  • Les phonons pour transformer la chaleur en électricité
  • Batteries, etc.
  • Nouveau système de combustion qui double l’efficacité des moteurs
  • La mode des téléphériques urbains (à Paris aussi)
  • Une douche qui recycle son eau
  • Origine de la vie : la reproduction de l'ARN aurait eu besoin de citrates
  • Des méduses nées dans l'espace ne sont pas adaptées à la gravité terrestre
  • Les cellules souches se divisent en cellule différenciée et cellule souche
  • 2 gènes seulement du chromosome Y seraient indispensables
  • Les Dénisoviens, un croisement entre Neandertal et Erectus ?
  • Depuis toujours on passe 1h à se déplacer en moyenne
  • Inhiber un gène provoque d'autres mutations
  • Rien de mieux que les noix pour la santé
  • Le diabète cause l'Alzheimer
  • L'habenula jouerait un rôle déterminant dans la prise de décision et la dépression
  • Biocomputation avec des réseaux de gène
  • Un simulateur de goût électrique
  • Une imprimante 3D à 100$
  • Le premier pistolet en métal imprimé en 3D

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La théorie de l’évolution comme théorie de l’information

L'interprétation de la théorie de l'évolution comme théorie de l'information et processus cognitif n'est pas nouvelle où c'est l'acquisition (la sélection) et la transmission d'informations génétiques par l'ADN qui produit, dans l'après-coup, une inversion locale de l'entropie par réaction adaptée, correction d'erreurs et reproduction. Ce n'est pas cette interprétation qu'on discutera ici, la tenant pour acquise dans ses grandes lignes, mais les conséquences sur notre être au monde d'une causalité qui vient de l'extérieur, dans l'après-coup, et d'une évolution dont nous continuons d'être les sujets loin d'en être les auteurs, matérialisme historique rénové qui réduit notre horizon temporel mais où se dissout la figure de l'homme et les prétentions de la subjectivité comme de l'identité.

En bouleversant complètement le monde et nos modes de vie, l'organisation sociale et le travail lui-même, le déferlement du numérique montre très concrètement qu'il y a un point sur lequel Marx avait complètement raison, et ce n'est certes pas sur le prophétisme communiste comme réalisation de la religion mais, tout au contraire, sur la détermination matérielle de l'histoire par la technique et l'impossible conservatisme face à une réalité révolutionnaire, découverte de l'évolution dans les systèmes de production indépendamment de notre bon vouloir. C'est cette appartenance à une évolution qui nous dépasse qui est inacceptable à la plupart, tout comme le déterminisme économique longtemps dénié et pourtant on ne peut plus manifeste.

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L’esprit vagabond et le langage

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- L'esprit vagabond et le langage

L'homme ne vit pas seulement dans le présent : il peut se projeter dans le passé ou le futur, mais aussi dans l'esprit d'autrui. Cette capacité a peut-être favorisé l'avènement du langage.

On peut contester qu'il y aurait eu projection dans un futur éloigné avant le langage narratif et que le langage ne soit qu'un moyen d'expression de capacités déjà là alors qu'il en crée de nouvelles, en donnant une objectivité à l'esprit, et transforme les anciennes. On peut dire que l'article rate l'essentiel de ce qu'il met à jour et qui est la structure narrative de l'imaginaire. Ce que Freud appelait les contraintes de la mise en scène relèvent certes de l'image mais surtout du récit. Il n'empêche que l'importance du réseau cérébral par défaut ne saurait être sous-estimée (étant d'ailleurs rendu responsable par certain de l'Alzheimer). On peut admettre qu'il serve à consolider la mémoire et combiner ses éléments pour imaginer des situations futures mais il utilise pour décrire cet état des expressions aussi explicites que "raconter des histoires". Il est possible que les éléphants se remémorant des temps anciens arrivent à se projeter sur de longues périodes mais c'est douteux, les grands singes aussi proches de nous soient-ils, ne se projettent presque jamais au-delà de leur environnement immédiat.

L'esprit vagabonderait presque la moitié du temps. Dans une telle situation, on pense à autre chose que ce qui est immédiatement perceptible alentour. On peut ainsi s'imaginer en capitaine d'un navire en perdition, se remémorer certains souvenirs, planifier la soirée à venir… Ce vagabondage est fréquent en période d'inactivité, par exemple lors d'un voyage en avion ou d'une insomnie. Les neurosciences cognitives ont révélé qu'il n'était pas inutile et ont clarifié une partie des mécanismes en jeu, en particulier grâce à l'imagerie cérébrale.

Les neurobiologistes ont nommé « réseau par défaut » les zones du cerveau actives durant l'état de soi-disant repos. Ce réseau comprend différentes régions des aires préfrontales, temporales et pariétales, d'habitude qualifiées d'« aires associatives ». La conception du cerveau sous-tendant cette dénomination est assez passive, ramenée à un simple système entrée-sortie : des données pénétreraient dans le cerveau par les aires sensorielles, subiraient une sorte de traitement associatif (à l'origine de la pensée), puis le quitteraient par les aires motrices. La notion de réseau par défaut, actif même en l'absence d'entrées et de sorties, suggère un modèle plus dynamique.

En 1979, D. Ingvar déclare : « En se fondant sur des expériences antérieures stockées en mémoire, le cerveau – l'esprit de tout individu – est automatiquement occupé à extrapoler les événements futurs et, semble-t-il, à établir divers schémas de comportement hypothétiques afin de se préparer à ce qui pourrait arriver. » Ainsi, même au repos, on ne penserait jamais vraiment à rien.

Ainsi, la remémoration et l'anticipation d'un événement activent des zones du réseau par défaut, notamment dans le lobe préfrontal et le lobe pariétal. Ces tâches activent aussi l'hippocampe, une aire cruciale pour la mémoire et située en profondeur dans le lobe temporal.

Ulrich Neisser (1928-2012), psychocogniticien à l'Université Cornell, écrivait : « Se souvenir, ce n'est pas comme écouter un enregistrement ou regarder un tableau ; c'est plutôt comme raconter une histoire. »

Même s'ils sont bâtis avec des éléments réels, les événements futurs sont imaginés, ce qui suggère que le réseau cérébral sous-tendant le voyage mental dans le temps concerne autant l'imaginaire que le réel. Nous sommes des conteurs invétérés.

Une autre forme de voyage mental nous transporte dans l'esprit des autres. La capacité à se représenter ce qu'autrui pense ou ressent est nommée « théorie de l'esprit ». Elle permet d'adapter notre comportement en conséquence. La théorie de l'esprit joue aussi un rôle important dans l'imaginaire et, lorsque nous rêvassons, nous vivons souvent une histoire fictive en adoptant le point de vue d'un des personnages.

La capacité à se projeter dans le temps et dans l'esprit d'autrui est liée au langage. En effet, les capacités verbales sont souvent mobilisées par le vagabondage de l'esprit et les projections dans le temps – bien qu'on puisse aussi se souvenir d'événements passés ou imaginer le futur de façon purement visuelle ou auditive, sans impliquer de langage. Le réseau par défaut abrite d'ailleurs les deux aires principales du langage : l'aire de Broca (responsable de la production de mots), dans le cortex préfrontal, et l'aire de Wernicke (impliquée dans le décodage des mots), dans une région recouvrant le lobe pariétal et le lobe temporal.

« Quelle est la seule chose évidente que nous, les humains, faisons, et qu'ils ne font pas ? Les chimpanzés peuvent apprendre le langage des signes, mais dans la nature, pour ce que nous en savons, ils sont incapables de communiquer à propos de choses qui ne sont pas présentes. Ils ne peuvent pas enseigner ce qui s'est passé il y a 100 ans, sauf en manifestant de la peur à certains endroits. Ils ne peuvent certainement pas faire de projets pour les cinq années à venir. » (Jane Goodall)

On avait vu cependant qu'un chimpanzé pouvait préparer chaque année l'ouverture du zoo en faisant des tas de cailloux pour les lancer sur les visiteurs. Par ailleurs, une étude tente d'expliquer l'émergence d'un langage combinatoire qu'on ne retrouve dans aucune autre communication biologique.

Dans un système de communication combinatoire, certains signaux se composent de la combinaison d'autres signaux. De tels systèmes sont plus efficaces que les systèmes non-combinatoires équivalents, mais en dépit de cela, ils sont rares dans la nature. Pourquoi? Nous présentons ici un modèle dynamique non linéaire de l'émergence de la communication combinatoire qui, contrairement aux modèles précédents, examine comment initialement un comportement de non-communication évolue jusqu'à prendre une fonction communicative. Nous tirons trois principes de base de l'émergence de la communication combinatoire. Nous montrons donc que l'interdépendance entre signaux et réponses donne lieu à des contraintes importantes sur la trajectoire historique par laquelle des signaux combinatoires pourraient émerger, étant entendu que toute autre forme la plus simple des combinaisons soit extrêmement peu probable. Nous soutenons également que ces contraintes peuvent être surmontées si les individus ont la capacité socio-cognitive de s'engager dans une communication ostensible (explicite). Seuls les Humains, et probablement aucune autre espèce, possèdent cette capacité. Cela pourrait expliquer pourquoi le langage, qui est massivement combinatoire, soit une telle exception à la tendance générale de la nature d'une communication non-combinatoire.

- Les mots reliés à leur définition (comme dans le cerveau)

http://www.newscientist.com/data/images/archive/2932/29322701.jpg

90% du dictionnaire peut être défini en utilisant seulement l'autre 10%.

L'équipe a constaté que la moitié des mots constituent un noyau dans lequel chaque mot se connecte à tous les autres via une chaîne de définitions. L'autre moitié a été divisée en groupes satellites qui ne sont pas liés les uns aux autres, mais ne se connectent qu'avec le noyau (voir schéma).

Cette structure semble bien se rapporter au sens: les mots dans les satellites ont tendance à être plus abstraits que ceux de la base, et un vocabulaire minimal (comprenant 5% du dictionnaire) est toujours constitué de mots à la fois du cœur et des satellites, ce qui suggère qu'il faut à la fois des mots abstraits et concrets pour couvrir toute la gamme du sens.

[cet extrait devait faire partie de la revue des sciences de septembre que je n'ai pas pu finir]

Vers une théorie mathématique du contenu signifiant des communications

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- Vers une théorie mathématique du contenu signifiant des communications

schéma

Malgré l'intérêt évident de prendre en compte le sens, celui-ci a été exclu de la plupart des approches théoriques de l'information en biologie. En conséquence, les réponses fonctionnelles basées sur une interprétation appropriée des signaux ont été remplacées par une description probabiliste des corrélations entre les symboles émis et reçus. Cette hypothèse conduit à des paradoxes potentiels. Les modèles de l'évolution du langage inspirés de la théorie des jeux utilisent cette méthode qui est celle de la théorie de Shannon, mais d'autres approches qui envisagent des agents communicants concrets montrent que la correspondance correcte (significative) résultant des échanges entre agents est toujours obtenue et que les systèmes naturels arrivent évidemment à résoudre le problème correctement. Comment la théorie de Shannon peut-elle être élargie de telle façon que le sens, du moins dans sa forme minimale référentielle, puisse y être correctement intégré ? En s'inspirant du concept de "dualité du signe" entre signifiant et signifié tel que promue par le linguiste suisse Ferdinand de Saussure, nous présentons ici une description complète du système minimal nécessaire pour mesurer la quantité d'information utile décodée. Plusieurs conséquences de nos développements sont étudiées, comme l'inutilité d'une approche quantitative de l'information transmise correctement dans la communication entre agents autonomes.

C'est intéressant car cela sort l'information du quantitatif et de toute proportionnalité au profit du qualitatif où une seule petite information peut déclencher un changement radical, ce que l'approche statistique quantitative masque (un peu comme les sondages) ignorant la spécificité des mécanismes en jeu (des informations pertinentes). Le sémantique est cependant réduit ici au référentiel commun (perception), permettant d'éliminer l'information non pertinente définie comme un "bruit référentiel" (qu'on pourrait dire contextuel?).

Il faudrait tenir compte aussi du fait qu'une information répétée n'en est plus une. Tout cela reste basique mais ouvre un nouveau domaine et pourrait s'avérer utile pour l'intelligence artificielle ou les communications entre robots, pas seulement pour la biologie cellulaire, dont ils sont partis, ou la théorie évolutionniste du langage en fonction du changement de référentiel qu'ils invoquent. Ce qui peut nous intéresser aussi, c'est de voir comme la communication entre agents suppose un monde commun qui n'est donc pas la caractéristique du langage même si celui-ci lui donne une toute autre dimension.

Une écriture chinoise vieille de 5000 ans

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- Une écriture chinoise vieille de 5000 ans

Les Chinois ont toujours revendiqué l'ancienneté de leur civilisation mais leurs dynasties mythiques et le manque de traces archéologiques faisait douter jusqu'ici de leurs datations qui ne paraissent plus aussi fantaisistes puisqu'on vient de trouver ce qui ressemble à une écriture primitive seulement quelques siècles après les premières écritures sumériennes.

Les inscriptions trouvées sur des objets, au sud de Shanghai, seraient à peu près de 1.400 ans antérieures à plus ancienne trace écrite de la langue chinoise jusqu'ici.

L'une des pièces comporte six formes de mots comme enchaînés, ressemblant à une courte phrase.

"Ils sont différents des symboles que nous avons vu par le passé sur des artefacts. Leurs formes et le fait qu'ils aient l'air de phrase indique qu'ils sont l'expression d'un sens."

Les six personnages sont disposés en ligne, et trois d'entre eux ressemblent au caractère chinois actuel pour les êtres humains. Chaque symbole comporte de deux à cinq traits.

"Si cinq à six d'entre eux sont enchaînés comme dans une phrase, ce ne sont plus des symboles, mais des mots".

"Si vous regardez leur composition, vous verrez qu'ils sont plus que des symboles".

Pour l'instant, les chercheurs chinois ont convenu d'appeler cela une écriture primitive, un terme vague qui suggère que les marques de Liangzhu sont quelque part entre les symboles et les mots.

- Les idéogrammes chinois sont des signes divinatoires

Les plus anciens idéogrammes, datés du 16° siècle av. JC, avaient été trouvés sur des carapaces de tortues ou autre support divinatoire. On comprend bien l'intérêt de fixer matériellement des prédictions et celles-ci ont eut un rôle aussi dans l'invention de l'écriture au Moyen-Orient et les débuts de l'astrologie mais vite supplantée par l'usage administratif. Ce n'aurait pas été le cas en Chine, la thèse de Léon Vandermeersch dans son dernier ouvrage, "Les deux raisons de la pensée chinoise" (sous titré "Divination et idéographie") étant qu'elle aurait été inventée sous le règne de Wu Ding (13° siècle av. JC) spécifiquement pour la divination. C'est ce qui expliquerait que les idéogrammes chinois se distinguent bien sûr de l'écriture alphabétique mais aussi des hiéroglyphes par leur composition structurée (on voit cependant qu'elle devait s'inspirer d'une "écriture primitive" divinatoire antérieure à sa normalisation étatique).

Pour Léon Vandermeersch, l’origine et la spécificité de l’écriture chinoise réside dans le fait qu’elle invente des inscriptions d’équations divinatoires. Ce n’est que bien plus tard, au VIII° siècle de notre ère, que l’écriture chinoise, au travers diverses transformations que nous pourrions qualifier d’idéographisation en écho à la grammatisation, s’est généralisée comme une pratique d’écriture qui retranscrit la parole.

"Lettré" en chinois se dit "ru", étymologiquement "faiseur de pluie" ; or la danse chamanique a survécu comme danse pour faire tomber la pluie.

J'avais souligné il y a longtemps que la civilisation chinoise avait conservé des aspects chamaniques qui pourraient donc se retrouver dans son écriture. De là à vouloir opposer le chamanisme des chinois à une supposée théologie occidentale, cela semble un peu simplet (encore l'affrontement des essences alors que la science est universelle).

A lire aussi, sur le même blog, le billet plus ancien sur l'écriture comme grammatisation de la langue, invention technique apportant une réflexivité, un savoir de la langue impossible avant, la grammaire étant auparavant inconsciente.

Qu’appelle-t-on penser ?

le-penseur-de-rodin

Ce que la pensée, en tant qu'elle est percevoir, perçoit, c'est le présent dans sa présence. [p166] Le trait fondamental de la pensée est la re-présentation. [p167] Toutefois nous ne pensons pas encore en mode propre, aussi longtemps que nous ne considérons pas en quoi l'être de l'étant repose, lorsqu'il apparaît comme présence. [p169]

Heidegger, Que veut dire "penser" ?

D'être revenu récemment sur le nazisme de Heidegger m'a fait mesurer à quel point sa conception de la pensée (comme présence tournée vers son origine, recueil d'un sens déjà donné, simple perception enfin) était étrangère à ma propre expérience (mise en relations et travail critique de réflexion d'un savoir en progrès dans l'épreuve historique de ses contradictions). Bien sûr tout dépend de ce qu'on désigne comme pensée, simple flux de la conscience, reconstitution de mémoire, exercice logique, examen rigoureux, choix décisif ou rêverie poétique (voire érotique). Il est d'autant plus étonnant d'avoir réduit ainsi la pensée (et le langage) à un simple recueillement d'essence religieuse et dépourvu de toute négativité même si la présence est chez lui aspiration à l'être, tension vers l'objet de la pensée. Là-dessus, les critiques de Derrida, dans "La voix et le phénomène", restent très utiles, montrant comme cette métaphysique de la présence (ou mystique de l'authenticité) compromettait toute la phénoménologie (et l'existentialisme). Il vaut d'y revenir car, politiquement, on sait où peut mener la surévaluation de l'origine mais c'est un peu la même chose avec la "tradition révolutionnaire", à vouloir "refaire Mai68" par exemple, comme si on n'avait rien appris de ses errements, au lieu de proclamer un nouvel âge de liberté capable de reconnaître ses erreurs.

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L’ordre grammatical

Je prends l'habitude de faire des billets à part lorsque mes commentaires sur une étude scientifique prennent trop d'ampleur.

Il s'agit cette fois d'une incursion dans la grammaire sous l'angle de la théorie de l'information, mais aussi de la détermination génétique du langage par rapport à l'hypothèse de grammaire universelle de Chomsky.

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L’oubli du récit

Il y a beaucoup de raisons à notre rationalité limitée tenant à notre information imparfaite et notre débilité mentale, à la pression du groupe et aux paradigmes de l'époque quand ce n'est pas un savoir trop assuré pris dans la répétition jusqu'à se cogner au réel. Il y a bien sûr aussi le poids de l'intérêt comme de l'émotion. Tout cela est à prendre en compte et il y a déjà largement de quoi en rabattre sur nos prétentions mais on reste encore dans le biologique. Or, la connerie humaine va très au-delà d'un manque d'information ou d'une bêtise animale puisque ce qui nous distingue, c'est bien notre propension à délirer et d'habiter un monde presque entièrement fictif. Il n'y a de folie que d'homme. On peut dire que c'est l'envers de notre liberté mais c'est surtout le produit du langage narratif, ce qui n'est pas assez souligné et s'oublie derrière le contenu alors que c'est sans doute ce qui nous humanise et le distingue radicalement des langages animaux. Ainsi, ce ne serait peut-être pas la parole adressée à l'autre mais le récit plus que le langage lui-même qui nous aurait fait entrer dans un monde humain peuplé d'histoires de toutes sortes, pas seulement de signes.

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Revue des sciences 04/12

  • L’invention des hiéroglyphes
  • Un canon à la place d’une fusée
  • Un mini trou noir traverserait la Terre sans dommages
  • Premières communications avec des neutrinos
  • Un nouveau domaine, l’orientation du spin des électrons
  • Des Leds qui ont un rendement supérieur à 100 %
  • Le petit âge glaciaire était planétaire
  • Nouvelles projections démographiques
  • Capturer le CO2 puisqu’on ne peut réduire les émissions
  • Les météorites, des machines à fabriquer les briques du vivant
  • Les insecticides responsables de la disparition des abeilles
  • La fabrique de faux souvenirs
  • Le cerveau des gorilles a évolué de manière proche des humains
  • Natasha, plus malin qu’un singe ordinaire
  • Néolithique et disparition des mammouths dus à un astéroïde
  • La vieillesse, clé de notre évolution, préprogrammée
  • Les neurones du cerveau organisés en grille
  • L’effet du cannabis sur la mémoire de travail
  • De la difficulté d’inventer la roue
  • L’ADN défectueux dans le sang cause du vieillissement ?
  • La cause de l’Alzheimer trouvée : le FCN ?
  • Le LSD contre l’alcoolisme
  • L’élimination totale du SIDA en vue ?
  • Un nouveau médicament contre toutes sortes de tumeurs
  • L’impression nanométrique pour fabriquer rapidement des molécules

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Un homme de parole (le sujet du langage)

Pour finir la série, après avoir survolé l'histoire de l'humanisation du monde et de sa transformation matérielle, il s'agit de comprendre en quoi précisément le langage narratif a pu tout changer de notre vécu au point de nous séparer des autres animaux.

Il n'y a pas de nature humaine, ce qui fait l'homme, c'est la culture qui s'oppose à la nature par construction, la raison qui nous détache du biologique, la civilisation qui réprime nos instincts, l'histoire qui prend le relais de l'évolution. C'est un nouveau stade de la séparation du sujet et de l'objet, de l'autonomisation de l'individu par rapport à son environnement, processus qui vient de loin et n'est pas réservé à notre temps. Tout n'est pas culturel pour autant. Il ne s'agit en aucun cas de nier les mécanismes biologiques étudiés avant, par exemple dans la différence des sexes, mais de ne pas les assimiler trop rapidement à ce que la culture y superpose de systématisation (dans la division actif/passif notamment). Pour les sociétés humaines, rien ne justifie de faire du biologique une raison suffisante, encore moins une norme culturelle, et il faudrait éviter les tentations scientistes de mettre sur le compte de la biologie ce qui résulte d'une longue histoire.

L'essentiel, c'est le lien de la culture et du langage tel qu'il avait été établi par le structuralisme dont l'apport là-dessus est considérable et ne peut être ignoré. On peut regretter le discrédit dans lequel il est tombé de nos jours, certes à cause de ses excès, ses erreurs, ses errements. Le phénomène est on ne peut plus classique et relève justement d'une analyse structurale : chaque génération se construit sur l'opposition à la génération précédente et toute théorie trop dominante est destinée à un temps de purgatoire quand elle est passée de mode ! Il n'empêche que la culture, les contes, les mythes, les rites, les modes relèvent bien d'une approche linguistique et structurale, ce qui n'est en rien une négation de l'histoire comme le craignait Jean-Paul Sartre, ni même de l'humanisme, encore moins de la liberté. On devrait parler plutôt, comme Lucien Goldmann, d'un structuralisme génétique car les structures évoluent, bien sûr. Ce n'est pas parce qu'il y a des règles qu'elles ne peuvent pas changer, simplement elles doivent garder une certaine cohérence, un peu comme l'évolution du squelette doit respecter des contraintes structurelles, évoluant donc plutôt par sauts et changements de paradigme (ou d'épistémé).

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Retour sur les religions

Au commencement, il y a le récit, l'histoire qu'on se raconte, le langage narratif qui produit toutes sortes de mythes en nous faisant prendre les mots pour les choses, leur prêtant des intentions, personnifiant la nature enfin, tout en nous différenciant des animaux, humanité fragile qui nous coupe déjà de l'origine et toujours à retrouver (par des sacrifices).

Sans même parler des techniques qui nous spécifient et de l'artificialisation de notre milieu, la culture s'oppose nécessairement à la nature dans ses symboles, ceci pour des raisons purement formelles : le signe qui n'est pas simple trace doit se détacher de sa matérialité. Dès lors, on peut dire qu'être au monde, c'est habiter le langage qui impose ses catégories au réel (le signifiant divise). C'est notre monde, celui des structures de parenté, des interdits, des rites et des mythes. Le monde humain, celui du sens, est un monde de forces obscures où nous sommes ensorcelés par des mots. Nous pensons toujours à travers une culture, des préjugés, une conception du monde, le prisme d'une tradition avec ses modes du moment. Il n'y a donc pas d'accès direct à l'être, même à vouloir rétablir et célébrer l'union avec les divinités de la nature. L'attitude "naturelle", c'est de donner un sens à tout mais le sens est hérité en même temps que la langue, valeur qui se veut supérieure à la vie même et qui peut se perdre pourtant par nos transgressions et notre mauvaise foi, nous rejetant de l'humanité, déshonoré, notre parole ayant perdu tout crédit...

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Gilgamesh ou l’écriture du deuil

Comment les plus vieux écrits de l'histoire pourraient-ils nous apprendre encore quelque chose à notre époque hypermoderne ? C'est pourtant le paradoxe qu'une vérité gravée dans le marbre ne soit pas pour autant acquise pour toujours : il faut encore qu'elle soit lue, et relue, afin de pouvoir nous apporter ses lumières et dissiper les illusions du sens commun. C'est pourquoi l'oubli des "humanités" est toujours un oubli de l'histoire, un retour à l'obscurantisme, à l'imitation, si ce n'est à la barbarie.

On écrit toujours contre l'oubli, contre l'apparence et l'immédiat. Ce qui s'écrit, c'est la contra-diction elle-même mais c'est aussi le passage du temps. Paradoxalement, ce qu'on fixe par l'écriture, c'est le changement lui-même et notamment l'impensable transformation de soi qui nous fait passer du rire aux larmes et de l'ombre à la lumière, subversion d'une identité figée dans ses rigidités et ses certitudes. L'écriture qui rend compte du mouvement des astres doit rappeler à celui qui est trop joyeux qu'il fut si malheureux autrefois, comme à celui qui est trop triste, les bons moment qu'il connaîtra encore. Cette transformation du héros de l'histoire est la trame de tout récit comme roman des origines qui prend les formes fantasmatiques de la toute-puissance ou du prince charmant, autant dire le rêve des golden boys, dans leur absence totale d'originalité depuis la nuit des temps.

C'est pourtant la vanité de ce rêve que nous raconte déjà l'un des premiers mythes de l'histoire, l'épopée de Gilgamesh, qui montre comme le pouvoir et les biens de ce monde sont illusoires face à la mort, surtout celle d'un ami. Le trajet de Gilgamesh est assez semblable à celui de ces traders fous qui se retrouvent soudain au monastère, à ces compétiteurs effrénés qui changent de vie après avoir frôlé la mort dans un accident.

On peut lire dans la renonciation à l'absolu, à l'immortalité, au surhomme, la conscience de soi de notre humanité qui prend forme, mais l'essentiel, loin de toute pensée positive et d'une "joie de vivre" naturelle autant que du culte de la performance, c'est bien cette confrontation à la mort, au négatif, à nos limites car ce n'est rien d'autre que notre fragilité et notre détresse éprouvées qui nous rendent plus humains et fraternels.

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Revue des sciences 08/08

Leonard de Vinci

  • Les femmes en Mésopotamie
  • La myéline, le câblage des apprentissages
  • L'ocytocine, molécule de la confiance
  • Contrôle de la position d'un électron
  • Des ARNm recombinants
  • Première carte détaillée des connexions du cerveau
  • Le vieillissement, maladie ou processus génétique ?
  • Des médicaments contre l'Alzheimer
  • Des animaux transgéniques pour servir d'appareils médicaux !
  • De l'ADN artificiel
  • La révolution solaire
  • Un moteur actionné par la lumière
  • Imprimer ses créations en 3D

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