Sur l’histoire de l’art et sa fin

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Chaque art a sa période d’efflorescence, d’épanouissement, en tant qu’art, cette période étant précédée d’une période de préparation et suivie d’une période de déclin. C’est que les produits, les créations des arts étant des oeuvres de l’esprit n’atteignent pas d’emblée, comme les produits de la nature, leur état d’achèvement et de perfection, mais présentent un commencement, un développement, un achèvement et un déclin. Hegel, Esthétique, III 6

Mais à ce degré le plus élevé, l’art se dépasse, et devient prose, pensée. 131

L’art n’a plus ainsi pour nous la haute destination qu’il avait autrefois... tel qu’il est de nos jours, il n’est que trop fait pour devenir un objet de pensées. III 26-27

De ce fait, il a perdu pour nous tout ce qu’il avait d’authentiquement vrai et vivant, sa réalité et sa nécessité de jadis, et se trouve désormais relégué dans notre représentation. Ce qu’une oeuvre d’art suscite aujourd’hui en nous, c’est, en même temps qu’une jouissance directe, un jugement portant aussi bien sur le contenu que sur les moyens d’expression et sur le degré d’adéquation de l’expression au contenu. 34

Hegel associait la fin de l'Art à la fin de l'histoire supposée, mais ceci juste avant que ne commence la riche histoire de l'art moderne, désormais achevée - bien que l'art post-moderne, qui a tant de mal à lui survivre, revendique d'en être la suite, mais se condamnant ainsi à ne faire qu'en réaffirmer la fin dans une répétition complètement stérile. Pourtant, ce que dit Hegel de la fin de l'art semble bien pouvoir s'appliquer à cet art contemporain. Il m'a donc semblé intéressant d'essayer de compléter l'histoire hégélienne par ce qui a suivi les tendances romantiques de son époque. L'art moderne pourrait y être compris comme une période particulière, car introduisant justement l'histoire dans l'art par sa déconstruction, ses révolutions artistiques. La fin de l'art moderne n'est, bien sûr, pas la fin de l'Art mais peut-être celle de son historicisation.

Au milieu des fracas de l'histoire actuelle et des catastrophes écologiques, parler d'art apparaît en tout cas bien futile aujourd'hui, ce qui n'était pas le cas au siècle passé où il prétendait porter une vérité essentielle sur l'Esprit et notre humanité, l'utopie artistique étant alors inséparable des utopies révolutionnaires (surréalisme). Les temps ont bien changé avec la fin de l'art moderne et des utopies. L'art y a perdu son caractère sacré, prophétique et son importance métaphysique (dévoilement, homme nouveau, libéré des normes), revenant à sa fonction traditionnelle politique et sociale que l'art moderne pouvait occulter, l'historique y ayant pris le pas sur le sociologique.

Il faut d'abord se persuader qu'il n'y a dans l'Art rien d'accidentel ni de désintéressé malgré ce qu'on prétend. Contre les conceptions éternelles et universelles de l'art et du beau, depuis le paléolithique jusqu'à l'époque moderne, aussi bien que celles qui les ramènent à l'expression subjective et la perception immédiate, il s'agit en effet de réaffirmer les dimensions historiques et sociologiques (d'appartenance) des goûts artistiques, modes ou styles - comme on l'a fait pour les religions ou les idéologies - sans supprimer pour autant la spécificité du rapport à son histoire de l'art moderne, correspondant à une période historique qui est derrière nous.

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Gérard Manset

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Gérard Manset reste à peu près inconnu à la plupart, ce qui est bien étonnant tant il a fait de très grandes chansons (mais il y en a aussi pas mal de moins bonnes). Contrairement à ce qu'on s'imagine de nos jous, si on fuit les médias, les médias ne viennent pas à soi !

Il faut dire que, un peu comme Brel, il n'y a certes pas beaucoup de chansons gaies (seulement 2 sur 13 ici) mais de la bonne musique à découvrir pour ceux qui ne connaissent pas (et à écouter fort).

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Marie Laforêt

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Je l'ai toujours trouvée très sous-estimée, n'ayant pas eu la reconnaissance qu'elle méritait, surtout pour les chansons traditionnelles qu'elle chantait merveilleusement. Difficile de faire un choix il y a des dizaines de très bonnes chansons...

"Pour te donner ce que je veux t'offrir il me faudra le temps, le temps de réfléchir" !

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Chansons actuelles

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Ce ne sont pas ceux qu'on entend partout mais sûrement plus actuels, la chanson politisée dans ce qu'elle a de meilleur musicalement (HK & les Saltimbanks mais aussi toute la bande Zoufris Maracas, La Caravane Passe, Soviet Suprem).

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Rock N’ Roll Is Dead

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Le rock a été un moment important de notre histoire, un peu comme le romantisme par exemple, porteur de valeurs dont certaines restent à défendre - pas toutes - et qui ne sont justement pas celles du pouvoir, ce pourquoi on peut s'amuser de le voir ainsi célébré. S'il faut enterrer cette époque révolue avec ses derniers survivants, cela ne peut se faire sans en prononcer l'éloge funèbre.

En effet, tous les discours officiels nous invitent inévitablement à l'optimisme et à être contents de nous, célébrant la réussite (de l'école à l'entreprise). Cet utilitarisme assumé de la pensée positive contamine tous les aspects de la vie, mis au service de la santé du corps comme d'un supposé épanouissement professionnel avant la satisfaction d'une vieillesse sereine. Rien de plus raisonnable, sans doute. C'est bien de cette façon que cela devrait de passer s'il n'y avait un hic, un réel qui dément cette belle harmonie où il n'y aurait que des gagnants. Mais, pour la bienveillance du pouvoir, ce serait de leur faute si les pauvres sont au chômage ou se tuent à la tâche ! Dans ce beau monde bien ordonné, il se trouve malheureusement des inadaptés sociaux, des poètes, des idéalistes qui ne rentrent pas dans les cases et ne jouent pas le jeu. Nul doute qu'aux yeux du pouvoir auquel ils échappent, ces marginaux sont des erreurs de la nature dont la société doit se protéger, sinon rectifier leur génome déficient. J'ai bien peur hélas d'être de ces inadaptés ayant horreur de l'hygiénisme. C'est incontestablement un mode d'existence qui n'est pas généralisable. Je ne suis pas le seul pourtant, et pour ceux-là qui ne suivent pas la norme, le rock a pu être un moyen d'affirmation et d'appartenance.

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Sister Rosetta Tharpe, la grand-mère du (gospel) rock

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Lorsque je l'ai découverte (grâce à Youtube), j'ai été très étonné de n'avoir jamais entendu parler avant de Sister Rosetta Tharpe (1915-1973) qui est un peu l'équivalent à la guitare électrique de Ray Charles au piano et qui a beaucoup influencé les premiers guitaristes rock. C'est sans doute que ce gospel rock était un peu trop gospel pour l'esprit rock transgressif qui enflammait la jeunesse mais voilà une femme effacée de l'histoire (du moins en France et pour les non spécialistes) dont il est bon de rétablir le rôle pionnier.

Didn't It Rain

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United

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Comme je ne regarde plus les informations répétitives de la télé et que ma box propose d'y voir des vidéos youtube, j'ai découvert avec 5 ans de retard cette série de très bonne musique pleine d'excellentes intentions, "playing for change". On y croit le temps d'une chanson et cela fait du bien, tire une larme à l'oeil - même si cela ne change pas les choses qui vont toujours aussi mal. En tout cas, les bons sentiments peuvent faire de belles oeuvres et passer de bons moments même si cela ne suffit pas à faire de bonnes politiques, hélas.


La chanson titre est sympa mais n'est pas forcément le meilleure, je conseille aussi les suivantes.

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Rappelle-toi Barbara…

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Il faut dire que je suis un peu émotif en ce moment, en tout cas ce morceau, intitulé "Barbara et son public", que je ne connaissais pas et constitué des interminables rappels d'un public qui ne veut pas la laisser partir et lui chante ses chansons pour qu'elle les reprenne, m'émeut jusqu'aux larmes par l'amour qu'ils renvoient à une chanteuse sur le retour, dont je n'aime d'ailleurs pas tellement les interprétations un peu trop braillées par rapport aux originaux plus intimes, témoignant sans doute d'autant plus de reconnaissance que ses chansons ont accompagné les moments les plus difficiles et solitaires de leur existence (le mal de vivre, soleil noir, à mourir pour mourir, etc.) même si ce ne sont pas forcément les meilleures ni celles qu'ils chantent ici.

Il y a de bonnes chances que cela laisse froid la plupart des auditeurs mais il me semble qu'on retrouve dans cette ferveur quelque chose des émotions politiques ou religieuses, enthousiasme des foules qui est quand même plus innocent dans l'enceinte d'une salle de spectacle...

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Le plaisir de la surprise dans la musique

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- Le plaisir de la surprise dans la musique

Une étude se propose d'expliquer pourquoi à certains égards la musique offre le même genre de plaisir qu'un bon thriller.

La musique semble satisfaire notre soif de stimulation mentale mais l'IRM montre que c'est la zone responsable de la sensation de "bonne surprise" qui est activée. "Nous faisons constamment des prédictions. Même si nous ne connaissons pas un morceau nous essayons toujours de prédire comment il devrait se dérouler".

Il peut paraître "surprenant" que les gens tirent profit d'avoir leurs attentes contredites. Mais ces résultats ne font que donner une base neuronale à ce qui est connu depuis des siècles. Dans le monde antique, les professeurs de rhétorique savaient bien qu'une façon de capter l'attention des gens consistait à créer des attentes, puis de les contrarier.

Meyer avait aussi déjà montré comment ce mécanisme d'espérance contrariée ne fonctionnait que lorsqu'on connaît le style de musique.

J'insiste souvent sur le lien de la musique avec le langage narratif, ce que cette étude semble confirmer, permettant de rapprocher la variation dans la musique de ce qu'on retrouve avec les contes et les mythes.

Au temps où j'étais à l'Ecole Freudienne, j'avais envoyé à Scilicet (qui ne l'a pas retenu) une théorie de la musique basée sur la nécessité de créer une loi pour la contredire mais à condition (quand la musique est bonne) de créer ainsi une autre loi, un autre rythme, devant lui-même être contredit, etc. Comme je dis souvent, il faut avoir des habitudes pour pouvoir en changer ! Le rôle de la syncope dans le jazz l'illustre à merveille (comme ma pratique de l'improvisation) mais ce plaisir purement musical n'est cependant pas le seul plaisir de la musique. Il y a aussi une musique romantique ou le blues dont la jouissance est plutôt dans l'histoire, l'expressivité, la compassion voire la complaisance dans le malheur, et qui ne déçoit pas du tout l'attente pas plus que l'énergie de certains rocks très carrés faits pour la danse. Sinon, il peut y avoir simplement l'opposition de mouvements rapides ou lents comme dans un concerto.

Cependant, lorsque ce n'est pas la musique d'un morceau qui étonne l'attente, c'est le morceau lui-même qui doit se distinguer des autres morceaux (ce pourquoi il ne suffit pas de faire de la bonne musique pour qu'elle soit marquante). On a là une bonne illustration de la dialectique historique, d'une ontologie formelle, ce qui donne existence à une musique ou une mode à un moment donné (c'est ce qui rapproche la musique comme art temporel de la mode).

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