Bio-graphie (chronologie des textes)

Jean Zin, né le 22 septembre 1953

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Depuis 2023, devant le constat de notre connerie congénitale, les commentaires ont été fermés et si le blog n'a pas été complètement arrêté, il a changé de nature, devenant plus confidentiel.

Pour les années précédentes, en dehors de quelques billets d'actualité, on trouvera essentiellement des articles de fond participant à l'élaboration d'une philosophie écologique matérialiste témoignant d'une évolution intellectuelle et politique liée à celle de l'époque. Même les textes les plus anciens n'ont pas toujours perdu tout intérêt, soumettant plusieurs domaines à un travail sérieux de critique et de clarification qui peut garder son utilité, vulgarisant pas mal de savoirs indispensables peu présents ailleurs et réfutant systématiquement nos préjugés ou illusions. Un certain nombre ont déjà pu en tirer profit (sans me citer la plupart du temps puisque tous mes textes sont en copyleft).

On peut suivre mon parcours qui part de l'hégélo-marxisme, de la psychanalyse lacanienne et de la contre-culture post-soixantehuitarde (occupé de musique, de peinture, d'écriture et d'informatique) pour aboutir à l'ouverture du site "Écologie révolutionnaire" en 1997, puis à faire adopter par les Verts le revenu social garanti, avant de les quitter et participer à la création de la revue EcoRev' (avec le soutien d'André Gorz). J'ai fait ensuite partie du GRIT, groupe de recherche inter et transdisciplinaire où j'ai approfondi, entre autres, le concept d'information et ce que devrait être l'écologie à l'ère de l'information, notamment avec le triptyque de la relocalisation : "revenu garanti, coopérative municipale et monnaie locale", inspiré de Gorz et Bookchin mais abandonnant la perspective révolutionnaire.

A partir de 2005, je me suis attelé sur mon blog à penser notre actualité philosophique et politique mais aussi technologique et scientifique, publiant jusqu'en 2018 une revue mensuelle des sciences. La recherche passionnée de la vérité m'aura surtout désillusionné et dévoilé l'étendue de nos limites cognitives, me faisant devenir plus matérialiste. Une bonne part de mes réflexions se portera alors sur la critique de la critique et plus généralement de la surestimation de la politique face aux puissances matérielles, enregistrant notamment l'échec dramatique de l'écologie politique (échec de la politique en général) qu'il faut absolument relever (surtout localement), tout en reconnaissant que la transition écologique est en cours malgré tout (pour des raisons matérielles).

Bien qu'ayant pris mes distances avec mes anciennes illusions révolutionnaires, je continue à défendre une émancipation critique - au nom d'une philosophie écologique, d'un matérialisme évolutionniste dualiste (matière/information) à l'ère de l'écologie, de l'information et du développement humain - mais cette émancipation doit intégrer la conscience du négatif et des contradictions de la liberté, dans une évolution technique dont l'humanité n'est plus le centre : évolution cognitive et accélération technologique qui nous dépassent tout en exigeant, devant les risques écologiques, une pensée prospectiviste et stratégique que notre connerie ne permet guère pourtant...


2023
Fin des commentaires, guerre, ChatGPT, bricolages
(70 ans)

C'est donc une nouvelle phase du blog, plus confidentiel, sans commentaires et avec beaucoup moins d'articles (un par mois?). J'ai commencé par appliquer au cas du nazi Heidegger le constat d'une connerie générale dont la montée actuelle rappelait les années 1930 - cela juste avant qu'on découvre les performances extraordinaires de ChatGPT qui est peut-être la plus grande découverte de notre humanité même si elle rabaisse notre intelligence et constitue une nouvelle blessure narcissique, reconfigurant notre conscience de soi et notre place dans le monde. Si j'ai commis un dernier texte d'actualité sur la guerre d’Ukraine, c'était juste un essai de collaboration avec cette nouvelle IA, mais le plus important, c'est ce que ChatGPT révèle de notre esprit, ses capacités langagières ne nécessitant ni conscience ni même aucune compréhension de ce qu'elle produit - sans parler de l'absence des dimensions biographiques et morales qui apparaissent ainsi beaucoup moins omniprésentes qu'on ne le supposait chez un être parlant.

J'ai essayé de rendre compte de cette mise en cause de l’identité humaine à l’épreuve des chatbots dont les performances se révèlent basées juste sur la prédiction probabiliste du mot suivant - au lieu d'une causalité génétique, cognitive ou spirituelle. Cela oblige à tenter de reformuler la différence entre conscience animale, humaine et artificielle. Il faut maintenir que notre conscience humaine (la voix de la conscience) comme conscience morale se différencie largement d'une simple conscience de soi animale, mais tout en admettant une nouvelle continuité entre différents niveaux de conscience qui ne se recouvrent pas. Cela devrait empêcher de surévaluer notre propre intelligence, et après avoir dénoncé l'irrationalité d'Homo sapiens et la connerie générale, il faut finalement admettre que tout au contraire des croyances habituelles, c’est le Bien la cause du Mal (l'amour des siens, de sa famille, de sa patrie, de sa culture, de son idéologie, cause de la haine de l'autre), un mal spécifiquement humain au nom de récits collectifs trompeurs.

Cela m'a fait revenir sur le langage narratif comme ce qui caractérise réellement notre humanité "moderne" en nous faisant vivre dans la fiction, dans un monde humain à déchiffrer et habité de dieux, devenu un monde commun à sa communauté culturelle et non plus limité à l'environnement immédiat. C'est la véritable coupure nous distinguant des animaux dans notre évolution avec ses révolutions anthropologiques, évolution de nos moyens qui n'est pas entièrement à notre gloire pourtant, même si cela a pu initier les progrès culturels mais en partant de cet obscurantisme primitif. Ces pures fictions transmises religieusement de générations en générations sont aussi promesses de liberté, par rapport au donné immédiat, mais surtout d'une vie meilleure à venir. Il semble bien que, tout comme les jolis contes qu’on se raconte, une des fonctions du narratif social soit effectivement de nous peindre la vie en rose au milieu des pires conditions. La "Morphologie du conte" de Vladimir Propp permet d'en dégager les constantes universelles qui sont celles du récit initiatique (récit de formation, quête du Graal, roman familial) où le jeune héros, surmontant les obstacles et montrant son excellence, devient à la fin l'élu de sa belle (sa mère?).

Un des enseignements des Grands Modèles de Langage étant d'une approche holiste du langage, cela nous oblige à repenser le langage après ChatGPT, grammaire et logique lui étant immanentes, comme la phonologie, et non application de règles. Si l'irrationalité d'Homo sapiens s'explique par le langage lui-même, qui nous fait habiter des fictions plus ou moins délirantes et les répéter à l'envie, la difficulté est du coup de rendre compte de ce qui fait de nous un animal "rationnel", tout comme du progrès de l'Histoire. Cela ne peut se comprendre qu'à faire de la raison un produit de l'Histoire dépassée par l'évolution comme processus de rationalisation imposé par la pression extérieure (notamment par la guerre), ceci comme toute évolution, y compris technique - échappant aux volontés humaines, et faisant de notre espèce plutôt le produit de la technique. J'ai complété cet article par une critique de l’anthropologie philosophique qui n'est qu'une négation de l’évolution.

Ainsi s'achève cette première année hors du monde.


2024
Guerres, IA génératives, travaux
(71 ans)

Ce n'est pas seulement à cause de la montée des populismes et des guerres que j'ai pensé utile de rappeler que toute négation est partielle, c'est aussi parce que cela s'applique à mon propre passé et "la fin du blog" - me donnant aussi l'occasion de critiquer l'anthropologie de Kojève et sa négation de la nature, en continuité avec l'article précédent. Je me tiens autant que je peux à l'écart d'une actualité désespérante de bêtise, où la vérité est devenue interdite. Tout de même, devant les attentes démesurées suscitées par les, certes extraordinaires, IA génératives, j'ai cru devoir réfuter l'idée d'un achèvement du savoir alors que les Intelligences Artificielles n'échappent pas à une dialectique cognitive. Pas plus que les humains, elles ne pourraient inventer des lois effectives et se passer de l'expérience - comme s'il n'y avait plus de monde extérieur, d'incertitudes, de questions. Le caractère incontournable de l'expérience m'a fait revenir à Francis Bacon qui faisait déjà de la méthode scientifique le seul remède pour l'avancement des sciences (et contre la connerie humaine). Malgré tout, même si les IA démontrent qu'on ne pense jamais par soi-même, elles manquent encore à ce jour de style et de profondeur, une petite news prenant date des premières déceptions des utilisateurs des IA génératives (conformément au cycle de la hype) mais on n'en est qu'au tout début. Devant le risque de l'extrême-droite (évité de justesse), j'ai cru devoir rappeler que nos déterminations n'effacent pas notre part de responsabilité.

Notre part de responsabilité, 01/07/24
Rien n'étant sans cause, il y a bien un déterminisme intégral, sauf qu'il y en deux ! On ne peut, comme le prétendent des physiciens, tout réduire aux causes mécaniques. Il y a place pour une autre causalité qui n'est pas physique et s'oppose même à l'entropie universelle, c'est l'intervention du vivant et de sa part de "liberté" échappant au pur déterminisme physique, introduisant, par sélection et apprentissages, les causes finales dans la chaîne des causes. On passe ainsi d'une cause mécanique, s'épuisant dans son effet, à une cause cognitive orientée vers un but. Le fait qu'il soit d'un tout autre ordre que le déterminisme physique, et moins "efficace", n'empêche pas d'avoir affaire à un déterminisme aussi inévitable, combinant l'hérédité à la formation individuelle, déterminisme de sa personnalité, de ses acquis génétiques et cognitifs. Admettre nos déterminations sociales et intellectuelles ne fait pas disparaître pourtant la responsabilité individuelle.



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