Théories du complot et critique sociale

Les théories du complot sont, tout comme les mythes et religions, une des manifestations massives des limites de notre rationalité et de nos tendances paranoïaques au délire d'interprétation, manifestant à quel point Homo sapiens est tout autant Homo demens. C'est ce dont on semble refuser absolument de prendre toute la mesure pour ne pas attenter à notre narcissisme et continuer d'entretenir l'illusion de notre fabuleuse intelligence - illusion qui est justement le ressort du complotiste persuadé d'avoir tout compris et de n'être plus dupe de la vérité officielle, ressort plus généralement des militants plus ou moins révolutionnaires.

Ces contre-récits réapparaissent, en effet, à chaque fois que nos anciens modes de vies sont perturbés, que ce soit par la guerre, une épidémie ou une crise économique, les Juifs servant dans tous les cas de boucs émissaires à portée de main (accusés de profanations d’hosties ou de crimes rituels et d’empoisonnements des puits dès le XIIe siècle, jusqu'à la seconde guerre mondiale dont on voulait les rendre responsables). Ce n'est pas si différent d'Oedipe chargé de la culpabilité d'une peste décimant Thèbes, sauf que s'y ajoute l'idée, plus proche de la sorcellerie, d'une volonté humaine agissante derrière de fausses apparences qui masquent les véritables commanditaires et qu’il faut démasquer publiquement afin d'y mettre un terme et retrouver l'harmonie, la transparence et la souveraineté d'un temps passé idéalisé.

Ce dont il faudrait s'étonner, ce serait donc plutôt de notre étonnement pour ce qu'on peut considérer comme une constante tendance de l'esprit humain et de la psychologie des foules que les réseaux ne font qu'étaler aux yeux de tous. Ce qui devrait nous étonner, c'est l'idéalisation, en dépit de toutes les preuves du contraire, de notre intelligence humaine au nom des savoirs péniblement accumulés au cours des siècles, les sciences étant pourtant explicitement basées sur notre ignorance première et la fausseté de nos représentations ou convictions méthodiquement réfutées par l'expérience. C'est pourquoi on peut espérer que la place prise par les théories du complot les plus absurdes constituent un véritable tournant historique nous obligeant à reconnaître enfin notre rationalité limitée contre toutes les utopies rationalistes ?

D'un certain côté, on peut dire qu'il n'y a là rien de neuf depuis les théories fumeuses aussi bien sur l'inexistence que sur la création du virus du sida dans les années 1980 ou, plus récemment, les climatosceptiques s'opposant à la "pensée unique" en s'imaginant déjouer le complot mondial des climatologues (pour capter les budgets de la recherche !). Il y en a eu bien d'autres et à toutes les époques (notamment en 1789 au moment où la Révolution affirmait que ce sont les hommes qui font l'Histoire) mais il faut bien admettre un renouveau depuis le 11 septembre 2001, illustré entre autres par le succès du Da Vinci Code en 2003. Il est quand même remarquable que ce renouveau recycle le plus souvent d'anciennes traditions complotistes, en particulier avec les Illuminati qui en ont constitué une sorte de modèle, simple remake des anciennes théories du complot qui sont toujours des sortes de complots du diable. Le numérique et la globalisation leur donnent cependant une toute autre dimension.

Le complotisme aujourd'hui

L'ère du numérique et des réseaux planétaires ne fait pas, en effet, que rendre les théories du complot beaucoup plus visibles (ou plus délirantes) en tirant parti du fait que les fausses nouvelles se propagent plus vite à court terme (les vraies ne s'imposant qu'après-coup), elle en est aussi une des causes principales par l'accélération technologique qui bouleverse nos modes de vie (avec les mobiles, l'automation, la domination des GAFAM). Le numérique fournit également de nouveaux outils, comme les capacités de manipulation d'images ou de recherche d'indices nourrissant le délire (biais de confirmation), tout en démultipliant sa contagion par effet de groupe et donnant une tribune à la dénonciation en meute par n'importe qui des supposés coupables. Enfin, depuis la chute du communisme, la globalisation marchande (pas seulement numérique) conforte une des caractéristiques principales des théories du complot, la dénonciation d'un nouvel ordre mondial supposé dirigé par la conspiration d'un petit nombre, pouvoir à la fois totalitaire et secret !

Il faut ajouter pour les pays occidentaux, et singulièrement la France, la déception des fausses promesses de l'idéologie démocratique confrontée aux limites de la démocratie réelle (parlementarisme) et de la politique en général dans ce monde globalisé. Cette absence de pouvoir réel et de souveraineté paraît inexplicable car à l'opposé de ce que tous les discours politiques prétendent, ce qui se traduit par l'appel à un pouvoir autoritaire. Les théories du complot se présentent ainsi comme des symptômes des mensonges de la démocratie, tentatives d'expliquer par l'intervention d'un pouvoir supérieur occulte l'impuissance des pouvoirs démocratiques. Le délire tente ici, contre les démentis du réel, de sauver la croyance idéaliste dans la capacité du politique à façonner l'ordre du monde à sa guise, au gré des majorités électorales et d'une volonté générale invincible. De plus, l'idéologie démocratique peut légitimer aux yeux des complotistes leurs constructions narratives au nom de la pluralité politique et la diversité des opinions, de l'existence de vérités multiples ou alternatives (idéologiques) pouvant être opposées aux sciences (bourgeoises), ce déni du réel menant là encore à bien des désillusions.

Paranoïa et critique

Au-delà de ses formes les plus fantasmatiques, il faut bien admettre que l'interprétation paranoïaque du monde constitue un mode de pensée assez coutumier, notamment en politique. Il ne s'agit pas seulement d'ignorance mais bien de faux savoirs, de fausses représentations et d'un refus du réel enfin qu'on peut trouver compréhensible mais qui pose du coup la question de sa proximité avec la pensée critique et les idéologies démocratiques ou révolutionnaires. Karl Popper avait souligné la tendance des utopistes à tomber dans les théories du complot pour expliquer leur échec, rejoignant ce que Hegel disait déjà dans la Phénoménologie : quand la bonne volonté échoue à s'imposer au monde ou que de si pures intentions tournent au cauchemar, il faut bien supposer un complot extérieur ou la main du diable jusqu'au délire de persécution, compagnon habituel de la parano. On voit effectivement depuis des années toute une frange de la "critique radicale", incapable de reconnaître son échec, devenir complotiste. C'est notamment le cas d'anciens pro-situs se réclamant des "Commentaires sur la société du spectacle" de Guy Debord où le secret est présenté comme la face cachée du spectacle - certains allant même jusqu'à rejoindre les fachos négationnistes ou nationalistes voulant (dé)formater les esprits ! La confusion est totale.

Le problème de fond, on l'a vu, c'est que, pas plus que des sauvages, on ne peut croire qu'il n'y aurait pas de volonté mauvaise derrière les malheurs qui nous arrivent et qu'on se persuade facilement de détenir la vérité (on ne me la fait pas à moi) en dévoilant le prétendu coupable de toutes sortes de calamités et de tout ce qui ne dépend pas de nous. Cette tendance accusatrice qu'on retrouve dans la pensée critique, sous toutes sortes de noms, est bien du même tonneau que la sorcellerie et la recherche de boucs émissaires. La diffusion par les réseaux sociaux des théories les plus délirantes ne fait qu'en manifester toute l'absurdité, là où les anciennes idéologies pouvaient donner l'impression de la rationalité, ce qu'on peut mettre en cause.

L'antisémitisme était déjà complètement délirant mais semblait rationnel à pas mal de gens respectables avant-guerre prenant au sérieux le "Protocole des sages de Sion" ou bien, comme des anarchistes ou socialistes, identifiant les juifs aux banquiers et au règne de l'argent. Il se pourrait aussi que, ce qui nous paraissait rationnel dans le marxisme ne l'était pas tant que ça, se ramenant, pour la plupart des communistes, à la domination des deux cents familles ou des banquiers juifs, le capitalisme étant ainsi identifié explicitement aux capitalistes, à rebours de Marx qui l'analyse comme système de production industriel déterminé par la circulation (et la finance) dont plus-value et salariat ("travail abstrait" mesuré par le temps) ne sont qu'une conséquence mécanique, ne résultant donc pas d'une volonté individuelle mais d'un fonctionnement général, systémique, procès sans sujet dont la force supérieure anonyme est impossible à identifier - ce qu'on ne peut admettre, cherchant des coupables. Pour Moishe Postone une des raisons de l'antisémitisme s'expliquerait effectivement par la recherche d'une cause personnelle à ce sujet automate planétaire lié à l'évolution technique et qu'on a bien du mal à réguler, subissant crise sur crise.

De nos jours, être anticapitaliste ou anticroissance ou antitechnique suppose aussi le plus souvent une forme de complot (mêlant finance, gouvernements, élites, minorités, étrangers, multinationales, médias) qui imposerait ce système de production destructeur par une sorte de zombification des esprits à la 1984 (censé illustrer plutôt le collectivisme de 1948). Il suffirait de neutraliser ces malfaisants pour faire régner nos bonnes volontés comme si un système de production ne s'imposait pas pour des raisons très matérielles (conformément au matérialisme historique) et sur toute la terre mais il semble que lorsqu'on a dit capitalisme, on a tout dit, être anticapitaliste, signifiant juste être contre ce monde et une question de volonté contre d'autres volontés.

Une caractéristique des théories du complot, c'est de s'imaginer que tout est lié mais aussi, à l'instar de certaines contestation sociales, de donner une vision policière de l'histoire en cherchant "à qui profite le crime" (par définition les riches et les élites au pouvoir). Ce n'est pas seulement qu'on ramène ainsi un système économique à un petit groupe de dominants, mais en le ramenant à une domination supposée totale sur les esprits et le cours des choses, on escamote le réel des processus économiques dans toute leur complexité, simplifiant outrageusement la question (s'engager dans des alternatives locale devrait suffire à dissiper ces naïvetés).

Evidemment, ces déviances ne peuvent disqualifier toute pensée critique ou analyse des différents capitalismes. Le glissement se fait lorsque les concepts perdent en rigueur, deviennent flous, trop globaux ou personnalisés (ad hominem) et surtout quand on suppose que des intentions toutes puissantes ne rencontrent aucune contrainte ou intentions contraires, produisant à tout coup les effets attendus profitables pour eux.

Le complot idéologique

On peut soupçonner hélas, que sans croire à une sorte de complot au sommet, il n'y aurait pas de militantisme possible. On a vu que l'anticapitalisme n'est lui-même plus rien d'autre souvent pour les militants qu'une théorie du complot, assimilant le "capitalisme" à l'exploitation du grand nombre par le petit nombre grâce à son hégémonie idéologique, réduisant finalement le capitalisme à une simple idée (fétichisme de la marchandise, cupidité, individualisme). Pour les écologistes, ce serait le productivisme et "l'idéologie de la croissance" (imposée par les riches, les industriels, les médias) qu'il faudrait extirper des esprits grâce à un nouvel imaginaire. Dans tous les cas, on s'imagine que ce sont les idées qui mènent le monde au lieu d'en être le reflet, ce qui ne peut mener qu'à l'affrontement stérile des volontés. Malgré tout, si l'anticapitalisme n'est plus effectivement qu'une idéologie comme une autre, depuis l'échec du communisme réel qui le renvoie aux poubelles de l'histoire, par contre, l'écologie ne se réduit pas du tout à une idéologie (comme l'amour de la nature) alors que c'est matériellement qu'elle s'impose (tout comme la relocalisation).

Le complotisme, lui, est clairement idéaliste, supposant la détermination univoque du réel par un pouvoir occulte, volonté implacable qui ne pourrait s'imposer que par la propagande et le formatage des subjectivités (à leur "servitude volontaire"). On tombe ici sur un constructivisme intégral, un peu à la Matrix, où le fait que toute culture forme ses jeunes et formate leurs esprits donne l'illusion d'un pouvoir absolu sur les esprits. Ce n'est pas parce qu'il y a éducation et propagandes que l'endoctrinement peut tout. On ne peut nier l'efficacité de la propagande et, bien sûr, les journaux détenus par des milliardaires ne sont pas neutres mais l'information circule. Cette fabrique du consentement tentée par tous les pouvoirs autoritaires n'est jamais si parfaite et ne suffit pas à expliquer l'adhésion à un pouvoir. Extrême-droite et extrême-gauche se rejoignent dans la croyance qu'il ne s'agirait que de conquérir une hégémonie idéologique (qui est aussi bien celle prêtée au capitalisme qu'aux intellectuels de gauche!). Ce qui passe à la trappe, c'est le réel tout simplement, la domination effective de puissances matérielles (militaires, industrielles, financières) et d'un système de production imposé mondialement non par une idéologie mais par le développement technique. L'histoire n'est pas la réalisation d'un projet préalable ou d'une idée, pas plus que l'évolution naturelle n'est l'oeuvre d'un créateur, elle n'est que la façon de répondre aux modifications de notre environnement (technique, économique, social, écologique).

Les complots effectifs

Il faut préciser que cela n'empêche pas bien sûr qu'il y ait des dominants, des propagandes idéologiques ainsi que de véritables complots mais qui n'ont pas cette dimension globale et motivent des attaques plus ciblées. Il n'était pas injustifié de soupçonner derrière l'assassinat de Kennedy puis celui de son assassin, un complot de la Mafia - voire du vice-président Lyndon Johnson même si, avec le temps, ce n'est plus soutenable, en tout cas, ce n'était pas forcément du même ordre que les théories du complot basées sur une collusion générale des médias et des politiques.

Il y a bien, par contre, des officines internationales plus ou moins discrètes favorisant cette complicité par l'organisation de rencontres entre industriels, financiers, politiques, journalistes, intellectuels qui ont pu participer à répandre les politiques néolibérales après la globalisation et la fin du communisme. Il serait excessif quand même d'en faire la cause de ce basculement idéologique lié à la situation historique et sans doute aujourd'hui en phase terminale laissant place à un nouveau cycle.

On ne peut nier non plus l'existence de sociétés secrètes et des tentatives de manipulation des esprits (jusqu'aux sectes). L'ésotérisme a toujours existé et la maçonnerie est une réalité pas complètement négligeable, normalement attachée à la laïcité et oeuvrant au progrès de la république. On ne peut en exagérer le rôle ni en faire un complot de malfaisants même si la protection du secret a pu servir à des malfrats ou de véritables complots (loge P2). Les Illuminati ont eu une existence bien plus brève mais n'étaient pas non plus mal intentionnés en conspirant à un gouvernement des lumières supranational délivré des guerres de religions (Herder en faisait partie). C'est certainement ce qui donne le plus raison aux théories du complot, s'appuyant sur des faits, mais ce qui les en éloigne, ce sont leurs succès très limités bien que pas tout-à-fait nuls. Que les Lumières et la Maçonnerie aient été parties prenantes de la Révolution Française n'en fait pas la cause de la révolution. Il ne s'agit guère plus que d'influence, de courants d'idées, très loin d'une domination planétaire ou d'un projet de contrôle des populations (qui est plutôt technologique désormais).

L'alternative ?

Il ne s'agit pas de dénigrer toute critique, au contraire, ni toute mise en cause du personnel politique ou de capitalistes mais l'enjeu est de s'interroger sur les implications d'une critique débarrassée des errements complotistes et comment, sur ces bases, élaborer une stratégie et un discours écologiste, sachant que ce ne sont pas les discours qui changent le monde et que c'est dans le réel que l'écologie s'impose, même à ses adversaires.

On soutiendra que sortir des théories du complot signifierait sortir des mythes cartésiens et rousseauiste d'une volonté générale comme expression d'un bon sens qui serait la chose du monde la mieux partagée (et que Socrate déjà mettait en doute), pour admettre enfin nos limites cognitives et l'extériorité du monde, la complexité de processus qui nous échappent largement et s'imposent matériellement, ce que nous pouvons y opposer n'étant pas nul (régulations, normes, impôts) mais assez limité quand même et, en tout cas, réactif, ne faisant que tirer parti des opportunités du moment (kairos) plus que l'application volontariste de plans d'ensemble préconçus. La première chose sans doute pour ramener l'idéologie démocratique sur Terre serait d'essayer d'évaluer ce qui dépend de nous (de notre parti, de notre position sociale, de notre compétence, de notre rayon d'action local) et ce qui ne dépend pas de nous (infrastructure, rapports de force, évolution technique, limites écologiques) mais le seul moyen de dépasser la bêtise et nos erreurs, c'est de les prendre en compte et de les corriger, la correction d'erreur étant au principe de l'approche du réel par le vivant et de la negentropy, le contraire d'une confiance aveugle dans le savoir des experts comme dans un supposé bon sens.

Cet incontournable pragmatisme écologique qui sonne la fin de la politique idéologique est d'ailleurs préfiguré dans l'actualité par le gouvernement à vue de la pandémie qui ne s'embarrasse pas trop de souci démocratique, et non seulement ne tient pas compte des opinions individuelles mais souvent s'y oppose fermement, comme dans toute mobilisation générale. Ce gouvernement post-démocratique ne peut se réduire à une expertocratie pourtant, les experts n'étant pas d'accord entre eux, ni à une dictature bienveillante car, bien qu'elle ne saurait dès lors se justifier par une intelligence collective introuvable, la démocratie reste indispensable comme régime de la discussion publique et mode pacifique de résolution des conflits par le vote entre convictions et intérêts opposés - pas pour décider de tout.

Ce régime d'état d'urgence et de catastrophes (qui susciteront de nouvelles théories du complot) n'est sans doute pas désirable, ne suscitant aucun enthousiasme ni imaginaire utopique, mais les catastrophes à venir ne nous laisseront pas le choix, seule alternative raisonnable, pour limiter les dégâts, aux délires complotistes (ou utopistes) qui refusent de regarder la réalité en face et peuvent déchaîner inutilement les haines quand il y a tant à faire.

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21 réflexions au sujet de “Théories du complot et critique sociale”

  1. Amusant !

    Les fameuses "théories du complot" et autres "fake news", sont des concepts récents (comme manifestation sociologique), qui doivent leur existence à l’avènement d'internet. En effet, le réseau des réseaux, a permis la sainte émergence d'un contre-pouvoir médiatique. Ces derniers, au lieu de réagir par la raison et la démonstration, face à leur multiples allégeances politiques ont préféré utiliser le mépris et l'injure. Ainsi, toute information que ne correspond pas à la doxa en place est qualifiée de "complot" ou de "fake". C'est si pratique...

    Mais dès lors, quid des lanceurs d'alertes, qui bien souvent tombent sous ces qualificatifs...

    Existe-t-il des complots dans le monde ? La réponse est oui... Existe-t-il des personnes paranoïaques qui voient des complots partout ? La réponse est également oui...

    L'exemple du jour : pourquoi face à une épidémie, plusieurs Etats se sont entendus pour interdire les traitements, voire même retirer de la vente libre des médicaments qui l'étaient depuis très longtemps comme le Paquenil... ? Complot, erreur, incompétence...? Mes connaissances médicales en la matière me laissent perplexe, et ma carrière me laisse voir une première en la matière !

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    • C'est clair, il y a des complots, des collusions, des erreurs, des incompétences, ce qu'il n'y a pas, ce sont des plans d'ensemble, un pouvoir supranational incarné nous manipulant et, surtout, notre critique doit être orientée sur les dangers réels pas sur des fantasmes.

      Je précise que mettre en cause Gilead pour la promotion de l'inefficace remdesivir ne relève pas des théories du complot mais d'un lobbying bien réel et de conflits d'intérêts qu'il faut bien distinguer des théories du complot contrairement à la plupart des éditocrates.

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  2. La lettre des colonels (et d'un contre-amiral) qui emboîte le pas de celle des généraux à la retraite donne une illustration parfaite de l'article et de ce que sont vraiment les théories du complot en accusant pêle-mêle "la haute finance qui détient les cordons de la bourse et la maîtrise des grands médias et qui décide donc de qui sera ou non élu, servie en cela par toutes sortes de relais que sont parmi d’autre Bildeberg, Davos, le CRIF et les fratries".

    Il y a vraiment un danger d'extrême-droite et péril en la demeure.

    http://www.regards.fr/politique/societe/article/apres-les-generaux-voici-la-lettre-des-colonels-seditieux-et-elle-est-encore

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  3. Bonjour,

    "On voit effectivement depuis des années toute une frange de la "critique radicale", incapable de reconnaître son échec, devenir complotiste. C'est notamment le cas des anciens pro-situs se réclamant des "Commentaires sur la société du spectacle" de Guy Debord où le secret est présenté comme la face cachée du spectacle - certains allant même jusqu'à rejoindre les fachos négationnistes ou nationalistes voulant (dé)formater les esprits !"

    Qui désignez-vous précisément ici ?

    S.

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    • Cela ne concerne sans doute qu'un petit nombre de tarés comme Pierre Guillaume, Guy Fargette, Francis Cousin pour les plus connus, ou les anonymes de "Liquidation totale" par exemple (qui m'avaient envoyé leur prose en 2008) mais il y en a d'autres et c'est assez étonnant pour le signaler (tout comme ceux qui sont passés du situationnisme au djihadisme). Il est difficile de faire des généralités là-dessus mais il y a une tendance réelle et surtout une récupération par l'extrême-droite de ces théories subversives qui s'y prêtent beaucoup plus qu'on ne l'aurait imaginé.

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      • il y a tout une colonie sur facebook, très spammeur et très accrocheur , en ajouter 1 et 30 minutes après on vous en propose 200, des jeune gens forts et beaux mais avec des idées merdeuses , illustrant que les révolutionnaires d'hier , sont les conservateurs d'aujourd'hui ....

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  4. Je ne crois pas que les personnes que vous citez ici aient été particulièrement influencées par les "commentaires sur la SDS" ni qu'elles s'en réclament (je laisse de côté "Liquidation totale" que je connais pas et dont je ne trouve aucune trace sur Internet. Épiphénomène donc probablement).

    En 1988, Guy Fargette œuvre déjà plutôt dans l'antidebordisme, voire l'antisituationnisme. Il est la cause quelques années plus tôt de la rupture entre l'EDN et Debord à propos des manifestations lycéennes de 86. Son crédo, relayé depuis par le site "Lieux communs", tient du castoriadisme mâtiné plus récemment de ce que l'on appellerait aujourd'hui islamophobie.

    Pierre Guillaume vient de Socialisme et Barbarie (Castoriadis encore), évoluant ensuite dans le marxisme anti-léniniste qu'il est convenu d'appeler "ultragauche", et a "basculé" dans le négationnisme à la fin des années 1970. En 1988, il s'est déjà clairement rangé du côté de l'extrême droite.

    Rédacteur à la "Jeune taupe", revue du groupe "Pour une intervention communiste", Francis Cousin provient apparemment des mêmes eaux croupies de l'ultragauchisme. Dans sa production récente, la filiation d'avec Debord, dont il se réclame en effet, semble plutôt se manifester dans la reprise d'une métaphysique hégélo-marxiste, chez lui mêlée d'ésotérisme, complètement absente des "Commentaires" de Debord.

    Ensuite, je ne crois que qui que ce soit soit passé du "situationnisme" au djihadisme". La revue Tsimtsoum, seul exemple à partir duquel vous illustrez votre argumentation, était une revue littéraire à tendance mystique dans ce que ses rédacteurs imaginaient être la lignée du Grand Jeu, rédacteurs qui semblent avoir été fascinés par la part mystique de Tiqqun déjà présente chez Daumal. Parler de djihadisme à leur propos me paraît déjà au mieux une fâcheuse extrapolation, quant à y mêler Debord et l'IS, là on est dans du règlement de comptes d'après la bataille. De ce point de vue, votre texte me paraît intenable.

    Il y aurait beaucoup à dire sur les "Commentaires sur la SDS", basculement de Debord vers une vision policière de l'histoire. Au-delà de l'évolution personnelle de l'auteur, en particulier d'une présomption à l'infaillibilité et par conséquent d'affirmations à l'emporte-pièce (voir à ce propos les fameuses statues chinoises du premier empire), le contenu général du livre doit beaucoup au contexte de l'époque, contre-révolutionnaire" pourrait-on dire. L'évolution des événements italiens notamment et le rôle de la fameuse loge P2, que vous évoquez comme complot effectif, justifiaient semble-t-il de pointer les agissements occultes du pouvoir à plusieurs niveaux pour des visées contre-insurrectionnelles.

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    • Je suis d'accord avec tout, l'article n'étant pas sur les situationnistes mais sur les théories du complot, il ne s'agissait que d'une incise évidemment trop rapide qui ne visait pas à dénoncer les situationnistes encore moins à compromettre Debord mais à montrer l'étendue du mode de pensée complotiste. Ayant été moi-même longtemps situationniste, je ne jette pas l’opprobre sur un mouvement qui avait sa nécessité historique, je montre simplement qu'il sert désormais à ses ennemis.

      Liquidation totale était effectivement une entreprise négligeable n'ayant pas duré mais je ne crois pas que sa référence explicite cette fois au secret du spectacle ait été une singularité isolée car je l'ai retrouvée chez plusieurs militants vaguement pro-situs et certes eux aussi négligeables, de simples crétins complotistes ne représentant qu'eux-mêmes, il ne s'agit pas de situationnisme officiel mais, peut-on dire, d'un situationnisme vulgaire, de sa reprise par les tendances de l'époque. Il est cependant difficile de penser qu'il y aurait des héritiers du situationnisme qui ne soient pas négligeables aujourd'hui et pourraient légitimement se revendiquer de la pensée du maître !

      Il y avait au début d'internet un "deboard" où j'avais découvert effaré la connerie de ceux qui se réclamaient de Debord réduit à une simple posture et au maniement de l'insulte. L'Homme total désaliéné n'était décidément qu'un petit frimeur, expérience faite.

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    • L'incroyable délire complotiste de Mehdi Belhaj Kacem (que j'avais rencontré brièvement dans l'entourage de Coupat et que son ralliement à Badiou avait fait considérer un moment comme l'étoile montante de la philosophie!) illustre parfaitement cette référence aux "commentaires sur la société du spectacle de Debord" pour soutenir une conception complotiste de l'ordre mondial, cette influence restant donc très prégnante et nullement si exceptionnelle. Il n'y a pas que des gilets jaunes décervelés pour prétendre que l'état d'exception créé par la pandémie serait pire que le nazisme !! Décidément, le souvenir de ses horreurs est bien perdu et le virus fait perdre la tête à beaucoup de monde, y compris à des intellectuels d'ultra-gauche en plein naufrage...

      https://frblogs.timesofisrael.com/mehdi-belhaj-kacem-la-metaphysique-est-immunodeficiente/

      Cela fait quand même peur de voir les dénonciations d'un fascisme imaginaire, par cet improbable anarchisme-souverainiste digne d'un Michel Onfray, participer objectivement à la légitimation d'un véritable fascisme (populisme autoritaire).

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      • Alors je me suis farci sa prose même si c'est pas une partie de plaisir chaque fois qu'on se risque à rentrer dans ce cénacle. Une des choses qui me frappent, c'est que le type dit que la philo ça consiste essentiellement à poser des questions pendant que dans le même temps il empile certitude sur certitude de surcroît autour d'un sujet pour lequel il n'a à ma connaissance aucune formation.
        Je lui laisse quand même un bon point: il a manifestement rompu avec Badiou.

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        • Oui, c'est très long et bien pénible à lire, on se demande pourquoi de tels intellectuels sont adoubés par d'autres. La nullité de mes anciens camarades révolutionnaires est accablante - compliment qu'ils me retournent j'imagine depuis que je ne le suis plus.

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  5. J'avais rédigé, il y a quelque temps, un article qui rejoins, dans les grandes lignes, vos analyses. Quatre facteurs au moins me sautent aux yeux qui conspirent (oups) pour favoriser la prolifération d'une métaphysique du complot (c'est ce qu'on toutes les peines du monde à faire comprendre: ce n'est pas la catégorie du complot qui pose problème, mais la prétention d'en tirer une grille de lecture exhaustive du monde, comme on fait sortir un lapin de son chapeau):

    -la sur-information, beaucoup plus toxique que la sous-information, comme Ellul l'avait expliqué dès les années 1950;

    -l'effet de bulle des moyens de communication de masse qui ne fait que renforcer chacun dans ses croyances plus ou moins délirantes;

    -un conditionnement social qui relève de l'impuissance acquise, conduisant à attribuer une toute-puissance à des personnages occultes, qui n'a fait que se renforcer à mesure que se délitaient toutes les formes collectives de résistance;

    -la déliquescence des missions d'instruction de l'institution scolaire qui laisse des esprits en friche, dépourvus de la culture générale nécessaire pour situer les infos qu'ils reçoivent.

    Ces facteurs, combinés ensemble, forment, il faut bien le dire, un cocktail assez détonnant, d'autant plus que, pour les idéologues travaillant au statut quo, la figure du complotiste est la caricature parfaite à mettre en scène pour décrédibiliser par avance toute entreprise critique. Exemple parmi d'autres, les milieux autorisés ont cru devoir reprocher à Chomsky son complotisme alors que on lit sa Fabrication du consentement, il dit explicitement qu'il n'y pas besoin d' y recourir pour comprendre comment les choses se font.

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    • Tout cela est vrai sans doute sauf que ce n'était pas beaucoup mieux avant et seulement plus visible aujourd'hui. Les théories du complot comme effectivement système d'explication globale me semblent un système de pensée "naturel" et très répandu depuis toujours, entre autres sous la forme du diable et de la sorcellerie. Les formes collectives de résistance ne font pas exception, enfin pas toutes, c'est ce que j'ai voulu montrer avec le marxisme vulgaire de la lutte des classes ne prenant pas en compte la matérialité du système de production mais une domination qui serait personnelle et non pas matérielle, systémique.

      Chomsky a beau ne pas être complotiste, il a une conception idéaliste de l'idéologie (comme du langage d'ailleurs à chercher les fondements génétiques de la grammaire au lieu du réel comme le fait René Thom à partir de l'exemple "le chat mange la souris"). Ces conceptions gramsciennes mènent à l'affrontement des valeurs et des discours là où il faut analyser les puissances matérielles et les rapports de force. En cela elles relèvent d'une sorte de complotisme dans le pouvoir de manipuler les esprits supposé absolu (alors que c'est la connerie qui domine partout de la droite à la gauche). Le dénigrement des complotistes par la droite rationnelle est facile, car justifié, mais la droite est tout aussi complotiste en invoquant la domination des intellectuels de gauche, jusqu'à inventer ces improbables islamo-gauchistes chargés de toutes sortes de perversions !

      Reconnaître l'importance des théories du complot ne doit pas servir seulement à nous étonner de la connerie des autres, alors que nous serions nous dans le réel, mais à reconnaître l'universalité de la connerie (religions, idéologies, rumeurs) comme notre mode de pensée basique depuis toujours qu'il faut essayer de dépasser, principe même des sciences qui ne font pas confiance dans nos convictions, aux forces de l'esprit, mais seulement dans l'expérience effective. Les mouvements sociaux qui réussissent sont ceux qui revendiquent une nécessité matérielle historique.

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  6. complotisme , recherche de bouc-émissaires , si ça date de si longtemps , il me semble qu'on est assez désarmé justement pour dépasser cela .... d'autant plus encore aujourd'hui où les opinions prévalent sur les faits . pour la démocratie et tout le gâchis humain que ça entraine , c'est un gros défaut ( visiblement qu'on a tous , comme tu le dis , )… il ne faut sans doute pas avoir été brisé par la vindicte populaire pour croire encore que le modèle de la science pourrait corriger ce que l'on croit ou ce que l'on pense peut s'étendre à la société , et irriguer jusqu'à nos campagnes ( on se pince ) ... c'est comme toujours , "il faut , il faut " mais on en prends pas le chemin, loin de là ...

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    • Il n'y a pas de raisons d'être optimiste, notamment en France avec la montée du populisme, par contre si on regarde les USA, on voit qu'il y a bien une dialectique (qu'y aura-t-il après Biden?). Les mécanismes de base de la connerie ne sont pas près de disparaître étant ceux du langage narratif. L'IA pourrait peut-être aider mais elle produit aussi sa propre connerie. Pour ma part, je poursuis mon exploration des manifestations de cette connerie humaine sans aucune illusion d'y changer quelque chose (étant de plus en plus confidentiel), mais sans croire non plus qu'il n'y aurait pas de limites à la connerie quand elle rencontre un réel. La faiblesse du complotisme, c'est de se tromper de cible, c'est d'être dans l'erreur. La science avance malgré tout même s'il faut beaucoup de temps pour qu'elle pénètre les esprits et que cela n'empêche pas un regain des religions.

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  7. Le regain des religions, comme le populisme, ne serait-il pas de l'ordre du sursaut de la bête, tandis que le réel est en train de remettre pas mal de pendules à l'heure ?

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    • Je ne comprends pas trop sinon qu'on ne peut croire qu'il n'y aurait qu'un dernier sursaut seulement une nouvelle manifestation de ces récits illusoires qui sont toujours contredits par les faits mais ce qui n'empêche pas qu'ils reviennent sans cesse. Le réel a beau avoir toujours le dernier mot le besoin d'espérance et de croire à des conneries reste plus fort (les religions produisent effectivement un enthousiasme très séduisant).

      Pour ma part je suis assez terrorisé par la montée du "fascisme" actuel, y compris avec les "philosophes" crétins comme Raphaël Enthoven adoubant Le Pen contre Mélenchon (de plus en plus caricatural il est vrai) et Onfray passé ouvertement à l'extrême-droite. L'état de la gauche est désespérant, ne laissant aucune issue. Heureusement que Zemmour devrait empêcher la victoire de Le Pen en se présentant, tout comme les jihadistes se tuent entre eux, mais se retaper Macron n'est guère plus réjouissant. L'hypothèse Barnier serait un moindre mal mais pour l'instant il semble n'avoir aucune chance.

      La dialectique semble impliquer de passer par le pire hélas avant un retour au progressisme. J'aimerais bien savoir comment éloigner ce calice mais me trouve bien con devant cette avalanche de haine et d'appel à l'autoritarisme pour exterminer les musulmans, les drogués, etc...

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  8. Les théories du complot ne sont pas seulement d’extrême-droite mais c'est l'extrême-droite qui en profite le plus.

    "Les théories du complot ont remplacé les grandes idéologies. Il n'y a plus besoin de thèses politiques sophistiquées pour convaincre les gens. Il suffit d'une théorie du complot assez puissante pour saper le système démocratique et pour donner aux acteurs anti-démocratiques les moyens de gagner les élections et ensuite ils peuvent saper le système politique. Ils cherchent à rester au pouvoir en changeant les règles".

    Il s’agit pour l’extrême droite et ses soutiens d’imposer des thèmes obsessionnels et de créer de faux récits : fin de la civilisation occidentale, féminisme, droits des LGBTI, anti-racisme, immigration, islam…

    https://blogs.mediapart.fr/marie-cecile-naves/blog/300621/partout-l-extreme-droite-contre-la-democratie

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