L’IA générative déçoit déjà

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En février, le Wall Street Journal rapporte que parmi les « early adopters » de Copilot, l'assistant dopé à l'IA de Microsoft, certains restent dubitatifs sur les bénéfices apportés par la technologie, compte tenu de son prix élevé (30 dollars par tête et par mois). Globalement, les salariés reconnaissent que l'outil est particulièrement utile pour faire des comptes-rendus de réunion, ce qui permet à certains de ne pas participer et de se contenter d'un résumé. En revanche Copilot pour Excel ou pour PowerPoint peine à convaincre, à cause du trop grand nombre d'erreurs et d'hallucinations (les faits inventés par une IA).

Lenovo, l'une des premières entreprises clientes, rapporte qu'à part la transcription de réunions Teams, il y avait une chute de l'utilisation des autres fonctionnalités autour de 20% au bout d'un mois seulement.

« Bien que les entreprises d'IA soient enclines à faire des promesses exagérées selon lesquelles les outils pourront bientôt remplacer votre équipe de rédaction de contenu, générer des films de long métrage ou développer un jeu vidéo à partir de zéro, la réalité est bien plus banale : ils sont pratiques de la même manière qu'il peut parfois être utile de déléguer certaines tâches à un stagiaire inexpérimenté et parfois négligent », écrit-elle.

Source : Trop d'argent pour une utilité questionnée : l'IA générative déçoit déjà

Ce n'est bien sûr pas parce que les IA actuelles passent par une phase de désillusion qu'elles ne constituent pas une révolution considérable ouvrant une nouvelle ère qui commence à peine. Il est cependant bon d'en rabattre encore une fois sur les promesses délirantes suscitées d'abord (fin du travail, des artistes, etc) qui sont très exagérées par rapport aux performances effectives (en progrès rapide). C'est l'habituelle dialectique cognitive qui refroidit l'enthousiasme initial (ou catastrophiste) trop unilatéral. Nos capacités prédictives sont bien plus faibles que celles des IA, entre déni et passage aux extrêmes.

Cela m'avait beaucoup surpris moi-même qu'après l'émerveillement de la découverte, j'utilisais très peu ChatGPT ou CoPilot, juste pour des questions pratiques ou lorsque je ne trouvais pas avec Google ce que je cherchais (ce qui est de plus en plus le cas, il y a une dégradation avec le temps!). J'ai vite renoncé à leur faire produire des textes, tant ils me semblaient formatés et de peu d'intérêt (ce que j'avais invoqué comme justification de mon article "On ne pense jamais par soi-même").

Il y a un contraste saisissant entre d'un côté ce qui me semble être sans doute l'événement cognitif le plus important de notre histoire, achevant notre conscience de soi par une nouvelle et surprenante compréhension du langage et de notre esprit, alors que du côté pratique, il n'y a encore qu'un petit nombre d'activités qui sont affectées. L'arrivée de l'informatique aussi devait tout chambouler, on peut même dire qu'elle a effectivement reconfiguré toute la société, sans pourtant tout changer, loin de là. La nouveauté ne peut jamais être pensée qu'après-coup et sur le temps long. Les effets des IA génératives vont continuer et s'accélérer sur la durée mais on devrait quand même avoir le temps de voir venir. Ce n'est pas en tout cas une singularité ponctuelle ni une transformation immédiate comme s'il n'y avait ni matière ni aléas, mais une évolution chaotique dans la confrontation au réel d'une écologie extérieure (ce dont témoignent notamment les "voitures autonomes").

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