Les limites de l’auto-organisation

Le thème de l'auto-organisation vient du systémisme et de la cybernétique dite de second ordre car elle inclut l'observateur dans l'objet observé, introduisant ainsi l'étude des processus autoréférentiels. Ce qui pouvait se présenter comme une limite apportée à la volonté de contrôle et de planification, a fini par prendre toute la place et reléguer les apports de la théorie des systèmes et de la cybernétique aux préoccupations effectivement de second ordre, si ce n'est pire, accusées de tous les maux dans leurs prétentions "totalitaires" ! L'idéologie de l'auto-organisation sera vite récupérée par le néolibéralisme avec d'un côté le bien (les marchés auto-régulés, la liberté) et de l'autre le mal (l'Etat, le système). On ne peut se passer pourtant du point de vue global, macroscopique, qui fait apparaître le système (sanguin ou nerveux) avec la notion essentielle de circuit qui nous totalise, et plus précisément la circulation de matière, d'énergie et d'information (ou d'argent) qui les contrôle. Il y a des limites à l'auto-organisation aussi, différents niveaux, différentes temporalités.

L'enjeu d'une critique, c'est bien à la fois de sortir d'un certain nombre de confusions sur l'auto-organisation et de reconnaître ses limites sans revenir en arrière pour autant, question qui reste posée aux organisations à venir. C'est une question très concrète dans cette phase où les vieilles organisations manifestent leur inadaptation (elles ne savent pas qu'elles sont déjà mortes) mais où les mouvements informels ont montré aussi toutes leurs limites, ne tenant aucune de leurs promesses...

La cybernétique qui effraie tant apportait déjà une limite à la gouvernabilité des choses : on ne peut atteindre une cible sans corrections de tir, pas moyen pour une finalité de s'introduire dans la chaîne des causes sans se régler sur ses résultats, avec un pilotage réactif et une direction par objectifs plutôt qu'une programmation rigide. La notion essentielle ici, c'est la boucle de rétroaction, le feedback, sur le modèle du thermostat qui ajuste le chauffage sur la température mesurée par rapport à la température choisie. La cybernétique nous apprend à garder les yeux ouverts et à corriger nos erreurs, elle nous apprend aussi que pour transformer le monde il faut s'adapter au terrain. Bien sûr, comme toujours, la reconnaissance des limites de notre puissance nous procure un surcroît de puissance inouï, un pouvoir de contrôle décuplé (de remplir nos objectifs) dont on s'inquiète avec quelques raisons mais qui rencontre assez vite malgré tout sa limite devant la masse d'information à traiter et la complexité des interactions.

C'est là où l'auto-organisation va s'avérer essentielle dans les systèmes complexes. En fait, elle va avoir de nombreuses déclinaisons : structures dissipatives de Prigogine, organisation par le bruit de Heinz von Foerster, autopoiesis de Varela, auto-éco-organisation d'Edgar Morin, etc. Comme toujours, lorsqu'un nouveau paradigme devient dominant il tend à s'appliquer très loin de son domaine, à prendre une pluralité de sens et à s'idéologiser. Au lieu d'entretenir la confusion on a tout intérêt à différencier les différentes sortes d'auto-organisations et de temporalités entre écosystèmes, marchés, foules, organismes, organisations... On ne peut mettre sur le même plan l'autogestion, le laisser-faire libéral ou taoïste et le vieil anarchisme. Après avoir admis son caractère irremplaçable, il s'agit de montrer les limites de l'auto-organisation, les risques d'emballement jusqu'à la rupture d'une auto-référence qui constitue ici la notion centrale mais qui n'est pas viable sans une boucle de rétroaction négative qui maintient son homéostasie.

On comprend bien que l'auto-organisation ait pu être reprise et revendiquée par un néolibéralisme bien différent du libéralisme classique et rationnel. C'est dans une théorie de la perception et de l'information imparfaite (proche du principe de variété requise) que F. von Hayek fonde sa réfutation de la planification (La route de la servitude) au profit de l'ordre spontané, nouvelle version du marché autorégulé sauf qu'il n'est plus fondé cette fois sur une information parfaite et le calcul rationnel mais tout au contraire sur une complexité qui dépasse notre rationalité limitée et un avenir qui nous échappe complètement (c'est un "scepticisme dogmatique" qui prétend qu'on ne sait rien sous prétexte qu'on ne sait pas tout). Il faut souligner que ce néolibéralisme est autoritaire, très loin de l'auto-organisation politique il a besoin d'une "constitution de la liberté" implacable et d'une "démocratie limitée" pour préserver un "ordre spontané" limité strictement au marché ! Cette période qui a commencé avec Reagan et Tatcher est maintenant largement derrière nous. Après la vague de dérégulations caractéristiques des périodes de dépression et de perte de légitimité, désormais la nécessité d'une régulation de l'économie et d'un retour de l'Etat s'impose à nouveau pour réduire la casse, mais cela ne veut pas dire qu'on pourrait revenir à un contrôle total de l'économie et une planification ne laissant plus aucune place à l'auto-organisation des marchés. Mettre des limites aux vertus de l'auto-organisation n'annule pas pour autant les limites que l'auto-organisation mettait aux politiques volontaristes mais c'est réintroduire le global et les contraintes systémiques, situer l'auto-organisation dans son écosystème et son histoire.

La principale source de confusion à propos d'un concept de trop grande généralité, c'est la confusion de phénomènes physiques et cognitifs, du passif et de l'actif. L'auto-organisation peut se limiter à une pure tautologie : tout ce qui n'est pas organisé par un agent extérieur est auto-organisé. L'univers entier est donc auto-organisé dès lors qu'il n'a pas de créateur. En appelant auto-organisation de façon plus spécifique les phénomènes organisateurs (diminuant l'entropie), on réduit les phénomènes physiques concernés aux structures dissipatives ou bien à la cristallisation (brisure de symétrie) mais on reste dans une auto-organisation passive, entièrement subie, qu'on soit pris dans le tourbillon ou bien emportés par la foule. Le cyclone est l'exemple type de ces phénomènes auto-entretenus qui sont la plupart du temps plus dévastateurs que bénéfiques ! Ce ne sont, en tout cas, que des processus immédiats, aveugles et sans mémoire.

Il est très confusionnel de vouloir donner le même nom à l'auto-organisation biologique, à cette mieux nommée auto-éco-organisation consistant dans une construction réciproque du sujet et de l'objet, de l'organisme et de son environnement par essais-erreurs. Ce qui sépare le domaine biologique du domaine physique et énergétique, c'est la mémoire et c'est l'information, c'est-à-dire la capacité d'apprentissage (le cognitif), de transmission et de reproduction. L'auto-organisation ne se distingue guère, en ce sens, de l'évolution elle-même, nouvelle version de la survie du plus adapté qui est une sorte de causalité descendante, de rétroaction de l'environnement sur l'organisme mais dès lors que la sélection intervient, ce n'est pas l'auto-organisation qui a le dernier mot mais bien la contrainte extérieure qui est formatrice. Ce qui manque aux conceptions simplistes de l'évolution, de l'auto-organisation ou du marché, c'est le facteur temps, comme si l'histoire de l'évolution était linéaire et n'était pas ponctuée de grandes mutations où se marquent profondément les traces du passé. Les organismes représentent des sommes d'expériences et de savoirs accumulés sur plusieurs temporalités qui maintiennent la marge d'auto-organisation dans des bornes très étroites.

L'auto-organisation ne se trouve à l'état pur, peut-on dire, qu'aux commencements (le groupe en fusion) où elle se heurte vite au manque d'organisation, bien connu des groupes informels ensuite de plus en plus organisés et rigides, la difficulté étant de laisser à l'auto-organisation la place qui lui revient dans l'organisation ! Une auto-organisation qui n'organiserait rien du tout ne mériterait pas son nom, mais dès qu'il y a organisation on n'est plus vraiment dans l'auto-organisation. Au mieux, on est dans "l'organisation apprenante", ce qui est tout autre chose, mais le plus souvent il y a très vite émergence d'un pouvoir stabilisateur. Vouloir en rester à l'absence de toutes règles, c'est vouloir en rester à l'immédiat, au B.A. BA, au primitif dans toute sa sauvagerie et qui ne mène nulle part. Dès qu'on intègre les leçons de l'histoire avec des régulations durement apprises, on perd apparemment une bonne part de son autonomie mais qu'on peut retrouver largement dans la capacité à faire face aux modifications de notre environnement et à nous projeter dans l'avenir. L'autonomie ne peut être pensée hors de l'organisation qui la contraint.

L'organisation biologique, c'est la mémoire de la reproduction. Même si le terme de programme génétique est trompeur, il y a un plan rigoureux qui mène de l'embryon au nouveau né. L'auto-organisation n'en est pas absente, elle est même présente partout où elle est efficace, mais c'est une autonomie guidée, contrainte, régulée très finement par de multiples processus correctifs. Cette fonction de l'auto-organisation à l'intérieur d'une organisation plus large met en lumière le rôle de l'information circulante après celui de la mémoire. Ce qui distingue en effet l'organisation spontanée de la matière d'avec les organismes biologiques et les organisations sociales, c'est la place déterminante qu'y tient l'information pour s'opposer à l'entropie désorganisatrice. L'auto-organisation désigne précisément ici le fait de réagir à l'information de façon autonome (ce que Sloterdijk appelle les "homéotechniques" opposées à la violence des "allotechniques"), c'est l'auto-organisation du trafic routier, sévèrement encadré par le code de la route et ses gendarmes ! Rien à voir malgré les apparences avec l'auto-organisation de la matière (le bouchon), car il y a une régulation, mais on est encore dans une auto-organisation minimale qui ne nous donne aucun accès au niveau d'organisation supérieur que nous participons à former ou reproduire sans le vouloir.

L'auto-organisation peut désigner encore tout autre chose pour un organisme dont les organes se spécialisent et se divisent le travail. Ici, on ne part plus de l'élément pour arriver au tout (le tas de sable), mais on part de la totalité pour arriver aux parties, de la finalité pour s'en donner les moyens. Dire que la société n'existe pas est une bêtise. Bien sûr, la totalité existe en tant que telle, sinon il n'y aurait pas de monnaie, mais elle doit être instituée (cf. Godelier). Comme dit Legendre, non seulement un Etat doit tenir debout mais il doit avoir l'air de tenir debout : c'est la part du dogmatique, du sens commun, de la légitimité, du discours qui nous relie et permet de se comprendre pour atteindre nos objectifs communs. Plus le cadre est solide, plus l'auto-organisation peut s'y développer efficacement. La raison d'être des organisations n'est pas l'asservissement, c'est d'abord la synergie, la coopération, la division du travail et la répartition de l'information (le tout est plus que la somme des parties).

En fait, dans le domaine des procédures démocratiques et des mouvements sociaux il vaudrait mieux revenir sans doute à l'autogestion, bien que de façon moins naïve, mais c'est presque le contraire de l'auto-organisation des marchés puisque c'est la discussion et la décision démocratique volontaire. On est bien dans le cognitif, l'actif et non plus dans le passif : c'est l'organisation voulue et non plus l'organisation subie. Bien sûr cette organisation voulue accumule les erreurs qu'elle apprend à corriger au fur et à mesure, comme tout organisme, jusqu'à y réinjecter de l'auto-organisation... La volonté se brise sur la réalité jusqu'à rejoindre les possibles sur lesquels elle doit se régler. C'est un apprentissage collectif qui demande du temps et marque notre histoire, c'est ce qui fait qu'on ne repart jamais à zéro et qu'on doit conserver l'ancien dans le nouveau.

Généralement, l'auto-organisation désigne plutôt les phénomènes d'émergence qui partent de la base (bottom-up) opposés aux systèmes centralisés (top-down) mais, là encore, il faudrait distinguer les phénomènes de masse statistiques, non-réflexifs et unilatéraux, d'avec la construction d'une conscience collective, de mobilisations sociales, de mouvements sociaux, d'une intervention active sur l'organisation collective où les circuits de l'information sont déterminants. Il n'y a pas équivalence entre les deux et il ne faudrait pas qu'on nous fasse prendre des vessies pour des lanternes ! La dérégulation des marchés aboutit par définition à leur auto-organisation (ce qui ne veut pas dire qu'ils seraient auto-régulés) : on a simplement réduit la force organisatrice du Droit et amplifié la force organisatrice de l'argent qui en émerge, alors que l'autogestion réduit au contraire cette autonomie de l'économie, mais au profit de l'autonomie du citoyen. Ce qu'on y ajoute alors, c'est le caractère réflexif, la rétroaction exigée par la cybernétique, qui peut d'ailleurs être excessive et doit aussi être limitée...

La biologie l'illustre à merveille mais la leçon vaut pour l'économie comme pour la politique : trop d'autonomie tue l'autonomie comme trop d'organisation tue l'organisation. La vie est toute dans cet entre-deux, cet équilibre fragile entre autonomie et organisation comme entre l'Etat et le marché qu'on peut jouer l'un contre l'autre plutôt que s'abandonner à l'un ou à l'autre. Il ne peut être question d'un retour en arrière qui récuserait la part indispensable laissée à l'auto-organisation, il ne s'agit que de faire le pas suivant qui en relativise la portée et la remet à sa place, à l'intersection de l'information circulante et d'une longue histoire... Toute aussi importante qu'elle soit, l'auto-organisation n'est pas une fin en soi et ne doit pas occulter que pour atteindre nos finalités, nous avons besoin de nous organiser en fonction de nos objectifs !

S'il faut donner la plus grande place à l'auto-organisation, surtout dans des régimes démocratiques, c'est sans doute en vertu de notre individualisation et de notre niveau de formation élevé mais plus encore en raison de notre rationalité limitée et de la complexité du monde, de notre impossibilité à déterminer ce qui est vrai avant l'expérience, les convictions les plus fortes étant le plus souvent trompeuses. Laisser la question ouverte de notre ignorance ne peut être une raison malgré tout pour se laisser aller et ne pas se donner les moyens d'en savoir un peu plus, encore moins pour annuler toutes les connaissances antérieures et faire comme si nous naissions tout juste au monde, sans liens avec le passé ! Comme l'évolution biologique, l'histoire humaine est d'abord mémoire, reproduction du passé, intériorisation de l'extériorité par l'épreuve de la vie et de ses performances reproductives. On peut bien dire qu'il n'y a qu'auto-organisation dans cette complexification inouïe, mais on peut tout aussi bien dire que toute l'histoire de la vie est celle des limites de l'auto-organisation et du recueil des recettes qui marchent pour s'en passer ou la canaliser. La marge laissée à l'auto-organisation est celle de l'indécidable, de l'inconnu, du mystère du monde, de l'indétermination de l'avenir, intégration de la limite dans notre pouvoir mais qui pourrait paradoxalement le porter à un plus haut point de perfection, loin de le réduire ! Ce n'est pas, en effet, l'annulation de toute l'histoire passée mais en assumer véritablement l'héritage d'en tirer toutes les leçons. Il y a une limite à ce qu'on peut faire mais il y a aussi une limite à ce qu'on peut laisser faire ! Nous devrons apprendre à conjuguer ces exigences contraires.

Voir aussi :
- La complexité et son idéologie
- L'organisation de l'intelligence collective
- Auto-organisation ou laisser-faire ?

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11 réflexions au sujet de « Les limites de l’auto-organisation »

  1. Soyons clair: je me sens personnellement visé ! On voit que vous avez écrit ça par rapport aux remarques que je faisais en commentaire dans le précédent message !

    L'ennui c'est que les preuves historiques, comme vous dites, elles abondent aussi dans mon sens: des communautés libertaires auto-organisées (et pourquoi pas écologiques) ont existé, ne serait-ce que dans l'Espagne avant Franco (pour les mauvais en histoire on rappelera que la guerre civile espagnole a été mené sur le front d'Aragon par les anarchistes, environ 200 000. Ils furent trahis de tous les côtés (original hein ?) dans leur lutte contre Franco (notamment la France qui pissait dans son froc à cause du front populaire).)... Bon le résumé est sommaire, pour ceux que ça intéresse il y a des bons livres !
    Ensuite vous commettez une erreur magistrale: les modes d'auto-organisation sont ANTERIEURS historiquement à la cybernétique (CQFD, le reste c'est du blabla.):donc ils ne découlent absolument pas de la cybernétique (je peux pas piffer les idéologies scientistes de toute façon).
    Pour en revenir à ces communautés (qui étaient faites par d'autres hommes que ceux d'aujourd'hui, ça c'est vrai aussi), elles fonctionnaient sans casse et aucun Robert Macaire (archétype du politicien verreux qui veut s'emparer du pouvoir !) ne parvenait à désastabiliser l'organisation. La seule chose qu'on peut leur reprocher (si c'est un reproche), c'est que de telles communautés ont des puissances TRES limitées, face à une megastructure étatique centralisée avec tout le bordel de la soumission, elles s'effondrent. Précisement parce qu'elles cherchent pas la puissance mais une vie humaine libre. Bon deuxio c'est pas tout à fait vrai non plus...on l'a vu pendant la révolte Kabyle en 2001, les communautés villageoises auto-organisées ont été un point d'appui majeur qui a permis de lutter contre la répression d'Alger !!

    Et puis pourquoi ne pas vous le dire ? Je crois que les hommes et la réalité transcendent les théories. Je veux bien, si l'on veut, qu'il y ait des choses complexes, mais il y a surtout une complication permanente de l'intelligence qui s'empêtre dans les mots, qui noie le poisson dans la jouissance qu'on éprouve à penser des choses complexes !
    Par exemple j'apprécie votre critique de Lacan (avec sa terminologie tarabiscotée à laquelle on comprend rien: la complexité ça a un air rance d'intelligence, ça attire les monades entre elles !) mais là non, que vous vouliez défendre l'étatisme je veux bien, de toute façon l'Etat préféra tuer tous ses sujets que d'abdiquer (c'est beau l'Etat), que vous me disiez que l'auto-organisation est impossible, je ne veux plus. Ne serait-ce que parce qu'on en a des preuves historiques fiables. Alors oui toutes se sont cassées la geule en Espagne (Franco était soutenu par l'Allemagne et l'Italie, les anarchistes avait 10 cartouches par jour et 1 fusil pour deux hommes en moyenne, et puis Franco c'était la bourgeoisie, l'industrie et tout le tremblement) par un contour de circonstances désastreux, des abandons, des trahisons, des lâchetés, etc. (me ressortez le diamat, je n'y crois pas non plus ! Le matérialisme historique dialectique c'est une infamie stalinienne !) Je l'ai dit: la liberté n'est pas puissante, ce n'est pas son but, ne visant pas la puissance et l'hégémonie, il est évident que dans un contexte de guerre sans soutiens, on ne peut pas résister... Connaissez-vous A contretemps ? C'est l'une des meilleures revue anarchiste de notre époque: http://www.plusloin.org/ac/

    Il y a pleins de vos critiques que j'apprécie mais bon là, vous m'en voulez !
    (Je répéte ma question d'un précédent message: savez-vous si B. (Bertrand?) Comteville a écrit quelque chose ?

  2. @zul

    Ouff ! Faites attention. Il n'y a pas de complot contre vos arguments.
    Jean Zin m'avait annoncé cet article il y a déjà environ 3 semaines et si vous cherchez un peu sur son site, ne serait-ce qu'au texte pour lequel il fait un lien à la fin de celui-ci, vous verrez qu'il ne fait que reprendre des propos déjà tenus, ici, modérés, intelligents et fort bien articulés.

  3. Je suis désolé mais ce texte n'a absolument rien à voir avec vous, il a été fait pour la prochaine lettre du GRIT sur l'auto-organisation et c'est bien mal me lire que de prétendre que je défends l'étatisme ou que je minimise l'auto-organisation à lui donner simplement des limites.

    Il ne faut pas prendre les choses personnellement, et pas non plus idéologiquement en se situant dans un camp qui aurait toujours raison, mais si possible conceptuellement. Moi, de toutes façons, je suis l'ennemi de tout le monde à vouloir y regarder de plus près et à refuser tous les discours convenus, mais personne n'est obligé de me lire. Il n'empêche je crois que c'est à reconnaître tous les obstacles à la démocratie qu'on peut en sauver quelque chose à force d'obstination. On ne bâtit jamais que sur des ruines.

  4. Je n ai jamais vu le neoliberalisme comme allie de l auto-organisation. Il me semble qu il y a une certaine discipline qui est demandee et surtout pas la disparition des prisons. Ainsi les riches ont tous les droits et l etat, si mechant en matiere economique, se doit d agir vite si un pauvre revendique (plus ou moins violamment, plus ou moins legalement mais il serait bon de savoir comment la loi est faite) quoique ce soit. De plus une entreprise privee genere le plus souvent des couts qu elle ne veut pas prendre en compte (on pourrait appeler cela "dechet") mais qu elle est bien heureuse de voir pris en compte par un autre systeme. Evidemment l idee c est de participer le moins possible a celui-ci (strategie payante jusqu a un certain point dans la vie, payante tout le temps dans le systeme "neoliberal" archi-legalise ou l etat se retrouve oblige de prendre a son compte l aspect social de toute organisation humaine). En plus dans cette "auto-organisation" il me semble que ceux qui sont en charge du passage a ce systeme n en font pas partie... comme je vois un desequilibre patent (a mon avis on peut argumenter mais la je suis en vacances et je passe deja trop de temps sur internet) dans la situation de depart je pense que le desequilibre va aller en s aggravant, permettant ainsi a ceux qui sont en charge de la regulation du systeme de garder leur pouvoir: on passe d un discours d auto-organisation theorique a un systeme neo-monarchique dans les faits (la souverainete etant toujours a la base de la propriete meme si le capital n est plus terrien). Enfin bon... ce n est que mon avis.

  5. Oui, il faut sans doute que je le précise, le néolibéralisme est autoritaire, il produit une inflation de lois pour interdire toute intrusion dans un "ordre spontané" qui est bien délimité au marché, ce n'est pas du tout une auto-organisation politique, ce n'est pas l'anarchie, il y faut au contraire une "constitution de la liberté" implacable où toute faute est chère payée. Ce n'est finalement que la loi du plus fort qui, pour s'imposer dans l'immédiat, n'est pas ce qui est le plus durable ni ce qui est le plus intelligent.

  6. Je ne sais pas si vous connaissez La Persuasion et l'art réthorique de Carlo Michelstaedter, que je viens de lire, mais je vous le recommande ... Ca m'a beaucoup touché (au terme de sensibilité comme d'intelligence je veux dire !)

  7. "Ce n'est finalement que la loi du plus fort qui, pour s'imposer dans l'immédiat, n'est pas ce qui est le plus durable ni ce qui est le plus intelligent." Quelque part cela veut dire que le plus fort n'est pqs forcément le plus pertinent. Dans un système basé sur la pertinence cela devient contreproductif et certains "faibles" se retrouvent avantagés à tord (en regard de leur utilité). C'est sans doute pour cela que le neo-libéralisme n'est pas un système naturel chez l'homme qui a choisit d'être un animal social.

    Je m'amuse un peu avec cette théorie du néo-libéralisme qui revendique tellement de qualités de manière complètement infondée (pragmatisme, nature humaine, justice...). C'est juste que ça m'énerve qu'elle ne soit pas au minimum un peu moquée par les temps qui courent (sans doute beaucoup plus idéologiques qu'on veut nous le faire croire).

  8. Partageant la réflexion de Ropib, ne serait-ce pas justement parce que le néo-libéralisme se présente aujourd'hui comme une valeur indiscutable, un colosse aux pieds d'airain et donc non négociable.

    Autrement dit, un piège à l'inertie par "usurpation de qualité".

  9. . J’apprécie votre étude critique du paradigme d’auto-organisation, qui est élargi simultanément aux champs de la physique, du biologique, du social . Vous situant ici du point de vue de la systémique et de la cybernétique d’où est issu le paradigme, vous déduisez avec une réelle sagesse que l’auto-organisation devrait trouver sa limite dans une sorte de compromis entre la dissipation qu’elle produit immanquablement et les contraintes d’une organisation régulatrice venue de l’extérieur. Il convient d’instituer donc des « avirons de gouverne »où des servo- machines contre l’auto-organisation néolibérale.par exemple J’en suis tout à fait d’accord.
    Cependant, votre dernier paragraphe aboutit à ne concéder à l’auto-organisation que la marge « l’indécidable , l’inconnu, le mystère ». Comme toujours une rationalité consciente de sa supériorité ou bien consciente de ces limites ne saurait que rejeter dans la marginalité l’activité créatrice. Ou bien lui réserver un rôle dans les lointains, au niveau d’un supplément d’âme ?
    Vous écrivez : « ce qui sépare le domaine biologique du domaine physique et énergétique c’est la mémoire et c’est l’information c'est-à-dire la capacité d’apprentissage, de transmission et de reproduction ». Certes, mais de quoi ? De signes et signaux ? Ensuite de quoi j’admettrais le clonage humain ? Ou bien s’agit-il de mieux connaître l’ être de la forme, la nature rythmique de notre rapport au monde , non pas lointain,marginal, mais proche,et soumis au temps?
    La notion aujourd’hui occultée me semble t-il de forme est essentielle, qui manifeste une capacité à abolir les signes, précisément dés lors qu’ils n’assument plus une authenticité existentielle ( toute forme à sa mort , et le signe qu’elle devient est son cadavre) .
    Qu’est-ce que la forme en formation ( auto-organisation vivante) ? C’est « le lieu de la rencontre entre un organisme et son Umwelt » . Où cette rencontre s’effectue-t-elle ? « A la limite, lieu d’échange entre deux mouvants » Comment cela se fait-il ? « Dans tout échange entre vivants, chacun anticipe sur l’autre et sur soi-même à travers lui, en vue d’entretenir la cohérence » C’est tout autre chose qu’un effet de feedback ? « Du point de vue de l’organisme ses échanges avec l’entourage ont lieu entre un dedans et un dehors » D’où le rôle de la peau dont le cerveau n’est que l’extension ? La rationalité alors n’aurait pas une limite restrictive au bout d’elle-même, mais à sa source, dans la subjectivité sensible qu’elle à pour but de servir ( ressenti du bon, du bien, du beau) ? En effet les échanges avec l’Umwelt « ne sont tels et n’existent qu’à même leur rapport d’ouverture mutuelle. Et ce rapport varie continuellement. Aussi transgressent-ils sans cesse leur limite qui par là même—et seulement par là—est posée »
    Toutes les citations sont tirées d’Henri Maldiney dans « Art et existence ».
    L’écologie –politique se devrait de donner la primauté à un tel rapport d’intimité existentielle du vivant avec son Umwelt : Ontologiquement, ils n’échangent pas des signes, ils s’informent mutuellement selon l’ordre du temps. Ce qui peut se dire auto-éco-organisation ?

  10. oui c'est encore très éclairant . il n'est vraiment pas facile de tenir les 2 bouts pour une organisation , y compris une organisation apprenante . tantot c'est la dispersion qui l'emporte , au risque de faire sombrer l'organisation qui donne consistance au individus , tantôt c'est la sclérose organisationnelle qui figent les individus . je me rends bien compte que ces catégorie de psychose et de névroses sont très graduelle mais qu'il y a sans doute un effet de seul , ou c'est tantot du pur délire tantot de mornes ruminations dogmatiques . cela dit le problème des mouvements socios c'est bien de canaliser la pression de l'autonomie et de chercher à se structurer car il ya bien dans les mouvement de masse des propriétés émergeante . le tout est plus que la somme des parties et en même temps bien moins que la somme des potentialité de chacun , qui ne peuvent s'exprimer qu'a trouver un support organisationnel. ensuite le maitre mot j'imagine c'est l'apprentissage mutuelle .

  11. @pchvt Je ne pense pas que l'auto-organisation soit à rejeter dans la marginalité car notre ignorance n'est pas marginale. En fait je ne crois pas à une délimitation entre organisation et auto-organisation mais plutôt à une dialectique où l'une prend le dessus sur l'autre selon une alternance cyclique. Je ne peux discuter tout ce qui est dit là mais l'information n'est effectivement pas la forme et dès qu'il y a information on perd sans doute en présence. La vie est déjà une forme d'abstraction. J'aime bien cette définition de Rossi "la vie est une qualité de la matière qui surgit du contenu informationnel inhérent à l'improbabilité de la forme".

    @triton, effectivement le tout est moins que la somme des parties. Là encore, plutôt qu'un équilibre éternel, il y a des retournements cycliques où l'on passe d'un excès dans l'excès contraire...

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