La méprise sur l’universel de la morale et de la science

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L'universel peut désigner des concepts très différents qui font l'objet d'une confusion constante très dommageable entre ce qui est nécessaire, obligé, éternel, et ce qui est simplement général, commun à notre espèce ou notre univers, entre la logique pure et l'étendue, plus précisément entre l'universel de la morale ou de la science et l'universel cosmopolite de l'anthropologie si ce n'est l'humanisme de "tous les hommes". On parlera ainsi d'une compétence universelle pour une juridiction étendue à la terre entière, ou d'un suffrage universel supposé ouvert à tous les citoyens bien que les femmes en aient longtemps été exclues, etc. La nuance entre ces différents sens peut paraître négligeable alors qu'on n'est pas du tout sur le même plan et surtout que la confusion des sens n'est pas sans conséquences politiques funestes, empêchant l'adhésion à l'idéologie universaliste appelée par l'unification planétaire écologique, économique, technologique, scientifique, médiatique, épidémique, etc.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les conceptions de l'universel des différentes philosophies, religions ou idéologies se trouvent bien avoir des implications politiques très concrètes, nourrissant entre autres les passions identitaires, revendication mal venue de sa particularité pour ce qui relève de l'universel. Si les causalités matérielles sont bien déterminantes en dernière instance, sélectionnant les idéologies dominantes, cela n'empêche pas que les idées les plus abstraites peuvent structurer des représentations idéologiques antagoniques - un peu comme la querelle des universaux au Moyen-Âge.

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Pour une refondation de la gauche écologiste

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Le vote utile n'aura pas été assez massif pour dépasser l'extrême-droite et nous éviter le risque bien réel de sa victoire au deuxième tour. On peut craindre cependant, qu'en ignorant ce qui a donné à Mélenchon l'essentiel des votes de gauche au détriment des autres candidats, il s'en attribue tous les mérites. Pourtant rien ne serait pire que de laisser "La France Insoumise" devenir le parti hégémonique à gauche, la cantonnant à un rôle contestataire.

L'effondrement du Parti Socialiste et la difficulté des écologistes à convaincre pourraient au contraire donner lieu à la création d'un nouveau mouvement écologiste de gauche, ni libéral ni populiste, regroupant les écologistes et la social-démocratie, sur les ruines de leurs organisations, non pas derrière un leader à l'ancienne mais ancrée dans les territoires, s'appuyant sur les élus locaux pour un développement local et humain.

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La dissymétrie quantique entre droite et gauche

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Le modèle standard de la physique des particules est encore un exemple de l'énigme que reste pour nous la matière, prenant la forme d'un tableau où apparaissent des symétries mais incomplètes, comportant des exceptions. Ainsi, toutes les particules sont chargées, sauf le neutrino. Les bosons qui transmettent les interactions peuvent transformer une particule dans une autre (en changeant la charge ou la couleur), sauf le photon qui transmet une impulsion, augmente juste son énergie.

Le plus curieux, et pas assez connu, c'est que les particules se diviseraient selon l'orientation vers la gauche ou la droite de leur rotation ou spin : selon qu'elles tournent dans le sens des aiguilles d'une montre ou dans le sens inverse par rapport à leur direction de mouvement. Le neutrino se fait là aussi remarquer en étant toujours droitier (il n'existe pas avec un spin vers la gauche) alors qu'il n'y a pas de boson W droitier avec pour conséquence qu'il ne peut y avoir de transformation d'un quark up en down, et donc la suppression d'une interaction s'il tourne vers la droite !

Tout cela me semble extraordinaire mais serait lié au champ de Higgs situé à l'origine de la masse (pourtant égale à son énergie!) comme réduction de la vitesse, et, encore plus mystérieux, supposé unifier droite et gauche ! En tout cas, c'est ce que le physicien Chris Quigg représente avec le schéma ci-dessus dont il donne aussi une version 3D. il y a aussi une vidéo.

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En avant

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Non seulement tout le monde connaît et discute de ce qui est là et arrive, de ce qui se passe comme on dit, mais tout le monde s'emploie aussi à parler de ce qui ne doit intervenir que plus tard, de ce qui n'est pas encore là, et même de ce qu'il faudrait faire pour s'y préparer. Chacun a toujours déjà anticipé ce que les autres ont également anticipé et dont il se mettent en quête. Le bavardage s'irrite même, à la fin, que ce qu'il avait pressenti et réclamait constamment se produise effectivement car cela lui ôte du même coup l'occasion de pouvoir continuer à en rêver. Heidegger 1925, p403

Comme la pandémie et la guerre en témoignent abondamment, l'incertitude la plus grande de l'avenir suscite le besoin irrépressible d'en raconter la suite malgré tout, aussi incompétent soit-on. C'est d'autant moins chose nouvelle que ce mécanisme se révèle au principe même du fonctionnement du cerveau et de l'apprentissage, y compris pour l'Intelligence Artificielle (ou apprentissage automatique) qui progresse en validant ou non ses prévisions (on peut même utiliser pour cela ce qu'on appelle des "generative adversarial networks"). Ce mécanisme fait partie d'un nécessaire feedback qui relève plus généralement de la cybernétique, de la correction d'erreurs comme seul accès au réel (qui reste extérieur) et moteur de la dialectique cognitive. Celle-ci progresse inévitablement par l'erreur, dans l'après-coup du résultat indécidable d'avance, et pour cela même occupant l'imagination des suites possibles du récit, au-delà de nos propres intentionalités.

En prendre conscience devrait nous amener à réfuter la conception antérieure du futur, comme dimension temporelle assimilée à l'espace, et d'une humanité trop rapidement identifiée à ses finalités et sa projection dans un avenir présenté comme absolument prévisible et avec un volontarisme revendiquant une maîtrise illusoire (paranoïaque), véritable négation de l'histoire. Notre horizon est bien plus limité, non pas à l'instant présent mais à l'instant suivant et son après-coup, pas à pas, activité de l'esprit comme perception qui n'a pas de repos. L'inquiétude de la suite et la tentative permanente de la deviner ou de redresser la barre sont plus fondamentales que le souci pratique qui nous en divertit, ou même de l'ennui qui nous en prive momentanément. On peut appeler cela notre liberté d'esprit et de toujours pouvoir renier ce qu'on croyait faussement jusque là.

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La redistribution des cartes

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Nous voilà de nouveau spectateurs d'un avenir qui nous échappe complètement et d'une redistribution des cartes sur laquelle nous n'avons aucune prise. Depuis la pandémie nous avons quitté le monde prévisible de l'économie par l'intrusion d'un réel extérieur qui met un terme au cours normal des affaires - tout comme maintenant, nous voilà rattrapés par l'Histoire, c'est-à-dire la guerre.

Impossible de prévoir la suite mais c'est justement sur cet impossible qu'il faut insister et sur l'engrenage implacable commencé d'ailleurs en 2014 avec l'annexion de la Crimée à laquelle l'Occident n'avait répliqué que par des sanctions économiques déjà, certes moins sévères que celle envisagées actuellement mais une victoire éclair des Russes en quelques jours rebattra encore les cartes. Il ne s'agit pas de prendre parti dans le conflit en diabolisant l'adversaire mais d'essayer de comprendre le mécanisme implacable nous ayant mené là, c'est-à-dire le fonctionnement effectif du jeu de puissances au-delà des condamnations morales et des utopies démocratiques ou d'une prétendue auto-organisation de base.

La riposte militaire serait trop aventureuse - une folie entre puissances nucléaires bien que toujours possible au moindre dérapage - ce qui se joue serait plutôt la confrontation de la puissance économique à la puissance militaire et donc sur la durée (pas sûr qu'on puisse tenir si longtemps). La logique historique voudrait que ce soit l'économie, le capitalisme, qui finisse par gagner avec tous les ressorts de la technologie mais pas forcément du premier coup. Cette guerre paraît effectivement à la fois anachronique dans la globalisation marchande et numérique, où l'appartenance à un pays ou un autre perd beaucoup de son importance, en même temps qu'elle pourrait être hyper-moderne dans les armes, première véritable guerre du 3ème millénaire si les USA s'en mêlent, utilisant de nouvelles armes, la cyberguerre ou la guerre électronique jusqu'au spatial voire au nucléaire (ce n'est hélas pas totalement exclu), éprouvant leur potentiel ou leurs limites. On ne sait à quel point on sera touché mais on en subira sûrement des conséquences plus ou moins terribles. Il y a de quoi paniquer.

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Les bienfaits des psychédéliques

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Alors que la légalisation du cannabis gagne de plus en plus de pays, nos gouvernements qui s'y refusent obstinément se couvrent d'autant plus de ridicule que, malgré leurs rodomontades, jamais les drogues n'ont été aussi disponibles qu'aujourd'hui. On a beau mettre en scène le démantèlement de quelques points de deal vite reconstitués, le marché a bien changé maintenant puisqu'on peut se faire livrer son herbe à domicile par des entreprises de plus en plus professionnelles fournissant des produits standardisés et utilisant toutes les ficelles du marketing. Bien sûr, à la différence d'une légalisation contrôlée, et comme cela a toujours existé dans le marché de la drogue, on vous refile en plus des petits cadeaux que vous n'avez pas demandés, cocaïne, ecstasy, en espérant vous accrocher. On ne fait pas plus contre-productif pour une politique prétendue de contrôle des drogues.

Du moins, la situation est favorable pour compléter l'article sur la dépression en étudiant toutes sortes de psychédéliques (autres que le cannabis qui n'en fait pas vraiment partie), substances ayant prouvé leur capacité de modifier la conscience depuis des millénaires et qui font aujourd'hui l'objet du regain d'intérêt des scientifiques et psychiatres.

Ces molécules opèrent un retour en force depuis le début des années 2000, notamment parce que les médecins ont dû reconnaître que la pharmacopée psychiatrique limitée dans ses mécanismes d'action s'avérait inefficace pour nombre de patients. Depuis, le nombre d'essais et d'indications potentielles va croissant : dépressions résistantes aux antidépresseurs classiques, troubles du stress post-traumatique, addictions voire troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou symptômes anxio-dépressifs chez les patients cancéreux ou en fin de vie…

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L’espace-temps entre onde et particule

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J'avais signalé en novembre 2020 un article de Paul A. Klevgard qui donnait une interprétation ontologique de la dualité onde/particule en fonction de leur existence dans l'espace ou dans le temps, c'est-à-dire sous une forme locale ou non locale. En y repensant, après mon récent article sur la physique quantique, j'ai éprouvé le besoin, là encore sans en avoir les compétences, de revenir sur la notion d'espace-temps qui lie indissolublement l'espace et le temps (par les vitesses ou la gravitation), continuité qu'aussi bien la philosophie que le sens commun ont bien du mal à intégrer, non sans raisons, d'autant plus à y mêler la dualité onde/particule amenant à parler, comme Gilles Cohen-Tannoudji, de "matière-espace-temps". Il s'agit, en effet, de montrer une nouvelle fois ce qui, dans la physique, met en défaut notre entendement ordinaire du simple fait qu'on s'éloigne de ce que l'espace et le temps sont pour nous.

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Prendre ses désirs pour des réalités ?

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Ce slogan de Mai68, "prenez vos désirs pour des réalités", avait une charge libératrice, engageant à l'action, à s'affirmer et n'avoir pas peur de prendre des risques, ce qui évoquerait plus aujourd'hui l'esprit d'entreprise et les injonctions du développement personnel que l'esprit de révolte initial. Il n'était pas si absurde pourtant, à cette époque de libération des moeurs et d'émancipation sociale, de prendre au sérieux ses désirs, ou comme disait Lacan, de "ne pas céder sur son désir", car les désirs sont réels aussi et orientent nos vies, rien de pire que de les refouler. C'était alors un important progrès sur le surmoi punitif et a pu participer notamment à la légitimation du désir de libération des femmes, à la simple reconnaissance de leur désir, de leur existence de sujets désirants.

Cette sacralisation du désir avait cependant une face moins reluisante, celle d'un surmoi devenu injonction à la jouissance, idéologie du désir dénoncée dès le début par des marxistes comme Clouscard, soulignant sa complicité avec le libéralisme et la société de consommation qui en constituent incontestablement l'infrastructure matérielle, comme la publicité l'illustrera à outrance. En ce temps-là, la formule de Spinoza affirmant que "le désir est l'essence de l'homme" avait pris le caractère de l'évidence plus que de raison, se situant à l'opposé de l'homme de devoir que tous (curés, moralistes, idéologues, militaires, etc.) professaient avant, glorifiant au contraire le sacrifice des femmes, des soldats, des travailleurs. Là aussi, il faut y voir une conséquence des évolutions du travail qui ne se contente plus de la peine du travailleur pour "créer de la valeur" mais a besoin de sa motivation et veut explicitement mobiliser son désir devenu facteur de production.

Faire du désir un quasi impératif moral est non seulement problématique mais comporte aussi un côté autoritaire incitant les mâles dominants à forcer le consentement au nom du désir - comme le revendiquait Sade ("Français, encore un effort si vous voulez être républicains") - ce qui est abondamment dénoncé dans notre actualité. Il faut bien dire que l'interprétation courante n'allait pas plus loin que de donner crédit à la naïveté de l'enfant roi de croire pouvoir réaliser tous ses désirs, que ce serait même un droit de l'homme en plus d'un devoir, fantasme de toute puissance assez commun mais qui se cogne vite au réel justement. Pourtant rien de plus efficace encore de nos jours que de laisser croire aux foules qu'elles sont toutes puissantes, qu'il ne s'agit que de volonté, appelant logiquement à un pouvoir autoritaire capable de s'imposer à tous pour modeler la réalité selon nos désirs en dépit des résistances et des forces contraires, la libération des désirs se renversant en répression féroce des dissidents.

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L’avenir du développement humain comme libertés concrètes

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On le sait, notre avenir n'est pas assuré tant qu'on ne prendra pas les mesures qui s'imposent pour ne pas nous précipiter nous-mêmes dans l'abîme. On a d'ailleurs commencé depuis peu à réagir devant la multiplication des catastrophes mais on est encore loin de compte. Il faudrait indéniablement une transformation profonde de l'économie pour qu'elle devienne plus soutenable à long terme et affronte le pic démographique mais cela n'a rien de facile et surtout prendra beaucoup de temps. Ce n'est pas ce qui nous sauvera à court terme. Vu l'urgence, il faut se persuader que ce sont des mesures immédiates ciblées et planétaires qui peuvent réduire le réchauffement en cours, en se concentrant sur les plus gros pollueurs, et non un changement radical d'économie à l'échelle de la planète. Il est trop tard. Cela n'empêche pas que ce changement se fera sur le long terme et qu'il est même amorcé depuis plusieurs décennies au nom du développement humain, sans qu'on en prenne toute la dimension véritablement révolutionnaire dans un contexte d'unification planétaire et du passage à l'économie numérique aussi bien que locale.

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Déterminisme quantique, entropie et liberté

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J'aime bien Carlo Rovelli et je suis bien incapable de juger ses théories, que ce soit la gravité quantique à boucles ou l'interprétation relationnelle et relativiste de la mécanique quantique, mais si une physique relationnelle le mène à des formulations qu'une philosophie écologique ne saurait renier, rejoignant de très anciennes spiritualités, il vaut mieux sans doute se garder de sauter directement de l'une à l'autre.

Le monde émergeant d’une conception relationnelle de la physique quantique n’est plus constitué d’éléments indépendants avec des caractéristiques spécifiques mais d’éléments dont les propriétés n’apparaissent que par rapport à d’autres éléments. La réalité en devient ponctuelle, discontinue et de nature probabiliste.

L’interprétation relationnelle nous empêche de décrire le monde physique dans sa globalité : on peut seulement décrire une partie du monde par rapport à une autre.

Comprendre que nous n’existons pas en tant qu’entité autonome nous aide à nous libérer de l’attachement et de la souffrance. C’est précisément en raison de son impermanence, de l’absence de tout absolu, que la vie a un sens et est précieuse.

Cette proximité jointe à la difficulté d'adhérer à plusieurs de ses théories (la place de l'observateur, les réalités multiples, la réversibilité mécanique) m'a incité, non pas à le réfuter, ce qui serait d'une prétention ridicule, mais à présenter une conception alternative, me paraissant plus rationnelle, ce qui, on le sait, n'est pas du tout un gage de sa vérification en physique mais peut susciter des éclaircissements.

C'est surtout l'occasion d'essayer de limiter le déterminisme quantique au niveau quantique justement et non aux autres niveaux, notamment celui du vivant, y réintroduisant une part de liberté, certes très limitée mais qui est au moins la part de doute et de réflexion, d'un vouloir tâtonnant tendu vers sa finalité, son objectif.

Dans ce cadre, qu'on ne puisse avoir une conception globale du monde ne tiendrait pas tant au relativisme de la relation (au perspectivisme nietzschéen) qu'à une multiplicité de niveaux, notamment selon les échelles de grandeur ou d'organisation (passage de la quantité à la qualité) laissant place à de nouvelles déterminations (et degrés de liberté).

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L’inexistentialisme est un humanisme

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Vous avez entendu les nouvelles ? Pas de quoi la ramener sur notre humanité, notre intelligence, notre démocratie avec le retour aux pires moments de l'histoire et ses relents de xénophobie, si ce n'est de nazisme, alors même qu'on peine à faire face à des menaces climatiques vitales. Les migrants meurent à nos portes, des murs s'érigent un peu partout. La panique s'empare des pouvoirs quand les fachos paradent et que la gauche s'effondre sans que les écologistes soient encore prêts à reprendre le flambeau. Au lieu de la connaissance et l'intelligence collective espérée, c'est en permanence la bêtise la plus crasse qui s'étale sans vergogne sur les réseaux comme à la télé ou dans les rues qui s'enflamment au nom des plus folles rumeurs.

A nouveau, notre image en prend encore un coup et il semble bien que nous n'y pouvons rien malgré notre rage d'un tel désastre, baladés d'un mouvement extrême à un autre, comme si nous n'existions pas. Ce n'est certes pas toujours aussi désespérant quand c'est par exemple la parole des victimes de viols qui se libère soudain, mais vraiment, on est trop loin de l'idéal du moi qui flattait notre narcissisme, et surtout il semble bien que la seule façon de peser sur l'événement en bien ou en mal, c'est d'aller dans le sens du vent avant qu'il ne retombe. Inutile de vouloir s'y opposer, c'est en pure perte. Il faut attendre que le temps fasse son oeuvre. "On se croit mèche, on n'est que suif".

On veut croire à l'Amour, à la Révolution ou à Dieu, foutaises ! Ce héros de l'histoire, tel qu'on se peint complaisamment, n'en est que le pantin, régurgitant tout ce qu'il a appris et se jetant sans retenu dans les batailles les plus absurdes du moment, d'autant plus exaltantes qu'elles promettent la lune. Rétrospectivement, les petits groupuscules s'écharpant sur l'interprétation du marxisme comme de la vraie foi paraissent si ridicules alors qu'ils n'avaient aucune prise sur les événements et aucune chance de mettre en pratique leurs théories pour changer la société. On se contente habituellement de suivre avec passion les informations du monde, de ce qui se passe ailleurs et nous dépasse, à l'évidence ne dépendant pas du tout de nous. La vérité, c'est qu'on n'est pas aux commandes, on ne décide pas de notre vie ni de notre existence ni même de nos pensées en dépit des apparences.

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L’arnaque des pauvres par l’assurance auto

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Il est bien connu que les pauvres paient tout plus cher mais avant d'en faire l'expérience, je ne savais pas que les pauvres, qui ont forcément des vieilles voitures, étaient aussi spoliés de leurs droits en toute bonne conscience par les assurances auto.

Ainsi, j'ai été victime, à cause d'un refus de priorité coupant soudain ma route, d'un accident assez grave détruisant ma vieille Ford de 1992, mais en parfait état, pour laquelle l'expert de l'assurance a chiffré pourtant l'indemnisation à 1000€ seulement, autant dire rien, n'étant même pas le prix d'un vélo électrique ! Un chauffard détruit ma voiture et c'est moi qui dois en subir les conséquences alors même que la loi fait obligation de la réparation intégrale d'un préjudice par son auteur, l’indemnité devant permettre de replacer le propriétaire dans la situation où il se serait trouvé si le fait dommageable ne s’était pas produit, ce qui est loin d'être le cas ici.

J'ai découvert que cette spoliation des possesseurs de vieilles voitures arrive à prendre l'apparence d'un respect du droit en s'appuyant sur trois confusions : le principe du moins-disant tenant lieu de valeur de remplacement, l'évaluation sur un échantillon statistique trop faible et la définition du marché local étendu à l'internet.

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Démocratie des minorités ou dictature majoritaire

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Contrairement aux mythes colportés très officiellement sur notre démocratie, notamment la référence constante au Contrat social de Rousseau (revendiqué certes par les révolutionnaires), il faudrait rectifier que nous avons hérité plutôt des institutions des monarchies constitutionnelles postérieures, ce que apparemment presque personne sur l'échiquier politique n'ose avouer. C'est grave car on défend du coup, aussi bien à gauche qu'à l'extrême-droite, une démocratie majoritaire foncièrement illibérale quoiqu'on dise puisque rejetant la séparation des pouvoirs inscrite pourtant dans la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 mais qui était surtout à la base des monarchies constitutionnelles, raison pour laquelle elles avaient la préférence de Montesquieu.

En conséquence, à part des écologistes attentifs à la diversité, au lieu de promouvoir la démocratie des minorités qui en résulte, celle-ci est dénoncée partout ailleurs comme illégitime (communautariste) face à la volonté de la majorité (confondue avec une volonté générale). Cela paraît à la plupart l'évidence même, alors que c'est une dangereuse illusion. La réalité est bien en effet celle d'une démocratie des minorités qui n'est rien d'autre que la conséquence du règne de l'Etat de Droit et des Droits de l'Homme, c'est-à-dire aussi de la laïcité qui en procède.

Ainsi, une des raisons de la montée inexorable du "fascisme" autoritaire tient du fait qu'elle est paradoxalement alimentée par ses opposants qui font de la surenchère sur le thème du "peuple" idéalisé et de la présentation simpliste d'une majorité lésée par une minorité - qui sera les capitalistes pour la gauche et les musulmans ou les minorités sexuelles pour la droite. Le mythe du souverainisme et de la volonté générale est effectivement indispensable à la prétention de "changer le système", ce qui exige à n'en pas douter un pouvoir fort capable d'imposer à une minorité des votants, parfois à quelques pourcentages près, un ordre nouveau, révolutionnaire, et sortir du capitalisme, du mondialisme ou même de l'évolution technologique. Bien sûr, sans cette "liberté collective" autoritaire il ne reste à la politique nationale qu'un réformisme limité, réduit à l'arbitrage d'intérêts contradictoires, pas de quoi déchaîner les passions des foules.

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Les impasses de l’anti-progressisme

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Même si le progressisme, la confiance dans le progrès, a pu se répandre depuis les Lumières (malgré Rousseau), de son côté la critique du progrès n'a cessé de se faire plus virulente d'abord envers l'industrie déshumanisante et la fin du monde paysan, puis les massacres inouïs de la guerre de 14-18, la bombe atomique, la société de consommation et enfin le numérique aujourd'hui entre écrans, robots et réseaux sociaux. Les ravages du progrès sont depuis longtemps manifestes aux yeux de tous, reconfigurant les territoires et les modes de vie, effaçant le passé, dispersant les familles en individualisant les parcours, hors des anciennes assignations et rôles sociaux. Cela n'a pas suffi pourtant à décourager un progressisme social au moins, ni à freiner en quoi que ce soit un progrès technique qui s'accélère au contraire, ce qu'on ne peut mettre sur le dos de "l'idéologie du progrès" ou des "technophiles", qui ne sont pas si nombreux (la résistance au changement est toujours majoritaire), mais à cause uniquement de l'efficacité matérielle qui s'impose toujours, au moins dans l'urgence, à cause donc du positif de la technique prenant le pas sur son négatif, à la longue même chez la plupart des "technophobes" déclarés.

L'écologie a cependant ajouté à la nostalgie du monde d'avant, la beaucoup plus sérieuse destruction de nos conditions de vie par une industrialisation déchaînée. Cela n'a pas plus ralenti le progrès technique mais a tout de même commencé à produire quelques timides réactions et la transition vers des techniques plus soutenables. Surtout, les premiers effets ressentis du réchauffement climatique ont semble-t-il achevé cette fois le discrédit du progressisme et de ses visions d'avenir radieux. Pour la France en particulier et sa passion de la politique, il faut ajouter encore à la conscience de la finitude de notre planète celle de la mondialisation marchande et de la fin des utopies : il n'y a pas d'autre monde que celui dont nous avons la charge et qu'il nous faut sauver de sa destruction. Tout ceci est amplifié par le sentiment justifié de notre déclin relatif quand les pays les plus peuplés nous rattrapent - n'ayant d'ailleurs pour seule ambition que de nous rejoindre. Pour nous, l'avenir n'est plus un projet positif portant la marque de notre humanité et voué à l'épanouissement de nos talents, se résumant désormais à empêcher le pire (simple négation de la négation). Les tentatives de reconstruire un "projet de société" et d'enthousiasmer les foules par de nouveaux plans sur la comète tombent vite aujourd'hui dans l'indifférence si ce n'est le ridicule. L'avenir est craint plus qu'espéré.

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Se préparer à l’inflation

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La plus grande énigme économique de ces dernières années était sans conteste le mystère de l'absence d'inflation malgré l'injection de liquidités en quantités inouïes. On a invoqué les prix décroissants de l'électronique et du numérique, la mondialisation et la concurrence des pays les plus peuplés ou encore le néolibéralisme consacrant la victoire des actionnaires et l'affaiblissement des syndicats, menant à une réduction des protections salariales et l'augmentation de la précarité. Pas sûr pourtant que tout cela suffise à expliquer le peu d'inflation engendré jusqu'ici par les milliers de milliards distribués et le quoi qu'il en coûte de la pandémie. L'inflation se serait cantonnée à la finance et la spéculation, notamment immobilière, mais pourrait avoir été simplement retardée ailleurs.

On trouve toujours des raisons à tout et c'est une caractéristique des bulles avant leur krach de théoriser la fin des anciennes lois de l'économie pour une nouvelle ère où il n'y aurait plus de cycles ni de limite et où les arbres monteraient jusqu'au ciel... Il reste quand même très étonnant que la planche à billet débridée n'ait pas provoqué jusqu'ici une dépréciation de la monnaie et une inflation des prix et des salaires. Précisément, c'est bien ce qui semble se produire désormais même si le FMI assure que cela devrait être temporaire et ne pas aller au-delà du premier trimestre 2022, mais rien n'est moins sûr. Or un retour de l'inflation changerait du tout au tout la configuration économique des prochaines années avec des conséquences importantes aussi bien au niveau social qu'au niveau écologique, pouvant à la fois intensifier les luttes salariales, renverser le rapport de force actuel capital/travail, mais aussi accélérer une croissance qui n'est plus aussi bien venue quand il faudrait plutôt la tempérer et, en premier lieu, réduire notre consommation d'énergies fossiles qui repart au contraire à cause de la surchauffe économique.

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Se concentrer sur les plus gros pollueurs

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Il y a difficilement plus absurde que le mythe du petit colibri faisant soi-disant sa part avec son petit bec pour éteindre l'incendie de la planète. C'est de la même eau que les petits gestes écolos de chaque jour qui ne servent qu'à donner bonne conscience aux classes aisées qui se dédouanent ainsi à bon compte de leur train de vie. Cela fait longtemps que je dénonce cette écologie individuelle moralisatrice. Le climat n'ayant que faire de nos bonnes intentions, seul compte le résultat bien peu sensible de ces petits sacrifices personnels. La capacité d'action de chacun est vraiment très limitée, avec un impact exclusivement local qui peut d'ailleurs être important à ce niveau mais est absolument insignifiant au niveau global. Privilégier cette vision libérale et culpabilisatrice de l'écologie est une impasse en plus d'être réservée à ceux qui en ont les moyens.

Ce constat déjà ancien m'avait convaincu de la nécessité d'un changement radical de système de production mais, comme j'ai dû l'admettre, qu'il soit nécessaire ne suffit pas hélas à le rendre possible, en tout cas pas assez rapidement pour constituer une solution à court terme alors que c'est maintenant qu'il nous faut réduire drastiquement nos émissions. Pour avoir un effet notable, il reste indispensable d'agir sur l'organisation sociale (production, distribution), comme on l'a fait avec le tri sélectif par exemple, organisation collective sans laquelle les actes individuels n'ont aucune portée. On ne peut plus rêver cependant d'une révolution planétaire instantanée, seulement d'une assez lente transition écologique, effectivement en cours depuis peu bien qu'à un rythme très insuffisant encore, et qui prendra donc pas mal de temps à produire des effets même si on travaille à l'accélérer.

Dans l'immédiat, le plus urgent serait de prendre conscience de l'étonnant petit nombre d'entreprises et d'acteurs globaux qui sont responsables de l'essentiel des pollutions. Ainsi, 70% des émissions de gaz à effet de serre seraient imputables à seulement une centaine d'entreprises, parmi lesquelles 20 entreprises sont responsables d'un tiers des émissions ! Il s'agit surtout de pétroliers, de cimentiers et d'industries métallurgiques ou minières mais c'est à l'évidence sur ces entreprises qu'il faut mettre la pression pour arrêter l'hémorragie en abaissant radicalement leurs émissions de CO2 ou de méthane avec un effet massif et rapide cette fois, sans commune mesure en tout cas avec le fait de baisser son chauffage - ou d'augmenter le prix de l'essence pour ceux qui ne peuvent réduire leurs déplacements.

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Hegel écologiste à la fin du temps

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On n'en a jamais fini avec Hegel. J'ai déjà critiqué à plusieurs reprises l'idée de fin de l'histoire, contestant les interprétations politiques courantes qui en faisaient une forme de théodicée. Cette histoire sainte qui finit en paradis n'est certes pas complètement absente chez Hegel bien qu'elle n'ait plus tout-à-fait, à la fin, la naïveté du partisan enthousiaste de la Révolution Française qui y voyait la réalisation de la raison. Pour mieux saisir comment Hegel pensait réellement la fin de l'histoire, dans l'Etat de Droit universel, ainsi que de la philosophie dans les sciences, c'est-à-dire l'achèvement du savoir absolu, de la pensée qui se pense elle-même parvenue à la pleine conscience de soi, il m'a semblé qu'il n'y avait rien de plus utile que de juxtaposer la fin de la Logique, de l'Encyclopédie et de la Phénoménologie, ce qui nous permettra d'en tirer quelque enseignement sur notre actualité confrontée sur tous les plans à la question de la fin, conscience de soi et de notre finitude qui nous ramène aux urgences immédiates.

La fin de la Logique, en premier lieu, résonne en effet avec l'époque où notre liberté confrontée au savoir des risques écologiques s'engage dans les actions nécessaires dictées par le discours scientifique. Je ne prétends pas épuiser le sujet mais c'est l'interprétation que je défendrais ici, non pas donc d'une transformation du monde mais de sa préservation ou son amélioration, sa rationalisation où l'individu garde une part active essentielle - interprétation qui n'est pas incompatible avec la volonté d'aller dans le sens de l'histoire à condition de ne pas le confondre avec l'utopie d'un idéal subjectif.

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La psychanalyse comme analyse du transfert

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"Ce qui est intéressant dans la psychanalyse, ce n'est pas la théorie qui tente d'en rendre compte (ce n'est pas un dogme freudien ni une philosophie), mais uniquement le dispositif et ce que disent les analysants. La grande différence avec les autres thérapies, en effet, c'est qu'il ne s'agit pas d'un formatage, d'une "rééducation émotionnelle du patient" (p585), de l'application d'une théorie (il y en a plusieurs, chez Freud même). Il s'agit d'une parole "libre"... qui finit par dire toujours à peu près la même chose, retombant dans les histoires ennuyeuses de papa maman et de séduction sexuelle (si ce n'est de pédophilie). Chaque témoignage est certes singulier, mais il est d'autant plus étonnant d'y retrouver des mécanismes répétitifs qui étaient restés inaperçus (en dehors de la littérature) et dont on peut constater à quel point ils restent inacceptables aujourd'hui.

Il est bien clair que ce qui scandalise encore, c'est la place de l'inconscient (déresponsabilisant), l'importance de la sexualité (qui nous tire vers le bas), la fonction du phallus (du mâle dominant) et le complexe d'Oedipe (répressif) aboutissant à la castration (qui nous empêche de jouir), toutes choses qu'on s'acharne à dénier et dont il faut interroger l'universalité (y compris des extraterrestres?). Si les libertaires voudraient se débarrasser de l'Oedipe, les féministes du phallus et les religieux ou moralistes de la sexualité, c'est qu'on se trouve face à un réel qui n'est pas présentable, à l'opposé des représentations religieuses ou politiques comme des promesses publicitaires du développement personnel (dont les praticiens ne se soucient guère du transfert)".

J'ai repris ces deux paragraphes de mon article "Philosophie et psychanalyse" pour rappeler ce que la psychanalyse garde de scandaleux, à l'opposé de toute sagesse, thérapeutique ou normalisation, mais il faut insister sur le fait que la caractéristique première de la psychanalyse réside bien en effet dans l'analyse du transfert qui change tout. On peut s'étonner certes de cette place du transfert dans l'analyse qui semble hors sujet mais résulte là encore de la simple observation, vérité d'expérience : "Alors qu’une fois, j’avais délivré de son mal l’une de mes patientes les plus dociles, chez qui l’hypnose avait permis de réaliser les plus remarquables prodiges, en ramenant l’accès douloureux à sa cause, elle me passa à son réveil les bras autour du cou". C'est par cet "amour de transfert" que Freud interprétera le transfert comme projection sur l'analyste de l'image paternelle. En fait, il s'agirait plutôt selon Lacan du fait que le dispositif met l'analyste en position de sujet-supposé-savoir, l'amour s'adressant alors au savoir.

Ce phénomène qui semble marginal, simple parasitage du processus analytique pour ceux qui y voient une reconstruction de son enfance, oblige au contraire à le réinterpréter complètement en dépassant le contenu manifeste et sa prétention de vérité par la réintégration de l'énonciation et du sujet auquel elle s'adresse comme discours de séduction et désir de désir, ce qui a une portée considérable - suspicion portée sur la vérité comme sur tous les discours.

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La vie à quel prix ?

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Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans "un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition" (Illich) ?

En citant Illich dans cet article inaugural de 1974, "Leur écologie et la nôtre", André Gorz défendait une écologie politique ne se limitant pas à une écologie biologisante mais voulant préserver la qualité de la vie, son humanité. Il avertissait les écologistes que la vie ne suffit pas, elle n'est pas la valeur suprême, et son suicide final pour accompagner sa femme, plus de trente ans après, ne fera que le réaffirmer en acte.

Dans notre actualité planétaire, ce sont les mesures prises pour limiter la pandémie, du confinement à la distanciation sociale et aux gestes barrières, qui nous ont valu de grandes déclarations, notamment de philosophes médiatiques, nous rappelant que toute vie ne vaut pas la peine d'être vécue si elle se limite à la survie du corps et se trouve coupée des autres, qu'on ne peut sacrifier toutes les relations humaines pour sauver quelques vies, qu'on ne peut surtout sacrifier la jeunesse pour sauver des vieux en fin de vie. Evidemment, un confinement n'est pas viable au-delà de quelques mois, tout est une question de bénéfice/risque, de la dangerosité du virus (de la saturation des services de réanimation) et de la dangerosité ou de la soutenabilité des effets pervers assez considérables du confinement, un remède de cheval nous laissant tous morts n'ayant rien d'un remède mais l'évaluation de la pertinence des décisions politiques et de leurs conséquences funestes restent sujet à débat. En tout cas, on ne peut tout subordonner à la lutte contre la pandémie qui ne se laisse pas si facilement maîtriser. Il faut inévitablement mettre des limites au biopouvoir, au pouvoir médical (qu'aussi bien Illich que Gorz contestaient) ainsi qu'à l'hygiénisme ambiant, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faudrait pas faire le maximum pour désengorger les hôpitaux mais avec le souci de ne pas faire trop d'autres victimes collatérales, tâche difficile de pilotage à vue en fonction de l'évolution du virus et des moyens disponibles où ce ne sont pas tant les libertés restreintes temporairement qui rendent la vie impossible que la perte des contacts et des conditions de leur survie pour certains. Il est sûr que subir une catastrophe naturelle, une épidémie, une guerre, est très traumatisant et rend la vie beaucoup moins agréable, mais peut-être pas au point de renoncer à vivre en attendant des jours meilleurs.

Bien sûr, la question de ce qui constitue une vie viable n'est pas seulement politique, elle se pose aussi individuellement, chacun pouvant y répondre différemment. C'est, en tout cas, la question qu'une dégradation de ma santé m'a obligé à me poser pour moi-même. Est-ce qu'une vie au rabais privée des anciens plaisirs vaudrait la peine d'être vécue ? Est-ce que je pourrais supporter une vie diminuée par le grand âge - voire en EHPAD, ces mouroirs modernes assez effrayants ? Suis-je prêt enfin, dès maintenant, à une vie plus austère livrée aux médecins ?

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