La valeur-travail

La "valeur-travail" peut s'aborder de différentes façons, par sa fonction dans la détermination des prix (théorie de la valeur), par le rôle du travail dans la reconnaissance sociale et l'épanouissement de soi (valorisation de la personne), enfin par sa rémunération (le prix du travail) qui est encore tout autre chose. Ce sont des points de vue très différents, et qui mènent à toutes sortes de confusions plus ou moins intéressées lorsqu'on ne les distingue pas suffisamment clairement, mais qui ne s'excluent pas les uns les autres pour autant.

En tout cas il y a beaucoup plus à dire que les simplifications idéologiques habituelles sur ce qui constitue un des enjeux fondamentaux de notre avenir et l'on ne devrait pas hésiter à s'appuyer sur les discours électoraux qui prétendent revaloriser le travail pour obtenir une véritable revalorisation du travail ainsi que de nouvelles protections sociales pour les travailleurs, en tenant compte des évolutions de la production et des transformations du travail, de ses nouvelles exigences d'autonomie et de formation, tout comme de la précarité qui se développe et dont il faudrait se prémunir collectivement au bénéfice de tous.

Les théories de la valeur

L'économie se caractérise par son dogmatisme depuis les Physiocrates au moins, qui se nommaient d'ailleurs eux-mêmes la "secte des économistes" et dont Voltaire se moquait dans "L'homme aux 40 écus" car ils ne voulaient reconnaître d'autre valeur que celle de la terre (nécessaire à la vie et seule capable de créer plus qu'on ne lui donne), refusant dès lors de taxer l'industrie naissante ou le commerce, considérés comme improductifs ! Ensuite, ce sont les marxistes qui ne voulaient reconnaître d'autre valeur que la "valeur travail", sous prétexte qu'il n'y a de valeur que du travail, ce qui est une mauvaise compréhension de Marx qui disait seulement que le "temps de travail" (moyen) était la mesure de la "valeur d'échange" dans le capitalisme industriel. Du coup, ce sont les services et la production immatérielle, voire le travail non salarié, qu'ils pouvaient considérer comme sans valeur car ne produisant aucune plus-value... De leur côté, les libéraux dénient toute valeur à ce qui n'entre pas dans les rapports marchands (les services publics en particulier, étant considérés comme une dépense et non comme une production!).

Il est frappant de constater la vivacité du "conflit des valeurs" en économie, conflit entre la valeur monétaire (métal précieux) des mercantilistes, la valeur matérielle des physiocrates, la valeur-travail de Ricardo-Marx, ou la simple "loi de l'offre et de la demande" des néoclassiques de l'équilibre général. On s'écharpe sur la théorie de la valeur, comme sur la vraie nature du Christ, au nom d'intérêts de classe le plus souvent. Cependant, on peut penser que ces différentes conceptions ne s'excluent pas mutuellement, comme la vérité et l'erreur, mais représentent plutôt différents points de vue et différentes temporalités sur le même objet. Ainsi, la fixation des prix par l'offre et la demande immédiate n'empêche pas qu'à plus longue échéance c'est la "valeur-travail" qui s'impose comme valeur de référence (d'échange), valeur de reproduction sans quoi elle disparaît. De même, à plus long terme encore, la valeur-travail ne peut se passer de la valeur matérielle qu'elle incorpore, y compris l'agriculture qui en constitue la base vitale, rencontrant la limitation des ressources matérielles et les contraintes écologiques incontournables. C'est un peu comme dans le modèle darwinien où ce n'est pas le vainqueur à court terme qui triomphera à plus long terme : il faut inclure le temps dans l'observation. Tout se complique encore avec l'ère de l'information et de l'immatériel où la valeur devient très volatile, non linéaire et réduite au très court terme.

On peut dire que la valeur est d'origine religieuse, incarnée par le sacrifice et l'échange symbolique selon la logique du don (la divinité étant supposée rendre ses bienfaits à hauteur du sacrifice consenti). Aristote a donné la première formulation rigoureuse, qui sera reprise par Thomas d'Aquin, entre autres, de cette valeur subjective mesurée par la peine (le coût ou le préjudice). Cependant, et contrairement à ses suiveurs, il montrait bien la contradiction interne qu'elle pouvait comporter, s'exprimant notamment dans "les disputes entre amis" (en effet, ce qui est beaucoup pour le pauvre est bien peu pour le riche). Cette théorie subjective de la valeur était très prégnante au moyen âge, certains moines se croyant obligés de changer de travail si d'aventure ils leur arrivait d'y trouver quelque plaisir, et ceci afin de ne pas en diminuer leur mérite ! Bien qu'Adam Smith soit un des premiers à faire du travail la base de la richesse des nations, on retrouve encore chez lui cette conception de la valeur mesurée à la peine, conception que Marx a fortement critiquée en remarquant que le plaisir ou la peine de l'ouvrier ne rentrait pas du tout en ligne de compte dans la valeur d'une marchandise, mais seulement le "temps de travail". On pourrait même ajouter, comme Galbraith que, non seulement la valeur ne se mesure pas à la peine mais que les travaux les plus pénibles sont les moins payés, de même que les plus agréables et les plus "gratifiants" sont les mieux payés ! Tout cela n'empêche pas que cette théorie subjective de la valeur garde sa pertinence dans de nombreux contextes comme la famille ou les communautés d'amis. Loin d'être complètement obsolète, elle resurgit dans la notion néoclassique de "désutilité" sensée mesurer le coût subjectif du temps sacrifié au travail de production comme opposé au plaisir de la consommation. De nos jours encore, des utopies simplistes comme "l'économie participaliste" prétendent même généraliser de façon plus ou moins totalitaire cette théorie subjective de la valeur très proche des conceptions chrétiennes du travail. Ces notions se brouillent pourtant lorsqu'on éprouve du plaisir dans son travail, encore plus dans la production immatérielle et les services où le plaisir, voire la passion, deviennent productifs...

La théorie de la valeur-travail tente de résoudre ces contradictions en donnant une base objective à la valeur comme valeur d'échange. Il faut pourtant bien comprendre qu'elle n'annule pas la valeur subjective, ni la détermination des prix par le jeu de l'offre et de la demande, mais qu'elle représente plutôt l'étalon objectif de l'échange dans une société industrielle où les rapports marchands deviennent des rapports entre choses, règne de l'équivalence et d'un travail déqualifié (interchangeable) qui se mesure quantitativement au temps de machine, c'est-à-dire au temps de travail salarié (ou "travail abstrait"). Les "critiques de la valeur" font de cette quantification l'élément principal de l'aliénation du travail mais prennent l'effet pour la cause. Dans le cadre du capitalisme, la valeur-travail a surtout une fonction normative au principe de son productivisme mais en tant qu'elle ne s'égale pas au prix qui inclue aussi une survaleur. En effet, la plus-value est obtenue en réduisant le temps de travail nécessaire grâce à l'investissement dans des machines (moyens de production) permettant de dégager un profit (produire de l'argent avec de l'argent) jusqu'à ce que la concurrence égalise les conditions de production et les prix. Dans ce système, la valeur d'échange des marchandises se mesure par son coût de reproduction, c'est-à-dire par le temps de travail moyen nécessaire à sa reproduction dans un état donné du système productif et de l'évolution des techniques. Cette valeur-travail est donc bien indissociable de l'industrie où son importance reste absolument prégnante. Cela ne veut pas dire pour autant que ce soit le seul étalon de toute valeur, ni qu'elle s'appliquerait hors de ce cadre. On entre d'ailleurs dans des raisonnements absurdes quand on veut ramener les oeuvres d'art par exemple à une valeur-travail moyenne ! Loin que ce soit une valeur objective valable depuis toujours et qu'on voudrait retrouver y compris dans les sociétés primitives, c'est la caractéristique d'un système de production industriel daté historiquement et que nous sommes justement en train de quitter avec la société post-industrielle.

C'est une question d'autant plus importante qu'avec notre entrée dans l'ère de l'information et de la production immatérielle, on perd désormais toute proportion entre le "temps de travail" et la valeur produite. Ce n'est pas une entière nouveauté, car c'est ce qu'on retrouvait déjà dans tout travail artistique ou virtuose, entre autres. La nouveauté, c'est que cette "crise de la mesure" se généralise petit à petit, une grande partie des produits perdant toute "valeur d'échange" objective, au profit d'une pure valeur d'opportunité, personnalisée, à obsolescence plus ou moins rapide, où la part de la publicité dans les coûts de production augmente considérablement. Non seulement, la valeur ne se mesure plus au temps passé, mais le temps de travail est de moins en moins séparé de la vie privée et l'extension de la gratuité dans le domaine numérique (logiciels libres, musiques libres, etc.) va même jusqu'à déconnecter complètement valeur d'usage et valeur marchande. C'est donc paradoxalement au moment où la "valeur-travail" perd une bonne part de sa pertinence qu'on prétend la revaloriser, de même que c'est au moment où le travail se mesure de moins en moins par le temps qu'on se focalise sur la réduction du temps de travail salarié !

Un travail valorisant

Dire que la "valeur travail" n'est plus aussi centrale dans la détermination de la valeur ne veut pas dire du tout que le travail serait "une valeur en voie de disparition" ! De même, ce n'est pas parce que le travail industriel se réduit considérablement que ce serait en quoi que ce soit la fin du travail, comme on a pu le croire un peu rapidement, pas plus que la réduction du travail agricole en son temps. Le chômage est un phénomène cyclique et largement monétaire, n'étant dû que très marginalement à la désindustrialisation. Il ne résulte en rien d'un prétendu déclin de la valeur-travail. C'est tout au contraire parce que le travail se fait plus rare et que l'expérience du chômage de masse a montré combien son absence était un facteur d'exclusion qu'il est devenue une valeur en hausse, comme jamais peut-être. C'est le sens de cette valorisation du travail qu'il faut approfondir car on est bien loin de la simple opposition du travail et de la paresse comme on le présente ordinairement, mais tout autant de "la société des loisirs" qu'on nous avait promis de façon pour le moins excessive. En effet, c'est bien le "temps libre", enjeu de la réduction du temps de travail, qui se trouve remis en cause désormais, comme si le retour à la vie privée avait été porteur de trop de déceptions, les rapports humains ou familiaux n'étant pas aussi idylliques qu'on le suppose parfois, ni les loisirs aussi extraordinaires que nous le vante la publicité. Seulement il ne suffit pas de comprendre ce qui fait la valeur du travail, il faut comprendre aussi quel travail a de la valeur et à quelles conditions le travail peut être valorisant.

Il n'est pas question, en effet, de nier qu'il y a de très bonnes raisons d'être "contre le travail", ses injustices, son esclavage, son exploitation, son productivisme. Le travail est une notion trop générale qui recouvre des réalités trop disparates, travail morcelé, aliénant, humiliant, stressant qui n'a rien à voir avec un travail désirable et gratifiant mais à mesure même que le travail relève de la valeur et non plus des premières nécessités, ce sont justement ces mauvaises conditions de travail qui deviennent insupportables, justifiant la revendication d'un travail épanouissant comme un droit fondamental, "le premier besoin de la vie". Il faut y voir le signe des bouleversements que nous sommes en train de vivre. Dès lors, il ne s'agit plus tant de réduire le temps de travail, voire de le supprimer comme temps de souffrances inutiles, mais de passer du "travail forcé" au "travail choisi", d'un labeur pénible au plaisir de travailler, faire enfin du travail, qui en occupe la plus grande part, un moment privilégié de notre vie. Si notre attitude face au travail a pu changer à ce point, c'est que la nature du travail lui-même a changé. Il ne faut d'ailleurs pas se cacher qu'on redouble ainsi l'aliénation dans un premier temps, à vouloir exiger motivation et plaisir dans le cadre de la subordination salariale et des rapports de production d'un travail contraint, mais on ne peut en rester pour autant aux conceptions du XIXè siècle, ni à la critique d'un travail à la chaîne en voie de disparition (du moins sur le long terme) avec l'automatisation. La question actuelle est plutôt celle de savoir de quel travail nous avons besoin désormais, quel travail serait désirable et quelles structures y seraient indispensables.

Mais qu'est-ce donc que le travail ? La définition la plus générale qu'on peut en donner, ce n'est ni le sacrifice, ni l'effort ou la dépense d'énergie (il ne suffit pas de s'agiter), mais la "lutte contre l'entropie", l'organisation de la matière, la réalisation de nos objectifs. A ce niveau, on voit bien que ce n'est pas le travail qui manque, il y aura toujours fort à faire ! Ce qui vient à manquer c'est plutôt sa valorisation monétaire, c'est l'emploi. Dès lors, la tentative de substituer "l'activité libre" au travail ne règle aucunement la question. En effet, il ne suffit pas d'avoir une activité, il faut qu'elle soit socialement reconnue et permette de valoriser ses compétences propres. Jouer de la musique ou peindre peut sembler épanouissant en soi, mais si personne ne s'intéresse à ce que vous faites, au bout d'un certain temps cela n'a plus guère de sens. On ne se suffit pas à soi même. Comme dit Bataille "à la base de chaque être, il existe un principe d'insuffisance". C'est toujours le désir de l'autre qui nous motive et nous fait vivre. Plus que l'activité de production elle-même, la valeur du travail c'est d'abord la reconnaissance sociale de son utilité, et donc de la dette de la société à notre égard, matérialisée en général par une rétribution monétaire correspondant à une part de la richesse sociale. La valeur du travail, c'est d'abord la valeur donnée au travail.

C'est seulement secondairement à cette reconnaissance sociale que l'activité productive peut procurer toutes ses vertus et se montrer supérieure au chômage. On n'a pas tellement tort en effet de penser que "l'oisiveté est la mère de tous les vices". Rien de pire que de ne rien faire et de passer toutes ses journées devant la télé, on le sait bien. Travailler donne certainement plus de satisfactions, d'atteindre ses objectifs, que des loisirs bien ennuyeux à la longue. C'est ce que l'ergothérapie a compris depuis longtemps déjà. La valeur du travail n'y est plus de faire pénitence ni de soumettre sa volonté, c'est une confrontation au réel, l'exercice de son autonomie et, pour cela, une réalisation de soi débouchant sur une reconnaissance sociale. Evidemment, il y a plein de problèmes, de pression, de stress, ce n'est pas le paradis loin s'en faut, mais cela vaut malgré tout bien mieux que de ne pas savoir quoi faire et de s'ennuyer ! L'ennui fait partie de notre réalité humaine plus qu'on ne croit. C'est l'autre face de la vie, qui oscille du désir à l'ennui ! C'est ce qui fait que le "temps libre" n'est pas si désirable, sauf à être habité par une passion, c'est-à-dire par la concentration de notre énergie sur un objectif, autant dire un travail. Seulement tout le monde n'est pas passionné tout le temps, la passion est rarement suffisante pour occuper nos journées. C'est là que le travail prend sa fonction, non seulement de nous procurer un salaire et une reconnaissance sociale, mais de nous fournir des objectifs, de nous donner l'occasion d'exercer nos compétences, de nous tenir à la tâche par une demande sociale concrète et de nous distraire ainsi de l'existence en disciplinant une liberté trop indécise. Pas de travail sans contraintes, certes, mais l'absence de toute contrainte est d'un ennui profond, de plus la contrainte extérieure peut délivrer de la contrainte intérieure, raison pour laquelle les femmes peuvent préférer travailler à l'extérieur plutôt que d'être cantonnée au rôle de femme au foyer !

Encore une fois, il faut se garder de toute naïveté et vouloir idéaliser un travail si souvent insupportable mais cela n'empêche pas que, d'une part, c'est souvent bien pire de se sentir inutile au monde lorsqu'on est sans travail, ni, surtout, que cela pourrait être beaucoup mieux, qu'on n'est pas condamné à un travail pénible ou dégradant. C'est difficile à admettre, sans aucun doute, car le travail est par essence exigeant, fatiguant, épuisant, nous confrontant sans arrêt à l'échec et à l'urgence. Le corps fatigué n'aspire qu'au repos, imaginant de grandes vacances où il n'y aurait plus besoin de gagner sa vie, vie déjà jouée, gagnée au loto sans plus avoir rien à prouver... Mais après un bon sommeil, on n'a guère envie de rester au lit pour un repos éternel ! De même, après des mois voire des années de chômage, au-delà de la misère qui gagne, c'est le sentiment de l'absence qui nous envahit, absence que le travail vient combler par l'appartenance à une entreprise commune et la participation à une finalité collective. De quelque côté qu'on prenne la question, le travail se révèle effectivement irremplaçable, bien au-delà de la nécessité immédiate, valant beaucoup mieux que tous les loisirs marchandisés qui ne donnent aucune réelle satisfaction. Reconnaître cette part bénéfique du travail, ne doit pas mener pour autant à l'acceptation de n'importe quel travail ni à supporter n'importe quelle condition de travail mais pourrait s'avérer au contraire extrêmement subversif en obligeant à quitter les représentations habituelles d'un "travail forcé" identifié à la peine pour concevoir ce que pourrait être un "travail choisi" encore trop rare mais qui est bien notre avenir. Reconnaître la valeur du travail c'est vouloir un tout autre travail et devrait renforcer la critique de l'exploitation salariale ainsi que nous permettre de nous interroger sur les nouvelles exigences du travail immatériel : quel travail il nous faudrait et à quelles conditions. C'est penser non pas la fin du travail mais la fin du productivisme salarial, c'est assurer une production plus écologique et humaine, pas seulement sa "décroissance".

Ce qui permet de dégager la dimension positive du travail c'est bien que le travail a changé à l'ère de l'information, n'étant plus force de travail mais travail qualifié mobilisant toute la personnalité et mettant en jeu sa reconnaissance. Aussi, plutôt que de prétendre mettre tout le monde au travail au nom de cette valeur-travail, comme si tout le monde était interchangeable et que le pire travail valait mieux que rien, il faudrait au contraire tenir compte de cette nouvelle situation où chaque personne est différente, disposant de savoirs et de talents particuliers dont il faudrait favoriser l'expression et le perfectionnement plutôt que détruire des compétences par leur déqualification. Impossible dans ce contexte de donner un travail standardisé à n'importe qui, on ne peut qu'aider au développement de l'autonomie de chacun ainsi qu'à la valorisation de ses compétences. Plus on est qualifié, plus on a affaire à un travail "cognitif", et plus c'est incompatible avec une subordination salariale. Ce qu'il faut développer, ce n'est pas l'emploi salarié mais le travail autonome, à condition de fournir les moyens (revenu garanti) et les structures (coopératives) de ces nouveaux rapports de production.

Pour l'instant, dans cette époque de transition, les anciens rapports de production se désagrègent et se montrent largement inadaptées aux nouvelles forces productives, multipliant les tensions que des gourous de la communication prétendent régler vainement, tout en provoquant une extension galopante de la précarité, sans qu'on ose encore imaginer de nouveaux rapports de production plus adaptées à l'ère de l'économie immatérielle (travail autonome, revenu garanti, développement humain). Le saut paraît effectivement impensable, trop aventureux, comme pouvait le paraître le fordisme avant que les bienfaits des augmentations de salaires ne l'impose aux économies développées depuis les années 1930. Du moins, chacun comprend que le travail est devenu désirable (c'est devenu une valeur, non plus une malédiction) et qu'il ne faudrait pas tant le réduire, comme un mal nécessaire, mais changer le travail pour changer la vie, améliorer les conditions de travail pour améliorer la qualité de la vie et ne plus perdre sa vie à la gagner. Ce n'est pas gagné, c'est le moins qu'on puisse dire, mais cette véritable "libération du travail" est la conséquence incontournable de l'économie cognitive et de la valeur enfin reconnue au travail, valeur d'autonomie et de reconnaissance qui doit rendre inacceptable l'exploitation salariale tout autant que l'esclavagisme.

La revalorisation du travail

Certes, la "valeur-travail" n'a jamais été aussi haute qu'au moment où le travail manque et où il a perdu toute valeur au profit des boursicoteurs et de la finance internationale mais il faut retourner le slogan contre ses auteurs, remettre en cause l'idéologie dominante au nom de ses principes mêmes ! Si le travail doit être effectivement revalorisé, encore faudrait-il que cela se traduise par une revalorisation de la part du travail par rapport au capital ainsi que par une meilleure protection des travailleurs. Cela se justifie au moins par le fait que le travail étant de plus en plus qualifié, son coût de reproduction devient aussi plus élevé, incluant temps de formation et d'information, la garantie du revenu étant nécessaire au maintien et au développement des compétences. Nous n'insisterons pas sur cette valorisation monétaire du travail sinon pour souligner que cela dépend en grande partie des luttes sociales car il y a bien loin des discours aux mesures effectivement prises. Les belles envolées sur la valeur du travail ne couvrent que des cadeaux faits aux riches, une prime à la spéculation et une aggravation des inégalités ! C'est à notre action revendicative de faire passer des paroles aux actes. Cela ne se fera pas tout seul même si la reconnaissance du travail dans sa dimension d'épanouissement de l'individu devrait mener à une toute autre répartition des richesses, privilégiant le développement humain (développement des capacités et valorisation des compétences) ainsi qu'une indispensable garantie du revenu. Prenons au mot la valeur-travail revendiquée partout afin d'obtenir une réelle revalorisation du travail ainsi qu'un renforcement des protections sociales mais sans se limiter cette fois aux seuls salariés. Ce serait sans aucun doute une véritable révolution, mais bien nécessaire, d'encourager le travail autonome en lui fournissant un cadre collectif et coopératif avec un revenu garanti pour tous !

En tout cas, la valeur travail ne se réduit pas à la mesure de la valeur, ce n'est pas non plus seulement la valeur du travail pour le travailleur lui-même, c'est aussi la valeur que la société reconnaît au travail et au travailleur, la part de richesse qu'elle reconnaît devoir lui donner et les moyens qu'elle met à disposition pour exercer ses compétences. C'est lorsque la richesse profite aux travailleurs et que les inégalités se réduisent qu'une société est plus riche et plus heureuse. C'est encore plus vrai dans une économie cognitive en réseau où la productivité n'est plus individualisable, même si elle est beaucoup plus personnalisée, devenue aléatoire et largement statistique, liée aux "externalités positives" comme à la coopération des savoirs.

(EcoRev' no 28, automne 2007, "Le travail autrement")

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26 réflexions au sujet de « La valeur-travail »

  1. Le harcèlement moral en milieu professionnel exercé par certains dirigeants (on peut constater par exemple des suicides en france dans les usines renault il y a peu de temps), peut être également un argument supplémentaire afin de justifier la nécessité d'un revenu garanti pour l'autonomie d'un individu face à une autorité qui détruit parfois moralement ses travailleurs. On peut considérer dans un certain sens que cela serait une forme de démocratie économique, de contre-pouvoir face à des autorités parfois criminelles moralement ou encore arnaqueuse (stages non rémunérés). Démocratie économique donnant une autonomie basique à l'individu soit pour un travail autonome pour le développement d'une écologie indispensable mais aussi de l'homme, comme vous l'avez cité, soit pour ne plus se laisser marcher sur les pieds lorsque l'on subit de trop fortes pressions morales...

  2. le documentaire "ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés" témoigne d'ailleurs de cette problématique qu'est le harcèlement moral.
    A voir, c'est très intérressant.

  3. Effectivement, le revenu garanti renverse le rapport de force entre employeur et salariés. Le dogmatisme des syndicats est si fort, ayant tellement peur de perdre leur fonction s'ils ne défendent pas le salariat contre le revenu garanti, qu'ils ne voient pas que cela leur donnerait un poids beaucoup plus grand, supprimant en grande partie la peur du chômage qui est un outil très puissant de soumission des salariés et permet de leur faire accepter des conditions de travail extrêmement dégradés. Il faudrait comprendre que le développement du travail autonome n'abolira pas immédiatement le salariat, c'est un phénomène très progressif, mais par contre il améliorera immédiatement la position des salariés dans l'entreprise, notamment contre le harcèlement moral ou les abus de la hiérarchie.

  4. Concernant le travail choisi, je me pose la question de qui voudra bien faire les travaux vraiment pénibles et usants physiquement( travaux de chantier ou autres ) dans le cas d'un revenu d'autonomie garanti. A moins de rendre ces travaux intéressants et moins pénibles, personne, à juste titre, n'ira vers de telles activités.

  5. Je pense que c'est une régulation qui s'effectuera après que la mesure du revenu garanti ait été effectué. Soit par l'augmentation de la rémunération pour ce travail pénible au niveau du privé. Soit par l'instauration d'un "service social" comme le préconisent les distributistes disciples de Jacques Duboin au niveau du public. Je pense qu'il y a d'autres solutions que je ne peux imaginer...

  6. Les arguments pour le "travail forcé" sont les mêmes qu'on nous servait contre l'abolition de l'esclavage et il faut bien prendre conscience de ce que cela implique réellement mais aussi bien du fait que c'est déjà le cas, sans revenu d'autonomie mais avec tout de même le RMI, un certain nombre de travaux pénibles ne sont occupés que par des immigrés. On est déjà, même très partiellement, dans le travail choisi.

    Ensuite on peut se poser la question de savoir si les travaux pénibles sont réservés aux immigrés parce qu'ils sont trop pénibles en eux-mêmes ou bien si c'est le fait qu'il y a des immigrés pour les occuper qui en fait un travail sous-payé et dont on ne veut pas. Il suffit de voir comme le travail d'éboueur a évolué pour ne plus être réservé aux immigrés justement. Bien sûr, il ne s'agit pas de s'imaginer qu'on va faire ces boulots rien que pour le plaisir mais bien en fonction de la rémunération qu'on en reçoit ! C'est le cas pour la plupart des emplois dont le plaisir (relatif) est secondaire à la rémunération touchée.

    Je répète cependant que le revenu garanti n'est pensable que dans une économie évoluée où l'immatériel prend la plus grande place. Il s'agit dès lors de savoir si un diplômé va devoir être manoeuvre dans un chantier (comme dans la Chine maoïste) ou s'il pourra exercer ses compétences et les développer. Il ne fait pas de doute qu'il faudra améliorer les conditions de travail, automatiser et mieux payer les travaux pénibles, les faire prendre en charge par des travailleurs autonomes qui en tirent profit, mais il n'y aura pas non plus arrêt de l'immigration donc la situation ne changera pas fondamentalement par rapport à la situation actuelle dans un premier temps au moins.

    A part ça, je ne crois pas du tout au "service social" mais j'ai peut-être tort...

  7. une autre question que vous abordez dans le commentaire précédent , c'est celui de la véritable compétence du diplomé. je vois bien ce que va devenir l'enseignement supérieur , mais ce qui m'inquiète , c'est ce qu'il est déjà devenu . une gigantesque machine , très dépersonnalisante et qui semble broyer ses usagers . vous semblez vous accorder sur le fais qu'à l'avenir on aura plus que jamais besoin de gens passionnés par ce qu'ils font . mais je me demande si ce n'est pas une espèce en voie de disparition . même si je ne peux etayer cette opiniun sur autre chose que mon point de vue personnel faute d'avoir eu le temps de vérifier . oui j'ai parfois le sentiment que cette surenchère sur le diplome , où le moindre metier ne peut s'exercer sans que vous ayez été certifié par 150 mille types en même temps , est peut être le signe de la disparision de toute vrai compétence .

  8. Vous dites, : je ne crois pas du tout au "service social" mais j'ai peut-être tort.
    Ce qui montre bien notre insuffisance et notre besoin d'entrer dans un débat public pour essayer de trouver quelle solution peut être la plus approprier !
    Malheuresement comme le montre le livre de Jean Pierre Legoff sur "la démocratie post-totalitaire", le débat peut de moins en moins avoir lieu par le vide ambiant d'apparence protecteur des totalitarismes potentiels.
    La plupart des gens se méfient des réformes radicales comme de la peste. On pourrait même dire qu'en votant ce qu'ils votent (même si la plupart des partis sont loins du revenu garanti), ils expriment ce vide d'engagement et cette soif de vouloir vivre sa vie sans se soucier de l'avenir de l'humanité et de la planète !
    C'est une sorte de phénomène dialectique très impressionnant. Lorsque l'on se trouve en plein dedans avec des menaces écologiques qui se font de plus en plus nombreuses, il ya vraiment de quoi s'inquiéter.
    Peut être faudrait-il un livre philosophique qui soit très entendu et qui contre-carre cette pensée "anti-pensée" et qui montre que l'histoire de l'humanité peut continuer à avancer en tenant compte des leçons des totalitarismes passés. Mais tout ceci est tellement compliqué.

  9. Après la Renaissance, dans les villes-états italiennes, le prince se devait, pour assoir une réputation de bon gouvernement, d’assurer un revenu au travail intellectuel et artistique. Francis Haskell ( Mécènes et peintres, trad. fr. 1991) décrit les faits ainsi : L’artiste « logeait dans le palais… Il se voyait attribuer une allocation mensuelle, et par ailleurs on le payait au cours normal du marché pour les œuvres qu’il produisait ». Il cite l’exemple du peintre Andrea Sacchi, considéré comme membre de la « famiglia » du cardinal Barberini, d’abord avec « le même statut que trois esclaves, un jardinier, un nain, et une vieille nourrice » .Soit un éventail intéressant et inattendu des situations ouvrant droit à allocation , laquelle était bien ainsi une sorte d’antécédent au revenu universel garanti ? Après trois années, « Sacchi fut promu au rang le plus haut des pensionnaires, prenant place parmi les écrivains, les poètes, et les secrétaires » Certes l’infinie bienveillance d’un dignitaire permettait une ouverture à l’autonomie créatrice. Mais elle pouvait aussi être étouffante. Sans doute parce que l’examen des quelques situations particulières ouvrant droit à allocation ( d’étude, de subsistance, de fin de vie,…) loin d’un principe reconnu comme universel, était laissé à la seule appréciation du prince, ou du patricien dominant.

  10. Il semble que beaucoup dépend de la construction d'une véritable intelligence collective dont l'absence se fait criante et si dangereuse dans notre période historique. Nous devons passer à un stade cognitif supérieur et c'est loin d'être gagné. Plutôt que de modifications de détail des statuts ou des calculs politiciens, voilà qui pourrait être l'objectif d'un renouveau des Verts dont les dysfonctionnements s'étalent aux yeux de tous : construire une démocratie cognitive d'abord en interne avant de prétendre le faire au niveau de la société. Il est certain que la bêtise qui n'est pas forcément pire qu'avant devient beaucoup plus insupportable, y compris dans le travail et que l'époque nous oblige à en surmonter l'obstacle, ce qui parait aussi impossible que vital !

  11. Chaque fois que j’ai cherché à émettre l’idée d’un revenu universel garanti, j’ai rencontré des interlocuteurs scandalisés par le principe, considérant que chacun doit **gagner** sa vie ( pas d’autre allocation que pour compenser une carence reconnue).
    C’est pourquoi toute une éducation est à réaliser prioritairement sur le concept de travail. Ce que vous faites très utilement ! Ne serait-il pas intéressant, à ce propos, de diffuser sur votre site un répertoire, selon vous, d’articles et d’ouvrages, de fragments de textes, à consulter en référence à cette question fondamentale ? Il ne suffit pas en effet d’être sensible à vos idées, il faut devenir capable de les défendre de manière autonome, sans balbutier !

  12. Effectivement les résistances idéologiques et religieuses sont très fortes, quasiment insurmontables tant que la nouvelle conception du travail ne se sera pas imposée.

    Sur le revenu garanti j'ai déjà fait le travail il y a longtemps de rassembler les textes et argumentaires sur cette question. Voir dans les liens, "Le droit au revenu" :

    jeanzin.fr/ecorevo/politi...

    Si c'étaient "mes idées", elles ne vaudraient pas grand chose mais moi-même, comme André Gorz, j'ai été d'abord assez choqué, au moins très dubitatif sur cette question, avant de comprendre que le revenu garanti s'imposait et qu'il gagne des partisans dans tous les pays (Allemagne, Brésil, Canada, etc.) malgré son caractère invraisemblable, tout comme le fordisme était invraisemblable avant de s'imposer...

  13. Dans quelle mesure est il possible d'imposer l'idée du revenu garanti à moins d'en passer par la décision politique donc régalienne de l'état ?

    De même le fordisme s'est imposé par l'efficacité économique et financière à court terme. Mais pour le revenu garanti, quelle chance a t il de s'imposer par ces biais là. ?
    A part une diffusion la plus répandue possible de cette conception dans la population faisant pression sur les "décideurs" politiques et économiques, les poussant à dépasser leurs enjeux courts termistes, il est difficile d'envisager la mutation autrement.

  14. Il est peut-être possible de faire un revenu garanti au rabais au niveau local, Yann Moulier-Boutang l'avait proposé dans le programme municipal des Verts parisiens, mais il est vrai que ce serait au niveau national et même européen qu'un telle mesure devrait être prise.

    Le revenu garanti s'impose par la précarité et la destruction de ressources humaines que son absence provoque. Cependant, il ne rentrera pas dans les faits sans un fort mouvement social, effectivement. A la fois on en est loin et c'est une revendication qui est de plus en plus présente depuis 1997 où le mouvement des chômeurs la portait (c'est là que je l'ai rencontrée). Bien que sous des formes partielles et peu compatibles, c'est cette revendication qu'on retrouve chez les intermittents du spectacle, la revendication d'un revenu étudiant, la sécurité sociale professionnelle, les retraites, etc. L'unification politique de ces revendications est un stade essentiel, qui rencontre hélas, des oppositions très fortes au nom du rêve d'un retour au plein emploi à l'ancienne... Le combat est d'abord dans nos rangs.

  15. C'est un peu ce qu'on aurait pu souhaiter lors des débats électoraux, mais même les partis de gauche balkanisés n'ont pas été audibles sur le sujet et ne le sont toujours pas à ma connaissance. Plutôt qu'une remise en cause complète des dispositifs actuels qui doit leur paraître trop audacieuse et risquée, ce sont les mêmes thèmes et batailles de tranchées qui persistent.
    Pourtant l'idée semble faire son chemin sous terrain.

  16. Bonjour, je parcour avec beaucoup de plaisir votre site depuis quelques mois et n'ayant pas l'habitude de "dialoguer" sur le net j'espère que vous excuserez ma gaucherie ( je suis tout aussi novice avec l'informatique !)
    Je vous prie egalement d'excuser mon ignorence en matière de politique française interne ; car je suis belge!!! (et oui, la belgique est encore un peu à l'image des rapports de l'A.I.T de Marx/Engels version disney! ) Mais je profite de votreexcelent article pour entrer en "contact " et faire quelques commentaires personnels.
    1- La question du revenus garanti est pour moi incontournable aujoud'hui.
    Mais il est vrai que l'on rencontre partout un blocage"psycho-socio-culturel" et particulièrement dans les couches sociales "precarisées" et "néo-bourgeoises" je pense que les natures créatives et aventureuses sont assez rare, malheureusement!
    2- Je rencontre beaucoup de travaileurs de secteurs profesionnels dit " pénibles" qui aiment leur boulot mais qui ont cette in/conscience que leur travail est dévalorisé par le statut salariale et sociale aux teintes "hierarchico-patriacale"
    3- Une véritable autonomie sociale implique pour moi une veritable autonomie" caractérielle" des individus, c-a-d cette capacité à se créer en permanence, à se modifier selon ses propres jouissances dans un rapport "elastique" à la vie et tout ce qui y est inclus( les êtres et les choses et le temps ) mais qui n'est possible que Par-delà la morale du maitre tout-bonheur et de l'escave tout-malheur.
    4- Je doit cependant dire que la nature "maitre-valet" est toujours aussi vivante que par le passé et pire , surtout là où l'on prétend ne pas à l'y rencontrer; chez les artistes( et je suis bien placé pour le constater!) un joyeux petit monde d'hypocrisie où l'on VOTE! Ecolo -avec conviction affirmée- où l'on pense socialosyndicaliste!- la larme à l'oeil- où l'on rêve gloire et honneur matériel, mais pas bio parceque c'est trop de contraintes au quotidien.
    Mais l'araignée s'accroche à sa toile me direz-vous.

  17. ep,

    vous faites bien le constat :
    - les couches sociales précarisées s'accrochent au modèle actuel qui est le plus médiatisé et décliné parce qu'ils pensent qu'il a fait ses preuves et qu'il est seulement mal ou pas assez appliqué( more of the same ), de plus les théories classiques ou néoclassique de l'économie semblent dire la même chose mais avec plus de finesses laissant entendre que ces dernières ne sont pas assimilées par les politiques.

    - les catégories mieux nanties me semblent avoir le même de point de vue mais renforcé par des avantages de supériorité sociale que leur apporte ce système, même si par certains aspects elles peuvent en être insatisfaites.

    Je m'interroge sur le fait que des petits partis de gauche en France ne sortent pas complètement des sillons actuels puisque avec leurs discours actuels qui se démarquent peu des autres et pas de ce qu'ils disent depuis longtemps ils ont de toute façon des scores électoraux de plus en plus faibles. En définitive, qu'est ce qu'ils y perdraient de proposer tout à fait autre chose, au moins ça amorcerait dans l'esprit des gens une autre façon de voir, même si au début pourrait apparaître une réaction de rejet face à la nouveauté.

  18. dans mon activité,la pénibilité etait assez importante, mais le salaire etait motivant l'ambiance bonne .la situation s'est dégradée des lors que le nouveau pdg,est arrivé avec ses bagages bourrés avec sa "nouvelle stratégie" .
    il m'avait donné le sentiment d'etre un révolutionaire fébril qui savait tout .
    cette vague est arrivé aussi en meme temps qu'une cèrtaine révolution tèchnique qui aurait dû m'octroyer une formation complémentaire assez longue que je n'avais pas du tout l'intention de financer moi meme .l'invèstisement n'en valait pas la peine ,puisque cela ne m'aportait pas un suplément de qualification, donc de salaire .
    là dessus, les conditions de travail se sont tres vit dégradées ,si bien que je me suis orienté vers une activité ,cèrte mois rémunératrice mais au moins,je pouvais vivre plus serainement .
    ainsi il m'avait semblé que le nouveau pdg, en voulait trop .

  19. La question de l'inertie des petits partits de gauche est aussi celle qui me laisse le plus souvent dubitatif et sans pouvoir vraiment y répondre j'avance, faute de mieux, l' hypotèse de l'archaïsme idéologique-émotionnel et/ou des petits compromis politiciens ainsi que l'absence d'unité, mais le fait est qu'il faut également se poser la question de l'absence de poids politique et social de la gauche au niveau interne des différents états européens et plus largement ,et par extention, au niveau de l'UE et ainsi du complexe d'infériorité qui en découle.

    Pour exemple: la Belgique est divisée en trois communautés géographiques ( implicitement territoriales) culturelles et linguistiques -une francophone, une néerlandophone et une germanophone largement minoritaire et pratiquement concidérée comme non-belge! le tout dans un climat de mépris et de xénophobie identitaire entretenue par les médias nationaux et communautaires.
    La "gauche" n'est représentée que dans la communauté francophone par deux micro-partits; le P.O ( partit ouvrier , prehistorique comme son nom l'indique) et le partit anarchiste, sublime exemple de folklore locale. Le reste des troupes est constitué d'une multitude d'associations et de collectifs à finalité Socioculturel et par ce fait se réclamant d'une gauche radicale (mais dont la survie dépend de la générosité de l'état et de son alliance séculaire socialiste-ecolo-libérale sous l'égide de la toute puissante F.E.B; fédération des entrepreneurs belge). le constat est que cette gauche est essentiellement constituée d'une population d'artistes middleclass néo-prositu prônant les vertus de l'art salarié, laissant les couches les plus précarisées aux mains des boutiquiers de l'extrème droite, seul partit parfaitement unifié sur l'ensemble du pays et de son discours travailliste/populiste qui n'est que trop bien connus.
    Comble de l'ironie, Bruxelles capitale ( commune la plus pauvre d'europe) se pose en symbole de l'idéal européen!

    Ceci entrainant celà, j'aimerai avoir l'avis d'un italien, d'un allemand,d'un portugais... Et peut-être par là de savoir de quelle gauche l'on parle et de ce que l'on doit en attendre.

  20. Le langue allemande permet de distinguer l’environnement Um-welt( soit un monde quantifiable d’ « objets », une géographie des « ressources naturelles ») et l’écologie Ur-welt ( où le radical Ur précise le monde comme un là depuis lequel nous avons origine). Pour préciser cette différence, je citerai un passage d’une lettre de responsables indiens Navajos et Hopis au président Nixon, à propos d’un territoire indien loué pour extraire du charbon : « De nombreuses générations avant la venue de l’homme blanc, de nombreuses générations avant la venue des Navajos, le peuple Hopi vivait en un lieu sacré connu de vous comme le Sud-Ouest et de nous comme le centre spirituel de notre continent … L’homme blanc, dans son indifférence pour la signification de la nature, a profané la face de notre Mère la Terre. L’avance technologique de l’homme blanc s’est révélé comme une conséquence de son manque d’intérêt pour la voie spirituelle, et pour tout ce qui vit » ( Pieds nus sur la terre sacrée, 1975)
    Deux conceptions de l’oikos : Pour l’homme blanc la maison, (le patrimoine, le territoire, le monde des ressources) n’est qu’une étendue quantifiable, un corpus d’ensemble à gérer, reconnu selon les coordonnées du géomètre, et c’est l’éco-nomie (oiko-nomos) . Pour le sage Hopi, le territoire est perçu comme le centre depuis lequel chacun s’ouvre au monde ,le lieu pour un Ur-sprung ( essor, élan), de cognition et d’échange, par le groupe social, avec le monde vivant. Serait-ce là aborder l’éco- logie( oiko-logos) du vivant, et du travail pour le maintien de l’évolution, laquelle se déroule à une échelle du temps qui, cosmique, nous dépasse totalement ?

  21. à Thersite (et à tous le monde aussi),

    "Le Triangle qu'envisage le géomètre n'est aucun triangle réel, la jouissance que donne la possession de la richesse n'est aucune richesse réelle"
    -Roger Vailland

    c'est ici que j'ai besoin d'aide...Cette proposition est-elle valable ?
    Développement locale = étape du développement.

    "Allons! qui que tu soi, viens, voyage avec moi!
    En voyageant avec moi, tu trouveras ce dont jamais on ne se lasse.

    La terre ne lasse jamais,
    La terre est rude, silencieuse, incrompréhensible au premier abord,
    la nature est rude et incompréhensible au premier abord,

    Ne te décourage pas, persévère, il y a là des choses divines soigneusement
    enveloppées,
    Je te jure qu'il y a des choses divines plus belles que les mots ne sauraient dire."
    -Walt Whitman-

    Merci, E.P

  22. J'aime bien la poésie, il se trouve aussi que les populations indiennes d'amériques ont aussi épuisé leur environnement à diverses reprises d'où peut être les leçons qu'ils en ont tirées et relatées dans leurs textes.

  23. L'ignorance est source de savoir... D'où: Ressource (se relever-Ce à quoi on a recours, dans une extrémité fâcheuse.) et/ou? Restaurer: Faire des réparation à (se restaurer-Rétablir ses forces en prenant de la nourriture.)

    A quoi peut servir une révolution sur des décombres?

  24. Alors il s'agit bien de RECONSTRUCTION?
    J'éprouve une certaine méfiance pour le terme révolution, trop de démolition et d'idéal dans ses bagages...et puis, tout n'est pas toujours à jeter.

    Dans le cercle chromatique du peintre, le noir est le subtil mélange de toute les couleurs, mais il faut en user avec finesse, sinon...

  25. Difficile de reprendre une discussion après une absence (même assez courte) et il n'y a d'ailleurs pas toujours à répondre.

    Je voudrais juste dire qu'il n'y a aucun mystère sur le conservatisme des partis, ils sont faits pour cela. Sans organisation on ne va pas loin car on manque de continuité dans l'action, mais l'organisation fige inévitablement et se révèle incapable de se renouveler. "L'organisation apprenante" est une nécessité mais qui est souvent bien utopique, on a plutôt de nouvelles entreprises qui en remplacent des anciennes, de nouvelles espèces qui supplantent les vieilles, c'est pourquoi il y a des jeunes tout neufs sortis de l'oeuf, c'est pourquoi aussi il faudrait que les partis actuels se dissolvent pour en faire de nouveaux, régénérés, en se débarrassant des oligarchies en place et de leurs idéologies dépassées.

    Certes le mot de révolution est chargée, il s'agit bien d'une reconstruction, mais on ne reconstruit que sur des ruines, impossible d'éviter les "destructions créatrices" même si toute négation est nécessairement partielle et conserve plus qu'elle ne renie le passé. Le terme de révolution se justifie donc, d'autant qu'il implique un retour cyclique. Il s'agit bien de changer le système fondamentalement ais rien à voir avec le romantisme révolutionnaire, il faut au contraire une prudente clairvoyance, une grande constance, une analyse rationnelle. Rien à voir non plus avec le grand soir qui changerait tout parce qu'on a changé de pouvoir et remplacé une tête par une autre. La véritable révolution est plus lente et profonde. Si possible il la faudrait non-violente car la violence nous dépossède et nous opprime. Lorsque parlent les armes, plus personne d'autre n'a la parole, l'action non-violente est la plus efficace, ce n'est pas toujours possible hélas...

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