Derrida, du phonocentrisme à la déconstruction des hiérarchies

  La voix et le phénomène, 1967
Je trouve la lecture de Derrida très pénible, et encore plus dans ses innovations stupides comme de juxtaposer dans Glas deux textes sans aucun rapport, mais plus généralement par son caractère fuyant, insaisissable, si agaçant. Ce n'est pas pour rien qu'il est considéré comme un philosophe abscons et n'est pas sans rapport non plus avec les subtilités talmudiques voire cabalistiques mais auxquelles s'ajoute une propension à la dénégation (par exemple la préface de La dissémination qui se nie comme préface, tournant autour de l'impossibilité d'une préface !). La position de Derrida était en effet très ambiguë par rapport à la communauté juive dont il voulait se délivrer dans sa jeunesse pour ne plus être discriminé, ce qui ne l'empêchera pas d'en être profondément influencé mais en revendiquant dès son premier texte, une pluralité des origines qui guidera toute son oeuvre et lui permettra notamment de se distancer de Heidegger, dont il était si proche souvent, lui empruntant le concept de déconstruction qui fera sa gloire, mais justement pas pour revenir à une origine perdue et plutôt pour en brouiller les pistes et se soustraire à toute identification.

J'ai toujours été très critique envers ses positions, que ce soit dans ma période marxiste ou lacanienne. Il faut dire qu'il faisait partie de la race improbable des nietzschéens de gauche, avec Deleuze et Foucault ! Cependant, en dépit de mes préventions, je le considère malgré tout aussi incontournable que Heidegger et, en tout cas, le représentant le plus important de la French theory, bien plus que Foucault, sans même parler de Deleuze ! La voix et le phénomène (1967) qui est au fondement de son oeuvre ultérieure, et d'une facture plus classique, m'avait vraiment marqué. Au-delà de la critique de Husserl et de la métaphysique de la présence, sa déconstruction du signifiant et d'un certain structuralisme où le phonème se donne comme l'idéalité maîtrisée du phénomène (p87) constituait un pas essentiel justifiant d'y revenir pour faire le point. L'autre raison, reliée plus spécifiquement à mes derniers textes, tient à l'étonnement que sa contestation d'un langage réduit à la présence se soit incarnée dans l'écriture (sainte) alors que le récit en constitue une bien meilleure illustration à faire ouvertement référence à ce qui n'est pas là, recouvrant le réel et l'expérience immédiate de la chose même par des significations culturelles fictives.

- La voix et le phénomène

A partir de la première Recherche logique de Husserl et de sa définition du signe comme "expression" (vouloir-dire, logique p18, vive voix présente à soi, "animation intentionnelle" p15) ou bien "désignation" (indice de ce qui n'est pas présent, malgré tout indispensable à l'expression, notamment avec le pronom personnel "je"), il commence par mettre en cause, après Heidegger, la restriction de la phénoménologie à une théorie de la connaissance (p3) mais non pas en remontant à l'explication existentielle de l'intentionnalité, sa signification, mais au nom de la critique d'une métaphysique de la présence. "L'évidence donatrice originaire, le présent ou la présence du sens à une intuition pleine et originaire. En d'autres termes, nous nous demanderons si la forme phénoménologique n'est pas déjà commandée par la métaphysique elle-même" (p3). Ce qui est mis en cause ici, c'est "le monde de la vie" ou "monde vécu" qui sera opposé à la fin par Husserl à une science désincarnée, supposée en crise, alors que Derrida montre que l'intentionnalité ne suffit pas à constituer "ni le temps, ni l'autre" (Sur parole, p85), ni la temporalité de l'objet, ni l'intersubjectivité au fondement de toute objectivité. Ramener l'intentionnalité au vécu en acte est cependant la ramener à l'intention consciente (et pas seulement à la "tension vers" d'une simple "intentionalité" ou visée de la perception), c'est-à-dire à une volonté, un vouloir-dire, et donc à la conscience et la présence à soi.

"L'essence du langage est son telos et son telos est la conscience volontaire comme vouloir-dire" p38, dont le mot ne serait que le véhicule transparent, ce qui exclut de se parler à soi-même, le monologue solitaire n'étant que semblant p45. "Bien entendu, ce qu'on accorde à la voix est accordé au langage de mots, à un langage constitué d'unités - qu'on a pu croire irréductibles, indécomposables - soudant le concept signifié 'au complexe phonique' signifiant" (p16). Derrida souligne au contraire que le mot, faisant partie de la langue commune, est toujours déjà re-présentation (p55-57), se référant à une absence et minant la présence à soi de l'expression. Le discours est toujours représentation et même représentation de soi (p64), impliquant une distance de soi à soi rejetée par Husserl : "C'est une véritable absurdité que de parler d'un contenu inconscient qui ne deviendrait conscient qu'après-coup" (p71). Ce à quoi Derrida objecte :

La trace, au sens de plus universel, est une possibilité qui doit non seulement habiter la pure actualité du maintenant, mais la constituer par le mouvement même de la différance qu'elle y introduit. Une telle trace est, si on peut tenir ce langage sans le contredire et le raturer aussitôt, plus "originaire" que l'originarité phénoménologique elle-même. p75

Le privilège de l'Être ne peut pas résister à la déconstruction du mot. Être est le premier ou le dernier mot à résister à la déconstruction d'un langage de mots. Mais pourquoi la verbalité se confond-elle avec la détermination de l'être en général comme présence ? Et pourquoi le privilège de l'indicatif présent ? Pourquoi l'époque de la phoné est-elle l'époque de l'être dans la forme de la présence ? p83

Dès qu'on admet que l'auto-affection est la condition de la présence à soi, aucune réduction transcendantale pure n'est possible. Mais il faut passer par elle pour ressaisir la différence au plus proche d'elle-même : non pas de son identité, ni de sa pureté, ni de son origine. Elle n'en a pas. Mais du mouvement de la différance. Ce mouvement de la différance ne survient pas à un sujet transcendantal. Il le produit. Il produit le même comme rapport à soi dans la différence d'avec soi, le même comme le non-identique. p92

Mais cette différence pure, qui constitue la présence à soi du présent vivant, y réintroduit originairement toute l'impureté qu'on a cru pouvoir en exclure. Le présent vivant jaillit à partir de sa non-identité à soi, et de la possibilité de la trace rétentionnelle. Il est toujours déjà une trace. Cette trace est impensable à partir de la simplicité d'un présent dont la vie serait intérieure à soi. Le soi du présent vivant est originairement une trace. La trace n'est pas un attribut dont on pourrait dire que le soi du présent vivant l'est "originairement". Il faut penser l'être-originaire depuis la trace et non l'inverse. Cette archi-écriture est à l'œuvre à l'origine du sens. p95

Comme la trace est le rapport de l'intimité du présent vivant à son dehors, l'ouverture à l'extériorité en général, au non-propre, etc., la temporalisation du sens est d'entrée de jeu "espacement". Dès qu'on admet l'espacement à la fois comme "intervalle" ou différences et comme ouverture au dehors, il n'y a plus d'intériorité absolue, le "dehors" s'est insinué dans le mouvement par lequel le dedans du non-espace, ce qui a nom le "temps", s'apparaît, se constitue, se "présente". L'espace est "dans" le temps, il est la pure sortie hors de soi du temps, il est le hors-de-soi comme rapport à soi du temps. p96

La structure étrange du supplément apparaît ici : une possibilité produit à retardement ce à quoi elle est dite s'ajouter. En tant que supplément, le signifiant ne re-présente pas d'abord et seulement le signifié absent, il se substitue à un autre signifiant [...] L'indice remplace aussi un autre type de signifiant : le signe expressif, c'est-à-dire un signifiant dont le signifié est idéal. En effet, dans le discours réel, communicatif, etc., l'expression cède la place à l'indice parce que, le sens visé par autrui et, d'une manière générale, le vécu d'autrui ne me sont pas présents en personne et ne peuvent jamais l'être. C'est pourquoi, Husserl le dit, l'expression fonctionne alors "comme indice". p99

Allons plus loin. En quoi l'écriture - nom courant de signes qui fonctionnent malgré l'absence totale du sujet, par-delà sa mort - est-elle impliquée dans le mouvement même de la signification en général, en particulier de la parole dit "vive". p104

Seul un rapport à ma mort peut faire apparaître la différance infinie de la présence. L'apparaître de la différance infinie est lui-même fini. Dès lors, la différance qui n'est rien hors de ce rapport, devient la finitude de la vie comme rapport essentiel à soi comme à sa mort. La différance infinie est finie. p114

En ce sens, à l'intérieur de la métaphysique de la présence, de la philosophie comme savoir de la présence de l'objet, comme être auprès de soi du savoir dans la conscience, nous croyons tout simplement au savoir absolu comme clôture sinon comme fin de l'histoire. Nous y croyons littéralement. Et qu'une telle clôture a eu lieu. L'histoire de l'être comme présence, comme présence à soi dans le savoir absolu, comme conscience de soi dans l'infinité de la parousie, cette histoire est close [...] Cette histoire est close quand cet absolu infini s'apparaît comme sa propre mort. p115

Et contrairement à ce que la phénoménologie - qui est toujours phénoménologie de la perception - a tenté de nous faire croire, contrairement à ce que notre désir ne peut pas ne pas être tenté de croire, la chose même se dérobe toujours. p117

On pourrait vouloir réduire ce geste inaugural de Derrida au fait que, dès qu'on parle et qu'on utilise les mots d'un langage préexistant, on est pris dans une culture et la répétition de ses préjugés, ce à quoi s'attaquera la déconstruction, mais ce qui est mis en cause, au-delà, c'est bien une métaphysique de la présence, de l'authenticité, de l'originaire, et donc une vérité qui serait assurée, indiscutable, définitive, contestation de la vérité analogue à celle de la sociologie, non pas du scepticisme. La focalisation sur la supposée prééminence de la voix (du phonocentrisme) qui est bien revendiquée par Husserl au nom du fait qu'on s'entend soi-même parler, semble cependant moins pertinente que la critique du caractère expressif de la parole quand elle ne fait que se plier à l'ordre du discours et répondre à un rôle social formaté, un peu comme La Rochefoucauld remarquant : "Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour". Contrairement à ce que prétend Derrida, cela ne semble pas devoir annuler pour autant ce que Lacan appelait la "parole pleine" adressée à l'autre et suspendue à sa réponse. Il reste une présence de l'autre (Lévinas), même superficielle ou distante, et une parole en acte à lui adressée même si elle n'exprime pas une intériorité authentique. De même le mensonge doit bien connaître la vérité qu'il dissimule à son interlocuteur. Déconstruire la présence et la vérité ne saurait les nier absolument (et Platon, dans le Phèdre, ne valorise pas tant la parole vivante contre l'écriture que l'interaction avec le maître et le transfert de savoir).

Il ne me paraît pas non plus si pertinent, sous prétexte de son opposition à la voix, de "nommer écriture ce qui critique, déconstruit, force l'opposition traditionnelle et hiérarchisée de l'écriture à la parole, de l'écriture au système (idéaliste, spiritualiste, phonocentriste : d'abord logocentrique)" [La dissémination, p10], quand il suffirait de parler de langage et de répétition pour rendre compte de la distance à soi de toute énonciation, ce qui permet de la situer dans toute une culture et notamment ses récits mythiques, pas seulement par rapport à un support matériel et une trace qui en reste à l'unité signifiante en oubliant justement la temporalité (narrative) introduite par le récit. Paradoxalement, cette promotion de l'écriture comme trace fait bien référence à une présence originaire, un réel qui a eu lieu, même s'il se sentira obligé de le nier, la raturer comme trace empirique en y surajoutant le concept d'archi-trace comme origine de l'origine, après-coup ("Si tout commence par la trace, il n'y a surtout pas de trace originaire", De la grammatologie, p90). Le récit comme parole indirecte, n'a pas besoin de toutes ces acrobaties pour parler explicitement de ce qui n'est pas là et présentifier l'absent, mettant en lumière son caractère de fiction, constitutif de notre humanité et se différenciant d'un langage animal. Il est très étonnant que la période structuraliste, et notamment sémiologique, soit restée aveugle à l'importance de cette fonction narrative alors même qu'elle prenait les récits pour objet, les surchargeant d'interprétations souvent assez insensées car purement formalistes, hors du temps.

Au commencement était la Fable ! Ce qui veut dire que toute origine, toute aurore des choses est de même substance que les chansons et que les contes qui environnent les berceaux. Paul Valéry, Petite lettre sur les mythes, 1930

- Déconstruction

Même à en contester les termes, l'intéressant aura été que l'opposition de l'écriture à la voix, dévalorisant la première par rapport à la deuxième, ait pu servir de matrice à une "stratégie générale de la déconstruction" (Positions, p56) qui fera sa gloire, aux USA surtout, et ce, avec raison. Cela permettait, en effet, de brouiller les oppositions établies valorisant un terme sur l'autre et d'en renverser la hiérarchie, ce qui sera utile aux cultural studies et au féminisme notamment, bien que de façon plus ambiguë qu'il n'y paraît. C'est une nouvelle forme de dialectique dont on ne peut plus se passer même si cela a donné lieu comme toujours à des excès, des simplifications et des applications douteuses, voire à une insupportable rhétorique. La réduction de sa philosophie à la déconstruction et une simple méthode finira d'ailleurs par agacer Derrida lui-même, ne voulant plus en parler que de façon énigmatique, en forme de dérobade, depuis son texte sur Paul de Man (la déconstruction c’est l’Amérique, c’est plus d’une langue, c’est l’impossible et c’est ce qui arrive!). Il était beaucoup plus clair en 1972 dans ces deux extraits, l'un venant d'un entretien repris dans Positions et l'autre de Marges qui disent à peu près la même chose et qu'il m'a semblé utile de citer pour conclure :

La déconstruction devrait éviter à la fois de neutraliser simplement les oppositions binaires de la métaphysique et de résider simplement, en le confirmant, dans le champ clos de ces oppositions. Il faut donc avancer un double geste, selon une unité à la fois systématique et comme d'elle-même écartée, une écriture dédoublée, c'est-à-dire d'elle-même multipliée, ce que j'ai appelé, dans « La double séance », une double science : d'une part, traverser une phase de renversement. J'insiste beaucoup et sans cesse sur la nécessité de cette phase de renversement qu'on a peut-être trop vite cherché à discréditer. Faire droit à cette nécessité, c'est reconnaître que, dans une opposition philosophique classique, nous n'avons pas affaire à la coexistence pacifique d'un vis-à-vis, mais à une hiérarchie violente. Un des deux termes commande l'autre (axiologiquement, logiquement, etc.), occupe la hauteur. Déconstruire l'opposition, c'est d'abord, à un moment donné, renverser la hiérarchie. Négliger cette phase de renversement, c'est oublier la structure conflictuelle et subordonnant, de l'opposition. C'est donc passer trop vite, sans garder aucune prise sur l'opposition antérieure, à une neutralisation qui, pratiquement, laisserait le champ antérieur en l'état, se priverait de tout moyen d'y intervenir effectivement. On sait quels ont toujours été les effets pratiques (en particulier politiques) des passages sautant immédiatement au-delà des oppositions, et des protestations dans la simple forme du ni/ni. Quand je dis que cette phase est nécessaire, le mot de phase n'est peut-être_pas le plus rigoureux. Il ne s'agit pas ici d'une phase chronologique, d'un moment donné ou d'une page qu'on pourrait un jour tourner pour passer simplement à autre chose. La nécessité de cette phase est structurelle et elle est donc celle d'une analyse interminable : la hiérarchie de l'opposition duelle se reconstitue toujours. A la différence des auteurs dont on sait que la mort n'attend pas le décès, le moment du renversement n'est jamais un temps mort. Cela dit - et d'autre part -, s'en tenir à cette phase, c'est encore opérer sur le terrain et à l'intérieur du système déconstruits. Aussi faut-il, par cette écriture double, justement, stratifiée, décalée et décalante, marquer l'écart entre l'inversion qui met bas la hauteur, en déconstruit la généalogie sublimante ou idéalisante, et l'émergence irruptive d'un nouveau « concept », concept de ce qui ne se laisse plus, ne s'est jamais laissé comprendre dans le régime antérieur. Cet écart, ce biface ou ce biphasage, ne peut plus être inscrit que dans une écriture bifide (et il vaut d'abord pour un nouveau concept d'écriture qui à la fois provoque un renversement de la hiérarchie parole/écriture, comme de tout son système attenant, et laisse détonner une écriture à l'intérieur même de la parole, désorganisant ainsi toute l'ordonnance reçue et envahissant tout le champ). Positions p56-58

Très schématiquement: une opposition de concepts métaphysiques (par exemple, parole/écriture, présence/absence, etc.) n'est jamais le vis-à-vis de deux termes, mais une hiérarchie et l'ordre d'une subordination. La déconstruction ne peut se limiter ou passer immédiatement à une neutralisation: elle doit, par un double geste, une double science, une double écriture, pratiquer un renversement de l'opposition classique et un déplacement général du système. C'est à cette seule condition que la déconstruction se donnera les moyens d'intervenir dans le champ des oppositions qu'elle critique et qui est aussi un champ de forces non-discursives. Chaque concept, d'autre part, appartient à une chaîne systématique et constitue lui-même un système de prédicats. Il n'y a pas de concept métaphysique en soi. Il y a un travail — métaphysique ou non — sur des systèmes conceptuels. La déconstruction ne consiste pas à passer d'un concept à un autre mais à renverser et à déplacer un ordre conceptuel aussi bien que l'ordre non conceptuel auquel il s'articule. Par exemple, l'écriture, comme concept classique, comporte des prédicats qui ont été subordonnés, exclus ou tenus en réserve par des forces et selon des nécessités à analyser. Ce sont ces prédicats (j'en ai rappelé quelques-uns) dont la force de généralité, de généralisation et de générativité se trouve libérée, greffée sur un « nouveau » concept d'écriture qui correspond aussi à ce qui a toujours résisté à l'ancienne organisation des forces, qui a toujours constitué le reste, irréductible à la force dominante qui organisait la hiérarchie — disons, pour faire vite, logocentrique. Laisser à ce nouveau concept le vieux nom d'écriture, c'est maintenir la structure de greffe, le passage et l'adhérence indispensable à une intervention effective dans le champ historique constitué. C'est donner à tout ce qui se joue dans les opérations de déconstruction la chance et la force, le pouvoir de la communication. Marges p392-393

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