La vie incréée

La vie, c'est apprendre à surmonter l'entropie pour éviter le pire et tirer parti de l'occasion.

Ce n'est pas la première fois que j'écris sur le sens de la vie et la trivialité des réponses que j'en donne paraîtra déplacée à tous les croyants comme à ceux qui voudraient rêver leur vie mais ce texte qui prolonge de l'entropie à l'écologie est le premier chapitre d'un livre sur la biologie et la vie comme évolution qui devait rassembler la matière des articles cités à la fin.

C'est de façon complétement inattendue que s'est imposé le thème de l'absence d'un dieu créateur pour comprendre les finalités biologiques, l'essence de la vie et de son autonomie évolutive, la neutralité scientifique n'étant pas tenable à propos de la différence entre une vie qui se construit pas à pas et une création par un supposé grand architecte.

On verra, en effet, que la vie se caractérise bien par sa vitalité qui est à la fois reproduction, sélection, évolution, régulation (boucle de rétroaction), exploration, adaptation, activité vitale constituant sa subjectivité, sa spontanéité, et qui s'oppose constamment aux forces de destruction entropiques grâce à l'information, la correction d'erreur et la mémoire, processus cognitif dès la première cellule introduisant la finalité dans la chaîne des causes, la difficulté étant de comprendre, hors de tout spiritualisme, le dualisme fondamental opposant la vie à la matière inerte, sa réactivité, son dynamisme propre, l'expérience du temps (de l'après-coup) et l'épreuve du réel permettant l'inversion des causes et de l'entropie jusqu'à se complexifier de façon inouïe et coloniser toute la biosphère.

Il y a, bien sûr, des conséquences politiques à en tirer à l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain.

La loi des milieux naturels et humains n'est pas l'équilibre qui les fige, mais le déséquilibre par lequel ils évoluent.

René Passet, Les grandes représentations du monde et de l'économie à travers l'histoire

- Le moment opportun

D'une certaine façon, il n'y a pas grand chose de neuf puisqu'on aurait pu appeler cet article "l'évolution créatrice" si le titre n'était déjà pris mais on verra que c'est quand même assez différent de Bergson tout comme des plus modernes théories de l'auto-organisation et du tourbillon créateur ou du paradigme biologique dominant. Il semble bien que le moment soit venu, en effet, de tirer les conséquences des premiers pas de la biologie synthétique pour la théorie de l'évolution et la définition de la vie en recombinant les éléments du néodarwinisme et ce qu'on sait du fonctionnement de la cellule. S'approcher d'une vie artificielle a permis d'apercevoir justement en quoi ce n'est pas la vie, et donc de mieux cerner la spécificité du vivant, amenant toute une série de révisions des postulats actuels de la biologie, mais permettant aussi de mieux comprendre notre temps et l'évolution jusqu'à notre ère de l'information qui est aussi l'ère de l'écologie et du développement humain (de l'inversion de l'entropie).

On peut dire que la plupart des mystères nous ont été révélées désormais. Sur toute question la réponse nous est donnée : il suffit de demander à un quelconque moteur de recherche pour peu qu'on sache faire le tri. Le seul mystère qui reste, c'est nous-mêmes, notre opacité, notre inconscient, de n'être pas cause de soi mais effet de la parole et de ce qu'on doit bien appeler notre bêtise constitutive, des histoires qu'on se raconte et du sens qu'on donne aux choses. Notre opacité est essentielle à toute parole, la capacité de mentir sans laquelle on n'aurait pas besoin de s'adresser à l'autre, seulement de transmettre un message. En dehors de cette intersubjectivité essentielle qui fait qu'on s'accroche à l'autre comme à sa question, nous allons dissiper ici tous les mystères de nos origines : origine du monde et de la vie (de l'esprit), du numérique et de l'écologie-politique... Bien sûr, on remarquera toujours que ce "savoir absolu" est loin d'être complet nous confrontant au contraire à notre ignorance sur un nombre incalculable de points de détail, mais justement, ces zones d'ombre suffisent à réduire à néant la prétention d'y voir un secret mystérieux et donc l'espoir d'une révélation totale. A rebours du nihilisme post-moderne, nous verrons que, si le monde n'a pas de sens en soi, la vie si (et l'histoire humaine), sens qu'on ne peut que poursuivre mais qui ne peut consister pourtant qu'à faire obstacle à son cours "naturel", à s'opposer au monde et se dresser contre son injustice.

Sur l'origine du monde, il suffira d'établir que c'est l'origine de l'entropie, ce qu'on appelle le second principe mais qui est bien le "premier moteur". Les forces de destructions sont au départ, l'histoire du monde étant celle d'un temps constructeur et d'une évolution créatrice sur les longues durées qui voient l'improbable finir par triompher de la loi des grands nombres. La vie tient une place éminente dans cette inversion des lois de l'entropie, par la grâce de la reproduction et de la correction d'erreur qui l'ouvre à une évolution complexifiante devenue une intériorisation de l'extériorité, in-formation qui est perception de son milieu et processus cognitif par le biais d'une sélection après-coup, qu'on dit "naturelle" mais qui introduit la finalité dans la chaîne des causes, finalité qui se définit par l'opposition à l'entropie (naturelle tout autant), la vie n'étant, selon Bichat, que "l'ensemble des forces qui s'opposent à la mort".

- L'entropie

Le premier principe est indissociable du second car la conservation de l'énergie dans ses transformations n'a de sens qu'à supposer qu'elle se transforme et ne reste pas identique à elle-même, première forme d'entropie. Lavoisier a fondé la nécessité de l'égalité entre les effets et les causes dans les réactions chimiques, "il n'y a que des changements, des modifications" (exprimé ensuite par la formule "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", proche de celle d'Anaxagore). Pour illustrer le premier principe en physique, on peut prendre l'exemple de la friction ou de la désintégration comme de la transformation d'énergie cinétique en particules lors d'une collision où la somme des effets doit s'égaler à leur cause (selon la formule E=mC² ou E=1/2mv²). L'expérience de Faraday est ici emblématique d'une pile chimique produisant de l'électricité et un champ magnétique dans une bobine qui fait tourner un aimant, ce "moteur électrique" primitif illustrant bien la transformation de l'énergie chimique en énergie électrique puis en énergie cinétique. Même si le bilan énergétique final reste inchangé, ce qu'il faut expliquer cependant, c'est bien qu'il y ait créations et destructions dans notre monde réel qui n'est pas celui des équations supposées réversibles (comme si, justement, il n'y avait pas de frictions ni de transformations de l'énergie).

Le second principe vient de la thermodynamique introduisant avec Sadi Carnot, l'irréversibilité (impossibilité du moteur perpétuel) que Rudolf Clausius appellera l'entropie. Avec l'interprétation par Maxwell et Boltzmann de la chaleur comme résultant de l'agitation des molécules, l'entropie va cependant changer radicalement de sens, ainsi que la notion d'énergie désignant désormais "l'énergie utilisable" ou "énergie libre" qu'on oppose à la chaleur ou "énergie liée". Dès lors, l'entropie va s'expliquer simplement par les probabilités et "la loi des grands nombres" qui fait passer un colorant concentré à sa dilution dans un liquide, tout comme un gaz comprimé va se détendre dès qu'on relâche la contrainte de même que la chaleur finit toujours par s'égaliser dans un système fermé. D'une certaine façon le deuxième principe est une tautologie résultant du caractère statistique de la thermodynamique puisqu'il énonce simplement la plus grande probabilité qu'un système tende vers son état de plus grande probabilité dès lors que rien ne l'en empêche ! Il vaut mieux parler de probabilité que de "désordre" concept flou à l'origine de nombreuses confusions (il n'y a pas de désordre qui ne crée de l'ordre) mais il faut bien comprendre que ce mouvement irrépressible d'un état initial improbable à l'état final de plus grande probabilité est justement ce qu'on appelle couramment énergie, la force qui permet un travail. L'énergie qu'on utilise à partir d'un carburant ou d'une différence de potentiel est une énergie entropique qu'on peut interpréter comme une perte de contrainte (libération d'énergie), l'entropie n'est donc pas seulement destructrice, c'est aussi une puissance qui peut être canalisée.

A l'origine de notre univers, il y a ce qu'on appelle le Big Bang. Ce n'est pas un commencement absolu car, selon différentes théories, il pourrait avoir été provoqué par un trou noir (se transformant en fontaine blanche) ou par une collision de "membranes" (théorie des cordes) ou succéder à un Big Crunch (gravitation quantique à boucles). Dans tous les cas, c'est une gigantesque création d'entropie, véritable création du temps dans une explosion[1] dispersant sa fabuleuse énergie, inaugurant ainsi le temps de l'entropie dans son irréversibilité qui nous mène inexorablement vers la mort thermique ou l'anéantissement. Le temps est mouvement (relatif) qui tend vers l'immobilité. On peut dire qu'à partir de là, les dés sont jetés mais si, à l'origine ne règnent que les forces de destruction, pourquoi y a-t-il donc quelque chose plutôt que rien ? Question de la métaphysique et des cosmogonies religieuses. La réponse apportée par la cosmologie est bien plus triviale, mais il faut bien qu'il y ait construction, pas seulement destruction, même si c'est seulement aux marges, sur les bords.

Au niveau matériel, en dehors d'un léger déséquilibre inexpliqué entre matière et anti-matière qui laisse un reste infinitésimal, deux facteurs principaux sont en cause : les forces de liaison électro-magnétiques et la gravitation. Le refroidissement entropique réduisant l'agitation des quarks provoque une sorte de cristallisation qui ordonne les atomes où l'on peut dire que de l'énergie se trouve piégée qui sera libérée un jour sous l'effet de l'entropie encore, mais d'une entropie qu'on peut dire retardée et qui a créé son propre contraire dans une sorte de négation de la négation (toujours partielle). Là-dessus, la gravitation va amplifier les différences de densité jusqu'à former des étoiles qui exploseront ensuite non sans disperser des atomes et molécules bien plus complexes et diversifiées, sauf à s'effondrer en trous noirs autour desquels s'ordonnent galaxies, amas de galaxies, etc. Le temps se révèle bien constructeur dans ce qu'on appelle la "pyramide de la complexité" qui va des quarks aux atomes et aux molécules, etc., mais on est cette fois dans des durées astronomiques.

Nul besoin d'une quelconque intervention divine dans cette création du monde qui ne ressemble en rien à une hypothétique pensée de Dieu réduit ici tout au plus au rôle de starter, d'impulsion initiale, de choc, d'explosion où il est difficile de voir quoi que ce soit de divin. La théorie du "premier moteur" d'Aristote est d'ailleurs assez contradictoire puisqu'il procède par régression jusqu'à la cause première du mouvement mais considère pourtant que c'est une cause perpétuelle, "éternelle, immobile et séparée des êtres sensibles" (Métaphysique, tome II, p685) ! L'identification de cette cause première à Dieu est d'ailleurs curieusement référée à "l'opinion courante" (Métaphysique, A, 2, p19) mais ne se comprend chez lui qu'à en faire un "immatériel" (Tome II, p667), une aspiration à rejoindre sa destination, l'intelligence (le nous d'Anaximandre) à la fois principe de l'ordre (cosmos), du bien et du mouvement des êtres (A, 3, p36), confondant ainsi la cause efficiente (le moteur qui lance le mouvement) avec la cause finale, l'attraction (gravitationnelle, magnétique, sexuelle) en dépit de sa propre théorie des 4 causes basée sur leur distinction rigoureuse (on pourrait cependant admettre cette causalité "immatérielle" à l'identifier à l'entropie comme attraction, mais vers le désordre plutôt). Bien qu'il reste toujours aussi indispensable, même le plus grand des philosophes témoigne ainsi de notre rationalité limitée et des égarements de la métaphysique, tout comme de sa dépendance des préjugés de son temps qu'on retrouve en politique à propos des esclaves et des femmes. Depuis le temps, il faut s'y faire : Dieu est une hypothèse dont la physique peut se passer, aucune trace de son intervention n'étant décelable ni aucun intelligent design dans cette débauche d'entropie. L'univers matériel ne répond d'aucun sens. Même si les constantes de la physique devaient être plus ou moins finement ajustés pour permette notre existence, selon le principe anthropique, nul besoin d'un Dieu pour cela, il suffit de l'existence d'univers multiples (ce qu'on appelle "multivers").

Si j'ai cru devoir faire une excursion dans la théologie, ce n'est pas par athéisme militant comme si le Dieu personnel à qui on s'adresse, et qui est donc relié au langage, devait forcément être un Dieu créateur du monde matériel. C'est seulement qu'on aura besoin de distinguer clairement une supposée création divine de l'évolution créatrice tout comme d'une production artificielle. En tout cas, à ce stade, il n'y a aucun projet préalable, aucune intention, rien qui ressemble à une pensée de Dieu, ni potier mettant la main à la pâte, ni architecte concevant d'avance les plans futurs mais seulement des forces aveugles et des phénomènes purement aléatoires obéissant à la loi des grands nombres jusque dans ses exceptions. Inutile d'ailleurs de vouloir expliquer l'existence du monde par l'existence de Dieu, ce qui ne ferait que reculer la question : pourquoi y aurait-il un Dieu plutôt que rien ? Au commencement, il y a bien le chaos dont partent la plupart des cosmogonies antiques et dans ce tourbillon où des particules se créent et s'annihilent en masse, toute existence relève de l'improbable, d'un reste infinitésimal, d'un ordre par le chaos dont on sait à quel point il est incalculable (trop récursif et sensible aux conditions initiales) même si, un fois en place, on peut croire y voir un ordre éternel à notre échelle de temps. Bien que la physique soit le règne de l'entropie et du probable, ce caractère improbable de toute existence s'avérera absolument essentiel pour la constitution du vivant (voir "L'improbable miracle d'exister"). Nous ne pourrions pas vivre dans un monde de lois physiques monotones, diversité et imprévisibilité du monde précèdent la vie qui a besoin de ces degrés de liberté pour croître et prospérer. Il fallait que l'entropie se retourne déjà contre elle-même avant que de pouvoir y naître.

- L'origine de la vie et l'évolution

Dans ce monde de l'entropie, on a voulu assimiler la vie à une "création d'ordre à partir du désordre" ou bien à des "structures dissipatives" (Prigogine) mais cela reste beaucoup trop dans la physique. On se rend bien compte que le vivant contredit les lois de l'entropie alors on imagine que ce serait une sorte de pompe à entropie qui maintiendrait son organisation intérieure par une augmentation de l'entropie extérieure, mais ce n'est pas ça du tout et d'un tout autre ordre que ces phénomènes physiques qui le précèdent puisque c'est uniquement par des réactions informées que le vivant peut inverser localement l'entropie et les lois de la probabilité.

Une théorie assez répandue, notamment aux USA, voudrait expliquer l'origine de la vie par une "auto-organisation" assez miraculeuse, une émergence soudaine à partir de la rencontre fortuite d'un nombre incroyable d'éléments, version moderne de la génération spontanée. Conscients des difficultés de cette explication qui n'en était pas une (façon plutôt de se passer d'explication), on a essayé bien sûr de réduire la complexité initiale au minimum, des vacuoles sans véritable métabolisme ni robustesse dont on se demande comment elles pourraient durer, se reproduire et se complexifier. Une fois qu'on aurait trouvé des conditions exceptionnelles permettant à une cellule de s'animer soudain d'un mouvement auto-entretenu, on n'aurait rien expliqué encore puisqu'il faudrait acquérir par dessus le marché, on ne sait comment, les capacités de reproduction de cette merveille. En fait, ces conceptions sont très influencées par l'idéologie néolibérale valorisant "l'ordre spontané" (Hayek). Il ne s'agit pas de prétendre qu'elles n'ont aucune validité ni même qu'il n'y aurait pas un très grand nombre de processus biologiques qui relèvent de l'auto-organisation (on peut même dire qu'il y a toujours des zones d'auto-organisation entre les différentes contraintes), c'est un acquis décisif mais on ne peut rendre compte ainsi de l'évolution complexifiante et il faudrait tout de même des conceptions un peu plus rigoureuses de l'auto-organisation et de l'émergence.

Pour expliquer l'origine de la vie, il ne faut pas supposer d'abord la cellule puis sa reproduction mais il faut partir de la reproduction elle-même. C'est d'ailleurs l'avis d'une grande partie des biologistes. Bien sûr, on a besoin de ce qu'on appelle les "briques du vivant" dont une partie pourrait d'ailleurs venir de l'espace. On a retrouvé, en effet, des acides aminés, entre autres, dans des météorites, ce qui renforce l'hypothèse que la vie serait à peu près la même dans tout l'univers, la chimie organique à base de carbone se caractérisant par la multiplicité assez unique de ses combinaisons. La découverte de bactéries extra-terrestres serait indispensable cependant pour établir la balance entre les constantes de la vie (les ribosomes?) et ce qui dépend de l'environnement planétaire. En tout cas, sur notre planète, les composants de la vie sont principalement formés de sucres, de phosphate et d'azote alors que le milieu cellulaire est celui de l'océan primitif. C'est à partir de là qu'il faut imaginer l'inauguration d'une chimie reproductrice et sélective qu'on imagine dans les pores de pierres ponces ou d'argiles. L'hypothèse la plus répandue, est celle d'ARN autocatalytiques, c'est-à-dire de molécules d'ARN favorisant la catalyse de molécules identiques. Il y a d'autres possibilités. Il ne s'agit pas de prétendre qu'on saurait exactement comment cela a pu se passer, l'important est de comprendre comment s'enclenche dés lors le processus d'évolution par la sélection après-coup où ce qui importe ce n'est plus ce qu'est une protéine mais ce qu'elle fait, quittant la chimie pour tout autre chose qui est déjà le monde de la vie.

La reproduction a la caractéristique de pouvoir multiplier ad libitum une configuration improbable, inversant localement l'entropie et les strictes probabilités. L'acquisition d'un système de correction d'erreur est indispensable pour assurer la conservation de l'acquis avec une efficacité redoutable ne laissant qu'une marge étroite, bien qu'essentielle, à l'évolution. Sur le long terme la reproduction rend de moins en moins improbable une complexification qui n'a besoin de se produire qu'une seule fois au cours des millénaires pour se reproduire ensuite à foison par ses performances reproductives et servir de base à une nouvelle complexification. Cependant, pour évoluer, la vie ne peut se réduire à une reproduction qui doit être assez robuste pour se conserver et assez souple pour se modifier aux marges. Le deuxième acteur, aussi essentiel que la reproduction à laquelle il est lié, c'est ce qu'on appelle la "sélection naturelle" qu'il vaut mieux appeler la sélection après-coup, consistant à procéder par essais-erreurs (donc en aveugle, sans pré-conception). Au premier niveau, la sélection élimine tout ce qui n'est pas viable et se trouve incapable de se reproduire.

Ensuite, ce qui intervient, ce sont les limites du milieu où la reproduction est confinée, enclenchant une compétition pour les ressources qui favorise les plus performants, les plus adaptés à leur environnement immédiat, avec toute une série de correctifs sur des temporalités plus longues et l'épreuve de changements de milieu. Il reste une part d'arbitraire et d'aléatoire mais qui n'empêche pas d'épouser avec une grande précision les contraintes physiques ou écologiques. On peut dire que c'est le milieu qui sculpte l'organisme et ses organes. Ce ne sont pas les plus forts ni les mieux adaptés cependant qui durent le plus longtemps. En effet, un organisme trop bien adapté a de grandes chances de ne pas survivre à la nécessité d'une nouvelle adaptation et si les stratégies compétitives sont les plus efficaces à court terme, la coopération l'est bien plus à plus long terme. A des organismes trop voraces épuisant leurs ressources succèdent d'autres qui défendent leur territoire, intègrent des limites et des régulations, se réglant sur l'extérieur par perception ou feedback. Au lieu de l'adaptation, c'est plutôt l'adaptabilité qui est sélectionnée sur de longues durées, c'est-à-dire les capacités cognitives, perceptives et réactives. Bien qu'il y ait construction réciproque des organismes et de leur environnement, il n'y a donc pas simple identité du sujet et de l'objet dès lors qu'il faut intégrer le temps (différentes temporalités) et les changements d'environnement (surtout pour l'homme). Il y a toujours une part qui excède le donné et l'immédiat, excès qui porte la vie au-delà d'elle-même, part de risque et d'exploration. De même, malgré tout ce qui relie un organisme à la biosphère planétaire, on ne peut parler d'harmonie naturelle ni de symbiose pour ce qui est quand même basé la plupart du temps sur le conflit, pas seulement entre prédateurs et proies mais tout autant sur des contradictions internes à l'origine de son dynamisme et des cycles du vivant (anabolisme contre catabolisme), la sélection après-coup jouant à tous les niveaux, jusqu'à intégrer le suicide cellulaire. On ne peut parler non plus de continuité entre le vivant et le non vivant puisque la sélection inverse les causes en partant du résultat et que la vie s'oppose à l'entropie physique d'un monde fondamentalement hostile bien que familier. On ne peut confondre la vie avec des systèmes chaotiques et si une ville peut être qualifiée de vivante, c'est d'être habitée par des êtres vivants. On ne peut concevoir d'état intermédiaire entre le biologique et l'inerte dés lors qu'il doit y avoir inversion des causes. Les virus ne font pas exception car s'ils ne sont pas vivants, ils font bien partie intégrante du vivant dont ils sont "l'information circulante".

Si la vie commence avec la reproduction, la prolifération ne suffit absolument pas à la définir. C'est l'évolution qui la modèle et en constitue le dynamisme menant à la complexification et l'intériorisation de l'extériorité. Contre le dogme d'aujourd'hui, il n'est pas inapproprié de parler d'énergie vitale pour cette activité incessante (une boucle de rétroaction positive - un emballement auto-entretenu - contrôlée par des boucles de rétroaction négatives) qui dénote la présence du vivant mais ne se réduit pas non plus à son métabolisme interne. On pourrait imager la surabondance du vivant produisant des semences par milliers comme une projection sur le monde qui en épouse les formes. Dès le début, la vie est un processus cognitif d'exploration et d'in-formation (ou engramme[2] comme on disait avant de parler d'information) où la causalité s'impose de l'extérieur, à partir du résultat, où la finalité s'introduit dans la chaîne des causes par la sélection ou l'apprentissage (la répétition), l'état interne n'étant que le reflet de l'extérieur. Lorsqu'on dit qu'une espèce a appris à se méfier des hommes, ce n'est pas par une transmission culturelle mais la plupart du temps parce que les animaux qui n'étaient pas assez craintifs ont été exterminés. C'est malgré tout une forme d'apprentissage, génétique et non pas neuronal. Dès la première cellule, le processus de sélection comme choix après-coup des réactions adaptées peut être vu comme l'apprentissage de la survie. Le savoir du corps, c'est le savoir des gènes et la force de l'habitude (notre seconde nature). Ce n'est pas pour autant de l'ordre de l'automatisme, l'aléatoire y restant dominant, et plutôt "hétéro-organisé" qu'auto-organisé, trouvant sa cause dans l'extériorité avant même d'assurer sa propre survie et sa persistance dans l'être (un organe s'atrophie de n'être pas utilisé). L'aléatoire a un rôle variationnel (générateur aléatoire de diversité), mais le hasard n'est jamais une cause en soi, ce qui est déterminant, c'est la pression sélective. Ce n'est pas l'individu (ni la cellule) qui est l'unité du vivant mais, de par la reproduction, l'espèce avec sa mémoire génétique et sa niche écologique, déterminant notamment sa longévité. En effet, si la vie, c'est l'évolution, c'est aussi la mort, le rythme des générations constituant le rythme du renouvellement génétique (ce qu'on appelle "destruction créatrice"). Le nombre de reproductions des cellules est pour cela en général strictement limité par les télomères (véritable "obsolescence programmée"!) et pas mal de plantes ou d'animaux meurent après avoir procréé (la reproduction et l'évolution sont favorisés en l'absence de concurrence des anciens organismes). Cependant, du fait que c'est l'espèce qui évolue, il y a bien continuité par delà la mort, survivance, transmission au-delà de l'individu qui l'actualise. L'hétéronomie est on ne peut plus manifeste dans la sexualité comme dans le "suicide cellulaire". La sexualité a incontestablement un rôle de différenciation mais elle a aussi un rôle cognitif dans la rencontre du partenaire donnant plus d'importance à l'information et la communication, ce dont témoignent les parades du paon notamment avec sa débauche de signes et serait un facteur de spéciation relativement déconnecté de l'adaptation. Le fait même que les virus soient spécifiques à une espèce témoigne qu'ils sont la partie externe, circulante, de notre génome participant à la régulation des populations. La variabilité individuelle y a tout de même un rôle crucial aussi bien dans l'amélioration de la viabilité de l'espèce que l'exploration de son environnement, savoir toujours en progrès à l'opposé d'une identité figée et refermée sur elle-même.

La dimension cognitive et adaptative a beau relever plus de l'hétéronomie de contraintes extérieures que d'une auto-organisation aveugle, la vie se caractérise bien cependant par une activité spontanée et ce qu'on peut appeler sa subjectivité consistant dans son autonomie et sa relative imprévisibilité mais surtout dans son interaction active avec son milieu, pas seulement réactive. A partir d'un certain moment, la vie est dans cette inquiétude même qui apparaît bien en contraste avec la "vie artificielle". A mesure qu'on progresse dans la biologie synthétique, on s'aperçoit, en effet, que la vie artificielle n'est pas la vie car, soit on la prive de ses capacités évolutives pour en contrôler les spécificités et on affecte gravement sa survie tout comme sa reproduction, soit on la laisse évoluer et elle perd largement son caractère artificiel imitant n'importe quelle autre cellule sélectionnée par son milieu et ne constituant que de nouveaux OGM dont le fonctionnement serait juste un peu mieux contrôlé. Ni auto-organisation miraculeuse, ni création artificielle, la vie, c'est à la fois la reproduction et l'évolution, un processus cognitif et adaptatif, introduisant la finalité dans la chaîne des causes en intériorisant l'extériorité, l'in-formation au principe de la réaction informée qui s'oppose à l'entropie (ce qu'on pourrait formuler, avec Hegel, comme "ôter au monde son caractère étranger").

Le processus de l'évolution est aveugle, imposé de l'extérieur par le résultat sans que le mécanisme interne en soit toujours très clair, mettant un jeu tout un réseau d'interactions avec toute une série de systèmes correctifs d'inhibition et d'inhibition de l'inhibition, etc., qu'on ne peut réduire à une simple auto-organisation, procédant plutôt par une sorte de sédimentation, de couches successives, mais sa fonction de résistance à la mort et à l'entropie nécessite une activité constante de réaction informée et de régulation par feed back. L'information est donc bien à la base de la vie, de la reproduction et de la perception, ainsi que de la correction d'erreur qui permet d'ailleurs au numérique aussi de s'affranchir de l'entropie en assurant des copies identiques, sans perte (contrairement à l'analogique qui se dégrade à chaque duplication). On ne peut lutter contre toute entropie, notamment l'entropie thermique car il faudrait un "démon de Maxwell" microscopique pour inverser l'entropie à ce niveau moléculaire et on peut démontrer que l'énergie nécessaire pour l'information pertinente à cette échelle serait bien supérieure au gain espéré. Ce n'est plus vrai au niveau "macroscopique", dès la cellule où l'information, en grande partie par le biais de récepteurs qui déclenchent une action (ouvrent un canal, etc.), permet d'éviter le pire et de tirer parti des occasions, des ressources disponibles. Le fabuleux développement de la biosphère en est la preuve vivante, contre les affirmations de Georgescu-Roegen d'une entropie matérielle irréversible. La chaîne du vivant est basée sur un recyclage qui s'est largement affranchi de cette entropie matérielle jusqu'à produire ses propres éléments (en premier lieu, l'oxygène). Bien sûr, il faut pour cela des régulations intériorisant la contrainte. Ces hétéro-régulations impliquent l'information pour se régler sur l'extérieur par des boucles de rétroaction, premières formes de perception où l'activité n'est pas déterminée par des causes internes mais par les sens et la réalité extérieure (menace ou ressource). C'est bien la tâche de l'écologie-politique d'appliquer cette règle du vivant, grâce aux informations sur les déséquilibres écologiques que nous provoquons, afin de préserver nos conditions de vie, ce qui n'est qu'une extension de l'activité vitale de lutte contre l'entropie (le travail n'est pas autre chose).

A partir de là, il y a effectivement différents seuils à franchir, certains mettant des milliards d'années comme le passage des bactéries sans noyaux (procaryotes) aux cellules avec noyaux (eucaryotes) qui formeront longtemps après les organismes pluricellulaires (en commençant par les éponges). Une fois qu'un stade est passé, sa descendance est innombrable. Les sauts de complexité restent assez mystérieux mais témoignent justement par les durées en jeu qu'ils sont loin d'être programmés d'avance, exigeant des conditions improbables, notamment toutes sortes de catastrophes incitant pour les traverser sans encombre à toujours plus d'autonomie (homéostasie) et de souplesse (réactivité). Bien que la critique du progrès ait sa nécessité devant les naïvetés d'un progressisme béat dépourvu de toute négativité, on peut être consterné devant le déni de ces progrès en complexité et en capacités cognitives qui nous placent, quoiqu'on en dise sur le dessus du panier, haut la main, en aboutissement actuel indiscutable de l'évolution, ce que prouve suffisamment notre colonisation de toute la Terre jusqu'à devoir prendre les commandes de la régulation d'une biosphère que nous perturbons. On ne peut tout mettre sur le même plan et la comparaison avec des bactéries bien plus nombreuses ne tient pas sérieusement, dénégation de l'évolution elle-même et de ses différentes étapes. Il est tout aussi indéniable que, par rapport aux premiers hommes, nous avons accumulé des savoirs au moins, même si cela ne nous a peut-être pas rendu tellement meilleurs (c'est à voir).

- Création divine ou finalité biologique (vie artificielle ou sélection après-coup)

Bien qu'on n'en ait nul besoin, ni aucune trace, il n'y a pas de contradiction en soi à imaginer un dieu titubant à l'origine du Big Bang, le réduisant à donner la "chiquenaude" initiale (ce que reproche Pascal à Descartes) en allumant simplement l'allumette d'une gigantesque explosion (c'est ce qu'on appelle un deus otiosus, dieu étranger au monde qu'il crée). On voit par contre tout ce qui peut opposer une création divine (ou artificielle) des finalités biologiques sélectionnées après-coup. Pour éviter la confusion avec un projet conçu d'avance, on a préféré parler de "téléonomie" pour les fonctions du vivant orientées vers une fin mais, dès lors que la sélection après-coup part du résultat, il est certain qu'on ne peut absolument pas se passer du concept de finalité pas plus que de celui de fonction en biologie comme on s'y était senti obligé pour sortir de la théologie. On ne peut absolument pas réduire la vie à la biochimie alors qu'elle est entièrement interaction avec l'extérieur et téléologie acquise, ce que manifeste bien la perte de fonctions devenues inutiles (comme la vue pour les taupes, ou les protées cités par Darwin) mais que démontre encore plus ses ratés (c'est l'existence de monstres qui avait convaincu Aristote de distinguer la cause efficiente de la cause finale, la génération ne résultant pas d'une auto-organisation miraculeuse alors que c'est une expérience qui marche presque à tous les coups).

Les processus biochimiques sont bien sûr indispensables, tout comme l'information doit forcément se matérialiser, sans se confondre pourtant avec son support (l'esprit n'est pas l'envers de la matière car, à l'inverse de celle-ci, l'information se transmet et se reproduit). Seulement, il est très souvent problématique de comprendre comment on arrive à un résultat qui seul compte en réalité. On parle même d'équifinalité pour signifier qu'on arrive au résultat par tous les moyens disponibles et des stratégies parallèles en partie aléatoires, dans une mobilisation générale jusqu'au signal de la résolution du déséquilibre qui avait déclenché la réaction de panique. Il est vain de vouloir en reconstituer tous les mécanismes internes même si on ne doute pas qu'il n'y a aucune magie derrière cette agitation mais des réactions en chaînes très complexes avec une part d'aléatoire et d'auto-organisation relativement contrôlée cependant, tout est là, puisque sélectionnée par son résultat.

Le concept de boucle de rétroaction implique de se régler sur le résultat plutôt que de le programmer, de même qu'en réglant le niveau de température avec un thermostat, on n'a pas à se préoccuper de la quantité de chauffage utilisée (impossible à calculer d'avance). La biologie est vraiment dans une impasse à ne pas vouloir partir de là, en feignant d'ignorer l'évidence de finalités génétiquement sélectionnées par leurs performances reproductives. Une boucle de rétroaction n'est pas un phénomène local mais une fonction globale d'un organisme qui est pris comme un tout par la sélection, par ses performances globales. C'est non seulement une impasse mais une faute en biologie de refuser, au nom de la vraie science, toute explication "holiste" en revendiquant un réductionnisme obnubilé par les réactions chimiques comme d'autres voudraient rendre compte des phénomènes sociaux par un individualisme méthodologique souvent tout aussi absurde. Il est pourtant indéniable que les organismes sont sélectionnés comme un tout, ce qui favorise bien leur fonctionnement comme un tout.

Il faut, bien sûr, étudier les interactions biochimiques, c'est à l'évidence productif, mais sans oublier que la boucle de rétroaction est avec la correction d'erreur ce qui permet la vie en surmontant l'entropie universelle localement grâce à l'information perçue ou mémorisée. Le génome lui-même est constitué par une boucle de rétroaction entre mutations génétiques et performances reproductives qui amplifient les effets positifs tout en éliminant les organismes non viables. A partir de là une dialectique s'enclenche d'intériorisation de finalités favorables à l'organisme tout entier, évoluant avec le temps (dans la course entre prédateurs et proies notamment mais aussi en fonction des modifications de l'environnement, y compris par l'organisme lui-même). Dès les premières reproductions de cellules, la sélection darwinienne est un processus qui n'est plus essentiellement chimique mais cognitif, informationnel, spirituel même, où l'on peut dire que l'esprit prend déjà petit à petit conscience de lui-même dans sa confrontation au réel matériel, climatique et biologique.

Il faut ajouter qu'il est tout aussi important de ne pas faire d'anthropomorphisme en identifiant un peu trop le biologique avec le cognitif dans une dématérialisation ou une personnalisation abusive de la nature et des processus biologiques. Il y a une continuité dans l'évolution entre tous les organismes vivants qui partagent un ancêtre commun mais il y a aussi des ruptures, le langage étant avec l'écriture et le numérique un saut cognitif considérable par rapport à la sélection génétique et la simple perception, l'accumulation du savoir accélérant l'évolution technique de façon quasi exponentielle. Pour rester des animaux, nous n'en sommes pas moins hommes et civilisés, ce qui nous oppose d'une certaine façon au biologique. Pour nous, l'état de nature, c'est l'enfer, le monde humain est tout autre. Le développement de la technique où la finalité devient explicite oblige en effet à bien différencier les finalités biologiques de toute fabrication aussi bien que de l'idée d'une finalité divine comme si le vivant était une création artificielle semblable à celle de l'artisan ou de l'architecte, et ceci bien qu'il possède des gènes architectes et intègre ses propres finalités. C'est un fait, on ne peut accepter en biologie un dieu créateur qui aurait réalisé ses plans d'avance alors que le vivant est un processus historique autonome de transformation et de construction de soi pas à pas en interaction avec son environnement, ce que Varela appelait autopoiésis. Répétons-le, il serait trompeur de réduire l'évolution à une auto-organisation ne tenant pas compte de la temporalité ni de la sélection qui en fait plutôt une hétéro-organisation mais sans intention préalable et en aveugle (tâtonnement par essais erreurs). Cependant, même si l'aile n'a pas été inventée pour le vol au départ, elle épouse finalement complétement les lois de l'aérodynamisme après des milliers d'années d'évolution et de sélection, sans rien d'aléatoire dans le résultat bien que l'aléatoire soit présent à tous les niveaux (un peu comme avec la physique quantique). Ainsi les plumes sont apparues pour protéger du froid bien avant de permettre aux oiseaux de voler. On peut dire, conformément à la "théorie constructale", que l'aile trouve sa finalité chemin faisant, dans l'expérience du réel, et qu'elle la trouve à la fin, non pas au départ. La fonction crée l'organe mais à partir de l'existant dont elle oriente l'évolution.

Ainsi, il n'y a pas de "création" de la vie, qui se crée toute seule continûment et ne se réduit pas à sa biochimie mais à la reproduction et l'évolution qui intègrent des finalités et régulations sélectionnées dans son génome d'abord, puis dans le système nerveux destiné à l'apprentissage renforçant les stratégies efficaces par la sensation de plaisir ou de peine avant de les automatiser en habitudes acquises. Ni organisme artificiel fabriqué en vue d'une finalité figée, ni auto-organisation aveugle, la vie est une évolution autonome tâtonnante dans son interaction avec le monde, constituée de finalités et régulations plus que de processus biochimiques qu'il faut bien sûr étudier mais dans un cadre évolutif où l'aléatoire a une grande part, le génome se révélant très éloigné d'une programmation linéaire puisque sélectionné par le résultat. La programmation des automatismes s'inspire d'ailleurs du fonctionnement du vivant par boucles de rétroaction depuis la cybernétique, dont c'était la découverte principale avec le constat des limites de la programmation pour atteindre nos objectifs et la nécessité d'un pilotage pour corriger le tir, redresser la barre, ajuster l'action au résultat. Si la cybernétique et la théorie des systèmes ont très mauvaise presse dans les milieux intellectuels et politiques, cela n'empêche pas leur pratique universelle, du numérique aux directions par objectifs du management moderne, prenant maladroitement modèle sur les processus biologiques en milieu complexe, mais avec une finalité préconçue, le côté fabriqué d'une rationalité utilitaire, et sans prendre assez en compte l'autonomie de chaque niveau, son auto-engendrement.

Le projet d'une vie artificielle constitue donc bien une contradiction dans les termes (une contradiction vivante!). On peut bien sûr asservir des organismes génétiquement modifiés pour nos propres finalités productives mais soit ces organismes sont privés de capacités évolutives pour assurer leur fonction et ils perdent leurs capacités reproductives, soit ils continuent à évoluer au risque de perdre leur fonction artificielle. Tout ceci reste relatif bien sûr, il y a beaucoup à apprendre et assez de marge pour la recherche, mais rend un peu vain de vouloir inventer une vie complétement artificielle sur de toutes autres bases car la théorie des systèmes a montré que la matérialité des éléments avait peu d'importance dans un système, le phénomène de convergence qui a donné aux mammifères marins l'apparence de poissons le prouve assez. On ne fera ainsi qu'une vie assez peu différente de celle que nous connaissons, sans doute, et qui prend déjà une infinité de formes.

Ce qui spécifie le vivant comme tel et le différencie d'un automatisme comme d'un produit fabriqué, c'est son autonomie et son évolution adaptative, ce qu'on peut appeler sa subjectivité dans son rapport au monde et qui constitue sa part de mystère, d'imprévisibilité, d'intériorité sans laquelle il ne peut y avoir de liens réciproques entre organismes vivants. Cela ne veut pas dire que tout processus évolutif ou qui s'autonomise serait vivant. On ne peut réduire la vie à une seule caractéristique (pas plus qu'il n'y a d'information en soi mais seulement pour un récepteur). Ce n'est ni un automate auto-reproducteur qui ne produirait pas ses propres composants et serait dépourvu d'évolution propre jusque dans la moindre cellule, ni des programmes de simulation numérique dépourvus de corps matériel. Le vivant est dès le départ, et dans ses moindres composants, matière et information, sans aucun programme ni plan pré-établi, cet auto-engendrement étant essentiel, constituant sa vitalité. Le mystère du vivant ne disparaît pas, avons-nous dit d'entrée de jeu, mais reste entier du fait même de son autonomie et de n'être justement pas l'oeuvre d'un créateur, ayant véritablement sa finalité en lui-même, finalité qui ne se réduit pas à la persistance dans l'être ni à la reproduction mais intègre l'exploration de l'espace et des variations du temps, non seulement la résistance aux forces de destruction entropiques, mais la complexification, l'apprentissage. Il n'y a pas de vie qui n'aille au-delà d'elle-même, ne serait-ce que dans la sexualité, cette inquiétude, ce risque étant au coeur de sa dynamique.

Sauf que nous plus encore que la plante ou l'animal allons avec ce risque.
(Rilke, Elégies de Duino)

- Le sens de la vie

Dés lors, on ne peut plus parler du non sens du monde pour le monde de la vie puisque la vie a sa finalité en elle-même, finalité anti-entropique qui se dirige donc contre un monde physique dépourvu, lui, de sens et de toute finalité, monde de la destruction et de forces aveugles. La vie se situe tout au contraire dans l'évolution créatrice à laquelle tout organisme appartient. Le monde du vivant nous lègue incontestablement un sens en héritage de milliards d'années, même si on n'est jamais à l'abri de régressions (qui n'auraient pas de sens sinon). Sans vouloir confondre des niveaux trop différents, ni réduire l'humanité au biologique dont elle se dégage par le langage, on peut remarquer que c'est bien sûr encore plus flagrant lorsqu'on est un être historique, être parlant destiné à continuer l'histoire, ce qui veut dire continuer l'apprentissage, un sens en construction qui est aussi celui de l'écologie-politique contre nos propres destructions mais qui doit, comme tout apprentissage se construire à la fois en continuité avec l'oeuvre de nos pères, le savoir accumulé, et en rupture avec nos préjugés anciens, avec le savoir précédent et des institutions dépassées. Le sens de notre vie ne s'épuise pas dans le vivre quand il doit se projeter dans l'avenir pour, comme on dit, "faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre". Il s'agit toujours de continuer l'histoire tout en s'opposant au cours du monde...

Certes la finalité de l'histoire n'est pas donnée d'avance mais se découvre et se construit elle aussi pas à pas. Elle nous provoque, nous déçoit, nous surprend, nous dément à chaque fois, chemin qui se fait en marchant sans mener nulle part, je veux dire sans fin de l'histoire pensable où elle trouverait sa destination dernière. L'énergie vitale ne connaît pas de repos dans sa lutte contre l'usure du temps, l'apprentissage n'a pas de fin, pas de bien suprême où s'arrêterait l'aventure, pas de vie parfaite, pas de résolution de toutes nos contradictions ; seulement la mort des corps qui tombent en masse sur le bord du chemin sans ralentir pour autant la course d'une évolution complexifiante et d'un savoir en progrès, sans arrêter, malgré les menaces et d'immenses destructions, le triomphe quotidien de la vie et de l'information, de l'improbable enfin contre la mort qui nous ronge et les forces cosmiques implacables, contre le temps et les lois de la probabilité même.

Bien sûr, pour chacun, le sens de sa vie est tout autre chose, inscrit dans son histoire propre qu'on ne peut réduire à un biologisme inhumain. Ce qui nous concernera toujours le plus intimement de ce qui nous arrive est encore le pur hasard qui nous semble s'adresser à nous comme d'un message divin, improbabilité constituant notre propre réalité et mobilisant nos capacités cognitives sur le sens à lui donner, le sens que cette rencontre singulière donne à notre vie, sans jamais aboutir à une interprétation définitive. A l'image du vivant, tout bonheur ne peut être que transitoire, simple encouragement à continuer encore à nous surprendre à chaque fois, malgré les défaites, malgré les risques de tomber au champ d'honneur, malgré les ratages dont est faite toute vie ("La vie est ce qui est capable d'erreur", disait Canguilhem, et, pour Michel Serres, "le moteur de l'histoire c'est justement les ratés").

Tout à la joie de notre commun secret
Qui est de savoir en tout lieu
Qu'il n'est pas de mystère en ce monde
Et que toute chose vaut la peine d'être vécu.
(Fernando Pessoa, l'enfant nouveau, Le gardeur de troupeaux).


Chapitres suivants :

- Auto-organisation et sélection génétique

- La subjectivité du vivant


Sources :

- L'improbable miracle d'exister
- Qu'est-ce que l'émergence
- La nature et la vie
- Sélection naturelle et finalité
- La finalité biologique
- L'origine de la vie
- Le sens de l'évolution
- Le sens de la vie
- Le sens de la vieillesse et de la mort
- La vie artificielle n'est pas la vie
- Les limites de l'auto-organisation
- De l'entropie à l'écologie

Notes

[1] Nous n'entrons pas dans les subtilités qui voudraient distinguer le Big Bang d'une explosion, car c'est une dilatation de l'espace ou une inflation, la différence étant qu'il n'y a pas de centre de l'univers (ou de l'explosion). On ne donnera pas de crédit non plus au postulat qui fait du Big Bang un état d'entropie minimum, ce qui permet d'éviter de se poser la question d'une diminution de l'entropie aux marges, conformément aux probabilités, en affirmant dogmatiquement qu'il n'y a jamais de création qui ne se paie de destructions supérieures, ce qui est souvent vrai mais pas toujours, ce qu'on appelle les phénomènes d'auto-organisation ou de brisure de symétrie. Avec le vivant, la création d'ordre, la diminution locale de l'entropie, se fait le plus souvent grâce à l'information et la mémoire du passé. Sinon, il y a bien des raisons de soutenir que le Big Bang est un événement hautement improbable, ce qui l'assimile à une entropie minimale, son "organisation" se réduisant au fait d'être confiné dans un volume minimal mais le plus grand désordre régnant à l'intérieur, tout comme dans un trou noir qu'on assimile pourtant à un maximum d'entropie (et qui pourrait malgré cela être à l'origine d'un autre Big Bang en devenant fontaine blanche...). On peut considérer aussi que sa chaleur initiale est le carburant entropique en contraste avec la froidure extérieure mais l'entropie minimum est pourtant bien celle du zéro absolu ! Ces sophismes n'ont plus rien à voir avec la formule de Boltzmann (S=k log W) où l'important, c'est W, les degrés de liberté d'une combinatoire. Quelqu'un comme Brian Greene en vient à considérer que cette homogénéité de départ serait de basse entropie sous prétexte que la gravitation n'avait pas encore fait son oeuvre organisatrice, un peu comme un barrage est un réservoir d'entropie qu'il relâche quand la gravité libère les masses d'eau qu'il retenait ; mais faire passer le passage de l'inorganisé à l'organisation comme une augmentation de l'entropie est un peu trop paradoxal, l'augmentation de la probabilité de l'improbable avec le temps constitue une bien meilleure explication de l'évolution biologique ou cosmique.

[2] "La mémoire n'est pas une propriété de la conscience, mais la qualité qui distingue le vivant de la matière inorganique. Elle est la capacité de réagir à un événement: c'est-à-dire une forme de conservation et de transmission de l'énergie inconnue du monde physique. Chaque événement agissant sur la matière vivante y laisse une trace, que Richard Semon (dans Mneme) appelle engramme. L'énergie potentielle conservée dans cet engramme peut être réactivée et déchargée dans certaines conditions. On peut dire alors que l'organisme agit d'une certaine manière parce qu'il se souvient de l'événement précédent". E.H. Gombrich, Aby Warburg. An intellectuel Biography, 1970, p242 (Agamben, 2011, p152)


Ce texte fait partie du livre "Le sens de la vie" (pdf) :

- La vie incréée
- La subjectivité du vivant
- La part animale de l'homme
- L'humanisation du monde
- Un homme de parole (le sujet du langage)
- De l'entropie à l'écologie

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70 réflexions au sujet de « La vie incréée »

  1. Lundi dernier, je suis allé à une conf de Gérard Endenburg qui est le père d'une méthode complète d'organisation se basant sur les trois éléments des systèmes complexes biologiques: bouclés par une rétroaction: commande/action/mesure et rétroaction
    Il a utilisé le mot de sociocratie inventé par Auguste Comte pour désigner son système d'organisation.
    Endenurg est un bon connaisseur des systèmes et de la cybernétique et il a eu une expérience d'auto-organisation précoce réussie, vers ses 10 ans, dans une école du pédagogue Kees Boeke.

    Pour le moment, je suis très enthousiaste sur cette méthode d'organisation qui nécessite une excellente qualité de l'information et de sa disponibilité. Edenburg a mis au point la théorie et a expérimenté sa méthode avec succès. Je détaille un peu plus dans un article intitulé:
    La sociocratie pour réconcilier le je et le nous et réduire la surchauffe des égos.

  2. On en avait déjà parlé et je suis pour garder un esprit critique envers ces applications de la cybernétique dont je fais grand cas car ce sont des mécanismes indispensables pour comprendre le vivant et dont il faut effectivement s'inspirer mais pas aveuglément sans tenir compte des spécificités et traditions locales. On n'est pas des bêtes. Il faut éviter les excès de tout scientisme plaqué de l'extérieur sans renoncer à l'expérimentation.

    Comme je l'ai déjà dit, ces principes d'organisation ne sont pas mauvais mais refoulent trop les contradictions et antagonismes réels qui n'ont pas été inventés par Marx, ce sont les riches et les puissants qui profitent de leur position de force, pas les petits qui doivent seulement lutter pour ne pas être trop écrasés. On le sait, prétendre ne pas avoir d'idéologie, c'est être de droite, le consensus étant le parti de l'ordre établi. C'est une illusion de croire à trop d'harmonie, cela n'empêche pas qu'il faut des procédures de consultation et d'évaluation pour atteindre nos objectifs.

  3. @olaf : Il est certain que mon texte est trop touffu mais je suis un peu effrayé qu'on y voit quelque chose de commun avec la biodynamique (parce que j'ai eu le malheur de parler d'une approche holiste?) alors que je fais une coupure nette entre le monde physique et le monde de la vie. Il faudrait vraiment que j'écrive plus clairement et que j'arrive à en faire un livre plus explicite.

    En fait, j'ai précipité sa publication car je vais faire une critique du dernier livre d'Henri Atlan sur ces sujets (lui voit de l'auto-organisation partout) et j'y reviendrais sans doute après.

  4. @Jean Zin :
    Je ne crois pas que la sociocratie soit considérée par son inventeur comme une recette miracle qui nous apporterait le paradis sur terre ou le bonheur, ni qui pourrait se passer des particularités locales ou des enjeux , des buts particuliers à chaque type d'organisation (entreprise, municipalité, association...). C'est plutôt un principe général qui semble très souple et qui est quand même expérimenté depuis les années 80 avec succès dans divers types d'organisations (ce qui ne veut pas dire que c'est la solution à tous les problèmes organisationnels, mais c'est une solution qui aide à traiter les problèmes et prendre les décisions au niveau concerné, par les acteurs concernés)

  5. Comme je l'ai dit, je ne suis pas vraiment contre, seulement d'en faire une panacée, mais la fin de votre texte avec sa référence à Marx montre bien l'erreur à laquelle mènent ces approches techniques se substituant au politique, aux réels rapports de force entre intérêts divergents. La contradiction est au coeur du vivant et ce n'est pas une contradiction qu'on peut traiter comme une simple divergence, un "désaccord fécond". C'est un point primordial, ce qui n'empêche pas de mettre de l'huile dans les rouages, ni de régler nos actions sur leurs effets mais la vie c'est le bordel, on n'est pas des machines et on n'évite pas les conflits (la lutte des classes n'étant pas une invention de Marx). J'ajoute que si des principes d'organisation plus participatifs sont indispensables, il serait nécessaire que ce soit dans le cadre d'un "travail choisi", sinon on ne fait que redoubler l'aliénation.

  6. @Jean Zin :

    Il y a malentendu, je ne parlais pas de votre texte, mais de celui que j'ai mis en lien qui dit aussi "il y a une différence entre inerte et vivant", ça enfonce des portes ouvertes, mais c'est pas inutile parfois.

  7. J’ai lu comme toujours avec intérêt ce billet. Une question n’est pas abordée toutefois, importante pour moi ( agnostique) d’autant que le présent billet se présente comme réfutation du créationnisme : le rôle de la mort dans le processus créateur. Est-ce vraiment trivial au point de ne pas en parler?La question n’est posée que par une citation de Bichat définissant la vie comme « l’ensemble des forces qui s’opposent à la mort ». Formule discutable si, sans plus de commentaire, elle laisse ouverte au péquin comme moi l’erreur d’interprétation commune qui consista longtemps à assimiler mort et entropie. Toutefois il est dit par vous « ce n’est pas l’individu ( ni la cellule) qui est l’unité du vivant mais, de part la reproduction, l’espèce avec sa mémoire génétique et sa niche écologique, déterminant notamment sa longévité ; .. L’information est donc bien à la base de la vie » Grâce à la mort, sans laquelle il n’y a pas réplication, communication, engrammation, de l’information ! La mort avec pour effet la reproduction ?
    Sinon dans les textes créationnistes, du moins dans les mythologies sur les origines de l’être et dans de nombreux écrits théologiques, apparaît le recours à une dialectique de concepts comme : la mémoire et l’oubli, le sommeil, l’éveil et la mort, dans le processus créateur. Pourvu qu’on ne cherche pas, soit par les images du mythe, soit par les concepts de la science à décrire l’origine en tant que « comment cela a commencé » ( le Dieu ou le Big Bang, faux débat) mais à chercher à dire « comment cela se passe). Comment donc la « mort » , sous toutes ses formes, entretient-elle la vie , c’est une question sur quoi les Eglises nous proposent de faire l’autruche et que toute philosophie des sciences ne doit pas éviter…
    J’avais beaucoup apprécié la remarque de Michel Martin il y a peu disant dans un commentaire que « les contes de fées n’ont pas pour ambition de faire croire que les dragons existent, mais de dire qu’on peut les vaincre » C’est vrai de tous les mythes fondateurs que leur vérité est une approche par l’image, au sens figuré De même « le Royaume de mon Père » dont parla Jésus comme but à atteindre, ne me dit nullement qu’il y a une vie après la mort, mais que ma propre mort ( l’oubli par la Vie de mon petit ego perso ) est indispensable au très complexe et miraculeux équilibre de la biosphère . L’observation du vivant ne dit pas autre chose, elle dit autrement les choses ?

  8. La mort est une condition de l'évolution génétique. Le nombre de reproduction des cellules est strictement limité par les télomères. On constate que cela permet d'éliminer les cellules usées et de les remplacer par des toutes neuves. Il est plus facile de produire du neuf que de réparer du vieux, ce qui ne veut pas dire que c'est impossible mais le rythme des générations est le rythme du renouvellement génétique.

    Cependant, du fait que c'est l'espèce qui évolue, il y a continuité par delà la mort, survivance, transmission au-delà de l'individu qui l'actualise.

    J'ai rajouté dans les liens la référence au texte sur le sens de la vieillesse et de la mort.

    J'ai parlé plusieurs fois de la mort dans le texte (du suicide cellulaire entre autres) mais il est vrai que je n'avais pas dit ce que je viens de répondre (je vais essayer de le rajouter). C'est à ça que servent les commentaires.

  9. @Jean Zin :
    Oui,Marx n'a pas inventé la lutte des classes du fait de la réalité de conflits d'intérêts réels entre classes. De même Endenburg n'a pas inventé (il ne le revendique pas) la coopération, l'intérêt collectif commun. On retrouve les deux termes de la lecture du monde et de son évolution de Darwin. Mais Endenburg a mis en place une structure qui favorise la résolution des conflits au jour le jour dans une démarche dialectique pratique qui ne mène pas à une prise de pouvoir des égos les plus dilatés et les structures hiérarchiques les plus féroces, tout en disant le contraire (c'est la principale incohérence du marxisme -avec la valeur où curieusement il oublie le rapport de forces), alors que ce que propose et met en oeuvre Endenburg est cohérent sur le plan théorique et sur le plan pratique.

    On n'évite d'autant moins le conflit qu'on aura élaboré une organisation générant elle même le conflit, générant elle-même les classes à force de ne pas tenir compte des "divergences sociales" se formant au jour le jour. C'est bien une question dynamique.

    Pour ce qui est du travail choisi, le premier point est d'équilibrer les forces sur le marché du travail. La question de l'organisation (hiérarchique, autogestionnaire, autoorganisée (par exemple auto-organisée sociocratique)) vient ensuite. J'ai aussi une péférence pour l'auto-organisation et à ce jour pour la sociocratie qui me semble très applicable aux coopératives municipales...à suivre.

  10. C'est bien de réintroduire la psychanalyse pour contrebalancer le biologisme de l'article. En effet, la difficulté du darwinisme, c'est de s'imaginer qu'il est cause efficiente, ce qui peut mener à toutes les barbaries, alors qu'il ne s'impose que dans l'après-coup. Le concept de Freud d'étayage de la pulsion est indispensable pour déconnecter le subjectif de l'objectif, la sexualité n'étant presque jamais un désir de reproduction, celle-ci ne venant que par surcroît même si c'est ce qui lui assure la durabilité.

    C'est un peu la même chose pour le concept de valeur chez Marx. C'est une fable répandue par Paul Jorion que Marx ignorerait le rapport de force dans la fixation du prix, simplement il s'intéresse à autre chose, à la valeur et à la plus-value comme moteur du capitalisme qui n'est pas un rapport de force comme dans le féodalisme mais passe par l'augmentation de la productivité (l'investissement productif). Là aussi, la valeur peut sembler n'avoir aucune existence, seul existe le prix comme il n'y a que des réactions chimiques dans la cellule, c'est après-coup que le bon marché des marchandises s'impose à tous et structure le système de production même si dans le quotidien, on a surtout affaire à des rapports de force pour le partage de la valeur entre capital et travail.

    On peut donc conclure que d'une certaine façon, ce que je dégage de la biologie comme sens de la vie ne peut valoir pour chacun préoccupé de reconnaissance, de son désir et du sens de sa vie par rapport aux autres. Notre expérience subjective est celle dont parle la psychanalyse et qu'on ne peut confondre avec l'objectivité scientifique qui s'impose dans l'après-coup mais constitue bien un regard extérieur même à constater l'existence d'une subjectivité qui se signale par son excès. On peut comparer avec l'interdiction de l'inceste qui est d'un côté l'opérateur de l'échange des femmes et de l'autre structure le désir de l'enfant, mais c'est la même différence qu'entre la biochimie de la cellule et son résultat fonctionnel résultant de la sélection après-coup. En me tenant dans cet article à la discussion de la biologie, j'ai trop négligé l'aspect subjectif surtout à vouloir en tirer des conclusions sur notre appartenance à l'évolution et à l'histoire, bien que ce soit incontestable et nécessaire pour contrer les fausses évidences qu'on y oppose, tout aussi objectivantes, d'une entropie implacable et d'un non-sens du monde. Il faut là aussi maintenir un dualisme stricte entre objectif et subjectif mais tenir en même temps les deux bouts (il n'y a pas que le sujet, il y a l'objet aussi et vice versa). Ces matières sont difficiles et pleines de pièges dialectiques, il vaut donc bien mieux complexifier quitte à brouiller l'esprit plutôt que de vouloir simplifier pour convaincre (et tromper) le plus grand nombre.

  11. @olaf
    Merci pour le lien vers cette excellente présentation de J. Lacan. Mais introduire Lacan, c’est proposer à notre hôte tout un nouveau chapitre du livre projeté ? Mon intervention était plus modeste de solliciter pour la mort un rôle enfin plus positif que l’acte de foi consistant à croire qu’elle compensera enfin d’avoir manqué sa propre vie. Comme dit Lacan cité dans la vidéo « Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir !... ( long silence)…ça vous soutient !! ( nouveau silence), etc… »

    @ Jean
    Ne peut-on s’engager plus, Jean, que vous ne le faites dans votre réponse, et ajouter que la mort est une condition nécessaire de la vie, qu’elle n’est pas négative, liée dialectiquement à la mort comme le vide est nécessaire à la décision d’un plein, comme l’oubli est le creux nécessaire aux tris de la mémoire et on pourrait citer toutes sortes de structures dialectiques qui révèlent la vie dans ses formes rythmiques. A commencer par diastole- systole dans le miraculeux déséquilibre entretenu dans le rythme cardiaque Soient des prises sensibles manifestant à notre expérience les formes de « l’élan vital », des « ressorts du vivant », de « l’âme » (anima) tout trivialement, cet « on ne sait quoi » dont tout le monde parle. Cela donne lieu à des images qui évoluent historiquement (comme celle situant jadis l’homme en tant qu’espèce à l’horizon de la Terre et du Ciel, au sommet des créatures matérielles) Le sens de la vie- et c’est bien de cela qu’il est parlé aussi s’agissant de décrypter l’évolution du vivant- est peut-être bien à saisir pas seulement comme processus phylogénétique, mais, donné à lire à notre sensibilité comme vie des formes ou évolution des images selon lesquelles nous interprétons le vivant, du point de vue donc d’une esthétique ? L’image que nous nous fabriquons du vivant évolue, voila ce qu’il est utile de constater et qui est constatable.

    C’est images dépendent beaucoup des moyens techniques dont nous disposons : Rifkin donne cette citation dans son dernier ouvrage : « Si je ne disposais que d’un marteau, je verrais le monde comme un clou ! »

    Dans un livre sur l’évolution du vivant, on pourrait envisager un chapitre là-dessus, à la fin, attribuant une possible et assez égale créativité, à tous les niveaux de la biologie. L’aspect esthétique restituerait à la vie, après tout, son mystère ?

    A la fin de sa vie Lacan, qui a toujours cultivé l’art des silences , des intervalles et des reprises , des changements de ton rythmant fortement ses phrases, s’est fait pythagoricien et s’est mis à dessiner, dit la vidéo proposée par Olaf… Des formes lui apparaissaient alors aussi comme d’utiles « lambeaux de discours sur lesquels le langage de l’autre va s’instituer » ? Et si c’était applicable aussi aux concepts trop purs de théologiens comme de biologistes?

  12. Une des difficultés de la biologie, c'est qu'elle nous touche trop intimement et met en jeu nos croyances et représentations. C'est pour cela qu'il faut sans doute compléter un livre sur la biologie d'une critique du biologisme. Pas plus que l'interdiction de l'inceste la signification de la mort pour nous ne peut se réduire à sa fonction biologique objective. Il y a bien sûr beaucoup à dire de la mort d'un point de vue philosophique ou psychanalytique, sans parler des religions qui, littéralement, en vivent. La conscience de la mort est essentielle à l'homme, conscience de son absence lui découvrant le monde comme un tout et introduisant la finitude dans l'infini du langage (ou des mathématiques).

    Je ne crois pas que, d'un point de vue biologique, on puisse aller au-delà de faire de la mort une condition de l'évolution génétique, sinon la présence de la mort dans le vivant est plutôt à mettre du côté de l'entropie en ses formes variées, mais aussi comme sanction de l'erreur, risque essentiel à la vie car condition de l'apprentissage. On n'a pas tant à expliquer la mort car c'est la réalité première, celle de l'inerte, c'est la vie qui est l'exception. Du moins, à un niveau général où il n'est pas contradictoire d'imaginer une vie quasi éternelle bien que n'évoluant plus, d'autant plus si notre évolution n'avait plus besoin d'être génétique mais seulement culturelle et numérique. Dans les faits, la mort est bien partie intégrante de la vie dans la sculpture des organes comme dans le contrôle de la longévité. Je peux renvoyer à cet autre texte : La mort au coeur de la vie.

    Sinon, il ne faut pas trop croire ce qu'on raconte sur Lacan. Les noeuds, ce n'était pas du radotage même si ses forces intellectuelles déclinaient visiblement, ce n'était pas non plus ésotérique car c'était au contraire une tentative de transmission intégrale, de mathème. Comme toujours les disciples délirent à partir d'énoncés on ne peut plus basiques. La distinction du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire n'est pas rien (cela va un peu plus loin que la distinction de l'esprit et de la matière), ni la diversité de leurs nouages mais ce ne sont bien sûr que les dit-mentions de l'espace où s'inscrit son enseignement précédent, une tentative d'éviter qu'ils ne tombent dans la confusion. J'ajoute que je tiens Lacan tout autant que Hegel et Aristote comme indispensable pour ne pas dire n'importe quoi, un des rares dont on ne peut se passer (il n'y en a pas beaucoup dans l'histoire de la pensée, c'est même très étonnant, le reste est bavardage savant).

    En tout cas, on se rend compte qu'il y a trop à dire. C'est impossible de réunir tout cela dans un livre...

  13. Gamin, quand j'apprenais les techniques de la navigation à voile, j'avais été aussi fasciné par les nœuds, je passais des heures à en faire et à en défaire. Croiser des brins de fibres, circonvolutions.
    Je m'étais aussi mis au tricotin sur champignon, comme une dentellière bretonne près de sa cheminée.

    Tête de nœuds ?

    Alexandre le Grand élève d'Aristote avait tranché le nœud, selon le mythe.

    J'ai donc été surpris de découvrir Lacan et son intérêt pour la topologie.

    Quant à la mort, pas plus tard qu'aujourd'hui, j'ai croisé une réunion funéraire dans un joli cimetière allemand, il faisait beau, c'est émouvant de voir que la mort réunit à ce point ceux qui restent.

    D'autre part, les relations sociales au travail sont effectivement importantes, pas que d'un point de vue économique. Je le constate avec mes collègues allemands avec qui je m'entends beaucoup mieux qu'avec les collègues français que j'ai pu avoir dans le passé. Ici, ça me parait plus simple. Probablement, le décalage linguistique y est pour quelque chose, mais il y a aussi une façon différente d'appréhender les choses.

  14. Je viens de découvrir votre blog... C'est un texte concernant un domaine médical que j'ai trouvé plutôt bien circonscrit qui m'a conduit à vous. Bonne pioche ! Tout en ayant quelque peine à entrer dans un débat aussi structuré par des domaines que je ne connais pas suffisamment,, je tenais à vous dire que je suis enchantée de découvrir un lieu de discussion ayant également pour référence Marx, Lacan... Je me sens cependant plus proche du Platon d'Alain Badiou (qui est en train de travailler à sa traduction, prolongeant sa réflexion amorcée dans le dernier chapitre de Logiques des Mondes sur "Qu'est-ce que vivre ?"), que d'Aristote...

  15. @Jean Zin :
    Oups, j'ai du mal à suivre quand vous passez la quatrième comme ça!

    C'est une fable répandue par Paul Jorion que Marx ignorerait le rapport de force dans la fixation du prix, simplement il s'intéresse à autre chose, à la valeur et à la plus-value comme moteur du capitalisme qui n'est pas un rapport de force comme dans le féodalisme mais passe par l'augmentation de la productivité (l'investissement productif). Là aussi, la valeur peut sembler n'avoir aucune existence, seul existe le prix comme il n'y a que des réactions chimiques dans la cellule, c'est après-coup que le bon marché des marchandises s'impose à tous et structure le système de production même si dans le quotidien, on a surtout affaire à des rapports de force pour le partage de la valeur entre capital et travail.

    Bien vu. Merci de m'aider à me déjorionniser. y'a vraiment des débats qui se perdent entre Zin et Jorion sur ce sujet.

    Je me suis demandé qui écrivait des commentaires et où et c'est assez cohérent avec les analyses de Bourdieu sur les champs, la domination, le capital symbolique... Par exemple, moi je suis tout au bas de l'échelle, je laisse des commentaires partout, je ne me sens pas concerné par les questions de domination parce que mon capital symbolique est nul et que je m'en moque. Parfois on peut discuter, comme ici où vous êtes pas chien vous acceptez de discuter avec tout le monde, même si vous avouez que ça vous ennuie la plupart du temps. Là où ça se corse, c'est entre les ténors qui ne se laissent que bien rarement aller discuter sur le site d'un autre ténor. On sent qu'il y a de la tension, que quelque chose de l'ordre "gagner la conversation " qui entre en jeu.

  16. @Michel MARTIN :

    Jorion n'est pas inintéressant, surtout quand il se trompe.

    Je le crois de bonne foi, mais ça ne suffit pas.

    J'ai juste un peu peur qu'il ne réinventasse l'eau tiède un peu trop souvent.

    Moi même, finalement, j'ai toujours été plus réjouit de mes erreurs que de mes réussites, qui au bout du compte m'ont toujours parues produire le grand morne de l'ennui.

    Mais dans la mesure où il a des lecteurs, il apporte peut être un plus. Il faut à minima se ou être trompé pour corriger le tir.

  17. Jorion est intervenu ici au début de la crise, avant d'être devenu une vedette. Je soutiens une partie de ses propositions qui me semblent importantes, son rôle étant très positif dans notre conjoncture mais j'ai pas mal de critiques sur ses conceptions économiques, critiques dont j'ai exprimé l'essentiel dans mon billet sur "Le prix" que Jorion a signalé immédiatement sur son blog sans les comprendre pour autant (le dialogue n'existe pas entre intellectuels, c'est une autre fable qu'entretient son blog très "modéré", chacun suit sa voie, il y a quand même des influences et j'ai trouvé très positif qu'il défende le revenu universel).

    Je suis intervenu pour ma part plusieurs (rares) fois sur son blog à propos de Kojève, de la biologie ou de la physique (sujet sur lequel il a tendance à s'égarer) en précisant bien les raisons pour lesquelles je refusais d'y discuter de mes propres propositions, ce qui ne me semblait pas pouvoir aboutir ni être positif. Il vaut mieux essayer d'élaborer un peu plus rigoureusement ses propres analyses dans un billet.

    Il faut dire que la principale raison pour laquelle je n'aime pas les commentaires, c'est qu'y répondre me demande beaucoup de temps et je ne supporterais pas le flot de commentaires dépassant presque toujours la centaine dans lesquels on se perd sur son blog. Bourdieu n'a pas tort mais il faut prendre en compte le facteur temps, lorsqu'on est en position de pouvoir ou seulement de visibilité on ne peut plus répondre à tous, cela crée inévitablement une dissymétrie qui est bien un effet de champ mais sans que ce soit forcément de domination. Je fais des efforts pour ne pas être une autorité et rester assez discret, cela ne veut pas dire que j'y arrive toujours...

  18. @Domino : Badiou n'est pas du tout ma tasse de thé, je le trouve même très mauvais, en particulier son idéalisme platonisant voire pythagoricien et ne comprends pas qu'il puisse avec ça parler (mal) de Marx et Lacan sans plus rien d'un matérialisme dialectique.

    Il est d'ailleurs difficile de vouloir trop opposer Aristote à Platon alors qu'il a été son disciple pendant 20 ans ! Heidegger a raison dans son commentaire du Sophiste de partir d'Aristote comme le meilleur platonicien (avec l'avantage d'avoir ses écrits ésotériques, d'enseignement, au lieu des dialogues, d'initiation). Certes Aristote est plus biologiste que mathématicien mais il enseignait la logique et la rhétorique à l'académie et ne s'est pas tant détaché de son maître dans la réfutation d'un bien suprême, ce que montre bien la citation d'Aristote qui ouvre justement le dernier chapitre de la logique des mondes nous engageant à "vivre en immortel", sauf que cela veut dire pour Aristote se réfugier dans la contemplation alors même qu'il a montré avant que le plaisir vient de l'activité (et donc du vivre) !

    Vivre pour des idées, la belle affaire, c'est surtout mourir pour des idées, et en général pour des conneries (car les idées ne sont pas vraies mais d'abord fausses. L'être parlant vit dans l'illusion, il se paye de mots). Il vaut mieux mettre les idées à l'épreuve de la vie et les critiquer, en changer au lieu d'être bêtement fidèle à des idées dépassées (même en mathématique les vérités ne sont pas si éternelles - il faut renier Euclide pour le dépasser - mais c'est encore plus vrai dans notre monde historique sublunaire). Apprendre, c'est apprendre notre ignorance, qu'on se trompait, qu'on se faisait des idées, qu'il faut abandonner nos rêves enfantins et détruire un monde fantasmé pour en reconstruire un autre. Tenir à ses pensées et ses fidélités plus qu'à la vie pourrait être une définition de la folie.

    Essayer de coller à la vérité est une autre paire de manche, où l'on n'est plus du côté du manche justement, de la maîtrise mais toujours pris en faute d'une rationalité décidément trop limitée et d'une incomplétude constitutive. Il ne s'agit en aucun cas d'un retour à l'animalité mais au contraire un nouveau pas qui nous dégage de l'ensorcellement des sens et des pulsions aveugles mais aussi du sens fantasmatique véhiculé par le langage et de l'autorité du dogme comme de l'adoration de l'idée. Politiquement, c'est coller au terrain plutôt que de vouloir plier le réel à notre volonté quitte à tout dévaster devant sa résistance.

    Il y a bien une misère de la métaphysique, façon de péter plus haut que son cul, de ne pas se connaître soi-même dans sa finitude et son ignorance, de tirer de quelques principes simplistes des conclusions hâtives, trop logiques pour être honnêtes... Essayer de penser la dialectique et l'après-coup oblige au contraire à partir du réel dans la temporalité d'un savoir en construction, dont la métaphysique n'est sans doute pas absente mais moins déterminante et beaucoup plus fluctuante.

  19. Pour changer voici un lien qui renvoie au tableau de Rembrandt « Aristote contemplant le buste d’Homère » (1653)
    http://www.archipope.net/article-11...
    Plus pour la figuration par Rembrandt que pour le commentaire par Ricoeur : le peintre décide d’ éclairer le philosophe à partir du buste d’Homère, l’invitant à faire retour au "mytheux" dénoncé par Platon son maître...

  20. @pch :

    J'ai un peu fréquenté des peintres, mes profs de dessin disaient aussi que j'avais un bon coup de crayon, j'en ai rien fait, parce que je ne voyais pas en quoi mon coup de crayon, d’œil ou de pinceau apportait quoi que ce soit.

    En tous cas, j'ai vu des peintres se prendre pour des démiurges, des maîtres, des poètes infinis, et ça m'a un peu inquiété cette dinguerie s'appuyant sur quelques talents incontestables.

  21. @olaf :
    Dans le temps, les peintres se croyaient inspirés, ils se prenaient pour des interprètes de forces ou de messages divins. Maintenant, ils supportent l'angoisse d'être les propres créateurs de leurs oeuvres. Dans aucun des cas leur situation n'est pas très confortable psychologiquement. Tous les créateurs sont taquinés par leur situation hors du commun. Si j'avais été peintre et que j'aie eu à choisir entre les inspirés et les génies, je crois que j'aurais préféré me croire inspiré. Parce que je ne vois pas comment les génies réussissent à bien s'en sortir, à ne pas être "fatigués d'être soi" en plus de nous fatiguer d'être si peu par comparaison.

  22. J'ai fait entrer une image dans le fil des commentaires pour dire selon moi que la création plastique participe à l'histoire de la pensée. Mais c'est ,comme dit Jean visible "après coup", sur la longue durée En fait Rembrandt réalisait une commande pour un particulier en décalage avec son temps? Ce n'est pas à l'époque du tableau qu'on a porté sur Homère et les mythes ( ces "histoires pour nourrices" disait Platon avec mépris) ce regard empathique qu'ici Rembrandt prête à Aristote, en 1653, improprement sans doute. C'est du moins mon opinion

  23. @Michel MARTIN :

    Les auto promotionnés génies se promotionnent comme inspirés, c'est leur fond de commerce et leur pub. Si vous y voyez une différence, merci de me l'expliquer. On ne peut pas trop le leur reprocher, il faut bien gagner sa croûte. Un peintre doit faire la pute envers et contre tout, pour obtenir un revenu.

    C'est pour ça qu'ils ont encore ma sympathie, mais je n'approuve pas. J'ai arrêté de peindre ou de dessiner, car je ne veux pas jouer à ce jeu.

  24. @olaf :
    La différence, c'est que la société était foncièrement religieuse, ce qui n'est plus le cas, disons depuis que Dieu est mort.
    Je ne reproche rien aux artistes, je souligne juste la difficulté de leur situation, qui est exaltante par certains côtés, mais qui isole tellement par d'autres. D'autant plus dans une société des individus, il leur faut trouver un sens à leur oeuvre qui fasse sens, alors que plus personne ne sais plus bien où on en est avec le sens. La situation de messager était plus confortable.

  25. Pour complément, je viens d'une famille d'artistes, talentueux pour certains, mais j'ai toujours été écœuré par leur narcissisme de qui c'est le meilleur, voire qui a la plus grosse.

    Le seul qui garde mon respect est mon grand père, grand connaisseur de Bach et de Rameau.

    Les autorités allemandes lui avaient dans les années 40 proposé un poste prestigieux qu'il avait refusé en raison des circonstances historiques.

    Un de ses enfants, mon oncle, est mort des privations.

    Une de mes tantes, virtuose précoce du piano, a pu s'échapper d'un camp de concentration.

    Les autres, dont mon père, s'en sont sortis à peu près.

  26. Suite à vos commentaires je trouve mon erreur à propos du tableau de Rembrandt: il ne s'agit en effet pour lui que de peindre la rencontre entre le Philosophe et le Poète par excellence, c'est à dire que Rembrandt vise à démontrer que, par son talent, il mérite reconnaissance au même titre, et dans son domaine propre que les plus grands( la belle chaîne d'or dont il décore Aristote) Certes, mais est-ce du narcissisme? Cela reste toujours à démontrer,le talent, ce n'est jamais acquis, et selon l'histoire les jugements de valeur changent. Ainsi Homère sculpté au XVII eme n'est pas du tout le mythologue tel que nous l'admettons aujourd'hui , ou tel que l'ont étudié les historiens de l'Antiquité que nous avons lus( Vernant, Detienne, etc...) Une fois Jean Zin s'est étonné des capacités d'un tout petit animal, le tardigrade, qui lui permettent de survivre bien au-delà de son programme en se déshydratant quasi complètement, et à des températures qui dépassent les limites admises par le vivant. C'est un peu comme cela qu'Homère a survécu, sous forme de sculptures minérales, à la destruction partielle des bibliothèques, et à l'oubli pour les idéologies dominantes, avant de revivre et d'être réhabilité comme poète mythologue , rassembleur de pensée orale, créateur ou passeur de pensée immatérielle. Et il survit dans le temps bien au-delà de son programme individuel
    Cela se recoupe avec la généalogie familiale qu'esquisse Olaf ? Non? Cela nous concerne tous individuellement.
    Cela relativise le narcissisme il me semble, qui ne serait que l'excès d'une qualité?Je ne saurais trop dire laquelle, car je dirais des conneries, comme souvent, à vouloir trop dire

  27. les vrais artistes n'ont pas de moi et de boursouflures narcissiques , , tu les trouve dans les bas fond de la grande ville à part quelques belles individualité et communautés rurale ( squat , fermes autogérée , centre d'art , colocations , ...) , et pour moi voilà enfin des gens qui se croisent , qui se conjuguent même ( et parfois au prix d'une solitude surpeuplé , qui peut destabiliser une personnalité sensisble , fragile et chancelante , c'est le propre de l'art de nous affecter ! ) : je participe tu participe nous participons nous decidons , mais eux aussi ils décident ! il y a conflit et fraternité de combat , c'est la guerre et nous on a la rages , la tête dans le caniveau et les pollutions médiatiques de la noosphère mondiales . l'artiste à une place en toute révolution , du moins le véritable artiste , celui qui exploire les virtualités du temps , et expérimentent des possibles de l'époque au marges , et aux lisières du temps présent de l'histoire en train de se faire qu'on ne peut vraiment dépasser . et du génie et des mecs barrés , pour celle symphonie et cette guerrilla pirate , il en faut , des clown camicase , des farceurs en vie meilleure , des rémoulmeurs des idées , des assaisonneurs du temps , des photographes de guerre , campés sur leur taf de chroniquer , démineur en amnésie ambiante par intifada verbale interposé à la verticale d'une diagonnale de sample pour illuminer nos soirée , c'est pour ceux qui veillent la nuit , un regard sur le macabé de l'histoire , l'esquive comme art de la guerre , et derrière ses pas feutrés laisser entrevoir sur le macadam des diadèmes étincelant de plaisir et de fraicheur . sérénité cri , douleur et chchotement : on vent du vent , et déranger l'troupeau c'est bon , comme des dealeur d'idées sans censure , hold up bucal qui représente citées et gheto, témoignagnes versée vers sincerité , un rap à la gorge rouge , quand les badiou ( qui ne sais plutot du tout pour qui il écrit) et les coeurs de l'armée rouge sont devant la boite à julien courbet . que disent les artistes , pour rejoindre se 11 sepetembre politique qui se trame en se moment sur tubes cathodiques et écrans plasma : yes , we kahn !!! ( c'est bien sur le slogan de campagne de dominique , nique , nique, ce putain de blanc ( et jaune ) ne sera pas mon président , ouf ,,,,, !!! ). l'artiste , c'est une petite abeille sauvage , tout droit sortie de la ruche , et ce maquisart fait son miel dans la vraie vie et sur internet . l'art est aussi pris dans cette terrible métamorphose , notre entrée dans l'ère de l'information : jusqu'à epérimenter la mise sous HO à l'HP pour prose haineuse sur internet , menace de passage à l'acte avec arme blache et menaces verbales sur autorité publique . la démocratie c'est cause toujours ??? je tiens à vous faire savoir qu'on ne peux pas tout dire sur le net , surtout quand on est NRV et qu'on a une fièvre impossible à négocier , car le hard core et le slam et le hip hop , c'est ce qui nous brulent , notre kiff , notre épice, notre miel , quand nos codes sont leur outrages et que dans la rue les civils pmattent ma tenue comme si j'allais surgir avec un cran d'arret , , les pieds collé sur goudron au pavé , , caché sous ma capuche , pour cacher ma salle tête , ( délit de sale gueule , c'est mon seule pècher dans ma vie , comme d'avoir parfois des paroles un peu fortes) .

  28. @brunet :
    Tous les arts sont des formes qui servent à dire ce qu'on ne peut dire autrement, ce sont des espaces de liberté et de création et parfois d'avant-garde, mais ils n'échappent pourtant pas complètement à certains codes. M'enfin, y'a quand même de quoi faire, y'en a pour à peu près tous les goûts, du coincé classique au plus déjanté, et pour tous les talents.
    On ne peut pas exclure que la recherche d'un artiste puisse parfois n'être que celle de la subversivité pour la subversivité qu'un mal-être profond stimule. Le cri pour le cri. " La musique est un cri qui vient de l'intérieur".

  29. L'art est inutile , comme la vie, le sens de la vie

    Le but de la vie est de vivre

    et vivre quelque soit la complexité tend vers une sorte de paix systémique

    La paix est bien la seule chose qui est inhérente au système complexe, on y arrive d'une manière ou d'une autre

    https://singularite.wordpress.com/

  30. Heureux les pauvres d'esprit !

    La singularité c'est, littéralement, de l'idiotie.

    Hélas pour ces rêves enfantins, "Polémos est le père de toutes choses, de toutes le roi" et la contradiction est au coeur de la vie, comme entre le prédateur et sa proie, sans laquelle elle ne peut vivre. La vie est inquiétude, n'étant pas faite pour le bonheur sinon de façon transitoire. Si le but de la vie n'était que de vivre nous serions encore dans les arbres si même nous n'étions restés de simples cellules primitives...

    Si l'art est inutile, comme la vie, autant quitter cette vallée de larme, arrêter le cycle des réincarnations dans ce monde d'illusions. L'art n'est certainement pas un ornement, une carrière, un truc de frimeurs ou d'oisifs désoeuvrés. Il est tout dans l'exigence d'un sens à construire et d'une confrontation du réel, dans le sentiment du ratage, donc, l'insatisfaction, la douleur du négatif laissant perler quelque merveille de cette souffrance qui se révèle productive et pas si absurde et inutile que le prétendent les discours normatifs et la psychologie positive. Bien sûr, l'art ne se résume pas au marché de l'art, au spectacle médiatique, à ceux qui occupent la scène avec leurs installations débiles, on trouve effectivement plus facilement des artistes dans les marges, la bohème, que chez les hommes d'affaire. Il faut avoir la vérité chevillée au corps, pas se prendre pour un génie ou une vedette. Il n'a jamais été plus facile d'être artiste, illusion rétrospective, il y en aurait eu bien plus. C'est toujours une conjonction improbable, l'art c'est l'exception plus que la règle (la culture).

  31. Rétrospectivement, je me suis demandé si mon com concernant ma généalogie était approprié, mais les réactions ne sont pas virulentes, je m'attendais à des invectives. C'est pas le cas, merci aux commentateurs d'avoir épargné un possible égarement de ma part.

    Dans une discussion, même sur le net, on laisse des bribes de soi vulnérables.

    Concernant Rameau, assez peu connu souvent, il y a eu une polémique avec Rousseau.

    J'invite à lire ceux que ça intéresse :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-P...

    Pour moi, Rameau est un grand compositeur.

    Rugueux au quotidien, mais inventif sur le plan musical.

    Ce que je trouve de valable dans la musique, c'est quand on y trouve de l'inattendu, du bémol, du soupir ou du dièse.

    Il y a bien sûr une part épidermique contestable dans ce sentiment.

  32. @olaf
    Cette généalogie discrète venait très à propos apporter du concret ! Puisque vous parlez de Rameaux, je propose un tableau de la même période qui reste dans le fil de notre conversation : « l’Enseigne de Gersaint » par Watteau. ( facile à obtenir sur Google- images)

    Il a été coupé par un collectionneur d’où la ligne blanche verticale qui sépare à droite le marché de l’art mondain et à gauche l’arrière boutique. Watteau sait qu’il va mourir (phtisique à 37 ans) et un critique intelligent a écrit que métaphoriquement c’est son autoportrait qui est dans la caisse. Et j’ose prétendre pour ma part que la ronde des 6 personnages autour représente les mois de survie qu’il se donne. Sur le mur du fond, allusion à tous les peintres célèbres des siècles antérieurs. La mort a tout de même laissé le temps à Watteau d’inscrire son nom dans une vie des peintres ? Je pense que ce tableau concrétise le sens du commentaire 35 par Jean Zin. Il y a du quotidien rugueux et de la brisure en secret sous l’apparence mondaine…
  33. Comme je l'ai annoncé, je lis le dernier livre d'Henri Atlan (Le vivant post-génomique ou qu'est-ce que l'auto-organisation), livre très sophistique dont je vais faire une critique sévère. Pour lui, la vie n'existe pas mais il adopte la formule "la vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort", ce qui n'a pas grand sens.

    Une des choses les plus amusantes, cependant, c'est qu'il prétend expliquer (p90-91) la poésie du temps par les théories biologiques en cours (ainsi du romantisme vitaliste avec sa spontanéité, son inspiration, puis du formalisme qu'il relie à la cybernétique), c'est à la fois très insuffisant et pas sans intérêt.

    Il prétend aussi (p92-95) que la poésie illustre l'idée d'ordre par le bruit où le brouillage de la signification crée de l'information supplémentaire. C'est très réducteur et ne s'applique qu'à un type de poésie (on aurait du mal à l'appliquer à Ponge par exemple aussi bien qu'à la poésie des XVII-XVIIIème) mais cela peut avoir sa zone de validité sauf que là aussi il faudrait faire intervenir l'après-coup qui sélectionne les non-sens les plus signifiants (tout comme le marché de l'art joue plus sûrement dans l'après-coup de l'histoire que dans les modes du moment).

    Le fait que la sélection après-coup se fasse sur des poètes plus que sur des poésies montre cependant qu'il s'agit de bien autre chose, de positions historiques, d'oeuvres où la métaphore est finement pesée et pas du tout au hasard, parfois même pour tourner la censure comme le montre "l'art d'écrire et la persécution". Là encore il réduit au procédé auto-organisateur ce qui n'est qu'un moyen détourné, un procédé d'artisan orienté vers ses fins. Il ne suffit certes pas de voir dans la poésie une pathologie (ce n'est pas parce qu'Artaud était fou qu'il suffit d'être fou pour être Artaud), même si on peut trouver éclairant de faire de l'artiste une "conscience de soi du deuxième ordre", conscience de soi ayant conscience de soi (p96) ce qui entre en résonance avec la mise en cause de l'auteur dans la poésie contemporaine et la mise en scène de l'écriture dans l'écrit (il n'y a pas d'art naïf, pour s'inscrire dans l'histoire de l'art il faut la connaître, être conscient des risques de répétition au moins).

    En fait, l'introduction de bruit dans les énoncés est ce qui peut faire croire à de la poésie, qu'une machine peut générer, tout comme les machineries Oulipo peuvent créer des poèmes par leurs contraintes arbitraires. Rien qui suffirait à les retenir et les apprendre par coeur ! Ce n'est que semblant, une forme vide sans contenu, une "information" dépourvue de sens. Ce qui retient dans la poésie, c'est le sens (frères humains qui après-nous vivrez), ce qui m'émerveille dans les illuminations de Rimbaud, c'est la vérité sur le désir et notre inhabileté fatale, ce sont les mots choisis (pas au hasard), une polysémie qui n'est pas arbitraire mais constitutive. Les supposés anagrammes que Saussure croyait déceler dans les textes littéraires seraient plus pertinents d'être involontaires, participant à l'insu de l'auteur à l'unité du texte mais sans pouvoir être attribué à un quelconque ordre par le bruit qui n'est qu'une notion confusionnelle n'expliquant rien à ce niveau de généralité, en tout cas pas la création d'information qui est en partie aléatoire, chaotique, mais vient plutôt de l'extérieur (de la perception) et se perpétue par la sélection.

  34. le cri enfièvré et insurrectionnel ( vérité du ratage qui constitu le rapport au réel ) brouille la paix, systemique . c'est le caprice des clases dangereuse et du pouvoir populaire face à l'oligarchie et les marchés financier , seul le cri nique la taule de cette dictature du sepctacle redevenu concentré ( et autoritaire ) . l'art , depuis l'art moderne brouille irritite où déclanche de terrible et insupportables ricanement : c'est le salon des refusés l'acte de naissance de l'art moderne ( 1864 ? ) . un artiste sous HO c'est une type bien refusé surtouty si il a été placé sous HO à l'HP pour son net art . smarts méssages d'un farceur en vie meilleur , chineur en imprévu et qui veille la nuit . la vérité chevillée au corps c'es t les séquelles voir le stigmate des pérsécussion , quand on porte nos quartiers comme une croix , et que nos vies sont aussi triste qu'un linceul , , un futur tabassé à la court neuve les soirs de 31 décembre , telle un feu d'artifice en plein ciel d'hiver finissant . les vrais artistes sont dans la résistance , quand la révolte gronde dans nos résidences .... c'est ça l'art modernes , les fleurs du mal , le génie et de terribles conditions discriminante ( délit de sale gueule , , squat , drogue , violence , psychiatrie , prison , suicides . ) .

  35. Il y a très peu de vidéos de Lacan et donc je faisais référence à cette conférence de Louvain dans l'article sur "le sens de la vieillesse et de la mort" pour la partie où il parle de la mort justement.

    Là, celui qui intervient et que Lacan comparera à un ange, c'est un pro-situ belge, qui se faisait appeler Anatole Atlas et qui écrira les "Manuscrits de la Mère-Rouge". Il manifeste bien ici la bêtise de l'époque, de ce qu'on peut appeler la contestation spectaculaire où le spectacle de la contestation remplace la véritable contestation du spectacle (et où Lacan était méprisé simplement de ne rien y comprendre). Cela me fait penser aux Tiqqun qui voulaient intervenir dans une émission de canal+ mais on s'éloigne du sujet, préférant quand même qu'on parle de l'article dans les commentaires...

  36. c'est aussi bien re dire ( peut on le dire ? ) que la sensation est une information . ramener , aussi par l'art au sens de la vie est au données immédiate de la conscience tel que le corps ( et les drogues) les laissent voir et sentir . et qu'est ce que l'intuition par rapport à l'information ? je pose ces question car je trouve que l'art dont je parle réussit pas trop mal à lier sensible et supprasensible ( esthetique , philosophie de l'art et de la sensation ) ? les anglais on deux mots etonnament proche pour parler de choses qui parfois s'opposent et créer ( ou incrée comme dans une destruction créatif , une catastrophe féconde ) : raison et sentiment , : sens and sensibility ....

  37. plus qu'une fête , la révolution comme régression créatrice ( vers tout un tas d'archaïsmes primitifs et autre totems et divinités paillaines) effondrement sémiotique ( guattari parlant de vincenne paris 8 ce gheto expérimental) , et fièvre de sensations , point critique , moment de vérité après coup (où la castrophe est le premier mots , le balbutiement de l'histoire ) ? cette defintion est elle pour vous probante ?

  38. vous connaissez le livre de la meuf à cornelius castoriadis , pierra aulagnier : "du pictogramme à l'énoncé " ( collection du fils rouge ) ?

  39. Non, je n'ai pas lu.

    Il y a de la fête dans la révolution et c'est bien ce qui m'a exalté dans ma jeunesse mais je ne m'intéresse plus qu'aux changements institutionnels, fuyant désormais le monde.

    Il faut ramener la sensation à l'information, ne serait-ce que pour expliquer que "sentir aujourd'hui la même chose qu'hier, cela n'est pas sentir" mais il ne faut pas pour autant nier le corps et assimiler le numérique à la chair (voir Jean-Luc Marion). Je trouve effectivement que certaines affiches sont très signifiantes (mais l'obscénité n'a plus aucune valeur de transgression).

    "Vivre, c'est être un autre. Et sentir n'est pas possible, si l'on sent aujourd'hui comme l'on a senti hier: sentir aujourd'hui la même chose qu'hier, cela n'est pas sentir". Fernando Pessoa

  40. De mon expérience, il y a un lien entre le questionnement sur le sens de la vie, les questions existentielles, "la fatigue d'être soi" et le degré d'individualisme de sa propre vie et aussi de la façon de vivre ordinaire dans laquelle on baigne. Quand le collectif déconne, "on" en attend des sauveurs, des leaders charismatiques sur qui reporter et se décharger cette question du sens. Quand le collectif est absent, c'est l'angoisse qui refait surface. Mais quand le collectif additionne plus les individus qu'il ne les opposent, c'est la fête. On voit ça aussi dans les équipes de foot ou autres (mais mon expérience de jeunesse c'est le foot). Quand le collectif fonctionne, les individualités peuvent apporter leur petit plus à tout le monde, mais la collection d'individualités ne réussit pas à constituer un collectif. J'ai eu la chance en juniors d'avoir un coach très bon pendant deux ans qui a su nous aider à faire un collectif. Un vrai bonheur que je n'ai pas retrouvé par la suite où le tiraillement des égos aiguillonné par le coach charismatique et/ou gueulard prenait toujours le dessus.

  41. Le route de chacun passe des ferveurs endiablées d'un corps vigoureux aux espoirs institutionnels. Tout cela n'est lié qu'au déclin d'un corps qui se fatigue. J'en suis moi-même passé par là. Mais, arrivé à 74 ans, même les espoirs institutionnels faiblissent. Nous ne sommes, dans nos idéologies et nos passions, que les jouets d'un corps qui vieillit et périclite, sorte de décrépitude générale de l'être. Nous croyons penser et nous ne faisons que renifler.

  42. Oui, on est le jouet de l'ambiance extérieure, des discours à la mode, de l'évolution technique, de notre rationalité limitée tout comme de notre position sociale, de notre histoire, de nos humeurs, de nos pulsions animales et des faiblesses du corps. Beaucoup moins universels et libres que nous ne l'imaginons (ce qui ne veut pas dire qu'on ne le serait pas du tout : déterminés mais responsables).

    Le corps a ses raisons que la raison ne connaît point. S'il y a bien une chose à laquelle on a bien du mal à croire, c'est la vieillesse plus que la mort, les atteintes de l'âge qui modifient nos douleurs et nos plaisirs, jusqu'à nos façons de penser. C'est de l'ordre de l'irreprésentable comme tout ce qui est biologique, quoiqu'on puisse en avoir un aperçu dans les fatigues extrêmes, et quand cela arrive, c'est toujours une surprise.

    Cependant, l'âge ne fait rien à l'affaire, plutôt l'état de santé car, si moi-même je faiblis et que la vieillesse est souvent un naufrage, ce n'est pas le cas pour tout le monde, Stéphane Hessel en est l'illustration, et il n'est pas le seul !

    Il faudrait en tout cas bien distinguer ce qui relève de l'apprentissage, d'un rejet des illusions d'une époque révolue ou d'une jeunesse ignorante, d'avec ce qui relève du repli sur soi, des sens qui se ferment, de la mémoire qui se perd, d'un corps qui nous mène la vie dure, de la perte des plaisirs, de l'état dépressif, de la fatigue d'une vie qui nous quitte déjà. Il y a un moment où l'état de santé nous laisse spectateur mais cela n'empêche pas que nous avons été acteurs de notre vie. Il serait aussi fou de se croire libre de ses choix devant un Dieu qui pourrait nous en accuser que de croire qu'on ne serait que des automates irresponsables. Nous sommes dans l'entre-deux des contradictions de la liberté et d'une histoire en progrès qui n'a pas fini de nous surprendre, en bien comme en mal, hélas !

  43. @Jean Zin : Bon, j'avais cru reconnaître beaucoup de traits Spinoziens dans votre dernier commentaire, comme un déterminisme intégral, un positionnement qui ne met pas l'homme au centre et relativise le concept de liberté, une approche souvent relationnelle des réalités humaines, mais bon, je vais réviser Hegel!
    Vous êtes peut-être Zinien, après-tout.
    Moi je suis bien bricoleur;-}

  44. Je n'ai sûrement pas parlé de déterminisme "intégral" ni minimisé notre liberté effective.

    J'en parle justement dans le prochain billet. Je reproche beaucoup de choses à Spinoza qui bien sûr est un grand philosophe qu'il faut lire mais qui est trop simpliste avec son système géométrique qui dogmatise Aristote et prétend réfuter toute liberté. Je lui reproche surtout son fatalisme et son absence de négativité, lui opposant le dualisme du signal et du signe, de la matière et de l'information, à l'origine d'une dialectique qui n'est effectivement pas exactement celle de Hegel mais on ne progresse qu'en partant des progrès précédent.

    Il vaut mieux faire semblant, comme Kojève, de répéter Hegel comme d'une voix de la raison qui dit toujours la même chose, plutôt que de se réclamer de sa propre philosophie autiste, idiotie de la singularité ou exaltation paranoïaque. La raison est dans l'histoire, le réel nous est commun, les sciences sont publiques. On n'invente rien, on ne fait qu'évoluer en corrigeant nos erreurs mais si on ne fait que continuer, ce n'est pas sans renier le passé aussi en opposition à nos pères. Il n'y a pas d'endroit où se réfugier de l'histoire dans la pure contemplation quand nous ne sommes pas des immortels surplombant le spectacle mais faisons partie de la vague qui nous engloutit.

  45. @Jean Zin :
    Y'a toujours un moment où je décroche, mais j'ai bien raccroché à la dernière affirmation poético-philosophique à laquelle je n'ai rien à ajouter:
    Il n'y a pas d'endroit où se réfugier de l'histoire dans la pure contemplation quand nous ne sommes pas des immortels surplombant le spectacle mais faisons partie de la vague qui nous engloutit.

  46. J'avais fréquenté un agrégé docteur en philo, adepte de Spinoza et lecteur enthousiaste de Robert Misrahi, avec une pointe de piment nietzschéen pour relever la sauce, mais j'ai trouvé étrange cette volonté de la béatitude chez lui, tout était lisse, effectivement une joyeuse adhérence à la prédestination du déterminisme, limite sectaire comme impression.

    Toute question avait une réponse, tout tournait rond et en rond finalement, un charmant cocon de sagesse un peu ennuyeux par moments.

    Largement de quoi s'endormir sur un oreiller.

    Il a avait l'air content avec ça, d'autant plus que ça lui attirait un public, tout aussi béat.

    Mais ça me paraissait fade. Affaire de goût sans doute, je préfère les plats un peu plus pimentés, voire ceux qui arrachent le palais à l'occasion.

  47. @ Michel Martin
    Le ressenti d'être noyé dans le mouvement de l'histoire comme d'une vague qui nous engloutit, risque en effet d'entraîner toute conscience individuelle qui conçoit négativement ainsi sa présence au monde à tenter de s'y soustraire?
    Mais tout aussi bien il existe un ressenti du mouvement de l'histoire où tour à tour nous sommes déterminants autant que déterminés, participant à l'unisson de l'avènement du chant général?

  48. @pch :
    Non, je ne me sens pas plus accablé que ça par ma condition et le déterminisme radical de Spinoza n'est pas non plus fataliste, il dit seulement que tout effet est lié à une cause, c'est chez lui un principe de réalité. Pour ce qui est de fonder la liberté, les théories du chaos me semblent fructueuses, mais en 1670, Spinoza ne connaissait pas.
    C'est en lisant ce petit texte sur Spinoza de Citton et Lordon que j'ai fait quelques rapprochements (mal compris semble t'il) avec le discours de Jean.

  49. @Michel Martin
    Pour tenter de vous répondre, avec mes moyens limités.
    Je ne me permettrais pas de diagnostiquer chez vous « accablement » pessimiste! De quel droit et sur la base de quoi ? D’autant qu'un principe d’optimisme annoncé ne serait pas moins potentiellement risqué : mon « chant général » peut se résoudre en un Requiem terriblement tragique!.

    Dés lors que vaut pour moi l’hypothèse d’une vie non pas créée par un Dieu extérieur, mais du vivant en création continue, je considère comme inintéressant le rapport déterminisme- liberté pour expliquer la créativité. Présupposant que la vie est par elle-même créatrice, et que nous participons du ( et au) monde, le problème est d’avoir conscience de ce que nous nous révélons à nous-mêmes et aux autres comme déterminés- déterminants, dans une dialectique des opposés. Dans un universel Ecoulement- Embrassement, disait le peintre chinois Shi tao : les vertus du couple Pinceau- Encre, rendant compte des qualités du couple Montagne -Eau, témoignent de la diversité des êtres dans ce moment expressif créateur qu’est le Paysage au lavis. En allemand je crois l’Ecoulement correspondrait au verbe ereignen sich (avoir lieu, se passer, constituer l'évènement) et l’Embrassement au verbe einfüllen (s’imprégner de , participer, s’emplir de) Les deux mouvements étant constitutifs d’une rythmique du Moi

    ( fermeture-ouverture. Clivage ou participation)
    Henri Maldiney : ( Le legs des choses dans l’oeuvre de Francis Ponge) : « Etre à la chose, c’est s’y produire. Elle est à chaque fois le lieu focal de l’être au monde, d’où se déploie l’étant selon son être » (Page 80).

  50. @pch :
    Sur le plan de la méthode, je ne me casse pas trop la tête avec nos vénérables penseurs du passé, ce qui ne m'empêche pas de les lire. Je pars du principe que le réel existe, que c'est maintenant (la vague qui nous engloutit), que je peux en observer très imparfaitement une partie et que je suis à la fois acteur et observateur. Toutes les théories et les modèles, les mots, les représentations sont dans ce bazar, ils font partie du jeu pour peu qu'on les sollicitent d'une façon ou d'une autre. Voilà, j'ai presque tout dit et ça n'a que peu d'importance que je puisse avoir raison ou pas, parce que vouloir gagner la conversation, c'est déjà fermer les yeux et les oreilles, mon frère.

  51. @ Michel Martin
    "vouloir gagner la conversation"? Je me suis plutôt laissé gagner inutilement par elle, alors qu'il est pressant d'aller cueillir les cerises avant la pluie! Amitiés

  52. @pch :
    Quand nous en serons au temps des cerises
    Et gai rossignol et merle moqueur
    Seront tous en fête.
    Les belles auront la folie en tête
    Et les amoureux du soleil au coeur.
    Quand nous en serons au temps des cerises
    Sifflera bien mieux le merle moqueur...

    Bonne(s) cueillette(s)

  53. Concrètement parlant, la "vie" est soit un mystère ou une chimère. la réponse est soit possible ou pas si le contenu peut examiner le contenant.
    Rien ne résiste à l'enfantin: Pourquoi ? par un parce que c'est comme çà.
    auquel on peut seulement dire mais Pourquoi ?

  54. Je ne crois pas que "la rose est sans pourquoi", la biologie peut nous apprendre beaucoup, mais le texte sur "le sens de la vie" dont il est fait mention dans le chapeau dit justement que c'est de poser la question du "pourquoi ?".

    Je ne crois pas cependant que le sens de la vie puisse être une déduction rationnelle qui redonne vie à un corps épuisé mais que le sens de la vie est dans la vie elle-même, son énergie vitale, son excès, ce que j'imageais dans "le désir plus que la vie" par les petits chats qui sautent partout. Où l'on voit que le désir de vivre est un produit de la vie elle-même jusque dans ses tendances suicidaires qui poussent à y mettre un terme.

  55. Mais le rationnel est dans le contenant, l'horizon s'échappe à chaque fois , une compréhension est peut être possible mais probablement incomplète mais accessible. la vie semble être ou sinon le silence est l'ame de toute chose au final.

    Pour ce qui est du sens, le texte de l 'ecclésiaste est une réponse qui me semble proche de la vérité.

    Les dimensions que notre esprit perçoit et conçoit sont si vastes qu'elles nous écrasent. Dans cette vie, ce qui est nécessaire doit être fait promptement, le reste est notre liberté.

  56. @Jean Zin :

    Au hasard, récemment en allant au boulot je rencontre une canne et ses canetons, une quinzaine, ils pérégrinaient loin du fleuve dans la minuscule ville où j'habite, très "verte", plantes diverses et oiseaux, sangliers, lièvres, cerfs, hérons cendrés, cygnes en tous genres, aigles, oies sauvages ou faucons que je vois passer devant mon bureau parfois.

    Je me suis demandé pourquoi cette famille de canards s'était éloignée d'une centaine de mètres de leur niche naturelle. Les voitures s’arrêtaient pour les laisser passer. Ce petit défilé de canards peu conscients des risques, mais un peu aussi puisqu'ils suivaient le trottoir, mis à part la traversée de la route, a probablement retrouvé son fleuve.

    Cet excès de la vie je l'ai trouvé chez Nietzsche, jusqu'au gaspillage.

    C'est un peu un paradoxe, à trop compter, la vie se restreint.

  57. L'ecclésiaste est un dépressif qui croit qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil et rien à découvrir car il croit un peu trop en Dieu. Comme disait Lacan, c'est de se faire une idée un peu trop haute de la béatitude qu'on s'en sent exilé. Chercher le bonheur, c'est trouver le malheur. L'erreur, c'est l'idée qu'on se fait de ce qu'il nous faudrait et qui ne nous satisferait pas pourtant. Le problème, c'est que la vie dans sa trop grande générosité, fait bien peu de cas des individus et peut nous écraser mais les raisons de déprimer sont fausses, elles ne s'imposent pas "en vérité" mais souvent par les humeurs du corps, la bile noire de la mélancholie, quand ce n'est pas le contre-coup de nos échecs. C'est aussi faux que les promesses de bonheur, qui n'en sont que l'envers (il n'y a certes pas de repos éternel en ce bas monde). Notre existence est dans le minuscule, le temporaire, l'actuel, la finitude plus que dans ces grandes envolées grandioses et définitives. Il y a du plaisir et de la peine, il y a aussi des périodes de décadence (on sort des 30 piteuses) et des périodes plus exaltantes (le retour des révolutions), les jugements métaphysiques ignorent trop le temps et ses renversements dialectiques mais cela n'empêche pas l'histoire de continuer...

  58. Etre déprimé ou médité est peut être la même chose effectivement, mais ce texte donne comme enseignement que le principal est de croire à ce que l'on fait (que l'on croit en Dieu ou pas peu importe). Si l’ecclésiaste, le quoholet et salomon ne font qu'une personne alors, il n'en ai plus plus à trop croire en Dieu.
    Concernant l'histoire est à l'air de prendre le chemin de s'arrêter sous peu (Ce qui expliquerait qu'il n'y a pas de voyageur dans le temps car nous n'aurions pas eu le temps de l'inventer... clin d'oeil à Hawkins). D'autres pensent que la machine à voyager dans le temps n'a servit que pour se projeter dans le futur et fuir le présent et le passé inintéressant. C'est peut être cela le sens de la vie, aller de l'avant même si c'est allé dans le mur. Ou tout bonnement 42.

  59. Je ne crois pas que l'histoire va s'arrêter, cela fait partie des exagérations trop faciles entre des catastrophes très destructrices dont effectivement il n'est pas prouvé qu'on puisse les éviter et la disparition de l'espèce humaine, voire de la vie. Cela fait partie des dérives trop faciles et complétement erronées. Il faut revenir sur Terre avec les problèmes réels à résoudre réellement.

    42, c'est le numéro ascii du caractère * qui signifie "tout". Pas étonnant qu'une machine n'ait trouvé que ça mais on peut vraiment tout savoir et c'est très différent...

  60. je suis d'accord, le catrosphisme est sans fondement, il faut résoudre les problèmes qui s'offrent à nous. le temps va nous presser, et je ne suis pas persuadé que le nombre permettra la sauvegarde de quelqu'uns donc de l'humanité qui a peut etre son double très loin d'ici (personnellement j'en doute), c'est pour cela que nous devons apporter des réponses. Pour la réponse au sens de la vie, elle est dans chacun de nous, elle se révèle ? elle se trouve ? je n'ai pas de certitude... elle se vit (elle se vit: est d'ailleurs la réponse au 42..., n'oubliez pas votre serviette). Une dernière chose, l'esprit court la rue. la réponse est donc possible pour n'importe qui. mais seul meure le vivant.

  61. @Jean Zin :

    "les raisons de déprimer sont fausses, elles ne s'imposent pas "en vérité" mais souvent par les humeurs du corps, la bile noire de la mélancholie, quand ce n'est pas le contre-coup de nos échecs."

    Je serais plus nuancé, nos faiblesses humorales et autres existent comme un des paramètres de l'existence, mais il y a tout de même une importance du contexte qui aggrave ces défaillances. C'est d'ailleurs, si un j'ai un peu bien compris vos propos, ce que vous mettez en avant dans les conditions de la production et de la vie, de la réaction de la vie.

    En ce moment, bis, ter... repetita, je suis confronté à l'ignominie infecte des bureaux bruyants où je n'arrive plus à travailler, je vous passe les détails invraisemblables, mais je vous garantis que c'est infernal, cette connerie. J'avais bénéficié d'un régime de faveur, car j'avais dit à plusieurs reprises que ça ne me convenait absolument pas. Mais ils pensaient, les uns les autres, et pensent encore que j'allais m'adapter, eh bien non, ça ne me conviendra jamais, plutôt crever que d'accepter ça.

    En tous cas, dans ce type de situation de conflit, je vois le comportement humain qui se révèle être proche des singes dominants ou soumis, ou aussi des rats de Laborit fuyants, stagnant dans l'auto destruction, ou contre attaquant.

    En ce qui me concerne, si on me déclare la guerre, même sans moyens, je mets des coups de pieds stratégiques dans la fourmilière. Il est possible que je perde, tout y compris, mais mes coups rendus peuvent faire perdre beaucoup à ceux qui se croyaient invulnérables. En tous cas je riposte, si ça ne marche pas je fuis ailleurs, mais plus de stagnation.

    Je suis éberlué de voir ce que supportent beaucoup dans le monde du salariat sans entamer aucune action collective de riposte, encore pire se mettant en situation de complicité passive et/ou active. C'est stupéfiant ! Le niveau de la stupidité est invraisemblable, presque magique, un feu d'artifice gigantesque.

  62. Oui, c'est difficile de se faire comprendre dans des commentaires qui sont situés. Là, on parlait de métaphysique, de l'ecclésiaste et du sens de la vie, c'est à ce niveau de généralité que les raisons de déprimer ne s'imposent pas, elles ne sont pas universelles mais il y a incontestablement des situations déprimantes et des raisons de déprimer, simplement il y a aussi des situations réjouissantes et des raisons d'espérer aussi, on passe du rire aux larmes sans pouvoir faire de l'un ou l'autre notre unique vérité ("un temps pour pleurer, et un temps pour rire" car si l'ecclésiaste nous rabaisse devant Dieu, c'est un beau texte, avec du vrai mais contrairement à ce qu'il prétend, on peut jouir de ce qui viendra après nous car on se projette dans l'avenir).

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