Le travail dans la sortie du capitalisme

Du travail forcé au travail choisi
On ne s'en tirera pas en se tournant les pouces. Il y a tout un travail à faire pour sortir du capitalisme et qui consiste principalement à organiser le travail en dehors du capitalisme et donc du salariat, donner les moyens de passer du travail forcé au travail choisi, libération du travail comparable à l'abolition de l'esclavage et que certains appellent un peu rapidement la fin du travail alors que ce n'est que la fin (relative) du salariat et du marché du travail.

Malgré toutes les exagérations sur l'automation et l'âge de l'abondance, ce n'est absolument pas la fin de la production ni des services ou des fonctions sociales. A l'opposé des illusions d'une production qui se ferait toute seule, il s'agit d'arriver à "produire la richesse autrement" en relocalisant l'économie notamment mais, pour cela, il faut prendre la question du côté de la production et non du côté de la consommation avec un moralisme sans aucune effectivité.

Le préalable d'une véritable alternative au capitalisme serait, en effet, d'abandonner les tendances idéalistes actuelles et revenir sur terre, admettre qu'il nous faut prendre en compte la réalité concrète de la production et qu'il y a une limite à ce qu'on peut espérer, à la conscience de soi comme à la maîtrise de notre avenir. Pour être effectif, le dépassement du capitalisme doit s'appuyer sur le mouvement réellement existant, sur l'adaptation des rapports sociaux aux nouvelles forces productives et non sur nos préférences subjectives, nos croyances religieuses ou nos réactions émotionnelles.

Ce que les luttes pour l'émancipation peuvent nous faire espérer, ce n'est pas rien puisque c'est une conquête du même ordre que l'abolition de l'esclavage, conquête fondamentale s'il en est mais dont il faut se rappeler qu'elle n'a pas débouché pour autant, loin de là, sur une liberté totale ni même sur l'émancipation des travailleurs qui ont dû conquérir de haute lutte depuis protections sociales et droit du travail. Nous avons à faire le pas suivant avec la difficulté de devoir tenir compte de la nouvelle rupture de civilisation que nous connaissons à l'ère de l'écologie, de l'information et du développement humain.

Des alternatives concrètes

Avant d'aborder la question d'une production alternative, le premier obstacle à lever, c'est l'illusion trop répandue qu'il faudrait rêver à quelque utopie et fonder notre projet politique sur nos valeurs ou nos convictions. On voit le résultat de cette "loi du coeur", qui n'est rien d'autre que le symptôme de notre impuissance, avec l'émiettement en petites chapelles. L'histoire n'a jamais consisté en un chemin de fleur qui réaliserait tous nos désirs mais à prendre position entre les alternatives politiques du moment et profiter des quelques opportunités qui s'ouvrent à nous. La question politique que nous pose la conjonction des crises économique, écologique, technologique n'est pas de tout reprendre à zéro mais des possibilités objectives qui nous restent de préserver nos conditions de vie et de continuer l'émancipation humaine dans ce véritable changement d'ère que nous vivons. Ce n'est pas de prendre ses désirs pour des réalités et de faire preuve d'un volontarisme voué à l'échec mais d'établir une stratégie effective pour la construction d'alternatives concrètes car la voie est étroite entre le possible et le nécessaire.

Dans le contexte actuel, on a un besoin urgent d'une critique implacable, et d'abord du volontarisme et de l'idéalisme dominant. Ce n'est pas en remettant en cause le langage ou tel ou tel concept qu'on changera la réalité, retrouvant une communication universelle. Il ne s'agit pas de révolutionner les idées ni les esprits comme un quelconque paranoïaque. Ce qui ne veut pas dire qu'il faudrait accepter l'état des choses sans rien faire ni qu'on n'aurait pas besoin d'idées révolutionnaires mais la question qui nous est posée d'abord, ce n'est certainement pas de convaincre les gens alors qu'on ne sait pas quoi faire, qu'il n'y a aucun accord sur ce qu'il faudrait faire car chacun croit le savoir par une sorte d'évidence qui n'est malheureusement pas la même pour les autres... Il y a confusion entre les dimensions éthiques, religieuses et politiques, entre les niveaux individuels et collectifs. A l'opposé de ces effusions métaphysiques globalisantes perdues dans l'abstraction d'un au-delà inatteignable, c'est tout au contraire au niveau local qu'il faudrait agir pratiquement, et dès maintenant. Il n'y a que des alternatives locales à la globalisation marchande, c'est notre réalité, notre environnement, c'est le territoire qu'il nous faut réhabiter et qui nous ramène sur terre, y compris dans les rapports avec nos concitoyens.

Rien n'empêche bien sûr les expériences communautaires mais c'est tout autre chose qu'une politique communale, la municipalité étant prise comme unité de base de la démocratie (le dème est à l'origine un découpage territorial à l'opposé des solidarités communautaires). Ramener la politique à une démocratie de face à face, avec nos voisins et les gens tels qu'ils sont, pas comme on voudrait qu'ils soient, permet de tempérer nos idéalisations et de mieux évaluer ce qui est praticable. Il ne s'agit pas de s'enfermer pour autant dans sa petite municipalité comme si le monde ne s'était pas globalisé mais seulement d'équilibrer la globalisation marchande par une relocalisation de l'économie et des alternatives locales dans une économie plurielle, au lieu de rêver à une conversion planétaire de l'humanité toute entière à une nouvelle religion écologiste ou quelque autre conception totalitaire qui voudrait arrêter l'histoire, contrôler nos désirs et uniformiser le monde.

Qu'on ne s'y trompe pas, nous vivons bien une époque exaltante malgré les menaces qui s'amoncellent. Nous sommes à l'aube d'un monde nouveau celui du numérique et de l'écologie qui sont plus liés qu'on ne croit et nous font entrer dans une ère nouvelle où toutes nos anciennes conceptions devront être révisées. Alors qu'on se croyait à la fin de l'histoire, nous retrouvons la vie historique avec toutes ses incertitudes face à des enjeux vitaux. Ce qui est certain, c'est que nous vivons une rupture anthropologique, une révolution comme on en a peut-être jamais vue et qui nous prend de court mais qui ne sera certainement pas une révolution selon nos désirs les plus fous. Il faut y insister, ce n'est pas le subjectif qui compte, "décoloniser l'imaginaire" en attendant un miracle, mais l'objectif au contraire, en tant qu'il est l'objet de controverses politiques et confisqué par les tenants de l'ordre établi. Ce qui importe surtout, ce sont les institutions et dispositifs concrets qu'on peut y opposer pour répondre aux transformations déjà effectives. Or, le problème actuel est plutôt la désorientation produite par l'obsolescence des anciennes idéologies et la difficulté de penser cette rupture, parée de tous les fantasmes mais superbement ignorée dans l'obsession d'un retour en arrière.

La question est bien cognitive même s'il ne s'agit en aucun cas de questions d'experts (ni de revenir au "socialisme scientifique"). Les faits ne parlent pas d'eux-mêmes. Le cognitif est toujours l'objet de controverses politiques car il y a des alternatives, des choix à faire parmi les possibles pour agir dans un monde incertain. Seulement, les possibles sont très restreints malgré tout et ne dépendent pas de notre bon vouloir. Il ne faut pas trop faire appel au sentiment dans ces affaires, comme n'importe quel dictateur ou démagogue, mais à la raison, et ne pas surestimer une démocratie mal en point, surestimer la possibilité de choisir son destin tout comme de se faire le porte-parole d'une prétendue volonté générale. L'évolution est toujours une adaptation en même temps qu'une complexification la plupart du temps. La marge de manoeuvre est étroite et concerne principalement les inégalités (lutte des classes qui n'en finit pas) mais il faut d'abord que ça marche et que ce soit durable, adapté à notre temps, aux nouvelles technologies, aux contraintes écologiques et à notre environnement humain (économique, politique, religieux) dans toute leurs diversités. On voit la difficulté de la nécessité de tout reformuler pour adapter les nouveaux "rapports de production" aux "nouvelles forces productives", tout comme pour reconsidérer la place du local dans un monde globalisé.

Dans ce contexte révolutionnaire où c'est la réalité qui a changé et nous devance, les idées qu'on va défendre ici paraîtront aussi audacieuses que n'importe quelle utopie, très loin des revendications habituelles en tout cas, mais ce n'est pas leur audace qui compte, seulement leur justesse et leur praticabilité. Ce sont surtout des dispositifs réellement existants et qui sont "le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses". Il ne s'agit pas de se lancer dans un gigantesque brain storming, internet s'en charge et c'est bien décevant, mais de coller au réel en partant de ce qu'imposent les conditions nouvelles tout autant que les contraintes systémiques ainsi qu'en tenant compte des échecs précédents, qu'on ne peut ignorer, d'étatisation de l'économie ou d'autogestion. Il faut s'en persuader, il n'y a pas tant ce qui est bon et ce qui est mauvais que ce qui marche et ce qui ne marche pas, le volontarisme ne pourra jamais que s'y casser les dents.

En tant qu'écologiste, on a le besoin absolu d'être matérialiste mais d'un matérialisme dialectique qui ne soit pas réductionniste ni dogmatique, un matérialisme non des causes mais des effets, où les contraintes matérielles s'imposent par la sélection après-coup (en dernière instance) et non par nos bonnes intentions. Il ne s'agit pas de prêcher un déterminisme total où l'esprit ne serait que le reflet de la matière, au contraire, il s'agit de prendre acte de nos aveuglements qui nous condamnent à procéder par essais-erreurs. Pour ce matérialisme dialectique, l'objectivité n'est pas dans la science préalable mais dans l'expérience, dans le résultat en ce qu'il manifeste des contraintes effectives et rétroagit sur l'intention initiale. Ce soupçon sur le savoir, qui est la marque de l'apprentissage et d'une histoire en train de se faire, nous oblige à d'autant plus de science, à s'informer le plus complétement possible, à tenir compte des savoirs accumulés tout comme de l'examen rapproché des faits.

Pour clore ces questions de méthode, il faut rappeler l'importance des notions d'écosystèmes et de système de production qui sont essentiels pour tenir compte des interdépendances, des circuits, des équilibres, nous obligeant à penser global chaque système (dans une pluralité de systèmes). Cela nous apprend au moins qu'on ne peut prendre la question du côté de la consommation mais plutôt du côté de la production et du travail lui-même, ou mieux du système de production où devront se combiner production, reproduction, échanges. C'est le défi auquel il nous faut répondre d'un système de production alternatif et pas seulement de mesures isolées. Il faut apprendre à penser global, ce qui est tout aussi vital que de ne pas être tourné vers le passé mais de construire l'écologie de l'avenir, ce qui veut dire notamment en tirant parti des technologies numériques qui sont au coeur des bouleversements en cours.

De l'ère de l'entropie à l'ère de l'écologie

La rupture anthropologique que nous vivons peut se résumer au passage de l'ère de l'énergie à l'ère de l'information, c'est-à-dire de l'ère de l'entropie à l'ère de l'écologie dans un saut comparable à celui du vivant qui arrive à s'opposer à l'entropie par la reproduction et l'homéostasie, dans une évolution complexifiante. Rien de tout ceci n'est évident puisque ce qui apparaît dans un premier temps, c'est le caractère intolérable de l'entropie à laquelle le souci écologique n'a pas encore mis un terme, c'est la conscience des destructions passées et des menaces dont il faut se prémunir. Seulement, l'ère de l'écologie devra bien mettre fin à la dévastation de la Terre avec la mise en culture de la nature, le respect de ses cycles biologiques et des équilibres climatiques. Dans ce cadre, la définition la plus large qu'on peut donner du travail, au-delà de sa signification physicienne de dépense d'énergie et dès lors qu'il ne s'agit pas de dépenser de l'énergie en pure perte, c'est son caractère anti-entropique qui va du ménage à la culture des sols, de la construction jusqu'à la programmation et l'information.

Difficile à croire cette interprétation optimiste de l'écologie, sans doute, tout autant que de croire qu'on entre dans un monde où l'information serait plus importante que l'énergie alors que les énergies renouvelables sont encore si minoritaires et que le pétrole est en voie d'épuisement. Difficile de parler d'immatériel enfin quand ce sont toutes les matières premières qui vont manquer avec le développement des pays les plus peuplés - car l'immatériel ne supprime évidemment en rien le matériel. On peut donc bien prétendre que rien n'a changé, que notre société est toujours industrielle, voire hyperindustrielle, de même qu'on peut constater qu'elle est toujours agricole mais c'est refuser de prendre en compte la part grandissante de la production immatérielle, qui est un fait massif, et la différence des logiques en jeu, notamment en ce qui concerne le travail car plus encore que les produits (financiers, culturels, médiatiques, publicitaires), c'est le travail qui devient immatériel passant du travail de force (travail forcé qui se mesure par le temps) à la résolution de problèmes (qui se mesure au résultat seulement) exigeant la mobilisation de notre subjectivité et de notre autonomie pour occuper une fonction plus qu'un emploi. C'est ce qui rend d'autant plus nécessaire que ce soit un travail choisi, travail autonome, par objectif, et non plus travail subordonné mesuré par le temps (ce qui n'est viable, on le verra, qu'à condition de bénéficier d'un revenu garanti).

On peut penser qu'il est un peu abusif et réducteur de parler de "capitalisme cognitif", tout comme d'intelligence collective. Il n'empêche que ce qui remplace la force de travail désormais, c'est bien la compétence, la qualification, les connaissances particulières de chacun, sa subjectivité, son affectivité. Non seulement un "savoir-faire", nous disent les publicitaires, mais un "savoir-être", en tout cas tout ce que les machines ne peuvent pas faire toutes seules. On peut dire que ce n'est pas vraiment nouveau non plus, tout travail mobilisant l'humanité des travailleurs qu'on ne peut jamais réduire à la force animale. Sauf que c'est devenu le coeur de la production, le travail immatériel se révélant dès lors inadapté à la logique salariale héritée des industries de masse, la peine des corps ne pouvant plus unifier l'activité productive, une partie de la population pouvant même être rejetée comme "inemployable" par manque de qualifications adaptées.

Il faut ajouter que ce n'est pas seulement la force de travail et le salariat que le numérique rend obsolètes. Le capitalisme se trouve remis en cause par l'économie immatérielle dans ses fondements mêmes, que ce soit le travail (autonome), la propriété (numérique et biologique) ou la valeur (spéculative). En effet, parmi les différences les plus significatives de l'information avec l'énergie, il faut souligner son caractère non-linéaire, sans proportionnalité entre la cause et l'effet (une petite information peut tout changer). Une de ses conséquences est de rendre la valeur d'échange plus incertaine, éphémère et pour tout dire spéculative, un peu certes comme les tulipes en 1637 ou les oeuvres d'art, manifestant si souvent la folie des foules plus que leur intelligence collective, sauf que cela ne touche plus seulement les marges mais une part de plus en plus importante de la production où la valeur immatérielle et publicitaire des marques dépasse largement les coûts matériels des produits, où la conception est plus importante que la production. Une autre conséquence immédiate de la non-linéarité du monde de l'information ainsi que du passage à une économie de la demande, grâce au numérique permettant de coller à ses fluctuations, c'est l'extension d'une précarité si difficile à vivre sans protections adaptées.

L'autre caractéristique problématique du numérique est mieux connue de la gratuité qui s'oppose frontalement à toute propriété intellectuelle ou immatérielle et contre laquelle les lois tentent vainement d'ériger des barrages juridiques, manifestant ainsi que nous sommes encore au tout début d'un monde nouveau dont les logiciels libres témoignent, où la notion de bien commun aura été étendue au partage des connaissances et à toutes les productions numériques, dans la continuité de la science mais cette fois pour des raisons largement techniques, obligeant dès lors à repenser complétement les modes de rémunération des travailleurs du numérique au moins.

Non seulement l'économie de la connaissance est fondamentalement inappropriable mais une autre caractéristique de ce qu'on peut appeler une économie de l'attention, c'est qu'elle n'est pas extensible. Une fois le marché saturé (on y est presque), il n'y a plus de croissance immatérielle possible, ce qui devrait achever de décourager les capitalistes d'y investir. Notons que des entreprises comme Google sont devenus capitalistes largement après-coup, les capitaux étant moins ici une condition qu'une conséquence de la captation des flux.

Il ne faut pas se cacher les problèmes écologiques posés par l'extension des produits numériques à plus de la moitié de la population mondiale déjà (mobiles et tv surtout). C'est qu'il n'y a pas d'immatériel sans support matériel. Ce n'est pas seulement la consommation d'énergie qui est plus qu'améliorable, les procédés de fabrication, les composants sont à revoir avec plus de modularité pour réduire l'impact de l'obsolescence produite par l'innovation technologique. Il y a de véritables défis qu'il faudra relever pour rendre le numérique soutenable mais on ne pourra plus s'en passer car il fait partie de la solution plus que du problème.

Il faut se garder de réduire les produits numériques à de simples marchandises ou des gadgets comme disait Ellul, ce qui est légèrement exagéré pour ce qui est en passe de faire partie des droits de l'homme primordiaux, même si la part de prestige n'en est pas absente bien sûr. On se trompe à réduire les supports de la communication à la consommation de biens alors qu'ils servent à créer et maintenir des liens, les réseaux sociaux étant l'application majoritaire. On peut toujours trouver critiquables les musiques à la mode et les contenus culturels de masse, on ne peut les réduire ni au matérialisme, ni à l'individualisme. Au lieu de voir dans l'accès de tous à l'expression numérique un signe de la décadence de l'esprit, comme si le passé ne témoignait pas d'un état de fait bien plus ancien, il faut y voir au contraire le premier pas vers une intelligence collective à construire, les débuts de notre alphabétisation.

Aucun retour en arrière n'est pensable, l'écologie de l'avenir, c'est bien l'écologie à l'ère de l'information. La bonne nouvelle du souci écologique s'imposant au monde par l'information justement, c'est qu'il est la promesse de la fin du désastre, fin d'une entropie trop anthropique, promesse d'un monde plus responsable et vivant qui n'ira plus à sa perte mais pourra continuer à se construire et se complexifier avec le temps. Il y a un monde en train de finir, celui de l'entropie, de l'énergie, de l'irresponsabilité et de l'ignorance mais nous sommes au début d'un nouveau monde, d'une ère nouvelle qui commence à peine et qui nous laisse désorientés dans un monde devenu obsolète aussi bien dans ses idéologies que ses institutions.

Du salariat au développement humain

Il y a de multiples raisons de vouloir sortir du capitalisme, au moins de ce qu'on peut appeler un "totalitarisme de marché" contaminant toutes les activités. Il y a des raisons sociales depuis l'origine, des raisons écologiques nous obligeant à sortir du productivisme mais il y a aussi désormais des raisons économiques, voire techniques, de sortir du capitalisme et du salariat pour adapter les rapports de production aux nouvelles forces productives immatérielles, nous donnant une chance de réussir là où les divers socialismes ont échoué. Le capitalisme industriel est basé sur le salariat puisque c'est du capital qui produit du capital (du profit) grâce au travail humain dont il augmente la productivité par ses investissements. Sortir du capitalisme signifie sortir du salariat et de ce qu'il garde de l'esclavage comme travail forcé, en donnant les moyens à tous d'un travail choisi ainsi qu'en réorientant l'économie sur le développement humain. C'est ce travail post-capitaliste, post-salarial, dont il faut dégager les moyens institutionnels et financiers.

L'ouvrier vend sa force de travail parce que, ne disposant pas des moyens de production, il ne peut l'utiliser pour son propre compte. S'il n'était pas un libre citoyen, on ne permettrait pas au prolétaire de céder sur le marché une faculté personnelle telle que la force de travail (toute sa personne appartenant déjà, de droit, à d'autres). Mais s'il n'était pas dépossédé de toute ressource économique, il n'aurait aucune raison de la céder. Libre et dépossédé à la fois : l'indépendance juridique va de pair avec la dépendance matérielle. (Paolo Virno, Le souvenir du présent, p157)

On s'est un peu emballé sur la question de la "fin du travail" qui n'était pour Jeremy Rifkin que "la fin de l'emploi". L'automatisation a donné l'illusion à beaucoup d'un âge de l'abondance où les machines feraient tout le travail sans nous. On a voulu expliquer aussi par cette automatisation un chômage de masse qui a pourtant des raisons largement monétaires, on s'en aperçoit mieux en temps de crise, et ne touche pas tous les pays. Définir, comme on l'a fait, le travail au niveau le plus général comme ce qui s'oppose à l'entropie suffit à montrer que ce n'est pas le travail qui peut manquer, seulement d'en trouver rémunération. Les chantres de la fin du travail négligeaient aussi le besoin pour chacun/chacune de valoriser ses compétences, d'accéder à une reconnaissance sociale, y compris financière. On peut toujours dire que ce n'est plus un "travail", si l'on veut. Il y a bien quelque chose qui finit, une forme de travail, celle du salariat avec la valeur-travail comme mesure de la valeur d'échange. Ce n'est pas la production de richesses elle-même qui finit, ni les échanges marchands. Il ne s'agit pas de vivre en vacances perpétuelles mais bien de produire la richesse autrement et de relocaliser l'économie autant que faire se peut.

La critique du travail aliéné reste indispensable pour améliorer les conditions de travail et les droits des travailleurs sans qu'on se croit obligé de glorifier le non-travail pour autant, encore moins la consommation de loisirs. On peut prétendre que le nom de travail est récent, désignant une réalité tout aussi récente : le travail salarié qui ramène toutes les activités productives à une mesure unique indifférenciée, celle du temps de subordination ou du temps machine, mais ce n'est pas une raison pour prétendre que le travail serait une invention récente alors que le labeur date au moins du néolithique, quand il a fallu gagner sa vie à la sueur de son front en abandonnant la vie de chasseur-cueilleur. Depuis ce temps de labours, on a connu esclavage et servage pour faire le travail, dans des conditions guère enviables. Les conditions de travail se sont considérablement améliorées jusqu'à pouvoir rendre le travail désirable (même pour les riches!). Ce n'est pas le cas général encore, sans aucun doute, mais il se pourrait qu'on aille majoritairement, notamment à cause du travail des seniors, vers une amélioration plus qu'une dégradation des conditions de travail, selon un renversement comparable au passage du travail forcé des fous dans les asiles à l'ergothérapie, où le travail qui était abêtissant se révèle pouvoir devenir un travail désirable et même thérapeutique, où il devient "le premier besoin de l'homme" comme dit Marx. Il ne s'agit donc pas de supprimer le travail magiquement mais de sortir de la subordination salariale et de la dépendance des entreprises capitalistes, en généralisant le travail autonome ainsi qu'en favorisant les échanges de proximité. Il s'agit plutôt de changer le travail pour changer la vie.

On ne peut qu'être d'accord avec les "critiques de la valeur" sur le fait qu'il y a une solidarité systémique entre le salariat basé sur le temps de travail, les marchandises où la valeur d'échange prend le pas sur la valeur d'usage, et l'autovalorisation du capital qui détermine la production par les marchés financiers. Ce n'est effectivement pas que les rapports humains sont ramenés faussement à des rapports entre choses mais bien que ces rapports impersonnels et abstraits constituent "les rapports réels du capitalisme qui structurent sa trajectoire dynamique et sa forme de production" (Postone, p. 19-20). La découverte de Marx, c'est bien la notion de système de production où consommation, distribution et production sont solidaires, font système, qui s'impose à nous par son dynamisme, son productivisme, ce qu'on appelle le "cercle vertueux de la croissance", malgré ses inévitables crises cycliques qui s'imposent tout autant (comme disait Schumpeter, s'il y a croissance, il doit y avoir décroissance...).

"La domination sociale ne consiste pas, à son niveau le plus fondamental, en la domination des hommes par d’autres hommes, mais en la domination des hommes par des structures sociales abstraites que les hommes eux-mêmes constituent" (Postone, p. 53-54)

Ce qu'on peut reprocher cependant aux "critiques de la valeur", c'est de croire qu'il suffit d'en dénoncer le "fétichisme" pour s'affranchir du système en même temps que du fétichisme. Par son travail l'homme se produit comme résultat d'un processus qui le dépasse et qu'il ne peut se réapproprier complétement. Marx lui-même pensait qu'on devait retrouver la maîtrise collective de ce qui n'était que le poids de nos propres actions mais cela s'est révélé pas si facile. On ne peut faire plus que tenter de construire un autre système, moins productiviste et plus adapté aux nouvelles forces productives, pas se passer de système pas plus que de langage ou même de monnaie. Notre dépendance du marché financier commence d'ailleurs bien avant le capitalisme industriel puisqu'on peut la dater au moins de l'inflation qui a suivi l'apport d'or et d'argent d'Amérique en Espagne, touchant les autres pays et tous ceux qui se croyaient complétement en dehors des circuits internationaux n'ayant eu vent de ces découvertes lointaines. On ne peut rêver s'affranchir de cette causalité systémique qui résulte des flux contraires d'argent et de marchandises, du caractère social de la monnaie et de la production. Dénoncer le fétichisme de la monnaie ne change en rien sa valeur effective, son efficace, bien qu'elle puisse perdre aussi toute valeur quelquefois. Cela devrait juste nous faire réviser notre mépris pour le fétichisme tribal, la monnaie étant, comme le langage, l'incarnation de la société comme un tout (ce pourquoi si on augmente la masse monétaire l'inflation tend à la ramener à sa valeur initiale). Il ne suffit donc pas de dénoncer les ressorts d'un système, il faut pouvoir y opposer un autre système qui soit viable, il ne suffit pas de dénoncer l'aliénation salariale, il faut organiser le travail autonome en tenant compte de la "détermination en dernière instance" par l'économie, c'est-à-dire la sélection après-coup des systèmes les plus viables sur le long terme. Il n'y a pas de mystère de la valeur qu'il suffirait de dévoiler comme si les causalités étaient idéologiques, pur illusionisme escamotant ainsi une causalité matérielle bien réelle (le "bon marché des marchandises"), ce qui est un comble, on l'avouera, pour des lecteurs de Marx !

Il ne suffit donc pas de "se libérer du travail" comme de ses illusions pour retrouver une liberté naturelle et des vérités éternelles. C'est très concrètement qu'il faut construire une production alternative et développer l'autonomie individuelle. L'autonomie n'est pas une propriété naturelle comme s'en persuadent si facilement les dominants, c'est une construction sociale, de même que les échanges de proximité et les coopérations locales ont besoin d'être organisés collectivement pour être facilités sans pouvoir se fier à une "pollinisation naturelle" pas plus qu'à une providence divine qui arrangerait tout cela tout seul.

Quand on prend ces questions au sérieux, dans leurs modalités matérielles, on se rend compte qu'on passe bien du quantitatif au qualitatif conformément à la logique hégélienne (quantité/qualité/mesure) sans que cela change autant le travail lui-même qu'on pouvait l'imaginer, sans même que cela fasse reculer le quantitatif qui se développe au contraire avec la numérisation. Délivrés du travail abstrait mesuré par le temps nous rend plus dépendants du résultat, de notre production effective. L'aliénation peut s'en trouver renforcée, nous touchant de façon plus intime. Tout de même, on va vers la fin du travail comme équivalence indifférenciée au profit de la valorisation du savoir-faire, on va du travail sans qualité à la qualification, du travail forcé au travail choisi, progrès comparable à la libération de l'esclavage avons nous dit, même si c'était loin de nous avoir ouvert les portes du paradis...

La seule voie praticable au-delà d'une régulation du capitalisme, c'est celle de l'organisation d'une production alternative. Répétons-le, il faut partir de la production plutôt que de vouloir restreindre autoritairement les consommations. Il serait insupportable de vouloir définir des besoins universels, même si on doit forcément décider des priorités collectives, ce serait un régime politique inquisiteur et arbitraire. Au lieu de vouloir définir nos besoins et restreindre nos libertés, il nous faut conquérir au contraire de nouvelles libertés, partir du producteur comme personne singulière et l'aider à valoriser ses compétences ou ses talents. C'est le passage de la sécurité sociale au développement humain, qui est pour Amartya Sen un développement de l'autonomie (des capabilities) mais qui est surtout exigé par le travail à l'ère de l'information tout comme par un souci écologique qui doit s'appliquer prioritairement aux sociétés humaines et à la qualité de la vie.

Les institutions du travail choisi

Il ne faut pas se cacher ce que peut avoir de décevant le fait qu'il n'y ait que des alternatives locales à la globalisation marchande alors qu'on voudrait tout changer d'un seul coup d'un seul. Des relais nationaux ou européens peuvent être très précieux, donnant une dimension plus large aux micro-expérimentations et favorisant leur contamination, beaucoup doit être fait aux niveaux nationaux et européens, des mouvements mondiaux peuvent éclater mais si une relocalisation est nécessaire, elle doit inévitablement se faire localement, véritable mise en pratique de la maxime écologiste "penser global, agir local", sachant qu'on doit privilégier la dimension politique et collective. Au moins, l'avantage, c'est qu'on peut agir dès maintenant au niveau local, pour peu que les conditions politiques s'y prêtent, sans attendre une hypothétique révolution mondiale, et même si cela paraît beaucoup moins exaltant. La généralisation de ces transition towns pourrait d'ailleurs être assez rapide à l'ère du numérique.

Les dispositifs concrets du travail autonome et de la relocalisation ont été rassemblés en 1997 par André Gorz dans ''Misères du présent, richesse du possible", à partir du mouvement réellement existant et des nouvelles forces productives. C'est en premier lieu un revenu garanti, objet de nombreuses critiques par André Gorz lui-même avant de s'y rallier car c'est la condition de la sortie du salariat et de la libération du travail. Condition nécessaire, ce n'est pourtant pas une condition suffisante comme le croient la plupart des partisans d'un revenu d'existence mythifié qui doit non seulement être suffisant, pour ne pas être condamné aux petits boulots, mais s'inscrire dans une production alternative effective. Le revenu garanti n'est pas destiné en effet à la consommation passive de marchandises mais à donner l'autonomie dans le travail, à donner les moyens à tous d'un travail choisi. Cette mesure dépasse le niveau local et semble encore trop irréaliste bien qu'elle finira par s'imposer devant la montée de la précarité (tout comme la gratuité numérique). Elle rencontre des résistances idéologiques et des craintes qui sont du même ordre que celles que pouvait susciter l'abolition de l'esclavage, son financement n'étant pas aussi utopique qu'on le croit car le revenu est déjà largement socialisé. Plus fondamentalement, l'enjeu du revenu garanti n'est pas la consommation mais au contraire d'utiliser des ressources inemployées en favorisant le travail autonome. Ce n'est donc pas une charge mais un investissement comme l'éducation et toutes les institutions du développement humain. Ce qui implique de ne pas s'en tenir au revenu mais de se focaliser sur les conditions de production ainsi que sur les protections sociales d'un travail autonome qui ne peut être laissé hors du champ du droit du travail comme les auto-entrepreneurs actuellement.

Le travail autonome et coopératif est majoritairement local. Non pas exclusivement (avec les réseaux, on peut travailler au loin) mais il constitue une des bases de la relocalisation de l'économie. Pour favoriser les échanges et les services de proximité on a absolument besoin de monnaies locales qui avantagent les produits locaux (en échappant possiblement aux taxes notamment). Cette dimension locale est essentielle, écologique et pas seulement sociale, destinée à la fois à équilibrer la globalisation marchande et fournir un débouché au travail autonome, hors salariat.

Revenu garanti et monnaies locales sont des conditions préalables, reste que le travail autonome n'est pas à la portée de tous, il n'est pas si naturel que le prétendent certains et l'individu n'est pas une entreprise à lui tout seul. Il faut des institutions du travail autonome et du développement humain pour développer et valoriser les compétences de chacun, favoriser les coopérations, connecter l'offre à la demande. C'est le rôle de ce que j'appelle, après Bookchin, les coopératives municipales et qu'André Gorz appelait des ateliers coopératifs. L'intérêt d'en faire des structures municipales est de se déconnecter de la pression des marchés que subissent les coopératives mais il est aussi politique. En effet, la communalisation permet de sortir du communautarisme en mêlant les milieux différents qui cohabitent sur le même territoire. Le principe de la prise en charge de l'économie locale par la municipalité est primordial, non seulement avec une monnaie locale mais aussi avec l'organisation de la production locale. Les coopératives municipales, véritables institutions du développement humain, devraient assurer différentes missions : dynamisation des échanges locaux, services d'assistance ou de formation, valorisation des compétences, aide à l'autonomie et recherche des synergies (coopérations), production alternative non marchande, etc. L'important, c'est de ne pas laisser isolés les travailleurs autonomes et d'apporter les moyens de leurs projets professionnels.

Ces dispositifs dessinent assurément un tout autre monde, bien loin de celui que nous connaissons et des préoccupations actuelles avec une véritable inversion des logiques qui fait que la question de la retraite ne se pose plus du tout dans les mêmes termes par exemple. Il n'y a aucune chance qu'ils trouvent dés lors un écho dans la population avant que la pression de la nécessité ne se fasse plus contraignante. Unique horizon du mouvement social, la défense du salariat semble pourtant bien vouée à l'échec, tout autant que les efforts désespérés des industries culturelles pour empêcher la gratuité numérique. Plutôt que de continuer à subir la destruction du salariat et de ses protections sociales ou de rêver à une étatisation de l'économie, il faudrait pourtant bien passer à autre chose, sortir du capitalisme et du XXème siècle pour entrer très concrètement dans le monde nouveau qui s'ouvre devant nous et que nous n'avons pas choisi mais qui nous a déjà transformés et n'a pas que des mauvais côtés puisque c'est aussi l'ère de l'écologie et du développement humain sinon de la connaissance et de la communication. Etant donnée l'inertie naturelle des systèmes sociaux, une telle rupture ne peut se faire sans une crise de grande ampleur, à n'en pas douter. En attendant la situation ne pourra que continuer à se dégrader. La bonne nouvelle, c'est qu'il ne semble pas qu'on puisse durablement restreindre nos libertés désormais, brider notre autonomie alors que la production en a un besoin vital. L'avenir est à nous, ce qui ne veut pas dire que ça se fera tout seul. Il y a du boulot !

(Article destiné au livre d'Utopia, "Pour en finir avec ce vieux monde", sous le titre "Du travail forcé au travail choisi", mais réduit presque de moitié !)

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102 réflexions au sujet de « Le travail dans la sortie du capitalisme »

  1. “One consideration that should be taken into account when deciding whether to promote the development of superintelligence is that if superintelligence is feasible, it will likely be developed sooner or later. Therefore, we will probably one day have to take the gamble of superintelligence no matter what. But once in existence, a superintelligence could help us reduce or eliminate other existential risks, such as the risk that advanced nanotechnology will be used by humans in warfare or terrorism, a serious threat to the long-term survival of intelligent life on earth. If we get to superintelligence first, we may avoid this risk from nanotechnology and many others. If, on the other hand, we get nanotechnology first, we will have to face both the risks from nanotechnology and, if these risks are survived, also the risks from superintelligence. The overall risk seems to be minimized by implementing superintelligence, with great care, as soon as possible.”

    – Nick Bostrom, “Ethical Issues in Advanced Artificial Intelligence”

  2. Le télétravail (et non le travail à la maison) ne pourrait-il pas représenter une voix vers cette autonomisation du salarié, en permettant de nouvelles politiques territoriales, une création d'espaces professionnels libérés, au moins géographiquement au départ et de manière incomplète, de la logique capitaliste de l'employeur ? Il serait concevable de lancer, à partir de là, des initiatives localisées puisque l'exclusivité du travail, un peu libéré aussi de la mesure temporelle et tourné vers le résultat, acquise contractuellement par l'employeur ne pourrait plus être vérifiée. A partir de là comment le "vendre" par l'intermédiaire d'une logique de marché (fiscalisation ? ce serait insuffisant... qualité ? ça me semble difficile à prouver... par une baisse des couts de logistique ? mais à la charge du travailleur, donc à payer quand même...)
    J'avais peut-être déjà posté un commentaire sur le sujet, je ne sais pas... j'ai l'intuition que le télétravail est le bon levier, mais je n'arrive pas à y trouver une validité dans la monde réel pour l'instant.

  3. Biensur que le travail n'est pas mort, mais il doit mourir pour renaitre.

    Il doit mourrir complétement : il faut casser le vase de soisson, casser le simulacre, détruire les spectacles.

    Il est bien plus important de rendre humble tout travailleur pour le faire réfléchir : sur la condition humain, sur le travail, sur sa place dans la société.

    Comment rendre humble ? En démontrant qu'il y a un référent supérieur : la machine, oui la machine nous est supérieur, il faut l'admettre avant de commettre une erreur a force de compétitivité aveugle.

    Certains scientifiques comme toujours auront du mal a accepter quelque chose d'intelligent autre qu'humain ... c'est très humain, et chrétien. M'est avis qu'avec un processeur a chaine probabiliste on pourrait avoir quelques surprises : encore plus tôt que prévu.

    On ne doit pas vivre dans le déni : notre monde est en réseau, a mon avis ( et c'est mon avis) il n'y aura jamais plus rien de "locale". Se replier au locale ne portera pas ses fruits et affaiblirait les moyens de vie et de survie sur ces certaines crises possibles.

    Il faut profiter de la force du réseau.

    Si les termes sont importants : pourquoii ne pas utiliser réseau au lieu de locale ?

  4. Le télétravail est difficile dans le cadre du salariat et comporte l'inconvénient d'isoler le travailleur mais il va se développer immanquablement, plutôt sous forme de travail à distance, ce qui est un peu différent, avec des contrats d'objectif. Il faut en tout cas absolument éviter de voir dans le télétravail une panacée, ce n'est qu'un élément sans doute relativement négligeable par rapport au fait qu'on travaille à la maison en plus du bureau désormais. Mon originalité sur ces questions, c'est d'insister sur l'environnement et le soutien des travailleurs autonomes qu'il ne faut pas laisser dans l'isolement et donc sur des structures d'accueil plutôt que des incitations fiscales.

    Sinon, j'ai plutôt l'impression que ceux qui parlent de super intelligence ne comprennent pas très bien ce qu'est l'intelligence. L'échec de l'IA est pourtant d'un grand enseignement. Une intelligence est forcément orientée par son intentionalité et sa performance elle-même peut l'aveugler. Il y a derrière ces fantasmes l'idée d'un Dieu omniscient ce qui est une impossibilité, on n'évitera jamais la dialectique du savoir et de la vérité, des essais-erreurs, des emballements et des krachs... Quand aux nanotechnologies, c'est plutôt la solution au manque de matières premières, ceux qui nous effrayent avec des contes cauchemardesques pour enfant à propos des nanotechnologies ne font certainement pas preuve d'une superintelligence !

    Il n'est pas nouveau qu'il y a des machines plus fortes que nous et plus rapides ou plus fiables, cela ne fait en rien les machines supérieures à nous, au contraire plus il y a des machines intelligentes, plus notre supériorité est évidente. il est vrai que la programmation rend humble car on se confronte à nos limites, à nos erreurs, la machine ayant toujours raison et notre objet principal étant le bug. J'ai toujours considéré que c'était le plus grand intérêt de la programmation, comme de la cybernétique, de nous confronter objectivement à notre rationalité limitée mais cela ne fait pas la machine supérieure ni intelligente dans sa mécanique stupide, à refaire le même bug à chaque fois si on ne le corrige pas ! Ce qui nous est supérieur, si l'on veut, c'est le réel en ce qu'il ne dépend pas de nous et nous contredit, c'est la transcendance du monde et l'évolution historique, mais on connaît l'histoire du roseau pensant supérieur à l'univers lui-même bien qu'il n'en soit qu'une nanoparticule imperceptible.

    Les réseaux existent mais ils ne sont pas tout, heureusement. Il faut sortir de ses réseaux affinitaires pour participer à la vie publique dans un face à face démocratique. Ce n'est pas un repli sur le local mais la compensation d'une globalisation qui ne disparaîtra pas et dont on continuera à utiliser la force des réseaux qui ne sont pas si puissants que ça non plus. Il s'agit d'habiter son territoire, de participer à sa vie démocratique et d'apporter un soutien de proximité à des travailleurs qui peuvent (télé)travailler pour des Chinois...

  5. Merci pour ce texte, remarquable de clarté démonstrative.
    Je pose toutefois une question :Un moment crucial de votre développement se situe au moment où vous citez Paolo Virno : On n’a historiquement aboli l’esclavage que pour octroyer à l’esclave le droit de vendre sa force de travail sur un marché concurrentiel. Ces questions de l’appropriation des richesses naturelles et des moyens de production mériteraient un approfondissement. L’instauration de droits fondamentaux par les révolutionnaires français est porteuse de telles ambiguïtés : les hommes sont déclarés naître tous égaux et libres en droit ( pas en fait, comme le slogan républicain le donne à croire)) dans le contexte de la remise en question des antérieurs principes de gestion de la Nature ( dépossession des principes de la féodalité et d’un vicariat de la Création divine par l’Eglise et le Roi) et surtout appropriation privée des biens communaux qui libérait un prolétariat pour les manufactures.
    Un développement , ou des références par des liens sur l’internet, sur cette question de l’histoire des formes de propriété, pourrait-il nous éclairerait sur ce qui n’est qu’indiqué dans votre texte actuel, lorsqu’à la fin vous opposez très judicieusement le concept de « communalisation » à celui malheureusement très problématique de « communautarisme » ?.D’autre part il démontrerait que le raisonnement sous couvert de « valeurs » ( morales ou religieuses) masque des raisons beaucoup plus bassement matérialistes, dont les promoteurs n’ont pas forcement conscience , et qui nous sont révélées seulement après coup, par la réflexion historique sur les documents .

  6. La question ne se pose pas en ces termes, ou plutôt, comme il est dit à la fin, ce qui importe, c'est l'efficacité matérielle, ce qui ne veut pas dire que ça se fait pour des raisons bassement matérialistes, au contraire, c'est souvent par un idéalisme grandiloquent. C'est un peu comme ce que Freud appelait l'étayage de la pulsion : peu importe les fantasmes qui mènent à l'acte sexuel, l'important, c'est qu'on se reproduise.

    Il faut se garder aussi d'avoir une vision trop linéaire de l'histoire. Il n'y a pas eu abolition de l'esclavage avant le salariat mais après, une fois qu'il était bien développé et constituait une alternative évidente. De même, les enclosures ont eu un rôle très important en Angleterre pour fournir une main d'oeuvre forcée aux première filatures, mais cela n'a pas été le cas en France. Encore une fois, c'est la productivité finale qui justifie ce qu'on peut considérer comme une captation injustifiable mais les formes de propriété sont dépendantes d'un système de production. C'est un peu comme les droits sociaux qu'on attribue avec raison aux luttes ouvrières mais qui ne perdurent que par leur productivité sociale. Le petit texte de Marx "Salaire, prix, profit" est instructif sur ce sujet : lui-même pensait comme les économistes libéraux qu'une augmentation des salaires était impossible et ne mènerait qu'à la ruine ou l'inflation. C'est avec surprise que les économistes ont constaté que cela dynamisait l'économie au contraire et la raison pour laquelle le fordisme a fini par s'imposer partout, avec une forme de "propriété sociale" dont la retraite ou la sécurité sociale font partie et qui ne sont donc pas sérieusement menacés, c'est leur financement et leur forme qui sont devenus inadéquats car il faut changer de système de production.

  7. Je ne connais pas la différence entre télétravail et travail à distance (je croyais que télé- voulait dire à distance justement). Je vois derrière le "télétravail" des mises à disposition de moyens de production (disons que cela s'adresse dans un premier temps à des productions immatérielles comme l'informatique) par des collectivités voulant diversifier l'activité économique locale et à un niveau régional une politique territoriale, surtout pas un isolement puisque j'y vois même une opportunité de créer des collectifs d'un nouveau type (si on crée des lieux de collaboration, quand bien même tout le monde ne serait pas sous contrat avec des entreprises différentes ; des entreprises connues louent de tels lieux, encore faut-il les faire vivre).
    En fait j'avoue être un peu persuadé de la pertinence au moins d'une expérimentation, j'ai une assez bonne idée de la mise en oeuvre possible. On ne peut pourtant pas arriver dans une entreprise en lui disant qu'il est possible d'oeuvrer chez elle pour la fin du salariat. Je ne pense pas non plus qu'une voie syndicale soit possible, vue l'orientation actuelle des syndicats et même leur fondement salarial justement. Certes on peut parler des auto-entrepreneurs, qui sont orientés vers le résultat déjà, mais il me semble qu'il serait possible de toucher plus de gens.

  8. @Jean , pouvez vous m'expliquer pourquoi vous ne croyez pas en tant qu'écologiste, que la technologie, les nouvelles technologies ne sont pas un risque en elle même, entre les mains d'humains, ou devenu autonome : et que la meilleur solution est de juste ne pas y penser. J'espère que la réponse sera bien argumenté.

    @ropib il y a la possibilité de faire des centres télétravail ( et non pas forcément travailler des chez soi ). NKM défendait le télétravail, et a fait des rapports à ce sujet

    A votre avis qu'est ce qui ne peut être fait par une machine ?

    Le travail est mort : comme le dit Arthur C Clark dans une entrevu avec sugata mitra ( que vous pouvez voir sur ted) : Si il y a possibilité qu'Un professeur peut être remplacé par des ordinateurs, alors il devrait être remplacé.

  9. Je vais être cru : Comment éduque t'on un chien ou un autre animal a être propre ? On le met en face de sa propre merde et on lui fait comprendre ce qu'il peut faire et ne pas faire : sinon il ne sera jamais propre.

    L'être humain a besoin de regarder la réalité en face, l'être humain a besoin d'une leçon.

    Pour reprendre la citation : L'IA est peut être une étape de la seule dernière voie qui nous est possible d'arpenter.

  10. Il y a beaucoup de choses qui ne peuvent être faites par des machines au niveau humain ou cognitif. Il faut dire que le fonctionnement du cerveau est encore très mal compris, tout comme la vie elle-même d'ailleurs. Cela n'empêche pas qu'un ordinateur calcule beaucoup plus vite que nous !

    Sinon, je suis persuadé que toute technique peut être dangereuse et qu'il faut s'en préoccuper même si on ne peut en supprimer les dangers (les accidents de la route). Je me suis intéressé de près aux nanotechnologies et comme sur l'énergie j'ai trouvé le contraire de ce qu'on dit car c'est plutôt une chance pour l'écologie. Je ne suis pas sûr que ceux qui dénoncent les nanotechnologies pensent, leur propagande étant sur le mode automatique sans l'once d'une pensée, pure technique d'intimidation verbale. La nanotechnologie la plus dangereuse, ce sont les gaz et leurs particules invisibles qui ont montré leur nocivité pendant la guerre de 14. Il y a des risques comparables à l'amiante dont il faut se protéger mais la miniaturisation est indispensable écologiquement, au moins pour le numérique. Il faut être catastrophiste au départ, se soucier du pire, mais l'examen des faits m'a semblé rassurant, très loin des craintes fantasmatiques, on n'est pas dans la science-fiction. Je crois moi aussi qu'il faut en passer par la catastrophe mais pour la surmonter. Je n'ai qu'une chose à dire sur tous ces sujets, qu'il faut les étudier et les approfondir, pas en n'écoutant qu'une cloche, ni les extrémistes des 2 camps.

  11. @ropib : On appelle télétravail en général des salariés qui travaillent de chez eux. Si je fais un travail chez moi et que je le fais pour une entreprise lointaine, cela ne s'appelle pas du télétravail en général, alors qu'on peut considérer qu'une standardiste marocaine qui remplace une française mais travaille dans une entreprise marocaine fait du télétravail... Cela n'empêche pas qu'il peut être pertinent de constituer dans une coopérative municipale une section de télétravail.

  12. Je suis moi-même très circonspect sur tout ça. J'ai dit à Dominique Méda qui m'a commandé ce texte que je n'y croyais qu'à moitié. En fait, j'aligne des nécessités, j'opère des déductions, la capacité de la réalité à y répondre ne me semble pas évidente, mais si la nécessité est réelle il faudra bien trouver un moyen d'y répondre.

    Je me suis interrogé sur la relocalisation dans les grandes villes lors de ma dernière intervention vidéo sur les locavores.

    Le communalisme a un sens dans les grandes villes, c'est d'ailleurs ce terme que revendiquait la commune de Paris, et non le communisme. Il semble malgré tout qu'on a intérêt à diviser les grandes villes en arrondissements, voire en villages. Le besoin est le même dans les grandes villes, plus grand encore, de sortir de son isolement. Si certains aspects de la relocalisation sont plus évidents à la campagne, la valorisation de compétences spécifiques est plus facile en ville.

    Tout cela, ce sont des problèmes à résoudre, que je suis bien incapable de résoudre pour les autres et qui sont très dépendants de la réalité locale avec ses atouts et ses limites. Je donne juste le cadre dans lequel on peut les poser mais il faut que les gens prennent leurs affaires en main et trouvent les solutions viables localement.

  13. En dehors du fait que je pense que vous avez raison et que de tout ce que j'ai pu lire sur le web ces dernières années, c'est vous qui me semblez le mieux laisser entrevoir les perspectives réalisables du futur, et même si vous dîtes vous-même que rien n'est simple et qu'il faudra arriver à la catastrophe pour ne plus avoir d'autre alternative que de changer pour survivre et si possible vivre de façon vivable, j'ai tout de même du mal à concevoir la communalisation. En milieu rural ou dans les petites villes (où il existe déjà des choses de ce genre à l'état embryonnaire, comme par exemple des "groupes d'achat", directement des producteurs organisés en coopératives aux consommateurs, moins cher qu'au supermarché et de meilleure qualité) c'est très certainement possible, mais la grande majorité des gens vivent désormais dans des grandes villes, voire des mégalopoles, et là, j'ai vraiment du mal à imaginer quelque chose de ce genre...

  14. Mais dans votre video, vous n'y arrivez pas, aux grandes villes, vu que vous vous laissez interrompre toutes les 30 secondes par des questions pas toujours vraiment pertinentes. Vous n'êtes pas arrivé au bout de votre raisonnement.

    Donc dans les grandes agglomérations urbaines, vous voyez ça comment? Parce même en supposant que les gens se mettent à faire pousser du persil sur leur balcon, ou même qu'ils utilisent les pelouses pelées de leurs cités pour faire des carrés de salades, d'abord tout le monde n'a pas une âme de jardinier et ensuite ça me paraît plus que limité...

  15. On est forcément dans le limité. Je ne "vois" pas vraiment comment ça peut se passer car ce sont aux gens de reconfigurer leur territoire en fonction de l'histoire du lieu mais il y a déjà des expériences. Ainsi les jardins sur les toits sont pratiqués aussi bien au Vénézuela qu'au Québec. Il ne faut pas croire que c'est tellement plus facile à la campagne. Ici, je n'intéresse personne avec ces idées moyenâgeuses. Il n'y a pas forcément l'envie de se resocialiser, ni toujours le besoin. Il y a simplement des nécessités, des dérives à corriger. Il faut trouver comment à chaque fois en fonction de son environnement, travailler la question, voir les relais sur lesquels on peut s'appuyer pour retrouver une vie de quartier et favoriser l'emploi de proximité (sans aller à l'autre bout de la ville), repenser l'urbanisme avec plus de jardins qui ne sont pas que des gadgets, encore moins obligatoires, mais une reconfiguration de l'espace et la présence de la nature dans les villes. L'obstacle des villes moderne est la mobilité, la réhabitation du territoire ne concerne pas les nomades à la mode mais il y a matière à relocalisation, en commençant petit inévitablement.

    Encore une fois, je dis ça, mais ça me semble guère plus assuré qu'à vous. C'est pas gagné, c'est juste ce qu'il faudrait, pas forcément ce qu'on voudrait, ce pourquoi il faut être forcé de s'y mettre (et s'y mettre avant est sans doute voué à l'échec). Le pire, c'est que ce serait pourtant une amélioration considérable de la vie, et qu'on y viendra tôt ou tard, mais on ne change pas facilement les organisations. Il y a un mur cognitif contre lequel on se cogne et qui est la temporalité même de l'histoire, le temps pour comprendre.

  16. Il y a des projets d'immeuble pour la production de nourriture , a paris et ailleurs.

    Et il y a des entreprises qui vendent des serres pour faire pousser sur plusieurs étages, en pensant au maximum a la place donc a la production par mètre carré.

    Donc il reste les engrais : et on va revenir à l'ancienne, pas si ancien que ca vut que les agriculteurs le font toujours, l'urine et les excréments.

    Enfin le mode de transport sera électrique, mais surement pas des voitures électrique d'une tonne, ( voir plutot scooter, vélo électrique ), et oui le télétravail sera en place : dans le meilleur des mondes.

    @Jean Arthur C Clarke en avait déjà parlé du télétravail, et aussi de la machine a "répliquer" ou a produire ce qu'on veut. Et nous y sommes. Le problème reste celui des ressources, c'est le problème originel de l'économie tel qu'on le conçoit ( ou je dirait concevait car cela va changer car la technologie et le progrès sont une force plus grande que toute utopie que l'on voudrait figer a coté de la technologie).

  17. (* dans les années 60)

    Mais ou est la liberté dans tout cela ?, peut être une question à se poser.

    Ne pas oublier la liberté

  18. Notre liberté est très limitée, beaucoup plus que veulent nous en persuader les commerciaux ou les religieux qui veulent nous refiler leur camelote. C'est parce qu'elle est très limitée qu'il doit être prioritaire de conquérir de nouvelles libertés et de chercher à être le plus libre possible. J'ai toujours mis la liberté au coeur de ma réflexion (philosophie de la liberté), comme la plupart des philosophes mais la liberté est une construction sociale, on va donc vers plus de liberté (au contraire de ce que certains disent, on n'a jamais été aussi libres même si ce n'est pas grand chose). Bien sûr, cela dépend de nous car la liberté ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

  19. On doit malheureusement récuser tout ce qui vient d’être dit sur le teletravail déjà récupéré par la délocalisation : comptabilité d’une boîte française réalisée sur un autre continent, service après vente par téléphonie et ADSL installé par delà les mers,etc… Le télétravail ne constitue plus la réponse qu’on en attendait il y a 50 ans, et ne me parait guère constituer une réponse aux problèmes que pose Jean Zin . De m^me cultiver sur les toits n’est pas impossible, mais ce sera économiquement très marginal. Je reviens sur la question que j’ai posée ci-dessus sur la propriété. Dans les villages ( milieu rural) tous les terrains non constructibles qui étaient cultivés il y a 50 ans par des dizaines de paysans sont loués à bail par une seule entreprise agricole, qui achète tout terrain non constructible dès qu’il est en vente. Comment la terre ou une partie des terres locales peut -être restituée à un dème de citoyens comme bien commun en culture raisonnée ( AMAP, ou jardinage collectif) sans procéder à une municipalisation des sols ? Quelles formes concrètes donner à ce concept de communalité ou de communalisation d’une partie au moins de l’économie?
    J’apprécie la référence que fait en tant que philosophe Jean Zin aux dèmes dans la Grèce antique, et à l’isonomie donc, pour éviter au lecteur politisé de confondre le « communalisme » selon lui avec le sens qu’on lui donne dans le dictionnaire où il est synonyme de communautarisme . Et le dème est dans le radical du mot démocratie !

  20. Il y a quand même une place pour le télétravail, qui n'est effectivement pas une panacée, y compris pour la relocalisation, permettant de rester au pays tout en trouvant à valoriser ses compétences. Rien n'est une panacée, ni les imprimantes 3D, ni les jardins sur les toits qu'il ne faut pas mépriser trop vite mais qui ne sont qu'un aspect minoritaire par rapport au fait que ce qui va dominer, ce sont les compétences immatérielles. La généralisation des jardins en ville nécessite un nouvel urbanisme mais ce n'est pas transformer les villes en campagne. Le gain n'est pas économique.

    La question de la propriété des sols est effectivement décisive mais difficile. C'est sûr qu'une propriété communale serait souhaitable mais on ne voit pas trop comment. Pour Polanyi, il y avait 3 choses qui ne devaient pas faire l'objet d'un marché : la terre, l'argent et le travail. Pour le communalisme, il y a le communalisme libertaire quoiqu'on dise surtout municipalisme libertaire, mais c'est le mot que j'ai trouvé notamment dans "Mon ami Rimbaud" d'Ernest Delahaye, à propos de la Commune de Paris.

  21. pas sans rapport avec l'article , qu'il serait effectivement domage de tronçonner pour publication ( je vous dis qu'il y a un pb et une formule à trouver entre plus sectaire qu'écorev et utopia , mais moins dogmatique que tiqqun . , je viens créer une playliste sur la pages de mes deux pages myspace celle de YLTC et cette de l'institut de recherches sociales de couze . et c'est un mode de programmation assez nouveaux qui permet peut être de s'adresser au seul mouvement de foule réellement furieux celui de l'intrenationnale de la loufoquereie la plus gratinée, les teuffeurs , et les errant de la nuit .

  22. Jean n'est pas seule, et c'est homme il n'a pas toute les réponses. ( ni moi même d'ailleurs).

    Comment dépasser un problème gigantesque ? Comment construire quelque chose qui nous dépasse.

    A plusieurs, avec du temps, avec 'raison'.

    Un travail collectif est déjà accomplis ici et là, mais la ou je suis d'accord avec jean : il n'y a que vous pour agir : personne d'autre n'agira a votre place.

    http://translate.google.com/transla...

    http://fr.ekopedia.org/Accueil

    L'avenir sera l'heure du faites le vous même, mais ensemble. ( dans la meme vision que le logiciel libre, c'est la culture libre )

  23. @pch> J'ai du mal à voir les Nations persister en l'état, et la fiscalisation rattachée au salariat perdurer si on touche au salariat. La délocalisation se pense dans une industrie globalisée, la fiscalité, le droit du travail actuel... aussi. Ca fait que ce n'est peut-être pas le sens du propos. Le télétravail ne peut pas être un objectif, je l'entends comme moyen.
    La délocalisaton ne peut pas être considérée comme du télétravail, c'est la production qui est à distance de ses clients, et non le salarié du lieu de production (de la centralisation de la production).

  24. Il faut garder en tête qu'on n'est pas sortis de l'auberge et que la question n'est pas d'un idéal mais qu'il faudra se sortir d'une situation qui risque d'empirer rapidement. Notamment par une nouvelle crise pétrolière (et monétaire) qui devrait nous décider à entrer vraiment dans l'ère de l'écologie et du renouvelable, seulement il ne faut pas trop rêver sur le court terme pour se projeter à un peu plus long terme sans se faire trop d'illusions sur la situation présente.

  25. Il y a deux monnaies complémentaires en France qui s'expérimentent à part le Sol : l'abeille et l'occitan (je crois).
    Par contre elles ne peuvent se libérer de la taxe sous peine de poursuite judiciaires sérieuses de la part du gouvernement.
    Du coup, je ne pense pas que les monnaies complémentaires puissent éviter la taxe, si ce n'est, et je n'en suis pas sûre, en effectuant les échanges à l'intérieur d'une structure juridique...

  26. Je suis en Grèce pour les vacances, très beauf, je sais...

    Mais j'aime bien ce pays dont j'avais étudié la langue ancienne.

    Lors d'une excursion en bus, truc de touriste que j'ai essayé pour la première fois, la guide après avoir fait un laius en allemand de très bonne qualité sur la mythologie et l'histoire grecque, nous a aussi fait un exposé de la situation économique et sociale en Grèce. Là ça m'a mis sur le cul, que lors d'un voyage de boeufs de touristes, la guide essayait de transmettre un message politique. J'ai trouvé ça bien.

    Sinon la lecture de Védrine récente, m'a procuré aussi des éléments de diplomatie dont on a besoin pour ne pas se prendre les murs de face.

    C'est peut triste à dire, mais la diplomatie me semble utile pour arriver à vivre ensemble sans pour autant être d'accord sur tout. Il ne s'agit pas de reculer, mais de prendre en compte les inerties historiques.

    Pour l'autonomie, elle me parait une condition de la créativité indispensable. On a trop considéré la créativité comme un domaine réservé d'une élite, alors qu'elle est la condition générale de la production. A bien y regarder, il n'y a pas un endroit ou la créativité ne peut s'exercer. C'est sans doute un corollaire à la société de l'information que de se rendre compte de la valeur de l'attention créative.

  27. @Baz : Merci à Baz de ces précisions. Les sels eux sont exonérés de taxe. Il suffit de faire une association municipale, la coopérative, dont tous les citoyens sont membres ? C'est bien sûr de la guérilla juridique qui n'a pas d'autre but que de montrer le bilan positif du système.

  28. Une réflexion que vous semblez confirmer c'est que jamais nous n'avons eu tant de libertés: internet, les réseaux sociaux, les transports et les acquis sociaux ne nous ont jamais tant pourvus! Et une sortie du capitalisme par le travail autonome n'a jamais à portée d'une "classe massive" comme elle l'est aujourd'hui. La démocratisation de la mobilité, de la communication et de l'information nous oblige à défendre le revenu garanti comme investissement dans l'humain et l'avenir, et comme vous le dites pour donner à tous les moyens et j'ajouterai le droit du travail choisi. Ceci n'a rien d'utopique ou alors encore une fois comme vous le dites pour rendre le système efficace et un phénomène de correction de la mondialisation. A quant un mouvement, un parti, un programme pour reprendre cet objectif?
    Ah oui j'oubliais "la crise", le catastrophisme, pour d'autres l'apocalypse même peut nous rendre moins empressés et tellement plus convaincants.
    Pour tout dire je n'ai jamais conçu intellectuellement du moins le travail qu'autonome mais je m'aperçois que c'est loin d'être le cas pour la majorité sur la planète et que cela doit beaucoup à l'histoire et une certaine chance d'être né en France, dans une classe moyenne. Voilà pourquoi si je suis partiellement ironique, je défends et revendique le travail autonome et vous lis toujours avec admiration.

  29. Il faut garder en tête qu'on n'est pas sortis de l'auberge et que la question n'est pas d'un idéal mais qu'il faudra se sortir d'une situation qui risque d'empirer rapidement. Notamment par une nouvelle crise pétrolière (et monétaire) qui devrait nous décider à entrer vraiment dans l'ère de l'écologie et du renouvelable, seulement il ne faut pas trop rêver sur le court terme pour se projeter à un peu plus long terme sans se faire trop d'illusions sur la situation présente.

    entièrement daccord . mais le plus désespérant c'est le silence des resaux numérique . voilà pourquoi il faut faire une revu . moi j'aimerai que ce soit aussi une revue qui parle au fêtard . car chaque nuit l'europe et ces capitales groupe aux palpitation des foules furieuse , histoire de révolution qui se font la nuit ( pour reprendre le titre du bouquin de rancière). la révolution en cours ( il y en a une ) est celle d'un scpectateur émancipé où émerger c'est laisser choir ! . moi je trouve que c'est le public invisible qu'il nous manque et probablement un des nombreux publics à venir . . jouer le pari . croire à l'impossible du strictement réglementaire , niquer le show bizz , favoriser la rencontre de solitaires intentestifs de tout poil ?
  30. Moi, j'en ai un peu ma claque des revues, notamment d'EcoRev' qui est bien mal en point et je constate que je ne suis d'accord avec personne, ce qui est très embêtant. Il me semble plus positif d'en faire un atout en gardant mon indépendance plutôt que de foutre la zizanie dans un groupe.

    Je n'ai rien contre les fêtards qui témoignent de leur désorientation mais je ne m'adresse pas à eux, je fais rarement la fête, je préfère travailler et surtout la solitude... Que des fêtards fassent une revue pour des fêtards, mais ce n'est pas mon affaire (il ne faut pas vouloir qu'on soit tous pareil). La transgression est passée de mode quand il s'agit de reconstruire sur un champ de ruines.

    J'ai cru que la relocalisation pouvait être portée par les écologistes mais ils sont très mous sur la question. J'ai été voir les Alternatifs qui semblaient tout indiqués pour soutenir une alternative écologiste mais ce sont de très sympathiques vieux gauchistes complétement déconnectés des évolutions actuelles. Je ne sais pas s'il y a nécessité d'un parti, sans doute, pour un écologisme municipal qui a vocation à rassembler toute la population locale dans sa diversité, un peu comme les soviets de base. Un parti peut apporter beaucoup mais dénaturerait aussi le localisme.

    Si elles sont pertinentes, la diffusion des idées pourrait être suffisante sur le réseau malgré une plus grande lenteur ? Le problème, c'est que tant que ces idées seront trop minoritaires, elles resteront insignifiantes. Je me dis comme tout le monde que si j'ai si peu d'échos, c'est sûrement que j'ai tort ! Il est vrai qu'à attendre le moment opportun pour agir, il ne sert à rien de s'agiter entre-temps, mais d'autres peuvent trouver que c'est le temps opportun pour eux, en fonction de leur projet et de leur situation.

  31. 1)Comme vous, je suis pour un revenu garanti. Mais qui choisira de faire les innombrables travaux rebutants?
    (ceux qui n'ont pas un réseau capable de leur proposer mieux comme c'est actuellement le cas)
    2)l'obsolescence : je rêve d'une SCOP qui fabriquerait de l'électroménager garanti 20 ans, livré avec un manuel de réparation et qui aurait un service de pièces détachées efficient. Je pense que je peux rêver encore longtemps.
    3) plus on consomme d'anxiolytiques et de drogues plus on vante le « savoir être ».Ne pas laisser se perdre «  les savoir faire » me paraît essentiel. Il m'arrive de plus en plus souvent de fabriquer ce dont j'ai besoin après n'avoir trouvé que des produits mal conçus, laids et de mauvaise qualité.

  32. Je pense que l'intérêt du "revenu garanti" ne saute pas aux yeux des "pragmatiques". Il faudrait trouver un levier, mais lequel ?
    @Jean> Peut-être que le temps n'est pas venu de nous regrouper, peut-être est-il nécessaire de favoriser le foisonnement de travaux individuels afin de défricher la réalité qui nous présentent de nouvelles faces. Les travaux de Rancière, Jorion et d'autres, qui n'ont pas grand chose à voire ni entre eux ni avec le vôtre à première vue, sont nécessaires, d'autres sont nuisibles ou au moins décevants, les travaux de synthèse sont encore difficiles à mener, d'autant plus que la majeur partie de la population reste obnubilée par la technique et le pré-pensé.

  33. Nous sommes donc ici proche des libéraux avec l’individualisation des carrières, la valorisation des compétences et l’auto entrepreneur comme modèle idéal. Je suis un peu provocateur, mais c’est une lecture possible de ce texte.
    J’ai bien compris que ce dispositif se place dans le contexte d’une économie coopérative, mais je ne suis pas sur que cela soit suffisant pour permettre le non isolement des travailleurs autonomes (comme c’est dit dans le texte).
    On peut penser que le revenu universel peut jouer le rôle de « détendeur » sur le marché du travail, mais ne servirait-il pas uniquement à fixer la valeur de l’incompétent ?
    Et pourtant malgré ces critiques, je pense que vos idées vont dans le bon sens. Reste à savoir si un jour nous serons assez nombreux à désirer ce nouveau monde pour le faire émerger.
    Les valeurs fondamentales de ce nouveau monde seront la non violence, la non compétition et le partage.
    A nous de mettre au mieux en pratique ces valeurs dans nos vies et de les faire comprendre et accepter par d’autres.

  34. Oui, je suis pour "l'individualisation des carrières", liée à la diversification des qualifications et surtout au travail autonome, à l'opposé donc de la socialisation par le salariat et l'uniformisation des productions de masse. Je ne suis donc pas du tout conforme aux divisions politiques actuelles (sur mon premier site je disais que j'étais communiste pour les libéraux et libéral pour les communistes), je pense cependant nécessaire de revenir à la réduction des inégalités que l'impôt assurait dans les années 1960 (y compris aux USA). Il est certain qu'un revenu minimum fixe la valeur de l'incapable mais aussi de celui qui se forme, fait des recherches, un programme, etc. Son rôle est de résister à des emplois sous-payés. Il ne s'agit pas de prétendre que ce serait l'idéal mais que c'est nettement mieux que la situation actuelle. reste à prouver que c'est viable.

    Les objections qui sont faites au revenu garanti sont absolument les mêmes qu'on faisait à l'abolition de l'esclavage, aveu de la nécessité de forcer les pauvres à faire des boulots sordides, il faut se rendre compte de ce qu'on dit. Il faut affamer les gens pour qu'ils nous nettoient les chiottes ! C'est aussi cynique que le NAIRU (non-acceletaring inflation rate of unemployment) en sens inverse, c'est le pistolet sur la tempe. En fait, il y aura 3 cas : soit on peut automatiser pour rendre le travail moins désagréable, soit on est prêt à payer beaucoup plus pour compenser la dureté du travail, soit il faudra le faire nous-mêmes, sans esclave à notre service ! Dans les phalanstères, c'était une corvée à tour de rôle.

    Un des gros progrès qu'on peut faire c'est dans la durabilité des produits mais quand l'obsolescence est technologique, c'est plus difficile. La modularité peut en diminuer l'impact (séparation clavier, écran, cartes facilement mises à jour, etc. Je crois beaucoup aussi aux imprimantes 3D pour fournir des pièces de rechange mais il faudrait obliger les constructeur à publier leurs plans.

    Pour ma part, je ne sais rien faire, je ne crois pas non-plus que je sache être ! Il y a cependant du savoir-être qui n'est pas réductible à un savoir-faire, pour les commerciaux notamment (ce que je n'ai jamais pu faire).

    Sinon, je soutiens effectivement Paul Jorion qui est sur un tout autre terrain que moi, mais c'est un minimum d'interdire les paris sur les prix, de ne pas considérer comme opération financière ces dangereux jeux de hasard.

    Rancières me déçoit même si on se retrouve un peu dans la critique des pro-situs. Il faut partir de notre bêtise et pas célébrer notre créativité collective pourtant si limitée. Si les foules n'étaient pas bêtes, on aurait déjà vu, tout ce qui se dit sur internet n'est que répétition de quelques stéréotypes. Il est facile de se congratuler sur notre excellence, principe de la pensée de groupe, mais on ferait mieux de faire des efforts pour progresser un peu.

  35. Ce texte est très important et mériterait d’autres développements. Enfin décider ensemble qu’aucun préalable n’est nécessaire pour entreprendre. C’est cet a priori qui tue toute possibilité d’action concrète. Dans le monde meilleur que l’on rêve et que l’on vend aux militants, il convient que l’homme soit meilleur pour que les propositions fonctionnent. Conneries que tout cela ! Les membres du CNR ont-ils eu de telles exigences pendant qu’ils élaboraient leur programme ?

    A partir de là, la nécessité d’être concret. Pragmatique. En décidant que tout commence demain matin sans attendre je ne sais quelles conditions qui tardent à venir. Parce que le quotidien des hommes ne peut pas être sans cesse différé. Chaque jour d’attente est un jour de trop. D’accord au passage pour pointer l’impossibilité que nous avons tous, dans notre diversité à nous accorder sur notre vision idéologique. Faisons ce constat une fois pour toute et admettons que ce sont ces idéologies qui nous paralysent et servent au mieux les desseins de nos adversaires.

    Autre point capital : l’impérieuse nécessité de repartir du local. Parce que c’est à cet échelon que nous pouvons agir. Il est à notre portée. Il ne dépend que de notre bon vouloir. Parce que c’est également cet échelon qui, paradoxalement, est le plus détruit par la mondialisation. De Paris, on se refuse à voir que l’ensemble du territoire, en dehors de quelques métropoles régionales, a été déserté par l’économie productive. Les territoires dépendent pour l’essentiel des pensions (bonjour la réforme) des collectivités local (et une réforme de plus qui va vers l’appauvrissement) et des services qui s’y greffent. Basta. Ah si, j'oubliais le tourisme. La belel affaire !

    Ensuite parce que les lois du marché, si elles existent, deviennent inopérantes dans les économies locales dans lesquelles les rapports humains (avec toutes les dérives possibles) reprennent leurs droits et brouillent les règles.

    Et enfin parce que le territoire constitue le meilleur point de levier pour faire basculer ce monde et l’entraîner vers une autre voie.

    Il ne s’agit pas d’abandonner toute réflexion globale, tout projet de réforme économique. Ces objectifs restent incontournables. Mais rien ne nous empêche de commencer sans attendre que ceux-ci soient atteints. Le problème est que les économistes les plus clairvoyants restent focalisés sur cette échelle parce qu’ils considèrent que celle-ci régit l’ensemble du système. Et parce que c’est leur domaine d’expertise, celui où se trouvent toutes les statistiques. Sans voir que cette approche, pour nécessaire qu’elle soit est paralysante et participe à la sidération générale dont parle tant Patrick Viveret. Sidération parce que la tâche semble disproportionnée. Comment mobiliser l’humanité alors que nous ne parlons pas à notre voisin ? C’est une plaisanterie !

    Et si en effet on commençait par mobiliser devant sa porte ? Non pas par replis sur soi mais en pensant encore une fois effet de levier. Moyen d’entamer une modification qui de loin en loin comme un jeu de dominos, atteindra les pays les plus éloignés. En partageant les initiatives locales, en les fédérant, en les associant.

    Penser et favoriser les initiatives locales comme autant d’éco-systèmes qui s’enrichissent et se complètent. D’accord toujours pour aborder cela du côté de la production que de la consommation.

    Il existe partout des individus, des associations, des groupements qui ont des projets de toute sorte (agricoles, écologistes, culturels, artistiques, artisanaux etc.). S’il existe un coup de pouce à donner du côté politique, du côté programmatique d’un candidat national, c’est bien là qu’il faut le faire. Libérer ces énergies qui sont depuis trop longtemps étouffées, niées, méprisées par les dirigeants locaux et leurs administrations. Parce que justement, elles ne relèvent pas des lois du marché, des règles comptables, du bon vouloir des banques. Parce qu’elles sont déjà en opposition avec l’idéologie dominante du marché.

    Ce faisant c’est en effet la possibilité de reconsidérer le travail, de permettre à un nouveau secteur d’activité de prendre pied, de se développer et d’entrer en concurrence avec le système marchand actuel. En imposant dans un premier temps au moins la revalorisation du salariat parce qu’il existera enfin une alternative. Et c’est à partir de cette possibilité que tout peu changer, basculer, se transformer pour permettre l’émergence d’un monde que nous n’imaginons pas et qu’il ne nous appartient pas de définir. Au risque de se tromper sur ses limites.

    Ce qu’il faut enfin accepter de voir c’est que ces acteurs existent déjà. Portent déjà ce monde nouveau sans vraiment l’identifier. Et pas seulement quelques babas cool en fin de carrière. Non, de plus en plus de jeunes qui, par nécessité, parce qu’il ne trouvent pas à s’employer, parce qu’ils réfléchissent et veulent exister, sont bien obligés d’inventer des stratégies de survies. Plus économes, plus frugales, moins tournées vers la consommation. Il suffirait de leur donner un peu plus de place, un peu plus de reconnaissance pour que tout change. Est-ce si difficile ?

    Dans tout cela, la place de l’immatériel est importante. Mais elle est trop récente pour l’inclure directement dans ce débat sauf à le détourner tant elle nécessite développement. Je comprend tout l’intérêt que tu y portes mais attention à ce qu’elle ne devienne pas le sujet central.

    Sortir du capitalisme me paraît donc être un faux problème. Il faudra déjà s’entendre sur ce que l’on entend par ce terme. Et immanquablement on s’enfermera à nouveau dans une débat idéologique sans issue. Ne pourrait-on pas se limiter au réalisme défini plus haut sachant que de toute façon, ce système ne peut pas être stoppé d’un seul coup sauf à souhaiter un chaos impossible à maîtriser ? De toute façon, ce mouvement n’a de chance d’avancer que s’il trouve assez rapidement un relais national et des relations avec d’autres pays. Il faudra donc qu’un parti politique adopte ce point de vue, le porte au cœur de son programme et dispose à un moment des moyens de l’Etat. C’est à partir de là que la propriété des moyens de production et des banques devront se déterminer. Que ce soit pour un capitalisme nouveau ou pour autre chose.

    Mais il faudra encore accepter un changement radical de doctrine en convenant que le financement de la solidarité ne peut plus se limiter au seul secteur du travail. Idéologie partagée par l’ensemble des dirigeants, des syndicalistes, des partis politiques et des administrations. Ce changement est le seul moyen de pouvoir libérer l’activité locale sans que sa concurrence ne paraisse insupportable à l’économie marchande. Cet aspect est important si on ne veut pas être confrontés à une inexpugnable opposition de la part des forces financières. Il faudra nécessairement négocier à un moment si l’on prétend éviter la case révolutionnaire. Favoriser concrètement un secteur alternatif signifie que le modèle actuel continuera à dominer durant un moment. Il faut lui donner du grain à moudre, des avantages suffisants pour qu’il concède l’existence pérenne d’un parasite

    Ce changement d’assiette est aussi la condition nécessaire si on veut proposer un revenu minimum pour tous. Parce que ce revenu, si on veut sortir du débat de savoir s’il doit se mériter ou non doit être un complément aux initiatives locales, non un droit sans condition. Tout individu, association ou collectivité ayant un projet considéré d’utilité sociale (vaste notion qui peut inclure la création ou les intermittents du spectacle) pourra recevoir un complément afin d’assurer sa viabilité. C’est-à-dire un minimum à définir. Cette proposition n’a plus de sens si le financement de la solidarité reste à sa charge.

    Toute initiative qui n’atteint pas un seuil de rentabilité et qui reste dépendante d’un minimum d’aide est déclarée comme faisant partie du secteur non marchand. Dès qu’elle atteint son autonomie, elle entre dans le secteur marchand. Ceci permettant le passage d’une forme à une autre sans établir de barrière infranchissable, sans imposer une société à double vitesse. Mais, compte tenu du mieux vivre que devrait permettre le secteur non marchand (privilégiant la création, le temps de vivre et la qualité de vie), celui-ci devrait amener le secteur marchand à se modifier en profondeur. Jusqu’à en changer la nature.

    Désolé d’avoir été long. J’ai juste voulu prendre au mot ton pragmatisme.

    Amicalement
    Franz

  36. Et aller, c'est reparti pour un tour sur KRISIS...

    Sinon, y'a quand même un consensus sur ce qu'est la définition du capitalisme (ses formes, sa domination assez récente, etc). Et ça n'a rien d'idéologique (on trouvera la même chose à "droite" si on peut dire). C'est historique (et pragmatique pour le coup).

    Et "ce système ne peut pas être stoppé d’un seul coup". C'est répété à loisir ici.

  37. @Sak :

    Il me semble que le sujet de la réflexion est de savoir si l’on cherche ensemble les moyens de transformer concrètement le monde, hic and nunc comme dit l’autre, ou s’il s’agit d’échanger quelques belles idées élégamment formulées, confortablement installé à sa fenêtre. En estimant que la vie est suffisamment douce pour voir venir. Et si nous allions au fumoir parler du cul des filles, camarade ?

  38. Bien d'accord là-dessus. Mais cela n'exige-t-il pas que l'on se mette à la portée des autres ? Possible, probable même, que je fasse un contresens sur tes propos. Dans cette communication virtuelle, il est parfois nécessaire d'être plus explicite, si ce n'est lourd, pour se faire comprendre. Il faut beaucoup de connivence pour s'exprimer par ellipse. Même si cela est très agréable intellectuellement.

    Amicalement
    Franz

  39. @loïc :

    Sans doute. Mais ça se discute. Je tente de le faire de manière pragmatique et sans préjugé. Que ce soit minimum, universel ou garanti ce revenu dépend du sens qu’on lui donne. C’est peut-être là-dessus qu’il faut tenter de se comprendre si ce n’est de se mettre d’accord.

    Certains considèrent que tout citoyen doit pouvoir bénéficier d’un revenu quelle que soit son activité. Sans condition. Cela me dérange, sans doute à cause de mon affreuse culture chrétienne.

    L’idée est que toute personne, toute association (employant des personnes) toute structure collective (avec différents statuts juridiques), proposant une initiative considérée d’utilité sociale doit pouvoir bénéficier d’un minimum (garanti évidemment).

    Quel minimum ? On pourrait le rapprocher d’un SMIC revalorisé à la hauteur de 1 300 € en valeur d’aujourd’hui. Pour se donner un ordre de grandeur.

    Quelle utilité sociale ? Vaste programme qui peut avoir une définition étendue. Un danseur, un peintre, un musicien, un acteur, un ressemeleur, un rémouleur, un cordonnier, un jardinier, un poète, une aide ménagère, une nounou, un animateur social, un conseiller de comité de quartier, un petit maraîcher bio, un récupérateur de matériel électronique, un formateur d’informatique, un réparateur de réseaux, un traceur de sentiers, un facteur de flûtes, etc. Pour qu’ils aient une utilité sociale, on pourrait l’évaluer en valeur d’échange. En service rendus.

    Qui en décide ? Pourquoi pas des commissions paritaires composées de représentants de la collectivité et de citoyens installées dans chaque municipalité ? Ca ne se passerait pas toujours bien ? Possible, et alors ?

    Qui contrôle ? Qui évalue ? Est-ce possible ? Il me semble, si on le souhaite. C’est à inventer si on en a envie.

    Comment obtenir un soutien permettant d’atteindre ce revenu minimum ? Par exemple en présentant son projet avec les financements possibles. Voici mon objectif, voici comment je souhaite le financier, voici ce qui manque pour ce je puisse en vivre avec le minima. La collectivité assurant le complément pour atteindre ce minimum défini. En aucun cas la totalité. Enfin là encore, on peut en discuter.

    Usine à gaz ? C’est à voir. Le budget participatif de Porto Alegre en était une aussi. C’est aux citoyens d’en trouver un fonctionnement acceptable, de l’améliorer, de faire des propositions suivant l’expérience. Il faut donc que ce soit évolutif. Mais tout ceci s’inscrit dans l’idée que rien n’est donné sans un minimum de contrepartie. Sans que l’on apporte sa petite part à la société. Sans que l’on participe à l’amélioration de la qualité de vie. Par exemple, une commune peut offrir des ateliers d’artistes en exigeant en échange que ces artistes offrent un certain nombre de cours. Ce qui les obligerait à sortir de leur cocon et à transmettre (processus qui permettrait à beaucoup de mieux conceptualiser leur création et à progresser dans leur quête).

    Cela peut-être un projet de réaménagement ou de valorisation présenté par une association ou une coopérative.

    Ce fonctionnement aurait au moins un avantage. De permettre à ceux qui ne sont pas enclins à s’employer eux-mêmes à trouver emplois dans ces organisations.

    Il restera ceux qui ne trouveront de place nulle part. Eh bien alors, c’est la société qui les prendra en charge.

    Vois-tu encore quelqu’un sur le carreau dans ce monde merveilleux ,°))

    J’y vois d’autres avantages. En premier lieu, ce minimum devra s’appliquer tout autant au monde marchand. Donc pas de salaire en dessous de ce minimum. Mais si ce monde marchand, relevant du capitalisme, se refuse à revaloriser considérablement ces salaires, il est probable que la demande se raréfiera. Chacun préférant s’investir dans l’activité non marchande. On parvient ainsi à éliminer le chômage et à revaloriser l’offre.

    Ca me paraît de plus en plus idyllique. Je dois avoir fait faux quelque part.

    Amicalement
    Franz

  40. @Franz
    Je pige pas bien votre concept de monde marchand ou non marchand, pour moi c'est justement parceque le monde est marchand, monétaire, financier, spéculatif qu'un revenu d'existence a toute sa place. Qu'il ne doit au minimum être disponible à tout citoyen au minimum au niveau national voire européen de sa naissance à sa mort et à charge au bénéficiare de créer, gérer son travail forcémment choisi forécemment autonome, non?
    Que le monde commercial paye sa part de la crise me semble pas vraiment une injustice.... Et ce serait là un moyen pour l'Etat de venir au secours de plus démunis d'entre nous et pas seulement au secours d'entreprises bancaires ou non faillitaires. Là du coup le capitalisme se moraliserait et interviendrait à l'intérêt des individus.

  41. @loïc :

    On va tenter de se comprendre.

    Si le monde marchand aidait correctement les plus démunis ils le seraient moins. Si au lieu d'être maintenus dans cet état de dénuement, on leur donnait une place et on leur permettait d'exerceru une activité rémunératrice ce serait encore mieux. En ce cas, je me permet de mettre dces gens ans un monde que je nomme non marchand. Mais tu les mets où tu veux zt tu nommes ce monde comme il te convient. Là n'est pas le problème.

    Pour que ce monde non marchand soit financé il faut bien qu'il y ait des ressources. Et où aller les chercher ailleurs que dans le monde marchand par l'intermédiaire de l'impôt ?

    Quant à ce que le monde marchand paye sa part de la crise, il s'avère justement que c'est l'un ou l'autre; Ou il s'offre régulièrement une crise pour éponger les excédents de profits, avec les conséquences catastrophiques que nous connaissons ou le monde non marchand absorbe ces excédents. De fait, celui-ci devient le régulateur qui fait défaut à l'économie capitaliste. La soupape de la chaudière.

    Amicalement
    Franz

  42. Moi, ce qui m'étonne, c'est que dans les sciences dites dures, en plus de la théorie, on investit dans l'expérience, le labo.

    Alors que dans les sciences dites humaines on en reste aux théories et aux concepts sans les essayer par des expériences, des tentatives de prototypes sociaux, toujours bancales au début, mais apportant par essais erreurs des informations utiles.

    Je me fais peut être des idées, mais sans budget d'expérimentation sur divers domaines, monnaies locales, coopératives ou autres idées, on en restera sur le palier de la porte. Toute innovation nécessite, à mon sens, de faire des pas réels pour tirer le fil de la pelote par un bout, quitte à faire des noeuds parfois, et de ne pas en rester aux "états j'erre" des bibliothèques.

  43. @olaf :

    Là j'ai un peu l'impression de m'être invité et d'avoir peut-être détourné le texte de Jean Zin. Possible qu'il soit consterné par ce que l'on en fait. Je comprendrai qu'il se défende si c'est le cas. Mais en attendant, qui ne dit mot consent...

    Ta remarque va peut-être me permettre de mieux m'explique. Cette idée que je tente d'exposer, peut-être fumeuse pour certains, peut se faire en différentes phase et à plusieurs échelles. Simultanément

    En premier lieu, sans que nous en parlions, il existe déjà toutes sortes d'initiatives qui ne nous ont pas attendu pour exister. Poussées par la nécessité. Parce que des individus ou des groupements d'individus n'ont pas trouvé leur place et ont tout simplement besoin d'exister et de bouffer. Les plus chanceux bénéficient d'un RMI (aujourd'hui RSA) ou mieux, sont intermittents du spectacle.

    Ce financement ne permet pas de vivre dignement. Personne ne peut vivre avec le RSA s'il ne bénéficie pas d'un soutien familial. Ou alors, il lui faut trouver un complément en entrant dans la clandestinité. L'économie grise. Ce serait bien de se demander toutes les raisons qui conduisent à cette situation. Et d'en évaluer l'impact psychologique. La culpabilité que beaucoup portent avec le poids de la non reconnaissance. Sans parler de ce que l'on appelle les trappes à emplois dans la mesure où ceux qui vivent trop longtemps dans cette situation ont le plus grand mal à retourner dans l'économie compétitive. Pour de bonnes et de mauvaise raisons.

    D'autre part, pour les avoir rencontrés, il existe également une multitude de projets, individuels ou associatifs, plus ou moins viables, qui sont confrontés à un ostracisme définitif de la part des autorités locales. Parce que cela dérange les petits intérêts, parce que cela n'entre pas dans les règles économiques en vigueur, parce que les administrations leur portent un mépris radical, parce que cela dérange l'establishment tout simplement.

    Dans un premier temps, il suffirait d'identifier ces énergies, de créer un mouvement qui les soutient et leur donne cohérence et de rechercher des réponses politiques locales puis nationales. Il suffit qu'un maire soit conquis. Il suffit qu'une liste parvienne au pouvoir pour que ces initiatives, ces expériences puissent prendre corps.

    Mais bien entendu, cela ne veut pas dire que l'on va se satisfaire du capitalisme tel qu'il fonctionne. Le travail d'un Jorion est précieux et il faut qu'il trouve une application dans des programmes politiques. Les propositions destinées à modifier les outils financiers, tel que le propose par exemple le groupe d'économistes conduit par André Orléan http://www.marianne2.fr/Des-economi...

    Il ne s'agit pas de se replier sur un petit folklore local mais d'avancer partout où c'est possible. Mais avec un minimum de pragmatisme, sans poser le préalable de vouloir supprimer le capitalisme par exemple. On verra bien si cela est possible un jour. En attendant, on ne peut pas à la fois lui demander de financer les indigents ou mieux un secteur marchand et en même temps de se faire hara kiri; Ton projet de financement tombe alors à l'eau.

    Or justement, en reprenant localement ces initiatives, il s'agit bien de permettre à des expériences de se développer et de se confronter. Dans ce contexte, l'idée de permettre l'émergence d'un secteur non marchand n'est pas forcément un but en soi. Cela peut constituer une étape sur une durée indéterminée. Ce secteur ne pouvant prendre toute sa dimension que s'il s'inscrit dans un projet politique de gouvernement. Dans le but de
    - remplacer les aides à l'emploi (150 milliards d'Euro en 95)
    - remplacer les aides sociales de type RSA
    - favoriser la relocalisation de l'économie et la reconstruction du tissu détruit
    - redonner une viabilité aux territoires en rééquilibrant l'économie nationale
    - permettre une alternative à l'économie concurrentielle
    - se réapproprier la qualité de vie sacrifiée par l'économie marchande
    - favoriser une plus grande frugalité et une approche écologique.

    Il s'agit donc d'un formidable point de levier destiner à modifier en profondeur le système économique en lui imposant de nouvelles contraintes.

    Tout ceci n'exige pas que ce fonctionnement soit adopté dans tous les pays simultanément. Mais il peut avoir valeur d'exemple et entraîner d'autres pays par le biais de l'information des opinions.

    Mince, me voilà de nouveau bavard. Désolé.

    Amicalement
    Franz

  44. Si on devait penser que j'approuve tous les commentaires auxquels je ne réponds pas, je ferme les commentaires !

    La vérité, c'est qu'on n'est pas toujours devant son ordinateur, que j'ai d'autres choses à faire et que cela me prend beaucoup de temps de répondre. Contrairement à d'autres, j'écris très lentement, je me relis, je me corrige (pas tout le temps mais presque). Même s'il y a beaucoup de choses avec lesquels je suis d'accord dans ce que dit Franz, j'aurais des nuances au moins sinon des objections mais plus les commentaires sont long et plus il faut du temps pour répondre.

    Je me limiterais à préciser que le but, c'est de financer le revenu garanti par le travail autonome à terme et non de financer le non-marchand par le marchand (même si c'est le cas au début). Le but est un changement de système de production. Rendre le revenu garanti conditionnel n'est pas possible car personne ne peut savoir ce que vous produisez en secret, il n'y a pas de sage omniscient, il faut donner les moyens du risque car la vérité n'est pas connue d'avance. C'est un des fondements du revenu garanti. Cependant il est aussi conditionnel en ce qu'il dépend des revenus effectifs qu'il lisse et il peut être conditionnel aussi, par force, lors d'expérimentations. On peut ainsi imaginer qu'un revenu garanti soit conditionné par l'appartenance à la coopérative mais ce n'est pas souhaitable à long terme.

    Sinon, pour Krisis, je fais explicitement une critique de leurs positions idéalistes dans ce texte (bien que de façon soft). Une bonne partie de la vie intellectuelle consiste à penser ce qui nous ferait plaisir et nous donne une bonne image de soi, sans véritable ancrage dans la réalité bien qu'on arrive à des explications globales paranoïaques d'une logique implacable. On retrouve la même chose chez les dirigeants de l'économie américaine notamment, qui adoptent l'explication de la crise qui les arrange jusqu'au moment où leur échec leur prouve que c'est plus grave et que les USA ne pourront plus vivre à crédit. C'est à chaque fois, comme dans le domaine écologique, un déni du réel qui est sans doute ce qui nous permet de vivre...

  45. Le problème aujourd'hui n'est pas tant de penser comment casser le système actuel mais surtout de préparer des alternatives. Je pense qu'à cet égard le travail théorique n'est pas du tout inutile. Krisis s'est démarquée d'une production théorique qui se veut immédiatement au service des mouvements sociaux, pour se laisser la liberté de réfléchir sur les bases même de la société capitaliste. Naturellement c'est très bien de dire que la théorie critique doit toujours être au service de la pratique, mais le résultat à la fin, comme on le voit avec beaucoup d'économistes marxistes, est de refuser de penser tout ce qui ne peut pas être immédiatement traduit en propositions ministérielles. leur théorie a l'avantage de pouvoir aller beaucoup plus loin et de rechercher les racines les plus profondes des maux.

  46. @Jean Zin :

    Désolé pour l'agacement qui en résulte mais il m'arrive de pratiquer un humour provocateur. Nulle impatience. Désolé également pour mes interventions trop longues. Pas l'intention de prendre la place du bloger dont j'apprécie énormément la démarche en la découvrant. La somme de travail et de constance que j'y découvre sont une leçon pour moi. Et j'ai de bonnes raisons de le dire.

    Cette longueur ne tient pas à la certitude d'apporter une pensée précieuse mais est le résultat d'une réflexion qui se construit par l'écrit. Je conviens que cela peut faire perdre du temps à celui qui me lit..

    Reste le sujet lui-même. Pourra-t-on le développer ? De mon point de vue il le mérite. A condition d’assumer sa propre fécondité ;°))

    Amicalement
    Franz

  47. La seule chose à reprocher, c'était de prétendre "qui ne dit mot consent". Pour le reste, il faut juste admettre qu'on ne puisse répondre à plusieurs questions à la fois. C'est dans mes textes que je développe ce qui me semble faisable mais j'encourage que d'autres travaillent la question.

    Lorsque je n'ai rien à écrire je peux être plus disponible pour faire moi aussi des réponses fleuves mais je suis à la bourre en ce moment.

  48. @jerome : Je ne dis pas que le travail théorique est inutile mais je dénonce l'idéalisme de leur marxisme ésotérique, ce qui est un comble pour le fondateur d'un matérialisme dialectique. Ils sont très fiers de dire des énormités et de nier l'évidence mais ne débouchent sur aucune alternative, pure masturbation intellectuelle de sortes de gourous. Ils existent seulement d'occuper une place vide dans le spectacle mais le fond de l'affaire, c'est de croire à l'homme total, l'homme nouveau désaliéné, le non-dupe, alors que l'éveil, c'est qu'il n'y a pas d'éveil, même s'il y a des aliénations dont on doit se débarrasser. La vraie réalité, c'est notre rationalité limitée, l'incertitude de l'être et la culpabilité du réel par rapports à nos idéaux, ce qui n'empêche pas qu'il faut lutter contre les inégalités, éviter le pire, aider au meilleur pour autant qu'on puisse en juger et révolutionner le monde si possible. Voir l'article "Critique de la valeur, valeur de la critique".

  49. Monsieur Zin écrit :

    " Ce qu'on peut reprocher cependant aux "critiques de la valeur", c'est de croire qu'il suffit d'en dénoncer le "fétichisme" pour s'affranchir du système en même temps que du fétichisme. "

    Vous vous trompez grandement (un contre-sens) au sujet du fétichisme tel qu'il est analysé par la critique de la valeur que vous semblez avoir lu rapidement comme on le voit à la lecture de votre texte à son sujet (la dénonciation d'idéalisme est complètement erronée, il suffit de lire le chapitre " Formes de médiation sociale et formes de conscience " dans le livre de Postone, justement la critique de la valeur a pour intérêt de dépasser la dichotomie stérilisante entre idéalisme et matérialisme). Jappe et Postone expliquent à longueur de page, que le fétichisme n'est pas une sorte de manipulation de la conscience, de mensonge, de voile faux qu'il suffirait de dénoncer car il ferait que cacher une réalité saine comme le concevait le marxisme traditionnel (le fétichisme de la valeur cachait la véritable essence supposée de la société, le travail). Dans la critique de la valeur on parle bel et bien d'abstractions réelles et de " fétichisme objectif " (Jappe) historiquement spécifique à la formation sociale capitaliste, fétichisme qui est de toute autre nature que le fétichisme religieux par exemple (Godelier dit d'ailleurs à son sujet des choses pas inintéressantes). Dans le fétichisme propre à la société capitaliste, il y a une relation intrinsèque entre son contenu (le travail) et sa forme (la valeur). La valeur mystifiante n'est pas indépendante de ce qu'elle dissimule, le travail (dans le marxisme traditionnel c'était l'inverse il n'y avait qu'un lien contingent dans le fétichisme entre son contenu et sa forme, ainsi la fin du fétichisme était comprise comme l'apparition ouverte et directe de l'essence de toute société que serait le sacro-saint travail). Pour la critique de la valeur il y a un rapport intrinsèque entre un contenu social et sa forme mystifiée. La forme mystifiée est liée dans sa genèse à son contenu, Postone montre bien que la forme de mystification est la forme phénoménale nécessaire du contenu. En fait le double caractère du travail et tel que le travail doit revêtir la forme de la valeur. Le travail revêt nécessairement la forme de la valeur, et cette forme exprime et voile à la fois le travail (TTDS, p. 100-101). Et le travail revêt la forme valeur à cause du double caractère du travail. Donc il faut partir de cette spécificité du travail, du travail abstrait (compris au travers d'une théorie de la médiation sociale). Dans le marxisme traditionnel, qui pensait qu'il suffisait de dénoncer en pensée le fétichisme, on pensait que la forme de la valeur voilait de manière extérieure à ceux-ci, les vrais rapports sociaux (identifiés faussement à de simples rapports de classe). En fait la relation entre le contenu et la forme est nécessaire et non contingente. Ainsi Postone écrit : " les formes sociales quasi objectives, impersonnelles, exprimées par des catégories telles que marchandise et valeur ne masquent pas simplement les rapports sociaux réels " du capitalisme (c'est à dire le rapports de classe) ; en fait, les structures abstraites exprimées par ces catégories sont ces rapports sociaux réels " " (TTDS p. 100).

    Marx pour Postone reproche justement à l'économie politique de ne pas comprendre le rapport contenu-forme, elle dit pas pourquoi le travail revet nécessairement (et non pas de manière contingente) la forme de la valeur, pourquoi le travail se représente dans la valeur. Et la réponse de Marx c'est sa théorie de la double nature du travail sous le capitalisme. Ainsi la compréhension du fétichisme n'est pas anecdotique, elle est pas du tout une manipulation mentale pour le dépassement du capitalisme. La démystification réelle, n'est pas un joli discours sur le fétichisme, car elle ne peut pas s'attaquer seulement à la forme valeur, mais d'abord au contenu de celle-ci (travail abstrait) qui nécessairement apparaît sous la forme valeur. Et s'attaquer au travail abstrait, c't simplement s'attaque à tout " travail " créateur de valeur (du genre travail autonome, etc). La critique du travail doit être radicale. Ainsi à l'inverse de ce que vous dîtes M. Zin à propos de la wertkritik, " cette relation [nécessaire entre contenu et forme] implique que le dépassement de la valeur et des rapports sociaux abstraits associés à la valeur, est inséparable du dépassement du travail créateur de valeur " (Postone, TTDS, p. 101). Bien sûr que ce dépassement doit être concret. Mais le capitalisme est une forme de vie sociale historiquement spécifique, une totalité brisée qui possède une dynamique particulière (cf. Harmut Rosa ou la réflexion de Postone sur le temps abstrait) et une limite interne si on suit Kurz. Ce qui semble vous agacez dans la wertkritik, c'est surtout que cette critique ne propose pas comme vous de gentilles petites réformettes. La question du critère de l'émancipation doit se placer il me semble bien plus haut : [http://palim-psao.over-blog.fr/article-le-seul-critere-de-l-emancipation-humaine-54129778.html]
  50. @jean ce qu'il y a derrière l' "open source" : c'est la licence, un code accepté par tous. BIensur quand le résultat ne devient que marketing : le code est laissé de coté et c'est la un problème, cependant le code est une valeur commune. Si jamais il doit il y avoir quelque chose de commun l'open source/code est peut être une voie.

    Qu'en pensez vous du brouhaha autour des ufo/dieu , par hawking, les bogdanofs, et autres. Tout ca pour en venir a des questions un peu plus vaste : comment voyez vous la chose au delà du plancher des vaches ?

    L'utopie, c'est toujours plus grand

  51. @Jean Zin :

    Bien compris. Prends ton temps, fais ce que tu as à faire.et que tu fais bien. Et si c'est posible, j'espère que l'on pourra y revenir plus tard. Je souhaiterai partager sur ce thème. Parce que si l'on arrivait à formuler plus clairement les choses (ce que je ne parviendrai pas à faire seul) il me semble que cela ouvre des voeis intéressantes.

    Amicalement
    Franz,

  52. Dans les critiques de la valeur, ce n'est pas Postone le plus critiquable car son objectif est d'expliquer l'antisémitisme et les théories du complot et je fais état explicitement dans mon article de mon accord sur sa découverte (tardive) de la causalité systémique. Je commence d'ailleurs aussi mon article sur Jappe par le constat d'un large accord sur les analyses. Ce qui annule tout le bénéfice qu'on peut en tirer, c'est l'idéalisme qui s'imagine que ce sont les idées qui mènent le monde alors que ce sont des forces matérielles et en particulier "le bon marché des marchandises". C'est ce qui fait que ces théories ne débouchent sur rien (surtout pas de petites réformettes indignes de ces grands esprits) sinon sur la glorification de ceux qui les professent et se croient au-dessus de leur temps. La question est bien celle de la surestimation de l'émancipation qui en fait une impasse (un snobisme).

    Je ne suis pas un fana d'Hawking (je trouve sa théorie du temps absurde, entre autres), ni des Bogdanoffs même si j'avais fait, sur demande pressante, une critique de leur précédent livre. Je ne pense pas qu'on puisse aller sur une autre planète vivable en l'état de notre technologie mais je ne pense pas non plus qu'on ait à craindre de la rencontre d'extra-terrestres, très peu probable.

    Sur la question de Dieu, il y a 2 faces. D'abord l'idée de Dieu, son histoire qui permet de comprendre pourquoi les êtres parlants ont créé cette fiction, le dernier mot sur la question étant celui de la psychanalyse lacanienne : Dieu est inconscient, manifestation du fait que l'Autre n'existe pas. En dehors du dire, de Dieu il n'y a aucune trace, ni dans l'histoire de l'univers, ni dans l'évolution chaotique de la vie. L'absence de Dieu se démontre, de même que le fait que c'est un mot qui n'a pas de sens (omniscient ne veut rien dire, tout puissant annule le temps, etc.) hormis celui de premier moteur qui n'a rien d'un dieu (effectivement le premier moteur de notre univers peut venir d'un autre monde, de la gravitation ou que sais-je). Cela ne répond pas à la question : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien mais ceux qui croient en Dieu n'y répondent pas plus (pourquoi y a-t-il un Dieu plutôt que rien ?) sans compter qu'ils croient savoir des choses inconnaissables, on ne sait comment ! (ou plutôt on sait puisqu'ils répètent de vieux mythes, dont on connaît à peu près l'histoire, jusqu'à donner existence à un Dieu qui serait leur interlocuteur, à qui ils parlent, qu'ils prient d'exaucer leurs désirs - on est dans la pure folie (projective) qui est effectivement le propre de l'homme, la maladie du langage, la pathologie de la raison).

    Pour une perspective plus ample, je ne peux que renvoyer à mes articles, en commençant par "l'improbable miracle d'exister" et "un se divise en deux. Je crois qu'on est surtout des vivants, qui n'avons pas notre cause en nous-mêmes, et que nous sommes engagés dans une histoire qui donne sens au non-sens, histoire cognitive qui sort de l'illusion, des préjugés de départ, des craintes religieuses mais qui est surtout histoire de la technique. Ce que nous avons de commun, c'est le langage et sa logique mais notre horizon n'est pas aussi large que nos hormones nous le suggèrent croyant embrasser tout l'univers dans l'acte sexuel comme dans les emportements mystiques. Notre existence est plus locale, notre savoir limité, notre vision réduite souvent au bout de notre nez. C'est l'indétermination de l'avenir qui donne sens à notre existence en même temps que le désir comme désir de l'autre, désir de reconnaissance. On vit à la fois dans l'absurde et dans l'éternité qui se construit à travers nous, barrage contre l'entropie plus impossible encore qu'un barrage contre le pacifique mais qui est la victoire du vivant comme négation du néant, victoire d'éros sur Thanatos, victoire de l'amour et de la reproduction sur les forces de destruction. Nous sommes à nous mêmes notre propre question, cela suffit à nous tenir en haleine. Pour le reste, je renverrais bien à Hegel. et, pourquoi pas, au tout récent "Le désir plus que la vie" (entre autres).

  53. « L'exploitation se présente tout d'abord comme exploitation dans la production même, comme l'aliénation du producteur dans le processus productif. C'est la transformation de l'homme en simple écrou de la machine, en fragment impersonnel de l'appareil productif, la réduction du producteur en exécutant d'une activité dont il ne peut plus saisir la signification ni l'intégration dans l'ensemble du processus économique. Supprimer cette racine, la plus importante et la plus profonde, de l'exploitation, signifie élever les producteurs à la gestion de la production, leur confier totalement la détermination du rythme et de la durée du travail, de leurs rapports avec les machines et avec les autres ouvriers, des objectifs de la production et des moyens de leur réalisation. Il est évident que cette gestion posera des problèmes extrêmement complexes de coordination des divers secteurs de la production et des entreprises, mais ces problèmes n'ont rien d'insoluble. »
    (Cornelius Castoriadis dans « socialisme et barbarie » 1952)

    Un tel texte de ma première jeunesse, encore actuel, ne concerne pas aujourd’hui seulement le peu qui subsiste ici d’ouvriers d’usine, mais les emplois des banques, où les emplois du marketing, comme le télétravail à domicile, ou l’utilisateur de produits pesticides dans son petit potager.

    Nous pouvons en tirer deux voies pour l’action qui ne sont contradictoires qu’en apparence. D’une part ne pas refuser des’engager politiquement dans les contestations partisanes ou syndicales du système actuel, ce qui ne peut se comprendre que dans la tradition de la gauche, malgré ses défauts. D’autre part soutenir toutes démarches et réflexions citoyennes qui , sans se réclamer d’un parti pris politique, proposent des expériences concrètes de rectification des vices du système. Dans les deux cas, avec le même esprit critique , animés par la volonté non pas de servir une ( réputée nôtre ) virtuelle « orthodoxie » théorique, mais d’apprécier dans des collectifs divers les possibilités réelles, concrètes, de produire et travailler autrement . Surtout, combattre tout esprit de chapelle sectaire! Mais la philosophie doit se risquer dans la rue, militer, se rendre aux urnes, participer aux initiatives, jouer à la pétanque au besoin avec les voisins , et sans déplaisir.

    Ce qui ne remet pas en cause le travail plus solitaire, et essentiel, depuis leur causse lointain ou la proximité des bibliothèques , des Jean Zin qui écrivent . Tout au contraire, nous devons en être solidaires en mettant leur philosophie aux risques de nos actes, Avec des camarades.!

  54. @ jean zin
    Ejaculation (d'un gourou)...............précosse.

    "La critique n'a pas à fournir en pièce jointe un mode d'emploi pour une organisation alternative toute faite de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais ce n'est pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une " société idéale ". Car certains pensent que le contenu d’une analyse se jauge d'abord à sa capacité propositionnelle (passer directement sur le registre du " mais au fond... qu'est-ce que vous proposez pour une alternative au capitalisme ? ", cela évite généralement à la personne de comprendre le contenu d’une critique - stratégie de diversion), celui qui demande cela, inconsciemment demande que le dépassement de la société marchande-capitaliste se fasse aussi sur le modèle bien ancré de l’achat/vente. La théorie critique de la valeur n'est pas dans le rôle d'un vendeur prié de faire une offre garantissant un droit d'échange standard afin de pouvoir être consommée. « La théorie critique n’est pas une offre à proprement parler, mais un miroir de la connaissance de soi, une rage de comprendre, une ‘‘ invitation à la valse ’’ à l’issue incertaine »" (Robert Kurz).

    C’est pour cela aussi que certains qui aimeraient trouver comme au supermarché dans le paquet « wertkritik », le bonus caché et estampillé « voilà la société idéale toute faite », avec son plan, ses écrous et ses vis, seront toujours déçus. Si la domination économique sur l’ensemble des autres dimensions de la vie, est intolérable, il n’y a pas de société idéale, sans contradictions, ni de modèle pré-capitaliste à suivre, il faut faire un trait sur cette utopie. Pour autant, le fétichisme économique est particulièrement mutilant, auto-destructeur, jamais une société dans l’histoire n’avait eu une dynamique aussi rapide, abstraite et impersonnelle. Il faut donc se choisir des formes de fétichisme moins mutilantes, moins auto-destructrices, que le fétichisme de la valeur. Mais pour cela, vu que cela n’a jamais existé dans l’histoire, l’origine de l’homme n’est pas derrière nous, mais devant nous. Il faut penser l'impensable. Marx lui même disait qu'il n'avait pas de recette pour les marmites de l'avenir. C’est une invention inouïe et improbable à réaliser, aussi inouïe et improbable qu’a été l’invention de l’économie. Aucune déclaration théorique ne peut prétendre ce que pourrait être une société anti-économique, autrement que très abstraitement. Seule l’expérience pratique d’une nouvelle médiation sociale entre nous et comme métabolisme avec le monde (mais il ne faut pas que ce soit parallèle à la médiation par le travail !) et le processus effectif même de ce changement, pourront nous renseigner sur le sujet. Seule une association voulue par des individus dépendant de leurs convictions et de l’invention d’une pratique radicale dans son contenu même, et non pas déterminée par leur position donnée dans le système (classes, couches moyennes, demande de lois, etc.), sera à même de mener à bien un tel mouvement d'arrachement social à l’économie. La wertkritik est juste d’abord un premier pas (par rapport à tous les mauvais pas à gauche, à l’extrême-gauche, à droite qui restent à l’intérieur de l’économie qu’on naturalise toujours), une invitation à réfléchir sur ce qu’est au cœur de nos sociétés modernes par rapport au société passée. Il faut repenser ce qu'est véritablement le noyau social, la nature et la dynamique de la formation sociale capitaliste, repenser aussi ce qu'est le fétichisme de la valeur. Il n'est pas question de se reposer sur un modèle pré-capitaliste pour imaginer l'après. Une première étape serait déjà une prise de conscience, suffisement collective, de la particularité historique de notre société et de ses catégories (argent, travail, marchandise...)

    Il faut continuer la critique…

  55. C'est bien ce que je dis, pur idéalisme ne tenant pas compte de la puissance matérielle et du productivisme comme cause de la domination du capitalisme.

    "A en croire certains idéologues allemands, l'Allemagne aurait été, dans ces dernières années, le théâtre d'un bouleversement sans précédent. Le processus de décomposition du système abouti à une fermentation universelle où sont entraînées toutes les «puissances du passé». Dans ce chaos universel, des empires puissants se sont formés pour sombrer tout aussi vite, des héros éphémères ont surgi pour être rejetés à leur tour dans les ténèbres par des rivaux plus hardis et plus puissants.

    Apprenons aux hommes à échanger leurs illusions contre des pensées correspondant à l'essence de l'homme, dit l'un, à avoir envers elles une attitude critique, dit l'autre, à se les sortir du crâne, dit le troisième et la réalité actuelle s'effondrera.

    Ces rêves innocents et puérils forment le noyau de la philosophie actuelle des Jeunes Hégéliens, qui, en Allemagne, n'est pas seulement accueillie par le public avec un respect mêlé d'effroi, mais est présentée par les héros philosophiques eux mêmes avec la conviction solennelle que ces idées d'une virulence criminelle constituent pour le monde un danger révolutionnaire". (Marx, L'idéologie allemande)

    On va en rester là sur ce sujet la discussion ne pouvant mener plus loin.

  56. @jerome :

    "Seule une association voulue par des individus dépendant de leurs convictions et de l’invention d’une pratique radicale dans son contenu même, et non pas déterminée par leur position donnée dans le système (classes, couches moyennes, demande de lois, etc.), sera à même de mener à bien un tel mouvement d'arrachement social à l’économie."

    En effet. Ce qui demande, qu'on le veuille ou non, des idées, si ce n'est un idéal. Une capacité minimum de conceptualiser pour pouvoir partager et échanger. Il me semble qu'entre idéal, idéologie, croyance, doctrine, convictions, il existe pas mal de confusion.

    D'autre part, je ne doute pas de la force de la nécessité. Mais il ne faut pas négliger la puissanbce des convergence d'intérêts. Qui ne sont pas uniquement liées au matérialisme productif.

    Amicalement
    Franz

  57. @ franz

    Fait un effort !
    Oscar Wild avait l'habitude de dire qu'il detestait les discussions. Elles vous faisait parfois changer d’avis...

  58. sur ce que vous dites à propos des alternatifs , c'est en partie vrai , mais ça doit être en partie démentit pour retrouver les chemins de l'histoire . il faut qu'une génération jeune se presse chez les alternatifs , qui sur le papier sont très proche de ce qu'on peut proposer ici . et ayant milliter aux alternatifs à bordeaux ( où il n'y avait que de jeunes très dynamiques et très créatifs , très ouvert aussi) . tout ça pour dire que l'avenir politique à gauche c'est les alternatifs , qui font partie du front de gauche ce nouveaux front antifasciste . et ^même si à priori c'est mal barré , il faut faire en sorte que ça devienne à nouveau une évidence . qu'on livre ce partie à toutes les forces autonomes et révolutionnaire .

  59. @jerome :

    La paresse est une force qu'il ne faut pas sous estimer. Elle permet quand elle est cultivée avec application de développer l'intuition.

    Amicalement
    Franz

  60. Si les alternatifs se renouvellent, j'en serais très content mais il y a du boulot (il ne faut pas se débarrasser des vieux militants, vraiment très sympas mais les marginaliser un peu quand même!).

    Il me faut ajouter que je ne suis pas si enthousiaste avec l'autogestion car, pour avoir créé et dirigé une petite entreprise d'une dizaine de personnes, en essayant de prendre des décisions collectives, on se rend compte rapidement qu'on ne peut pas tout faire ni passer tout son temps en réunions. D'autre part, en informatique, il n'est pas forcément plus intéressant d'avoir une vision globale (faire le cahier des charges) que de programmer un automatisme particulier. Vraiment, je crois que la seule chose qu'on peut espérer, c'est un travail autonome, ce qui ne veut pas dire que ce soit facile ni que ce ne soit pas aliénant, seulement un peu moins (discutable).

    Il est certain que les idéaux interviennent dans nos engagements mais cela n'empêche pas que ce qui est déterminant en dernière instance, après-coup, c'est l'efficacité matérielle ou la soutenabilité à long terme, que ça plaise ou non...

  61. @jerome :

    Pourquoi pas en effet. Avec la créativité, la quête artistique, l’échange, le partage, l’amitié, l’amour, le plaisir, la gourmandise. N’est-ce pas ?

    Je ne sais où se situe ce truc-là mais j’en suis sans hésiter.

    Amicalement
    Franz

  62. Pour le travail choisit se pose quand même la question de l'offre et de la demande.

    Par exemple, tous ceux qui ont suivi des études de socio ou de psycho, mais manque de bol, il n'y a pas de boulot dans ces domaines. Le CNRS ou les universités n'ouvrent pas de postes à la hauteur du nombre de diplômés.

    Inversement, en médecine, le numérus clausus a essayé de résoudre le problème, mais du coup il n'y a plus assez de médecins.

    Le problème du travail choisit, c'est d'avoir un éventail de choix correspondant à un besoin, offre, et à ses capacités autant que aptitudes.

  63. @olaf :

    Le travail choisi peut s’imaginer dans un cadre plus favorable qu’aujourd’hui. Ensuite se pose la question du salariat. Qui actuellement se situe dans l’enrôlement et la soumission contre quelque monnaie. Il reste celui de l’artiste, de l’artisan ou du mono entrepreneur. Qui pour les deux derniers sont considérés comme des démarches individualiste voire poujadistes. Donc, forcément de droite. N’est-ce pas ?

    Amicalement
    Franz

  64. Si souhaiter plus d'autonomie et minimiser l'aliénation à son employeur c'est être de droite, alors j'en suis.

    Si construire un cadre social collectif permettant plus d'autonomie c'est être de gauche, alors je suis de gauche.

    Mais bon, les collages d'étiquettes c'est pas trop ce qui me motive.

    Mon com précédent est une remarque sur le cursus scolaire et d'apprentissage hyper spécialisés qui nous formerait à un job et rien d'autre.

    A part les cas spécifiques de la recherche universitaire, il y a tout intérêt à pouvoir changer de profession et de savoirs au cours de sa vie, pour ne pas être enfermé dans une filière.

    D'où l'intérêt de la formation continue.

    Ca permet d'éviter la routine et d'accompagner l'évolution de la production. Un apprentissage permanent...

  65. franz et olaf
    Sur les artisans, qui peut nous indiquer une analyse ( lien internet, ou livre) sérieuse sur la question ? C’est vrai en effet que ceux qui se sont déclarés jusqu’ici progressistes( de gauche comme de droite) considéraient l’artisanat comme obsolète rejetant ainsi artisans et petits commerçants dans le poujadisme ( et suscitant plus intelligemment chez les artisans une critique de l’Etat de tendance anarchiste ).
    Aujourd’hui peut-on encore qualifier d’artisans les travailleurs indépendants, socialement autonomes ? Et même chez les artistes il faudrait distinguer entre ceux qui ambitionnent de laisser des œuvres et ceux qui compte sur leur performance en marge de la production industrielle ? Les "artisans" ( travaileurs indépendants) d’aujourd’hui ne servent plus guère qu’à diffuser et installer chez le particulier ou dans des conditions particulières ce que produit en masse l’industrie et sa publicité. Ce n’est pas cela l’artisanat d’autrefois…
    Relocaliser c’est chercher les moyens de retrouver entre l’artisan (= celui qui avait un savoir faire )et ses commanditaires locaux ( qui en avaient d’ autres) plus véritablement la référence à la valeur d’usage de l’objet produit dans la définition du juste prix marchand. L’échange traditionnel était beaucoup plus raisonné, entre des partenaires plus authentiques qu'aujourd'hui.
    Cela ne veut pas dire retrouver les styles traditionnels et dépassés de production et de vie ( travail d'artisan restaurateur), mais cela signifie que ceux qui se réclament de la gauche ( mes camarades) doivent prendre acte tout à fait de l’impasse du productivisme pour définir les revendications politco-sociales. Je crois que c’est en route. Et les écrits de Jean Zin y contribuent très positivement

  66. @K. :

    Là tu me rappelles ma mère quand elle me surprenait en pleine rêverie. Je crains que ce soit du même niveau. Il ne faut pas opposer ceux qui rêvent et ceux qui agissent. Cela ne ferait pas de mal aux uns et aux autres d’aller voir comment procèdent ceux d’en face. Les pompiers sont utiles mais réfléchir au moyen d’éviter le feu est tout aussi nécessaire. Soigner les blessés c’est magnifique. Eviter la guerre est préférable. Ce qui est regrettable est que les uns et les autres privilégient leur fonctionnement, qui le plus souvent correspond à leur nature, en se gaussant de l’autre, pourtant complémentaire. Ce serait plus profitable que les uns et les autres échangent, que les expériences des uns nourrissent la réflexion des autres. Et réciproquement.

    Agir est l’engagement le plus honorable qu’il soit. Mais de savoir où l’on va ainsi serait plus efficace encore. D’autant que toute une part de ceux qui s’engagent ont besoin de financements et, à force de compromissions, finissent par devenir la roue de secours de ceux qui sont la cause de tous nos maux. On refuse d’entendre ceux qui réfléchissent parce qu’ils dérangent et crispent le pouvoir. Si tu considères cette remarque comme injuste on pourra trouver bien des turpitudes à ceux qui trop souvent s’enferment dans leur tour d’ivoire ou se perdent dans des arguties byzantines.

    En réalité, chacun s’engage selon son goût ce qui constitue la diversité dont nous avons besoin. D’ailleurs, si tu passe par ici, je suppose que ce n’est pas pour trouver des modus operandi. Possible que les échanges un peu dilettantes qui sévissent (un peu par ma faute) te paraissent par trop futiles. Mais, sauf à bien se connaître ou à faire partie d’une culture clairement identifiée il faut un temps pour mettre un minimum de vocabulaire en commun. Ne serait-ce qu’une question de patience ?

    Pas trouvé où aboutissaient tes liens.

    Amicalement
    Franz

  67. Tu ne comprend pas : VOUS NE DEVEZ PAS REINVENTER LA ROUE

    L'IDEE DE LA ROUE SE PARTAGE.

    Allez voir le monde, allez voir ailleurs ce qu'il s'y passe, prenez des idées : au lieu d'essayer de construire seul, un truc bancale.

    Et oui vous ne pouvez peut être pas être le nouveau messie qui invente une société : mais AGISSEZ BON SANG

    Laissez de coté votre ego, pensez en réseau, prenez les idées, échangez, construisez.

    http://p2pfoundation.net/The_Founda...

  68. Et pourtant dans ces liens, ou à l'intérieur de ces liens (liens de second niveaux) se trouvent ce que vous cherchez :

    L'économie de l'abondance : et comment fonctionnera la société ... que vous le vouliez ou non

    Arrettez de parler et agissez maintenant.

  69. Il ne s'agit pas de rêver, le travail choisi, ce n'est pas le travail idéal, ce n'est pas forcément faire ce qu'on veut, ce n'est pas forcément le travail-passion. Il faut effectivement une adéquation entre l'offre et la demande. Le travail choisi signifie seulement qu'on a choisi ce travail par rapport à d'autres possibles, ce qui peut être un travail peu épanouissant s'il est bien payé. Pour le dire autrement, on ne fait pas sa vie comme on veut, comme si on était tout seuls, on est en interaction avec le monde, avec les autres, avec le marché (ce pourquoi il ne faut pas être trop spécialisé mais la formation permanente c'est la plus grosse des arnaques en France au moins).

    Il n'empêche qu'il faut favoriser l'adéquation entre travail et passion ou compétence, ce qui devrait concerner pas mal de gens quand même. Quand on est autonome, pas besoin qu'il y ait un poste, on peut exercer en "libéral" (c'est de droite!) mais bien sûr, on n'a pas forcément de clients, de même que les artistes ne trouvent pas forcément des amateurs. On ne fait finalement que donner aux pauvres les moyens des riches (c'est de gauche!) qui eux aussi ne font pas tous ce qu'ils voudraient ("j'aurais voulu être un artiste") mais plus facilement quand même.

    L'accès au travail autonome devrait relancer l'artisanat en tant que c'est un travail qui peut se faire tout seul (mais il faut favoriser les regroupements et les coopérations). Il est certain que l'artisanat, dont les intérêts s'opposent à ceux des ouvriers de l'industrie, est mal vu des progressistes qui croient que c'est un mode de production dépassé qui doit faire place à l'industrie mais, c'est comme sur les paysans, le point de vue a complétement changé. Il est certain que l'artisanat ne peut prendre une place dominante et restera sans doute relativement marginal par rapport aux services et à l'immatériel mais sa fonction dépasse la production d'une valeur d'usage puisqu'il acquiert une valeur écologique et sociale, on peut dire vitale tout comme l'agriculteur bio.

    Le domaine de la réparation, pas rentable du tout, devrait prendre pas mal d'importance avec l'aide des imprimantes 3D. Dans le numéro 33 d'EcoRev', on avait fait un article sur "Autoproduction et numérique" avec des extraits d'articles de Daniel Kaplan et Rémi Sussan. Les moyens sont divers comme les gens. C'est la difficulté de se retrouver entre camarades, ce qui est bien nécessaire mais cela donne l'illusion qu'on serait tous pareils à l'idée qu'on se fait de nous-mêmes. L'idée d'économie plurielle que j'ai eu du mal à accepter comme tout le monde, est assez subversive en fait.

    Cependant par rapport à l'individualisme des stratégies P2P, je privilégie (en bon français) les démarches collectives et politiques (municipales). Il faut tirer parti de la créativité collective mais constater aussi que ça ne mène pas loin depuis le temps qu'on en parle. L'auto-organisation est très forte au moment des groupes en fusion mais ça plafonne très vite comme toujours avec l'auto-organisation, il faut passer assez vite à l'organisation collective et il faut le faire le plus démocratiquement possible.

  70. Au final , il n'y a plus d'économie ou de politique

    La question politique se résume à : une société de controle, ou une société libéral/écologique/sociale

    VOILA

  71. @pch :

    Pch s’adressant à Olaf et moi-même je réponds ici aux deux.

    En dehors des études faites par les organisations professionnelles, je n’ai pas vu grand-chose sur cette question. Surtout de la part de la production alternative. Cela n’intéresse personne. Pour les syndicats, je l’ai déjà dit. C’est de l’individualisme, voire la mauvaise conscience du salariat qui constitue leur clientèle. Pour les autorités, pour les décideurs qui font l’opinion, c’est un quasi trou noir. Juste une catégorie qui absorbe les problèmes sans faire trop de bruit. Qui crée peu d’emplois (la moitié des entreprises sont en mono), donc peu de chômeurs en cas de problème, se fond dans le paysage quand il y a faillite et fait tourner gentiment une économie qui soulage grandement la régression générale du système productif. Même si on sait que la débrouille, la fraude, font partie (nécessairement ?) de leur fonctionnement. Cela permet à l’instituteur que je connais de prétendre que tout plombier est un voleur. Alors que cet instituteur ne supporte pas que les plombiers le traitent de paresseux. Bonjour le dialogue social.

    Mais surtout, cette catégorie existe pour une notion qui a été éliminée du système économique, même dans l’esprit des meilleurs économistes de gauche. Il s’agit de développer une activité pour subvenir à ses besoins vitaux.

    Vendredi dernier, Frédéric Lordon s’exprimait dans l’émission de Daniel Mermet avec sa verve habituelle. Parlant de l’entrepreneur, il en disait ceci

    « Un entrepreneur c’est quelqu’un qui a envie de faire quelque chose. Ben ça c’est très bien d’avoir envie de faire un truc mon bonhomme ! Et surtout faut y aller, il ne faut pas hésiter, moi je.. si c’est ça la liberté d’entreprendre, moi je suis tout a fait pour donc. L’entrepreneur est un gars qui a un désir de réalisation de choses. Sauf que, c’est son désir à lui. C’est son affaire à lui. Donc, qu’il le fasse tout seul. Qu’il le fasse par ses propres moyens. S’il le peut. »

    En l’occurrence, son intervention était destinée à faire comprendre que quand un entrepreneur ne pouvait plus bosser seul il avait besoin des autres. Sa préoccupation n’était pas tant celle de l’entrepreneur que celle des salariés. Je ne lui fais pas donc grief de l’oubli essentiel qu’il fait.

    L’entrepreneur n’a pas seulement envie de faire un truc en utilisant ses capacités ou un savoir faire. Ils le fait d’abord pour obtenir sa subsistance quotidienne. Juridiquement, moralement, culturellement, socialement, intellectuellement, politiquement, cette nécessité est sortie de l’idée de tout le monde.

    Il est généralement admis que celui qui crée son entreprise, règle en priorité ses charges et ne se rémunère pas durant des mois ou des années. Tant que son activité n’est pas considérée comme rentable au yeux de la société.

    Dans le Monde d’hier, on peut lire ceci :
    Le Monde.fr du 19 Septembre 2009
    http://crise.blog.lemonde.fr/2010/0...

    Lidgia Gomis a créé, début 2009 avec un microcrédit de l’ADIE, son petit salon de coiffure afro dans le centre de Rouen. Et elle tient bon. La clientèle s’est développée, les recettes ont presque doublé depuis la rentrée dernière, pour atteindre 3 000 euros par mois. Cette ancienne vendeuse ne se paie toujours pas de salaire, “parce qu’on m’a dit qu’il valait mieux attendre les deux ans de la société, pour être sûr de pouvoir payer la régularisation des charges sociales”.

    Ceci sous entend que cette personne est nourrie et logée par d’autres. Ou bénéficie d’un petit capital. Parce qu’il est aujourd’hui admis que pour accéder à une quelconque activité il faut impérativement un capital. La force de ses bras n’y suffit plus, même pour celui qui a besoin de peu de moyens. Le capitalisme est descendu au cœur de la vie des gens. A Pole Emplois de mon coin, il n’y a pas une annonce sans que l’on indique « véhicule exigé ». Pas de bagnole pas de boulot. Et avec quoi tu te payes ta bagnole ? Tu la voles ?

    Pour faire court, toute activité est aujourd’hui considéré comme devant permettre de faire tourner avant tout le système. Et éventuellement de nourrir ceux qui bossent. Et à ce moment là il seront surtout invités à consommer. Dans ce contexte, je sais que cela choquera, je considère que le poids des charges est devenu contreproductif et ne devrait plus peser sur le travail. Mais sur la richesse. Car c’est devenu un obstacle central à la création de toute activité.

    Telles qu’elles s’appliquent de cette manière, elles appauvrissent les salariés (le salaire brut d’un Smicard est divisé par deux sans que cela ne choque personne), et elles empêchent les individus de créer leur activité en les maintenant au chômage. Car tout le monde ne peut pas bosser comme cette Lidgia. La solution est évidemment de confier le financement de la solidarité aux impôts et taxes (géré par l’Etat, bien sûr et non par des assurances privées).

    Or, là encore, syndicats, économistes, patrons sont tous d’accord pour que le financement des charges ne sorte pas du monde du travail. Pour eux, il n’appartient pas à la société tout entière de s’en charger. Parce que pour eux tous, le monde du travail doit resté une activité à part. C’est une question de principe, de culture, d’intérêts. De mon point de vue, en dehors des effets épouvantables de l’économie mondialisée (mais comme il est dit, très difficiles pour l’instant à contrarier) c’est l’un des principaux blocages de notre société. Sauf à considérer que 30 % de chômeurs et de travailleurs pauvres soit une situation qui peut durer. C’est pourtant le problème qui dépend le plus directement de notre décision collective et politique à l’échelle de notre pays.

    Amicalement
    Franz

  72. @Jean Zin :

    "Il n'empêche qu'il faut favoriser l'adéquation entre travail et passion ou compétence, ce qui devrait concerner pas mal de gens quand même"

    C’est essentiel. Parce que plus il y aura d’individus qui travailleront avec plaisir, plus ils diminueront la demande. Ce qui obligerait mécaniquement à revaloriser l’offre. C’est bien pour cela que tout est fait pour empêcher ce type d’activité.

    Si il existe un commencement de choix, même pour une rémunération plus faible, on préfèrera celle-ci au ramassage des ordures la nuit. En revanche, si les entreprises. ne trouvent plus de candidats, il faudra bien qu’elles les payent mieux.

    D’où la nécessité d’un chômage important. D’où la demande du MEDEF pour une immigration « choisie ». Celle qui élimine le travail choisi.

    Amicalement
    Franz

  73. @Jean Zin :

    Bien sûr que la création collective, associative, coopérative sont des moyens qu’il faut largement promouvoir. Ils sont une réponse quand on ne peut plus développer seul sa petite activité. Ou la récommune comme dit Lordon. Là encore, de préférence au salariat. Car, qu’ont le veuille ou non, et malgré tout l’intérêts des solidarités qui s’y développent, le salariat conserve un principe de subordination. Le réduire pour que ce qu’il en reste puisse être largement revalorisé avec tous les moyens pour rendre leur dignité aux salariés, c'est-à-dire en considérant l’entreprise comme « une communauté politique » (Lordon).

    Il ne s’agit pas d’inventer un monde d’auto entrepreneurs, cette notion lancée récemment pour apporter la plus mauvaise réponse au problème. Mais il faut reconstruire un tissu économique qui a disparu. Comme tu le dis très bien avec ta comparaison astronomique, la lumière est éteinte depuis un moment mais nous ne le savons pas encore. Nous vivons sur des acquis, des services publics, la rente des retraités. Mais tout ce qui l’alimentait a disparu. Et l chute risque d’être plus brutale qu’on ne l’imagine.

    Or, si on souhaite reconstruire un tissu économique productif, sans recommencer avec les grands investisseurs, sans se rebrancher à la mondialisation comme l’exigent les maires quand ils défilent avec leur écharpe, il faut le faire brique par brique. En y incluant la petite agriculture, le maraîchage et tous ces trucs que nous avons cru bon d’éliminer pour la grandeur du progrès.

    Amicalement

    Franz

  74. Franz,
    Je pense que nos jugements divergent peu. Les nuances viennent de quelques écarts de point de vue entre les lecteurs de Jean. Reste à voir , à l’expérience, si une société plurielle, souhaitable plus que le chaos révolutionnaire, est possible.
    J’ai trouvé beaucoup d’intérêt au lien indiqué par Jérôme :
    http://palim-psao.over-blog.fr/
    En particulier l’article « Essai d’une critique de la gauche politique, économique et alternative » .Et pour moi simple citoyen de base de la classe des salariés je ne trouve pas de divergences théoriques aujourd’hui insurmontables ( au contraire !) entre les textes de ce blog et ceux de Jean. Dans les deux cas « obligés de critiquer, de mettre en question nos formes et modèles de luttes et d’alternatives… il s’agit d’une critique du dedans, et non d’un traitement académique, faussement objectif, du haut d’un quelconque savoir » Voilà bien l’essentiel pour une pensée tournée vers l’action, respectueuse des voies plurielles de chacun.
    Toutes les difficultés viennent de ce que nous sommes nous-m^mes des individus issus de cette civilisation ( que nous voulons transformer constatant ses vices radicaux ) et nos références sont formées par elles ». Personnellement je reste optimiste si dans les syndicats et les partis de gauche je constate qu’on peut enfin « affronter les questions difficiles, celles qui nous empêchent de rester dans les catégories du système que nous voulons abattre ».
    http://palim-psao.over-blog.fr/arti...

    « Abattre » n’est pas ma tasse de thé, car je partage l’espoir que peut s’instaurer une économie plurielle ( d’où mon empathie pour les commentaires de Frank et envers le travail choisi).Il n’en demeure pas moins qu’il est assez contradictoire sinon déchirant de soutenir les acquis sociaux ( par exemple manifester pour le plein maintien des retraites par répartition) tout en ayant pris conscience de ce que « l’affrontement dynamique entre capital et travail a été le moteur du développement de ce système, plus qu’un enjeu d’émancipation au-delà du capitalisme » . ll faut, dans le même temps où nous défendons nos intérêts, prendre en compte des changement historiques dont nous sommes également les acteurs ( et pas seulement de "gentils travailleurs" soumis à de "méchantes familles" capitalistes), par exemple les techniques nouvelles, le caractère fini des ressources fossiles d’énergie, etc…. Il faut alors une** solution politique**, et non plus seulement de compromis social, à l’exclusion des travailleurs hors des lieux de production confiés aux robots. Soit un réformisme radical.
    Je propose d’en percevoir toute la problématique en revenant à un texte Jean Zin à propos de la critique des Droits de l’homme et du Citoyen par Marx :
    http://jeanzin.fr/ecorevo/philo/pre...

    Il faut réexaminer aussi les institutions républicaines !

    Amicalement

  75. @K. :

    Cette erreur (HTTP 403 Refusé) signifie qu’Internet Explorer a réussi à se connecter au site Web, mais qu’il n’est pas autorisé à afficher la page Web.

    Pour plus d’informations sur les erreurs HTTP, consultez l’aide.

    Désolé mais à l'impossible...
    Amicalement
    Franz

  76. @pch :

    Merci pour ta réponse. Il me semble que, quoiqu’en disent les penseurs et les philosophes qui se méfieront toujours d’une définition possible, le bon sens est nécessaire pour avancer.

    Pour ton lien voilà en effet un texte plus accessible pour moi. C’est que n’ayant pas fait d’études, certains langages me sont incompréhensibles. Suis en gros d’accord mais je pense qu’il ne prend pas en compte l’évolution de la sphère financière.

    « Le capital ne peut donc plus simplement être considéré comme le parasite exploitant le « bon » travail des « classes laborieuses », mais comme la forme spécifique d’organisation de ce travail, permettant de l’accumuler, de le centraliser, de l’investir, c’est à dire de garantir la « valorisation de la valeur ». « L’idole régnant (le travail) impose sa volonté dépourvue de sujet, par « l’imposture aveugle » de la concurrence, laquelle soumet aussi les puissants lorsqu’ils gèrent des centaines d’usines et déplacent des sommes faramineuses sur le globe. »

    Certes. Mais aujourd’hui la part productive, bien sûr nécessaire à l’économie, n’est plus que l’étincelle permettant à la chaudière spéculative de tourner à plein régime. L’essentiel de ce que l’on s’entête à qualifier de richesse, est échangé du côté de Clearstream. En toute opacité, donc en ne respectant même plus les règles du commerce fondées sur la confiance. Tant qu’il faudra alimenter cette chaudière, nous aurons du souci à nous faire. Sans doute parviendrons-nous à cesser de l’alimenter, en tarissant sa source plutôt que de prétendre lui déclarer la guerre frontalement. C’est en cela qu’en inventant d’autres formes de production et de travail, on devrait se situer sur le bon chemin.

    Ceci dit, les jeunes d’aujourd’hui ignorent qu’ils portent le monde de demain. Comme ceux qui sont nés en 1480 à la fin du Moyen-Age ignoraient qu’ils inventeraient la Renaissance. Faisons avancer les choses, mais ne pensons pas à leur place et surtout laissons-leur quelque chose pour qu’ils puissent s’en servir.

    Amicalement
    Franz

  77. Pas trop le temps de répondre, sinon pour dire que Jean-Pierre Lebrun est un représentant de la psychanalyse réactionnaire et normalisatrice (car toute pensée subversive peut être récupérée en devenant normalisatrice, un peu comme l'Encyclopédie des nuisances par exemple). Ce qui est comique, ce sont les intellectuels qui confondent l'anomie d'une société déboussolée, comme il y en a eu d'autres, avec un destin métaphysique, craignant que l'ordre établi ne s'écroule et que le ciel nous tombe sur la tête. Ce n'est pas tant la si lente sortie de la religion que l'écroulement du communisme qui nous laisse désemparés avec la montée des inégalités. Bien sûr qu'il y a des obstacles à l'autonomie qui n'est en rien naturelle comme le croient les libertaires et les dominants. Je préfère Ehrenberg sur le sujet que j'abordais dans "l'inversion de la dette" il y a presque 10 ans mais il est bien difficile de faire la part des différents niveaux qui sont confondus par ces défenseurs de la Loi (psychique, culturel, historique, politique).

    Il n'y a pas disparition de l'économie ni du politique, c'est s'emballer un peu vite, mais par contre l'impossibilité de croissance d'une économie de l'attention se confirme avec cette étude d'un économiste qui prétend qu'internet causerait déjà la décroissance de l'économie !

  78. Cet article sur la cannibalisation du temps et de la bourse du consommateur, "le temps de cerveau disponible", et des produits remplacés, me ramène sur un article que j'avais réalisé sur le sujet une dizaine d'années auparavant.

    Je l'avais titré : " L'ére des sumos ".

    C'est en fait courant dans les études marketing microéconomiques cette prise en considération, mais occulté sur le plan macro.

    De fait, internet en 1999 était devenu un vrai délire dopé au capital risk. Quelques uns comme Lévy Leblond avaient tenté de mettre un bémol.

    Toujours est il que l'inflection matérielle nécessaire pour réorganiser nos modes de production et de consommation énergétique sous la contrainte des conséquences écologiques pourrait être à même de produire une relance de l'économie matérielle et immatérielle, puisqu'il faut bien aussi innover et cogiter pour prendre le virage sans faire n'importe quoi, faute de quoi c'est le mur. Bien matériel, lui.

  79. "Relocaliser c’est chercher les moyens de retrouver entre l’artisan (= celui qui avait un savoir faire )et ses commanditaires locaux ( qui en avaient d’ autres) plus véritablement la référence à la valeur d’usage de l’objet produit dans la définition du juste prix marchand. L’échange traditionnel était beaucoup plus raisonné, entre des partenaires plus authentiques qu'aujourd'hui." (pch)
    voilà bien une remarque qui me travaille depuis 2 ou 3 jours :
    passer un marché est bien difficile dans notre société de marché...
    établir la teneur ET la valeur d'un travail est bien difficile dans notre société du travail...
    reste à s'accorder tout de même sur "l'authenticité" (chacun fait mousser son éthique en fonction de ses impératifs!), le problème des impératifs étant catégoriquement du côté des commanditaires plutôt que du côté de ces artisans devenus rares
    mais peut-être l'artisanat s'est-il déplacé vers d'autres activités? (me demandant par là si les réelles difficultés rencontrées dans mon exercice d'architecte ne traduisent pas ce déplacement, signifiant que l'industrialisation et sa publicité ont depuis longtemps chassé les métiers de leurs corps, et les corps de leurs métiers)
    quelques théories intéressantes lient ça, à mon sens, à la promotion de l'espace (dans son aspect visuel d'ambiance) au détriment d'un goût du temps (l'épreuve), mais peut-être je divague, et peut-être ceci relève des conceptions du monde
    je veux signifier par ce message l'importance de la remarque qui a été faite par pch sur "la passation de marché", ou acte d'engagement, qui induit la possibilité de "manger son chapeau" (attention : j'ai pas dit "prise de risque")

    j'aimerai ajouter que l'authenticité ne fait pas le bonheur

    système synpathique

  80. "Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant.
    Retroussons nos manches."
    Christine Lagarde, Ministre de la Dépossession, 10 Juillet 2007

    Revue sortir de l'economie
    bulletin critique de la machine travail planetaire

    http://palim-psao.over-blog.fr/ext/...
    bonne lecture....

  81. @frank :

    En examinant la situation des auto-entreprises, on finit par mettre bout à bout les éléments du carcan qui contraignent à l’inactivité une grande partie de la population. Où l’on verra que si le poids des charges ne pesait pas si lourdement sur l’activité, pourquoi l’Etat multiplierait-il les exonérations de charges qui finissent par coûter des milliards à la Sécurité Sociale ?

    Ceci apparaît de manière plus flagrante encore avec le cas des auto-entrepreneurs. Qui sont une mauvaise réponse à un vrai problème. Mais ceux qui connaissaient la situation des micro entreprises créées par Madelin ne se faisaient guère d’illusions. Pour cela, il suffit de prendre connaissance du rapport d’information du Sénat sur le bilan du régime de l’auto-entrepreneur présenté par Philippe Mariani himself. http://www.senat.fr/rap/r09-365/r09... Il est dit ceci dans sa présentation :

    « Afin de stimuler le désir d'entreprendre, il s’agissait d’offrir à chacun,
    et notamment pour les salariés victimes de la crise économique, un moyen
    nouveau de créer une activité et d'expérimenter, à moindre frais, ce qui
    pourrait devenir à terme une entreprise créatrice d'emplois. »

    Toute la philosophie avec les limites que lui fixent le système est ainsi définie. Il ne s’agit en aucun cas de permettre aux entrepreneurs d’obtenir leurs moyens de subsistance. Mais d’expérimenter une activité. Une sorte d’école grandeur nature, de formation en situation. Un apprentissage au capitalisme, comme il se doit. Le but n’étant pas ensuite de satisfaire à ses besoins quand cette initiative devient viable mais de développer une entreprise créatrice d’emplois. C’est l’objectif que l’on fixe prioritairement aux chômeurs. Sachant que ce statut leur est avant tout destiné pour faire baisser les statistiques qui s’annonçaient catastrophiques.

    A aucun moment il est proposé au chômeur de se prendre en mains pour cesser de dépendre du système d’aides. Même pas de créer son propre emplois. Mais de devenir créateur d’emplois. Comme si cela pouvait être la seule justification à la création d’une entreprise. Ainsi existe-t-il des objectifs nobles, créer des emplois et des objectifs vulgaires, travailler pour vivre. C'est dans ce sens que l'on se propose de "stimuler le désir". Parce que chacun sait qu'un chômeur est un peu apathique. C'est pour cela qu'il se complait dans son état. Faut le stimuler, que diable !

    Le succès des auto-entrepreneurs a dépassé les espérances de leurs initiateurs. En montrant par là qu’il existait un véritable besoin. Mais en aucun cas on y a répondu.

    Le rapport prend soin en effet de manifester sa surprise et la satisfaction des initiateurs :

    « Rares sont les politiques publiques qui rencontrent, aussi rapidement,
    un accueil aussi favorable du public et mobilisent autant l’attention des élus,
    mais aussi des organisations professionnelles. »

    C’est que le statut d’auto entrepreneur est on ne peu plus simple. Exonéré de TVA, il est limité par un chiffre d’affaire variant selon les catégories. Il n’est évidemment pas prévu de déduire ses frais de fonctionnement ou autres charges. Seule le montant de ce chiffre d’affaire est à déclarer et servira à définir impôts et prélèvements sociaux. Sachant qu’en l’absence de revenu, rien ne serait réclamé les deux premières années. Le rêve pour celui qui souhaite enfin créer sa propre activité plutôt que de subir un chômage sans perspective d’emploi. Ces deux causes ayant lourdement pesé dans le succès de ce statut qu’il convient de souligner ici :
    • Parce qu’il existe un chômage massif
    • Parce qu’il n’existe aucune perspective d’emploi.

    Cette réalité, n’est pas explicitement prise en compte même si elle est la cause de cette initiative juridique. Parce que bien sûr le gouvernement ne veut ni ne peut répondre au problème du chômage qui s’annonce avec la crise à venir, celui-ci met en place une solution de rechange. Aux chômeurs de se débrouiller mais dans un cadre bien délimité. Créer des emplois et s’insérer au plus vite dans le système économique classique. Ou disparaître.

    Nous disposons donc d’un bilan complet établi par l’URSSAF au 30 Avril 2010.

    En 2009 il est déclaré 307 500 comptes. Mais 60% de ces créateurs ne déclareront aucun revenu. Notons que ces créations ont permis de gonfler la statistique des créations d’entreprises de 75 %. Les trois quarts de ces créations concernaient donc des entrepreneurs isolés. Et parmi eux, 60% ne déclaraient aucun revenu ! Et c’est pour ce résultat que le gouvernement n’a pas hésité à communiquer pour faire état d’un si grand succès. La France créait à nouveau des entreprises, plus que nulle part ailleurs. Même si près de la moitié d’entre elles n’avait aucune activité déclarée. Nada. Le vide. Mais qu’importe pourvu que l’on ait une statistique à commenter.

    Mais pendant ce temps quel employé du ministère du travail accepterait de ne bénéficier d’aucun revenu sur un an ? De quel humanité parle-t-on ? S’agit-il de robots qui ne se nourrissent pas ? L’anomalie est telle que les rapporteurs en viennent à s’interroger sur la fraude. Il est évident qu’une proportion importante de ces acteurs économiques, profitant d’une aubaine pour bénéficier d’un statut légal, ont dissimulé leurs éventuels revenus.

    Quelle conclusion en tire-t-on ? Que ce système n’est pas viable ? Evidemment non. S’il existe un problème de déclaration, c’est qu’il existe un problème de contrôle. Et là le gouvernement retrouve tout son savoir faire : police et répression. Sans se préoccuper ni des causes ni des besoins qui ne sont pas satisfaits. Ne pas comprendre que le sort des citoyens est le dernier souci de ces gens-là et que leur seule motivation tient à la crainte de désordres sociaux, c’est être complètement aveugle.

    On note que c’est évidemment le régime social particulier trop attractif qui a créé cet effet d’appel. Il faut donc serrer la vis. Mais à aucun moment on ne se pose la question de savoir si le régime général lui-même n’est pas la cause du problème. En étant l’un des obstacles qui ne permettrait pas de satisfaire à ces besoins. Comment s’en rendre compte puisque cette satisfaction n’entre pas en considération ?

    On se contente d’identifier la raison du succès en comparant avec les situations des artisans, commerçants et professions libérales assujettis au régime classique de l’URSSAF. Pour conclure finement qu’il est évidemment moins avantageux. Mais à aucun moment on se demande si ces prélèvements obligatoires qui ont été assouplis, n’étaient pas l’une des causes principales décourageant toute initiative de création. La preuve en est que, même à taux réduit, une majorité choisit de ne rien déclarer pour échapper à ces prélèvements. Considérant que c'es encore trop bas par rapport à ce qu'il leur reste pour vivre. Inadmissible ? Le peuple serait-il fraudeur par nature ? Ce doit être sans doute la seule explication que se donnent ces honnêtes décideurs qui n’ont pas la tête à ça.

    C’est ne pas voir que les humains existent dans un cadre très limité. Pour comparer, avec le corps, si vous mettez une fenêtre à 1,50 m vous voyez la mer. Si vous la placez à 1,80m vous ne la voyez plus. Il a suffit de trente centimètres. Presque rien. Et c’est pourtant ce qui fait toute la différence. Quand vous pénétrez dans cette même mer, jusqu’à 1,50 m de profondeur vous respirez. A 1,60 m de profondeur, vous vous noyez. Il a fallu dix centimètres pour que tout change. Faut-il expliquer que pour les revenus, c’est la même chose ? Avec 6 000 euro par an un individu ne peut pas vivre. Avec 12 000 euro, cela devient envisageable. 20 000 étant souhaitable. Tout ce que vous lui prendrez en dessous de cette somme, conduira l’individu à l’impossibilité de vivre. Le prélèvement, en dessous d’un certain seuil tue. Tout simplement. Et que fait-on ? On prélève. Et on tue. Sans état d’âme. On assassine une partie de la société sans se poser de question. Et quand vous évoquez cela avec un syndicaliste, celui-ci vous répond qu’il suffit de payer correctement l’employé. Vas le proposer à un petit artisan qui ne parvient pas à se payer lui-même. Comme ce brave syndicaliste a réponse à tout, il argue que l’artisan n’a que ce qu’il mérite en se compromettant avec les patrons et le capital. Et que de toute façon c’est un tricheur. Incompréhension tragique qui ne permet pas de sortir de cette nasse.

    Que lit-on dans le rapport ? 15 % des auto-entrepreneurs ayant fait une déclaration (parmi les 40 % qui déclarent quelque chose) avaient un chiffre annuel inférieur à 1 000 €. En tenant compte d’un minimum de frais, cela fait un revenu net inférieur à zéro. Une année d’activité sans manger. Ce qui est évidement impossible. Sauf à être mort.

    Mais alors, quelle est la moyenne des chiffres d’affaire de ces 40 % qui déclarent quelque chose ? 6 300 euro par an. Voilà le chiffre d’affaire moyen des 123 000 entrepreneurs qui font la gloire de ce gouvernement. Les autres n’ayant apparemment strictement rien gagné. Soit il s’agit de financer des loisirs, ces gens ayant d’autres ressources, soit évidemment il y a dissimulation. Mais qui se demandera vraiment pourquoi ? Qui comprendra que derrière cette manœuvre il y a tout simplement le besoin de s’assurer ce minimum vital ? Le problème étant que quand on met le doigt dans cette fraude, il n’est plus possible d’en définir les limites. Qui va avouer, je suis mal honnête jusqu’à 25 000 € mais après je déclare le surplus ? Pourrait-on au moins maîtriser ce genre de stratégie ? C’est probablement impossible en raison des mécanismes qui se mettent alors en place sans aucune lisibilité.

    Cette affaire illustre parfaitement la distance qui existe entre les citoyens et les décideurs. En réalité une totale incompréhension. Mais nous verrons également qu’il est impossible, dans le cadre actuel des prélèvements sociaux de supprimer ces prélèvements sur une catégorie sauf à léser les autres, ce qui est clairement reconnu dans ce rapport. Ceci devrait montrer au moins l’absurdité de ce système.

    Que l’on ne se méprenne pas. Il serait naïf de découvrir qu’en vérité le système capitaliste n’a pas pour objet le bien être de chacun et l’harmonie sociale. Plus naïf encore de croire que les agents du pouvoir en place chercheront à améliorer cette situation. Ce que je tente de montrer n’est donc pas un scoop. Mais il est important de comprendre à quel point certains principes ont été introduits au cœur de notre système et dans les mentalités de tous, sans que les hommes politiques de gauche ni les syndicats n’y trouvent à redire. Or, en n’étant pas en mesure d’identifier ces dysfonctionnements, il y a peu de chance que l’on y remédie un jour. Ce sont pourtant ces problèmes qui nous sont les plus proches et qui pourraient trouver des solutions sans avoir besoin de l’autorisation du FMI. Ainsi, à défaut d’y répondre et en ayant les yeux fixés sur une mondialisation inaccessible, nos hommes politiques de gauche comme les tenants de l’altermondialisme sont sans projet. Un projet crédible, concret à un horizon acceptable. Il serait d’une folle naïveté de croire que les électeurs ne s’en sont pas aperçu.

    
    

    Amicalement
    Franz

  82. sur com 96
    Sans doute le terme « authentique » était mal choisi, car trop « juridique ». Franz précise mieux l’idée en proposant cette double contradiction dans notre rapport actuel à la production créatrice en général :
    « Passer un marché est bien difficile dans notre société de marché. Etablir la teneur et la valeur d’un travail est bien difficile dans notre société du travail »
    Quant au fait que les impératifs soient « catégoriquement du côté des commanditaires », c’est tout à fait vrai et dommageable. Exemple : J’avais découvert il y a trois ans le travail d’une artiste que je trouvais très prometteur. Dans une nouvelle exposition je constate qu’elle fait actuellement des marines très convenues et commerciales. Il faut bien qu’elle vive ! Au déni de ses capacités à faire plus authentiquement œuvre. J’ose croire que l’attribution à chacun d’un revenu universel d’existence ( quantitatif) fournirait à cette artiste en particulier une possibilité renforcée de révéler si , dans la durée, elle donne ek-sistence à sa qualité propre d’être au monde et de l’exprimer : N’ayant plus à peindre pour vivre, elle serait mise en situation ( mais aussi à l’épreuve !) de vivre pour sa peinture. Et de mieux tenir tête à la publicité faite à ses œuvres ( aux misères de la commande).
    Ce qui vaut ici pour l’artiste vaut aussi pour le boulanger. L’artisan boulanger traditionnel produisant son pain pouvait se manifester aussi en tant que « passeur de symboles ( cf. Homère pour qui l’homme se distinguait des autres animaux comme « mangeur de pain »), alors que l’usine à pain morcelle le « corps de la boulangerie », divise le rapport à l’activité, chacun ne percevant que son propre moment d’intervention dans la production d’une chose, temps qui participe à la valeur purement marchande, évaluation du prix, où l’ouvrier dans un processus en chaîne est lui-même réifié. Au point que des robots peuvent le remplacer. Le système lui-même a de moins en moins besoin des travailleurs
    Ce que j’ai inclus sous le générique « artisan » c’est une activité humaine où, avec les propositions concrètes de Jean Zin, des gens , loin d’être providentiellement placés dans un espace d’assistés, seraient mis à l’épreuve de leur temps d’existence . ( ni paradis pendant la vie, ni Paradis après !) Du moins c’est comment je comprends les choses, sans prétendre généraliser l’artisanat d’antan.
    D'accord avec le com 98, envoyé pendant que je préparais ma réponse à Franz.
    Mais c'est les syndicalistes qu'il faut convaincre, avec les victimes du système, dans l'immédiat, et soutenir leurs revendications, pour qu'ils perçoivent par eux-m^mes les changements nouveaux à revendiquer, contre les dominants,qui peuvent se passer avec les nouvelles technologies, de la multitude des dominés. Surtout ne pas laisser penser que la gauche et la droite c'est du pareil au même!

  83. On aura peut-être compris que je réponds sur 96 à Frank, tout en partageant les critiques de Franz en 98. Ce qui compte ce sont les échanges d' appréciation? Amicalement

  84. Pour avoir le droit d'exercer dans l'espace public (du point de vue des "marchés publics") il faut le formulaire DC7, visé par le trésor public. De ce point de vue, l'espace public est délimité par l'URSSAF, la RAM, la CIPAV, notamment. On y voit la confirmation matérielle (si j'ose dire) que, concernant "le monde du travail", le système nous précède. On est pas vraiment libre. A ma connaissance le statut d'auto-entrepreneur ne permet pas d'accéder aux marchés publics, ce statut est donc un petit arrangement provisoire (je précise que je donne raison aux personnes qui détournent dans leur intérêt immédiat le statut d'auto-entrepreneur).

    Je vais risquer une bêtise : il me semble que tout le monde voudrait pouvoir "rentrer" dans l'espace public (qui commence par le travail gratifiant, reconnu, même local), et que les propositions de "sorties" n'ont d'efficacité que parce qu'elles caressent la théorie dans le sens du poil (pour le coup on passe du local à "l'entre-soi invisible", au petit comité...) : tu romps les dépendances, ta pratique devient ta théorie, tu es seul, tu es fini.... (apartée).

    Dans le travail autonome il y a le jeu des fictions (le jeu des conventions auxquelles il faut répondre a minima, car tout travail est social) : c'est l'accès au réel; et puis il y a l'accès à soi, le chemin vers soi (éprouver la liberté, étirer le temps, s'expérimenter, jouer l'altérité) : c'est l'émancipation, qui est l'émancipation du réel (déplacer le réel, le fictionner). Y a pas bon salariat!

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