L’écologie-politique, avenir de la gauche

On peut analyser de différentes façons l'effondrement des Verts aux dernières élections présidentielles : par leurs défauts internes ou les défauts de l'élection, par la faute à Hulot, à Bové, au PS, aux médias... Certes tout cela a pu jouer mais il faut surtout rapprocher cet effondrement de deux autres faits : d'une part il ne faut pas faire comme si la marginalisation des Verts n'était pas celle de toute la gauche (l'extrême-gauche bien sûr mais jusqu'au PS puisque les valeurs de gauche y étaient marginalisées aussi !), d'autre part cette décrédibilisation du parti écologiste se produit paradoxalement au moment même où les problèmes écologiques commencent à être pris au sérieux par la société toute entière, y compris les partis de droite...

La gauche ne peut se tenir à l'écart de cette prise de conscience écologique et c'est sans doute un des enjeux principaux d'une refondation de la gauche d'arriver non seulement à prendre en compte ces questions écologiques mais à se reconstruire autour d'une véritable écologie-politique qui n'est pas autre chose que la continuation du socialisme par d'autres moyens. En effet, si l'écologie-politique constitue bien une nouvelle façon de faire société, avec de nouveaux biens communs, le sentiment d'une communauté de destin et d'une responsabilité collective, cette solidarité sociale renforcée ne signifie aucunement qu'il faudrait nier pour autant la division de la société ni la nécessaire résistance des dominés. Au contraire, c'est une base solide pour exiger avec plus de force encore la réduction des inégalités, pour ce qui serait une véritable écologie de gauche mais qui aura besoin d'être défendue par toute la gauche, pas seulement par une de ses composantes. La gauche y trouverait sans aucun doute un nouveau souffle pour reprendre l'offensive, une nouvelle légitimité qui pourrait rassembler le mouvement social sur un objectif à long terme. Pour le dire simplement : l'écologie-politique, c'est l'avenir de la gauche ! En effet, la leçon qu'on doit tirer de notre situation historique, c'est qu'il y a une double impasse : celle d'une écologie réduite à un parti groupusculaire, mais tout autant celle d'une gauche tournée vers le passé et sans projet, éclatée en petites chapelles sur le marché des idéologies et confinée à des stratégies purement défensives.

Une écologie de gauche

Le contraste entre la popularité de Nicolas Hulot et le score des Verts a valeur de démonstration du fait que les menaces écologiques sont reconnues désormais par une large partie de l'électorat, sans pour autant que les Verts apparaissent capables d'y répondre en quoi que ce soit ! Il ne faut pas y voir la preuve du caractère apolitique de l'écologie (le fameux ni-ni, "ni de droite ni de gauche") alors qu'il y a bien, au contraire, une écologie de droite comme il y a une écologie de gauche ! C'est juste la preuve que les Verts ne sont pas à la hauteur mais surtout que l'écologie n'appartient pas aux écologistes patentés et qu'elle est devenue incontournable, s'imposant à tous désormais comme notre réalité collective, la crise climatique matérialisant notre existence comme totalité planétaire et l'effet en retour de nos comportements collectifs. Il ne faut pas croire que ce sont les écologistes qui sont à l'origine de la sensibilité aux questions écologiques ni qu'il ne s'agit que d'effets de mode, ce sont les faits eux-mêmes dans ce qu'ils ont de plus matériel qui mettent la préoccupation écologique au centre de la vie publique. Il ne s'agit pas d'idéologie même si l'idéologie vient s'y greffer ensuite. L'écologie n'est pas une "valeur", une préférence pour la nature par exemple. L'écologie n'est pas un sentiment, c'est une prise de conscience, c'est assumer la responsabilité de l'effet de nos actions. Ce n'est pas non plus la nostalgie d'un passé originel alors que c'est tout au contraire une projection dans l'avenir et l'engagement dans un projet commun. Encore faut-il savoir lequel, ce qui devrait être l'objet justement du débat politique entre droite et gauche si la gauche n'avait perdu tous ses repères historiques ! En tout cas, il y a une chose qui apparaît de plus en plus clairement, c'est qu'on n'a pas vraiment le choix puisque, ce qui est en cause, c'est la préservation de nos conditions vitales, la préservation collective de notre existence collective !

Au-delà de Nicolas Hulot, la récupération actuelle de l'environnementalisme par le gouvernement pourrait laisser penser que l'écologie est passée à droite et du coup l'accuser d'être un truc de riches. C'est ce dont rêve la droite, sans aucun doute, dans l'illusion que le "capitalisme vert" pourrait intégrer la contrainte écologique et même relancer l'économie et la croissance, quand ce ne sont pas les tenants du libéralisme qui prétendent que le marché est un écosystème qui réglera tout à merveille tout seul ! Il y a effectivement un certain nombre de mesures urgentes qui peuvent être prises rapidement pour réduire les ravages du productivisme sans nuire à la croissance dans un premier temps mais la contradiction ne tardera pas à se faire sentir entre la logique du profit et la préservation des équilibres écologiques ou sociaux. La prise en compte de l'écologie, c'est-à-dire de tout le hors-travail et le non-économique, condamne à plus ou moins long terme le capitalisme et porte la nécessité d'un retour du politique dans l'économie mais aussi de sa relocalisation. La crise écologique est un élément supplémentaire de la critique du capitalisme productiviste, d'un libéralisme irresponsable et de la mondialisation marchande, c'est même "le plus grand et le plus large échec du marché jamais vu jusqu’à présent" selon le rapport Stern qui ne fait pourtant que proposer des mécanismes de marché pour y répondre ! Certes, on ne pourra se passer d'écotaxes, non pas tant pour internaliser les coûts que pour réduire le gaspillage et préserver les ressources rares, mais elles ne constituent pas du tout une véritable solution pour autant et pèsent surtout sur les plus pauvres. C'est une façon de réserver le droit de polluer aux riches. Pas étonnant que ce soit la voie défendue par la droite. Pour la gauche si des écotaxes sont inévitables, elles ne peuvent être acceptables sans contreparties ni alternatives. En tout cas, il est certainement stupide de prétendre que l'écologie n'est ni de droite, ni de gauche, alors qu'il y a bien une écologie de droite, même si elle ne mène pas bien loin, et une écologie politique de gauche beaucoup plus ambitieuse !

L'écologie ne se réduit pas à l'environnementalisme, comme on le croit trop souvent, se contentant de corriger les effets les plus voyants du système. Au contraire, elle doit remonter aux causes et donc "remettre en cause" le système ; ce que la droite ploutocratique évitera de faire bien entendu, derrière toute sa phraséologie ! Il n'y aura de véritable écologie transformatrice que soutenue par la gauche et les couches populaires. C'est pourquoi, si l'écologie est bien l'affaire de tous, c'est surtout l'affaire de la gauche qui peut lui donner toute sa dimension, en tout cas la plus favorable au plus grand nombre, ouvrant la voie à une transformation sociale émancipatrice, de nouvelles solidarités et la construction d'un avenir commun où la gauche pourrait retrouver toutes ses valeurs. Assumer ce rôle historique en adoptant ces nouvelles perspectives, serait aussi l'occasion pour la gauche de tirer toutes les leçons de ses échecs passés et de ne plus en rester aux vieilles idéologies dépassées du siècle dernier, ni au productivisme industriel, ni à la centralisation du pouvoir. Cela devrait être l'occasion enfin de se tourner vers l'avenir et l'économie de l'immatériel.

Le discours écologiste que la gauche doit reprendre à son compte n'est pas forcément ce qu'on présente habituellement comme le discours "écolo". Rien à voir bien sûr avec l'opposition irrationnelle aux chasseurs par exemple ! Répétons-le, l'écologie n'appartient pas aux écolos ! Il y a tout de même toute une tradition écologiste qui se situe non seulement à gauche mais dans le sillage du marxisme, tout en marquant nettement leurs points de rupture, de Jacques Ellul à André Gorz. Contrairement aux idées reçues, il faut souligner à quel point les analyses de Marx ont été déterminantes dès les origines de l'écologie (le capitalisme comme productivisme, l'aliénation de la marchandise, l'abolition du salariat). L'écologie politique ne se réduit certes pas au rejet du marxisme comme certains écologistes ont pu le croire, elle en reprend plutôt le flambeau ! Une écologie de gauche ne peut qu'être révolutionnaire, engagée dans la construction d'une alternative au capitalisme ainsi qu'au salariat productiviste même si elle devra prêter une attention plus grande au qualitatif, aux spécificités locales ainsi qu'aux effets à longs terme de nos actions. Il y a continuité autant que rupture car si l'écologie vise l'épanouissement de l'individu dans son milieu naturel et social, il lui faut pour cela "changer de révolution" tout de même et notamment "penser global, agir local", comme disait Jacques Ellul.

La révolution écologiste

Les Verts ont beau s'être rangés depuis plus de 10 ans du côté de la gauche plurielle, ils n'avaient rien de révolutionnaire jusqu'à présent, c'est le moins qu'on puisse dire, il était même très mal vu d'oser parler d'écologie révolutionnaire dans leurs rangs, je peux en témoigner ! Les choses ont bien changé depuis car la reprise des thèmes environnementaux par les autres partis a montré qu'il n'y avait pas de place pour un parti écologiste réformiste, ce qui les a poussés à radicaliser leur discours, appelant à une "révolution écologiste" mais qui sonnait un peu faux, il faut bien le dire ! Les Verts qui croyaient avoir l'exclusivité de l'écologie ont dû comprendre, mais un peu tard, qu'un parti écologiste ne se justifiait qu'à défendre un véritable projet écologiste et donc, effectivement, une révolution écologiste, mais il ne suffit pas de le dire...

Si c'est toute la gauche qui doit devenir écologiste, n'est-ce pas l'existence même d'un parti écologiste qui est remis en cause ? La disparition des Verts dans un grand mouvement de gauche, n'est pas exclue, ou plutôt leur éclatement dans différentes familles politiques, mais ce n'est pas forcément le plus probable, ni le plus souhaitable d'ailleurs. Quel pourrait être le rôle d'un parti écologiste dans une gauche écologiste ? On peut penser qu'il pourrait servir utilement d'avant-garde, d'expression politique et de coordination des différents mouvements écologistes mais à condition de ne pas se réduire à un simple parti d'élus à la remorque du PS comme maintenant et d'expérimenter en son sein les solutions qu'il propose à la société toute entière. L'intérêt d'un parti écologiste devrait être, en effet, non seulement de proposer des alternatives mais de les mettre en pratique. Inutile de préciser qu'on en est loin ! Une question cruciale est trop souvent négligée, celle de notre rationalité limitée et donc de la nécessité du principe de précaution et de la construction de l'intelligence collective, ce qu'on peut appeler une démocratie cognitive (non pas une "démocratie populaire" formellement "majoritaire" et qui pourrait décider soi-disant de tout au nom d'une prétendue "volonté générale", encore moins une démocratie des experts plus ou moins indifférents au sort des citoyens mais une démocratie des gens, des minorités, des droits de l'homme, du respect et de la qualité de la vie). C'est ce que les Verts pourraient tenter d'initier en articulant mouvement écologiste et parti. En tout cas, une refondation des Verts est inévitable et ne pourra se faire que sur un projet concret d'alternative, question qui concerne toute la gauche cette fois.

Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Une alternative effective doit répondre aux contraintes écologiques ainsi qu'aux aspirations sociales mais tout autant aux exigences de l'ère de l'information qui s'ouvre devant nous. Or, il n'y a pas de milliers de façons de prendre en compte à la fois l'écologie, avec la relocalisation des échanges, et l'économie de la connaissance, avec le développement humain. Il ne s'agit pas de prétendre tout réinventer comme si ces questions n'avaient pas été abondamment discutées depuis longtemps mais on peut s'étonner quand même du nombre restreint d'alternatives écologistes effectives. J'en ai dénombré 4 principales (productivisme durable, productivisme bridé, décroissance, production alternative) avec une mesure phare dans chaque cas : écotaxes, RTT, relocalisaton, revenu garanti. La première, trop libérale, ne peut faire plus que limiter les dégâts, c'est l'écologie de droite, pas vraiment alternative ! Les partisans de la réduction du temps de travail et des consommations se heurtent rapidement aussi au productivisme du système qu'ils voudraient seulement réduire, sans offrir d'alternative au capitalisme salarial. La décroissance est un mot d'ordre utile, derrière lequel il y a toutes sortes d'utopies un peu trop volontaristes, moralisantes ou même pires, mais qui insistent avec raison au moins sur la relocalisation de l'économie. Leur faiblesse au-delà de l'utopie un peu floue, c'est de ne pas intégrer du tout la révolution informationnelle.

La dernière alternative est la seule qui tient compte des transformations du travail à l'ère de l'information avec la revendication d'un revenu garanti. Il faut se persuader qu'il n'est pas possible d'attendre du marché qu'il règle magiquement nos problèmes mais pas plus qu'il serait possible de déterminer les besoins sociaux à l'ère de l'information et du travail immatériel où l'autonomie de l'individu devient si essentielle ! C'est pourquoi il faut prendre la question au niveau du travailleur et de son autonomie plus que des besoins sociaux. Cette alternative, qui me semble la seule vraiment sérieuse (bien qu'elle ne soit pas suffisamment prise au sérieux!), a été dessinée dans ses grandes lignes par André Gorz qui vient tout juste de nous quitter. Précurseur de l'écologie politique dans l'après Mai68, d'une écologie politique de gauche et anticapitaliste, héritière du marxisme et attentive aux conditions de travail, il sera toujours resté fidèle à la classe ouvrière malgré ses "adieux au prolétariat" un peu prématurés. C'est surtout dans "Misères du présent, richesse du possible" (1997) qu'il définira précisément les termes de l'alternative écologiste à l'ère de l'immatériel, rejoignant les propositions les plus innovantes de Jacques Robin et de Transversales pour une économie plurielle : revenu garanti, coopératives et monnaies locales... Il ne fait pas de doute que ces propositions qu'il faudrait détailler un peu plus ne paraissent pas assez crédibles, bien trop différentes des revendications habituelles du mouvement social ! Ce ne sont pourtant pas des propositions utopiques issues d'imaginations un peu trop fertiles, ni des résurgences proudhoniennes, ce sont des pratiques effectives, les enjeux du moment, ainsi que les conditions d'une économie plus immatérielle et moins productiviste. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est à la fois ce qui est possible et nécessaire.

Il y a d'abord le revenu garanti, défendu par bien d'autres comme Toni Négri ou Yann Moulier-Boutang mais qui reste difficile à admettre. C'est presque en contrebande qu'il insiste à travers de nombreuses luttes éclatées (retraités, chômeurs, travailleurs pauvres, précaires, intermittents du spectacle, rmistes, salaire étudiant, handicapés, etc.) et dans de nombreux pays (le Brésil en a le projet au moins). Comme tout le monde, André Gorz a d'abord été choqué par cette idée folle d'un revenu sans contrepartie, idée folle dans l'ancien monde sans aucun doute mais qui s'impose désormais pour assurer non pas seulement une véritable "sécurité sociale" mais bien donner les moyens d'un "développement humain" de plus en plus central. Le revenu garanti unifiant toutes ces luttes non seulement créerait de nouvelles solidarités mais inverserait le rapport de force en donnant les moyens de changer le travail et de sortir du salariat productiviste au profit du travail autonome et de la relocalisation de l'économie.

Il ne faut pas croire que le revenu garanti serait destiné à ne rien faire, il est destiné à assurer une continuité de revenu mais surtout à donner les moyens de valoriser ses compétences et d'assurer une production alternative au système marchand, ce pourquoi il faut des structures collectives destinées à faciliter le travail autonome et le rendre accessible à tous, avec toutes les protections sociales mais très loin d'un travail de fonctionnaire. C'est ce que j'ai appelé, en m'inspirant de Bookchin, des coopératives municipales, destinées aussi à dynamiser les échanges locaux, un peu comme les SEL (Systèmes d'Echanges Locaux).

Il s'agit en fait de prendre la question à l'envers de la planification socialiste, en partant du travailleur lui-même et non de la consommation ou des besoins sociaux, pour essayer de passer du travail forcé au travail choisi, favoriser la créativité, la formation, le travail autonome en lui procurant toutes les protections sociales, jusqu'à un revenu garanti, s'occuper enfin de "changer le travail pour changer la vie" et ne plus perdre sa vie à la gagner ! A condition d'avoir les institutions qui le permettent, cette écologie du travail pourrait offrir une alternative au salariat productiviste et constituer une véritable libération des nouvelles forces productives immatérielles en même temps que l'accès à un travail plus épanouissant pour tous. Cela constituerait, on en conviendra, un progrès indéniable de la qualité de la vie ! Partir des hommes eux-mêmes et de leur vie quotidienne permet de retrouver concrètement les questions écologiques liées à leur milieu. C'est ainsi que le travail autonome se révèle indissociable d'une relocalisation de l'économie au profit des échanges de proximité, constituant bien la base d'un véritable système de production alternatif, plus écologique et adapté à notre époque.

Ce sont les monnaies locales qui sont les meilleurs instruments d'une relocalisation de l'économie, réappropriation politique de la monnaie, au niveau local, et permettant une nouvelle forme d'économie publique, territorialisée. Non seulement, ce n'est pas impossible mais la monnaie solidaire SOL est opérationnelle depuis peu et peut être utilisée dès maintenant ! Cette importance donnée au local est sans doute une des plus grandes ruptures avec la gauche traditionnelle, mais qui a déjà été amorcée par l'altermondialisme avec la poursuite de changements globaux fondés sur des alternatives locales. L'écologie politique se caractérise par le souci du réel le plus concret, la nécessité de dynamiser les échanges locaux et de raccourcir les circuits de distribution, ce qui va de pair avec une revivification de la démocratie locale et de la "commune". C'est un renversement de perspective là aussi, et qui ne va pas de soi, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que c'est uniquement par le local qu'on pourra développer le local, c'est à partir du local qu'on pourra équilibrer la globalisation, c'est enfin à partir du local qu'on peut agir sans attendre, et construire dès à présent des alternatives locales à la mondialisation marchande. Cela n'exclut pas un mouvement plus ample dans lequel ces alternatives s'inscrivent et qui leur donne sens, mais cette fois selon un processus qui part de la base (bottom-up) et non pas imposé d'en haut (top-down). Il ne s'agit pas du tout d'utopie mais bien de ce qui est faisable ici et maintenant. Non seulement de ce qui est faisable, mais ce qu'il faut absolument faire ! Ainsi, même si c'est hautement improbable, les prochaines municipales pourraient tout-à-fait être l'occasion pour les écologistes, voire pour toute la gauche, de commencer la révolution par les communes...

L'avenir de la gauche (retour vers le futur)

Pour une large part, la victoire de la droite n'est due qu'à la faiblesse de la gauche, son absence d'alternative plus que de mobilisation, et si la gauche retrouvait une légitimité dans l'opinion, si elle avançait des propositions crédibles, rien ne lui résisterait... En attendant, elle donne le spectacle de la plus grande division sans pouvoir renouveler son discours ni s'opposer au pire. Il est certes très important de parler de refondation de la gauche mais la recomposition n'est pas une affaire d'appareils comme on feint de le croire, c'est bien plus une recomposition théorique, une refondation idéologique, une confrontation avec les bouleversements de notre temps et la reconstruction d'un projet collectif. Il ne suffira pas d'un accord au sommet ni d'alliances de circonstance, il faut tout repenser. On peut même dire que c'est parce qu'il faut bousculer nos représentations et nos habitudes de pensée que la tâche est si désespérée, l'idéologie a une fonction d'inertie considérable même si tout peut s'accélérer sous la pression des événements.

En fait de refondation de la gauche, il semble que la plupart du temps cela ne signifie guère plus que tout garder (revenir aux fondamentaux, à la pureté du dogme) ou tout perdre (renoncer aux principes, passer à l'ennemi) alors qu'il faudrait apprendre à penser autrement dans un monde qui se transforme de façon de plus en plus accélérée, où nous sommes devenues responsables de la totalité du monde, du climat planétaire et de la biosphère, dans un monde limité où les ressources ne sont pas inépuisables mais où nous devons apprendre à vivre ensemble, en préservant notre avenir ou plutôt en le construisant collectivement. Il semble impossible à l'écologie-politique de ne pas se ranger du côté de l'alternative et de l'anticapitalisme, mais cela n'a aucun sens si ce n'est pas la gauche toute entière qui s'en empare. Le destin de l'écologie-politique ne peut être séparé des autres forces transformatrices car si elle a bien vocation à devenir toute la gauche, cela veut dire surtout que c'est toute la gauche qui doit intégrer cette dimension écologique et se tourner à nouveau vers le futur au lieu de rester vainement accrochée au passé...

Non seulement il faut tout repenser à partir de la question écologique mais c'est la production aussi qui doit être complètement repensée à l'ère du numérique, de l'automatisation et du travail immatériel. Cela fait beaucoup mais l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain correspond effectivement à de grands bouleversements dans l'organisation productive, bouleversements qui commencent à peine et devraient se traduire notamment par une indispensable relocalisation de l'économie afin d'équilibrer la globalisation marchande mais aussi par l'exigence d'un travail choisi et le souci de la qualité de la vie. On comprend que ces bouleversements idéologiques soient bien difficiles à digérer mais ils ne sont qu'une conséquence de transformations matérielles déjà effectives et de la nécessité de nouveaux rapports de production plus adaptées aux nouvelles forces productives. L'admettre serait la condition pour ne pas en rester aux revendications traditionnelles trop en décalage avec la réalité actuelle. Il ne suffira pas d'y ajouter un peu d'écologie, ce qu'il faudra c'est bien changer complètement de point de vue !

Les difficultés pour dépasser les anciennes idéologies et les organisations actuelles semblent plus qu'insurmontables. Les changements de culture, de perspectives et d'organisations sont trop importants. Inutile, en tout cas, d'attendre de tels changements d'accords au sommet. Par contre, c'est peut-être au niveau des alliances locales qu'une reconstruction pourrait s'avérer possible, c'est à ce niveau que la confrontation avec la réalité peut convaincre les militants de différentes origines de la justesse de propositions et des possibilités concrètes d'alternative, ici et maintenant, dans le cadre du capitalisme mondialisé et malgré les contraintes européennes mais sous la pression de plus en plus impérative des contraintes écologiques. Peu importe au fond que tout cela ne paraisse guère convaincant pour l'instant car il ne s'agit pas d'un débat théorique mais d'une confrontation au réel et de possibilités pratiques à expérimenter. Dans le désastre actuel, on ne peut que se détourner d'un pouvoir central dont on ne peut rien attendre de bon, et se replier sur le local, ce qui pourrait constituer notre chance. Pour cela il faudrait du moins arriver à se regrouper localement, à l'occasion des prochaines municipales par exemple, essayer de refaire communauté et réapprendre à vivre ensemble avec nos différences, un retour de la commune et de la fédération plutôt que des partis...

(Nouvelles Fondations no 7/8, novembre 2007)

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27 réflexions au sujet de « L’écologie-politique, avenir de la gauche »

  1. Cher Jean,
    merci de ce texte mise au point;j’attends toujours de la gauche ecologiste,l’affirmation de son implacable anti militarisme,la plus grande pollution c’est la guerre et les armes surtout au niveau technologique actuel :

    La planète Terre comme arme et cible

    Par Leuren Moret, hiver 2005
    traduction en cours
    1ere partie:

    http://www.alterinfo.net/La-plan...

  2. Difficile de répondre au discours anti-militariste qui a pour lui l'évidence des bons sentiments, et que la guerre est ce qu'il y a de pire. Seulement on ne fait pas ce qu'on veut dans un monde violent et il faut distinguer l'objectif de désarmement général, indispensable, du fait de garder une capacité de défense. Il faut bien sûr tout faire pour éviter la guerre et on a tous manifesté contre la guerre américaine, je suis donc du côté des anti-militaristes mais pas des positions un peu trop simplistes. Ce qui n'empêche pas que je suis absolument pour la non-violence, mais c'est tout autre chose et surtout parce que la violence confisque la parole et donne le pouvoir aux violents mais aussi parce que les actions non-violentes sont plus efficaces dans une société du spectacle où ce qui compte c'est le symbole, l'image, le sens.

    Par contre, le lien donné est désespérant de bêtise avec ces théories du complot mille fois rabâchées et qui sont une façon de ne pas se donner la peine de comprendre les véritables causes, on préfère désigner un bouc émissaire, une cause occulte, une personnification du mal. Le problème, c'est que la cause du mal c'est le bien, c'est au nom du bien qu'on se permet tous les massacres, au nom de l'amour même. Du coup, c'est un peu plus compliqué et il ne suffira pas d'exterminer les méchants, on coupe la tête du Roi, ce sont mille têtes qui repoussent. C'est un peu comme ceux qui croient que la cause est purement idéologique, une sorte d'erreur cognitive qu'il suffirait de corriger alors que les causes sont matérielles et qu'il faut savoir comment y faire face, ce qui n'est jamais si évident. En tout cas ce n'est pas le problème qui est idéologique, mais c'est l'idéologie qui doit trouver une solution qui ne soit pas qu'imaginaire... On voit à quel point c'est difficile dans la confusion des idées où l'on ne peut savoir qui a vraiment raison !

  3. Merci, Jean, pour ce texte plein de fougue et de pensées profondes. Il exprime ce que je n'arrivais pas à matérialiser depusi un moment. Votre vision d'une nouvelle écologie, et d'un mode de vie alternatif, sont pour moi les meilleures pistes d'avenir.

    Mais que dire des Verts dont je suis ? Où allons nous ? Décembre sera décisif, pour que demain change vraiment....

  4. j'ai lu le lien conspirationiste, un certain nombre d'éléments comme le nombre de têtes nucléaires en corée par exemple me paraissent délirants et sont un peu le symptôme sous jacent de ce roman hypertrophié par une forme de jouissance de la peur, mais somme toute habilement mené et qui emporte l'imaginaire. C'est bizarre cette considération pour un prétendu super pouvoir pluri séculaire qui fait tout pour aller dans l'abîme tout en voulant un nouveau monde merveilleux.

    Ce texte m'a paru pathologique, alors qu'il ne propose rien, hormis la peur qui se nourrit des sueurs froides.

  5. desolé de votre vision reductrice
    Leuren Moret,est une scientifique US mondialement reconnue,experte en rayonnement.
    La version originale en anglais a paru dans une revue scientifique indienne de reputation mondiale,qui publie Chomsky,Gorbatchev etc :
    merci de lire les 4 parties

    World Affairs, The Journal of International Issues v.9, n.4, Winter 2005

    World Affairs, is a leading journal, printed and published in India. The journal seeks to provide the much needed Asian and the developing world’s perspective on issues of global significance. It stimulates interaction and debate between developed and developing nations

    The journal addresses a wide range of readers and reaches out to world leaders, politicians, industrialists, academics, students, and the general public while focusing on the changing socio-politico-economic situation and equations in the world today.

    The increasing complexity of the international environment, beset by multiplying global crises requires serious analysis, debate and understanding. And this is what World Affairs is striving to bring about. In a world of growing violence and shrinking moral and ethical values it seeks to address this pressing need.

    The scope of the journal has steadily expanded to cover a broad range of subjects, such as empowerment of the people, health in developing countries, agriculture and bio-technology, information technology, world cultures and human values, while continuing to pay attention to politics, diplomacy, problems of international security, the environmental crisis etc.....

    http://www.worldaffairsjournal.c...

  6. Que Mme Moret soit ou ait été une scientifique n'est pas une garantie. De même le texte sur ses bonnes intentions.

    Mais de lire "2,7 millions de bombes à uranium appauvri en Corée du Sud" me donne l'impression qu'il y a une coquille difficilement crédible, surtout issue de scientifiques qui sont sensés vérifier leurs chiffres. Bien d'autres chiffres concernant la scolarité par exemple sont discutables...

    Il y a là l'utilisation magique des chiffres comme argument d'autorité.

    Je ne considère pas qu'être sceptique sur de tels points soit être réducteur.

  7. Bonsoir jean ....Combien ce texte est present dans notre conscience ...vos lignes de pensée sont là pour le dire ...merci
    La question de Fabien vient rejoindre mes interrogations :
    ou allons nous ? en tant que Verts ? tant d'amies partiEs ces derniers temps ..
    oui nous verrons en decembre ..les Verts semblent s'etre saisi de cette aspiration à se remettre en question ? Mais en ont ils encore la substance ,en avons nous encore les energies ? nous ,car je suis encore verte ....
    Oui l'ecologie politique c'est l'avenir de la gauche et ce sont de telles passerelles qui se sont asquissées hier à l'alter grenelle à Saint Denis ...
    l'espoir est là ...saurons nous le poursuivre ?

    artemisia

  8. Il n'y a pas beaucoup d'espoir que la rénovation des Verts soit autre chose qu'une rénovation de façade. L'exemple du PC montre que les organisations et les intérêts sont trop importants, on ne peut même pas dire qu'ils disparaîtront quand ils ne représenteront plus rien, les radicaux existent toujours, ils sont même 2 radicaux de droite et radicaux de gauche ! Il y a tout de même une raison pour espérer quand même un sursaut, contrairement aux exemples précédents, l'écologie c'est l'avenir, il s'agit donc de se mettre dans le courant plutôt que d'être à contre-courant, les Verts auraient tout à y gagner...

  9. Je partage globalement le point de vue de Jean sur l'avenir de l'écologie politique... et pourtant je suis encore membre des Verts, tout en étant sceptique sur les capacités de ce mouvement à se rénover et à occuper une place importante dans un processus nécessaire de refondation de la Gauche.
    La majorité des Verts semble préférer le repli et la construction du parti pour lui-même, sur un modèle semblable au sectarisme d'un PC en voie de disparition et d'une LCR recroquevillée sur elle-même.
    Pourtant, dans la vraie vie, comment tous ce gens ne se rendent pas compte que la majeure partie des militants, des personnes qui pensent et agissent pour une politique de transformation écologique et sociale ne sont plus "encartés". On retrouve ceux-là plutôt à Attac, dans les forums sociaux, à "Transversales", dans la sphère de l'économie sociale et solidaire...
    Alors que faire?
    Il s'agit, à mes yeux, d'agir d'un côté pour essayer de regrouper les forces qui sont dans la recherche d'une alternative sociale et écologiste, par la pratique, dans les mouvements. D'un autre, redonnons-nous les moyens d'échanger dans des cercles de débat. Associons des "intellectuels", toi, Jean, mais aussi des gens comme Patrick Viveret, Miguel Benassayag ou Edgar Morin... pour refonder, également sur un plan théorique, un espace politique qui défende la nécessaire transformation des modes de production et de consommation.
    La prise de conscience écologique a "rattrapé" les écologistes. Tant mieux. Cela remet au premier plan l'urgence de lutter ensemble contre les dégâts sociaux et environnementaux que le capitalisme -il faut bien le nommer, la lutte des classes n'est pas finie- engendre chaque jour. Car les opprimés, les faibles et les dominés ne sont-ils les premières victimes de la dégradation de la planète.
    Voilà, en vrac, quelques réflexions...
    Amicalement

  10. Pour ma part, je resterais aux Verts, tant pour influer (à ma petite mesure) sur les lignes politique mais aussi parce que je ne doute pas de l'utilité d'un parti écologique. Mais je préfèrerais le voir porter l'écologie politique plus en avant...

    Rien n'est perdu tant que les Verts restent à gauche et que quelques fous sont en son sein pour essayer de changer les choses...

    Et continuent à s'investir ailleurs aussi...

  11. si vous voulez changer la politique il faut vous presenter aux elections!on ne peut eternellement laisser le ps et l'ump ne rien faire de serieux au niveau des decisions importantes:nucleaire,ogm,transports,agriculture,incineration,les verts
    (avec touts leurs defauts ) se trouvent aux côtés des assos;
    les écolos non-encartés et les verts;rassemblons nous!
    les médias censurent les écolos politiques;
    le ps a refusé de changer les institutions :pas de proportionnelle,le cumul des mandats continue;ce sont les mêmes élus que l'on voit depuis des dizaines d'années;nous vivons dans une monarchie banan ière
    babeth,membre des verts

  12. Je trouve ça bien désespérant de rejeter ainsi la faute sur les autres tout comme de croire qu'il suffit de se faire élire pour changer les choses ! C'est la meilleure voie pour faire n'importe quoi alors que la question est de savoir quoi faire (pas seulement s'opposer vainement aux OGM au nucléaire, aux incinérateurs, etc.). Il faut tout au contraire avoir un projet cohérent et une stratégie pour l'atteindre.

    Je suis certainement plus utile à faire ce que je fais qu'à me faire élire. Pour tout dire je ne vote presque plus (sauf au référendum...), considérant que la démocratie médiatique et compétitive réduit les discours à la communication et la démagogie. Les élus se coupent très vite de leurs électeurs et s'installent dans leur statut de notables. Bien sûr, le plus ridicule ce sont les présidentielles, le plus lucratif c'est député mais on peut trouver au niveau local les conditions d'une véritable dynamique collective qui donne sens à une candidature plutôt que de se croire investi personnellement. Ce n'est pas le cas chez moi mais j'incite certes à conquérir des municipalités quand c'est possible pour expérimenter des alternatives locales, à condition d'avoir une vue claire du but pour ne pas sombrer dans l'opportunisme.

    Je ne crois pas à une "censure des médias", façon d'éviter de se remettre en cause, et il ne suffit pas de dire rassemblons-nous. Une des clés de l'affaire justement serait que les Verts se raccrochent au mouvement social et aux associations au lieu de n'être qu'un parti d'élus dévoué aux élections. La tentative avortée des Etats Généraux de l'Ecologie Politique représente ce qu'il faudrait faire et l'échec des Verts français.

    C'est à l'intérieur des Verts qu'on peut parler de cumul des mandats et qu'on voit toujours les mêmes depuis des années...

    Ceci dit, je pense que les chances sont minces de transformer les Verts mais elles ne sont pas complètement inexistantes. Ceux qui sont à l'intérieur des Verts doivent s'en saisir, sinon ce petit parti n'a pas d'avenir, il n'est pas impossible qu'un certain nombre s'en rendent compte ! En tout cas il y a bien des urgences avant celle de se présenter aux élections.

  13. Jean,

    Je partage votre analyse, bien qu'à l'intérieur des Verts. C'est à nous de nous remettre à l'ouvrage d'un réel parti de transformation. Et si pour cela nous devions ne pas gagner quelques places, où serait le problème ?

    Car c'est bien vers un réel mouvement d'union que nous devons aller, et j'aimerais voir les Verts devenir non le noyau central, cela donnerait une image despotique bien mal venue, mais l'un des maillons de cette chaîne, disons son pendant politique.

    J'ai, pour les mêmes raisons, intégré un syndicat, pour faire entendre une certaine voie autre que la litanie habituelle... Pas facile, mais stimulant au plus haut point.

    Le comportement des gens est important: pour se faire entendre il faut être convaincu, et que cette conviction soit portée chaque jour, sans compromission. Pas facile, surtout dans notre monde ultra consumériste. Mais faisable avec un peu de bon sens, et un bon sens philosophique.

    Je crois personnellement que les Verts peuvent encore saisir cette chance et de venir enfin un parti de l’écologie politique, une de ses mouvances, la pépinière à idée dont à besoin le politique. Je pense que rien n’est perdu, à condition de clarifier les choses, d’arrêter de lorgner du côté du PS systématiquement, et du MODEM plus récemment…

    Il va falloir aussi virer les opportunistes, mettre de nouveaux visages en avant, avoir le courage de nos opinions et les porter haut et fort.

    Utopiste moi ? Peut être un peu, surement beaucoup même. Et alors ?

  14. Je dois dire que, pour ma part, je ne suis pas un convaincu (ni un con triomphant ?) et ne me donne pas en modèle, j'essaie seulement d'éveiller la conscience de nos responsabilités collectives...

    Eliminer les opportunistes est bien difficile, on l'est tous un jour ou l'autre et avec le temps ce sont les corrompus qui prétendent lutter contre la corruption... Je ne crois pas que ce soit une question de personne ni qu'on soit meilleur que ceux qu'on accuse de trahison maintenant mais qui y ont cru vraiment comme nous ! Il ne s'agit pas de juger les personnes comme si on valait mieux mais de comprendre ce qui dénature le message pour changer des procédures dévoyées. C'est une question d'organisation plus que d'individus. Je crois vraiment que le problème est d'abord cognitif, la difficulté de savoir quoi faire et de construire une intelligence collective.

    Il ne faut pas rêver d'une unanimité des Verts et il serait bien plus sain d'avoir des courants qui reflètent clairement leur orientation politique : une écologie libérale, une écologie étatiste, une écologie localiste (fédéraliste). Bien sûr il ne faut pas rêver, chacun ne se voit pas comme il est et il n'est pas sûr que les écologistes libéraux s'acceptent comme tel, ni les étatistes, la façon dont on nomme cette partition n'est pas innocente mais il faudrait du moins que les courants arrivent à se définir par leurs différents projets plutôt que par leurs personnalités et réseaux de pouvoir !

    La fonction d'un parti est spécifique, elle est idéologique en déterminant une doctrine, une grille de lecture, une finalité, des principes ; elle est aussi pratique dans le jeu des alliances et les marges de gestion des élus. Les associations et les ONG ont leur fonction propre qui ne sont pas les mêmes mais il faut institutionnaliser le dialogue et les interactions avec elles comme avec les intellectuels qui peuvent apporter le résultat de leur travail. Un parti n'est rien s'il n'est pas l'expression d'une société. La difficulté, c'est que le parti est national, conformément aux institutions, alors qu'il faudrait qu'il soit beaucoup plus tourné vers le local pour ne pas se perdre dans des débats idéologiques stériles.

  15. J'espère que je n'ai pas donné l'impression d'être un convaincue borné ...

    Et oui, pour les courants c'est une obligation de clarification, ne serait ce qu'envers nos potentielles électeurs.

    Cordialement,

  16. Non, bien sûr, mais j'insiste toujours sur le fait qu'on ne peut être sûr de rien. Par exemple, même si ce n'est pas le plus probable, il ne me semble pas exclu que le réchauffement ne soit pas seulement dû à nos émissions de CO2, ce qui n'est en rien une excuse pour ne rien faire ni pour être sûr qu'on n'y est pour rien ce qui est une autre bêtise... C'est tout le problème du principe de précaution !

  17. Effectivement, c'est même la base de toute pensée, la capacité à évoluer et à s'adapter aux nouvelles données. Sinon, ce n'est plsu une pensée, mais un dogme, comme les religions ou le marxisme primaire....

  18. En parlant de cela, le grelot (pardon Grenelle) de l'environnement est une superbe démonstration d'enfumage comme je n'en avais pas vu depuis longtemps (bien que pas si longtemps que cela, étant un élu impliqué au sein de la société qui m'emploie).

  19. Je ne suis pas vraiment d'accord, non que le Grenelle ne soit pas critiquable, insuffisant, illusoire mais c'est quand même une étape et le peu qui sera effectivement fait est toujours ça de pris ! On ne pouvait s'imaginer qu'on passerait immédiatement à une véritable alternative si ce n'est à la décroissance ! Je recopie ce que j'ai dit sur le forum :

    Il y a bien de quoi se réjouir du Grenelle de l'environnement. Non que les quelques mesures proposées soient en rien à la hauteur, ce n'est pas la question, mais on a passé un seuil dans la prise de conscience et la prise en compte de l'écologie. C'était loin d'être gagné et c'est loin d'être fini mais c'est quand même inespéré. Après ça on va pouvoir dénoncer l'immobilisme et l'insuffisance de ce qui sera réellement fait mais c'est déjà ça ! Que la droite se convertisse à l'écologie est une bonne chose qui souligne en contraste le retard de la gauche sur ces questions.

    L'erreur de ceux qui critiquent Hulot et le caractère médiatique de cette opération politicienne, c'est de ne pas comprendre que la médiatisation est un moment essentiel pour arriver à une prise de conscience collective. Il faut d'abord se représenter le problème avant d'y trouver une solution et il y a des urgences. On est sorti de la dénégation, c'est déjà énorme ! Maintenant, tout reste à faire mais nous ne sommes plus dans la fin d'un monde ancien et déjà dans la construction d'un monde nouveau. C'est le moment des commencements...

  20. sans partir dans de grands discours , une proposition toute bête , pour des gens qui voudraient se lancer dans la conquète de municipalités, serait de faire un wiki et de creer un semblant de dynamique populaire à partir de ça . ne serais ce que pour rassembler toutes les informations qu'on peut déjà collecter sur un ritoire donné et voir ce qui est sûr et ce qui fais polémique . . le tout est quand même de rester dans une démarche studieuse et enquèter véritablement sur la réalité du territoire . il me semble justement qu'un des frins à la participation populaire , c'est justement que ces informations , restent la propriété des spécialistes ou des politiques .... mais à l'heure où internet commence à percer à peut près toutes les zones de l'hexagone et que ça reste un moyen d'avoir des informations capitales , inaccésible ailleurs , comme les ecrits de jean zin , on aurait certainement tort de s'en passer .

    il y a rien de bien nouveau , mais c'est peut être un début

  21. Jean,

    en somme la com, avec tout ce qu'elle a de détestable, a des effets. Selon ce que je suppose et qu'aurait suggéré tsun tzu( a t il existé ? ), il serait inutile de vouloir l'éviter, cette com, comme de la suivre pas à pas.

    Le grenelle ou al gore sont les médias de ce problème. Ces amorces sont un balbutiement maladroit mais il ne faut pas les mépriser.

  22. de la part de babeth qui a ecrit plus haut;je n'ai pas pu répondre car j'étais"montée"à paris au salon du commerce équitable et pour la manif anti-nucléaire;je persiste:oui il faut des élus verts dans les régions et municipalités!
    un exemple:mon mari fut élu à albertville et grâce au groupe des verts a réussi à faire fermer le four d'incinération polluant de gilly;catastrophe écologique;
    on peut avoir des élus et à côté militer dans des assos;si il n'y a plus d'élus écolos verts ou non qui fera le travail?
    CERTAINEMENT PAS LES ELUS UMP QUI VEULENT DOUBLER LE TUNNEL DU FREJUS POUR FAIRE PASSER ENCORE PLUS DE CAMIONS.....CECI MALGRE LES BELLES PAROLES DE MR HULOT QUE L'ON NE VOIT JAMAIS A LA BASE.....
    CE SONT LES ELUS UMP QUI VEULENT MODIFIER LA LOI LITTORAL POUR POUVOIR BETONNER LE LAC D'ANNECY.....
    C'EST GRÄCE AUX ASSOS ET AUX ELUS VERTS QUE L'AFFAIRE A PU ËTRE CONNUE ET JE PASSE SUR LES PROJETS D'AUTRES AUTOROUTES AU LIEU D'AMELIORER LES VOIS FERREES.......CECI EN PLEIN GRENELLE...
    renseignez vous sur ce qui se passe concretement

  23. Au sujet du "Grenelle", certes, il s'agit sans dout d'un pas en avant dans la prise de conscience et la mise au premier plan de l'écologie.

    Mais cette baudruche ne risque-t-elle pas de se dégonfler rapidement? I l ya un grand risque d'endormissement sur lauriers.

    Ca y est, les Français se voient champions du monde de l'écologie parce que Al Gore a approuvé le "Gwenelle". On va entretenir tout ça à coups de reportages sur les biocarburants et le recyclage. Ce que je veux dire c'est que cette grand messe est présentée comme un point d'orgue plutôt que comme un point de départ.

    Maintenant que la nécessité de l'écologie ne fait plus débat, il faut se battre sur le front de la définition de cette notion. (Exemple : le fait de présenter le tgv comme le top de l'écologie.)

  24. @Babeth

    Je n'ai jamais dit qu'il était inutile d'avoir des élus locaux mais il ne faut pas non plus en surestimer le poids. C'est une vision un peu individualiste qui surestime le rôle des individus alors que la pression sociale est bien plus déterminante, ce pourquoi le travail idéologique est plus important que celui des élus. L'histoire montre d'ailleurs que la conjonction la plus favorable à des progrès sociaux, c'est la combinaison d'un pouvoir de droite réactionnaire et d'un mouvement social fort qui s'y oppose, au point que la période gaulliste a pu être qualifiée de deuxième révolution française alors que le mitterandisme a sonné la destruction des droits sociaux après une première phase positive. Il me semble que c'est une erreur de croire qu'il y a des bons et des méchants, qu'il y a des écolos et des productivistes, qu'il y a ceux qui sont dans le vrai et ceux qui sont dans la tromperie : ce n'est pas une question d'essence, il n'y a pas de bouc émissaire dont on puisse se débarrasser. Le mal est en nous, ce pourquoi on a besoin de se confronter aux autres, nos supposés "ennemis". Tout ce qui est obtenu de bien est toujours ça de pris mais il ne faut pas avoir un point de vue trop unilatéral. Sur le sujet des incinérateurs, on pourrait donner l'exemple de Noël Mamère à Bègles qui non seulement n'est pas UMP mais est une figure de proue des Verts ! Je continue à penser que les élus verts ne servent globalement à rien même si localement leur action peut être très positive. La raison me semble que ces élus agissent en ordre dispersé au lieu d'être mobilisés vers la construction d'une alternative.

    @Philippe

    Il n'y a pas de baudruche, et pas de risque que la conscience écologique s'endorme car elle s'éveille à peine. C'est un progrès considérable qu'on s'engage dans des objectifs écologiques. Bien sûr cela n'a rien d'alternatif, cela n'a rien de suffisant, mais l'évidence se fera vite voir. Al Gore aussi est bien ridicule et n'a rien d'alternatif, cela n'est pas une raison de bouder la prise de conscience mondiale qu'il a participé à former. On n'est absolument pas à une fin quelconque on est dans les premiers départs !

    Ceci dit je suis entièrement d'accord sur le fait que l'enjeu est cognitif d'approfondissement des implications de l'écologie-politique. Il ne s'agit pas d'être extrémiste mais d'avoir une stratégie pour atteindre ses objectifs. C'est pourquoi il ne faut pas hésiter, dans notre cadre actuel, à favoriser le TGV contre l'avion. Ce n'est pas en faire le top de l'écologie, c'est juste limiter les dégâts ! La question n'est pas là, elle est beaucoup plus difficile : avoir une vision claire de l'alternative et des moyens d'y parvenir (avec tout le monde, pas entre-soi).

  25. oui je suis d'accord : le TGV plutôt que l'avion. Mais la logique semble plutôt être le TGV plutôt que le TER.
    ça me parait juste symptomatique qu'on favorise un moyen de transport cher (donc destiné au plus riches) au détriment du transport quotidien (qui pourrait remplacer la voiture).
    exemple : pas de ligne entre Reims et Troyes alors qu'on construit un tgv est.
    mais bon, je ne boude pas cette étape, on a dépassé le stade de la négation du réchaufement climatique et le stade de "c'est naturel, l'homme n'y est pour rien"

  26. Bien sûr on est d'accord. On est bien, avec le Grenelle de l'environnement, dans une écologie de droite avec l'illusion qu'on n'aura que le minimum à changer pour continuer comme avant et même avoir plus de croissance ! On est dans le cadre de ce que j'appelle le "productivisme durable" et qui n'est qu'une illusion sans aucun doute, juste un peu moins catastrophique que le capitalisme sauvage (on pourrait comparer cela à une guerre respectant les accords de Genève par rapport à une guerre qui ne les respecte pas!).

    Ce pourquoi je me réjouis du Grenelle de l'environnement, c'est que je n'en attendais pas tant ! J'étais plus que sceptique et n'avais pas voulu m'y associer. Franchement, je ne m'attends à rien de positif de la part de Sarkozy aussi je ne peux être déçu ! Le fait d'admettre les problèmes est déjà énorme quand Attali voudrait se débarrasser du principe de précaution pour stimuler la croissance ! Ensuite, que les solutions adoptées ne soient pas à la hauteur sera très vite apparent, ce n'est pas comme si un partage nous semblait injuste, ce sont les moyens qui ne sont pas adaptés à la fin affichée.

    C'était pareil pour Kyoto, ridiculement insuffisant, juste un tour de chauffe pour se rôder et dont l'échec est patent : la contradiction est du moins devenue consciente. Al Gore, Hulot c'est de la frime mais c'est beaucoup mieux que rien et les Verts ne valaient guère mieux depuis une dizaine d'années. L'écologie n'est pas une idéologie à faire triompher, c'est une réalité matérielle à traiter, ce pourquoi la prise de conscience des problèmes est le début de la solution.

    Ce qui fait que je ne suis pas aussi sensible que d'autres à l'absence de certaines mesures, c'est que je ne crois pas plus qu'elles seraient suffisantes. Qu'il y ait une ligne de train entre Reims et Troyes serait sans aucun doute une bonne chose, de même que ce serait une très bonne nouvelle qu'on arrête de jouer avec le nucléaire ou avec les OGM, mais ce ne sont que des détails sans importance dès lors qu'on n'a pas une alternative à proposer.

    C'est l'essentiel de mon argumentation : il faut avoir un objectif clair de l'alternative au productivisme et commencer dès maintenant à la construire plutôt que de se fixer sur des problèmes parcellaires et la gestion au jour le jour ! Il y a tout à changer, encore faut-il savoir comment : la question est cognitive à la fois dans la conscience du problème et dans sa solution.

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