Malaise dans la civilisation numérique

Aux travailleurs du numérique.

Changer d'ère

On en sait beaucoup moins qu'on ne croit. La pensée est lente et notre rationalité limitée. Il nous est difficile d'être nos propres contemporains et de comprendre notre actualité. Il suffit de lever la tête de son clavier pourtant pour mesurer tous les bouleversements que nous vivons. Il y en a eu d'autres, sans doute, et à chaque époque son malaise, mais ce n'est pas tout-à-fait le même à chaque fois. Ainsi, on est passé de la névrose de culpabilité à la dépression d'un individualisme exacerbé, ce qui dénote un progrès malgré tout de notre autonomie où le numérique n'est pas tout-à-fait pour rien, mais il faut bien convenir que la dématérialisation, la permanence des connexions, la rapidité des échanges ont un effet déréalisant nous précipitant dans un tout autre monde, qu'on peut trouver assez inquiétant.

Tout ne va pas pour le mieux, non, et on n'a pas fini d'en éprouver tous les effets pervers mais le malaise est en grande partie idéologique, de ne pas arriver à lui donner sens, en plus de réelles difficultés d'adaptation à ce nouvel écosystème. Certes, le sentiment de perte n'est pas seulement celui de nos repères, de nos anciens modèles, c'est aussi la perte bien réelle de nos protections sociales aggravant douloureusement notre précarité, ainsi que l'absence de prise en compte des nouvelles conditions de production, mais cette inadaptation résulte bien d'une insuffisante compréhension des transformations en cours. Il faut dire que les changements que nous vivons sont tellement considérables qu'on peut les comparer aux débuts du Néolithique ou de l'écriture mais à une vitesse considérablement accélérée. Les anciennes idéologies sont devenues complètement obsolètes. On le sait, mais elles restent encore dominantes tout comme les institutions en place qui se révèlent tout aussi inadaptées aux conditions de l'économie immatérielle.

Non seulement nous devons subir cette inadaptation qui provoque beaucoup de souffrances et de destructions de compétences mais nous devons essuyer les plâtres d'un dur apprentissage où tous les excès et les premières illusions se confrontent au réel. On peut dire qu'on se trouve au plus mauvais moment, celui de la crise, quand une nouvelle époque tarde à naître et se peuple de monstres (délires complotistes, technophobes ou mystiques). On peut dire aussi qu'on est au moment le plus crucial, dans l'oeil du cyclone, au moment où notre voix et notre action peuvent porter le plus et décider de l'avenir.

L'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain

On peut présenter les choses de multiples façons, du côté du producteur comme du consommateur, insister sur la financiarisation, les communications, la globalisation marchande, les nouvelles technologies, l'immatériel, le virtuel, le temps réel... L'important, c'est la façon dont on rassemble les fils, le point sur lequel on se focalise et qui organise notre représentation des mutations en cours. Toute nomination est imparfaite et largement conventionnelle sinon politique (savoir qui devient pouvoir, décision pour l'avenir). C'est donc pour son caractère opérationnel que je préfère qualifier l'ère qui s'ouvre devant nous "l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain" en tant qu'elle s'oppose trait pour trait à l'ère de l'énergie, du productivisme et de la simple "force de travail" (caractérisant le capitalisme salarial).

Ce qui est intéressant, c'est de comprendre à quel point les trois aspects sont indissociables. Sans les réseaux globalisés, la prise de conscience écologiste serait bien plus difficile et les conférences sur le climat presque impossibles. Surtout, sans l'informatique il ne peut y avoir de régulation écologique, seulement une vaine opposition à l'ensemble de l'industrie. Enfin, la dématérialisation de l'économie fournit une voie de sortie du productivisme, ce qui est décisif.

D'une part, l'informatisation valorise la formation, élève le niveau "d'employabilité", démocratise le travail intellectuel, exigeant l'investissement dans un développement humain devenu prioritaire et véritable finalité de l'économie, très loin de ce qui se faisait jusqu'ici. D'un autre côté, le développement humain constitue l'autre face de l'écologie, sa face subjective, celle de la qualité de la vie et du développement de l'autonomie, la face objective étant celle des risques systémiques, de l'épuisement des réserves et de l'accumulation des pollutions. Certains rejettent le développement humain, définit par Amartya Sen comme le développement des capacités et de l'autonomie individuelle, simplement parce qu'il y a le mot développement, dont on peut avoir peur qu'il soit détourné comme l'a été le "développement durable" ! Plus absurde encore, quelques uns rejettent le fait qu'il soit trop humain, au détriment du reste du vivant alors que nous y sommes liés et que notre qualité de vie en dépend. Cela n'empêche pas que le développement humain s'impose matériellement aussi bien pour des raisons écologiques que productives.

S'il faut parler d'une ère de l'information, plutôt que de la communication ou de la connaissance, ce n'est pas pour faire référence aux journaux d'information mais à la théorie de l'information, au bit d'information, à ses caractéristiques transmissibles, indépendantes donc du support matériel. Le monde de l'information qui est celui de l'esprit, de la pensée a de toutes autres lois que le monde physique, celui de la matière et de l'étendue. La rupture vient de là, le changement complet de logique de l'économie immatérielle au profit du développement humain et de la qualité de la vie, nouant souci écologique et besoins de formation. Il faut préciser : l'information s'oppose à l'énergie comme l'improbable s'oppose au probable, comme les phénomènes non-linéaires s'opposent aux forces linéaires, proportionnelles, progressives, mesurables, comme le qualitatif s'oppose au quantititatif, enfin. L'ère de l'information, ce n'est pas seulement plus de communications ni même plus de technologies, c'est un changement complet de logique, de monde, de temporalité où l'on passe, entre autres, de la civilisation de la peine à la civilisation de la panne et du travail forcé au travail choisi, voire au travail passion, mais beaucoup plus précaire aussi, sinon plus aliénant encore lorsqu'il y a contradiction entre les anciennes façons de faire et les nouvelles réalités...

C'est une époque où changent nos représentations, nos pratiques, nos rapports, transformant profondément les individus, l'économie, le travail. Notre rationalité se retrouve hélas bien limitée, on l'a dit, face à une rupture anthropologique d'une telle ampleur. Les idéologies résistent, elles sont une lourde inertie contre laquelle il est difficile de lutter. C'est pourtant bien dans l'idéologie qu'il faudrait une (re)conversion totale aux nouvelles questions, pas un retour aux anciennes réponses !

Le devenir langage de l'humanité

Mettre l'accent sur ce qui oppose matériellement l'information et l'énergie n'est pas tout réduire à cela et nier la dimension cognitive de l'information, simplement se situer à un niveau plus général, au-delà de l'économie de la connaissance qui n'en représente qu'un aspect particulier, les automatismes en étant bien différenciés. Il ne fait pas de doute pour autant que le numérique constitue un nouveau stade cognitif, un nouveau stade du devenir langage de l'humanité après le langage, l'écriture, l'imprimerie... Ce n'est pas dire qu'il y aurait une intelligence collective qui émergerait toute seule comme on l'a annoncé avec un peu trop de précipitation. Cette intelligence collective, elle est à construire et nous en érpouvons plutôt les ratés, mais c'est bien un nouveau stade de notre apprentissage, un nouveau stade pour la mémoire de l'information comme pour la dématérialisation. Le langage, l'écriture, l'imprimerie, l'informatique ne font que prendre le relais de la génétique et de la sélection naturelle, mais, plutôt que de s'aveugler comme les méméticiens sur ce qui reste de commun avec la génétique, il faudrait plutôt insister sur ce qui en diffère tellement !

En effet, ce devenir langage ne se réduit pas à la communication ni aux effets de masse, ce n'est pas seulement la même chose qu'avant en plus grande quantité, c'est notre monde lui-même qui s'en trouve profondément transformé sur les 2 versants du langage : celui de l'énonciation et du rapport à l'autre (dialogue, sincérité), celui de l'énoncé et de l'information (vérité, pertinence). Cette virtualisation est bien réelle, cette dématérialisation est bien matérielle, tout comme l'effet des discours et des institutions est bien réel. Loin de nous faire perdre notre humanité, c'est la valorisation de ce qu'on a de plus humain, le langage qui nous constitue en parlêtres et nous coupe de l'animalité. Le malaise vient de notre inhabileté fatale et de nos catégories qui sont bien obsolètes mais ce n'est absolument pas l'obsolescence de l'homme, bien au contraire, quand la subjectivité est désormais mobilisée dans son intimité et qu'on fait appel à son autonomie, de plus en plus sollicité dans ses fonctions supérieures, de plus en plus attentif aux enjeux écologiques, de plus en plus dans le monde de l'esprit. Ce n'est pas prétendre que cela ne pose pas des questions nouvelles et des problèmes innombrables, ni que le monde symbolique flotterait au-delà de l'espace et du temps quand il doit prendre soin, au contraire, de notre monde et se confronter à son ignorance. En étalant notre bêtise, on se condamne du moins à s'améliorer !

Errare humanum est

Le travail de tous les "manipulateurs de symboles" met en évidence la dimension symbolique et le "tournant linguistique" de l'économie, faisant espérer un saut cognitif mais qui devra toujours intégrer l'erreur, c'est absolument essentiel. Les formes idéalisées de l'humanisme sont dangereuses d'exclure de l'humanité ceux qui ne s'égalent pas à cet idéal mais surtout de rater l'essence de l'homme et de sa liberté qui est bien sa capacité à faire des erreurs, et de les corriger. On peut défendre un humanisme qui ne soit pas normatif mais basé sur l'erreur humaine, sur la liberté de l'homme comme grand perturbateur et chercheur d'étoiles. C'est à quoi les informaticiens devraient être sensibles car il ne fait pas de doute que le premier objet de l'informatique, c'est l'erreur. Le temps consacré à la conception et aux algorithmes est négligeable par rapport à celui pris par la correction d'erreurs (le bug du programmeur ou l'erreur de saisie de l'utilisateur). Plus généralement, la vie, l'information, l'organisation, la néguentropie ne sont pas possibles sans la correction d'erreur (la redondance) et la reproduction. Ce n'est pas mauvais d'en prendre un peu plus conscience comme de notre rationalité limitée (pas seulement du côté utilisateur), car c'est seulement par la conscience de nos erreurs qu'on peut les corriger, pas en s'illusionnant sur notre merveilleuse intelligence trop souvent en défaut. Plus généralement l'erreur et le bruit qui sont notre réalité quotidienne devraient être mieux pris en compte par les organisations pour les surmonter et ne pas trop en accabler les individus dont on devrait plutôt pardonner les erreurs trop humaines...

Les travailleurs du savoir

C'est dans le travail que le numérique apporte le plus de bouleversements et rencontre le plus durement l'inadaptation des structures. C'est le travail qui devient immatériel, plus que les marchandises produites, la résolution de problèmes se substituant à la force de travail et ne pouvant plus être mesurée en temps de travail, de par sa productivité non-linéaire, ni individualisée dans une production collective dont la productivité est largement globale. Une des conséquences bien connue, c'est une précarisation extrême de l'emploi pour laquelle les protections actuelles sont complètement inadaptées et qui appellent un revenu garanti pour tous, bien au-delà de ce qui reste de l'assurance chômage. Une autre conséquence, c'est de faire appel à l'autonomie du travailleur (ses compétences, ses facultés) et de s'engager sur le résultat (contrat d'objectif), ce qui demande un statut de travailleur autonome plutôt que celui de salarié subordonné. En effet, le travailleur peut désormais posséder son instrument de travail avec son PC qui est un General Problem Solver, ce qui change tout. Le bon côté est illustré par le traitement des informaticiens chez les grands leaders mondiaux (Microsoft, Google), le mauvais, on le connaît mieux, c'est le stress, la précarité, le déclassement, les procédures inappropriées, la méfiance, l'incompréhension, et, finalement, une destruction de compétences et de vies par milliers... Les institutions du travail autonome, en premier lieu un revenu garanti, seraient une véritable "libération du travail" exploitant tout le potentiel de l'économie numérique tout en sortant du productivisme salarial.

Il faut effectivement souligner la convergence entre le travail autonome à l'ère du numérique et la nécessité écologique de sortir du productivisme capitaliste et industrialiste avec son obsession de réduction du temps de travail pour en augmenter la productivité et donc la consommation de masse. Si les réseaux ont permis le juste-à-temps et une économie de la demande opposée à l'ancienne économie de l'offre et de la production de masse encore dominante, ce n'est peut-être pas l'essentiel mais plutôt les transformations du travail lui-même. L'erreur des écologistes, c'est de trop se focaliser sur la consommation alors que c'est en changeant la production qu'on peut changer plus sûrement les modes de consommation et les circuits de distribution, c'est en se focalisant sur le travailleur, en réintégrant le travail dans la vie qu'une écologie de la production peut réellement changer de modèle de développement, au profit d'un développement humain, et changer la vie enfin. D'autre part, la rupture technologique que nous vivons difficilement impose d'adapter les rapports sociaux aux nouvelles forces productives (qui ne sont plus des "forces" justement). Il s'agit de croiser ces deux exigences, qui se révèlent étonnamment convergentes, pour passer d'une logique de concurrence à une logique de coopération, de développement humain, de formation, d'assistance mutuelle et de valorisation des compétences.

L'entreprise imprésario

Bien que l'autonomie dans le travail soit de plus en plus indispensable, l'homme n'est pas une entreprise comme le voudrait le nouveau totalitarisme de marché qui nourrit l'illusion de former un homme nouveau réduit à la compétition grâce aux techniques de développement personnel et de coaching, mais l'homme n'a pas été produit pour le marché, il n'optimise pas forcément son capital et, de toutes façons, il ne cumule pas savoir faire et faire savoir comme une entreprise doit le faire. L'homme est incomplet, il ne peut être complètement autonome, ce n'est pas une "personne morale" ! Une entreprise doit chercher à optimiser la production et faire du profit, sans doute, pas l'individu. C'est même pour cela qu'il faut des entreprises, ou des coopératives, dont la première fonction est d'organiser la coopération des compétences en vu d'une production efficace.

L'autonomie dans le travail ne signifie pas qu'on pourrait travailler tout seul, ni juste pour soi. En tout cas, pour une production efficace, il ne suffit pas de prétendre être le meilleur. Le faire savoir ne peut remplacer le savoir faire sauf à devenir un monde de fausses apparences qui ne peut faire illusion trop longtemps. Comme ce ne sont pas les grandes gueules qui font le boulot, il faudrait donc valoriser plutôt les véritables compétences. C'est à cela que devrait servir aussi une entreprise à l'ère du numérique, une entreprise imprésario, avec une véritable gestion des ressources humaines (ce n'est pas la personne qui doit devenir une entreprise mais l'entreprise qui doit valoriser les personnes). Inutile de préciser qu'on en est loin et que ce n'est pas pour rien dans le malaise ! En tout cas, on ne serait plus alors dans le paraître, le spectacle et la marchandisation mais dans la mise en relation entre une compétence (offre) et un besoin (demande), même si c'est avec tous les défauts des réseaux et leurs inégalités...

Des associations par projets

Les théories et modes de management ont produit beaucoup d'autres folies extrémistes que de considérer l'individu comme une entreprise. Contre la vulgate ambiante, il faut bien dire qu'en réalité, une entreprise ne vise pas plus le profit que nous le bonheur : l'entreprise comme communauté humaine par objectif vise un but concret de production !

Certes, et contrairement à l'individu, on l'a dit, une entreprise doit chercher à optimiser la production et à faire du profit. C'est une erreur cependant de faire du profit l'unique but de l'entreprise, tout comme on voudrait faire du bonheur l'objet monotone d'un désir répétitif. Le profit, comme le bonheur, est le fruit de la réussite, le véritable but est à chaque fois très concret, c'est de produire et que ça marche, c'est de réussir à faire ce qu'on fait avec les moyens qu'on a. En système capitaliste, le profit étant le seul garant de l'existence, il doit bien faire partie des buts de l'entreprise, c'est certain, au même titre que le but de construire l'entreprise la plus humaine possible, dans l'intérêt même de la production et des producteurs, mais le but principal reste forcément de faire le meilleur produit possible, seul gage de réussite.

En fait les entreprises et les associations sont des communautés par objectif, à l'opposé des communautés naturelles et familiales. On est uni dans un but social et professionnel, on fait équipe dans la réussite d'un projet. C'est ce que la productivité non-linéaire dans le domaine immatériel renforce sans aucun doute, avec la valorisation par le résultat plutôt qu'au temps passé, mais en renforçant aussi le caractère temporaire des équipes constituées (contrats d'objectif). Cette précarité grandissante participe du malaise ambiant, exigeant des protections adaptées tout comme cette mobilité sociale doit être compensée par un ancrage local plus affirmé.

La relocalisation numérique

On le sait, les réseaux permettent une décentralisation qui décongestionne les directions centrales, assouplissent les organisations et favorisent les processus bottom-up (même s'il ne faut pas les surestimer). Paradoxalement, il paraît beaucoup moins crédible de souligner la place du numérique dans la relocalisation alors que, aux yeux de tous, c'est la globalisation qui s'impose massivement. Mais, justement, c'est bien la globalisation elle-même qui rend indispensable une relocalisation, une nouvelle façon de réhabiter un territoire déserté.

La première concrétisation de cette relocalisation, bien qu'assez décevante pour l'instant, c'est le développement lent mais inexorable du télétravail qui permet de quitter la ville. Pour généraliser les téléconférences, évitant des déplacements, il faudra sans doute attendre les écrans géants mais une étape essentielle de la dématérialisation sera sans aucun doute la généralisation des imprimantes 3D. C'est l'utopie du silicon village et des Fab Labs de Neal Gershenfeld, d'une production locale d'objets téléchargés supprimant une grande part des transports, au service de la créativité de chacun. On n'y est pas encore ! André Gorz mettait beaucoup d'espoir dans ces micro-usines décentralisées pour sortir du capitalisme industriel et du salariat. La dématérialisation n'en est qu'à ses balbutiements mais avec le développement de monnaies locales notamment, le malaise pourrait se transformer en véritable opportunité de retrouver le plaisir de vivre ensemble.

Les raisons du malaise ne manquent donc pas, mais l'ère du numérique n'est pas celle d'une modernité folle et destructrice, le numérique est l'instrument de l'écologie, de la préservation du monde, de la connaissance et de l'émancipation humaine. Bien sûr, il n'y a pas que des bons côtés et ce n'est pas gagné d'avance, car cela dépend tout de même beaucoup de nous de nous doter des institutions de l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain (revenu garanti, monnaies locales, coopératives municipales). Ce n'est pas pour demain, hélas, trop novateur encore ! On est loin des récriminations habituelles mais on peut dire que, pour l'instant, on subit surtout la mauvaise part et que le malaise grandit. Les raisons d'espérer sont bien minces devant les menaces sécuritaires et l'extension des contrôles qui feraient rejeter toute la civilisation numérique mais partout où il y a une liberté nouvelle il y a un pouvoir qui la contraint, pouvoir auquel on doit résister, ce qui n'est jamais facile. En tout temps, en tout lieu, la liberté ne se prouve qu'en acte. On a l'avantage que l'autonomie soit devenue nécessaire dans la production et qu'on ait besoin que les travailleurs du numérique soient des hommes libres...

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19 réflexions au sujet de « Malaise dans la civilisation numérique »

  1. "Tout ne va pas pour le mieux, non, et on n'a pas fini d'en éprouver tous les effets pervers mais le malaise est en grande partie idéologique, de ne pas arriver à lui donner sens, en plus de réelles difficultés d'adaptation à ce nouvel écosystème."

    !

    "Il faut dire que les changements que nous vivons sont tellement considérables qu'on peut les comparer aux débuts du Néolithique ou de l'écriture mais à une vitesse considérablement accélérée."

    !!

    "C'est donc pour son caractère opérationnel que je préfère qualifier l'ère qui s'ouvre devant nous "l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain"

    !!!

    "Le monde de l'information qui est celui de l'esprit, de la pensée a de toutes autres lois que le monde physique, celui de la matière et de l'étendue."

    !!!!

    "Cette virtualisation est bien réelle, cette dématérialisation est bien matérielle"

    !!!!!!!!!!!!!

    Woaaaawwww !!! si avec un florilège de pensées aussi fulgurantes et profondes, profondes plus loin que la pêle ne peut creuser, vous ne faites pas la "une" pendant une semaine sur Rezo.net, je me fais hara-kiri !!

  2. "L'autonomie dans le travail ne signifie pas qu'on pourrait travailler tout seul. En tout cas, pour une production efficace, il ne suffit pas de prétendre être le meilleur. Le faire savoir ne peut remplacer le savoir faire sauf à devenir un monde de fausses apparences qui ne peut faire illusion trop longtemps. Comme ce ne sont pas les grandes gueules qui font le boulot, il faut donc valoriser plutôt les véritables compétences."

    Avec ma petite expérience dans le monde réel, c'est bien sur ce point que s'achoppe beaucoup de gestion de groupes dans le monde associatif où l'on voit apparaître une fracture immense entre une conception ancienne du travail à mener : c'est l'idéologie qui porte le projet associatif mais ce ne sont que des individualités qui s'additionnent sans se coordonner, et, une plus moderne quoique bien connue : partage des compétences et pour aller au-delà de cette notion, inviter à un vrai travail basé sur la collaboration et l'entraide.

    Cette différence notable et conceptuelle que beaucoup ne voient pas encore ou n'en comprennent pas le sens se transforme en une impossibilité dont le résultat ne peut déboucher que sur la disparition des personnes les plus idéologiques à la sauce ancienne et/ou sur la disparition même de l'association (et pire quand il y a des salariés).

    En ce sens là, il y a quelque chose d'assez inquiétant parce que cet échec renvoie potentiellement chacun, chacune face à sa propre réalité et voilà que les vieux démons ressortent (soupçon, théorie du complot, manipulations, recherche du bouc émissaire, etc).

    A mon avis, les anciennes générations auront du mal à franchir le pas ; les nouvelles y arrivent beaucoup mieux. Cas d'une autre association où cette problématique est parfaitement comprise et s'intègre idéalement au bénéfice de l'association, chacun partage ses compétences pour un vrai travail en mode collaboration.

    Je préciserai, bien entendu, que par nouvelles et/ou anciennes générations, je n'entends pas uniquement une question d'âge. Mais plutôt une manière de concevoir le rapport au travail en collaboration.

  3. Bonjour Jean,

    Là où je suis désinformé et où je suis assez sceptique quand à la réponse, c'est sur le caractère matérielle de l'ère de l'information. Le hardware d'un ordinateur nécessite quelle pollution ? Quelle type de production ? par qui ? Une chose est sure, c'est que le numérique est sous l'influence du productivisme. Ce qui est nécessairement un problême pour ma part. L'autonomie et l'écologie commence pour le moment dans le monde du software et non du hardware.
    Je ne sais pas qui produit les composites premières nécessaires à la création de la machine non plus d'ailleurs...
    En tous les cas il est clair qu'il se trouve une part d'émancipation par le biais du numérique, mais il y a beaucoup d'autres questions comme par exemple le secteur agricole, avec monsanto, l'assèchement et appauvrissement des terres, la montée démographique.
    Je vous conseillerais volontiers d'essayer de travailler sur ces points de problêmes qui sont importants pour l'émancipation et l'autonomie. Car pour le monde de l'esprit, il ne faut pas uniquement un climat sain (si on peut le dire comme cela), il faut également de la nourriture (ce qui n'est bien évidemment pas dissociable).

    Merci pour votre courage et votre continuation à tenter de résoudre des problêmes qui semblent insolubles, et surtout, merci pour la justesse de vos propos.

  4. Effectivement, il n'y a pas de software sans hardware même s'il y a beaucoup plus de travail dans le logiciel que dans le matériel informatique. Les appareils sont des produits de l'industrie, cela ne fait aucun doute (ce n'est pas demain qu'on pourra les faire par imprimante 3D) et qui polluent. Il faut très certainement réduire cette pollution et le turnover. C'est un vrai problème, même s'il ne faut pas le gonfler démesurément, mais il ne s'agit en aucun cas de s'imaginer supprimer toute industrie et toute pollution de par toute la Terre. Il ne s'agit que de tirer le meilleur parti des opportunités du moment et de développer un nouveau secteur, celui du travail autonome, de donner le choix, pouvoir sortir du salariat mais ce n'est pas plus supprimer complètement le salariat que l'industrie, de même que l'industrie n'a pas supprimé l'agriculture même si elle l'a réduite à la part congrue (tout-à-fait capable de nous nourrir, surtout si on mange moins de viande). Il y a bien sûr bien d'autres problèmes, je m'adresse ici aux travailleurs du numérique mais il n'y a pas d'utopie là-dedans, encore moins d'utopie autoritaire, juste une possibilité d'alternative à construire...

  5. Foucault montre dans Les Mots et les Choses que la signification profonde du structuralisme n’est pas de faire entrer les sciences humaines dans l’ère de la science par la mathématisation de leur objet et de leur langage. Du reste il refuse d’appeler les sciences structurales « sciences humaines » car elles ne traitent plus du fait vécu, mais s’intéressent uniquement à l’inconscient des structures qu’elles soient d’ordre psychanalytiques, historiques ou ethnologiques. Il réserve le terme de sciences humaines, chez lui très péjoratifs à ces approches naïves prises dans l’illusion du sociologisme et du psychologisme croyant encore à la liberté humaine alors que règne en réalité la prégnance de déterminismes inconscients qui dérivent de « l’autonomie du symbolique ». Pour Foucault les sciences humaines structurales sont bien des sciences mais elles ne sont pas « humaines » puisqu’elles ne s’intéressent pas à l’homme en tant que sujet-cause, alors que les sciences humaines non structuralistes sont bien humaines (puisqu’elles décrivent le vécu) mais ne sont pas des sciences car elles portent sur un être imaginaire : l’homme comme sujet-cause. (c’est ce qu’on a appelé à l’époque l’anti-humanisme de Foucault annonçant la mort de l’homme). Le structuralisme selon lui a destitué l’idée d’un « sujet-cause » au profit du Langage dont les contraintes nous dépassent. C’est ce que montrait déjà Lacan en écrivant non sans témérité que « le moi n’existe pas », qu’il n’est qu’une pure instance imaginaire, là où seul domine la réalité de ces chaînes de signifiants qui nous structurent et nous agissent. Pour Foucault, cette ligne de fracture théorique avec les philosophies du sujet, peut se résumer ainsi : à la question « qui pense, qui désire, qui parle, » quand on dit « je pense, je désire, je parle » il faut désormais opposer un rire philosophique et stigmatiser les illusions du psychologisme qui lui croit que le sujet est cause. Il n’existe en réalité qu’une aliénation essentielle au Langage, car les mots sont des filets et nous sommes agis par eux dans ces jeux de langage qui nous traversent. La figure de l’homme, écrit Foucault, disparaît ainsi « comme une figure dessinée sur du sable et effacée par la mer », et avec elle la prétention à affirmer une quelconque liberté humaine.

    On le voit, cette thèse va bien au-delà de la question épistémologique du langage des sciences humaines. Nous sommes ici dans l’ordre de l’ontologie, car le Langage est pensé comme être et non plus comme représentation. Avec Foucault, l’épistémologie structuraliste débouche sur une métaphysique du langage, qui devient le fossoyeur de notre liberté. L’œuvre ultérieure de Michel Foucault, recentrée sur le « souci de soi » réintroduira on le sait l’idée d’un sujet, certes clivé, mais capable d’échapper aux déterminismes psychosociologiques dans lesquels le formalisme de Lévi-Strauss l’avait enfermé.

    Vous auriez donc parfaitement raison de critiquer l'inertie des vieilles idéologies, si vous n'en étiez pas un archétype flagrant ; de ceux qui ont tristement ratés le train de la critique depuis les années 80 et ressassent leurs carcans théoriques depuis lors.

  6. Je ne sais ce qui nous vaut cet exposé de structuralisme mal digéré et qui croit pouvoir me prendre de haut, en petit soldat d'on ne sait quelle cause. C'est d'avoir parlé de liberté ? Oui, l'homme c'est la liberté. Ce n'est pas s'imaginer qu'il pourrait y avoir quelque acte sans cause ou nier toutes sortes de déterminismes inconscients mais chacun sait qu'il doit défendre sa liberté. En fait, il y a plusieurs libertés (j'en ai dénombré 4) car le déterminisme n'est pas si implacable dès lors qu'on ne sait pas quoi faire. La liberté tient beaucoup à l'ignorance mais c'est aussi l'acte de résistance par lequel notre existence se manifeste en faisant obstacle au mouvement. Il est un fait que la liberté ne se prouve qu'en acte (c'est l'exception pas la règle) et qu'elle est toujours à reconquérir.

    A part ça, je ne suis pas foucaldien quoique je fasse référence à Foucault quand je dis que là où il y a une liberté, il y a un pouvoir qui la contraint. Je trouve indispensable "L'ordre du discours" ainsi que "Surveiller et punir", pas tellement "Les mots et les choses", malgré le style brillant, encore moins "L'archéologie du savoir". Je suis lacanien, ce qui n'est pas très éloigné dans la définition des discours, mais un peu plus subtil. Evidemment, l'imaginaire existe vraiment, tout comme le symbolique à se cogner au réel, mais on est hors sujet là.

  7. La question est pour moi (ce qui n'est pas prévisible), qu'est-ce-que le revenu garanti provoquera s'il est généralisé ?
    l'industrie aura-t-elle la même forme ? désirerons-nous la même chose de part l'autonomie accordée au citoyen ? faut-il anticiper les plausibilités ?

    Bien sur il ne s'agit pas de stopper toute pollution (ce qui est impossible), mais bien de mesurer démocratiquement la portée d'une telle industrie, ce qui nécessite bien evidemment une plausible transformation de l'industrie (principe de précaution), ainsi que du mode de consommation (cycles de renouvellement du matériel par exemple) adopté. le revenu garanti posera surement ces questions car elle offre au travailleur la possibilité de choisir un sens à son existence, de construire autre chose, d'avoir plus de contrôle. ne serait-ce même dans la capacité à pouvoir s'organiser pour des resistances. Le revenu garanti peut prendre une forme de véritable déclaration de guerre à nos modes de productions, de démocraties.

    Pour l'agriculture, il y a une probable fin du pétrole, dont dépend un matériel, un apprentissage (savoir-faire) lié au pétrole et donc il y a un désapprentissage de la forme ancienne de l'agriculture. La montée démographique est présente, cela ne nécessitera-t-il pas une nouvelle forme de production, un bouleversement bien plus conséquent qu'on ne l'imagine ? Ne faudrait-il pas par conséquent, voir de quels moyens s'y prendre pour limiter les dégats ? Effectivement manger moins de la viande peut faire partie de la solution mais je ne pense que cela soi suffisant (désolé pour le hors-sujet mais je pensais que cela pourrais donner une vision plus globale même si ce n'étais pas vraiment votre but).

  8. Il y a plusieurs choses. La garantie du revenu doit permettre le travail autonome, de ne plus être forcément salarié au service du productivisme. Cela ne supprime pas l'industrie ni le salariat mais en réduit le périmètre au profit d'une économie plurielle. Avec le numérique, le travail autonome favorise le travail à domicile et la relocalisation, voire le démantèlement de la production industrielle au profit d'imprimantes 3D mais cela n'a rien à voir avec le revenu garanti. La garantie du revenu n'est pas une mesure suffisante en soi, elle doit s'intégrer à un nouveau système productif, ce pourquoi les 3 dispositifs sont inséparables qui font système : revenu garanti, monnaies locales, coopératives municipales (reproduction, échange, production).

    Pour l'agriculture non plus il n'y aura pas de retour en arrière et même si le pétrole devient cher, il y aura toujours du carburant pour les tracteurs (qui peuvent marcher avec de l'huile par exemple). On peut espérer que l'agriculture biologique progresse et que les techniques agricoles se fassent plus douces. Il n'y a pas de véritable problème pour nourrir l'humanité, du moins la question n'est pas technique mais politique.

    Plus généralement aucune mesure isolée, comme aucune catastrophe (qu'elle soit économique ou écologique) ne peut fournir une solution quelconque en dehors d'une vision d'ensemble qui prend en compte l'ensemble des critères et se constitue en projet cohérent. On ne peut donc éviter de faire de la politique. Ni la bonne volonté, ni l'indignation ne suffisent pour s'en sortir mais il faut avoir une idée claire du but pour avoir une chance de l'atteindre.

  9. Ben moi j'ai fait du télétravail, si c'est ça la société que vous voulez, ce sera tout seul ! Travailler huit heures par jour devant un écran, c'est à se rendre malade !! D'ailleurs il y a qu'à voir les taux d'autisme, de maladies génétiques, de stérilité, de troubles psychologiques dans la sillicone valley. Il y a même eu des études sur la baisse des défenses immunitaires pour les personnes qui passent trop de temps devant un écran ( peut-être parce que ça précipite entre autre la vitamine D).

    Enfin bon, vous vous rendrez malades sans moi ! La société hypertechnologique, tout le monde avec un ordinateur au boulot, chez soi et l'accès aux infos seulement à travers l'informatique (on se dépossède de nos connaissances, c'est flagrant : un libraire autrefois devait connaître ses livres, les éditeurs, les filières, avoir lu un minimum et avoir au moins des connaissances nominales et temporelles, par ex. pour trouver un auteur particulier, aujourd'hui ils ne savent plus RIEN, il tapote sur le clavier et ça leur vomit automatiquement la réponse et qu'est-ce qui se passe quand l'ordinateur est en panne ? Ben "on ne peut pas vous servir aujourd'hui' - ça m'est arrivé plusieurs fois), ce sera de la MERDE. Une montagne technologique de merde et de problèmes !

  10. Il est certain que le télétravail pose pas mal de problèmes, c'est pour cela qu'il se développe très lentement. D'une part, il y a télétravail et télétravail, mais même quand c'est assez créatif il n'est pas facile de s'organiser, il y a un temps d'adaptation assez long et ce n'est pas fait pour tout le monde. Il est souvent préférable de travailler à l'extérieur et de séparer, quand c'est possible, le travail et la vie. Je souligne depuis toujours que le travail autonome ne devrait pas signifier qu'on se retrouve tout seul, ce pourquoi je milite pour des structures collectives des travailleurs autonomes (coopératives municipales).

    Tout cela n'empêche pas que le télétravail va continuer à se développer (sans que j'y sois pour rien) du seul fait qu'il est devenu possible et qu'il constitue malgré tout une façon de pouvoir changer de travail sans changer de lieu de vie, permettant de s'ancrer dans un lieu et de garder des relations de proximité plus durables.

    Il ne s'agit pas de prétendre que tout le monde devrait s'y mettre, ni que ce soit une panacée, juste une réalité émergente. On n'est pas obligé non plus de passer sa vie devant un écran, il y a tout le secteur des services, de l'artisanat, de l'agriculture, mais ici je m'adresse aux travailleurs du numérique.

    Et, oui, c'est vrai depuis qu'il y a des machines mais ça l'est de plus en plus : on est passé de la civilisation de la peine à la civilisation de la panne comme disait Tati. Avant on supportait d'attendre un courrier une semaine voire plus, maintenant on ne supporte plus les coupures de plus de quelques minutes... On peut s'en gausser mais c'est ne pas vouloir comprendre qu'il ne s'agit que du déplacement d'un manque et dénier le positif derrière le négatif, tout en idéalisant ce temps où il n'y avait que de fins connaisseurs et où la culture coulait à flot du coeur d'un peuple authentique, non dénaturé encore par la civilisation, la technique, l'argent. Il y a toujours aussi peu de véritables créateurs, de véritables savants, mais toujours autant de réactionnaires, de fanatiques, de fous. Là aussi il y a plutôt un déplacement vers d'autres domaines encore inexplorés...

  11. Moi ceux qui me désespèrent ce sont les mystiques new-age qui trainent sur la vague de l'agriculture biologique et du mouvement altermondialiste ! On retrouve toujours les mêmes traits : détestation de la rationnalité, détestation d'un vague système d'exploitation qu'ils sont incapables de définir, prévalence du "vécu" (ils veulent dire de l'émotion irrationnelle qui se paye de mot: l'Amour, la Solidarité, la Vie, la Compassion....) sur le pensée, etc.

    Je n'en peux plus ! Ma mère est rentrée dans un cercle d'abandonce (escroquerie déguisée du système pyramidal) et elle ne veut plus rien entendre !
    Faut vraiment faire gaffe à la dérive de l'atermondialisme dans cette sorte d'esprit sectaire new-age. Je trouve qu'il y en a de plus en plus.
    Et je pense aussi à la thèse de Feyrabend et d'autres sur l'autodestruction de la raison : on peut se demander si la réaction irrationnelle face à un monde surrationnel (c'était aussi la thèse de Mumford sur les dangers du mélange entre l'automate et le ça dans l'accroissement de l'oscillation rationnel-irrationnel liée à une surrationalisation du réel) n'est pas en train de se produire sous nos yeux. Enfin en tout cas sous les miens, il y a définitivement TROP de ces crétins new-age.

    Sinon article intéressant :p !

  12. Il est sûr qu'on est coincé entre un réalisme cynique et un irréalisme mystique, il n'y a pas grand monde qui cherche à réellement changer le monde. Je dois bien dire que moi aussi l'idéologie écolo et la mystique new age m'exaspèrent et je m'y oppose constamment mais, d'une certaine façon, ce qu'il y a de plus exaspérant dans cet ésotérisme de pacotille, c'est qu'il n'est pas dépourvu malgré tout d'une certaine pertinence. L'ère du verseau comme l'ère de la connaissance et de la liberté, ce n'est pas si mal vu... C'est toujours le problème, une vérité ou une coïncidence est trop aveuglante, justifiant toutes sortes de délires. De toutes façons, tout cela n'est pas nouveau, on n'en guérira pas plus que des amours imaginaires. Il faudrait tout de même qu'il ne devienne pas honteux de ne pas croire à Dieu ni à Diable, comme on a pu le craindre un moment, et qu'on puisse continuer à vouloir garder la raison... Ceci dit, je ne crois pas qu'il y a plus de crétins qu'avant, et même plutôt un tout petit peu moins. Je ne crois pas que la raison soit vraiment menacée mais il faut apprendre à vivre avec des crétins sans doute, crétins qu'on peut être soi-même bien sûr. Nous ne sommes pas tous semblables, il n'y a pas de peuple unifié, il faut faire avec cette extravagante diversité de croyances, sans se laisser intimider pour autant.

  13. Votre traitement contre la dépression a du aussi vous guérir de votre esprit critique. Ce monde vous plait bien plus que vous ne voulez vous l'avouer et comme tous les intellectuels impuissants, vous vous mettez juste à "accompagner le mouvement". Ca ne m'étonne pas, il faut une certaine "négativité intérieure" pour être critique.

    Un intellectuel impuissant de plus, un de plus Messieurs-dames.

  14. D'abord, je dois dire que oui, effectivement, nous ne sommes pas de purs esprits et il y a une énorme différence de perception entre état dépressif et état normal (je ne parle même pas de l'opposition entre état maniaque et dépressif). Il est certain que lorsqu'on est suicidaire on n'imagine même pas que les choses pourraient malgré tout s'arranger, mais on a tort et j'admets le crime de reconnaître désormais qu'il n'y a pas que du négatif... (il ne faut pas exagérer, je n'aime pas tant que ça ni la vie ni les gens qui sont bien pénibles, on le voit, insultants et fiers de ne rien comprendre à rien)

    Il y a certes un tel contraste que je me dis moi-même que j'en fais parfois un peu trop et que j'exagère peut-être dans l'autre sens mais c'est surtout que je m'emploie à réfuter un certain politiquement correct qui me semble complètement vain et illusoire, une certaine façon de grossir le trait et de se donner bonne conscience par sa supposée condamnation du monde qui est purement intellectuelle justement, et surtout qui me semble un obstacle à une véritable révolution (qui n'est pas une grande messe mystique où tous les coeurs s'uniraient, ni la suppression des nuisibles). Je m'oppose aussi au catastrophisme sans nuance parce qu'il y a de véritables catastrophes qui se préparent, en particulier climatique, ce qui ne veut pas dire que tout soit catastrophique et que toutes les théories complotistes les plus débiles seraient légitimes. Il est très important de ne pas tout mélanger et d'avoir une vue claire du but qui ne soit pas embrumée d'illusions et de concepts abstraits.

    J'essaie de tenir la bonne mesure et de tenir le pas gagné. C'est peu compatible avec la pensée de groupe où chacun se réchauffe aux autres en répétant les mêmes conformismes de pensée et en en rajoutant dans la détestation à coup de généralisations stupides. Il est donc normal que je choque et que je me fasse des ennemis partout, chez les défenseurs de l'ordre établi et chez les pseudo-révolutionnaires. Je ne m'attends pas à être compris, hélas, sinon de quelques uns, encore moins qu'on arrête de délirer !

    Tenir la bonne mesure, ce n'est pas louanger ce monde et il faut mettre de bonnes lunettes si on croit que c'est ce que j'écris, mais contrairement au dogmatisme borné, condamner ce monde n'est pas le condamner en tout. Je l'ai montré en détail : la question est politique et pas du tout technique. Si je ne suis pas d'accord avec les technophobes on peut bien me diaboliser, jouer de l'intimidation comme tous les fanatiques, cela ne me fera pas dire le contraire de ce que je pense et me faire le chantre d'un pays merveilleux complètement imaginaire qui me ferait plutôt gerber. Cela ne veut pas dire que tout irait bien ni que les techniques ne poseraient pas de multiples problèmes. Une vie qui mérite d'être vécue n'est pas une vie naturelle mais ce n'est certainement pas non plus détruire nos conditions de vie.

    Cela n'empêche pas que je peux dire des bêtises, que je me corrige sans cesse, que je suis parfois trop positif, parfois trop négatif. Ce qui me caractérise quand même, c'est bien la pensée critique, toutes mes relations vous diront à quel point ils en sont accablés, mais une critique de la critique (qui en a bien besoin) tout autant, c'est tout le problème, décidément pas quelqu'un de bonne compagnie ! Je sais bien que je ne vais convaincre personne ou presque, mais je ne fais pas de la retape. Mon ambition se limite à ce qu'on se pose quelques questions qu'on ne se serait pas posées, sinon. Je ne cherche pas à faire autorité et seulement à cultiver l'esprit critique, si possible. On peut trouver que les propositions que je reprends d'André Gorz, Jacques Robin et Bookchin ne valent rien, mais il est extraordinaire de ne pas voir à quel point elles sont révolutionnaires, à contre-courant et pas du tout "dans le mouvement", vraiment à l'opposé de toute cette bien-pensance.

  15. Moi c'est votre addiction à l'informatique qui me paraît suspecte ; on peut théoriser sur l'immatériel tant qu'on voudra - s'imaginer des arrières-mondes numériques en couleurs, avec intelligence collective et bibliothèque communiste mondiale où se réfugier durant que s'achève sous nos yeux la destruction de la nature non-humanisée -, il n'empêche que votre aveuglement sur la réalité de l'informatique, qui pollue bien plus que toute l'industrie de la pâte à papier, me semble directement hérité de votre implication dans l'industrie - industrie dont chaque secteur enserre dans une matrice idéologique, à laquelle on ne peut pas totalement être imperméable, tous ceux qu'elle emploie. Il n'est qu'à lire ce qu'elles font circuler parmi leurs personnels pour se faire une idée de la puissance d'assujettissement induite par la propagande industrielle. En soi, il ne faut pas se leurrer, l'écologie logicielle, qui consiste principalement dans le remplacement du papier par des serveurs et des échanges d'informations entre différents terminaux ( ce qui vaut pour la centralisation des bases données ) entraîne un surcoût énergétique et matériel très supérieurs à l'économie faite sur la production des supports papiers - sans même parler de la destruction de tous les moyens de renseignement, qui ne peuvent plus être obtenus qu'à travers le truchement des machines. Il ne faut pas non plus se toucher le pipi sur l'informatique quand on sait que des minerais essentiels à la production des composants électroniques sont extraits en Afrique, avec destructions de surfaces agraires polluées pour des siècles par l'extraction, le traitement et le raffinement (quand il est fait sur place) et qu'on y maintient des zones de guerre pour que la main d'oeuvre - exploitées par des mafias ou par l'armée (pour y avoir travaillé, la différence est indécelable dans certains pays) - reste bon marché ; et qu'au final le consommateur européen lambda, en difficulté dans la tourmente des cours boursiers ( que ferait le capitalisme sans l'état états-uniens pour le sauver !?), puisse découvrir ébahi dans le dépliant de Dell (etc) des ordinateurs à 300€, tout à fait à sa portée, où est incluse, pour soulager sa conscience,une taxe environnementale. Mais grâce au joli monde qu'il regarde tous les soirs à la télé ( "ce soir vous avez été 48% des parts de marché à nous regarder" peut-on lui dire sans que cela ne le gêne en rien), il pourra suivre, grâce à l'industrie et à la civilisation numérique de Jean Zin, le rythme décapant (tellement décapant que la terre est presque décapée : on va pouvoir tout reconstruire à nouveaux frais) du XXIème siècle. Ca me rappelle un peu ces romans de science-fiction unanimistes des années 60, qui se déroulaient à peu près à l'époque où nous sommes rendus, où sur une planète entièrement bousillée la civilisation cybernétique et son marché mondial de 7 milliards de consommateurs se déglinguaient partout simultanément de plus en plus vite.

    Enfin, on a la conscience qu'on peut.

  16. ceci est sans doute le début d'une nouvelle phase d'évolution de notre espèce oû définitivement, l'homme a misé non sur l'homme mais sur le groupe car l'individu est maintenant et de manière flagrante bloqué dans son évolution par sa nature biologique.

    C'est donc le groupe qui s'organise par le biais de la société de plus en plus technique et complexe ou l'individu ne devient qu'une fonction.

    L'individu doit prendre du recul et se rendre compte que la pression évolutive de la nature qui semble s'inscrire dans un projet téléonomique , ne peut s'appuyer que sur ce groupe qui est chargé de beaucoup plus d'espoir en terme de possibilité d'évolution que sur l'individu déjà obsolete, impuissant a satisfaire ce projet car l'Homme n'est pas l'avenir de l'Homme;

    L'Homme n'a pas d'avenir, la Nature se forge un avenir dont nous ne connaissons pas le sens mais elle utilise les voies les plus prometteuses, les entités les plus efficientes pour satisfaire sont évolution.

    L'individu donc, devra ensuite abandonner sa conscience individuelle devenue encombrante, prétentieuse meme, pour servir efficacement cette nouvelle entité, la société de demain , qui créera sa propre conscience , sa propre intelligence pour servir les desseins de l'évolution qui dépassent largement la question de l'individuel humain.

  17. L'individu est une invention récente (voir "La société des individus" de Norbert Elias ou, Louis Dumont "Homo equalis", ou mieux, Lucien Goldman pour qui l'individu est purement idéologique), il est donc insensé de parler d'abandonner une conscience individuelle qui était à peu près inexistante avant et devra se développer encore, ce qui n'empêche pas que la prétention narcissique est insupportable et que la conscience individuelle est formée de discours sociaux, de langages hérités, du sens commun (on n'invente rien). Il y a toujours eu, jusqu'à très récemment, prévalence du groupe sur l'individu. Sinon, l'évolution a toujours été une évolution des espèces et non des individus (ni des gènes comme certains le prétendent), mais l'histoire et l'écriture ont pris le relais de l'évolution et il est probable que même au niveau génétique notre évolution n'ait plus rien de "naturelle"...

    Sinon l'informatique n'est pas ma seule addiction car je ne suis pas un représentant idéal de l'espèce en pleine santé et n'ayant besoin d'aucune prothèse mais je ne suis pas lié du tout à l'industrie même si j'ai fait de l'informatique industrielle il y a une quinzaine d'années de ça. C'est de la basse propagande et de la totale mauvaise foi de vouloir faire croire que l'informatique serait responsable de l'état actuel de l'Afrique qui n'a pas besoin de ça pour être en guerre perpétuelle et aux mains des mafias. L'Afrique est le dernier continent à se développer après l'Asie et l'Amérique latine et sa situation actuelle est le résultat du contraste entre la pauvreté des populations et les richesses du sol, mais l'électronique n'a très certainement aucun besoin de cette violence. On est là dans la confusion la plus totale, de même qu'à laisser croire que tout cela s'améliorerait en quoi que ce soit de revenir au papier et au crayon. C'est tellement débile qu'il n'y a rien à répondre, en espérant simplement que ces messages anonymes d'utilisateurs complètement schizophréniques d'internet soient le fait de gens très jeunes, ce qui serait tout-à-fait excusables, mais je n'en suis pas sûr du tout... (il y a la même IP pour Foutaises, JFB, Jean Valjent, Créon et même Leo !). Ceci dit, je répète qu'il y a bien un problème de pollution électronique (de même qu'un problème de pollution informationnelle), qu'il faut prendre sérieusement en compte mais qui n'est pas si insurmontable.

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