Il arrive qu'on prenne pour une caractéristique de l'humanité voire de la vie elle-même ce qui n'est que l'idéologie d'une nouvelle classe dominante voulant faire oublier qu'elle vient juste d'usurper la place mais il arrive tout autant qu'on prenne pour une nouveauté absolue ce qui ne date pas d'hier pourtant. Il est toujours difficile de faire la part de la continuité et celle de la rupture, il ne faut pas se fier là-dessus aux premières évidences trop tranchées et globalisantes. Le plus grave, en ces affaires, c'est de se tromper dans l'ordre des causalités. Ainsi, il n'est pas indifférent de faire de la société de consommation une cause ou une conséquence du capitalisme.
Tout dépend évidemment de ce qu'on appelle "société de consommation" et qui désigne normalement ce qu'on appelle aussi le compromis fordiste de l'après-guerre. C'est le moment où le travail salarié dépend directement de la consommation des salariés (l'emploi dépend de la croissance). On peut dire ainsi que le capitalisme s'impose d'abord matériellement par sa productivité puis dure ensuite par la société de consommation, ce que Debord appelait le spectaculaire intégré où toute la société s'intègre à l'économie de marché. Cette analyse reste valable pour cette période bien que dépassée par l'ouverture des marchés aux pays émergents qui entraîne baisse des salaires et dislocation des protections sociales en délocalisant les marchés (c'est le spectaculaire désintégré). La fièvre consumériste et la publicité envahissante n'ont rien de nouveau, dénoncées en vain depuis plus de 50 ans maintenant. Nombre de critiques de l'aliénation marchande avaient voulu faire du capitalisme l'unique cause d'un dérèglement du désir qui serait depuis entièrement dénaturé et fabriqué, avec pour conséquence un discours moralisateur inutile et pesant. C'est là que Jan de Vries apporte un démenti salutaire à cette fable trop simpliste, en montrant que la société de consommation, dans le sens cette fois d'une fin de l'autarcie, de la monétisation et de l’achat de marchandises, a bien précédé le capitalisme industriel au XVIIIè siècle.

Un article de

Mon blog, qui prenait la suite le 20/10/05 du site "
Il n'y a pas eu de miracle grec. En fait, hein, il n'y a jamais de miracle. On peut bien sûr trouver que notre chambre toute rose à nous est un véritable miracle dans une France rancie et xénophobe, mais c'est un tout petit miracle. On ne sent aucune velléité de mobilisations sociales capables d'en tirer parti comme en 1936. Pour la relance promise, il ne faut pas s'imaginer qu'elle puisse être à la hauteur alors que la crise est loin d'être finie, qu'elle n'est pas du tout limitée à la Grèce et que la pression des marchés risque de rogner encore des protections sociales pourtant de plus en plus vitales. Il y a bien eu quand même le miracle des révolutions arabes qui ont lancé un mouvement mondial d'agitation mais dont le résultat est bien éloigné, pour l'instant du moins, des espoirs les plus fous des révolutionnaires comme de ceux des démocraties occidentales...
Je me suis demandé comment on pouvait souhaiter que les choses s'arrangent au mieux, à supposer même qu'on ait des dirigeants exceptionnels, mais de quelque façon que j'envisage la question, je ne vois que la nécessité de précipiter la chute au plus vite maintenant. Peut-être un manque d'imagination de ma part mais il y a de bonnes raisons de penser qu'on ne pourra pas s'en sortir sans passer par le défaut de paiement, des dévaluations massives et un retour de l'inflation, pas seulement pour les Grecs mais une bonne partie de l'Europe et les Etats-Unis au premier chef. C'est un peu répétitif de ma part mais il y a indéniablement encore un risque de krach de la dette, d'éclatement de l'Europe, de désordres monétaires et de tensions internationales. Il vaudrait mieux crever l'abcès que de faire inutilement durer le supplice.
Les élections présidentielles, sont les élections les plus folles, celles qui donnent lieu régulièrement aux espoirs les plus démesurés. On nous promet de changer le monde tous les 5 ans avec force moyens de communication et foules rassemblées. Crise oblige, cette fois, plus que les autres, une bonne part de l'électorat a même cru que cette élection pourrait déboucher sur une véritable alternative et non sur une simple alternance. Même le président en place s'est cru obligé de jouer la rupture avec soi-même ! Or, ce qui frappe derrière le triomphe des discours qui prétendent se faire l'expression des désirs collectifs, c'est une forme partagée d'hallucination collective qui mène à s'illusionner sur une possible victoire en prenant la petite partie qu'on représente pour le tout d'un peuple fantasmé. Chacun parle au nom du peuple mais pas du même peuple à chaque fois...
Comme on le voit bien, colloque après colloque, il n'y a pas du tout d'unité du revenu garanti dont les différentes versions expriment toute une gamme de positions politiques différentes. C'est qu'on ne peut donner sens à un dispositif isolé qui dépend du rôle qu'on lui fait jouer dans l'organisation sociale. Cela peut aller de la simple mesure sociale, d'un palliatif du marché du travail assurant une consommation minimum, jusqu'à l'élément d'un nouveau système de production relocalisé qui change la façon de produire en donnant accès au travail choisi. C'est uniquement grâce à un ensemble de dispositifs faisant 