Le coup le plus dur

2828Pendant qu'on se lamente sur les nouvelles défaites des syndicats, trahis comme d'habitude par la CFDT (c'est FO qui jouait ce rôle avant), le coup le plus dur vient d'être donné par le gouvernement socialiste avec la perspective de désindexer les retraites de l'inflation. Qu'on ne s'y trompe pas, c'est la voie ouverte à une diminution drastique des retraites comme de tout autre droit qui serait désindexé.

La chose semble facile et ne pas mériter de désapprobation car l'inflation recule encore pour l'instant et nous sortons d'une longue période d'inflation minimale. Il est habituel qu'on s'imagine à chaque fois que cela va durer toujours alors qu'on entre au contraire dans une nouvelle période d'inflation. C'est très explicite avec le nouveau premier ministre japonais, mais les USA et la Grande-Bretagne sont sur la même pente, inévitable même si l'Euro s'y refuse par principe, la hausse des matières premières à cause du développement des pays les plus peuplés devant y participer de plus en plus.

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TINA

TINAPar cette affirmation péremptoire : There Is No Alternative, la détestable Margaret Thatcher inaugurait l'ère de la pensée unique, celle des vainqueurs du communisme et du mépris des pauvres. En réaction, une gauche en déroute s'est crue obligée de prétendre qu'il y avait bien sûr des alternatives, dans une sorte de croisade au nom de nos libertés, mais dont on n'a rien vu encore malgré toutes les déclarations enflammées. Il y a d'ailleurs une petite chose qu'on oublie dans l'affaire, c'est que les politiques de Reagan et Thatcher ont eu un effet positif sur des économies malades, ce pourquoi elles ont obtenu le soutien renouvelé des populations sur une assez longue période.

En fait, depuis la crise où ces politiques néolibérales ont fini par nous mener, ce n'est plus la pensée unique mais plutôt la désorientation générale où règne une pluralité des théories dont aucune n'est assez convaincante. Chacun y va de sa petite solution à une situation multidimensionnelle alors qu'on est confronté à notre réelle impuissance et que ce sont les événements qui dictent à nos gouvernements les mesures à prendre - parfois de façon complètement contre-productive comme des mesures de rigueur conduisant à une récession creusant le déficit et exigeant de plus en plus de rigueur ! Il y a à l'évidence besoin d'une alternative mais qui reste introuvable alors même qu'on prétend qu'il y en aurait plusieurs !

Quand ça ne marche pas, il faut trouver incontestablement une alternative mais il n'y a en général qu'une façon de s'en sortir, compte tenu d'un ensemble de contraintes qui peuvent changer au cours du temps (il y a notamment des cycles d'inflation et de désinflation). Le problème, c'est notre difficulté aussi bien à faire le bon diagnostic que de savoir quoi faire dans cette phase de la crise. C'est un problème cognitif, cela n'empêche pas qu'il n'y a sans doute qu'une stratégie qui est la bonne, et qui sera imposée par les faits, même s'il faut éprouver une à une toutes les erreurs possibles avant de les rejeter (ce qu'on appelle procéder par essais-erreurs, un peu à l'aveugle).

Il me semble que, plutôt que de faire preuve de complaisance envers toutes les naïvetés et protestations généreuses sans conséquences, il vaudrait bien mieux faire le tour de toutes les contraintes auxquelles il nous faut faire face, de ce qui est nécessaire et des possibles effectifs qui ne coïncident malheureusement pas. En premier lieu, il y a bien sûr les contraintes écologiques, la nécessité de la reconversion énergétique et de la relocalisation. Il faut s'en persuader, on n'a pas le choix, ce pourquoi j'avais titré un article : "il n'y a pas d'alternative". C'est bien ce mot d'ordre qu'il faut reprendre à notre compte au lieu de glorifier une liberté illusoire. Nous devons absolument changer et cela ne dépend pas de notre bon vouloir, de nos valeurs ou de notre excellence mais de notre simple survie. L'alternative est inévitable et il n'y a pas d'autre alternative, c'est continuer comme avant qui est impossible !

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L’Etat universel et homogène

Junger-Ernst-L-Etat-UniverselA mesure que la mondialisation progresse, plus nombreux sont ceux qui voudraient s'y soustraire par un retour à une Nation idéalisée dans un splendide isolement alors même que la moindre mesure originale tentée soulève des tempêtes et oblige à revenir en arrière. La pression extérieure est incontestablement homogénéisante, tout comme les prix ont tendance à s'unifier dans des marchés ouverts. Le déplorer ou vouloir le refuser ne change rien à l'affaire, sauf à vouloir dresser un mur entre nous et le reste du monde, ce qui n'est plus du tout tenable. Nous faisons partie de ce monde et de ce temps, comme de cette Europe si faiblarde. Le seul territoire qu'il nous reste est celui de la proximité, ce qui n'est pas rien et le lieu des alternatives locales à la globalisation marchande mais ce n'est pas ce qui empêchera le monde de continuer à s'unifier.

Il fut un temps, pas si lointain, où le mondialisme semblait n'être qu'une idéologie d'élites cosmopolites alors qu'on semble découvrir avec retard l'effacement effectif des frontières qui se manifeste bruyamment par l'exil fiscal notamment. Sur la fiscalité, là aussi, nous avons donc perdu la possibilité de trop nous écarter de la norme européenne. La démocratie nationale a bien perdu l'essentiel de sa substance. On peut en éprouver légitimement un sentiment de dépossession. Nous appartenons indubitablement à un Empire plus large dont l'éclatement est toujours possible dans ces moments de crise mais qui ne nous redonnerait pas l'éclat d'antan et précipiterait plutôt notre déclin alors qu'une Europe unie redeviendrait, pour un temps au moins, la première puissance.

Ce n'est pourtant qu'une partie de la question car, on observe surtout la constitution d'une sorte de gouvernement mondial de l'économie, notamment à travers les politiques coordonnées des banques centrales et la régulation des marchés financiers - mais pas sur les monnaies qui restent encore nationales. Impossible de savoir, donc, si cette solidarité résistera à la guerre des devises qui a commencé mais ce ne serait sans doute qu'un accroc dans un mouvement de plus long terme d'unification du monde déjà largement effective, Etat universel en formation depuis longtemps.

Certains voient dans l'émergence d'un Etat supra-national le résultat d'un complot américain, ou même plus précisément des Rothschild, et auquel Kojève notamment aurait prêté main forte ! L'histoire ne serait ainsi qu'une suite d'intentions mauvaises, comme dans les conceptions policières de l'histoire ignorant les forces matérielles et les tendances de fond. On peut faire plutôt de l'unification du monde une conséquence de l'entropie universelle et du développement des communications. C'est cette dimension entropique qu'on va examiner ici et que René Passet pense retrouver dans l'interprétation de la fin de l'histoire et des classes sociales comme homogénéisation des populations en même temps que différenciation des individus.

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Revue des sciences janvier 2013

  • Peut-on parler d'addiction au sucre ?
  • Quantique mais non discret
  • Obtenir un indice de réfraction égal à zéro
  • 2 bosons de Higgs ?
  • Des traces de vie sur Mars ?
  • La fonte de l'Arctique, une bombe climatique
  • La fonte de l'Arctique va faire réapparaître des vieux virus
  • Si la glace fond, les volcans s'activent !
  • Des lasers surpuissants pour la géothermie
  • Manger des vers
  • Des petites montagnes russes comme métro
  • L'épissage alternatif déterminant dans la complexification
  • Lire les voyelles dans le cerveau
  • La main de l'homme faite pour donner des coups de poing
  • Le gras et le sucré sont des drogues
  • L’acide quinolinique, la molécule qui pousse au suicide
  • L'Alzheimer causé par la division cellulaire des neurones
  • Des cellules cancéreuses normalisées par la pression

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Un revenu de base compétitif

L'augmentation du chômage n'est pas dû à notre soudain décrochage du niveau d'excellence qui était le nôtre mais plus prosaïquement aux restrictions budgétaires imposées par une crise financière qui touche tous les pays développés et devrait s'achever (mais quand ?) dans un retour de l'inflation qui rendra plus facile les ajustements des salaires comme la résorption de la dette.

En attendant, on ne peut nier que les Allemands nous soient passés devant ces dernières années, depuis les lois Hartz du chancelier Schröder de triste mémoire. Il faut voir ce que c'est, par un prétendu socialiste pressé de s'en mettre plein les poches ! Le principe dit de responsabilisation, consiste à condamner les plus faibles à une pauvreté effectivement en hausse sensible dans ce pays qui s'enrichit sur leur dos. Cette dénégation des sciences sociales, qui prétend rendre les individus responsables de leur sort et de la situation macroéconomique, a du moins l'avantage de faire des économies sur les droits sociaux et soulager les riches écrasés par les impôts ! En plus de culpabiliser les pauvres, ils n'ont vraiment pas honte de les condamner par dessus le marché aux travaux forcés, au travail gratuit pour mériter leurs maigres allocations, et tout cela, pour leur bien évidemment. Le travail rend libre, on vous le dit, c'est ancré dans les gènes sans doute ! Il y a, en tout cas, de vrais salauds. Comme ce ministre britannique menaçant de couper les vivres aux chômeurs qui ne cherchent pas assez de travail alors que le chômage augmente à cause de sa politique budgétaire et s'il n'y a pas de travail, où voulez vous en chercher ? Quand il s'agit de taper sur les pauvres, ont trouve toujours des arguments moraux (ici aussi, bien sûr, on a des raclures comme le ridicule Wauquiez qui pense qu'on n'a plus les moyens d'assurer une vie décente aux plus pauvres tellement la France s'est appauvrie!).

Ce débat se focalise actuellement sur le gain de compétitivité procuré par cette diminution des prestations sociales et des salaires. Si la France, qui a déjà une des meilleures compétitivités, doit encore l'améliorer, c'est surtout par rapport à son principal concurrent de la zone Euro (pas seulement par rapport aux pays à bas salaire), par rapport à son dumping social, et cela, sans pouvoir utiliser la dévaluation, donc. Evidemment, une solution idéale serait de faire preuve de tant de dynamisme et d'innovation qu'on n'ait pas besoin de réduire les coûts mais il ne faut pas trop rêver. On n'est pas les seuls dans la course et, en attendant, la précarité gagne de plus en plus, ça c'est sûr. Que font les pays du sud pour s'aligner ? Ils baissent les salaires, solution intolérable mais qui nous pend au nez. Plutôt que dénier le problème vainement, il vaudrait sans doute mieux en prendre acte et en tirer les conséquences. Or, la seule façon de rendre acceptable ces baisses de salaire, ce serait de les compenser par une allocation universelle. Solution que les syndicalistes ont en horreur mais qui pourrait s'avérer très efficace et jouer un bon tour à nos concurrents principaux s'acharnant sur leurs pauvres.

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Revue des sciences décembre 2012

  • Alimentation durable
  • Les causes du vieillissement
  • OGM, le vrai débat
  • Un gène de la dépendance au cannabis lié à la schizophrénie
  • Le réchauffement serait de 4°C en 2100
  • Nouveau record d'émission de CO2
  • La fracturation hydraulique produit des fuites de méthane
  • Crises : la solution des villes
  • L'Inde mise sur des centrales nucléaires au thorium
  • La diversité génétique de nos cellules
  • Des pointes de lance il y a 500 000 ans
  • La révolution culturelle de l'humanité a 71 000 ans
  • Notre intelligence déclinerait depuis -4000
  • C'est le mot qui fait imiter le bébé
  • Les plus jeunes à l'école réussissent moins bien
  • Les effets néfastes des sels d'aluminium dans les vaccins
  • Lien entre production de neurones et cancer du sang
  • L'autisme, une surproduction de protéines ?
  • Les drones civils vont se généraliser

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L’histoire avant l’histoire

Alain Testart, Avant l'histoire

L'époque semble, dans les sciences sociales, aux mises au point méthodologiques, comme si la situation actuelle rendait plus urgent de sortir de l'idéologie (y compris du marxisme et du politiquement correct) pour pouvoir se rapprocher des faits afin de rendre compte de ce qui se passe. Après le Monde pluriel de Bernard Lahire, que j'ai trouvé un brin décevant malgré une bonne orientation de départ, voilà un autre livre réflexif sur sa discipline dont la grandeur est de nous confronter à notre ignorance sans renoncer à construire un savoir (voie de la philosophie ni dogmatisme, ni scepticisme).

Il faut dire que notre préhistoire est le meilleur témoignage de notre propension à reconstruire toute une histoire avec quelques traces matérielles. La paléoanthropologie ressemble à un Sherlock Holmes qui devrait réviser sans arrêt ses conclusions avec la découverte de nouveaux indices. Dans ma revue des sciences je m'amuse à chaque fois de la réécriture de nos origines à partir d'une simple dent parfois, comme un jeu de piste fait pour nous égarer mais on ne peut dire pour autant que ce n'est pas un savoir en progrès, en ceci que sont réfutées de plus en plus des mythes que nous formons, les récits qu'on en fait inévitablement. Ce n'est donc pas pour rien qu'Alain Testart commence son livre-programme par une histoire de la préhistoire et de la notion d'évolution ou de progrès pour se situer lui-même dans ce temps historique (avec une critique du progressisme déjà datée), temps de la science où l'on sait qu'on changera d'avis si de nouvelles découvertes l'exigent. Le plus intéressant, pour nous, c'est de penser l'évolution de la technique et son accélération à partir du Néolithique. Les questions des inégalités et de la richesse sont aussi importantes pour réfuter les visions idylliques qu'on se fait du "bon sauvage" mais on sera plus circonspect sur l'explication de la démocratie européenne par la supposée rémanence d'une culture "démocratique" datant du néolithique et dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas toujours été évidente !

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Jamais période ne fut aussi révolutionnaire…

Peut-être devrait-on parler d'évolution plutôt que de révolution tant ce mot est chargé d'illusions mais nous sommes indubitablement, malgré une impression d'immobilisme et de régression, dans une période révolutionnaire de bouleversements accélérés comme il n'y en a peut-être jamais eu dans l'histoire humaine à cette rapidité, avec des risques mais aussi des potentialités inouïes. Pas celles que la plupart de ceux qui se disent révolutionnaires espèrent encore, surévaluant notre pouvoir sur les événements et notamment sur une crise qui n'en finit pas de s'aggraver.

La crise de 1929 n'a pas été aussi fulgurante qu'on l'imagine, les choses n'arrêtaient pas de s'arranger, on voyait le bout du tunnel tout le temps bien que le chômage n'en finissait pas de monter... On a vraiment l'impression de refaire exactement les mêmes erreurs que dans les années 1930, un véritable décalque mené tambour battant. Il semble qu'on n'ait pas le choix et que les événements décident de nous plus que nous ne décidons d'eux. Il faut en prendre la mesure. Par rapport à cette sombre époque, nous avons à faire face en plus au déclin industriel résultant du développement des anciens pays du tiers monde, des nouveaux enjeux écologiques et du déferlement numérique tout aussi planétaire. Tout cela conspire à l'affaiblissement de la politique et du niveau national mais aussi à la mise en concurrence des systèmes sociaux.

Dans ces moments de complète transformation, les tentations de retour en arrière sont aussi compréhensibles que vaines, ne faisant que retarder la prise en compte de ces nouvelles réalités. Ainsi, on peut être sidéré aussi bien de la minimisation de la crise que de l'ignorance par les gauches des nouvelles conditions de production et des nouveaux rapports de force géopolitiques ! Quand on voit l'inadéquation à la fois des politiques suivies par les gouvernements et de ce qu'y opposent ceux qui les contestent, il est clair que la question est d'abord cognitive, témoignant de notre impuissance et d'une désorientation générale. C'est sur ce point qu'il faudrait un progrès décisif, exigé par l'unification du monde déjà effective. On n'y est pas du tout.

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Revue des sciences novembre 2012

  • La fin de la fin du pétrole !
  • Le désir n'est pas le plaisir
  • Les bébés connaissent la grammaire
  • Nouvelle théorie combinant topologie et symétrie
  • L’enrichissement de l’uranium par laser
  • Les débuts de la vie avec 3 ARN
  • Lien entre gros cerveau et cancer
  • Carte universelle de la vision dans le cerveau
  • Les mots produisent des images

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La révolution avant la révolution, et après…

La Révolution Française a servi de référence aux révolutions suivantes. Ce n'était pourtant pas du tout une révolution préméditée, conséquence plutôt d'une révolution déjà effectuée dans les esprits à l'époque des Lumières, d'une culture politique exprimée par les écrivains se substituant à la religion. Elle a pourtant servi de nouvel événement fondateur et de modèle aux révolutions futures dans sa prétention à reconstruire la société sur des bases entièrement rationnelles (avec l'unification des mesures, de la langue, de l'école, des populations).

Il y a toujours à apprendre des échecs de la Révolution dans sa tentative d'incarner par la Terreur la volonté générale et un usage déraisonnable de la raison, dérives dénoncées tout de suite par les réactionnaires comme Burke et que reproduiront peu ou prou la plupart des révolutions qui suivront. Ce sont ces mêmes dérives qui seront la cible des critiques du totalitarisme mais par d'anciens révolutionnaires cette fois. Il y a sans doute plus à apprendre encore de ce qui a précédé la Révolution, y trouvant là un débouché inespéré sans que ce soit toujours conscient, en empruntant des parcours improbables et sinueux, à l'opposé de toute stratégie préétablie, les plus conservateurs et fanatiques provoquant eux-mêmes leur perte.

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L’ordre grammatical

Je prends l'habitude de faire des billets à part lorsque mes commentaires sur une étude scientifique prennent trop d'ampleur.

Il s'agit cette fois d'une incursion dans la grammaire sous l'angle de la théorie de l'information, mais aussi de la détermination génétique du langage par rapport à l'hypothèse de grammaire universelle de Chomsky.

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Le management collaboratif

Il y a de bonnes raisons de critiquer un management inhumain obsédé par le profit et qui fait peser des contraintes cruelles ou simplement stupides sur les salariés, jusqu'aux pratiques sadiques d'un management par le stress qui a des morts sur la conscience. C'est un domaine qui voit surgir toute une palanquée de petits gourous qui vendent aux entreprises des recettes miracles qui ne sont pas toujours sans intérêt mais qui sont appliquées, en général, avec un dogmatisme destructeur. Le véritable intérêt du management, c'est de poser les problèmes, d'adopter une méthodologie cartésienne pour diviser les tâches et répartir les moyens en fonction des objectifs. Sinon, les résultats étant le plus souvent très décevants, on assiste à une succession de modes un peu comme pour les régimes amaigrissants, le développement personnel ou les théories économiques. Cela mène à de véritables folies parfois ou flirt avec les sectes (la scientologie et l'analyse transactionnelle étant pas mal implantées dans ce secteur). Surtout dans le domaine commercial, il semble qu'on tente d'extirper tout scrupule moral, avec la prétention de former un homme nouveau dépourvu d'humanité sur le modèle d'un homo economicus uniquement préoccupé de ses gains immédiats. Il ne manque certes pas de raisons de se battre contre cette nouvelle sorte de totalitarisme décervelant.

Cependant, l'avantage de l'entreprise par rapport au politique, c'est que les effets pervers et la contre-productivité des excès du management se font sentir plus rapidement et finissent par susciter des réactions salutaires, surtout dans un contexte où la nature du travail a changé. De même que la montée de la précarité provoque une destruction de compétences et manifeste l'inadaptation des protections sociales à l'économie post-industrielle, on s'aperçoit aussi qu'il y a contradiction entre le formatage des salariés et ce qu'on peut exiger d'eux en terme de coopération et d'autonomie. Impossible de transformer une entreprise en marché. Il a été montré depuis longtemps que les entreprises sont des sociétés hiérarchiques, ce qui permet notamment de minimiser les "coûts de transaction" mais aussi de se coordonner et de planifier les opérations. Contre l'idéologie libérale, il faut bien admettre que l'économie est une composition de dirigisme d'entreprise (voire de bureaucratie) et de concurrence de marché.

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Réexaminer notre rapport aux drogues

On considère en général que le problème des drogues est le type même du problème marginal concernant des marginaux. Il y aurait tant de choses plus importantes, surtout en cette période de crise. On considère aussi qu'il n'y aurait en tout cas aucun rapport avec l'écologie réduite à l'environnementalisme. C'est pourtant tout le contraire. Les drogues ont une place centrale dans les sociétés humaines, elle est simplement presque universellement déniée. Il ne s'agit que d'en devenir conscients, de regarder la réalité en face. Il est même difficile de faire le tour des différentes dimensions affectées par les préjugés scientistes ou religieux sur les drogues qui incarnent au plus haut point nos limites cognitives et le poids des fausses opinions.

De même, la plupart de ceux qui ne sont pas écologistes voudraient limiter l'écologie à un secteur spécialisé et consensuel en oubliant sa dimension politique et conflictuelle soulignée par André Gorz en 1974 (leur écologie et la nôtre). Si l'écologie-politique attentive au bien-être des populations ne peut être insensible à ces questions vitales et liberticides, il y a incontestablement division dans l'écologie entre hygiénistes ou moralistes (qui confondent le naturel avec le normatif) et une écologie-politique attachée à l'autonomie du vivant et sa diversité comme à l'expérience de soi et l'exploration du monde, à l'opposé de toute administration autoritaire de nos vies, même au nom de l'écologie.

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Revue des sciences octobre 2012

  • Rareté des trous noirs favorables à la vie
  • Nouvelles symétries avec le principe d'unarité
  • La géométrie non-commutative revient dans la course
  • Un minimum solaire de plus en plus probable
  • La vie sur Mars plus récente que sur Terre ?
  • Le mécanisme de correction d'erreur de l'ADN
  • Le rôle régulateur de l'ADN "poubelle"
  • La manipulation des rêves, une réalité chez le rat
  • Des souvenirs artificiels créés… en laboratoire
  • L'espèce humaine plus mélangée en Afrique du sud
  • Notre peau blanche est trop récente pour venir de Neandertal
  • Le maïs OGM de Monsanto cancérigène ?
  • Des implants réparent des fonctions déficientes du cerveau
  • Des jeux en immersion totale chez soi
  • Le robot industriel d'avenir pour PME

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La politique est un théâtre


Certains ont de la démocratie et de la politique une vision on ne peut plus naïve, comme s'il suffisait de changer de général pour gagner la guerre, de donner un mandat ou un ordre pour qu'il soit exécuté, comme si ce n'était qu'une question de choix rationnel dans un contexte d'information parfaite ou même de simple bonne volonté. Evidemment, les choses doivent leur paraître fort étranges, au point d'imaginer quelque complot ou forces obscures pour expliquer que les gouvernants ne fassent pas ce qu'ils voulaient faire et parlent tous la même langue de bois. Il y a pourtant de bonnes raisons à cette impuissance du pouvoir, qu'il faudrait mieux comprendre et dont l'épisode que nous vivons peut servir de parfaite illustration.

Ce n'est pas seulement que les gouvernements ne font pas ce qu'ils veulent mais ils prennent des décisions absurdes au su et au vu de tout le monde. Ce n'est pourtant pas qu'ils sont complètement idiots. On fait comme si c'était une question de morale ou simplement d'intérêt voire de rapport de force mais c'est plutôt que le champ politique a ses contraintes spécifiques. La notion de discours élaborée par Foucault ou Lacan, implique que, loin de ce qu'on s'imagine, l'on ne peut ni dire ni faire n'importe quoi, il y a des formes et des codes à respecter, un jargon spécial à utiliser, des procédures à suivre, des instances de validation, avant de subir dans l'après-coup l'épreuve du réel, la pression des faits sur lesquels on se cogne.

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De quelques aspects de la situation

Ce qui caractérise les grandes crises, c'est leur capacité de propagation, leur caractère multifactoriel et générationnel provoquant une complète restructuration en fonction de changements précédents des rapports de force, ce qu'on peut comparer à un tremblement de terre qui enregistre le déplacement des plaques tectoniques ou bien aux vibrations qui vont permettre à des aimants de "s'auto-organiser" entre eux à égale distance. Il faut toujours distinguer l'incident souvent mineur qui peut déclencher un conflit de ses causes profondes, de même qu'il ne faut pas réduire un krach à sa cause factuelle alors que la véritable cause n'est autre que la bulle précédente.

On a malgré tout tendance à se fixer sur l'une ou l'autre cause plus ou moins contingente, quand on n'y voit pas un simple complot, de même qu'on a toujours eu tendance à vouloir minimiser une crise qu'on a cru d'abord de courte durée, puis uniquement bancaire ou financière avant de faire porter le chapeau à l'Euro voire aux politiques d'austérité, pendant que les pays s'enfoncent un à un dans la dépression. Chacun y va de sa petite mesurette sensée nous sortir de cet accident historique et permettre de revenir à l'état antérieur, au business as usual. Sauf que, dès qu'on ne se focalise plus sur l'un ou l'autre aspect de la crise mais qu'on en prend une vue d'ensemble, c'est une série de phénomènes massifs, dont j'ai essayé de faire la liste, qui s'imposent à nous et dessinent un monde futur bien différent de l'ancien.

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La société de consommation avant le capitalisme

Il arrive qu'on prenne pour une caractéristique de l'humanité voire de la vie elle-même ce qui n'est que l'idéologie d'une nouvelle classe dominante voulant faire oublier qu'elle vient juste d'usurper la place mais il arrive tout autant qu'on prenne pour une nouveauté absolue ce qui ne date pas d'hier pourtant. Il est toujours difficile de faire la part de la continuité et celle de la rupture, il ne faut pas se fier là-dessus aux premières évidences trop tranchées et globalisantes. Le plus grave, en ces affaires, c'est de se tromper dans l'ordre des causalités. Ainsi, il n'est pas indifférent de faire de la société de consommation une cause ou une conséquence du capitalisme.

Tout dépend évidemment de ce qu'on appelle "société de consommation" et qui désigne normalement ce qu'on appelle aussi le compromis fordiste de l'après-guerre. C'est le moment où le travail salarié dépend directement de la consommation des salariés (l'emploi dépend de la croissance). On peut dire ainsi que le capitalisme s'impose d'abord matériellement par sa productivité puis dure ensuite par la société de consommation, ce que Debord appelait le spectaculaire intégré où toute la société s'intègre à l'économie de marché. Cette analyse reste valable pour cette période bien que dépassée par l'ouverture des marchés aux pays émergents qui entraîne baisse des salaires et dislocation des protections sociales en délocalisant les marchés (c'est le spectaculaire désintégré). La fièvre consumériste et la publicité envahissante n'ont rien de nouveau, dénoncées en vain depuis plus de 50 ans maintenant. Nombre de critiques de l'aliénation marchande avaient voulu faire du capitalisme l'unique cause d'un dérèglement du désir qui serait depuis entièrement dénaturé et fabriqué, avec pour conséquence un discours moralisateur inutile et pesant. C'est là que Jan de Vries apporte un démenti salutaire à cette fable trop simpliste, en montrant que la société de consommation, dans le sens cette fois d'une fin de l'autarcie, de la monétisation et de l’achat de marchandises, a bien précédé le capitalisme industriel au XVIIIè siècle.

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Revue des sciences septembre 2012

  • Vers une glaciation ?
  • Les cinq piliers de l'entraide
  • Comment internet modèle notre cerveau
  • Le monde serait-il un ordinateur quantique ?
  • Les mystères de la science
  • L'univers n'est pas fractal
  • Tirer de l'énergie des particules intriquées en violant la thermodynamique
  • Le bruit du cerveau empêche la perception de l'intrication
  • L'impression 3D de molécules
  • Photographier les ondes électromagnétiques
  • Une peinture anti-chaleur
  • Extraire l'uranium des océans
  • De vastes réserves d'eau découvertes en Afrique
  • La pâte de bois, nanomatériau du futur
  • L'ADN avant l'ARN ?
  • L'homo carnivore
  • L'indo-européen viendrait de Turquie et non des Kourganes
  • Localisation des fonctions du cerveau
  • Le cerveau ne décide pas avant nous
  • Les facteurs de l'agressivité
  • La simulation de la civilisation
  • La thérapie génique directement dans le cerveau
  • Le cannabis mauvais pour le cerveau des jeunes
  • La morphine sans addiction ?
  • Un contraceptif masculin non hormonal
  • Détourner le virus du sida pour lutter contre le cancer
  • Nos défauts de méthylation nous donnent à la fois plus de plasticité et de cancers
  • Des pansements électroniques
  • Ce qu'on peut faire avec une imprimante 3D

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La cliodynamique, nouvelle science des cycles

Un article de Nature sur la cliodynamique qui devait faire partie de la revue des sciences m'a semblé mériter un traitement à part tant la compréhension des cycles dans l'histoire me semble primordiale et ce n'est pas tous les jours qu'on trouve dans Nature l'affirmation que la Révolution, c'est ce qu'il y a de mieux pour obliger les élites à redonner le pouvoir à la majorité, “That's why we are where we are”.

Les cycles donnent lieu à tous les malentendus et suscitent une suspicion généralisée mais cela fait longtemps que j'appelle à une science des cycles on ne peut plus matérialiste, or voilà qu'on commence à y appliquer des méthodes scientifiques. Même si elles sont critiquables, elles vont incontestablement dans la bonne direction et bien qu'on ne puisse prétendre en tirer aucune véritable prédiction, il n'est pas indifférent que ces modèles laissent prévoir une montée de la violence jusqu'en 2020, ce que confirment des constatations plus empiriques et spécifiques à notre temps de crise.

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