Les salauds au pouvoir

C'est une tendance bien connue dans les moments de crise de rechercher des boucs émissaires et de rendre les pauvres et précaires responsables de leur propre sort. La montée du chômage qui en fait un phénomène social, macro-économique, le rend aussi forcément trop lourd à financer, charge qu'on va imputer aux chômeurs eux-mêmes, devenus une surpopulation indésirable dont on aimerait bien se débarrasser. Il y a toute une tradition anglo-saxonne complètement décomplexée qui va dans ce sens, de Malthus et Spencer à Thatcher et ses successeurs qui en rajoutent sur la culpabilisation des pauvres même si on ne va plus jusqu'à prôner ouvertement leur élimination au nom de la science lugubre que serait l'économie ! Chez nous, cette brutalité était moins bien admise par notre égalitarisme républicain, restant l'apanage de l'extrême-droite ou de petits salauds ambitieux genre Wauquiez. C'est pourquoi il faut s'alarmer de voir ces discours repris par un gouvernement, censé de plus être de gauche !

Certes, il n'y a là rien de neuf, dira-t-on. Les pauvres ont constamment été soumis à l'état d'exception, l'oppression et le mépris : ce sont les perdants, les losers, une race inférieure que les winners, très contents d'eux-mêmes et de leur réussite sociale, contemplent de haut. Il faudrait bien faire changer la honte de camp, rendre plus honteux ces véritables salauds qui nous accablent de leur morgue et de leurs petits esprits mais, par définition, on ne pourra jamais mettre les perdants (prolétariat) au pouvoir. La seule force des pauvres est le nombre - ce qui ne veut pas dire hélas qu'il suffirait de faire nombre pour ne pas se croire du côté des dominants, mettre encore plus salauds au pouvoir et chercher d'autres boucs émissaires : juifs, musulmans, immigrés, étrangers. Le ressentiment peut être ravageur, mieux vaudrait ne pas l'attiser par la haine des chômeurs.

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Revue des sciences septembre 2014

  • Les Lucaniens, irréductibles Italiques
  • Qui sont vraiment nos ancêtres ?
  • Un missile sur Mars à la recherche de la vie sous terre
  • La chaleur emmagasinée par les océans sera relâchée dans plus de 10 ans
  • Les émissions du permafrost dues au soleil plus qu'aux bactéries
  • Les barrages tropicaux émettent par "bullage" 10% du méthane anthropique
  • Détecter des séquences d'ADN par leur vibrations avec des ondes terahertz
  • Similitudes génétiques du ver à la mouche et à l'homme
  • L'adaptation en direct d'un poisson à la vie terrestre
  • Des ondes gamma augmentent la sensibilité des souris
  • La zone visuospatiale du cerveau ne vieillit pas
  • Les équations du cerveau
  • OpenBCI, une interface neuronale directe pour les makers
  • L'homme de Florès, juste un trisomique ?
  • Neandertal aurait disparu plus tôt qu'on ne pensait
  • Moins d’hormones mâles aurait permis le développement de la civilisation
  • Un astéroïde responsable de l'extinction de la mégafaune il y a 13000 ans
  • La croissance des enfants ralentie par le cerveau
  • La musique de notre adolescence nous poursuit toute notre vie
  • La fraude pourrait se détecter par le langage utilisé
  • L'aspirine permettrait de prévenir les cancers
  • Le diabète lié à l'hibernation chez les ours
  • L'autisme provoqué par un excès de plasticité cérébrale ?
  • Les causes épigénétiques de l'Alzheimer
  • Effacer les souvenirs douloureux avec du xénon
  • Un yaourt contre la maladie de Parkinson ?
  • Un implant restaurant la courbure de la cornée à la place des lunettes
  • Microphone visuel, les paquets de chips vous espionnent
  • Prendre le contrôle du corps d'un autre

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Un revenu de base nécessaire mais pas suffisant

Journées d'été du revenu de base le vendredi 22 août à 16h30
revenu de baseCela fait plusieurs années que je n'interviens plus en public mais la situation est on ne peut plus mauvaise. Bien que les prévisions économiques restent toujours hasardeuses, le risque d'une nouvelle crise systémique pire que la précédente est loin d'être écarté (cela fait même un moment qu'elle aurait dû se produire). En dépit de l'indifférence générale et malgré les incertitudes du climat, il est encore plus certain hélas qu'on assiste, en Arctique notamment, à un emballement des dégagements de méthane qui s'annonce ingérable. A plus court terme, sans parler des guerres qui se rallument à nos portes, les perspectives politiques sont dramatiques, avec la montée de l'extrême-droite et du nationalisme. Sur tous ces fronts, il n'est certes plus temps de rêver...

Cela ne doit pas empêcher de porter la revendication d'un revenu de base dont le besoin se fait de plus en plus sentir mais devrait empêcher du moins tout optimisme excessif et de s'égarer sur son caractère supposé miraculeux. Qu'on ne puisse vivre sans revenu est une évidence qui tarde à s'imposer et dont c'est tout le mérite du revenu de base de la mettre au premier plan. Reste qu'il ne suffit pas de revendiquer un droit, fut-il vital, ni d'exiger des montants déraisonnables. On est bien obligé de tenir compte de sa faisabilité et de son acceptabilité. Surtout, un "revenu garanti" dans l'esprit du régime des intermittents (mieux qu'un simple revenu de base) ne peut éviter de s'inscrire dans un projet plus global, tenant compte des évolutions du travail et de la production, tout comme des enjeux écologiques et de la nécessité d'une relocalisation de l'économie.

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Revue des sciences août 2014

  • La généalogie des mythes
  • Suivre l'évolution d'une superposition quantique jusqu'à son effondrement
  • La corrélation de particules après-coup
  • Séparer une particule de ses propriétés
  • Amplifier les fluctuations du vide
  • Le réchauffement favorise la variabilité climatique et les records de froid
  • De la vapeur avec du soleil
  • L'arbre aux 40 fruits différents
  • Du plastique à partir de (déchets de) végétaux
  • Constructions en bio-briques
  • Nos cellules héritent de la chimie d'il y a 4 milliards d'années
  • Le clonage humain obtenu grâce à la caféine
  • Modifier les connexions entre neurones
  • Un siphonophore, colonie d’individus spécialisés
  • Les 66 communications par gestes des chimpanzés
  • Le cerveau des bonobos très proche du nôtre
  • La supériorité de Sapiens serait dans ses réseaux étendus
  • La conscience chez les bébés
  • Le cerveau normalise les émotions
  • Entre amis, une ressemblance génétique étonnante
  • Comment on juge les gens sur leur mine
  • Les champignons hallucinogènes font faire des rêves éveillés
  • Plutôt recevoir des chocs électriques que s'ennuyer
  • Améliorer l'intelligence des foules en éliminant les plus influençables
  • Enregistrer et restaurer la mémoire avec une puce
  • Réveiller la douleur pour qu'elle ne soit plus chronique
  • Alzheimer : un test sanguin pour un dépistage très précoce
  • Le pacemaker remplacé par l'injection d'un gène dans le cœur
  • Un implant contraceptif qui se désactive par WiFi
  • Un virus de l'intestin contrôle l'équilibre bactérien
  • Un écran permettant de se passer de lunettes de correction
  • Les Google Glass pilotées par la pensée
  • AirDog, un drone qui vous suit pour vous prendre en film
  • Des moteurs aux pieds
  • Un avion qui se divise en 3
  • Une ville flottante et sous-marine au large de Hong-Kong

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Ecologie, intermittents et travail immatériel

Interview par Ingrid Merckx pour Politis
politis

Quels rapports voyez-vous entre les revendications des intermittents et l'écologie politique ?

La connexion avec les "intermittents" se situe à plusieurs niveaux : 1) La sortie du productivisme capitaliste, c'est-à-dire du salariat, au profit du travail autonome, d'un travail choisi plus épanouissant mais moins productif - ce qui nécessite revenu garanti et coopératives municipales, institutions locales du travail autonome et du développement humain qui sont la base d'un nouveau système de production non productiviste et plus adapté aux nouvelles forces productives. 2) En effet, le passage de l'ère de l'énergie (industrielle) à l'ère de l'information (post-industrielle) fait passer de la force de travail, dont la production est proportion du temps passé, au travail immatériel dont la productivité est non linéaire, non mesurable par le temps comme Marx le pressentait dans ses Grundisse, se rapprochant du travail artistique et créatif, travail par objectif, beaucoup plus précaire et aléatoire que le salariat industriel.

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La fin de la politique

Politique_par_Miss_TicPlus la situation est bloquée, et dépourvue de toute perspective, et plus on se croit obligé de proclamer sa radicalité, appeler à l'insurrection et promettre une société idéale refaite à neuf, en rupture totale avec la société précédente et tous les millénaires passés... sans aucune chance, bien sûr, d'aboutir à rien, sinon au pire. Car ces visions exaltées, qui sont récurrentes dans l'histoire et auxquelles je n'ai pas échappé avec ma génération, ne sont pas du tout si innocentes qu'on croit mais répondent bien plutôt à un besoin profond dont les Islamistes nous rappellent le caractère à la fois religieux et criminel, en dépit d'intentions si pures (où, dans leur rêve, il n'y aurait aucune raison de ne pas être de leur côté sauf à être foncièrement mauvais).

Plutôt que s'imaginer devoir renforcer les convictions, gagner l'hégémonie idéologique, changer les esprits, appeler à l'amour universel, il faudrait pourtant en finir au contraire avec ces conceptions messianiques de la politique et d'une communauté fusionnelle pour revenir à la dimension matérialiste et pluraliste d'une politique démocratique qui n'est pas "souveraine" et dominatrice mais bien plutôt faite de compromis et de rapports de force. C'est ce qui est sans aucun doute inacceptable à la plupart dans ce besoin d'absolu devant l'injustice sociale et les désastres écologiques qui s'annoncent. C'est pourtant ce qui constitue la condition pour donner un minimum d'effectivité à nos protestations et avoir une petite chance d'améliorer les choses au lieu d'aller de défaites en défaites (en croyant garder la tête haute et n'avoir pas à s'en alarmer!). Il y a le feu, il n'est plus temps de faire des phrases et se donner des grands airs.

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Revue des sciences juillet 2014

  • L'intelligence des céphalopodes
  • Énergies renouvelables : l'essor sera lent
  • La réalité n'existe pas
  • L'Univers est-il un ordinateur quantique ?
  • L'enfant apprend à résister à ses intuitions
  • Une théorie de l'information physique : les constructeurs
  • Un vaisseau plus rapide que la lumière dans l'hyperespace ?
  • Le rôle important des tourbillons géants de l'océan
  • 20% des réserves d'hydrocarbures à découvrir situées dans l'Arctique
  • La réfrigération magnétique
  • Le codon STOP contourné par des bactéries
  • Des protéines d'algue qui contrôlent la cohérence quantique
  • Une vie complexe il y a 2 milliards d’années
  • L'anxiété de l'écrevisse
  • La différenciation des cellules souches
  • Contrôler les muscles par optogénétique
  • Le langage combinerait les mots des singes et la syntaxe des oiseaux ?
  • Pensée et apprentissage passent par la synchronisation des ondes cérébrale
  • La conscience localisée dans le claustrum ?
  • Le rôle structurant du mensonge dans la diversification des sociétés
  • Alzheimer : un excès de GABA empêcherait la mémorisation
  • Un dérivé de la vitamine A pour traiter le diabète de type 2
  • 3 jours de jeûne suffisent pour régénérer tout le système immunitaire
  • Votre ADN sur une clé USB !
  • Un pacemaker alimenté par les mouvements des muscles
  • Un programme qui associe concepts et images
  • Piloter un avion par la pensée
  • Xplorair : la voiture volante prend son envol en 2017

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Les trous noirs de la gauche

trou_noirL'état de la gauche est on ne peut plus désastreux. C'est de notoriété publique désormais. On s'attend même à son effondrement complet au moment où l'on aurait tant besoin pourtant de politiques de réduction des inégalités et de protections nouvelles contre une précarité qui se généralise à grande vitesse. C'est bien sûr la faute de la gauche elle-même, dans toutes ses composantes, gouvernementales ou non, même à ne pas vouloir se l'avouer ni pouvoir sortir de ses archaïsmes qui la plombent, ni de ses illusions qui profitent surtout aux démagogues de l'autre bord.

Il ne s'agit en aucun cas de je ne sais quels "tabous" de la gauche qu'il faudrait lever sous prétexte que cela aurait fait le succès de l'extrême-droite, que ce soit la nostalgie de la Loi, de la morale et des anciens interdits (sinon du patriarcat), ou le retour au national avec la sortie de l'Euro et de l'Europe d'un côté (dont les avantages sont très largement surévalués), le protectionnisme et le rejet des immigrés de l'autre (impossible de sortir de cette logique binaire). Sous prétexte de se donner un cadre de souveraineté censé nous sortir de notre impuissance actuelle, le peuple ne désigne plus dorénavant les dominés mais les nationaux, électeurs supposés assez avisés (dans leur prétendue common decency) pour nous donner leurs voix et auxquels on cherchera inévitablement à donner une identité culturelle plus ou moins foireuse qui nous rendrait tous identiques et solidaires malgré nos différences et oppositions de classe, de cultures ou de religions. De quoi justifier forcément la collaboration de classes entre bons français tout comme en quatorze on a pu mener des paysans au massacre pour défendre leurs si patriotiques capitalistes et marchands de canon !

L'argument nationaliste est absolument imparable dès lors qu'on prétend à une alternative radicale qui nous isole du reste du monde et se réduit tout bêtement à l'étatisation de l'économie, comme si cette merveilleuse solution n'avait pas déjà échoué partout et comme si on était en état de le refaire ! On croyait qu'ils avaient disparus avec l'URSS mais pour ces nouveaux staliniens, étatistes autoritaires (démocratiques et populaires bien sûr) qui rêvent de s'emparer du pouvoir pour nationaliser nos multinationales et imposer leur propre modèle (à rebours du monde des réseaux), il n'y a aucun doute dans leurs rêves sur la valorisation du niveau national qu'ils s'imaginent, un peu légèrement, pouvoir être à leur portée alors qu'ils travaillent plutôt pour l'extrême-droite montante. Jusqu'à finir, pour certains, par rejoindre les ennemis d'hier. C'est, du moins, ce que le fascisme a illustré à une autre époque, certes bien différente de la nôtre mais selon une même logique.

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Heidegger, sauveur du monde

Apports à la philosophie. De l'avenance (1936-1938)
ou Contributions à la philosophie. De l'événement
apports à la philosophie
Après avoir dénoncé sa compromission avec le nazisme, dans sa philosophie même, j'ai essayé de rendre compte des origines, largement religieuses, de la pensée heideggerienne dont l'existentialisme s'est nourri mais à partir de ce qu'on peut appeler son moment athée. Celui-ci commence avec son cours sur l'Ontologie et prendra toute sa force dans Être et Temps. Il s'agit avec ce livre posthume, qui est en même temps, surtout dans sa première moitié, une critique du nazisme, d'aborder ce qu'on appelle le "tournant" et qui est plutôt de l'ordre d'une conversion (ou re-conversion!) puisqu'il s'agit bien d'un retour au religieux sous la forme du "Dieu à venir", incroyable personnification de la totalité de l'Être et de l'histoire qui prend la place de l'humanisme existentialiste en refondant l'appel à une transcendance capable de donner toute sa valeur à l'existence.

Le plus paradoxal (il n'est d'ailleurs pas sans en éprouver la contradiction et vouloir en sortir, par exemple p517), c'est qu'on peut considérer que son errance tient malgré tout à la surévaluation de la place qu'il laisse à l'homme dans l'histoire (berger de l'Être). En quoi il se révèle finalement solidaire des errements de son temps, à rebours des critiques qu'il en fait de la façon la plus explicite (dans "la lettre sur l'humanisme" notamment) et de ce qui constitue l'objet même de son "tournant" :

Ce retournement où ce n'est pas l'étant qui est fondé par l'homme, mais où, tout au contraire, c'est être homme qui se voit fondé par l'Etre. (p214)

Malgré un vocabulaire abscons et des pages illisibles (par exemple p322), beaucoup de gens devraient lire ce qu'on peut considérer comme un délire pénible et répétitif, mais qui a l'intérêt de pousser jusqu'au bout les conséquences (religieuses) de positions qu'on retrouve largement dans l'écologie et les discours technophobes, tout comme chez les critiques de l'aliénation ou les discours élitistes qui se croient subversifs, tous ceux enfin qui se voudraient effectivement les sauveurs du monde (et ils sont nombreux). Le plus tragique, en effet, c'est que tous ces utopistes à côté de la plaque sont de nouveau prêts à s'allier avec les pires populistes et réactionnaires au nom de leurs rêves de retour au passé et d'une nature idéalisée, sinon de croyances ouvertement religieuses, sans voir qu'ils prêtent ainsi main forte à des périls bien plus grands et qui n'ont rien d'imaginaires cette fois !

Il ne peut s'agir pour autant de réduire à rien les apports d'un des si rares grands philosophes sous prétexte qu'il a été un nazi convaincu - avant certes de le regretter amèrement (mais sans véritable repentir, ne s'offusquant pas tant de "la brutalité de la violence" p279 et prônant plutôt une désertion de la politique). Cela prouve à quel point les philosophes peuvent se tromper et comme la recherche de la vérité peut égarer les plus grands esprits et pas seulement les masses incultes comme on voudrait s'en rassurer. Lorsqu'on touche à l'essentiel, le risque de l'erreur en est décuplé, la moindre déviation, une négation de trop, peut porter à de lourdes conséquences. Il ne suffit pas pour autant de se délecter d'une critique facile et moralisante qui s'imagine pouvoir, au nom de ses propres certitudes, rejeter de l'histoire comme nuls et non advenus tous ces errements, simplement les oublier comme s'ils n'avaient jamais eu lieu, faire un trou dans nos mémoires...

Au contraire, il n'est pas possible de se soustraire à l'exigence de faire du faux un moment du vrai, ce qu'on essaiera pour finir dans ce qu'on peut appeler une inversion matérialiste ou scientifique de son idéalisme mystique ouvertement anti-scientifique. La subjectivité de l'être-parlant, qui n'est effectivement plus cause de soi - ce sur quoi on s'accorde - peut être renvoyée au désir de désir et à l'énonciation plus qu'à un Etre mythifié (et sans nous réduire à nos neurones). Ces dimensions sociale et symbolique sont partie intégrante de notre monde, très matériellement, même si elles ne rendent pas compte de la part subjective, du fait d'y être concerné dans son être et dans l'urgence, ce qui constitue bien l'expérience de l'existence, engagée dans les rapports humains et sociaux, les paroles trompeuses, les promesses non tenues et la manie de se raconter des histoires. Qu'on ne puisse nier nos déterminations, et qu'on soit bien obligés d'admettre que nous sommes forcément limités à l'état des savoirs et des représentations de notre temps, n'est pas une raison pour autant d'adopter un point de vue extérieur, de surplomb, indifférent, ni de se dérober à la nécessité de fonder la dignité du sujet et la valeur de l'existence - sans avoir besoin pourtant d'un Dieu qui nous les donne (mais l'Autre, garant de la vérité, qui n'existe pas?).

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Revue des sciences juin 2014

  • Simuler une cellule vivante
  • La biologie de synthèse
  • La supersymétrie, une théorie en crise ?
  • Un atlas neuronal des comportements des larves de mouche
  • Sirt1 compacte l'ADN
  • La tardive diversification des mammifères
  • L'effet Casimir pourrait maintenir ouvert les trous de ver
  • Créer des paires de particule-antiparticule avec un laser
  • Extraction de pétrole des sables bitumineux
  • Concept EauSoleil
  • L'effet thermogalvanique pour convertir en électricité la chaleur perdue
  • L’arbre à vent
  • Une nouvelle batterie révolutionnaire au carbone organique
  • Dessalement de l'eau de mer par ionisation
  • Toshiba se lance dans les usines à végétaux
  • Darwin aurait plagié (en 1859) la théorie de Patrick Matthew (1832)
  • Des bactéries survivent dans l'espace
  • Des bactéries avec un code génétique artificiel étendu
  • Les mouches réfléchissent avant d'agir
  • Le remodelage des connexions nerveuses
  • Voir son cerveau en action
  • De légers courants électriques pour contrôler ses rêves
  • Musique et langage
  • Les mêmes neurones pousseraient au sexe ou à la violence
  • Les radicaux libres déclenchent les mécanismes de protection de la cellule
  • Pas de cause unique du vieillissement mais l'interaction de plusieurs facteurs
  • Manger du piment rouge allongerait l'espérance de vie
  • Comment orienter le destin d'une cellule souche par les tensions subies
  • Les bienfaits cardiovasculaires de l'huile d'olive
  • Un pacemaker alimenté sans fil
  • Remplacer l'optogénétique par la chimiogénétique pour traiter l'épilepsie
  • Des lunettes ajustables pour les pays pauvres (entre 2 et 5€)
  • Produire des protéines artificiellement en dehors de la cellule
  • Un spectromètre pour analyser la nourriture, entre autres
  • oPhone : recevez des odeurs par SMS
  • Des robots qui s'assemblent quand on les chauffe
  • La voiture sans volant de Google
  • Un train à sustentation magnétique et sous vide roulant à 3000 km/h

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Rappelle-toi Barbara…

Il faut dire que je suis un peu émotif en ce moment, en tout cas ce morceau, intitulé "Barbara et son public", que je ne connaissais pas et constitué des interminables rappels d'un public qui ne veut pas la laisser partir et lui chante ses chansons pour qu'elle les reprenne, m'émeut jusqu'aux larmes par l'amour qu'ils renvoient à une chanteuse sur le retour, dont je n'aime d'ailleurs pas tellement les interprétations un peu trop braillées par rapport aux originaux plus intimes, témoignant sans doute d'autant plus de reconnaissance que ses chansons ont accompagné les moments les plus difficiles et solitaires de leur existence (le mal de vivre, soleil noir, à mourir pour mourir, etc.) même si ce ne sont pas forcément les meilleures ni celles qu'ils chantent ici.

Il y a de bonnes chances que cela laisse froid la plupart des auditeurs mais il me semble qu'on retrouve dans cette ferveur quelque chose des émotions politiques ou religieuses, enthousiasme des foules qui est quand même plus innocent dans l'enceinte d'une salle de spectacle...

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Les causes multiples du vieillissement

Plusieurs nouvelles récentes rendent compte des multiples causes du vieillissement qu'il m'a semblé utile de rassembler, avec toutes les incertitudes qui restent, mais plaidant du moins contre une cause unique et exclusive qu'il suffirait de traiter (avec une protéine miracle présentée comme un véritable élixir de jouvence) et plutôt pour des stratégies anti-âge diversifiées et complémentaires.

Il peut arriver que les déterminations génétiques ne dépendent que d'un seul gène mais c'est assez rare. Les phénomènes de complexification des organismes et de sélection naturelle, notamment la sélection de groupe et les pressions écologiques, privilégient plus souvent la conjonction de plusieurs processus dont l'un ou l'autre prend le dessus en fonction de circonstances diverses (stress, surpopulation, infections, nourriture, mode de vie, notamment sommeil et activité physique). Ainsi, on peut identifier une série de facteurs de sénescence : stress oxydatif, mitochondries, télomères, citokynes inflammatoires, baisse hormonale (mélatonine, hormones sexuelles), cellules souches, méthylation et, aux dernières nouvelles, certaines protéines mais il y a aussi toutes les maladies et accidents de la vie, les virus eux-mêmes faisant partie intégrante de la régulation des populations en fonction de leur densité (ce qui nous rend si exposés à une pandémie actuellement).

La plupart du temps on peut dire que ça se dérègle de tous les côtés mais parfois agir sur un seul de ces facteurs peut allonger significativement la vie et il faut souligner qu'il y a quelques espèces où plus ils sont vieux, plus ils se reproduisent et sont performants, la sélection ayant valorisé la durabilité dans des milieux extrêmes comme le désert - confirmation éclatante que le vieillissement n'est pas une fatalité et ne résulte pas d'une simple usure des corps mais se trouve le plus souvent génétiquement programmé (quand le saumon meurt après pondaison, ce n'est en rien un défaut de régulation mais au contraire une optimisation des ressources pour sa descendance qui s'en nourrit).

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Revue des sciences mai 2014

  • Théorie des trous de vers et de la matière noire
  • L'extinction du Permien à cause des bactéries méthanogènes
  • Le "plan B" du climat : la géoingénierie spatiale
  • Bientôt le boom des mini centrales nucléaires
  • Du pétrole avec de l'eau de mer
  • Villes flottantes
  • Le métabolisme aurait précédé les cellules
  • La transmission épigénétique par les ARNm
  • Autisme et Schizophrénie inconnus de Neandertal ?
  • La durée de vie limitée par le nombre de cellules souches
  • La protéine REDD1 cause l'atrophie des dendrites dans la dépression
  • Même un usage occasionnel du cannabis modifie le cerveau
  • L'Alzheimer causé par l’inflammation chronique
  • Un vagin complet et fonctionnel à partir de cellules des patientes
  • Des cellules souches à partir de la peau d'un homme de 75 ans
  • Du sang artificiel
  • Restaurer l'audition de personnes sourdes avec un virus
  • Le bisphénol A provoquerait obésité et diabète
  • Des nanorobots qui contrôlent un cafard avec des protéines
  • Un drone qui recharge sa batterie sur les lignes électriques ?
  • Des exosquelettes contrôlés par la pensée (EEG)

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Solutions imaginaires

shadokComme une bonne partie de ma génération, j'ai voulu passionnément changer le monde après Mai68 mais, contrairement à la plupart et lorsque le chômage m'a permis d'y consacrer tout mon temps, je m'y suis attelé très sérieusement. En témoigne la quantité de textes que j'y ai consacré. Je ne peux pas dire, hélas, que cela m'ait rendu très optimiste sur les chances d'y arriver...

En fait, à comprendre la théorie de l'évolution par la théorie de l'information, c'est-à-dire par la détermination du milieu, et devenir de plus en plus matérialiste, j'y ai perdu toute illusion de pouvoir décider de l'avenir face à l'accélération technologique et l'étendue de nos limites cognitives, ce qui ne veut pas dire que notre action ne serait pas décisive dans ces temps de mutation mais en partant plutôt du local et de la nécessité de relocaliser une économie globalisée à l'ère du numérique. Il n'y a rien là cependant qui puisse provoquer l'enthousiasme des foules, ni satisfaire un quelconque besoin métaphysique ni même notre indignation devant les injustices du monde qu'on peut seulement réduire à notre mesure.

Impossible de s'y résoudre, sans doute. Pour Ernst Bloch, il serait impossible de vivre sans utopie, sans rêves, encore plus de transformer la société sans une bonne dose d'idéalisation. Le principe espérance serait indispensable à la vie comme à la politique, carotte devant notre nez pour nous faire avancer ! Le mythe de la boîte de Pandore nous assure pourtant que l'espérance y serait restée enfermée... Le désir qui nous porte paraît indissociable d'un esprit qui regarde le monde et veut le refaire (Bloch nous assure même que "le bâton tordu veut être redressé" !), dénonçant ses injustices et voulant le soumettre à notre jugement, le passer au cordeau, ne pouvant accepter enfin une réalité qui nous blesse et nous choque tant. D'avoir une pensée et de se projeter dans l'avenir nous oblige au moins à dire ce que nous voudrions - sans s'embarrasser hélas de sa faisabilité le plus souvent !

A de nombreuses reprises, en politique, on a bien expérimenté pourtant à quel point il n'était pas sans dangers de nourrir des fantasmes et ne pas tenir compte des rapports de force ou de la situation économique. Cela mène généralement à la confusion de ce qui est juste pensable et pur imaginaire, avec le possible effectif, le réalisable à notre portée. Rien ne sert de chauffer les foules en faisant appel à Jaurès, à Robespierre, si ce n'est à Dieu lui-même, pour nous éviter la confrontation avec les réalités matérielles. C'est, en effet, la première illusion, illusion religieuse d'une conversion universelle des coeurs qui nous ferait entrer soudain dans le royaume de la justice. La Révolution Culturelle chinoise a pu y ressembler, mais avec quel résultat ! Il nous faut revenir à des objectifs plus modestes, malgré qu'on en ait...

Selon certains, il ne faudrait pas tenir compte de l'échec du communisme qui resterait une hypothèse crédible comme s'il n'avait pas rassemblé déjà la majorité de la population mondiale ! Il ne faudrait pas non plus tenir compte des échecs des derniers mouvements sociaux et de la montée de l'extrême-droite, pas plus qu'il ne faudrait tenir compte du reste du monde, de l'écologie, du numérique, etc. C'est tout juste si la faute n'en reviendrait pas à ceux qui osent émettre des critiques là-dessus et ne feraient que désespérer Billancourt, empêchant qu'un grand mouvement progressiste ne balaye tout sur son passage ! On peut laisser ces militants autistes continuer à se taper la tête contre les murs, cela n'avancera à rien qu'à retarder les adaptations nécessaires et le retour des luttes d'émancipation.

L'autre attitude serait, au contraire, de coller aux évolutions, les orienter autant que faire se peut à notre profit, la seule solution serait de s'engager dans la grande transformation de l'ère du numérique et dans des solutions locales au désordre global, seule façon d'être fidèle en acte à ce refus de l'injustice mais c'est une fidélité trop dérisoire pour les utopistes refusant de faire le deuil de l'impossible en passant de l'éthique au politique.

Après avoir critiqué les propositions d'ATTAC ou du PNUD, on va donc essayer de passer en revue, de façon un peu trop sommaire j'en conviens, quelques fausses bonnes idées ne constituant que des solutions imaginaires : prendre aux riches, supprimer l'argent ou la propriété, arrêter le progrès ou la croissance, augmenter les salaires, réduire le temps de travail, ne pas rembourser ses dettes, supprimer l'armée, se réapproprier les médias, une démocratie radicale, sortir de l'Europe et de l'Euro, etc. Il ne s'agit pas de prétendre que la plupart de ces revendications ne seraient pas souhaitables, même si ce n'est pas toujours le cas, mais qu'elles ne sont pas faisables en l'état et surtout qu'elles nous détournent de solutions plus effectives.

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Permanence et fonctions des hiérarchies

hierarchie_ca_suffitLa contestation des hiérarchies en tant que telles est stérile et même contre-productive quand ce qu'il faudrait, c'est les alléger et les démocratiser ! C'est ce qui fait toute la différence entre d'inutiles utopies et le véritable progrès social. Il s'agit de comprendre les nécessités de l'organisation et la fonction des structures hiérarchiques pour bien distinguer les hiérarchies opérationnelles des systèmes de domination et avoir la capacité d'en réduire l'hétéronomie ainsi que l'infériorisation des acteurs, c'est-à-dire tout simplement remplacer la contrainte par l'information.

Ces idées ne sont pas nouvelles puisqu'elles ont été à l'origine de la formation du GRIT (plutôt "le groupe des dix" à l'époque), portées surtout par Henri Laborit, notamment dans "la nouvelle grille" comme on le verra plus loin. Tout ce mouvement venait de la théorie des systèmes et de l'écologie (des écosystèmes, inspirant notamment le rapport de Rome sur les limites de la croissance. Voir aussi le Macroscope de Joël de Rosnay avec son dernier chapitre sur l'écosocialisme). Ce mouvement devait hélas, comme toute la "cybernétique de deuxième ordre", un peu trop s'engluer ensuite dans une auto-organisation informe qui inspirera une bonne part du néolibéralisme (sous le nom d'ordre spontané). L'auto-organisation a une place certes irremplaçable, qu'il fallait intégrer, mais bien plus réduite qu'on ne l'a imaginée (comme si la sélection naturelle en était restée aux bactéries au lieu d'organismes de plus en plus complexes).

Les choses sont moins immédiates et bien plus subtiles (dialectiques) que les mots d'ordre politiques, devant combiner l'organisation collective et l'autonomie des acteurs - d'autant plus à l'ère du numérique. Il n'y a pas de truc miraculeux pour cela même s'il y a quelques dispositifs utiles, le plus important étant de garder un point de vue critique sur les pouvoirs et de chercher à réduire les dominations sans refouler les rapports de pouvoir ni le fonctionnement effectifs.

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