Quel chômage technologique ?

Il est indéniable qu'il serait nécessaire de se préparer aux évolutions futures et pouvoir planifier la transition au lieu de laisser faire et d'en subir violemment la sauvagerie. Seulement, pour cela, il faudrait s'entendre sur notre futur, ce qui est loin d'être le cas. Le problème cognitif est primordial car il conditionne nos capacités de réactions. Il ne suffit pas de courir sur tous les plateaux pour inciter à l'action si on ne porte pas le bon diagnostic, notamment sur ce sujet central, qui agite la société, des transformations du travail.

Comme à chaque grande crise on nous prédit la fin du travail (Keynes, Duboin après 1929), vieille rengaine qui croyait pouvoir s'appuyer sur une étude de chercheurs d’Oxford (Carl Frey et Michael Osborne) concluant que 47% des emplois étaient « à risque » aux Etats-Unis au cours des dix à vingt prochaines années. C'est ce que l'OCDE (pdf) tente de réfuter en montrant que ce n'est pas si simple et ramenant ce taux à 9%, soit quand même 2 millions de chômeurs ! Il n'y a aucune garantie que ce soit l'OCDE qui ait raison, le nombre de créations d'emplois par poste de haute technologie est surévalué (et ce sont souvent des petits boulots) mais ses arguments méritent d'être discutés. Des innovations comme les camions autonomes peuvent affecter gravement toute une profession plus qu'ils ne pensent. Il devrait y avoir un impact social fort qu'il ne faut pas minimiser, pas plus que la tendance à sortir du salariat, mais ce n'est pas la même chose qu'une "fin du travail". Il est crucial en tout cas de faire les bonnes évaluations.

J'ai déjà rappelé que dans la crise actuelle, "Non, les robots ne sont pas la cause du chômage" et que, de toutes façons, ce n'est pas le travail qui manque, c'est l'argent pour le payer, mais les transformations du travail posent de grands problèmes, exigeant notamment une refondation des protections sociales. Il est intéressant de voir que la nécessité d'un revenu de base est de plus en plus reprise comme moyen de compenser la baisse des revenus (et déjà presque mis en place avec la prime d'activité). Par contre je suis un peu étonné que la réduction du temps de travail soit évoquée, qui me semble ne pouvoir être appliquée qu'à un petit nombre d'emplois salariés. Ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'ils supposent qu'une réduction du temps de travail compense les suppressions de poste, ce qui est l'argument de ceux qui voudraient lutter contre le chômage par la RTT et qui s'est avéré faux (sauf éventuellement au niveau d'une entreprise voire d'une branche). Je ne peux qu'encourager la réduction du temps de travail partout où c'est possible, jusqu'au mi-temps lorsqu'il n'y a pas de contrainte de continuité de service (ce qui est rare), mais il y a déjà trop de contrats ultra-courts et je ne comprends pas qu'on puisse croire encore que cela pourrait être efficace globalement, sauf un peu sur le court-terme et sans commune mesure avec les millions de chômeurs (de toutes façons malgré les 35h, les salariés travaillent toujours 39h, quand ils ne continuent pas à la maison avec leur portable). Il est encore plus incompréhensible qu'on s'imagine qu'il y aurait une chance que cela se fasse (en dehors d'un certain nombre d'usines ou de services) ! On est là dans le pur théorique si ce n'est dans la simple posture.

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Comme Un

   Matérialisme et spiritualité

La science est aujourd’hui le refuge de toute sorte de mécontentement, d’incrédulité, de remords, de despectio sui, de mauvaise cons­cience — elle est l’inquiétude même du manque d’idéal, la douleur de l’absence d’un grand amour, le mécontentement d’une tempérance forcée.
Nietzsche - La Généalogie de la morale

Depuis l'essor des sciences, les différentes philosophies peuvent être lues comme les tentatives pour concilier les découvertes scientifiques, réfutant les savoirs traditionnels, avec une nouvelle représentation unifiée du monde (qui garde le plus possible de l'ancienne). Au vu de l'avancée des sciences depuis, on voit bien comme toutes ces théories de la vie, de la conscience ou de la représentation n'avaient pas les moyens de leurs ambitions et n'étaient que de fausses sciences (spéculatives et non expérimentales), échafaudages plus ou moins arbitraires qui ne sont en fait que des tentatives de retrouver l'unité perdue et une clôture du sens. Il est tout de même frappant de voir comme les philosophies confrontées à la science ont eu le plus grand mal à se passer de Dieu, objet de toutes sortes de spéculations pour expliquer l'inexplicable et faire exister l'inexistant. Pire, lorsque les croyances religieuses n'ont plus été tenables scientifiquement et que "la mort de Dieu" est devenue une réalité au moins politique, il n'y aura pas de préoccupation plus pressée que de lui trouver des substituts (Etre suprême, religion de l'humanité, dieu à venir). En tout cas, de part son effacement même, devenait possible une anthropologie de la religion et de ses fonctions sociales.

Un peu comme aujourd'hui, la conviction dominante d'un XIXè siècle positif était que la marche vers le progrès allait vers une paix perpétuelle (ceci, malgré les guerres coloniales avec leurs massacres inouïs qui ne comptaient pour rien!). La guerre de 14-18 a fait resurgir son négatif avec toute la sauvagerie humaine décuplée par la puissance industrielle et qui allait se prolonger dans le fascisme. A partir de ce moment et, bien sûr, de la révolution soviétique de 1917, on peut dire que les idéologies ont pris toute la place occupée auparavant par la religion. Le vide laissé par "la mort de Dieu" est devenu moins vif mais on voit bien qu'il revient et se fait à nouveau sentir depuis le déclin des idéologies et du théologico-politique (que les djihadistes tentent vainement de restaurer) nous renvoyant à la réaction romantique (post-révolutionnaire) et spiritualiste contre la froide objectivité des sciences où disparaissait tout ce qui fait le prix de la vie.

La dépression de John-Stuart Mill en 1826-27 est ici exemplaire, qu'il attribua à son utilitarisme trop étroit d'alors. Auguste Comte a fait une dépression la même année mais il semble que ce soit plus tardivement, après avoir libéré les sciences de toute métaphysique pour se limiter aux savoirs positifs, qu'il éprouvera lui-même, au contact de l'amour, le risque que ce scientisme soit un nouvel avatar de "l'insurrection de l'esprit contre le coeur" (Discours sur l'ensemble du Positivisme, p20) jusqu'à prétendre créer une nouvelle religion, religion de l'Humanité sur le modèle du catholicisme et qui, malgré ses si bonnes intentions, a tous les caractères du ridicule (aux yeux mêmes de son ami John-Stuart Mill). L'autre réaction anti-système et anti-scientiste, qu'on peut faire remonter à Stirner et Kierkegaard, sera celle de Nietzsche et de Bergson avant l'existentialisme (qui prendra justement son essor après la guerre de 1914 et l'exaltation guerrière), du côté du vitalisme, du subjectif et de l'expérience vécue. Ce qu'ils nous apprennent, c'est au moins que sciences, raison et matérialisme ou utilitarisme ne sont que la moitié du monde.

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L’erreur de Marx

MarxMarx est incontestablement l'un des philosophes les plus importants, ayant eu des effets considérables dans le réel jusqu'en Chine qu'il contribuera à occidentaliser. Il y a eu un nombre incalculable de travaux intellectuels se réclamant de lui et qui ont été un peu vite rejetés aux poubelles de l'histoire. On a là encore une fois une philosophie qui se veut scientifique, rationalisme triomphant qui se heurtera là aussi aux limites de notre rationalité comme aux démentis du réels. L'échec historique du marxisme oblige à revenir sur son erreur de fond mais ne signifie pas pour autant qu'on pourrait se passer de Marx désormais, en particulier de l'analyse magistrale qu'il a faite du capitalisme industriel et plus encore du matérialisme historique dont il a posé les bases, théorie scientifique de l'histoire qui est à reprendre.

Ce qu'il faut souligner dans la position de Marx, c'est qu'il se trouve dans un entre-deux, suivant l'introduction de l'histoire et de sa dialectique dans la philosophie par Hegel mais précédant l'explication scientifique de l'évolution de Darwin, publiée en 1859 alors qu'il venait tout juste de définir sa propre conception du matérialisme historique dans la préface de sa "Contribution à la critique de l’économie politique".

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Revue des sciences mai 2016

  • Les multiples visages de la matière noire
  • Le théorème du libre-arbitre
  • L'EmDrive renouvelle la conception de l'inertie comme effet relativiste
  • Le noyau terrestre 2,5 ans plus jeune que la croûte
  • Un empire galactique dans un amas globulaire ?
  • L'activité tectonique refroidit la Terre depuis 80 millions d'années
  • Il y a 3 millions d'années les rayons cosmiques de supernovae ont refroidi la terre
  • 2500 panneaux solaires en orbite pour fournir de l’énergie sur Terre
  • Des métamatériaux pour le thermophotovoltaïque
  • Les Chinois s'équipent de 20 centrales nucléaires flottantes
  • Le bombardement de Mars aurait favorisé la vie ?
  • L'extinction programmée
  • Un langage de programmation simple pour des circuits d'ADN
  • Quand le spermatozoïde féconde l'ovule un flash lumineux se produit
  • Les dauphins se parlent pour résoudre des problèmes
  • Il n'y avait pas d'homme hybridé avec Néandertal
  • L'homme naturellement polygame, serait devenu monogame à cause des maladies sexuelles
  • La moitié des hommes européens de l'ouest descendraient d'un roi de l'âge du bronze
  • Les insectes conscients d'exister ?
  • La conscience comme conscience du temps ?
  • Cartographier les mots dans le cerveau pour lire dans les pensées
  • Un vaccin pour tous les virus ?
  • Un traitement génique allonge les télomères
  • Des implants pour restaurer la mémoire testés sur des patients
  • Détecter la psychose par une prise de sang ?
  • La neuroimagerie du LSD
  • Se greffer des coeurs de porc ?

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A la place de la République

On ne devrait jamais vieillir, c'est certain. Le mouvement des places m'évoque l'enthousiasme de ma jeunesse pour ces rassemblements solidaires et autogérés où l'on se sent si bien à croire refaire le monde avant de prendre le métro pour retourner chez soi. Il y a bien peu de temps encore, j'aurais couru les places, voulant y croire malgré le si petit nombre (quelques milliers seulement), porteurs de l'esprit du temps croit-on, d'un renouveau tant espéré depuis si longtemps. On voudrait qu'il se passe quelque chose et faire plaisir à ses lecteurs avec de belles espérances, oublier la montée du Front National et la droitisation de la société. C'est pourtant le privilège de l'âge de ne plus pouvoir croire à une opération militante certes bien menée mais gonflée par les médias et comme se regardant soi-même sur les réseaux.

Passer de bons moments ensemble est toujours bon à prendre mais, s'il y a effectivement l'attente d'autre chose et d'une sorte de miracle (qui ne se produira bien sûr pas), ce qui s'exprime est plutôt un désir de changement mais sans contenu partagé, manifestant la désorientation et l'état de décomposition de l'extrême-gauche tout autant que de la gauche avec cette mise en scène spectaculaire de la démocratie à la place de la république et de ses institutions. Certes on pourra toujours dire que toutes les conneries qu'on entend avec ces histoires à dormir debout sont le germe de futures recompositions mais je crois plutôt qu'on assiste à une tentative ultime de revenir aux vieilles utopies politiques - avant de, peut-être, les abandonner enfin pour s'engager dans la politique effective à l'ère de l'accélération technologique ?

Le plus frappant, c'est qu'on voudrait se persuader qu'on est ici dans une première fois, que c'est une mobilisation inédite alors qu'il n'y a pourtant, à l'évidence, qu'imitation de ce qui a déjà échoué - que du déjà vu et du déjà bien entendu. Certes, on peut dire que ce mouvement d'occupation des places prolonge le printemps européen, mais comme l'arrière-garde de ses défaites. Ce mouvement ni spontané ni nouveau n'est pas l'étincelle qui met le feu à la prairie mais plutôt les dernières braises fumantes, avec quelques années de retard, de bien plus grandes manifestations d'aspirations démocratiques, sans plus de résultat.

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La pénétration de la science dans la philosophie

   Descartes, Spinoza, Leibniz
L'histoire de la philosophie, de par la simple succession des philosophes, en montre toutes les contradictions entre eux, témoignage de leurs erreurs et de l'évolution des esprits. On ne peut faire une histoire des religions qu'à ne pas y croire, de même un historien de la philosophie est bien obligé de prendre ses distances avec les différentes philosophies. S'il faut connaître cette histoire, ce n'est donc pas pour découvrir celui qui aurait trouvé la vraie philosophie, c'est tout au contraire, pour ne pas en rester là et refaire les mêmes erreurs mais renforcer notre esprit critique à voir comme les constructions logiques sont fragiles. Les grands philosophes ne sont pas grands parce qu'ils avaient enfin compris la vérité et seraient indépassables mais seulement parce qu'ils avaient argumenté avec la plus grande rigueur et de façon assez convaincante pour soutenir des positions subjectives qui ont toujours cours de nos jours - car tous les moments de l'apprentissage historique sont reparcourus à chaque génération. Je ne vise ainsi dans ce retour sur les rationalistes du XVIIè qu'à mettre en valeur ce qui peut en éclairer notre actualité. Revenir en arrière, ici, n'est qu'essayer de comprendre la formation et le succès de ces systèmes dans leur époque pour inciter à, de nouveau, aller de l'avant au lieu de rester englué dans le passé, affronter plutôt notre futur désenchanté, cette accélération technologique que nous subissons plus que nous n'en sommes les acteurs.

On a vu comme les empires avaient dépouillé la philosophie de sa dimension politique initiale pour la réduire au souci de soi des philosophies du bonheur (stoïcisme, épicurisme, scepticisme) dont l'échec devait mener au mysticisme néoplatonicien avant que la religion ne prenne toute la place. La philosophie religieuse a tenté depuis d'en affronter toutes les contradictions, prise entre le dieu rationnel (éternel, Un, connaissance), le dieu révélé (historique, dogme, foi), le dieu éprouvé (relation, amour, charité) et confrontée à de multiples hérésies. On peut d'ailleurs souligner que, si les croyants se retrouvent dans des rites communs, ce n'est certainement pas dans la même foi (ou mode de vie) mais dans une grande diversité de croyances (la diversité religieuse est interne aux religions). La question religieuse, avec le schéma création/chute/salut (qui est encore celui de l'aliénation), dominera jusqu'au XVIIè siècle obsédé par les preuves de l'existence de Dieu, qui reste à la base des philosophies de Descartes ou de Spinoza, sous des formes très différentes de garant de la vérité des pensées claires et distinctes, pour l'un, ou de cause englobante pour l'autre. Cependant, confrontées à la science naissante, ces philosophies explicitement déistes participeront malgré elles à la sortie de la religion au profit d'un pur rationalisme sur lequel (et contre lequel) l'autonomie de la science pourra se construire. L'événement, ici, c'est Galilée et la mathématisation de la mécanique. On va assister dès lors à la pénétration de la science dans la philosophie, d'abord avec le monde mécanique de Descartes (qui avait fondé la géométrie algébrique) puis la méthode géométrique de Spinoza composant ce qui se voulait une philosophie scientifique.

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Revue des sciences avril 2016

  • 6 milliards d'Africains ?
  • La coopération plus efficace à long terme
  • La matière noire serait faite des trous noirs détectés par les ondes gravitationnelles
  • La propulsion à l'antimatière pour se rapprocher de la vitesse de la lumière
  • Un nouveau boson (graviton?) au LHC ?
  • Une superposition quantique spatiale d'un demi micromètre
  • Le volcanisme, plus grand danger d'extinction
  • Émissions de CO2 : du jamais-vu depuis l’extinction des dinosaures
  • La fonte de l'Antarctique sous-estimée les océans vont monter de +2m
  • L'Europe à l'abri des fluctuations climatiques ?
  • Le refroidissement radiatif
  • CO2NCRETE, utiliser le CO2 pour faire du béton
  • Hyperions, près de New Delhi : l’éco-quartier le plus délirant
  • La cellule minimale a 473 gènes
  • CRISPR-cas9 un nouvel outil très flexible pour les chercheurs
  • Les virus géants intègrent l'édition de gènes contre les autres virus
  • La raie manta arrive à se reconnaître dans un miroir ?
  • Les chimpanzés peuvent avoir des sortes de rites
  • Pour parler, il fallait d'abord moins mâcher grâce à la viande coupée
  • Il y a eu plusieurs croisements avec Neandertal
  • Le mécanisme d'oubli au coeur de l'apprentissage
  • Le vieillissement programmé des mouches jusqu'à nous
  • Il ne s'agit plus de réduire le vieillissement mais de rajeunir
  • Une puce dans le cerveau pour réguler les niveaux de dopamine
  • La stimulation électrique du cerveau augmente les niveaux de calcium
  • Un patch cardiaque relié au médecin
  • L'holoportation
  • La boule pour remplacer la roue ?
  • Sophia un robot troublant
  • L'hyperloop en Slovaquie ?

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La déroute annoncée de la gauche

gaucheOn pourrait en rire si ce n'était à pleurer mais il semble bien que les élections présidentielles soient faites pour nous faire délirer, en particulier une gauche pourtant au plus mal. Il y a en tout cas un certain nombre qui décollent de la réalité et se montent la tête à s'imaginer que ce pourrait être la réalisation de leurs rêves les plus fous, avec reconfiguration complète de l'économie et de la société ! Et pourquoi pas ? Il y a des miracles parfois, non ? On croirait qu'il n'y a jamais eu d'élections, que ce n'est pas pareil à chaque fois, ni que cette fois on peut s'attendre au pire - mais on ne veut pas perdre espoir, pas vrai ? Véritable dissonance cognitive, dans les débats plus ou moins groupusculaires d'une gauche éclatée, la montée du Front National est minimisée voire complètement refoulée sous prétexte que les électeurs populaires devraient se rendre compte de qui sont leurs véritables amis et qu'il y aurait de toutes façons un plafond de verre infranchissable, pourtant de plus en plus haut... Non seulement on fait comme si la menace nationaliste/identitaire/autoritaire n'existait pas et ne montait pas un peu partout en Europe mais, en plus, Mélenchon en sauveur suprême et ses partisans souverainistes ne font que la renforcer tout en s'imaginant, ce qui est complètement délirant, qu'il pourrait gagner l'élection alors qu'il ne fera que précipiter l'élimination de la gauche !

Il y en a qui vivent dans un autre monde. Il est vrai qu'il est insupportable de voir arriver la défaite annoncée, c'est pourtant notre triste réalité et, si par malheur il vous reste un soupçon de lucidité, on va donc vous traiter de rabat-joie, de défaitiste, et sortir quelques formules bien sonnées assurant que, si on n'essaie pas on ne pourra jamais gagner, qu'il y a des bonnes surprises comme l'élection d'Obama (Yes we can ? on a vu pas grand chose) ou celle de Tsipras (!), qu'il y a des retournements de l'histoire (sauf qu'il se fait contre nous actuellement). On se persuade d'un nouveau souffle avec le retour de la gauche anglo-saxonne ou quelques mouvements alternatifs qui s'ébauchent mais qui n'ont fait preuve jusqu'ici que de leurs échecs... La gauche européenne est au plus mal, en voie de disparition - même si ces choses là ne se font pas en un jour, les inerties sociales étant très fortes. C'est d'ailleurs cette inertie qui nous assure que, sauf événement imprévisible, les rapports de force ne changeront guère d'ici l'élection présidentielle.

Sous prétexte qu'il y a un timide réveil de la jeunesse étudiante, certains voudraient se persuader d'une révolution imminente - et de gauche en plus ! Révolution fiscale plutôt ? Ce n'est pas qu'il n'y ait des risques d'agitations sociales et de grands troubles avec une aggravation des multiples crises économiques et financières mais sans plus de débouché à la colère que les révolutions arabes, sinon quelques boucs émissaires faciles. On devrait pourtant savoir par l'expérience maintenant qu'il n'y a pas de révolution en démocratie : il y a des élections qui y mettent un terme en reproduisant nos divisions politiques. L'unité fantasmée de la société se heurte en effet à nos divisions effectives et aux contre-pouvoirs bloquant l'action. C'est même pour cela qu'à l'heure actuelle, ce qui domine, c'est l'appel à un pouvoir fort. Alors, pour "destituer le pouvoir", on peut repasser, c'est un complet contre-sens sur notre actualité immédiate. Certes la grande politique c'est fini, mais il semble qu'on ne veuille rien en savoir et vouloir absolument essayer de prouver le contraire !

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Avant-première : rajeunir, fin d’Uber, boom des renouvelables

Il m'a paru intéressant de faire part en avant-première de trois nouvelles qui me semblent importantes, témoignant de l'accélération technologique, mais qui risquaient d'être noyées dans la Revue des sciences :

On connaît la puissance de la nouvelle méthode d'édition de gènes CRISPR qui pourrait tomber dans de mauvaises mains mais ce qui n'était pas prévu, c'est qu'elle aurait la possibilité de, non plus seulement réduire le vieillissement mais bien de nous faire rajeunir ! Ce n'est pas pour tout de suite mais des expériences sur des petits animaux en ont montré la possibilité.

Il faudrait expérimenter ces 65 gènes différents dans différentes combinaisons pour voir si nous pouvons reproduire l'inversion du vieillissement que nous avons observé chez les petits animaux.

Nous ne savons pas ce que l'inversion d'âge signifierait en termes d'années humaines. Les animaux ont eu leur durée de vie prolongée par des facteurs de deux à 10. Cela semble trop beau pour être vrai pour les humains.

La blockchain utilisée par le Bitcoin est une technique permettant d'effectuer des transactions publiques infalsifiables sans intervention d'un tiers (banque, notaire, Etat). On pourrait assister ainsi à la fin d'Uber avec la blockchain ? Pour se passer de la centralisation et du prélèvement d'un pourcentage, il suffirait en effet de passer par la blockchain, qui va révolutionner de nombreux autres domaines et pourrait donc annoncer la fin d'Uber dont la chute serait alors aussi rapide que son ascension. Sauf à offrir un service en plus ou à pouvoir s’équiper rapidement de voitures autonomes...

Enfin, alors que l'économie est atone un peu partout, même en Chine, il se pourrait malgré tout qu'on puisse être à la veille d'un nouveau boom économique lié au développement encore bien trop timide des énergies renouvelables qu'il faudrait accélérer par des politiques publiques et de meilleures réglementations. Cela fait plusieurs années que Michel Aglietta plaide pour une telle sortie de crise. Les conditions en seraient désormais réunies malgré la baisse du pétrole et bien qu'une aggravation de la crise ne peut être exclue (les raisons n'en manquent pas), mais l'effondrement n'est pas absolument inéluctable.

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Droit du travail : l’occasion manquée ?

Pour certains, ça y est, c'est le grand soir. Le risque est grand pourtant qu'on assiste plutôt à un baroud d'honneur, un dernier combat d'arrière garde avant la disparition de la gauche annoncée et le retour d'une droite dure. Les choses sont en tout cas très mal engagées, comme si toute la vieille gauche tombait dans le piège de démontrer son archaïsme et qu'elle n'a rien à dire sur nos nouvelles conditions de vie, simple rejet de la mondialisation et des nouvelles forces productives au nom d'une société salariale mythifiée.

Cela pourrait être aussi son moment de vérité et ouvrir à une réflexion plus en profondeur sur les évolutions du travail et les nouvelles protections nécessaires au travail autonome et à l'extension de la précarité, au lieu de s'arcbouter sur le salariat du passé et la défense des droits acquis (souvent en vain). Le moins qu'on puisse dire, c'est que, pour l'instant, on est loin de prendre le chemin d'une vision d'avenir et d'une remise à plat du droit du travail pour affronter l'économie numérique et conquérir de nouveaux droits. Impossible pour les syndicats de salariés de lâcher la proie pour l'ombre et, de toutes façons, avec le nombre de débats à gauche sur le sujet, on sait bien qu'il est impossible de se mettre d'accord sur ces questions chargées d'idéologie et qui ne se règlent à chaque fois que sous la pression des faits.

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Revue des sciences mars 2016

  • Des particules d’énergie nulle pour résoudre le paradoxe des trous noirs
  • Se masquer pour faire le mal
  • La détection des ondes gravitationnelles
  • Aller sur Mars en 30mn !
  • La traque de la planète X commence
  • La théorie quantique des ondes guides de David Bohm relancée
  • Dans les sédiments, l'Anthropocène commence en 1950
  • La fonte des glaciers augmente le volcanisme (et le CO2)
  • Des arbres artificiels qui transforment les vibrations en énergie
  • Des batteries à 54$ par kWh
  • S'éclairer avec des bactéries
  • L'homme de Florès, un Homo erectus ?
  • La crainte des dieux rapproche des communautés éloignées
  • Pas d'effondrement à l'Île de Pâques ?
  • Le séquençage minute de l'ADN
  • Cultiver des neurones pour remplacer les neurones détruits
  • Un implant bionique contrôle un exosquelette par la pensée
  • Les IPP (anti-acide) augmentent de 50% le risque de démence
  • La cryogénisation du cerveau progresse
  • Tester soi-même le cancer du poumon ou de la bouche avec sa salive
  • Les ondes de choc par ultrasons, meilleure alternative au Viagra ?
  • Un bio-superordinateur à base de protéines et alimenté par ATP
  • Un smartphone indien à 3,30€
  • Valider un paiement par smartphone avec un selfie
  • L'imprimante 3D tous métaux
  • Le temps des robots humanoïdes dans l'industrie est venu

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Pascal, la misère de l’homme et son terrible ennui

Il est vrai que c’est être misérable, que de se connaître misérable ; mais c’est aussi être grand, que de connaître qu’on est misérable. Ainsi toutes ses misères prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand Seigneur, misères d’un Roi dépossédé.

Même s'il dit lui-même que "se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher" (513-4), il est certes contestable de faire de Pascal un philosophe alors qu'il n'a d'autre dessein que de faire l'apologie de la religion chrétienne au regard de la misère de l'homme sans dieu. S'il admet les failles de la raison, c'est pour les boucher immédiatement avec le dogme hérité ("Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison"). Il est justement intéressant de voir comme le vrai peut venir du faux, et ce que la religion - qui a pris la suite des philosophies du bonheur et de leur échec - peut révéler de nous et de nos faiblesses comme de notre incomplétude. En effet, cette lucidité n'aurait sans doute pas été permise s'il n'en proposait immédiatement le remède trompeur de la foi dans une vérité révélée, autre façon de s'empêcher de penser.

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Les philosophies du bonheur

Stoïcisme, épicurisme et sceptiques
Je me suis engagé imprudemment dans l'histoire de la philosophie, d'abord à sentir le besoin de revenir à Socrate, au savoir de l'ignorance qui est au principe des sciences et notre réalité première à laquelle on ne veut pas se résoudre. Impossible de rester semble-t-il dans cette position philo-sophique questionnante sans finir par prétendre à la sagesse qui détient la vérité. C'est ce qu'on a vu ensuite dans le Phédon de Platon avec ses âmes ailées où le monde des idées décolle du réel. S'y manifeste déjà les contradictions entre l'amour et la vérité qu'éprouvera Aristote à se détacher de cette mythologie et de son maître (Amicus Plato, sed magis amica veritas) opposant à son animisme que ce ne sont pas les idées qui déterminent le réel mais les causes efficientes et finales. Le premier enseignement de la recherche philosophique, c'est bien que la question de la vérité nous divise. Cela commence par les présocratiques, avec, entre autres, l'opposition d'Héraclite et Parménide mais on peut dire que ces divisions se généralisent et se vérifieront constamment par la suite dès lors qu'on prétend se fonder sur la raison et non sur l'autorité du lieu. Il ne s'agit plus seulement de savoirs rationnels mais d'une modification de notre position par rapport aux savoirs et par rapport aux autres, en même temps que changeait la position du citoyen dans l'Empire.

Notre propre situation depuis la globalisation marchande et la fin du communisme offre quelques ressemblances avec celle de la constitution de l'Empire (hellénique puis romain), véritable mondialisation à l'époque, se caractérisant à la fois par la fin de la politique et de la citoyenneté active, en même temps qu'une perte d'unité culturelle, confrontée à la diversité des peuples et des croyances. C'est déjà l'émergence de l'individu, de l'intériorité avec la vogue des philosophies du bonheur qui entre en résonance avec la mode actuelle.

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Revue des sciences février 2016

  • La matière manquante de l'Univers cachée dans la toile cosmique
  • Propager la résistance au paludisme chez les moustiques
  • Que serait un temps symétrique à l'espace ?
  • Des variations de luminosité inexplicables
  • Le trou noir de notre galaxie se réveille
  • De nouvelles planètes dans notre système solaire ?
  • Un tissage nanométrique apporte solidité et flexibilité
  • Le réchauffement des océans aurait doublé depuis 60 ans
  • Un polymère transparent qui stocke la chaleur
  • Un revêtement d'herbe en plastique fait de l'électricité avec le vent
  • Les cellules dendritiques réagissent par épigénétique aux infections
  • Un ver qui a 5 formes différentes
  • Il y a 10 000 ans, un massacre entre chasseurs cueilleurs
  • Les contes de notre enfance peuvent avoir 6000 ans
  • Une méthode géométrique de calcul intégral des Babyloniens
  • L'incertitude motive l'exploration par l'acétylcholine (et le tabac)
  • Plus de types de synapses qu'on croyait multiplie les informations traitées
  • Le son de notre propre voix influence nos émotions
  • La greffe de tête sur des singes et des souris, une réussite ?
  • Une puce dans le cerveau qui se dissout
  • La schizophrénie, une perte massive de synapses à l'adolescence
  • Effet oxydatif des nanoparticules sur les macrophages
  • Le cancer se déclenche quand une cellule mutée redevient cellule souche
  • Un robot qui aide les spermatozoïdes à atteindre l'ovule !
  • Détacher une roue de la voiture pour en faire un monocycle
  • Un drone-taxi octocoptère pour se déplacer
  • Des dirigeables stratosphériques comme satellites d'observation

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La naturalisation du capitalisme

Les critiques du capitalisme ont toujours réfuté la naturalisation du capitalisme. Ainsi, du côté de Polanyi, c'est l'encastrement de l'économie dans le social qui est prétendu notre état naturel, et Bourdieu ajoutera qu'il y a, dans les sociétés traditionnelles, une négation constante des rapports économiques entre proches, remplacés autant que possible par le circuit du don. Certains vont même remonter jusqu'à la préhistoire pour démontrer que le capitalisme n'existait pas du tout à cette époque, et que donc nous pouvons vivre sans ! Il faut dire que ces critiques mènent souvent, sinon à la négation de l'évolution, du moins à prendre leurs distances avec le darwinisme considéré comme simple expression de l'idéologie capitaliste (ce qui est le cas pour Spencer, il est vrai) alors que Darwin avait souligné l'importance des instincts sociaux et de l'altruisme dans notre survie, c'est-à-dire des tendances anti-darwiniennes à court terme mais donnant un avantage à long terme. Il faut s'inquiéter lorsqu'une loi scientifique aussi fondamentale est contestée pour des raisons politiques mais il y a effectivement un conflit des interprétations et manipulation du concept d'évolution par les uns ou les autres, justifiant la domination d'un côté ou l'émancipation de l'autre. L'essentiel à reconnaître pourtant, c'est d'abord l'évolution elle-même, sa dynamique comme phénomène extérieur qui s'impose à tous et dans lequel nous sommes pris.

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