Le nazi Heidegger, de l’existence à l’Être comme patrie

La lettre sur l'humanisme (1946)
Revenir sur Heidegger peut paraître excessif à certains - son nazisme le disqualifiant définitivement. Ainsi, pour Emmanuel Faye il n'y aurait rien à sauver de son oeuvre qui ne relèverait que de l'esbroufe, voire du camouflage, et pas de la philosophie. C'est une double erreur car si son nazisme avait effectivement des fondements philosophiques, ils continuent à travailler notre époque et n'ont pas été assez pris au sérieux. L'influence de Heidegger se fait sentir notamment dans la critique de la technique et une certaine écologie qu'on peut dire religion de la nature. Il y a une véritable nécessité à en déconstruire les présupposés.

Cette entreprise de dénazification met surtout en lumière tous les dangers de se réclamer d'une essence humaine survalorisée dont on pourrait priver les autres, pauvres aliénés. Xénophobie, racisme et sexisme sont l'envers de tous les discours identitaires sous leurs airs les plus avenants. Cela ne les empêche pas de prospérer car ils répondent à une incontestable demande. Ces dangers sont plus globalement ceux de tout idéalisme voulant se persuader d'une détermination du monde par l'idée (métaphysique ou religion), au lieu de nécessités extérieures impérieuses. Du coup, ils ne craignent rien tant qu'un effondrement subjectif et la perte de notre si précieuse essence attachée à l'idéal. Cette construction d'une identité humaine, toujours menacée, a besoin de se fonder sur un récit mythique avec une origine unique, continue et créatrice. A ces mythes primitifs de fondation, célébrant nos ancêtres, il faut opposer notre réalité historique d'une détermination par le milieu qui nous forme et nous change, ballotés par l'histoire, plus que ses acteurs, et dont nous devons encore apprendre de dures leçons.

Cependant, en dépit de cette attaque frontale qui ne se dérobe pas contre des tendances agissant dans la société actuelle, l'autre erreur serait de feindre d'ignorer l'événement qu'a été Être et Temps, ce qu'on a pu y reconnaître de nous-mêmes, devenu inoubliable - tout en refusant l'incroyable glissement qui s'opère ensuite de la découverte de l'existence à l'Être comme patrie et plus précisément comme Être allemand - qu'il exaltera jusqu'au bout.

J'ai donc trouvé utile de citer l'extrait de la lettre sur l'humanisme où Heidegger argumente justement ce passage d'une ontologie existentielle - description de notre ouverture au monde qui nous met en cause dans notre être - se tournant ensuite vers l'extériorité de l'Être - comme origine et devenir historique - pour aboutir de façon si décevante à l'identifier à la patrie - qu'il tente certes de dénationaliser mais où se retrouve quand même l'expérience de la guerre à l'origine de sa philosophie de l'existence, et ce qui avait justifié très concrètement son engagement nazi.

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Revue des sciences février 2018

  • Matière noire : la piste des trous noirs
  • La matière noire superfluide
  • Les nuages, amplificateurs du réchauffement
  • Ces esclaves qui ont façonné nos sociétés
  • Interprétation réaliste de la fonction d'ondes
  • Des atomes intriqués tombent-ils à la même vitesse?
  • Des glaciers de 300m d'épaisseur sur Mars
  • La grande oxygénation libérée par la tectonique des plaques
  • Désoxygénation de l'océan cause de l'extinction du Dévonien
  • L'acidification de l'océan atténuée par la végétation marine
  • Les méthanes marins n'atteindraient pas l'atmosphère
  • Tirer de l'énergie de la chaleur avec les mouvements du graphène
  • Un panneau solaire qui se branche sur une prise ordinaire
  • La bactérie E. coli transforme CO2+hydrogène en acide formique
  • Des météorites primitives avec les ingrédients de la vie
  • Des virus des océans d'un nouveau type à large spectre
  • Des faucons utiliseraient le feu pour chasser
  • Des singes clonés
  • Les tailles des groupes de primates
  • Des Homo sapiens en Israël de plus de 180 000 ans
  • Notre cerveau s'arrondit depuis 200 000 ans
  • Les synapses rappellent la mémoire mais ne la stockent pas
  • Les mathématiques de l'émergence de nouvelles idées
  • Les cils des neurones impliqués dans l'obésité, entre autres
  • Un extrait de curcuma contre l'Alzheimer rajeunit les cellules
  • Un test sanguin détecte les principaux cancers
  • Manipuler l'expression des gènes immunitaires avec des ultrasons
  • Un chien qui respire sous l'eau un liquide oxygéné !
  • La lévitation acoustique
  • Des captures d'images intelligentes pour voir même derrière les murs
  • Microsoft dépose un brevet pour contrôler Windows par la pensée
  • Un robot pour passer les outils
  • Zapata Ezfly : un étonnant Segway aérien

Il y a au moins une découverte stupéfiante, c'est qu'on puisse produire de l'énergie avec la chaleur de façon inépuisable en utilisant l'agitation des atomes, contredisant ainsi les bases de la thermodynamique - ce n'est pas rien ! Une interprétation réaliste de la fonction d'onde serait aussi bouleversante si elle s'imposait et de nouvelles hypothèses sur la mémoire et les synapses révèlent à quel point notre ignorance est grande encore sur le plus fondamental. Qu'on soit entré dans l'ère de l'Intelligence Artificielle et des neurosciences veut surtout dire qu'on n'en est qu'au tout début et qu'on a beaucoup à découvrir dans ces domaines, qui restent très limités pour l'instant mais se développent rapidement. On doit bien admettre qu'à force de nous annoncer de nouveaux élixirs de jouvence, mois après mois, on finira bien par y arriver un jour. De même, le clonage de macaques ne signifie pas qu'on va pouvoir cloner des humains dans la foulée, mais il est tout aussi certain que cela se fera un jour - tout comme la colonisation de Mars où il y aurait des montagnes d'eau, même si ce n'est pas aussi précipité qu'Elon Musk le voudrait. Sur le climat c'est de plus en plus catastrophique mais il y a quand même la bonne nouvelle que le méthane marin n'atteindrait pas l'atmosphère et qu'on pourrait utiliser des bactéries pour capter le CO2. On nous promet sinon une lévitation acoustique, mais c'est à voir, alors qu'un étonnant Segway aérien pourrait bien devenir le premier transport personnel aérien...

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La légalisation du cannabis est inévitable

On se moque souvent d'autres pays qu'on trouve arriérés au regard de notre civilisation des lumières, celles de la raison et de la liberté, alors que la France est à la traîne pour reconnaître la nécessité de sortir de la prohibition d'une drogue commune beaucoup moins nocive que l'alcool, et qui soigne de nombreux maux ! On peut dire que, malgré leur expérience des ravages de la prohibition de l'alcool, les Américains ont mis bien du temps aussi depuis les années 1970 pour mettre fin à une hypocrisie qui nourrit le crime, remplit les prisons et qui a ravagé le Mexique.

Une fois le mouvement entamé, il est cependant devenu irréversible et ne pourra que s'étendre devant l'échec complet, là aussi, d'un volontarisme répressif avec tous ses effets pervers trop minimisés, notamment sur les jeunes et les banlieues.

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L’écologie dans la globalisation

Nous ne sommes plus du tout dans la situation des premiers théoriciens écologistes car depuis la situation n'a fait que s'aggraver en même temps que l'écologie politique a perdu tout crédit. Toute la pensée écologiste doit se mettre à jour car nous n'avons plus de temps devant nous et il n'est plus possible de compter sur un changement de système global - qui aurait été si nécessaire pourtant. En rajouter dans le catastrophisme ne change rien, aussi incompréhensible cela puisse nous paraître ! Le pire n'est d'ailleurs pas toujours aussi certain qu'on peut le craindre (il faut se fier pour cela aux études scientifiques). Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des enjeux vitaux et qu'ils nous obligent à un constat lucide sur la situation planétaire et, donc aussi, à ne plus surestimer nos moyens d'y apporter des solutions. La naïveté est sur ce point désarmante alors que la politique, hélas, ne fait pas toujours preuve d'intelligence collective, c'est le moins qu'on puisse dire, et constitue plutôt une grande part du problème. Il ne faudrait pas que les écologistes ne fassent qu'en rajouter, et aggraver encore notre impuissance en continuant à rêver vainement d'utopies globales réglant magiquement tous les problèmes, au lieu de prendre la réalité locale à bras le corps.

Il n'est plus un secret pour personne (sauf pour les militants souvent!) que les anciennes idéologies sont bien mortes malgré tous les efforts pour les réanimer. Elles ont fait l'expérience de l'échec du volontarisme à imposer sa conception du monde comme à sortir d'une histoire subie. Beaucoup se refusent encore à accepter que nous ne soyons pas maîtres de notre avenir mais le comprendre nous engage à faire de la prospective plutôt que de construire de nouvelles utopies. L'évolution technologique a balayé le vieux monde et, à l'ère de l'information ou du numérique ou de l'intelligence artificielle, ce qu'il faut penser, c'est une nouvelle écologie politique, mais, on le sait, le frein principal à tout changement de paradigme, c'est une considérable inertie idéologique et sociale dont il faut bien tenir compte et qui affecte tout autant un écologisme qui reste ancré dans la période post-soixantehuitarde, pourtant si différente d'aujourd'hui.

Une des différences principales, c'est ce qu'on appelle la globalisation marchande et qui résulte de la faillite de l'économie collectiviste étatique. La fin des économies fermées ouvre un Nouvel Ordre Mondial de concurrence généralisée et de multinationales, où (comme le disait déjà Marx) "le bon marché des marchandises est la grosse artillerie qui abat toutes les murailles de Chine" - Chine dont la croissance s'emballe depuis qu'elle s'est convertie à une économie capitaliste bien plus productiviste, et qui s'étend aussi aux autres pays les plus peuplés de la planète - à l'exact opposé de ce que préconisaient les écologistes.

Ce n'est pas cependant la seule globalisation, qu'on ne peut réduire au capitalisme qui n'en est qu'un élément. Avec les réseaux numériques et l'intensification, qu'on peut déplorer, des transports intercontinentaux, il faut admettre que l'unification du monde est bien matérielle et que rien ne semble pouvoir l'arrêter, du terrorisme aux épidémies et migrations. Pendant ce temps la température n'arrête pas de monter mais cette globalisation marchande étant aussi la globalisation des risques écologiques et climatiques, elle suscite la constitution d'une conscience globale qui définit l'écologie politique comme responsabilité collective du négatif de notre industrie. Il s'agit bien d'avertir des catastrophes à venir, ce qui est favorisé par les réseaux numériques. Ceux-ci sont un facteur technique déterminant de l'unification planétaire et de la disparition des frontières, empêchant tout retour en arrière. Il ne faut pas prêter pour autant à cette conscience globale émergente le pouvoir de reconfigurer le monde. Cette conscience de soi collective doit aussi être conscience des limites du politique, sinon elle ne sert à rien. Elle peut du moins pousser à prendre les mesures les plus urgentes. A ce niveau les ONG sont précieuses à condition de ne pas trop en attendre. Ce n'est pas de là que viendra une alternative.

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Revue des sciences janvier 2018

  • Détecter la conscience
  • La conscience comme récit de soi
  • L'Homme s'est-il auto-domestiqué ?
  • Les turbulences du Big Bang causées par les ondes gravitationnelles
  • L'informatique réversible des vallées électroniques
  • Le soleil en activité minimale pour 30 ans ?
  • Des réacteurs nucléaires au thorium pour équiper des drones
  • Des plantes lumineuses
  • Des fossiles de 3,5 milliards d'années
  • Asservissement de la production de protéines des cellules
  • Un drôle de dinosaure cygne
  • L'évolution de la taille et du poids de nos premiers ancêtres
  • Les vieux corbeaux ne fabriquent plus des crochets mais prennent des tout faits
  • Stonehenge des cérémonies sexuelles ?
  • Le tri inconscient avant la conscience
  • Les inégalités sexuelles des maladies neurodégénératives
  • Des anticorps de la mère favoriseraient l'homosexualité du petit frère
  • Des ARN responsables de la sénescence
  • Stress social, inflammation et dépression
  • Un spectromètre dans les smartphones ?
  • Impression 3D de plastiques communicants
  • Un robot au squelette humanoïde qui joue du badminton
  • Des robots insectes qui pensent comme des insectes
  • Keecker, le robot multimédia français

Rien d'extraordinaire pour inaugurer ce qui sera la dernière année de cette revue où je fais depuis 12 ans le tour d'horizon du mois écoulé. Il y a quand même de quoi prolonger nos réflexions sur la conscience et on trouvera quelques nouvelles étonnantes (un dinosaure à l'allure de cygne ou une nouvelle informatique réversible à base des vallées électroniques, etc.) mais ce sont les mauvaises nouvelles du climat qui dominent encore. Sinon, même les bienfaits attendus de l'édition de gènes sont contrebalancés par les risques de la technique. De même, un traitement antiviral à base de nanoparticules d'or pourrait bien nous débarrasser de presque tous les virus, ce qui n'est pas forcément aussi positif qu'il y paraît, les rhumes par exemple s'attaquant préférentiellement aux cellules cancéreuses. Il est assez troublant enfin de savoir qu'on va réanimer des morts (leur coeur) afin de pouvoir en prélever des organes...

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Le nihilisme de Nietzsche

J'ai toujours trouvé le comble du paradoxe les libertaires se réclamant de Nietzsche, l'expurgeant de tout ce qui a mené les Nazis à s'en réclamer, ce qui n'est quand même pas rien. On peut toujours dire que les penseurs ne sont pas responsables de leurs partisans ni des conséquences de leur pensée, mais c'est un peu léger, tout comme ceux qui ne veulent pas penser le rapport de la philosophie de Heidegger au nazisme, ce qui est encore plus incroyable. Il ne s'agit pas de s'ériger en procureur et renvoyer leurs oeuvres au néant, comme le font trop de critiques superficielles, mais au contraire de relier profondément ce qu'elles peuvent avoir de séduction mais aussi de vérité, tout est là, avec leurs conséquences désastreuses. C'est la même chose pour Marx. On a beau répéter que les régimes marxistes n'avaient rien à voir avec Marx, il y a forcément un rapport. En fait, ce que les errements politiques des philosophes depuis Platon illustrent, c'est non seulement qu'ils ne valent pas mieux que les autres sur ce plan mais, pire, que le Bien est l'origine du Mal souvent, comme la folie est un excès de logique. Non seulement la philosophie promet plus qu'elle ne peut tenir mais souvent elle égare tout autant que les religions, que ce soit sur sa prétendue sagesse ou sur la liberté.

On comprend bien ce que Nietzsche peut avoir de séduisant, surtout pour des adolescents qui doivent s'affirmer. D'abord, il est simple (simpliste) et c'est incontestablement un grand écrivain qui nous communique son exaltation en nous encourageant à prendre notre indépendance et renverser les idoles. Sortir de la religion pour un fils de pasteur, ce n'est pas rien (et le poussera vers la paranoïa). Cela en fait donc le philosophe de la mort de Dieu, de son absence et de valeurs ayant ainsi perdu leur fondement, nécessité de s'inventer de nouveaux principes de vie. C'est ce qui en fait l'importance dans l'histoire de la philosophie. Si Dieu est mort tout est permis, s'imaginent les croyants, alors qu'il montre que cela nous rend surtout responsables de nos valeurs et de nos vies.

Pas étonnant jusque là que les libertaires y voient un allié mais ça se complique ensuite avec un snobisme élitiste assez ridicule et qui commence avec l'extraordinaire retournement voulant faire de la morale la dictature des faibles et des dominés alors qu'elle est plutôt au service des propriétaires et des dominants ! Ils nous le répètent sans cesse, les riches sont persécutés par les pauvres ! Derrière une salutaire critique de l'hypocrisie morale et de l'insupportable moraline (initiée par les "moralistes français" comme La Rochefoucauld), il y a quand même là de quoi justifier, comme jamais depuis Aristote, inégalités et domination, même déguisées en méritocratie et dépassement de soi. De plus, cette dénonciation d'une morale trompeuse la réduit abusivement à ce qui nous empêcherait de jouir et bride notre instinct.

L'amusant, c'est de constater que son rejet de l'idéal et de la morale ne fera qu'aboutir à un autre idéal, une autre morale négatrice. En effet, derrière la dévalorisation de toutes les valeurs dont il est l'aboutissement, le nihilisme se dévoilait comme la négation de la vie au nom de l'idéal (platonicien) ou de valeurs supérieures, comme si elles n'étaient qu'un obstacle à une affirmation positive de la vie, à laquelle il suffirait de laisser libre cours. C'est bien sûr une illusion dogmatique, et, l'inversion des valeurs au profit de la vie ne se résumera finalement qu'à tout réduire à des valeurs (qui valent pour la volonté - de puissance) et n'en garder que la supériorité, l'effort pour se dépasser qui ne prend sens qu'à pouvoir regarder les autres de haut. Du coup, il ne fait que répéter la promesse du crucifié (auquel il s'identifie à la fin) en reconstituant un idéal de vie héroïque qui transfigurerait l'existence, ce qui dévalorise tout autant la vraie vie, vie quotidienne renvoyée au néant, dans un nihilisme encore plus radical sous ses apparences hédonistes d'une vie débordante.

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Rock N’ Roll Is Dead

Le rock a été un moment important de notre histoire, un peu comme le romantisme par exemple, porteur de valeurs dont certaines restent à défendre - pas toutes - et qui ne sont justement pas celles du pouvoir, ce pourquoi on peut s'amuser de le voir ainsi célébré. S'il faut enterrer cette époque révolue avec ses derniers survivants, cela ne peut se faire sans en prononcer l'éloge funèbre.

En effet, tous les discours officiels nous invitent inévitablement à l'optimisme et à être contents de nous, célébrant la réussite (de l'école à l'entreprise). Cet utilitarisme assumé de la pensée positive contamine tous les aspects de la vie, mis au service de la santé du corps comme d'un supposé épanouissement professionnel avant la satisfaction d'une vieillesse sereine. Rien de plus raisonnable, sans doute. C'est bien de cette façon que cela devrait de passer s'il n'y avait un hic, un réel qui dément cette belle harmonie où il n'y aurait que des gagnants. Mais, pour la bienveillance du pouvoir, ce serait de leur faute si les pauvres sont au chômage ou se tuent à la tâche ! Dans ce beau monde bien ordonné, il se trouve malheureusement des inadaptés sociaux, des poètes, des idéalistes qui ne rentrent pas dans les cases et ne jouent pas le jeu. Nul doute qu'aux yeux du pouvoir auquel ils échappent, ces marginaux sont des erreurs de la nature dont la société doit se protéger, sinon rectifier leur génome déficient. J'ai bien peur hélas d'être de ces inadaptés ayant horreur de l'hygiénisme. C'est incontestablement un mode d'existence qui n'est pas généralisable. Je ne suis pas le seul pourtant, et pour ceux-là qui ne suivent pas la norme, le rock a pu être un moyen d'affirmation et d'appartenance.

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Revue des sciences décembre 2017

  • Les nouveaux emplois à venir
  • Les volcans, berceau de la vie ?
  • Le discours intérieur, une fenêtre sur l'esprit
  • Comment sont nées les sociétés humaines ?
  • Antonio Damasio et les sentiments sociaux
  • La fusion de quarks fera-t-elle des bombes encore plus puissantes ?
  • Plus d'énergie noire ni de matière noire avec l'invariance d'échelle du vide
  • Une visite venue d'autres étoiles
  • De nouvelles méthodes de capture du CO2
  • Les batteries ions sodium pourraient remplacer le lithium ?
  • Transformer l'azote de l'air en engrais
  • Des tardigrades auraient pu venir de poussières cosmiques
  • Un Sapiens archaïque en Chine réécrit notre histoire
  • La liberté des femmes assyriennes, il y a 4000 ans
  • Les nomades relient les cultures de l'âge du bronze
  • Une sculpture grecque datant de 3 500 ans
  • Une cavité de 30m dans la pyramide de Kheops ?
  • Les humains ont exterminé les paresseux géants des caraïbes
  • Apprentissage de la langue maternelle dans une tribu
  • Les bébés apprennent les mots avant de pouvoir les utiliser
  • L'intelligence générale est fonction de la flexibilité du cerveau
  • Comment notre opinion est influencée
  • Pas de création de neurones dans l'hippocampe ?
  • Un implant améliore la mémoire en imitant l'apprentissage
  • Le Gaba contre la rumination des pensées négatives
  • L'inflammation des astrocytes entretient les traumatismes
  • Des analogues du resvératrol rajeunissent les cellules sénescentes
  • Dissémination du VIH-1 par des cellules géantes multinucléées
  • Les robots sexuels arrivent et pourront faire des petits !

Tous les mois ne sont pas aussi riches, avec notamment pas mal d'éléments complétant notre réflexion sur le langage et le discours intérieur, mais aussi de possibles bombes à quarks, une nouvelle unification des forces, une théorie du vide qui réfuterait énergie noire et matière noire, un mystérieux visiteur venu d'autres étoiles, la possibilité que des tardigrades soient arrivés sur Terre dans un nuage cosmique venant d'autres planètes, de nouvelles bases de l'ADN produisant des protéines artificielles. Il n'y a pas que l'IA qui progresse rapidement et trouble notre identité mais aussi la manipulation du cerveau, et un pas de plus a été fait vers le projet fou d'une transplantation de tête d'un humain. Plus anecdotique, les robots sexuels pourraient faire des petits robots mêlant nos caractéristiques génétiques à celles du robot ! La crainte des robots est aussi qu'ils nous mettent au chômage mais si des métiers vont bien disparaître, on verra qu'il devrait y avoir de nombreux nouveaux emplois à venir, même si la reconversion ne devrait pas être facile. L'état de la planète est toujours inquiétant mais il est vraiment difficile de mesurer à quel point avec d'un côté le risque de brusque effondrement, de la biodiversité notamment, ou de l'emballement de la bombe méthane, et de l'autre, le fait que l'espérance de vie continue d'augmenter et que malgré un retard à l'allumage, les mesures se multiplient pour la transition énergétique (sans parler des voitures autonomes) ainsi que les procédés de capture du CO2. Ce n'est pas gagné mais pas encore perdu, toujours sur le fil...

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L’existence éthique de l’être parlant

Après ses conceptions religieuses, voilà que notre époque historique va jusqu'à remettre en cause l'identité humaine elle-même, confrontée aussi bien à l'intelligence artificielle et aux robots qu'au transhumanisme mais aussi au décodage du cerveau et au cognitivisme qui paraissent nous réduire à de simples calculs, à des machines qui pourraient bientôt nous remplacer. En fait, on aurait pu s'inquiéter depuis longtemps de cet effacement de la figure de l'Homme dont parlait Foucault, depuis les premiers ordinateurs au moins, sinon depuis George Boole énonçant "Les lois de la pensée" binaire (en 1854, sans remonter jusqu'à Leibniz). Ce n'est pourtant qu'aujourd'hui que notre identité vacille quand l'on prétend, de façon très prématurée, donner une conscience à nos robots ou manipuler notre génome. Que nous reste-t-il donc, dépouillés de tous nos attributs, y compris de notre espèce génétique et réduits à l'animal ? A ce stade, il semble bien que seul nous distingue encore le langage narratif qui n'est pas du tout maîtrisé par l'Intelligence Artificielle jusqu'ici. Il le sera sans doute un jour mais cela suffira-t-il à faire d'une machine notre égal ? On peut en douter.

On a vu, en effet, que notre conscience était fondamentalement une conscience sociale et morale, dévouée au langage narratif et au récit de soi. Ce qui nous spécifie n'est pas tellement nos capacités cognitives mais d'habiter le langage et d'avoir la capacité de dire "Je", de parler en notre nom. En ce sens, on pourrait arguer que nous ne sommes qu'un produit du langage, comme nous le sommes de l'évolution technique, un simple effet qui ne saurait pouvoir causer. La différence avec ce point de vue extérieur, ce qui nous rend signifiants plus que signifiés, c'est l'envers subjectif de ces causalités objectives, ce à quoi on s'identifie ou à qui l'on s'adresse. Ce qu'un parlêtre vise, c'est une intériorité, une subjectivité bavarde, ce qui empêche de nous réduire à une machine ou un objet. Notre "humanité" ne consiste en aucune propriété objective ou biologique, aucune capacité unique ni essence humaine qui nous serait spécifique et précèderait notre existence mais seulement dans notre rapport aux autres par le langage, c'est-à-dire notre responsabilité qui nous constitue comme interlocuteur, comme un homme de parole. Ce devoir-être qu'on peut appeler le sentiment moral dans un sens élargi au social, voire au commérage, est tout ce qui nous distingue des bêtes comme des robots avec lesquels il restera donc une différence fondamentale sans doute. Mais, cette différence ontologique relève entièrement de l'éthique de l'être parlant, c'est-à-dire de la responsabilité de ses paroles et de ses actes passés, d'une continuité de notre être. Au contraire des machines, nous pouvons ressentir honte et culpabilité sans lesquels aucune parole n'est possible (en dehors de l'impératif). De sorte que, sans aller jusqu'à l'extrémisme intenable de Lévinas, on doit effectivement faire de l'éthique la philosophie première, fondement de notre identité, de notre "humanité", se confondant avec notre ontologie existentielle et la question de notre liberté (morale).

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Le langage de la conscience

Les progrès rapides de l'Intelligence Artificielle et de l'étude du cerveau posent à nouveaux frais la question de la conscience dont on voudrait doter les robots, imaginant le pire et mettant du coup en question notre identité humaine. C'est qu'il y a confusion entre différents niveaux de conscience. Il y a sans conteste une conscience qu'on peut dire animale ou cognitive, se distinguant de l'inconscience totale des automatismes ordinaires et impliquant une certaine conscience de soi, de sa position dans l'espace. On voit bien cependant que cela n'a rien à voir avec notre propre conscience qu'Alain assimilait à la conscience morale et qui est plus largement une conscience sociale et de notre responsabilité, ce qui constitue notre identité. Or, celle-ci n'est pas réductible au calcul ni à l'imitation mais implique le langage narratif, condition d'un monde commun, ainsi qu'un récit de soi, condition de l'individuation. On s'éloigne ainsi du cognitivisme comme de la crainte de pulsions maléfiques prêtées à tort aux machines pour retrouver les pulsions maléfiques des humains qui se racontent des histoires...

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Revue des sciences novembre 2017

  • Sapiens de Yuval Harari
  • Une conscience artificielle ?
  • La différenciation cellulaire dans le temps avant les multicellulaires
  • L'intelligence artificielle (encore)
  • Lockheed Martin à la conquête de Mars
  • Produire de l'oxygène et du carburant sur Mars avec un plasma de CO2
  • Les données démontrent l'intrication de 16 millions d'atomes
  • Un métamatériau rend stationnaire l'onde lumineuse
  • La savane apparue il y a 8 millions d'années à cause de l'explosion d'une supernova proche
  • Glaciation et sécheresse auraient poussé les hommes hors d'Afrique
  • Cléopatre régnait sur une Egypte ruinée par le climat
  • La gestion des sols pourrait fortement réduire le CO2
  • Mieux que les routes solaires, les routes chauffantes
  • Une peinture qui rafraîchit au soleil
  • Néom, la nouvelle ville futuriste d'Arabie Saoudite
  • Les P-bodies stockent les ARNm
  • Décoder le cerveau en direct
  • Les pleurs des bébés déclenchent l'envie des mères de leur parler
  • Les différentes couleurs de peau viennent d'Afrique
  • Des cellules souches contre le mal de dos et le vieillissement
  • Des champignons hallucinogènes contre la dépression
  • Produire un composé du cannabis avec des levures modifiées
  • Clips, l'appareil photo de Google qui prend tout seul des photos

En dehors de l'Intelligence Artificielle qui est encore en vedette, et a fait l'objet d'un billet séparé, il n'y a pas de grandes nouvelles mais plusieurs intéressantes quand même, comme le plan de Lockheed Martin pour aller sur Mars, plus réaliste que celui d'Elon Musk, ainsi que l'idée d'y produire de l'oxygène et du carburant avec un plasma de CO2 (ce qu'on pourrait faire sur Terre aussi). On nous confirme que la gestion des sols pourrait fortement réduire le CO2 et les prévisions s'améliorent avec les politiques adoptées. Par ailleurs, une étude, qui devra être confirmée, montre que les pleurs des bébés déclenchent l'envie des mères de leur parler, ce qui pourrait être le canal principal de transmission du langage. Sinon, on apprend que la savane serait apparue il y a 8 millions d'années à cause de l'explosion d'une supernova proche et que c'est la glaciation, synonyme de sécheresse, qui aurait poussé les hommes hors d'Afrique. La génétique montre que les différentes couleurs de peau viennent bien toutes d'Afrique, qui est vraiment notre berceau, y compris pour les peaux claires. On est surpris aussi d'apprendre que Cléopâtre régnait sur une Egypte ruinée par le climat à cause d'une éruption volcanique en -43. Du côté médical, les cellules souches mésenchymateuses se révèlent un traitement anti-vieillissement étonnamment efficace. On reparle de l'utilisation des champignons hallucinogènes contre la dépression mais la production d'un composé anti-épileptique du cannabis avec des levures modifiées annonce sans doute la production ainsi d'autres composants des drogues ou substances thérapeutiques naturelles.

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L’ère de l’intelligence artificielle

On est bien obligé de constater que notre monde a radicalement changé depuis quelques années, avec internet puis les mobiles, mais on n'a rien vu encore et, avec l'arrivée de l'Intelligence Artificielle, rien ne sera plus comme avant malgré toutes les résistances au changement qui détruit l'ordre ancien.

Jamais il n'a été plus clair que ce ne sont pas les idées qui mènent le monde, ce dont se persuadait l'ère des idéologies où il fallait choisir entre libéralisme, communisme et fascisme, alors que c'est l'évolution technologique qui dicte sa loi, comme le pensait Marx, le progrès des connaissances et techniques (la connaissance change le monde plus que les grandes idées).

Si nous n'avons pas notre mot à dire dans cette évolution, à quoi bon en parler ? C'est que, ne pas pouvoir décider de l'avenir n'implique aucun fatalisme ni laisser-faire. Seulement, plutôt que de s'étriper vainement sur le monde idéal que nous voudrions construire, et qui n'a aucune chance d'exister, cela nous oblige à faire de la prospective pour se préparer au monde qui nous attend vraiment et prévenir les catastrophes qui s'annoncent. La prospective est d'autant plus indispensable dans une époque de rupture où tout s'accélère comme maintenant mais c'est aussi ce qui la rend presque impossible. Il y a trop de bouleversements qui se combinent, dont on ne peut prévoir les effets après-coup, pas plus que les nouvelles découvertes ou pratiques émergentes. Le "cycle de la hype" est là pour montrer qu'on se trompe toujours sur les nouvelles technologies, la science-fiction ne pouvant que tomber dans les pires simplismes alors qu'elle est prise bien trop au sérieux. On ne fait jamais que prolonger les dernières tendances, ce qui est très insuffisant, mais c'est notre situation - et la question qui nous est posée, reste de savoir ce qu'on peut faire dans ce contexte d'avenir incertain.

La difficulté de se projeter dans l'avenir est flagrante quand on voit les jugements les plus opposés sur l'Intelligence Artificielle dont les performances progressent si rapidement depuis quelques années seulement et qui commence tout juste à déferler dans nos vies avec les assistants personnels ou domestiques. Si certains ne veulent y voir rien de nouveau, soulignant les limitations actuelles, d'autres tombent dans les exagérations les plus extrêmes, de la crainte du grand remplacement par les robots, qui seront plutôt nos partenaires, à notre asservissement par une intelligence supérieure, quand ce n'est pas une Singularité mythique, extrapolation exponentielle qui n'a aucun sens. La vérité, c'est que l'IA va bien tout bouleverser dans les prochaines années, plus même que le numérique dont elle est l'aboutissement, donnant sens à toutes les données qui se transmettent en masse. On ferait mieux d'en tenir compte mais si on peut s'extasier qu'AlphaGo Zero puisse apprendre en 40 jours une science du Go qui a mis 3000 ans à s'élaborer - tout comme on s'est extasié de la rapidité de calcul de nos ordinateurs - cela n'a rien à voir avec une intelligence omnisciente. Kevin Kelly a raison de dire que la peur d'une intelligence artificielle supérieure à la nôtre est irrationnelle car l'intelligence étant multidimensionnelle, une intelligence supérieure n'a pas de sens sinon dans un domaine spécialisé et il y a des limites à l'intelligence qui ne peut être infinie (ni générale). Apparemment, la seule façon de s'approcher des capacités humaines, c'est d'ailleurs de s'inspirer de notre cerveau mais on n'a pas forcément intérêt à l'imiter complètement car on reproduirait tout autant sa folie (un excès de logique) et ses risques d'erreurs (comme ceux de la pensée de groupe). Il faut ajouter, que, bien plus qu'on ne croit, notre intelligence est déjà largement extérieure (langage, livres, sciences, etc.), liée à notre environnement historique et notre formation plus qu'à notre cerveau.

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L’aliénation dans le travail

J'ai essayé de montrer les dangers du concept moderne d'aliénation (à partir de Feuerbach et Marx), concept entièrement négatif car renvoyant à une identité ou une essence humaine mutilée, faisant de l'aliéné un véritable sous-homme. J'avais critiqué aussi la conception individualiste qu'avait Gorz de l'aliénation dans le travail et son idéal d'auto-production sous-estimant notamment la participation à une entreprise collective.

Chez Hegel, au contraire, malgré sa négativité qui la dépouille de sa subjectivité, l'aliénation est beaucoup plus positive ou dialectique puisqu'elle représente le moment de l'objectivation, de la réalisation, c'est-à-dire de notre existence matérielle en acte à l'intersection de l'esprit et de la matière, du sujet et de l'objet. Le sujet se pose en s'opposant à l'objet, y compris à son propre objet, sa production qu'il dépasse, mais il a besoin pour cela de passer par l'objet. L'aliénation est donc pour Hegel une nécessité de l'expression et de la conscience de soi alors que, si on remet la dialectique sur ses pieds matériels, l'aliénation dans le travail relève plutôt de nécessités extérieures, de besoins sociaux et vitaux, ce qui n'empêche pas que le travail nous objective et que nous y sommes mis en question dans notre être.

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Revue des sciences octobre 2017

  • Austérité et robotisation
  • Le réchauffement serait moins fort que prévu
  • Pas de bombe méthane ?
  • Un détecteur portable de neutrinos basse énergie
  • L'inflation cosmologique
  • La gravité un effet de l'effondrement de la fonction d'onde ?
  • Un millier de colons sur la Lune en 2050 ?
  • Transformer le CO2 en carburant
  • L'ADN viendrait des météorites et devancerait les acides aminés
  • L'ancêtre des primates faisait des sauts acrobatiques
  • Un village de la côte ouest du canada daté de -14 000 ans
  • Chez les souris mâles les neurones sexuels sont liés à l'agression
  • Le vieillissement provoqué génétiquement par l'autophagie
  • La stimulation cérébrale réveille un patient en état végétatif depuis 15 ans
  • La dépression différente pour l'homme ou la femme
  • La dépression une maladie inflammatoire ?
  • Un antidépresseur IMAO-A contre la graisse inflammatoire
  • Les macrophages inflammatoires dans notre graisse à l'origine du diabète
  • Un patch avec des nanoparticules réduit de 20 % des bourrelets graisseux
  • Un "stylo" qui détecte des cellules cancéreuses en 10 secondes
  • Des hologrammes sur le pare-brise
  • L'agriculture robotisée sans l'homme du semis aux récoltes

C'est difficile d'y croire, mais il y a des bonnes nouvelles ! Les optimistes du mois dernier pourraient bien avoir raison si on en croit une étude britannique qui prétend que le réchauffement est moins fort que prévu il y a 10 ans, et que donc, on pourrait ne pas dépasser les 1,5°C de réchauffement. C'est quand même douteux mais on nous assure aussi qu'il n'y aura pas de bombe méthane. Même si on n'est pas complètement rassuré, cela devrait encourager la transition énergétique commencée un peu tard mais qui nous laisserait donc un peu plus de temps devant nous ? Il y a cependant bien d'autres risques (nucléaire, biotechnologies, supervolcans, etc). En tout cas, on se demande comment font ceux qui sont bardés de certitudes sur l'avenir, d'un côté comme de l'autre ! Les spéculations physiques sont pourtant là pour nous rappeler l'étendue de notre ignorance avec des théories comme celle de l'inflation cosmologique ou la nouvelle interprétation de la gravité comme effet de l'effondrement de la fonction d'onde. Elon Musk prétend toujours aller sur Mars dès 2022, ce dont on peut douter mais il pourrait y avoir un millier de colons sur la Lune en 2050. La médecine prouve également que la science peut se tromper et que des savoirs traditionnels peuvent avoir raison contre elle, en particulier pour le rôle de l'inflammation dans de nombreuses maladies (dépression, obésité, etc.) justifiant les médecines "holistes". Les théories sur l'Alzheimer n'étaient pas plus assurées jusqu'ici mais un traitement qui réduit le cholestérol cérébral semble valider enfin son rôle dans la maladie. Là encore, il faut être prudent. Les théories sur le vieillissement ne sont pas en reste et on apprend cette fois qu'il serait provoqué génétiquement par l'autophagie, la bloquer pouvant doubler l'espérance de vie d'un ver, pour les hommes c'est plus incertain. Par contre, une des nouvelles les plus étonnantes, c'est d'avoir pu réveiller grâce à la stimulation cérébrale un patient en état végétatif depuis 15 ans !

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Qu’est-ce que la démocratie ?

Il y a un grand malentendu sur la démocratie et toute une fausse mythologie sur ses origines et ce qu'elle est supposée être. D'abord, on nous rebat les oreilles de son invention par les Grecs alors que les agriculteurs qui ont remplacé les marins-pêcheurs de la culture mégalithique, étaient très égalitaires et démocratiques si l'on en croit Alain Testart qui parle à leur sujet de "démocraties primitives". Ce n'est pas que les inégalités en étaient absentes mais assez mal tolérées, et, lorsqu'un village devenait trop peuplé avec des inégalités trop grandes, un groupe partait refonder un nouveau village ailleurs.

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Ce qui donne sens à l’existence

J'ai déjà essayé de montrer quel était le sens de la vie et de l'évolution, qui est celui d'une diminution croissante de l'entropie, un peu plus que la persistance dans l'être ou une complexification. Il me paraît très utile de le savoir pour comprendre l'histoire et nos sociétés, en premier lieu l'évolution technique comme processus autonome, mais on ne peut dire que ce soit un sens qui nous touche, point de vue qui reste extérieur dans lequel on peut certes s'inscrire, qu'on peut s'approprier, mais qui reste quand même assez abstrait.

Pour l'existentialisme, le sens de la vie nous concerne plus intimement et se confond avec notre projection dans le futur, ce qu'on a à être, ce qu'on veut devenir. C'est ce qui sera, par exemple, le fondement de la critique du travail d'André Gorz pour qui la nécessité de donner sens à son travail passerait par le fait de "voir le bout de ses actes". Cela me semble contestable et surtout trop centré sur l'individu, tout comme l'idéal aristotélicien d'une action qui soit à elle-même sa propre finalité (comme la musique), gommant notamment la dimension de participation à une entreprise collective. Il ne suffit pas de voir le bout de ses actes pour donner sens à son travail de même qu'il ne suffit pas d'augmenter le temps libre pour ne pas s'ennuyer. C'est aller un peu vite en besogne.

Il y a bien dans l'existentialisme une vérité intime, d'être mis en question dans notre être, mais qui nous enferme trop dans notre petite personne et peut mener, comme tout un pan de la philosophie, vers un "développement personnel" si vain. Même les utopies politiques n'ont pas peur de promettre l'épanouissement de l'individu et de ses capacités, dans une conception spinoziste qui correspond sans doute à ce qu'on peut considérer comme la véritable réussite personnelle et va très bien à certains mais ne trouve pas d'écho en moi, ne suffit pas en tout cas à faire sens. Dans une société parfaite, pour quelle raison écrire des poèmes ou philosopher ? La création artistique censée exprimer notre précieuse intériorité ne serait-elle plus qu'un passe-temps sans conséquence ? Ne perd-elle pas tout sens justement ? Le sens ne vient que des actions collectives, de l'histoire et de l'inachevé, d'un enjeu vital pour l'avenir.

Contre un socialisme de caserne effaçant toute individualité, il était salutaire de défendre l'autonomie de l'individu mais ce serait folie inverse de le dépouiller de sa dimension sociale. Comme je le répète souvent, et contrairement à l'idéologie naïve de la liberté, l'autonomie sert à faire le nécessaire, pas à faire n'importe quoi. Le vieil idéal d'être de plus en plus libre est un idéal vide, sans contenu et donc dépourvu de sens. Il faut répondre à la question : que voulez-vous faire de cette liberté ? Que chacun fasse ce qui lui plait ne suffit pas. Le sens ne se décide pas, il n'est sens qu'à s'imposer à nous de l'extérieur, de la société elle-même, sens qu'on n'a pas choisi mais dans lequel on est engagé. Ce qui nous manque pour donner sens à notre vie, notre journée, notre travail, ce n'est aucune condition matérielle mais seulement le sentiment de travailler à une oeuvre commune, d'y avoir une action positive, d'y être reconnu. Dans les pires situations, un résistant pouvait vivre intensément le sens de son combat alors que le confort bourgeois nous laisse dans un ennui profond. On connaît l'histoire du casseur de cailloux qui est heureux parce qu'il construit une cathédrale mais, non, on ne trouvera pas le sens en soi-même. Il n'y a de sens que nécessaire et inscrit dans une finalité collective, un parti-pris manifestant nos appartenances et motivant nos actions.

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Revue des sciences septembre 2017

  • La voiture autonome modifie l'urbanisme
  • Une centaine de volcans sous l'Antarctique
  • Il y a bien une transmission épigénétique
  • CRISPR-RCas9 l'édition de gène qui cible l'ARN
  • L'édition de gène par homologie (sans CRISPR)
  • Des hommes à Sumatra avant l'éruption du Mont Toba (71 000 ans)
  • Les modifications épigénétiques de la parole qui distinguent Sapiens
  • L'agriculture a fragilisé notre squelette et rendus moins forts
  • Une tablette babylonienne de trigonométrie de 3700 ans
  • Les différences du cerveau entre hommes et femmes
  • Contrôler par champs magnétiques les mouvements d'un animal
  • Le cerveau évalue mieux que nous
  • On peut apprendre pendant le sommeil léger mais on oublie après le sommeil profond
  • Une zone du cerveau stimulée rend familier l'inconnu
  • Reprogrammer instantanément les cellules avec une puce délivrant de l'ADN
  • Des cochons OGM pour produire des organes humains à transplanter
  • Des greffes de peau modifiée avec CRISPR contre le diabète
  • Une pilule qui remplace le sport
  • Un anti-inflammatoire réduit crises cardiaques et cancers
  • Le premier jeu de réalité virtuelle contrôlé par le cerveau

La dominante de ce tour d'horizon mensuel me semble un retour au réel qui nous promet, après une libération de l'imaginaire multipliant les projets, de longues années avant de les réaliser - que ce soit la colonisation de Mars ou la transition énergétique, qui prendront beaucoup de temps, ou même l'arrivée des voitures autonomes, retardée d'années en années (mais qui devrait reconfigurer nos villes et nos vies). Les crises qu'on nous annonce de toutes parts aussi bien que l'avenir radieux promis par d'autres pourraient tout autant être remis à plus tard. Il faut donc sans doute s'attendre à ce que cette revue soit plus répétitive. Il faudra bien l'arrêter un jour, les blogs n'ayant plus la côte, et passer aux réseaux sociaux (où la plupart des fausses nouvelles seraient répandues par des robots) ! On verra ainsi des cochons OGM pour produire des organes humains à transplanter, mais on en parle depuis un moment. Ce qui est plus étonnant, c'est d'arriver à reprogrammer instantanément des cellules (de la peau par exemple) avec une puce délivrant de l'ADN. On a aussi réussi à faire des greffes de peau modifiée avec CRISPR contre le diabète ou bien à contrôler par champs magnétiques les mouvements d'un animal, alors que sort le premier jeu de réalité virtuelle contrôlé par le cerveau. Étonnamment, la préhistoire est l'un des domaines qui restent les plus actifs ces derniers temps, même si ce n'est guère une surprise de confirmer que le langage narratif est bien notre spécificité de Sapiens, à laquelle nous nous sommes adaptés épigénétiquement.

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Pour une écologie plurielle

A mesure que les effets négatifs de notre industrie se font plus sentir, les préoccupations écologiques sont devenues incontestablement de plus en plus présentes dans nos sociétés, sans beaucoup de conséquences pourtant en dehors d'une transition énergétique bien engagée - qu'on doit surtout à la baisse des coûts du solaire. Cela a déjà permis une stagnation des émissions de CO2, c'est un début mais, ce qu'il faudrait, c'est les réduire drastiquement !

On est donc bien loin de compte. Les traités internationaux comme les accords de Paris ne doivent pas être sous-estimés ni dénigrés, ce sont des étapes essentielles, même si leur portée est très réduite à court terme. En face, les écologistes qui dénoncent ses insuffisances et alertent sur les dangers courus, ne sont pas pris au sérieux et loin de profiter de la popularisation de leurs thèmes, sont devenus à peu près inexistants, sauf exceptions (il n'est pas si facile d'avoir un rapport de force favorable). Les partis Verts ne sont pas dans un meilleur état que les partis sociaux-démocrates dans le contexte actuel, même si on peut penser qu'ils ont plus d'avenir, mais il faudrait pour cela qu'ils dépassent le carriérisme d'un côté et, de l'autre, le démon de la division groupusculaire qui donne priorité à la lutte entre écologistes sur les menaces vitales. Or, tant qu'on n'a pas prouvé qu'on pouvait faire mieux, ce n'est pas le capitalisme vert qui doit être notre cible, même si on ne peut absolument pas s'en contenter.

Ce n'est pas le moment en tout cas d'abandonner le combat politique et militant mais il faudrait s'entendre au moins sur ce que l'état des lieux a de dramatique, et d'abord sur l'échec collectif, aussi bien des politiques gestionnaires que des courants radicaux à changer la donne. Il n'y a pas lieu d'opposer les uns aux autres quand aucun n'a de résultat probant et que le temps presse. C'est un fait que ce qui est nécessaire n'est pas toujours possible pour autant. Alors que les pays les plus peuplés accèdent au développement capitaliste et que s'accélère la numérisation du monde, il faut bien admettre qu'on ne convertira pas du jour au lendemain la terre entière à une vie plus écologique. On peut tout au plus en donner l'exemple, ici et maintenant, avec des alternatives locales.

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La liberté contre l’identité chez Sartre

Les premiers livres de philosophie que j'ai lu, avant d'en avoir l'âge, ont été la Critique de la raison pratique de Kant puis l'Être et le Néant de Sartre. Ce n'est pas un livre sans faiblesses mais celles-ci n'ont pas tant d'importance au regard de l'influence qu'il exercera sur son époque. En effet, s'y fondait une position politique opposée à celle du nazi Heidegger et de sa quête de l'originaire, position de gauche pour laquelle "l'existentialisme est un humanisme". Revenir à Sartre est utile pour combattre le retour des tendances identitaires et autoritaires en y opposant une liberté de principe qui nous constitue comme interlocuteur, véritable dignité de l'homme. On donnera cependant presque un sens inversé à l'affirmation anti-platonicienne que "l'existence précède l'essence", où l'homme n'est plus au centre, auto-création de soi-même, alors que c'est le milieu qui détermine entièrement l'évolution d'une essence humaine changeante - ce qu'il faut concilier avec notre liberté supposée, sa nécessité métaphysique comme sa réalité pratique.

Le début du livre est le plus difficile, qui fait de la conscience ce qui introduit le néant dans l'être, difficile car peu convainquant finalement mais qui servira de fondement métaphysique à la suite au nom d'une conscience désincarnée qui serait pur néant et négativité du fait que la conscience est toujours conscience de quelque chose dont elle se distingue (conscience de ce qu'elle n'est pas) et projection dans des possibles (qui ne sont pas encore). On peut dire que c'est une simplification brutale de la conscience (et de Hegel ou Heidegger). De même que le travail ne peut être réduit à une négation, de même l'intentionalité ou le projet ne peut être réduit à une néantisation, étant tout au plus de l'ordre de la négation de la négation (néguentropie) ou négation d'un manque (p249), de l'ordre de la réaction, de l'apprentissage et du calcul. La mise en question de notre être, par la conscience comme par les autres, n'est pas pure annulation ni réductible à l'angoisse de la mort mais plutôt division du sujet. Bien qu'il soit donc contestable de tout réduire au néant, cela servira de socle à une conception de l'homme très différente de celles de Hegel ou Heidegger - qu'il semble pourtant ne faire que répéter - puisqu'elle le libère au contraire de ses dettes envers le passé comme de toute essence supposée. Il ne s'agit plus d'être-là, d'habiter le lieu, mais de le déborder, toujours déjà pris dans la négation ou la fuite en avant, non à cause de notre finitude de mortels mais de notre réflexivité et de notre projection dans l'avenir, entreprise de désidentification pour laquelle l'identité qui nous fige devient même une insulte, nous ramenant à une chose inerte, nous assignant à notre place, devenus anonymes et muets.

On sent bien ce qu'il y a de nécessaire autant que d'excessif à privilégier ce qu'on peut avoir d'insaisissable et d'imprévisible. Les philosophes me semblent toujours délirer un peu (par excès de logique) et leur argumentation souvent purement instrumentale pour défendre des positions subjectives, des règles de vie qui incarnent leur philosophie et en font toute la séduction. Ce plaidoyer pour une liberté irresponsable (bien qu'elle prétende à la plus grande responsabilité), peut être lue comme son autobiographie aussi bien qu'un manuel de savoir-vivre libertaire nous faisant revivre le souffle de la libération après-guerre - qui devait effectivement rompre avec son passé.

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Revue des sciences août 2017

  • Le retour du risque nucléaire
  • L'intelligence artificielle enjeu du siècle
  • Les premiers tailleurs de pierre n'étaient pas humains
  • La moitié de la matière vient de galaxies lointaines
  • Des micro-satellites pour les voyages interstellaires
  • Des rivières souterraines coulent sur Mars ?
  • Mission Dart : la Nasa veut dévier un astéroïde
  • L'exploitation minière de la Lune dès 2020 ?
  • Ce que le champ magnétique terrestre doit à la Lune
  • Une enzyme accélère la séquestration du CO2 dans l'océan
  • Du méthane à partir du CO2 et du Soleil
  • L'ADN poubelle (75%) nous protège des mutations délétères
  • Les vers géants des profondeurs vivent plus de 1000 ans
  • Les corbeaux savent anticiper
  • Les rats savent qu'ils savent et qu'ils oublient
  • Deux gènes sociaux expliqueraient la domestication des chiens
  • Le mauvais sommeil des plus âgés en fait des veilleurs de nuit
  • La pensée de groupe
  • 16 gènes détermineraient l'espérance de vie
  • Des cellules souches dans l'hypothalamus pour rajeunir
  • La mémoire perdue peut être réactivée
  • FlatScope, un implant cérébral connecté
  • Un téléphone alimenté par les ondes ambiantes
  • Mira, un casque de réalité augmentée à 99$

Malgré un regain d'optimisme un peu artificiel, les perspectives sont bien sombres et le portrait de l'époque, dessiné par les dernières nouvelles, assez perturbant. Ce ne sont pas tellement les nouveautés qui frappent mais le fait que les risques annoncés s'affirment inexorablement comme notre futur. Le nucléaire en fait partie plus qu'on ne se l'avoue. Il est difficile de savoir à quel point la Terre pourrait devenir inhabitable avec le réchauffement mais on est déjà sur le fil avec l'extinction de la faune sauvage. Il y a certes quelques bonnes nouvelles comme la prévision des éruptions qui serait un grand progrès si cela se confirme (sans pouvoir empêcher cependant l'éruption catastrophique de supervolcans comme Yellowstone). On ne dit pas assez non plus que la transition énergétique a gagné la partie - même si on reste loin du compte et qu'il est difficile de croire que l'année 2021 pourrait être la plus belle de toutes avec ses voitures autonomes et la viande cultivée en laboratoire ! Il est par contre certain qu'on n'a pas fini d'être envahis dans notre quotidien par une intelligence artificielle dont on aura grand besoin pour dépasser notre bêtise collective. Il est même assez probable qu'on ait à plus ou moins long terme des implants cérébraux nous connectant directement à nos appareils numériques - au moins une puce dans la main. On n'évitera pas non plus la modification (optimisation) de notre génome, comme celui de nos animaux ou des moustiques, etc. On pourrait avoir aussi des réseaux neuronaux à l'intérieur de nos cellules - et commence, là sous nos yeux, l'ère interplanétaire, et même interstellaire...

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