Anthropolitique

Connaître notre ignorance
Il y a des gens qui sont contents de faire de la philosophie et contents d'eux. Ce n'est pas mon cas. Ils prétendent arriver ainsi à la vérité et au Bien suprême. Il ne faut douter de rien ! Ma propre expérience est plutôt celle de la déception permanente et de la désillusion, si ce n'est de la rage. On sait pourtant bien qu'il n'y a que la vérité qui blesse, comment pourrions nous trouver une consolation dans une philosophie cherchant sincèrement la vérité ? Ce qu'on découvre n'est pas ce qu'on cherchait, encore moins ce qu'on espérait et plus on apprend, plus on découvre ses limites et l'étendue de ce qu'on ignore encore.

Bien sûr, ce n'est pas le cas des méditations plus ou moins religieuses qui ne trouvent cette fois que ce qu'elles cherchent, jusqu'à donner corps à des abstractions par une sorte d'auto-hypnose. On peut dire la même chose de tous ceux qui se prétendent adeptes de la pensée critique alors qu'ils adoptent simplement un dogme opposé au discours dominant et passent leur temps à renforcer leurs convictions les plus délirantes en restant entre-soi. Une philosophie véritablement critique ne va pas prendre ses désirs pour la réalité mais commence par s'informer à diverses sources, soumettre ses propres conceptions à la question en récoltant les objections qu'on peut y faire. L'écriture (démocratisée chez les Grecs grâce aux voyelles) est sans doute une condition de cette réflexivité, en plus de donner accès à la diversité des opinions et des cultures. Voilà bien ce qu'internet devrait amplifier si chacun ne s'enfermait pas dans son petit monde (réduisant les autres à des ennemis ne cherchant qu'à nous tromper) ! Ce moment négatif de la critique mine forcément nos anciennes certitudes et nos traditions, opposées à d'autres traditions, introduisant la division dans la société et une indéniable "insécurité culturelle", détruisant la belle unité originaire par le poison du doute et de la liberté de pensée. Le recul critique, la non-identité à soi, est incontestablement une épreuve dépressive qui nous confronte à nos illusions perdues et n'encourage certes pas les enthousiasmes naïfs ni un quelconque unanimisme. C'est politiquement incorrect car constituant une voie solitaire, en rupture de notre groupe (de pensée) et qu'on peut à bon droit accuser de désespérer Billancourt, tout comme de pervertir la jeunesse...

Il y a un troisième temps à cette dialectique qui ne s'arrête pas au travail du scepticisme, intenable jusqu'au bout, et réaffirme positivement la nécessité de l'action ou de l'expérience. Ce ne peut être cependant un retour pur et simple au point de départ, oubliant le négatif, mais seulement à partir de sa prise de conscience et de tout ce qui s'oppose à nos bonnes volontés comme à notre unité - ce qui va du caractère déceptif du réel aux limites de notre rationalité, en particulier d'une intelligence collective qui brille la plupart du temps par son absence. Ce n'est pas drôle et même assez déprimant, ne laissant qu'assez peu d'espoir de servir à quelque chose en dehors de notre rayon d'action local alors que nous voulons penser la totalité qui est l'autre nom de la société comme ce qu'on intériorise au plus intime. L'enjeu est pourtant bien de tenir le pas gagné, intégrer nos erreurs passées, notre capacité à nous illusionner et la déception de nos espoirs dans les nouveaux combats à mener, condition pour avoir une chance de les gagner au lieu de vouloir de nouveau soulever les foules d'ivresses messianiques et répéter vainement les mêmes échecs, croyant pouvoir remplacer une raison défaillante par le sentiment. Ce qui peut paraître trop défaitiste et passer pour un manque d'ambition est pourtant tout-à-fait la méthode mise en pratique par les sciences, avec le succès que l'on sait. Cependant, il vaut bien avouer que la plupart des philosophies semblent faites pour refouler ce savoir de l'ignorance et de notre in-conscience, constructions largement fantasmatiques flirtant le plus souvent avec la théologie et surestimant le pouvoir de l'esprit comme la béatitude promise, où la vérité n'est plus qu'un moment du faux.

Mettre en cause notre intelligence, reste trop choquant pour la plupart, notamment pour les démocrates convaincus, alors que c'est quand même la base des sciences expérimentales et de la méthode socratique. Ce n'est pas d'hier que les sciences ont renoncé à s'en tenir au discours et à une raison raisonnante, pour ne se fier qu'au résultat effectif. Malgré cela, on en reste globalement à une confiance à peu près universelle dans une providence divine où tout devrait finir par s'arranger. Il y a certes des prophètes de malheur qui annoncent régulièrement la fin du monde, ainsi que des vigiles clairvoyants qui nous alertent sur les menaces bien réelles que nous faisons peser sur notre environnement, mais il faut bien dire que nous faisons preuve habituellement d'une confiance excessive dont il est difficile de se défaire, y compris les philosophes surestimant les bienfaits de la prise de conscience, ce qu'on retrouve en politique alors qu'on constate plutôt, notamment pour les menaces écologiques, que les informations ne sont pas toujours bonnes ni porteuses d'espoir ou d'action...

Lire la suite

L’uberisation de l’économie locale et solidaire

uberLes péripéties qui occupent notre actualité peuvent avoir de graves conséquences (guerres, misère, etc.) mais derrière le bruit et la fureur, ce qui se joue malgré tout et auquel on manque tout autant, c'est de nous adapter à la nouvelle donne numérique d'une façon qui ne soit pas trop indigne, préserve nos territoires en retrouvant l'initiative locale, et surtout fonctionne assez bien pour durer et assurer sa reproduction. Plus la crise dure et plus notre retard sur la technologie devient manifeste, la pensée tournée vers un passé plus ou moins lointain, au lieu d'un futur devenu impensable, et vers un Etat top/down vidé de sa substance au lieu des collectivités locales et des initiatives de la base. Alors qu'on subit la crise de plein fouet, on est très loin d'une politique qui déciderait de l'avenir ! Pourtant, plus qu'on ne croit, la plupart des enjeux de l'écologie comme du numérique passent par une prise en charge locale, sur les lieux de vie et de travail, qui peut paraître dérisoire mais que personne d'autre ne peut faire pour nous.

Nos principales limitations sont cognitives, incapables de comprendre ce qui se passe et de s'accorder sur les solutions, intelligence collective qui brille par son absence même si on peut espérer que le numérique finisse par améliorer un peu les choses sur ce plan. Le spectacle qu'on a de nos jours persuaderait plutôt qu'on s’enferre obstinément dans l'erreur mais il faut croire, qu'à la longue, les idées progressent malgré tout. Revenu garanti et monnaies locales, deux des trois dispositifs qui m'avaient semblé être effectivement devenus indispensables à l'ère de l'écologie et du numérique globalisé, deviennent un peu plus audibles avec le temps et commencent même à s'expérimenter un peu partout. Les coopératives municipales n'ont par contre rencontré aucun écho ou presque. Cela peut être dû à son caractère apparemment trop archaïque par rapport à la numérisation de toutes les activités. Or, il faudrait tout au contraire s'approprier les technologies numériques qui sont notre avenir, qu'on le veuille ou non. Des coopératives municipales sont avant tout des institutions du travail autonome, un soutien à l'autonomie individuelle (autonomie produite socialement) un peu comme la création de pépinières d’entreprises ou le coworking, voire un statut comme celui d'entrepreneur salarié. Il devrait être clair que la formation et le développement humain sont au coeur de la nouvelle économie immatérielle et collaborative dont la fonction principale devient la valorisation des compétences et des potentialités de chacun. Le fait de lier ces institutions locales à la commune vise à les ancrer dans la démocratie locale, assurer leur pérennité et y inclure tous les habitants. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait tout étatiser ni reproduire des entreprises hiérarchiques ou fonctionnarisées quand d'autres modèles émergent, qui posent certes des problèmes qu'il faudra résoudre mais semblent bien inéluctables et dont on ne pourra se passer dans le soutien au travail autonome - quitte à ce que ce soit hors institutions.

Il semble qu'il y ait ces temps-ci un début de prise au sérieux des transformations du travail (15 ans après!) avec le succès rencontré par Uber et les questions que cela pose au droit du travail entre autres. Ce qu'on appelle l'uberisation de l'économie n'est cependant rien d'autre que le fait de tirer parti de nouvelles possibilités apportées par les mobiles, et notamment la géolocalisation, pour optimiser les déplacements et la rapidité du service rendu (la rencontre de l'offre et de la demande), avec pour conséquence le développement du travail indépendant (sans protections) au détriment du salariat (protégé) et des entreprises (l'entreprise, c'est Uber selon la justice californienne). Une des fonctions de l'entreprise, selon Coase, serait de réduire les coûts de transaction (ce n'est pas la seule, il y a aussi la coordination des acteurs, l'organisation, la formation, etc.), or les nouvelles technologies annulent ces coûts de transaction et donnent un accès instantané à certains services en dehors de l'entreprise. Il ne sera pas possible que ces potentialités ne se généralisent pas à l'avenir même s'il y aura toujours des entreprises. La résistance ne pourrait être que de courte durée. On peut même y voir un nouveau service public à développer sauf que, dans le numérique, l'intérêt d'être une entreprise privée, c'est de pouvoir attirer des capitaux considérables (qui ne sont pas là au départ, particularité de ce capitalisme), plus qu'un Etat pourrait y dépenser, permettant des investissements massifs même si la société ne fait que des pertes pendant de longues années. Il faut bien dire qu'on ne voit pas vraiment ce qu'apporterait de plus un service public ici (à creuser).

Lire la suite

Revue des sciences juillet 2015

  • Transparence numérique : s'adapter ou disparaître
  • L'écriture numérique
  • Soigner inflammation et douleur avec l'électricité
  • Les Australopithèques ont évolué pour utiliser les premiers outils
  • Grothendieck, précurseur du théorème de Bell
  • Le monde ARN reconstitué ?
  • Les trous noirs n'auraient ni horizon, ni singularité
  • Nouvelle théorie de l'espace menant à la "grande dislocation"
  • La gravité facteur de décohérence
  • Des nano-satellites pour suivre des capteurs au sol
  • Détecter les astéroïdes avec des télescopes imprimés en 3D
  • Les réserves d'eau douce souterraine de la Planète s'épuisent
  • La sixième extinction de masse en cours
  • La prétendue "pause" dans le réchauffement n'était due qu'à un changement de thermomètre
  • Capturer le CO2 des cimenteries avec des membranes
  • Découplage entre CO2 et croissance en Chine grâce aux renouvelables
  • Un seul gène à l'origine des multicellulaires
  • Les rats rêvent aux endroits où ils voudraient aller
  • Le chimpanzé dévisage, le bonobo cherche le regard
  • Les Egyptiens seraient les ancêtres des sapiens sortis d'Afrique
  • Avec Brain-to-text, un ordinateur peut lire dans les pensées
  • Musique et langage
  • Un drone qui attrape des moustiques pour les analyser et prévenir les épidémies
  • Le cerveau est connecté au système immunitaire
  • Comment combattre l'Alzheimer et retrouver la mémoire
  • La protéine responsable du Parkinson identifiée
  • De l'électronique injectée directement dans le cerveau
  • Des nanoparticules dans le cerveau activées par magnétisme
  • L'aspirine détruit les cellules souches cancéreuses
  • Régimes
  • Lier mémoire sémantique (base de connaissance) et "mémoire épisodique" pour comprendre un texte
  • Mind Control TV : la BBC teste une télévision contrôlée par la pensée
  • Une imprimante 3D industrielle ultra-rapide à base d'infrarouge et de jet d'encre
  • L'impression 3D couleur (sans colorants)
  • Robo-Mate, le petit exosquelette qui vous rend 10 fois plus fort
  • Bee-Plane, l'avion détachable

Lire la suite

Eloge de l’assistanat

Du développement personnel au développement humain
Les conceptions fausses de la politique, telles que nous les avons dénoncées, renvoient in fine à des conceptions fausses de l'individu. C'est assez largement admis aussi bien pour l'homo oeconomicus que pour l'homo sovieticus, abstractions éloignées d'une réalité plus contradictoire et sous-estimant l'une comme l'autre les déterminations extérieures, économiques ou sociales (sans parler de l'écologie). On voit qu'il y a de multiples façons opposées de se tromper. Ces conceptions de l'individu ne sont pas, bien sûr, des productions de l'individu, reflétant son expérience immédiate, mais des productions sociales, des idéologies collectives qui ne coïncident que très partiellement avec la réalité (raison pour s'en désoler). Ce ne sont donc pas ces conceptions qui sont déterminantes, plutôt déterminées. Cependant, c'est en cela que nous sommes les plus concernés, nous identifiant à cette conception à mesure qu'elle nous donne de l'importance et nous justifie, fait de nous son héros. De nos jours, l'idéologie dominante (anglo-saxonne) est plutôt celle du développement personnel, de la réalisation de soi, où l'on est supposé choisir sa vie comme on choisit un métier. Tout est là. Cette confusion du travail et de la vie, correspond bien aux nouvelles conditions de production, s'appuyant ainsi sur des évolutions matérielles effectives et l'individuation des parcours. Elle constitue néanmoins, et comme toujours, une déformation de ces nouvelles nécessités qui sont plutôt celles du développement humain au lieu de cette injonction à la normalisation qui nous est faite et qui se résume à l'identification au Maître.

Selon la définition qu'en donne Amartya Sen, le développement humain, c'est le développement des capacités et de l'autonomie des individus, autonomie qui n'est donc pas naturelle mais une production sociale. Cela suppose effectivement que tous les individus ne sont pas autonomes par eux-mêmes, maîtres de leur vie, mais qu'on a besoin pour cela de l'assistance des autres, leur aide et coopération. Tout au contraire, le développement personnel stipule que c'est dans "la recherche permanente de son authenticité que chacun finira par réaliser une vie qu'il doit construire" (Nicolas Marquis). Cette supposition d'un individu autonome détaché de son environnement et qui aurait en lui ses forces d'émancipation n'est pas si loin des critiques de l'aliénation, notamment des situationnistes substituant leur révolution individuelle, dans leur vie quotidienne, aux luttes sociales. La version "néolibérale" du développement personnel rend plus manifeste la fonction normative de cette recherche d'authenticité, même si la norme, pour les situationnistes était celle de la transgression. Le jargon de l'authenticité nourrissait aussi le nazisme de Heidegger, obsession de sa germanité et rejetant les masses frappées d'inauthenticité en dehors de l'humanité. En effet, derrière le mythe de la renaissance, de la résilience, de l'événement qui délivre de l'aliénation, il y a surtout la célébration des gagnants, des élus, de l'exception à la règle - mais la vraie vie est toujours absente, c'est toujours une vie autre...

Lire la suite

Revue des sciences juin 2015

  • Sur la voie de la maîtrise du climat ?
  • La néoténie humaine, une idée à relancer
  • Dans la tête de Néandertal
  • Rôle de la pression mécanique dans la différenciation des cellules
  • Empathie, sens moral, altruisme
  • L'espace en spirale expliquerait que la matière ait primé sur l'anti-matière
  • La concentration de CO2 dépasse les 400 ppm, un record
  • 40 volcans sont en éruption en ce moment dans le monde
  • La force des éruptions liée aux poches de gaz des volcans
  • La fragmentation des écosystèmes met en danger la biodiversité
  • Des énormes vagues sous-marines homogénéisent les températures
  • Le pollen des fleurs augmente les pluies
  • La gestion numérique des éoliennes de la conception au temps réel
  • Résonance - Une éolienne oscillante... sans pales et sans rotation...
  • Des batteries à eau salée pour stockage de longue durée
  • L'édition de gène CRISPR-Cas9 contrôlée par laser
  • La sexualité, c'est la santé
  • Un plus gros cerveau favorise la survie de poissons femelles
  • Les mouches ont bien des émotions (anxiété)
  • Les femelles lémuriens sont dominantes grâce... à la testostérone
  • Des singes combinent des sons dans leur langage
  • Le processus de décision du cerveau
  • La transplantation de neurones GABA rétablit la plasticité de l'enfance
  • Pas d'inégalités entre hommes et femmes chez les chasseurs-cueilleurs?
  • Des chasseurs-cueilleurs qui remplacent le sexe par l'adoption
  • De l'huile lourde pour résister au vieillissement oxydatif
  • La stimulation électromagnétique renforce la mémoire
  • Retrouver une vue parfaite par l'injection dans l'oeil d'une lentille bionique
  • Restaurer la vue par optogénétique
  • Restaurer la mémoire perdue par l'optogénétique
  • Le Viagra contre le paludisme
  • Du cannabidiol contre l'addiction au cannabis ?
  • Fumer trop jeune du cannabis ferait stresser plus et perdre 10 cm !
  • De la morphine à partir de levure modifiée
  • Une neuroprothèse "intuitive" branchée sur les intentions plutôt que les mouvements
  • Un robot qui s'adapte aux dysfonctionnements
  • Des robots-outils intelligents à main
  • Transports du futur : un drone/taxi à décollage vertical

Lire la suite

L’échec politique, entre religiosité et déterminismes

 
Et c’est parce que ce milieu imaginaire n’offre à l’esprit aucune résistance que celui-ci, ne se sentant contenu par rien, s’abandonne à des ambitions sans bornes et croit possible de construire ou, plutôt, de reconstruire le monde par ses seules forces et au gré de ses désirs.
Durkheim - Les Règles de la méthode sociologique

politique
La politique est décidément bien décevante, chose acquise à peu près pour tout le monde aujourd'hui - surtout depuis la crise financière et les révolutions arabes - sauf qu'on s'obstine à mettre encore notre impuissance collective entièrement sur le compte de notre défaitisme et notre passivité, alors que notre activisme pourrait y participer tout autant à se tromper de cible et se croire obligé de répéter comme un mantra, d'échecs en échecs, qu'il faudrait rester utopistes car ce serait sinon accepter les injustices du monde ! On peut dire que c'est le privilège de l'âge, après des années de militantisme, de constater à quel point c'était une impasse et n'a servi à rien ou presque, mais cela ne date pas d'hier. Il ne s'agit pas de s'en accommoder mais d'essayer de comprendre pourquoi au lieu de le dénier bêtement en s'imaginant avoir trouvé cette fois la bonne martingale qui grâce aux réseaux sociaux, à notre excellence ou quelque autre merveille assurera le triomphe de ce qui a toujours échoué jusque là... Le premier obstacle est bien là, en effet, dans cette loi du coeur, simple refus du réel comme de reconnaître l'étendue de notre impuissance que personne pourtant ne peut plus feindre d'ignorer, et préférer croire aux miracles, toujours prêts à suivre les marchands de rêves. A n'en pas douter, se focaliser sur les problèmes concrets (reconversion énergétique, relocalisation, inégalités, précarité) donnerait une bien meilleure chance de les régler mais on préfère rehausser notre image avec des ambitions plus élevées et la dévotion à quelques grands idéaux ou la nostalgie d'une société fusionnelle, perdus dans une religiosité, mêlant l'abstraction et l'affectif, dont c'est la réalité qui fait les frais.

Durkheim explique assez bien cette projection dans la totalité par le fait que "le concept de totalité n'est que la forme abstraite du concept de société" même si, à l'origine, cela s'appliquait à des sociétés beaucoup plus restreintes (à taille humaine). Il y a une nécessité des rites d'unification d'une société pluraliste pour sa cohésion et la réduction des tensions internes, fonction des fêtes et commémorations (des banquets républicains chez les Grecs) mais il est aussi essentiel de ne pas en faire trop et de reconnaître nos divisions innombrables, qui nous opposent et réduisent d'autant le pouvoir du politique à un point d'équilibre entre droite et gauche. Hélas, après le désastre des totalitarismes fascistes et communistes, puis le remplacement des anciennes luttes de libération et des guérillas communistes par les djihadistes, il semble bien qu'il soit plus difficile qu'on ne croit de sortir des schémas religieux et de la quête de l'absolu pour prendre à bras le corps les questions matérielles considérables qui se posent alors que jamais période ne fut aussi révolutionnaire - mais pas au sens quasi théologique qu'on voudrait lui donner!

Dans le sillage du travail poursuivi sur la débandade des avant-gardes, la critique de la critique, la surestimation de nos moyens, les solutions imaginaires, la fin de la politique et l'ineffectivité de la philosophie politique, il m'a semblé utile de revenir d'abord sur ce qui nous trompe, nous empêchant de reconnaître nos déterminismes et résoudre nos problèmes, puis sur ce qui nous contraint matériellement, que cela nous plaise ou non, essayant de dessiner ainsi le cadre peu reluisant de l'action collective, nous laissant peu d'espoirs, et les mécanismes effectifs derrière la façade politicienne de la démocratie compétitive. Il n'y a là paradoxalement rien de nouveau, que du bien connu mais dont on ne veut rien savoir dans les discours politiques au moins. Dire ce qui est ne peut viser à décourager l'action mais tout au contraire lui donner un peu plus d'effectivité peut-être, en abandonnant la pensée magique ? En tout cas, même si c'est probablement en vain, c'est pour cela que je continue ce travail ingrat - car il est vital qu'on arrive à s'en sortir et qu'on ne se laisse pas faire, en dépit de tout ce qui nous en empêche (nous-mêmes en premier).

Lire la suite

Revue des sciences mai 2015

  • Intelligence : les babouins passent le test
  • Des virus tueurs de tumeur
  • Les éruptions solaires ont un cycle de 11 mois
  • Des milliers de glaciers sous la surface de Mars
  • L’acidification des océans cause de la plus grande des extinctions
  • Des organismes synthétiques pour capturer le CO2
  • Le e-diesel avec de l'eau, du CO2 et de l'électricité
  • Un mini-supercondensateur aux capacités d'une batterie
  • Une batterie ultrarapide en aluminium
  • Utiliser le CO2 pour stocker l'énergie
  • La désalinisation et la purification de l'eau en moins de 3mn
  • L'ADN pourrait se former spontanément
  • Les neurones auraient évolués 2 fois
  • Des rats aveugles avec un GPS dans la tête se déplacent comme s'ils voyaient
  • Les femelles primates auraient utilisé des armes les premières
  • Les hominines taillaient déjà des outils il y a 3,3 millions d'années
  • Homo sapiens avait la supériorité des armes sur Neandertal
  • Comment les Européens sont devenus blancs et buveurs de lait
  • L'édition de gène pourrait s'appliquer aux ARNs
  • Plus les animaux vivent vieux et plus ils ont des gènes antiinflammatoires
  • La déficience en zinc déclenche une prolifération incontrôlée des cellules
  • La stimulation du système immunitaire par 2 médicaments vient à bout des tumeurs
  • Le soja diminue les cancers mais, en supplément il les augmente !
  • Le cannabis favorise les faux souvenirs
  • La stimulation profonde du Parkinson empêche une trop grande synchronisation des neurones
  • 11 gènes liées aux personnes extraverties augmentent l'effet placebo
  • Le paracétamol, anti-douleur et anti-émotions ?
  • Une pilule pour contrôler sa faim avec son smartphone
  • Un oeil bionique/caméra à vision augmentée imprimé en 3D pour 2027 ?
  • Sentir des émotions dans la paume de sa main envoyées par smartphone

Lire la suite

L’impossible responsabilité du climat

climatComme on le soutenait à l'époque (ce n'est pas l'énergie qui manque) contre ceux qui annonçaient une fin du pétrole imminente (et continuent à y croire!!), la question n’est certes pas du pic pétrolier sans cesse repoussé puisque, tout au contraire, il faudrait garder dans le sol un tiers des réserves pétrolières, la moitié du gaz naturel et 80% du charbon qui s’y trouvent ! Ce serait absolument vital mais paraît pourtant complètement irréaliste. On ne peut pas compter, en tout cas, sur un manque de carburant qui nous ferait entrer dans un monde à la Mad Max, ni se reposer sur cette "apocalypse pétrole" pour des "villes en transition" - car pendant ce temps là les émissions de gaz à effet de serre n'arrêtent pas de monter. Dans l'état actuel du monde, la seule façon de limiter l'extraction des énergies fossiles et nos émissions, semble bien d'accélérer le développement des énergies renouvelables qui atteignent leur maturité et deviennent enfin compétitives (notamment le solaire) aussi bien par rapport au pétrole qu'avec le nucléaire, donnant accès à une énergie gratuite et décentralisée. Il faut s'engager également dans la capture du CO2, l'isolation des bâtiments ainsi que la sauvegarde ou l'extension des forêts voire la réduction de l'élevage et de la consommation de viande, mais se concentrer sur cet objectif à notre portée de reconversion énergétique devrait être notre priorité, avec la plus grande capacité de rassemblement (suffisante?).

Lire la suite

Philosophie politique et politique effective

Dans notre situation actuelle, il ne m'a pas paru inutile de confronter les prétentions de la philosophie politique depuis ses origines à la réalité des rapports de force et des processus matériels. La question de la politique remonte en effet aux débuts de la civilisation et de la philosophie. Ce n'est vraiment pas nouveau. Les réponses qu'on y a donné ont été, tout comme de nos jours, soit aussi irréalistes qu'effrayantes (comme la République de Platon) soit un simple rabâchage de jugements de valeur ou de condamnations morales sans aucune portée. On en a beaucoup voulu à Machiavel, pourtant on ne peut plus progressiste, de se préoccuper de l'effectivité du politique et de la politique effective telle que pratiquée à son époque comme du temps des Romains, en contradiction souvent avec les discours de façade. Il y a une profondeur historique qu'on s'imagine pouvoir superbement ignorer comme si rien ne pouvait nous empêcher de faire "tout autre chose" que les anciens peuples. Aussi intolérable cela puisse nous paraître, il y a bien une réalité qui s'impose à nous et qu'on peut juste essayer d'améliorer. Maintenant qu'on ne peut plus croire à l'histoire sainte marxiste, on peut y voir une simple variante d'illusions anciennes (victoires éphémères des prophètes armés) nous ayant ramenés au point de départ.

Dans nos sociétés de zapping permanent, il est difficile de croire qu'il n'y aurait rien de nouveau sous le soleil, rien que nous puissions radicalement changer et, il est vrai que notre distance avec ces époques reculées est considérable, en particulier depuis l'essor du numérique, mais il ne faut pas croire que cela rendrait caduque l'histoire ancienne (ce qu'on appelait les "humanités") et tout notre passé. On reste frappé au contraire de la similitude avec les déplorations de notre actualité la plus brûlante. Le constat est toujours le même du gouffre entre les prétentions du politique et la réalité du gouvernement. Plutôt que de s'imaginer être les premiers au monde à vouloir le transformer, comme tout juste débarqués, il faudrait quand même finir par prendre la mesure de tout ce qui s'y oppose depuis toujours, en particulier nos limites cognitives qui nous font adopter des solutions simplistes et surévaluer nos capacités. La question n'est pas théorique mais au plus haut point pratique car il est désormais vital de transformer le monde. D'une part pour s'adapter aux nouvelles forces productives et aux réseaux globalisés, d'autre part pour faire face aux dérèglements écologiques que nous provoquons. Il le faut et pourtant on n'y arrive pas. C'est de là qu'il faut partir et se focaliser sur nos moyens, eux aussi tellement limités, pour aboutir à des résultats concrets au lieu de se déchirer sur nos visions du monde et des objectifs lointains inatteignables.

Notre actualité est celle de la confrontation de conceptions fascisantes de la politique (ou de la démocratie comme volontarisme), ne pouvant que mener au pire, en opposition frontale avec la réalité de la politique et d'une démocratie pluraliste qui sont le lieu de la diversité et du compromis. Rien de révolutionnaire à en attendre, c'est la réalité qui est révolutionnaire avec l'accélération technologique et l'emballement du climat, ce qui rend notre impuissance d'autant plus dramatique et inexcusable, impossible de ne pas bouger, on n'a pas le choix. Le problème, c'est que plus la crise nous réduit à l'impuissance et plus on s'accroche à des rêves de révolutions miraculeuses, de communauté retrouvée, délivrés de nos dettes, de l'argent, du travail, véritable royaume de Dieu sur terre - qui n'est pas seulement trompeur mais en rajoute encore à notre impuissance. D'autres s'y sont essayés tant de fois, au nom de Dieu, de l'amour, de l'altruisme, de la solidarité, de la fraternité ou de la Nation (la race, la civilisation, la tradition, etc.). Toujours la même chanson. Il faut prendre au sérieux ces effusions qui remuent les âmes mais elles n'ont aucune prise sur les choses. Ce n'est pas comme cela qu'on s'en tirera mais en trouvant des solutions concrètes à des questions matérielles et en construisant les rapports de force nécessaires. On ne peut laisser se développer précarité et exclusion ni le creusement des inégalités ni la dévastation de nos territoires mais il faut pour cela désidéaliser la politique, la désenchanter pour revenir au réel enfin, il y a urgence !

Lire la suite

Revue des sciences avril 2015

  • Cancer épigénétique : des cellules souches mal différenciées
  • Quelle est notre place dans l'Univers
  • L'évolution de l'homme sur la piste du loup
  • Confirmation du Boson de Higgs et de la théorie électro-faible
  • Intrications en masse
  • La matière noire n'interagit pas avec elle-même
  • Il y aurait eu des super-Terres dans le système solaire
  • Le plus gros impact de météorite, il y a plus de 300 millions d'années
  • Boeing brevète un arc électrique pour atténuer les ondes de choc
  • Un "isolant-topologique" optique
  • Une sorte de Lego chimique avec les nanotechnologies clics
  • Le début de l’Anthropocène remonte à la découverte de l’Amérique
  • Les éruptions volcaniques influencent durablement le climat
  • Déclin du puits de carbone amazonien lié à une surmortalité des arbres
  • La fonte de l'Antarctique s'accélère
  • Refroidir les eaux de surface avec les eaux profondes ?
  • On passe des smartgrids aux microgrids, du global au local
  • Un béton photovoltaïque
  • Un drone capable de planter 1 milliard d’arbres par an
  • Cyanure et sulfure d'hydrogène avec du cuivre à l'origine de la vie ?
  • Premières images des plus petites des bactéries possibles
  • L'insertion d'ADN de mammouth laineux dans celui de l'éléphant
  • Des loups devenus pêcheurs
  • Nous avons de l'ADN bactérien acquis par transfert horizontal de gènes
  • Le premier Homo, il y a 2,8 millions dans la vallée de l'Omo ?
  • La religion à l'origine de la civilisation
  • Des souvenirs modifiés pendant le sommeil
  • Pour prendre une décision, le cerveau fonctionne comme une entreprise
  • Les agents sénolytiques pour éliminer les cellules sénescentes
  • Des traitements efficaces contre l'Alzheimer ?
  • Des nanoparticules magnétiques pour stimuler le cerveau sans fil
  • Bientôt un médicament pour refroidir le cerveau ?
  • Le premier joint électronique 100% légal
  • L'allergie au cannabis
  • Le cholestérol accapare la vitamine E
  • Le foetus fait la grimace quand la mère fume
  • Des vers attirés par le cancer pour le détecter dans l'urine
  • Reconstruire la cornée à partir des dents... en passant par la joue
  • Des fibres optiques qui imitent le fonctionnement du cerveau
  • Une imprimante 3D ultrarapide et travaillant en continu

Lire la suite

Des situationnistes aux djihadistes

tsimtsoumDe la difficulté d'être radical

Le Réel, c’est ce qui s’impose à nous, qu’on n’a pas choisi et qui nous échappe ou nous surprend, ce qui n’est pas conforme à notre vouloir, c’est la transcendance du monde sur lequel on se cogne, indifférent à notre existence. Le réel, c'est notre ennemi sans visage, de quelque nom qu’on le qualifie : que ce soit la finance, le marché, l’injustice, la violence, la domination, l'égoïsme, la bêtise, etc. A chaque fois, cependant, on cherche des coupables (il y en a), désignant quelques boucs émissaires commodes dont il faudrait se débarrasser afin de nous délivrer du mal. Pour cela, il semble bien qu’il suffirait d’un sursaut collectif (démocratique, religieux ou identitaire), sursaut révolutionnaire qui nous sortirait soudain de notre passivité et prétendue soumission volontaire, en laissant place à une merveilleuse société conviviale qui n’aurait plus d’ennemis !

Ces fadaises théologico-politiques sont assez universellement répandues, y compris chez de grands penseurs. Non pas qu'il n'y ait des moments révolutionnaires décisifs mais qui ne résultent pas tant que cela de la volonté des acteurs auxquels la situation échappe continuellement, car le réel est toujours là, quoiqu'on dise. Il y a dans l'idéologie révolutionnaire (à distinguer des révolutions effectives) deux contre-vérités patentes : d'abord l’idée qu’on pourrait se mettre d’accord entre nous, ce que pourtant tout réfute dans nos sociétés pluralistes (qu'on pense aussi bien aux religions qu'aux idéologies, aux controverses sur l'économie ou le climat, les impôts, etc.), ensuite l’idée que l’histoire pourrait s’arrêter, sans plus de pression évolutive, dans une vie vécue d’avance au service des biens et de l’ordre établi. Car, le comique dans l'affaire, c'est que le révolutionnaire qui prend le pouvoir (ou croit le restituer au peuple) ne voit plus du tout de raisons que celui-ci soit contesté désormais, prêt au règne de la pire terreur s'il le faut !

Le problème n'est pas seulement que ces illusions populistes sont fausses mais qu'elles sont dangereuses en particulier parce qu'elles font très logiquement de tous ceux qui ne suivent pas ces illuminés les responsables de l'injustice du monde, devenus de simples ennemis à éliminer, les chantres de l'unité produisant leur propre division. Être persuadé détenir la vérité divise en effet l'humanité en amis et ennemis, comme s'il y avait "eux", les esprits pervers de mauvaise foi qui refuseraient la vérité pour soutenir l'ordre établi, et "nous", les purs, les hommes de bonne volonté, ou les vrais Musulmans, sachant très bien ce qu'il faut faire pour détruire le système et sauver ce monde en perdition.

Ces tendances fascisantes sont à la mode un peu partout, reflets d'une impuissance de plus en plus flagrante qui appelle des politiques autoritaires qui s'y casseront le nez tout autant. Le point qu'il faut souligner ici, c'est que, bien sûr, ne pas adhérer aux délires des complotistes ou de militants "anti-système", plus ou moins violents ou stupides, ne peut absolument pas signifier qu'on ferait partie des partisans du système en place. Et ce n'est certainement pas en renforçant cette dichotomie entre eux et nous qu'on fera reculer la violence. En effet, le plus insupportable face au terrorisme, c’est l’indécence avec laquelle on célèbre une République idéalisée qui feint de découvrir la désespérance de ses banlieues alors qu’elle traite si mal tous ses exclus et qu’elle est accaparée par des élites complètement coupées de la population et des immenses transformations en cours. Non, ce monde dans lequel nous sommes venus à l'existence n’est pas le nôtre, ce n’est pas nous qui l’avons fait et, en dehors des progrès sociaux attaqués de nos jours, il n’y a aucune raison de le glorifier ni de s’en faire les rentiers satisfaits. Ce monde est inacceptable et il faut le dire. Cela ne suffit pas à savoir comment le rendre meilleur, mais c’est un premier pas incontournable.

On ne peut en rester à une condamnation morale, il faut avoir le souci de la traduire dans les faits, même si la mise en pratique n'a rien de l'évidence (j'en sais quelque chose pour la coopérative municipale). Il n'y a pas de raisons de ne pas essayer d'aller au maximum des possibilités du temps, encore moins de se satisfaire du monde tel qu'il est, mais il nous faut tenir les deux bouts d’une révolte nécessaire contre les injustices sociales en même temps que le réalisme obstiné des solutions qu'on y oppose en mesurant, hélas, l’insuffisance de nos moyens - au lieu de se chauffer la cervelle avec des rêves d'absolu qui ne font qu'empirer les choses.

A l'opposé de cette radicalité bien trop prosaïque, il y a, en effet, les révoltés métaphysiques. C'est ce qui va permettre l'étrange rapprochement des situationnistes avec les djihadistes d'aujourd'hui (prenant la place des guérillas communistes d'antan), rapprochement contre-nature et qu'on ne peut pousser trop loin mais qui est plus éclairant, sans aucun doute, que le recours à des diagnostics psychiatriques dignes de la façon dont le régime traitait ses ennemis à l'époque soviétique.

Lire la suite

Revue des sciences mars 2015

  • Les Jarawas au paradis des chasseurs-cueilleurs
  • Des exoplanètes plus accueillantes que la Terre
  • L'héritage épigénétique
  • Les blockchains, clefs d'un nouveau monde
  • Le stress : un mécanisme d'adaptation au danger
  • Pas de Big Bang mais un univers éternel ?
  • Le chat de Schrödinger à l'échelle moléculaire
  • La fonction d'onde existe bien et n'est pas un artefact informationnel
  • Une naine rouge a frôlé le système solaire, il y a 70 000 ans
  • Les cycles d'activité solaire stables depuis 400 ans
  • La matière noire au coeur du soleil modifie la diffusion de chaleur
  • Tous les 30 millions d'années la matière noire attire les comètes sur nous et augmente le volcanisme
  • Du soleil et des bactéries pour fabriquer du carburant
  • Plus les écosystèmes sont complexes, plus ils sont stables
  • 2 milliards d’années sans évolution pour des bactéries sulfureuses
  • L'ADN de nos bactéries peut transmettre des caractères à notre descendance
  • 8 neurones suffisent pour jouer à Tétris !
  • Les ondes cérébrales renforcent ou affaiblissent les synapses
  • Face à la déforestation, l'orang-outang opte pour la marche à pied
  • Neandertal disparu il y a 45 000 ans ?
  • Ovule et sperme obtenus à partir de cellules de la peau
  • Une protection contre le VIH
  • L'huile d'olive tue les cellules cancéreuses
  • 24% des psychoses à cause du cannabis de forte puissance!
  • Le cannabis, la moins dangereuse des drogues
  • Une mauvaise pilule d’ecstasy gagne l'Europe
  • Des guides pour réparer les nerfs, imprimés en 3D

Vous trouverez encore dans ce numéro des nouvelles terribles ou extraordinaires, avec des exoplanètes plus accueillantes que la Terre, la transmission des caractères acquis, l'avenir insoupçonné des documents numériques infalsifiables inspirés du bitcoin ou, encore, qu'on puisse obtenir ovule et sperme à partir de cellules de la peau - débouchant notamment sur la possibilité d'engendrer entre homosexuels. On apprend que pourrait se faire en 2017 le projet fou de Sergio Canavero de greffer une tête d'homme sur un autre corps. On apprendra aussi avec surprise qu'une étoile est venue nous visiter à l'aube de l'humanité moderne, il y a 70 000 ans et que tous les 30 millions d'années la matière noire attire sur nous les comètes et augmente le volcanisme...

Lire la suite

Non, les robots ne sont pas la cause du chômage !

foxconnUne étrange rumeur se répand : nous serions menacés du grand remplacement par les robots qui nous voleraient nos emplois, alors même que nous connaissons actuellement un chômage de masse sans que les robots n’y soient pour rien, ou si peu ! Décidément, cette peur du remplacement prend toutes les formes. On a peur d'être remplacés par d'autres cultures, d'autres religions, comme on a peur d'être remplacés par des robots ou des transhumains. Cette peur d’un monde dont nous serions expulsés est on ne peut plus originaire, témoignant de la fragilité de notre ex-sistence et du caractère éphémère de la vie - car nous serons remplacés, cela ne fait pas de doute, pas plus que notre condition de mortels dont nous ne serons pas délivrés de sitôt !

L'idée que les progrès techniques feraient disparaître le travail est un classique qu’on retrouve à chaque grande crise où l’effondrement économique détruit les emplois en masse et crée soudain une « surpopulation » d’inemployables. Ce n'est pas du tout la première fois mais, à ne pas vouloir croire aux cycles économiques, on s’imagine à chaque fois que ce serait définitif cette fois, comme Dubouin dans les années 1930 qui parlait alors de « la grande relève par la machine » s’appuyant sur une déjà prétendue fin du travail pour justifier un revenu d’existence (qui se justifie tout autrement, par la non-linéarité du travail immatériel et non sa fin). Ce n'était pourtant un mystère pour personne que les causes de la crise de 1929 étaient bien financières !

Il faudrait quand même prendre conscience de toute la distance entre ces prophéties réitérées et les faits qui ont suivi. On peut rapprocher ces fausses évidences de ceux, pour qui ce sont les immigrés qui nous volent nos emplois mais, au fond, vouloir faire de la réduction du temps de travail un remède à la raréfaction des emplois procède de la même erreur d’analyse sur le fonctionnement économique et la nature du travail dans une société développée, qui n’a plus rien de la couverture de besoins basiques ni d'un ensemble de tâches fixes à partager mais évolue avec la technique et dépend largement de facteurs monétaires.

Lire la suite

Comment l’esprit vient à la matière avec le numérique

La question se pose de l’enseignement du numérique à l’école, entre simple apprentissage de son utilisation ou initiation à la programmation. J’avais émis l’opinion à Antonio Casilli, qui m’avait pris pour un débile, qu’il faudrait enseigner les rudiments du langage machine pour comprendre l’interface entre hardware et software, comment l’esprit venait à la matière, dissiper enfin le mystère de nos appareils numériques en même temps que celui de la pensée.

En effet, rien mieux que le numérique ne rend visible le dualisme de la pensée et de l’étendue, de l’esprit et du corps qui ne sont pas « une seule et même chose » comme le prétend Spinoza, le programme n’est pas l’envers de la machine, leurs existences sont à la fois distinctes et liées (mais pas inséparablement). Les conséquences philosophiques du numérique me semblent complètement négligées tant on rechigne à réduire « Les lois de la pensée » à une algèbre booléenne. Le risque de réductionnisme existe si on n’y introduit pas le langage narratif au moins et le mode de fonctionnement des réseaux de neurones ou du machine learning qui n’ont rien à voir avec un programme linéaire, cela ne doit pas empêcher de savoir par quelles procédures le numérique se matérialise, une pensée s’incarne (comme dans l’écriture) et les instructions s’exécutent (« comment l’esprit meut le corps »).

Lire la suite