Le retour des luttes d’émancipation

Pour toutes sortes de raisons le mouvement des indignés ne semble pas prendre pour l'instant en France. C'est pourtant de là que l'impulsion initiale est partie, à la grande surprise du merveilleux Stéphane Hessel qui n'y est pas pour grand chose et a dû essuyer par ici de nombreuses critiques injustifiées. Ce n'est pas si grave et n'empêchera pas ce premier mouvement révolutionnaire mondial d'être irréversible et de marquer le retour des luttes d'émancipation après des années de soumission à l'économisme le plus sordide.

Bien que le caractère social des revendications soit manifeste, facteur premier des mobilisations, il faut insister sur le fait que ce ne sont pas simplement des revendications matérielles et des luttes catégorielles mais tout autant des luttes d'émancipation qui visent à étendre les droits de l'individu contre le système et se libérer de la dictature économique (ce qui n'est certes pas une mince affaire mais prend avec la crise un sens très tangible). En tout cas, depuis les révolutions arabes, on entend beaucoup le mot de liberté. Il faut célébrer ce retour de l'étendard de la liberté dans notre camp, qu'avait voulu nous confisquer trop longtemps un libéralisme économique autoritaire. On peut dire que ce mouvement dénonce une liberté formelle au nom de la défense de nos libertés concrètes. Cela suffit pour nous faire renouer avec toute la tradition révolutionnaire dont nous prenons la suite même à l'aborder avec un regard très critique et beaucoup moins d'illusions afin de ne pas refaire les mêmes erreurs mais tirer enseignement de ses échecs passés.

Le petit nombre qui donne corps à ce mouvement en grande partie médiatique peut interroger sur son sérieux mais tous les mouvements sociaux sont très minoritaires, surtout au début. Il n'y a jamais la moitié de la population dans la rue mais, à vrai dire, le nombre ne fait rien à l'affaire. Les mouvements sociaux sont surtout des faits de discours, même s'ils s'appuient par définition sur des mobilisations bien réelles, le soutien de l'opinion en témoigne mais contrairement à l'idée qu'il y aurait d'abord un corpus idéologique ou même un collectif d'où émergerait son unité, on a plutôt l'impression de voir des individus s'agglutiner à un noyau informe en essayant de suivre un mouvement mal défini mais avec la volonté d'intégrer le courant de l'histoire et de refaire société. Ce n'est pas la force du nombre qui importe mais la force des mots, voire des chiffres (99% opposés aux 1% les plus riches), c'est la raison qui s'impose aux discours en même temps que la crise nous ramène au réel, ce sont des slogans irréfutables tout comme les impasses de la crise financière. Tout ceci ne serait pas grand chose, assurément, si la longue crise dans laquelle nous sommes entrés ne lui donnait de plus en plus de force alors qu'on assiste comme en toute révolution à la perte de légitimité d'un pouvoir qui a démontré son impuissance et sa collusion avec les puissances d'argent. Pas besoin de faire appel aux bonnes volontés quand la colère monte mais pour Hegel, la ruse de la raison, c'est qu'à devoir passer par le discours, l'intérêt individuel lui-même est obligé de passer par des arguments rationnels et de s'universaliser ainsi. C'est la situation qui nous donne raison ainsi que la vitalité, l'inventivité des slogans qui fleurissent et témoignent bien d'une vérité qui veut se dire et souvent touche juste.

Tout cela reste embryonnaire, ce n'est pas beaucoup plus qu'un retournement idéologique mais il est mondial. Sauf si la crise s'aggrave (ce qui selon toute apparence ne saurait tarder), il ne faut sans doute pas attendre des bouleversements à court terme de ce qui est un mouvement de fond inaugurant un nouveau cycle de luttes mais on assiste incontestablement au retour des luttes d'émancipation après des années de déroute voyant triompher la canaille en même temps que le moralisme le plus répressif. Certes, par rapport aux souvenirs idéalisés de Mai68 voire des hippies, on peut trouver les "indignés" bien timides et inconsistants mais c'est que la principale différence, c'est que c'est peut-être la première fois qu'on a un mouvement d'émancipation qui inclue la "critique de la critique". Il n'est pas question en effet de retomber dans les affres d'un communisme dictatorial. On n'imagine pas la bêtise des gauchistes d'alors, relativement peu nombreux mais omniprésents. On met désormais en avant les situationnistes qui étaient à l'époque quasi clandestins, en tout cas très peu connus malgré leur rôle effectivement important dans l'occupation de la Sorbonne et leur influence sur le mouvement du 22 mars. Ce qu'on se coltinait d'habitude, c'étaient des sectes trotskistes insupportables ou bien des commandos maoïstes qui scandaient "Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao" ! Rien à regretter. Ce qui est resté de ce joli mois de Mai, s'est décanté avec le temps et date plutôt d'après comme le féminisme. De l'autre côté de l'Atlantique, la bêtise du New Age n'était pas en reste à laquelle on ne voudrait pas régresser, ce qui ne doit pas empêcher d'en reprendre la promesse d'une ère de connaissance et de liberté (Aquarius). Nous nous situons inévitablement dans la continuité de ces luttes d'émancipation du passé. Il ne serait pas si mal, en effet, de revenir à l'ambiance de libération et d'excitation des sixties, à condition de se débarrasser de leurs naïvetés et grossièretés mais quand un mouvement mondial émerge, il n'est plus temps de se plaindre de ses insuffisances, il faut y participer pour le pousser au maximum des possibilités de l'époque (qu'il ne faut pas surestimer).

Les urgences du moment sont trompeuses et ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Nous ne sommes pas dans une crise financière qui n'est qu'une conséquence immédiate du retournement de cycle. On ne pourra retourner en arrière et revenir à l'état antérieur une fois la crise passée qui sera suivie d'une autre plus insoluble encore, etc. Il ne faut pas s'abuser en effet sur le fond de l'affaire et donc la portée des bouleversements que nous vivons. Comme dit Joseph Stiglitz : le problème, c'est la "compétitivité croissante des pays émergents, le système monétaire international et la flambée des prix de l'énergie". Cela veut dire simplement que le problème, c'est l'unification du monde, ce qu'on appelle la globalisation, réduisant notre marge de manoeuvre en éloignant les instances de décision et renforçant les interdépendances tout comme les concurrences déséquilibrées. Il faut ajouter le numérique qui en est l'instrument et nous fait basculer dans un tout autre monde, celui de l'ère de l'information. Il ne faut donc pas espérer qu'une fois la crise grecque passée, pour autant que cela puisse se régler en douceur, tout pourrait rentrer dans l'ordre. Il faut au contraire s'attendre au pire, en tout cas une période de chômage de masse en 2012-2015 selon les prévisions (si tout va bien!).

Sur le plan social, en dehors d'un revenu garanti improbable, il est donc assez douteux qu'on obtienne beaucoup sur le court terme au moins. Il faut essayer mais il faut savoir qu'on a plus de chance d'arriver à conquérir de nouveaux droits attachés aux personnes et non plus aux entreprises plutôt qu'espérer augmenter les salaires (bien que les luttes salariales soient nécessaires, tout comme le rééquilibrage du rapport capital/travail, mais l'inflation annule vite les augmentations générales comme en 1936 et 1968). J'en ai conclu déjà qu'il vaudrait mieux s'engager en toute conscience dans un appauvrissement volontaire que prétendre revenir à une bulle du crédit mais ce n'est pas dire qu'il faudrait baisser la garde et se résigner à son sort. Je prétends qu'une relocalisation est possible grâce à des monnaies locales et des coopératives municipales mais personne ne prend cela très au sérieux pour l'instant. Ce qu'il faudrait du moins, c'est remettre la liberté au premier plan, mais une liberté concrète basée sur des droits sociaux pour une nouvelle génération (revenu minimum, droit au logement, sécurité sociale, éducation gratuite, participation citoyenne, liberté de parole, de manifestation et de moeurs) de quoi annoncer enfin une nouvelle période de libération pour la jeunesse après tant d'années de sclérose.

Si la crise peut être porteuse de dérives xénophobes, elle opère une remise à plat et pousse à la radicalité permettant des réformes ambitieuses sur lesquelles un mouvement comme celui des indignés peut peser mondialement afin d'accentuer la régulation de la finance et l'obtention de droits sociaux universels mais il faut renforcer aussi le côté libertaire de la révolution en cours avec la généralisation de la gratuité numérique et l'extension de la liberté de moeurs ainsi que, cette fois, la légalisation du cannabis au nom duquel on criminalise la jeunesse, sans parler des ravages de la prohibition dans un Mexique au mains des narcos comme Chicago était infesté de gangsters au temps de la prohibition de l'alcool. C'est un point plus décisif qu'il n'y paraît et qu'il faudra régler comme Roosevelt mettant un terme à une prohibition criminogène, véritable guerre contre la population. Au delà de l'unanimisme, ce sont ces questions polémiques qu'il faudra trancher. Il faut reconnaître aussi que l'épisode psychédélique n'était pas sans intérêt ni créativité, partie prenante de l'émancipation des années 1960, même si là encore on ne peut plus en ignorer les risques seulement les réduire. De toutes façons, on ne pourra faire l'impasse, dans la pratique, sur cette question majeure des modes de vie minoritaires, question qui n'est pas posée seulement aux religions mais qui est sûrement celle de cette génération, faisant partie des libertés réelles qui doivent être intégrées aux perspectives de ce mouvement de libération même si cela ne semble pas d'actualité pour l'instant. Il ne s'agit pas seulement de s'assurer d'un minimum de droits sociaux mais bien de gagner de nouvelles libertés, avec toutes leurs contradictions, en reprenant les luttes d'émancipation là où elles en sont restées.

La période apparaît sombre à tous ceux qui voient leurs conditions de vie se dégrader mais il ne semble pas hors de portée de faire de l'époque qui s'ouvre un des moments les plus excitants de notre histoire avec de nouveaux progrès de nos libertés qui semblaient destinées à se réduire inexorablement sous la pression du terrorisme, de la surveillance électronique et des intérêts commerciaux. Nous avons un nouveau monde à construire. Il y faudra indéniablement du temps mais c'est du moins un combat qu'il vaut la peine de mener, justifiant tous les combats précédents, tout aussi improbables, pour un peu plus de justice et de libertés.

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35 réflexions au sujet de « Le retour des luttes d’émancipation »

  1. Décidément je ne suis plus d’accord avec le discours de vos derniers billets : On ne peut ranger dans un m^me panier des « indignés » les foules manifestant en Tunisie et en Egypte, les occupation de places publiques à Madrid, les grèves en Grèce, avec toute la lignée des mouvements antérieurs que vous rappelez. Non sans avoir cependant mis en doute leur sérieux et rappelé leur faiblesses numériques vous citez les hippies, le new Age, les mouvements de1968 et ses gauchistes omniprésents, les situationnistes embryonnaires, les addictions à l’alcool et au cannabis. Il faudrait donner à distinguer entre les expressions successives et toutes plus ou moins marginales d’un mal de vivre « à l’Occidental » et le développement de la paupérisation et du chômage comme phénomène de masse, de plus en plus global (après une phase de délocalisations et de consommation à crédit)
    Je trouve que vous entretenez ainsi la même ambiguïté qu’en proposant un « appauvrissement volontaire », concept tout à fait irrecevable pour les deux milliards d’humains qui meurent de faim sur cette planète, et pour tous les jeunes voués à l’émigration économique,au sortir de l’université. (Bien que, sur le fond, en tant que militant de gauche, je pense saisir ce que votre concept sous-entend positivement)

  2. erratum au lieu de " deux milliards d'humains qui meurent de faim" lire "qui souffrent réellement de la faim".

  3. Le précédent billet limitait expressément l'appauvrissement volontaire aux pays riches qui subiront de toutes façons un appauvrissement (et un chômage de masse) dans les prochaines années, au contraire des pays pauvres (sauf effondrement). Je conteste, en effet, qu'on puisse revenir à l'état antérieur et que des augmentations de salaire générales ne soient pas annulées rapidement par l'inflation (sans vouloir décourager quiconque d'essayer). Il ne faut pas s'attendre à un miracle dans l'économie, en tout cas pas à court terme.

    Ce billet-ci se situe dans la continuité du précédent mais à un autre point de vue, celui du retournement idéologique et d'un mouvement mondial qui se dessine sous le nom des indignés, en tout cas pour la journée du 15 octobre, dans toutes sortes de pays avec une très grande diversité. Je rapproche cela de 1968 où il y avait aussi toute une constellation de mouvements très différents assez peu compatibles (trotskistes et hippies par exemple) mais qui faisaient partie de la même conjoncture historique et qui partagent avec les mouvements actuels l'émergence d'une nouvelle génération. Je crois à une continuité de la tradition révolutionnaire qui est réactivée à chaque période révolutionnaire. A partir de là je souligne une composante libertaire à reprendre et renforcer devant les tendances autoritaires, en même temps que je suggère que les buts sociaux ne pourront être atteints que par de nouvelles libertés concrètes. Cela paraît à juste titre paradoxal mais c'est bien pour cela qu'il faut le dire.

    Je pense effectivement que la pierre de touche de cette nouvelle émancipation devrait être la fin de la prohibition comme en 1933 (cela n'a pas rien à voir avec la crise) et je suis scandaleusement attaché à la période psychédélique (comme l'était Steve Jobs, entre autres) qui n'a rien à voir avec un malêtre mais avec l'exploration de l'esprit et les portes de la perception, dimension essentielle de notre liberté et de l'émancipation des normes après les normes sexuelles. Je sais bien que c'est scandaleux de dire cela, et même interdit, prenant le moralisme et l'hygiénisme à rebours mais il est un fait que refuser une liberté aussi fondamentale que la liberté sexuelle, c'est réduire toutes les libertés, accepter des lois d'exceptions, faire dominer l'arbitraire et l'intrusion dans la vie privée. Si ce n'était pas si difficile à admettre pour les bonnes consciences, on n'en serait pas là mais la réalité se charge de corriger notre volonté implacable de contrôle. C'est en tout cas complètement solidaire avec la liberté numérique. La liberté a toujours été un scandale et condamnée par les bonnes moeurs.

    Bien sûr, l'essentiel est plutôt du côté de la libération du travail et de l'indépendance financière mais tout est lié au grand dam d'un utilitarisme à courte vue, la liberté ne se divise pas. C'est une question anthropologique, comme JS Mill l'a montré, au même titre que l'homo numericus. Tout cela peut faire bric à brac de données disparates (certes peu communicables) mais c'est tout cela qu'il faut prendre en compte dans une pensée complexe pour comprendre une situation historique au lieu de s'en tenir à des analyses unilatérales trop partielles.

  4. Merci Jean pour ce nouveau billet tonique et rafraichissant... Une analyse à chaud d'un mouvement dont les contours se dessinent... pour le meilleur.

    Je me permet d'ajouter ce commentaire, pour porter à ta réflexion une "contradiction", un "paradoxe" qui m'inquiétait mais qui maintenant me réjouis. Il y a depuis plus de 10 ans, et l'émergence de la critique portée par les "anti-mondialisation" redéfinis "Altermondialistes", deux fronts antagonistes qui cohabitaient de facto : d'un côté les revendications de protection version nationalistes/identitaires/souverainistes et de l'autre des "internationalistes"/"ecolo-communo-socialistes" revendiquant plus de "contrôles" face aux dégâts du néolibéralisme...

    Souvent on se sent mal à l'aise coincé entre ces deux lignes fortes, surtout quand au nom de la laïcité une véritable "alliance objective" se tisse. Cependant il paraissait impossible que la critique du système économique et financier globale débouche sur les mêmes options et alternatives pour le changement global. Une sclérose dont la "victoire du NON au TeCE" était la démonstration.

    Ce mouvement "Indignados" va enfin permettre de tirer ça au clair, avec la victoire -enfin elle se construit- d'une nouvelle identité "globale" des êtres humains, longtemps divisés par des religions, des états, des communautés, classes sociales, etc... Bref par la constitution d'une nouvelle citoyenneté : même si le mouvement des "indignés" se revendique a-politique et a-syndicale, et qu'il peine à émerger en France parce que les "cadres militants" font défaut, il y a une réalité beaucoup plus profonde, qui mettra le temps qu'il faut pour aboutir, c'est la revendication d'une identité, d'une entité globale/mondiale/universelle... Un nouveau courant de pensée politique émerge avec cette appellation "nous sommes les 99%", une nouvelle forme de solidarité planétaire, prônant la démocratie directe/réelle, une forme d'horizontalité du pouvoir entre tous les citoyen-ne-s... Les "Altermondistes" germent et éclosent à vitesse grand V, aussi vite que le vieux monde s'écroule. Et cela sonne le glas des logiques de repli nationalisto-raciste, une bonne nouvelle pour l'avenir.

    "LiberTerre" ou "Libearthians", en effet, c'est la tendance générale : un mouvement de solidarité mondiale pour la liberté et la démocratie.

    Ce qu'il y a encore d'embryonnaire à ce stade, c'est par exemple la question de la non violence et du pacifisme... défendue comme principe d'actions, mais qui ne franchit pas pour le moment le seuil de la revendication politique.

    Je m'étonne encore qu'aux USA le lien entre le développement du complexe militaro-industriel et de la politique militaire US ne soit pas si fortement mis en cause, car si il est bien une dépense qui coûte chère aujourd'hui aux sociétés occidentales, ce sont les budgets faramineux consacrés à l'armée et la politique de "défense" (appelez-la désormais "sécurité intérieure").

    Comment se fait-il que l'austérité érigée en principe indépassable, pourquoi ne concerne-t-elle pas les dépenses militaires ? Pourquoi en France l'un des deux premiers postes de dépenses budgétaires (le remboursement des intérêts de la dette publique, puis les dépenses militaires) ne fait l'affaire d'aucune revendication, pourquoi personne ne revendique (sauf FARID2012.ORG) l'abrogation pure et simple de la loi de programmation militaire votée au cours de l'été 2009 ?

    Bien cordialement,
    FARId

  5. Sans le complexe militaro-industriel, les USA ne domineraient pas le monde et le dollar ne serait pas une monnaie étalon. Il est certain que l'unification du monde devrait pousser à la disparition des armées mais les armes sont la dernière force des pays faibles.

    Le budget militaire grec est notamment scandaleux mais ce n'est pas en supprimant les dépenses militaires qu'on règlera tous les problèmes et plutôt que des revendications qui ne servent finalement à rien, il vaut mieux s'attacher à ce qui pourrait nous faire changer de système, pas seulement en alléger le poids, dans une vision à un peu plus long terme.

  6. Je vous trouve suffisamment intéressant dans vos écrits pour exiger que vous soyez très précis dans le choix des mots exprimant des concepts: Il y a beaucoup de pauvres aussi dans les pays riches qui ne peuvent adhérer à un tel "mot d'ordre" d'appauvrissement volontaire lequel n’apporte pas grand’ chose de nouveau aux notions antérieures, en voie de recherche, d’antimondialisation, d’altermondialisation, de démondialisation, décroissance,… ( On trouve de nombreuses contributions à ce propos de la part des Ramonet, Cassen, Ventura sur le site de « Mémoire des luttes »).

    De m^me je veux bien considérer comme devant être levée la prohibition du cannabis, mais à condition d’en débattre sans ambiguïté A la limite, des imprudents peuvent penser, à vous lire, que vous justifiez la fumette, en groupe, de joints accompagnés de boisson de bière sur- alcoolisée au coin d’un cimetière de village, par référence à l’usage de la drogue dans un tout autre contexte par des poètes et plasticiens comme Henri Michaux par exemple, en tant que stimulant expérimental de la création. La drogue est alors l’objet d’un contrôle attentif des inattentions innovantes qu’elle peut induire! Ce qu’on écrit est interprété par chaque lecteur selon son propre système de valeurs culturelles et cultuelles: Pour tel ou tel, vos phrases n’ont pas le m^me sens : personnellement je dénonce le risque que soit dans le sens des termes malheureusement assimilables ( sinon assimilée )« une émancipation des normes » (certes souhaitable) avec « une expérience des limites » ( qui nous conduit à une conscience de la relativité des normes)?
  7. J'ai précisé aussi que les seuls qui devraient s'enrichir, ce sont les plus pauvres en effet pour autant qu'on obtienne un revenu garanti mais dans un contexte de récession (qui n'est pas de mon fait mais le réel de notre situation économique). Je disais que l'appauvrissement n'est supportable qu'à supprimer la pauvreté mais la différence avec ceux que vous citez, c'est que je ne crois pas qu'on a le choix de ce qui est notre réalité.

    Je ne prétends pas juger des gens ni ériger de nouvelles normes. Il y a toujours eu des gros cons qui se soulaient la gueule. Qu'y puis-je ? Il ne s'agit pas de leur mettre les flics au cul pour autant au nom d'une conception idéalisée de l'humanité. Quand à l'expérience des limites, elle me semble très humaine, pour ne pas dire que c'est la vie elle-même, ce qui n'empêche pas la réduction des risques, indispensable. Je ne veux certes pas justifier un usage élitiste des drogues alors que c'est un besoin quasi universel malgré ses incontestables dégâts. Je suis par contre pour une culture des drogues comme il y a une culture du vin (qui est bien sûr une drogue bien qu'aliment aussi). Le psychédélisme me semblait une ouverture qui a donné pas mal de grandes oeuvres, y revenir serait une libération plus joyeuse que la perspective d'une répression toujours plus dure ou de drogues plus bassement utilitaristes. Car, il n'y a pas de monde sans drogues, il y a juste des drogues interdites quand d'autres comme l'alcool ou le tabac sont légales pourtant beaucoup plus dangereuses. Ce n'est pas la raison qui tranche ici mais les préjugés les plus étroits. Quand à la vie, elle n'est pas si belle qu'on le prétend et qu'on n'aurait pas besoin de béquilles souvent, la seule chose qui nous sauve est d'ouvrir l'espace devant...

  8. La liberté a toujours été un scandale et condamnée par les bonnes moeurs.
    Sans aucun doute, mais je voudrais souligner une autre raison sous-jacente autre que les bonnes moeurs pour laquelle les libertés sont limitées. Il s'agit de ce que René Girard n'a cessé de développer dans son œuvre, le désir mimétique d'appropriation. La liberté sexuelle, par exemple, est capable de faire naître les plus fortes jalousies compte tenu des très grandes différences d'aptitudes de chacun. Il en va de même pour tout ce que nous faisons ou possédons, et il ne fait aucun doute, de mon point de vue, que la volonté de s'émanciper de la dictature économique n'est pas le seul moteur de la révolution en cours, mais qu'on ne peut ignorer le rôle de la mimesis qui est une forme d'aliénation.

  9. Oui, bien sûr, les bonnes moeurs ce n'est que le poids du conformisme et l'intolérance aux conduites déviantes mais il ne faut pas rêver se libérer de toute forme d'aliénation. Il est certain que la liberté sexuelle comme toute liberté pose des problèmes et produit de nouvelles aliénations. Dans les révolutions comme dans les mouvements de foule ce poids du conformisme est exacerbé, cherchant ses boucs émissaires, c'est pourquoi cela devient la priorité dans ces moments de défendre nos libertés sans devoir faire preuve d'angélisme. Il ne faut pas confondre en ces affaires les libertés individuelles avec la liberté des capitaux, c'est eux ou nous !

  10. Je reviens sur ma réserve exprimée à l’égard de votre proposition d’une « émancipation des normes », pour préciser que je ne me place pas ainsi du côté des « bonnes mœurs », de leur conformisme, de l’intolérance à l’égard des déviances. Je voulais dénoncer le risque d’une interprétation libertarienne. ( tentation de l’ouverture absolue). Il s’agirait alors de réduire toute norme, les normales nécessités d’un ordre par convention, ou l'ordre qui convient dans une démarche scientifique ou dans la bonne connaissance des normes du langage) au simple préjugé ; condamnable car il rend aveugle à des possibilités voire aux nécessités de reconsidérer à un moment donné les conventions, la normalité, les lois).

    Cultiver les OGM en plein champ c’est par exemple littéralement « s’émanciper des normes » telles qu’elles résultent de siècles d’expérience en agriculture, à quoi s’opposent non pas d’antiques préjugés cependant subsistants, mais une recherche d’un autre possible respectueux des traditions de pratiques agricoles, recherche soumise au principe de précaution et à une meilleure connaissance des lois du biotope.

    Ou bien, en ce qui concerne la sexualité, (vous y faites aussi référence) admettre une diversité des expériences et des choix possibles – en considérant dans le genre ce qui relève du culturel et pas seulement du naturel- ne devrait pas conduire à proposer comme nouvelle normalité ce que les « bonnes mœurs » condamnaient auparavant comme déviances coupables. C’est en ce sens que je faisais la contre- proposition d’une indispensable « expérience des limites ». Mon allusion à l’usage de la mescaline par Henri Michaux ne visait pas à valoriser un usage élitiste des drogues. Je prenais dans l’expression artistique le contre- modèle à une liberté libertarienne (où tout est bon pourvu que se soit non conforme) parce que cette activité, dans son domaine propre, s’est fait une spécialité de poser la question des limites et ainsi « d’ouvrir l’espace devant » comme vous dîtes ci-dessus. En montrant qu’il peut s’ouvrir ici, donc aussi ailleurs ?

    Mais ce n’est pas dans l’art, c’est surtout dans la vie que se pose continuellement cette question de la transgression des normes convenues en vue de nouvelles conventions à venir , soit au niveau social et politique soit au niveau sociétal (à ne pas mélanger). Mon point de vue est que pour l’art « l’autre possible » par transgression de ce qui était antérieurement donné, n’est pas mis en question. Il se pose toujours comme l’énigme pacifique d’un jeu existant entre le même et le possible. Dans la vie l’incapacité à poser ces questions là et où elles sont posées, et à proposer des réponses, cela conduit à ce qu’elles finissent par poser, dans la rue, l’énigme généralement tragique d’une « révolution ».

    (mais ce n’est là qu’un point de vue )

  11. Je suis bien sûr d'accord sur la critique des libertariens. C'est le thème de mon article de se réapproprier une liberté qui avait été confisquée par les libéraux, l'antilibéralisme ne devant pas mener à une société autoritaire mais à une reprise des luttes d'émancipation en privilégiant les libertés individuelles concrètes sur la liberté des capitaux et les libertés purement formelles du citoyen. J'ai d'ailleurs souvent critiqué les libertaires eux-mêmes, assez inconsistants, voire complices des libéraux à remplacer "l'autogestion" par "l'auto-organisation", mais c'est la situation qui pousse à renforcer la composante libertaire.

    Je suis tout aussi d'accord sur le fait que la lutte contre l'homophobie ne signifie pas qu'on devrait être obligatoirement homosexuel et, bien sûr, la fin de la prohibition des drogues ne signifie absolument pas que la prise de drogues deviendrait obligatoire. C'est toute la différence entre la défense des minorités (de la liberté) et des normes universelles (ou un homme nouveau fantasmé). J'aime beaucoup Henri Michaux moi aussi et les artistes représentent indéniablement le meilleur de l'expérience humaine mais ce n'est pas du même ordre que les problèmes politiques qui concernent le grand nombre dans sa diversité. L'idée d'une culture psychédélique me semble libératrice, à l'opposé de tout utilitarisme ou économisme, mais on peut participer à cette culture sans prendre de drogues par le rêve ou la méditation, dans le prolongement du surréalisme (car je crois que rien ne se perd) qui débordait un marxisme trop étroit. Le principal, c'est de ne pas s'enfermer dans une norme et une plate adaptation au marché de l'immédiat mais d'ouvrir sur des possibles inexplorés (certes plus risqués). Je ne crois pas qu'on puisse faire l'impasse sur la question des drogues même si on préfère les causes plus nobles mais la légalisation de l'avortement n'était pas plus facile moralement.

    Je n'ai pas beaucoup de respect pour la transgression qui me semble un peu bête dans son automatisme, ce qui ne m'empêche pas de braver la loi quand il le faut, adepte de la désobéissance civique, et de goûter le plaisir de la transgression comme chacun (c'est la loi du désir), mais je suis d'accord sur le fait que la question de la norme et de la liberté est une question qu'on se pose continuellement, qu'il ne faut pas espérer résoudre une fois pour toutes. Avec la liberté, les ennuis commencent à devoir choisir entre bien et mal, entre trop de norme et trop de transgression (ma formule, c'est "jamais trop de trop", ni trop de trop peu, ni trop d'excès pour ne pas tomber dans l'uniformité). Il vaut mieux être parfois hors de soi que de rester dans le moule et la maîtrise. Il n'y a aucune promesse de fin de l'aliénation à faire mais juste de faire son difficile métier d'homme, librement, ce qui est plus exaltant que d'épouser une carrière en bon petit soldat.

  12. la terre à tous,la fin de tout gouvernement,l'avènement de l'autonomie,pour la plénitude de l'être au monde

  13. Quand la transgression est automatique, c'est une norme, autonorme, alors vient le moment de transgresser ses transgressions.

  14. Olaf, je suis d’accord avec votre formulation Dans le même sens que vous je crois, je dis que la transgression n’a pas d’autre intérêt que de faire prendre conscience des nécessités et des manques dans la norme. « Transgresser la transgression » c’est comme la négation de la négation? Sinon, pour de bon « passer de l’autre côté » de la ligne c’est « trépasser » (qui est construit de la même façon que transgresser !) ou bien transgresser à répétition c’est risquer de divaguer. Car comme on dit familièrement de celui pour qui transgresser devient une norme « Untel, il est parti dans la prairie ! »
    A part cela dans les appareils de bricolage il y a tellement de sécurités multiples qu’ils tombent en panne. Est-ce une transgression folle que d’avoir supprimé une des trois sécurités de ma tronçonneuse électrique ? Elle marche de nouveau .

  15. @pierre-jacques c :

    On dit aussi " Battre la campagne", longtemps j'avais interprété cette expression comme faire une battue, s'engager dans une action, mais non, ça dit juste de déconner.

    Pour les reconfigurations des instruments, customisations, je n'ai rien contre, j'ai une "nouvelle" voiture de 4 ans, d'occasion, une VW, la précédente était hors course, démarrait quand elle voulait, le garagiste n'a pas trouvé pourquoi, elle a probablement pris le chemin de la Russie.

    La VW c'est 25 processeurs et qui me cassent les pieds si je ne mets pas la ceinture, et elle allume les phares automatiquement même par soleil radieux, directive europénne.

    De toutes façons, j'ai toujours reconfiguré les machines que j'avais sous la main, pour les mettre à ma main.

    Pour les tronçonneuses, électriques dans mon cas, Stihl, je n'ai jamais eu à changer les sécurités. En revanche, l'ergonomie n'était pas terrible, je mettais un morceau de tuyau d'arrosage sur mon index pour ne pas l'esquinter avec l'interrupteur totalement inadapté.

    De même, j'ai construit un chevalet de coupe qui correspondait mieux sur le plan ergonomique.

    La liberté, c'est aussi de pouvoir modifier les instruments de notre environnement proche, tout en en évaluant les possibles risques.

  16. Sinon, j'ai bien apprécié l'évocation du rêve par J Zin.

    Le fait est que je n'ai aucune drogue psychédélique à ma disposition, mais pourtant je rêve beaucoup, en mode diurne ou nocturne. Et je dois dire, que mes rêves nocturnes sont étonnants, à se demander si ce n'est pas un autre qui les produit.

    N'ayant pas de prise USB sur mon cerveau pour les enregistrer, le souvenir de ces rêves est très volatile.

    Les aborigènes ont fait du rêve le centre de leur épistémè.

    Discutable, mais pas inintéressant.

  17. Moi, mes rêves sont d'une grande banalité, simple prolongation des préoccupations de la journée la plupart du temps. Il semble d'ailleurs que ce soit la situation la plus générale selon une étude récente dont on avait fait état mais il y en a effectivement qui font régulièrement des rêves fantastiques...

    Faire appel au psychédélisme, au surréalisme, aux rêves, c'est refuser de se réduire à l'utilitarisme comme au réel le plus prosaïque pour s'ouvrir à l'expérience existentielle, à la vie dans son excès qui nous fait sortir de nous-mêmes et de nos identifications (avant d'y revenir).

    Sinon, Die Linke vient de se prononcer pour une légalisation de toutes les drogues !

    http://blogs.lesinrocks.com/drogues...

  18. Ce qu'il faudrait également au delà d'un retour des luttes d'émancipation pour de nouveaux droits individuels, c'est étendre des mécanismes démocratiques à des institutions qui en sont dépourvues. Je pense entre autres au FMI, l'OMC et la Banque Mondiale. Parce que ce n'est pas seulement de libertés dont se nourrit l'individu mais aussi de société n'en déplaise à tous les anti-sociaux. Plaider pour plus de droits individuels dans des pays riches mais déjà individualistes est nécessaire surtout lorsqu'il s'agit des moeurs et de la jeunesse mais s'il s'agit simplement de rajouter de la division à la division alors c'est aller à l'échec. Qu'un individualisme mondial puisse émerger à l'ère de l'information je le conçois mais pas sans démocratisation d'instances mondialistes.
    Et à ce sujet je suis étonné que vous n'en parliez pas plus.

  19. Je n'en parle pas parce que je n'ai aucune idée de comment on pourrait démocratiser ces instances mondiales qui sont surtout le lieu de rapports de force, de même que je ne vois pas comment nous ici on pourrait démocratiser la Chine. Stéphane Hessel m'a convaincu de l'importance de l'ONU mais son caractère démocratique est quand même très contestable. J'essaie de ne pas trop parler dans le vide ni me contenter de voeux pieux comme Edgar Morin mais de déterminer ce qu'on peut faire localement.

    Je ne plaide par pour la liberté seulement dans les pays riches (c'est l'appauvrissement qui ne concerne que les pays riches). Les femmes arabes notamment vont devoir se battre pour leurs libertés.

    Je conteste l'opposition de l'égalité à la liberté comme de l'individu à la société, considérant que l'autonomie est une production sociale et qu'il n'y a pas d'individu sans société (dont nous sommes dépendant notamment pour l'ambiance) ce qui ne m'empêche pas d'être solitaire et de ne pas supporter le poids de la communauté ou du groupe. Ce n'est pas la division ni la reconnaissance des minorités qui fait éclater les solidarités sociales mais un système économique basé sur le salaire individualisé notamment, ce qui change avec un revenu garanti mais aussi avec l'inflation (il y aurait beaucoup à ajouter sur les périodes du chacun pour soi, ce qui n'a rien à voir avec la liberté). Je suis au contraire frappé par le fait que les luttes d'émancipation créent de vraies solidarités, ce qui était particulièrement net avec l'ambiance hippies qu'on retrouve un peu avec les indignés américains.

    Je répète qu'on parle dans ce billet de libertés concrètes, c'est-à-dire surtout de droits sociaux qui sont inséparables de la solidarité sociale et sont un facteur de réduction de la compétition de chacun avec chacun. Je me situe bien sûr à l'opposé de la communion émotionnelle dans l'appartenance à un peuple ou une nation mais dans la solidarité avec mes voisins et la construction d'une intelligence collective au niveau global (plus qu'une démocratie mondiale).

  20. Le texte qui ouvre le dernier Vacarme réclame la légalisation de toutes les drogues :
    http://www.vacarme.org/article2090....

    C'est donc bien d'actualité mais je ne suis pas vraiment d'accord et pense qu'il faut être un peu moins radical, respecter quelques étapes au moins. Je fais plus confiance à Die Linke (la surprise vient de là) pour mettre au point un plan viable de légalisation. Pour ma part, je privilégierais l'auto-production et les bureaux de tabac (ou des coffee shops) pour le cannabis alors que l'héroïne et la cocaïne pourraient être médicalisées dans un premier temps pour ceux qui en sont dépendants (il serait sans doute plus sain de rendre plus disponibles l'opium et la feuille de coca voire la ritaline, qui est une cocaïne beaucoup plus light). Pour les drogues psychédéliques, des centres d'initiation seraient sans doute la bonne solution pour avoir le droit d'en prendre, tout-à-fait comme dans les sociétés originaires mais je ne prétends pas être compétent sur des questions qui doivent faire l'objet de discussions publiques.

    Le texte souligne que légaliser implique de produire. La fin de la prohibition devrait donc donner lieu aussi à une relocalisation de la production des drogues !

  21. Je n’ai pas tout lu en détail, désolé. Mais je ne vois pas très bien où vous discernez une « extension de la liberté des mœurs », ou une « liberté sexuelle ».
    Il me semble au contraire voir partout – en matière de « mœurs »- le triomphe d’un nouveau conformisme basé sur l’idéologie « sexuelle » libérale, le libéralisme sexuel, d’où l’amour est radicalement absent.

  22. C'est un peu du réchauffé depuis "l'extension du domaine de la lutte" de Houellebecq et je conçois bien qu'on soit loin des délires reichiens. Je critique beaucoup moi-même les illusions de la libération sexuelle et ce qu'on peut appeler son échec mais si j'ai appelé à une libération de l'amour plutôt c'est sans doute tout aussi utopique.

    Il est tout de même abusif de parler de libéralisme sexuel, personne n'étant obligé de se plier à cet abêtissement qui a toujours été celui d'une petite élite libertine. Sauf exceptions, même les communautés n'ont jamais été le lupanar qu'on prétend. Le conformisme est par définition toujours dominant, la liberté consistant à s'y soustraire.

    Les choses sont cependant très simples : la libération sexuelle, c'est la fin des lois répressives, notamment envers l'homosexualité ce qui paraît aujourd'hui incroyable alors que l'on tue encore dans certains pays au nom du moralisme sexuel, sans parler des femmes lapidées, etc. Comme pour la libération des femmes, cela ne peut être rien d'autre que juridique, ensuite la liberté réelle étant largement dépendante de ce que chacun en fait. Ne plus être réprimé étend incontestablement la liberté sans que son exercice soit beaucoup plus facile pour autant ni qu'on puisse éviter tout un tas d'effets "pervers". Il ne s'agit pas, là comme ailleurs, d'atteindre un idéal mais seulement d'améliorer les choses, de supprimer des injustices, de protéger des minorités, de sauver des vies et de préférer l'individu à la loi du groupe.

  23. Je suis en partie d’accord, en partie dubitatif.
    Quand vous dites « la libération sexuelle, c'est la fin des lois répressives, notamment envers l'homosexualité », je suis largement d’accord. C’est le minimum qui puisse rendre matériellement possible les conditions d’une telle libération.
    Je suis plus que dubitatif pour le reste.
    L’idée, par exemple, des « délires reichiens ». ( Pourquoi « délire », d’abord ? Ne serait-ce point un jugment de valeur, à priori ? )
    Le « libéralisme sexuel » s’est, justement, construit en réaction à la diffusion massive des idées reichiennes dans le corps social, et a asséné depuis trente ans une propagande massive ( à l’instar, d’ailleurs, du néo-libéralisme ) pour devenir, en définitive, la SEULE référence en matière de « sexualité » ( Y compris dans sa tendance "médicale" )
    Il m’apparaît clairement que ce mot même de « sexualité » est tout à fait idéologique et n’a plus rien à voir avec quoi que ce soit de vivant.
    Et que si, de fait, un mouvement d ‘émancipation nouveau se fait jour, cette question va redevenir centrale, comme elle l’était à l’époque de la « Sexpol » - l’organisation allemande qui a tenu tête le plus longtemps au nazisme -, et comme elle le fut à la grande époque de l’ »amour libre ».

  24. Je suis bien d'accord sur le rôle révolutionnaire qu'à eu Reich en 1968 (DCB était reichien un peu comme nous tous, moi y compris à l'époque), cela n'empêche pas qu'il est devenu raide fou avec ses accumulateurs d'orgone. Il est surtout resté coincé à la première théorie freudienne avant que Freud ne découvre le rôle du fantasme dans la reconstruction du traumatisme de la séduction. Il est bien sûr naturel de croire à ces théories simplistes quand on est adolescent et qu'on a ses premières vapeurs de même lorsqu'on vit sous des lois répressives de croire que leur suppression nous ouvrirait les voies du bonheur mais c'est un peu plus compliqué...

  25. Là, nous sommes bien d’accord, même si ce n’est pas du même côté du miroir.
    C’est bel et bien de l’orgone qu’il est question, et j’ai appris qu’on risquait – de fait, et parfois littéralement – de se retouver catalogué de « raide fou » par une quelconque blouse blanche et, par conséquent, d’être fermement invité à se soigner par divers moyens – allant de produits chimiques à « Sex and the City » à la télé – si on a le malheur de remarquer que le monde occidental , par rapport à la perception du vivant, marche sur la tête.
    Ce qui me semble pourtant assez évident.
    Nous avons donc en commun de trouver très bizarre, je pense, la position de l’autre. Ce qui, en soi, pourrait permettre d’initier un dialogue.
    Qu’en pensez-vous ?

  26. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de dire à quel point je ne crois plus du tout au dialogue. Ce sont les curés en général qui proposent un dialogue où ils veulent nous refiler leur came sans vouloir céder d'un pouce sur leurs dogmes imbéciles. Donc, non, cela ne m'intéresse plus du tout de parler de Reich et de l'orgone, c'est du réchauffé trop archaïque et j'ai autre chose à faire surtout en cette période de revue des sciences et grand bien vous fasse de croire à ces conneries, il y aurait trop à dire. Ceci dit, j'aimais beaucoup Dadoun quand il passait à France-culture.

    J'ai cité plus haut le livre sur "l'amour libre" auquel je peux renvoyer mais surtout peut-être le texte sur Colette, la guerre des sexes, et celui sur la sexualité féminine pour avoir un aperçu plus juste sur la sexualité humaine qui n'a plus l'excuse de sa répression.

  27. Je me dois quand même de vous remercier pour cet excellent non-dialogue, qui fut, en tout cas pour moi, très enrichissant. Et permettez-moi de vous souhaiter, par là-même, un bon non-anniversaire.

    MD

  28. c'était pour revenir sur cette forfaiture supplémentaire d'opposer l'individu et la société, enfin il y aurait trop à dire...i),
    merci pour votre travaille est votre pensée, je n'imagine pas en effet un dialogue, n'en rajoutons pas à la niaiserie( morin et compagnie), merci, du fond de ma caverne

  29. Castoriadis participait aux travaux du GRIT et de Transversales. Il a été important pour moi dans la conceptualisation des moments révolutionnaires comme auto-fondation et dans son projet d'autonomie comme construction sociale mais pour le reste j'ai beaucoup de désaccords avec lui, notamment dans ce qu'il dit dans cette vidéo (il y a une logique des événements et de l'histoire comme de l'évolution de même qu'il y a une logique de la différenciation qui ne procède pas au hasard).

    C'est fatiguant d'être en désaccord avec tout le monde et me conforte dans ma retraite...

  30. Ce n'est pas la division ni la reconnaissance des minorités qui fait éclater les solidarités sociales mais un système économique basé sur le salaire individualisé notamment, ce qui change avec un revenu garanti

    Pour moi, vous marquez un point pour le revenu garanti, sujet sur lequel je mets beaucoup de temps à me forger une opinion.

    Un point aussi sur l'analyse des facteurs d'éclatement des solidarités. Vous auriez une analyse complète, selon vous, des facteurs d'éclatement des solidarités?

  31. oui tout à fait,pareil j'ai tendance à être de votre avis pour ce qui est de la logique des événements..., mais par ailleurs il a beaucoup travaillé sur la logique justement,je n'ai pas votre niveau de connaissance ,je n'ai même pas fait d'étude secondaire, mais depuis 40 ans les livres de Castoriadis ont été des bons compagnons de routes,j'avoue que je suis fortement intéressé par vos désaccords,sans vouloir vous fatiguer, 🙂 (comme l'on dit aujourd'hui) je le suis moi même quelque peu en désaccord(viré de partout) fatigué et dans une retraite mais sans lieux ni moyens pour m'y conforter,
    de la vôtre vous aidez tout de même à affronter biens des souffrances merci encore

  32. Je n'ai effectivement pas trop le temps et ce serait trop long de détailler mes désaccords avec Castoriadis. Je peux du moins renvoyer à un texte sur lui qui a 10 ans et fait partie du recueil "La production de l'autonomie" qui explore les rapports de la société et de l'individuation avec Elias, Arendt, Gauchet, Ehrenberg, Lefort, Castoriadis, Foucault, Laborit, etc.

    J'avais même de gros désaccords avec Gorz et, par exemple, si je me suis senti obligé à CitéPhilo de commencer par dire que je n'étais pas son disciple, c'est notamment parce qu'on venait de passer un bout de documentaire sur lui où il faisait une histoire du travail que je trouvais absurde ! Quand on me demande de corriger un manuscrit j'assomme l'auteur sous les corrections. Même mes propres textes me semblent mériter un regard critique, au moins à nuancer au regard de ce que j'ai pu apprendre depuis. Tout cela rend difficile de se faire comprendre, ce pourquoi je préfère m'en tenir à ce blog.

    Je renverrais bien aussi Michel Martin à "la production de l'autonomie" cité plus haut mais c'est un peu touffu. Une dimension à prendre en compte et qui change tout, c'est la dimension cyclique, comme dans la mode. Pour cela je renverrais au texte sur les cycles du Capital qu'il ne faut pas prendre comme un outil de prévision mais comme un schéma explicatif où individualisme de marché et solidarité de guerre alternent. Là-dessus, des processus d'individuation renforcent le côté individualiste, Marx avait noté déjà le rapport entre salariat et droits de l'homme. L'individualisation des parcours et des salaires accentue cette tendance mais surtout dans les périodes sans inflation, celle-ci favorisant les revendications collectives. Le revenu garanti fait partie des facteurs renforçant les solidarités collectives tout en favorisant l'individuation et les minorités, il a bien un rôle pivot mais il n'est rien s'il ne donne pas les moyens d'un travail autonome (coopératives et monnaies locales).

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