Derrière les fracas de l'histoire, voilà encore une révolution qu'on n'avait pas vu venir avant et qui se passe maintenant avec les sites de créations de musiques par IA, non pas tout-à-fait en plein jour encore mais qui devraient sortir très vite de cette relative clandestinité. Je le découvre, avec un certain retard, en découvrant par la pratique toutes les possibilités offertes par les plateformes de création musicale, très différentes de ce que j'imaginais, ainsi qu'en découvrant par la même occasion des créations originales qui devraient gagner le public après une phase de tri.
Le comique de l'affaire, c'est que cela a été de nouveau l'occasion de nous ridiculiser et témoigner de notre petit esprit étriqué, toujours à côté de la plaque face aux nouvelles technologies jugées de haut avant d'être comprises. Il faut dire que, comme tout le monde, j'ai d'abord été certes assez estomaqué par les reconstitutions de styles traditionnels par les IA qui envahissent Youtube, tout en dénonçant leur monotonie et les reprises agaçantes des mêmes tics, vraiment loin des musiques authentiques. C'était surtout patent dans les prétendues chansons françaises, toutes insipides et semblables. On savait quand même que la technologie ferait des progrès mais l'erreur était de croire que c'est la technologie qui s'imposerait d'elle-même alors que l'Intelligence Artificielle n'est pas un destin mais un outil, outil que des créatifs commencent à prendre en main, où c'est bien l'humain qui reprend la main.
Cela veut dire que, certes, on sera inondé comme maintenant de morceaux insipides et moutonniers mais la mauvaise musique n'a jamais empêché la bonne ni l'ordinaire l'exceptionnel. Il y a beaucoup de déchets, peu d'élus. Cela ne changera donc pas fondamentalement les choses sauf quantitativement, mais aussi, sans doute, en épuisant plus rapidement les modes vite saturées. Par contre, l'idée qu'on pouvait avoir d'une machine anonyme débitant automatiquement à des foules de zombies sa musique artificielle sans âme, se révèle un fantasme qui se dégonfle immédiatement avec sa démocratisation. Car, en réalité, cela donne accès à la création musicale même aux non musiciens, ce dont on s'offusque bien à tort. On peut ainsi améliorer de vieux enregistrements (c'est l'essentiel de ce que je fais) ou juste donner un texte et quelques accords de base pour obtenir une belle chanson. C'est un grand progrès de permettre même à de piètres interprètes d'enregistrer des maquettes de mélodies ou de chansons très approximatives, chantées plus ou moins faux, pour en tirer des morceaux émouvants et qu'on peut modifier ensuite, affiner, enrichir.
Le résultat est loin d'être garanti pourtant sans de nombreux essais et corrections des défauts récurrents de l'outil. S'il y a des réussites rapides, un peu magiques, les futurs auteurs reconnus le seront grâce à leur travail plus qu'aux performances des IAs qui pourront continuer à cracher des musiques de différents styles au kilomètre mais qui ne remplaceront pas le travail humain simplement déplacé en travail du prompt, travail que je trouve d'ailleurs souvent trop exigeant pour moi, il y faut de la passion.
Par contre, on peut parier que c'est la musique elle-même qui va changer de sens ainsi que la notion d'auteur-compositeur. Ma génération qui a vu passer plusieurs formats musicaux, du tourne-disque aux bandes magnétiques, puis aux cassettes puis aux CDs, puis au numérique se désolait à chaque fois de perdre sa mémoire musicale avec la disparition des anciens lecteurs, mais cette fois, c'est le sens de cette musique qui est remis en cause, comme musique de fond et mélange des genres, alors qu'on peut penser que l'importance des paroles s'en trouverait rehaussé, mais, en fait, c'est une toute autre musique qui est désormais possible, marginalisant sans doute les productions précédentes, devenues un folklore comme un autre. En avant la musique !