
La fin de l'âge du Bronze a connu un effondrement généralisé, ou presque, avec des incursions dévastatrices des "peuples de la mer", autour de ∼1250. Cette période de chaos a été provoquée par un épisode climatique de sécheresse extrême du pourtour méditerranéen qui pourrait avoir des similarités avec les canicules que nous connaissons. C'est du moins ce que suggère un article qui vient de paraître, montrant que cet épisode dramatique avait résulté d'une conjonction malheureuse de plusieurs cycles aggravant la situation. Or, ce sont ces passages aux extrêmes (un peu comme les vagues scélérates) dont les projections à plus long terme ne peuvent rendre compte, bien qu'ils puissent durer quand même assez longtemps et que nous n'en connaissions sans doute que les premières manifestations.
Il faut bien dire cependant que la principale différence avec les désertifications de la fin de l'âge du Bronze qui ont duré plusieurs siècles et rayé de la carte toutes les civilisations avancées et pouvoirs constitués, en dehors de l'Egypte, c'est que désormais le réchauffement anthropique domine largement les autres variations cycliques, ce qui n'empêche pas que la combinaison de plusieurs cycles puisse nous faire basculer dans un tout autre régime climatique plus rapidement que les modèles actuels ne le prévoient. C'est assez terrifiant, temps de sonner le tocsin, mais pourrait peut-être faire prendre conscience enfin du caractère invivable de ce réchauffement qui cette fois est bien de notre fait et que nous aurions les moyen de réduire.
« Plutôt que d'être causées par un événement climatique unique, nous avons constaté que les sécheresses les plus extrêmes survenaient lorsque des cycles climatiques naturels opérant sur des échelles de temps différentes coïncidaient. Cela contribue à expliquer pourquoi les sécheresses associées à l'effondrement de la fin de l'âge du bronze ont été si graves »,
« La Méditerranée est l'un des points chauds du changement climatique mondial, et la région devrait devenir plus chaude et plus sèche au cours du siècle prochain. Nos conclusions suggèrent que le risque de sécheresse future pourrait dépendre non seulement du réchauffement à long terme d'origine humaine, mais aussi de la manière dont la variabilité naturelle de l'océan Atlantique interagit avec cette tendance de fond »
Le principal cycle qui influe sur le climat est toujours effectivement El Niño / La Niña (ENSO), durant de 2 à 7 ans, avec des épisodes souvent de 9 à 12 mois et qui influencent les pluies, les températures et les extrêmes bien au-delà du Pacifique. Il faut ajouter les oscillations nord-atlantique (NAO / NAM), surtout sensibles en hiver, avec un effet très net sur l’Europe où la phase positive tend à des hivers plus doux et humides sur le nord de l’Europe, mais plus secs sur le sud. Aux échelles plus longues, on a la variabilité décennale du Pacifique (PDV) et la variabilité multidécennale de l’Atlantique (AMV)pouvant amplifier ou atténuer certaines sécheresses et vagues de chaleur sur l’Europe. Le cycle solaire de 11 ans a aussi un petit effet mais assez faible. Par contre, un élément qui n'est pas cyclique mais peut avoir de grandes conséquences, c'est une éruption volcanique majeure mais qu'on est encore incapable de prévoir (plusieurs sont possibles).
Pour l'instant ce graphique très hypothétique semble indiquer qu'on n'a pas atteint encore le pic de chaleur à court terme, l'urgence étant de s'en protéger le mieux qu'on peut, mais c'est la réduction du réchauffement anthropique qui est incontournable.
