Les contradictions au sein du peuple

Temps de lecture : 5 minutes

Ce qui fait événement dans l'histoire est toujours sa relative imprévisibilité, la surprise d'un élément déclencheur souvent dérisoire par rapport à l'étendue de ses conséquences, illustrant comme nous subissons l'histoire plus que nous la faisons, même à participer activement aux troubles. Personne ne sait à l'avance où cela aboutira.

On a bien du mal à déchiffrer le sens de l'événement qu'on découvre au fil du temps, prenant de l'ampleur, faisant ressortir de vieilles rancoeurs accumulées, agrégeant de toutes autres revendications et catégories de population qui recréent du collectif, suscitant l'enthousiasme des foules et l'emballement des propositions de toutes sortes, dans une sorte de bulle spéculative qui décolle des réalités avant l'inévitable krach des illusions créées (comme pour les révolutions arabes ou "de couleur"). A la fin, ce sont toujours les causes matérielles qui sont déterminantes, pas les bonnes intentions.

Il faut comprendre d'abord ce qu'a d'inédit le mouvement des gilets jaunes et qui tient entièrement à l'environnement technologique, puisqu'on peut dire que c'est le produit de la conjonction de Facebook et BFM : le réseau permettant la constitution d'un mouvement inorganisé et contradictoire alors que les chaînes d'information continue donnent une grande visibilité à des mobilisations pourtant assez faibles, leur apportant le soutien d'une grande majorité de la population - c'est cela le plus étonnant, malgré les violences, avec l'alliance des extrêmes.

Que sa forme soit nouvelle et déroutante, spécifique de l'époque, ne disqualifie aucunement cette protestation informelle qui n'est pas du tout sans cause réelle et sérieuse. J'ai rappelé immédiatement mes anciennes dénonciations de la logique des écotaxes, de leur injustice et de leur inutilité sans offrir d'alternatives - ce que les Verts ne voulaient pas entendre mais que la réalité rattrape. Ce qui est immédiatement apparu à ceux qui devaient la payer, c'est le mensonge sur la motivation écologique, voyant bien que cela ne pouvait modifier leur utilisation de la voiture et ne servait qu'à leur prendre dans les poches pour compenser les cadeaux faits aux riches. Il ne faudrait pas nous prendre pour des cons. Ce qui a renforcé la colère, par dessus le marché, c'est de ressentir le mépris de classe du président des riches, s'ajoutant au mensonge et à l'injustice.

Les raisons de la colère sont donc justes, pas forcément les réponses qu'on y donne et il y a bien une contradiction évidente entre un côté poujadiste de refus de l'impôt pour certains et la demande de services publics, de protections sociales et de justice fiscale pour les autres. Il faudra choisir. La présence de l'extrême-droite est indéniable et gênante, même très minoritaire. Elle pourrait facilement être noyée par la mobilisation de la gauche, si la gauche n'était en si mauvais état et que le moment politique n'était plutôt favorable aux extrême-droites et au retour des pouvoirs autoritaires (mais on a bien fait 1936 quand le fascisme gagnait partout).

Le remarquable soutien général rappelle comme l'inflation pouvait fédérer les luttes salariales au niveau national, ce qui a été perdu pendant la période de désinflation et de chômage de masse où les situations étaient plus éclatées et la convergence des luttes difficile à obtenir. Cela ne veut pas dire que l'inflation serait un remède miracle (il faut aussi le plein emploi) mais qu'on a un mécanisme semblable avec une taxe touchant presque toute la population en dépit de grandes différences de classe ou de condition. Ce n'est pas une raison pour surestimer l'unité populaire et sa capacité à modifier les grands équilibres et les divisions politiques.

Au-delà des justes protestations, à soutenir et qui ont déjà été suivies d'effets, il est frappant de retrouver, comme avec nuit debout, un très grand irréalisme, chacun se prenant pour la voix du peuple et recyclant les solutions imaginaires qui traînaient sur les réseaux sociaux, ce qu'on peut appeler une politique du semblant, bien que la violence y donne cette fois beaucoup plus de sérieux. Effectivement souvent la violence (relayée par les médias), et comme parfois la grève, rend possible ce qui n'était pas possible avant. Il ne faut quand même pas trop rêver (vraie démocratie, abolition de la misère!), il y a beaucoup trop de délires de l'extrême-gauche à l'extrême-droite putschiste, l'une comme l'autre croyant que son heure est arrivée, mais, ce qui est sûr, c'est que la période n'est pas à la lucidité.

En tout cas, à l'heure actuelle, on ne prédirait pas un grand avenir à ce mouvement contradictoire et sans débouchés politiques, qui devrait logiquement s'essouffler dans le froid et les fêtes, s'il ne pouvait malgré tout mener à un certain chaos avant le retour de bâton et de nouvelles élections qui sifflent la fin de la récréation ?

1 534 vues

27 réflexions au sujet de “Les contradictions au sein du peuple”

  1. Mon sentiment est que le gouvernement ayant finalement lâché du lest, la révolte devrait s'amenuiser. Les raisons subjectives pour lesquelles un certain nombre de citoyens organisait des blocages n'ont plus lieu d'être (la taxe carburant). De plus ces images de violence tournant en boucle dans les médias, et désormais, le chantage et l'usage de la violence policière de la part du gouvernement - probablement à des fins d'intimidation - ne risque pas de favoriser l’essor du mouvement.

  2. Il y a tout de même au moins 20 ans de contentieux, ce qui est un peu plus que des rancœurs à connotations psychodramatiques.

    Cette révolte protéiforme des GJ n'est pas prête de se dissoudre, d'autant plus que les réseaux sociaux sont d'ordre rhizomatique, donc incontrôlables par une énarchie enkystée dans une mentalité de maîtres des forges du XIX éme siècle, malgré ses proclamations vintage de start up dans lesquelles ils n'ont jamais travaillé.

    Tout cela est d'un grotesque achevé, des cons dominants brimant d'autres cons dominés.

    • Pour le moment le mouvement a l'air de tenir bon malgré le déploiement policier. Si 100 000 personnes sont descendues dans la rue malgré l’impressionnante orchestration médiatique visant à intimider, cela veut dire qu'en temps "normal" combien auraient manifesté ? La journée d'aujourd'hui était symboliquement importante car elle liait l'écologie et le social, gilets jaunes et gilets verts. A suivre ..

    • "Tout cela est d'un grotesque achevé, des cons dominants brimant d'autres cons dominés"

      J'apprécie beaucoup ta manière de résumer en profondeur de vraies réalités.
      Reste que même ce type de constat peut être remis en question du fait que le propre d'une connerie consciente d'elle même est intelligence.
      De là à dire que c'est l'intelligence qui va s'imposer ...Il y a un pas difficile à franchir du fait qu'on est dans une histoire et que ce pas est un pas après l'autre , après l'autre , après l'autre......
      D'autre part , du fait du contexte et notamment le climat, mais pas que , c'est une course à pied qui s'impose ; donc je ne suis pas du tout optimiste ; mais sauf à me jeter au fleuve , ce qui n'est pas dans mes actuelles intentions, c'est con, mais je vais devoir faire encore un pas ,et un autre et un autre .
      Amicalement : un vieux con à un autre con.
      Je poste , je poste pas? .........

  3. Le mouvement ne va pas s'arrêter du jour au lendemain, des groupes peuvent s'en réclamer pendant des années mais je serais étonné que les vacances de Noël n'y mettent pas un terme. Tout dépend sans doute de ce que fera Macron (s'il était gaullien, il mettrait son poste en jeu par des élections).

    Ce que je trouve le plus fascinant, c'est à quel point on se monte facilement la tête à chaque mouvement social ou élection présidentielle. Il semble qu'on n'en ait pas marre de toujours tomber de haut. Ce qu'on veut par dessus tout, c'est y croire encore, coûte que coûte, plutôt le mensonge que la triste réalité et pour cela les plus convaincus continueront. Ce mouvement, je le répète, était justifié et on peut en attendre un réel progrès mais pas de miracle.

    • Je doute que beaucoup s'imaginent que c'est le grand soir ou grande aurore, la plupart doit bien constater qu'il s'agit d'un mouvement tectonique de quelques ångströms.

      Quant à Macron gaulliste, c'est une galéjade, rien de son CV ne ressemble à de Gaulle qui a quand même risqué sa peau en 14-18 et 39-45 devant des fusils, mitrailleuses, avions militaires et blindés. Macron est un fils à papa sponsorisé par le MEDEF, rien de plus.

      Ce clown n'a même jamais travaillé dans une start up, et encore moins inventé le fil à couper le beurre.

    • Ca n'est qu'un mouvement de guérilla dont personne ne peut prévoir la queue de comète, sans même parler de plan sur la comète. Il se trouve qu'un certain nombre de gilets jaunes s'aperçoivent qu'ils sont les dindons de la farce.

      Quand je travaillais en France, je constatais à quel point les salariés râlaient, se chiaient dessus, tout en avalant des grosses couleuvres sans rien se bouger le cul pour rectifier le tir, des feignasses complètes sur le plan stratégique.

      J'étais donc seul sur le pont à brandir mon sabre face à des patrons totalement corrompus et ignobles d'avidité. J'y ai passé des centaines d'heures et des dizaines de milliers d'Euros en procédures juridiques.

      • Curieux que personne chez les éditorialiste de gauche (Politis, Reporterre etc.) ne relève le nouveau jeu dangereux de Macron consistant à ré-introduire un débat "identitaire" - à la manière de Sarko - comme réponse à ce mouvement. Si l'extrême droite n'existait pas, ces gens là l'inventerait. Histoire de détourner les colères sur les immigrés. Du grand classique.

  4. à Paris ce ne sont que des pierres et des flammes contre du gaz et de la flotte, rien de bien intéressant...
    Par contre les actions en province sont à regarder de près ; cela ne m'étonnerait pas que l'on s'achemine doucement mais sûrement vers un blocage général, ce qui serait super sympa pour les mercantiles fêtes de Noël ! Je pense que ça doit être tendu chez Amazone France et consorts... Tout ça s'est pas bon pour le business...
    Sinon, les 300 € de la facture de gaz, c'est encore d'actualité ?

    • Il semble bien que ce soit râpé même si le mouvement continuera dans les esprits et en quelques endroits sans doute. Je suis pour ma part admiratif de ce qui a été obtenu et surtout qu'un mouvement qui avait une assez forte composante de droite au début, et attirait l'extrême-droite, ait penché finalement nettement à gauche.

      C'était donc une réaction saine qui devrait avoir des effets positifs mais on ne peut en espérer plus, on voit comme presque rien coûte déjà un pognon de dingue. Une refondation démocratique pourrait sans doute se faire, même s'il ne faut pas en attendre de miracle, pour le reste avec notre niveau de chômage, de prélèvements et le contexte extérieur, il n'y a rien à espérer. La seule issue si les choses s'envenimaient trop, ce sont les élections et dans l'état actuel des forces de gauche, c'est suicidaire. La victoire de la gauche du mouvement pourrait se retourner facilement en victoire de l'extrême-droite ou d'un pouvoir autoritaire (on nous a même ressorti un général).

      Notre situation économique n'est pas brillante alors que nous sommes dans une mutation rapide du système de production à laquelle il faudra adapter nos protections, ce qui demandera du temps. En ce sens, le message des gilets jaunes de l'exigence d'une justice fiscale vient à point nommé pour mieux orienter ces inévitables adaptations (avec notamment un revenu garanti). Le danger, c'est que la démagogie mène au pire, la situation mondiale actuelle étant assez chaotique.

      Et donc, oui, je fais partie de ceux qui ne s'en sortent pas avec un revenu insuffisant, notamment pour payer le chauffage et un gaz qui a beaucoup augmenté. En fait, j'avais décidé en mai de prendre ma retraite en octobre, mais j'ai appris à la mi-octobre que je n'avais pas de retraite, du moins qu'elle était inférieure au minimum vieillesse... Je ne suis certainement pas le seul dans cette situation, très représentative de la dégradation de nos protections sociales après des années de crise. Il faut avouer que pour ma part, on peut dire que je n'ai que ce que je mérite ayant toujours méprisé la réussite et l'argent qui me le rend bien !

      • Le minimum vieillesse permet des aides de la CAF pour différentes dépenses, dont les mutuelles complémentaire santé. Il faut un peu chercher sur le net, sur les sites gouv.org par exemple. C'est un tel labyrinthe administratif que peu font la démarche pour en bénéficier, surtout quand ils n'ont pas accès ou sont peu à l'aise avec le web.

        J'avais creusé le sujet avec mes histoires de famille, pour sauver en me raccrochant aux branches ce qui pouvait l'être pour ma mère, polémiques sordides et débiles déclenchées par mes sœurs qui sont de gauche écolo ou communiste, s'étant montrées d'une bêtise, rapacité, sournoiserie assez sordides et qui au nom du bien ont accouché d'un désastre psychique et pour partie financier, des vraies connes, mais je les en soupçonnait déjà depuis l'âge de 6 ans, j'étais précoce.

        Une de mes sœurs écolo fan de Rabhi, dont le couple a des très bons revenus, patrimoine et sécurité de l'emploi se permet tout de même de cramer des centaines de litres de kérosène pour ses trekkings au Népal, en Inde, au Sahara... et dernièrement au Brésil.

        L'autre sœur, communiste, à qui mon père avait procuré un job dans sa boite bien mieux payé que celui qu'elle avait dans le public, puis un don de 13000 euros de son vivant, s'est montrée la plus vindicative à son égard pendant des décennies, avec un point culminant à la fin de vie de mon père.

        Le plus comique étant que cette communiste a récupéré les objets qui avaient le plus de valeur du patrimoine de mes parents.

        Découvrir à ce point l'ignominie des humains, y compris des femmes, qui prétendent être du côté du bien, ça en met un coup sur la tête pour au moins 1 an.

  5. Je pense que le blocage va s'amplifier, trop de gens se sentent concernés. Cela attise ma curiosité : jusqu'où, sous quelle forme, avec quelles exigences ? On a quand même déjà pratiqué la révolution, il ne reste qu'à l'adapter au moment et cela, les gens en sont tout à fait capables. Je ne connais pas d'autres moyens pour obtenir de réelles avancées ; quel contraste avec des élections pipées ! Bref, rendez-vous dans quelques semaines...
    Plus sérieusement, 10 k€ par an, pour vivre, je comprends que cela soit un peu juste, même avec un contexte favorable et des besoins réduits... Donc cette demande est encore d'actualité et n'a pas été oubliée sur votre site que je n'avais plus visité depuis quelques mois... Mais il me semble que vous étiez au bois, vous êtes passé au gaz ? Ou peut-être avez vous déménagé ? Il faudra me dire, car comme je crois à la révolution, je crois également à la fraternité et plus simplement à l'entraide !

    • On verra bien mais je ne crois pas du tout qu'il va y avoir une amplification, plutôt une division par deux au moins des actions qui ont d'ailleurs été toujours très minoritaires, leur seule force étant un soutien général étonnant mais qui est en baisse et peut se retourner en réprobation entre attentats et courses de Noël. En fait je trouve même étonnant qu'on puisse croire le contraire. Il y aura une suite mais sous un autre mode sans doute même si la moindre étincelle pourra faire repartir les blocages.

      C'est une illusion de croire qu'il suffirait de faire une révolution. Il faut savoir qu'en faire, avoir les forces pour cela. On ne compare pas une révolution contre un roi ou un tyran et qui instaure une démocratie avec une révolution dans une démocratie qui se termine inévitablement par des élections (comme en Mai68). Des révolutions on en a vu récemment et elles n'ont rien donné d'extraordinaire, ne créant pas de richesses supplémentaires.

      Ce qui a été obtenu n'est rien en soi, bien que creusant le déficit et ne pouvant aller beaucoup plus loin, l'important c'est juste d'avoir redonné du poids aux citoyens comme à l'exigence de justice et de dignité. Cela peut donner lieu à un débat national utile et des réformes de fond difficiles mais politiquement, on ne peut pas dire que la période soit favorable. Ce qui a été supprimé, c'est juste la goutte qui faisait déborder le vase, c'est déjà ça.

      En tout cas, notre avis compte peu dans ce qui va se passer maintenant, on peut toujours encourager les militants de gauche à participer aux gilets jaunes pour éviter leur droitisation mais cela peut se retourner contre eux si les violences continuent.

      Sinon, oui, je me chauffe au bois, le gaz c'est pour le reste ou en chauffage de secours (ma vieille chaudière à bois ayant tendance à fuir).

      • On sait bien que ce qu'on cherche, c'est juste de renforcer son opinion (groupe). Cependant, bien que je sois en désaccord sur presque tout ce que dit Paul Jorion, je suis quotidiennement son blog et regarde ses vidéos même toutes pourries, comme un vieux copain avec qui on s'engueule. Son audience n'a aucune commune mesure avec la mienne qui n'est plus celle d'un sauveur du monde, hélas !

        • "je suis quotidiennement son blog et regarde ses vidéos même toutes pourries"

          Je le suis de temps à autre, parce que je le trouve caricatural, et toutes les caricatures relèvent du domaine du burlesque, donc font rire.

          Il est comme un vieux clown vintage, dénonçant toutes les approches économiques, et même l'économie ex abrupto, tout en draguant Piketty en 2017, alors qu'il en a fait son produit d'appel marketing pour son blog et ses livres, encore dernièrement avec ses critiques de Keynes plus ou moins avisées. Ce gars est un vrai cabau de la place de marché du village.

          A la fin, ce genre de personnage catastrophistesque, avec une teinte négationniste et larmoyante me fait un peu vomir.

  6. D'un point de vue "marketing", cette idée de gilet jaune est géniale, d'autant que c'est devenu un accessoire de sécurité obligatoire dans chaque voiture. Je ne vois pas d'équivalent. Les bonnets rouges, c'était pas mal, mais là c'est encore beaucoup plus fort. Dommage que les écolos n'aient jamais réussi, jusqu'ici, à s'entendre à minima, pour créer un mouvement citoyen de cette ampleur.

  7. Mr Jean Zin,

    Je ne comprends pas votre lucidité abrupte quand vous dites que ce mouvement va se taire ou rebondir après les fêtes.

    Avez vous discuté avec des gens sur les ronds points par exemple?

    Vous ne parlez pas des idées de Mr Etienne Chouard, du RIC, peut être dans un autre article de votre blog?

    Pourquoi, oui je m'interroge ici, ne pas encourager et participer à ce mouvement?
    Je sens une certaine fatalité dans vos propos, comme si tout votre travail intellectuel depuis 50 ans vous menait inéluctablement vers une sorte de fatalisme.

    Sommes nous condamnés à être représenté par une majorité d'immoraux, ne pouvons nous vraiment rien faire?

    Enfin, comment peut on voir et penser le monde sans vouloir creuser les brèches?

    Qui aime être étouffé et conduit par des représentant malhonnêtes?

    Je crois qu'au fond, nous avons aussi besoin, oui besoin de penseur comme vous Mr Zin. C'est maintenant qu'il faut faire partager votre travail d'une vie.

    Le sel et le sens d'une vie.

    Les gens sont "normalement" encrassés, en hibernation, seule la prise de conscience peut devenir un véritable levier de changement!

    • Mes prévisions semblent pourtant bien avoir été vérifiées. Certes je suis très décourageant, ce pourquoi je reste on ne peut plus discret, n'ayant rien à promettre aux militants dès lors que j'ai reconnu que ce sont les puissances matérielles qui sont déterminantes. Ma situation est tragique car on peut dire que j'ai dévoué ma vie à vouloir changer le monde, ce pourquoi je me trouve désormais sans ressources, mais en prenant au sérieux cet objectif et en étudiant l'histoire, je suis arrivé à la même conclusion que Machiavel, le monde ne change pas, sinon souvent en pire, même s'il y a aussi des améliorations constantes. J'ai dû me désillusionner sur notre rôle dans l'histoire alors qu'il n'y a rien de plus exaltant que de croire faire l'histoire (ce qu'on dit quand une équipe de rugby gagne!). Mes souvenirs des actions collectives sont les plus nostalgiques et, bien sûr, il ne sert à rien de dire à l'amoureux que l'amour est aveugle, pire encore de prendre le risque de casser une révolte contre les injustices mais je ne peux plus y croire, hélas.

      Je ne suis pas un chaud partisan du référendum même si celui sur la constitution européenne a été un grand moment mais je crois surtout qu'il n'a pas l'importance que lui donne Etienne Chouard entre autres. Je ne suis pas pour une démocratie majoritaire au pouvoir fort mais une démocratie des minorités et des municipalités, à l'opposé du mythe d'un peuple uniforme et d'une volonté générale (qui se tourne contre les étrangers avant de se tourner contre l'ennemi intérieur). Le piège, c'est que chacun se croit majoritaire (être le peuple) mais finit par se découvrir minoritaire. C'est pourquoi la conception de la démocratie d'Etienne Chouard est naïve, dangereuse, fausse, illusoire, ce n'est pas pour rien qu'il fricote avec les fascistes. Je soutiens malgré tout le référendum d'initiative populaire mais tout dépend des modes d'application et ce n'est pas l'instrument magique de la volonté du peuple mais une revendication qui ne coûte rien au pouvoir et qui donc sera octroyée en occupant les esprits plus que les rond-points dans les mois qui viennent.

      Ce que je soutiens surtout comme les seules réelles alternatives, y compris la démocratie locale, n'intéresse personne, donc je suis effectivement un peu fataliste à voir des revendications illusoires qui se briseront sur le réel (c'est une nécessaire dialectique) et que tout mon travail n'a servi à rien. J'ai quand même salué le mouvement qui a été positif, je ne lui crois pas un grand avenir (cela ne dépend pas de moi) mais il aura des suites (hélas en partie faisant monter Le Pen).

      La dénonciation des politiques et de leur corruption est aussi vieille que la démocratie. J'en ai vu les mécanismes même chez les Verts qui étaient pourtant les meilleurs. Renouveler les élus n'est pas mieux, on le voit avec les macronistes. Il vaudrait mieux élire des députés plus compétents et moraux, mais, c'est nous qui les avons élus et, surtout, il ne faut pas croire qu'ils aient tant de pouvoir avec l'Europe et la globalisation marchande, surtout avec les puissances d'argent qui sont des puissances matérielles qu'il ne suffit pas de condamner. La nation n'est plus de toute façon l'échelon pertinent et c'est le monde qui va changer plus vite que nous dans les années qui viennent. Les réflexions qui suivront le dernier soulèvement populaire devront servir à élaborer une pensée plus actuelle et prospective qui manque cruellement. Il est normal de se monter la tête en groupe mais c'est en restreignant nos revendications au possible, aux véritables brèches, qu'elles pourront aboutir.

      • Je comprends un peu mieux votre position. Oui, nous pouvons admettre qu'Etienne Chouard puise en partie sa force dans une certaine naïveté. Ce qui me semble le plus difficile à réaliser, c'est le contrôle par le peuple de nos élus. Comme je l'ai entendu aujourd'hui sur une radio: " À quoi ça sert d'être élu si on a pas des privilèges?".
        Cela fait appel ici à la morale.

        Je crois aussi qu'Etienne Chouard mise sur une prise de conscience à travers la rédaction d'une constitution par les citoyens. Le fait d'écrire, de penser et d'envisager le monde conduirait à un éveil.

        Je reviens sur votre idée que c'est le monde qui va changer plus vite que nous, que la France va être bientôt noyé dans une Europe et un monde pour aller comme disait Sarkozy vers le Nouvel Ordre Mondial... "... et personne, je dis bien personne ne pourra s'y opposer..."
        discours de janvier 2009 après la crise des Subprime

        Qu'entendez vous par le monde qui va changer plus vite? cela sous entend peut être que nous ne ferons pas le monde à venir?
        Je comprends mieux le "En même temps" de Macron. Tout va se faire en même temps, l'ordre des choses, le temps logique et de la réflexion va être perturbé et accéléré. Ne plus avoir le temps de réfléchir, accepter par la force des choses ce qu'il vient!

        Entrer dans le monde de l'urgence!

        Vous dites être sans ressource après avoir passé votre vie à envisager et penser un monde futur.
        Vous parlez de tragédie en évoquant votre vie. Je reçois vos mots de manière forte. Comme un cri. Car en effet, l'humain cherche à avoir une place et être reconnu pour ce qu'il est et ce qu'il fait.

        Je me dis que je vais avoir du mal à ne rien dire tout en modifiant mon "mode" de consommation dans son ensemble, ce que j'ai déjà commencé à faire:

        Habitat en diminuant les énergies grises, maison en paille, bois et terre, passive, autonome énergétiquement en développant si l'on peut les éoliennes et les panneaux solaires, en les recyclant par exemple en Afrique, lieu où il y a plus d'ensoleillement. Ce continent deviendrait alors un lieu de recyclage planétaire, cela ne me convient pas trop. Pour l'instant, je n'ai pas vu d'autre solution de recyclage.
        ( je développe mon énergie prof dans le secteur de l'habitat écologique, c'est ici que je donne du sens à ma vie)
        Nourriture en pratiquant la permaculture, en diminuant un peu l'apport de protéines animales
        Les toilettes sèches, la phytoépuration
        Sur la voiture, privilégier l'occasion mais là je suis à court d'idée, je suis contre l'éthanol (utilisation excessive d'eau pour l'instant, sortir du pétrole me semble long et du nucléaire me semble encore plus long, etc...)

        En parallèle, le développement de L'IA arrive à grand pas dans un monde connecté (4G et bien entendu 5G à tous les étages, intérieur et extérieur).
        Avez vous regardé la puissance d'émission sur la fréquence 5G des derniers modem loué par les FAI et les dégâts que cela va entrainer sur les nourrissons?
        Je prends l'exemple de la caméra de surveillance ou tout autre objet connecté au chevet du berceau...
        Car la 5G arrive pour, en partie, faciliter l'interconnexion des objets avec le réseau.

        C'est ce qui me révolte le plus je crois, la destruction invisible et à petit feu de la vie.
        Dans tous les cas, je reste persuadé que ces ondes dont les futures générations vont "absorber" contribueront à modifier le développement du cerveau. Les futures enquêtes nous le dirons. Informons nous de ce côté là.

        Vous l'aurez compris, je ne suis pas le seul à le dire mais l'idée d'un monde orwellien ne m'enchante guère!

        Pensez vous que nous nous dirigeons à grande vitesse dans ce monde là?

        • En politique la naïveté, on peut dire la bêtise, est très dangereuse car si elle donne de l'enthousiasme, elle fait le jeu de nos pires ennemis (qu'on songe aux révolutionnaires qui ont été éliminés par Staline ensuite). Comme bêtise, faire croire qu'une constitution pourrait être écrite par tous est un summum même si l'exercice n'est pas sans intérêt personnel. C'est pareillement une bêtise de croire qu'il pourrait y avoir une véritable démocratie au-delà de la démocratie locale et qu'une prétendue volonté du peuple pourrait décider d'une organisation sociale qui est imposée par des facteurs matériels extérieurs. La réalité de la politique, c'est son impuissance (le seul véritable pouvoir est de nomination, créant des réseaux d'obligés). La prétendue souveraineté de la démocratie est une négation du réel qui ne peut mener qu'à des dictatures (les prétendues "démocraties populaires"). Ce démocratisme fascisant se fonde sur un récit simpliste où tous nos malheurs viendraient des élites corrompues (des juifs) qui s'enrichissent sur notre dos, tout revenant dans l'harmonie nationale à éliminer ces parasites. Voir cette très bonne critique d'Etienne Chouard :

          http://sortirducapitalisme.fr/211-une-analyse-critique-des-idees-d-etienne-chouard

          Certes, ceux qui sont élus sont rarement les meilleurs car les meilleurs n'aspirent pas au pouvoir ni surtout à tous les coups bas qu'il faut faire pour réussir. Pouvoir les révoquer ne changerait rien ou presque, changement de personnel sans conséquences notables.

          C'est l'accélération technologique, le numérique et la robotisation qui vont changer le monde. Marx avait fondamentalement raison dans son matérialisme historique où c'est l'évolution technique qui détermine le système de production. Les hommes ne font l'histoire que très rarement, de même que nous ne décidons pas des guerres que nous subissons. Il ne reste qu'à s'y adapter mais cela peut être de façon plus ou moins injuste et les mouvements citoyens comme les grèves salariales sont indispensable pour rétablir un peu plus d'équité. Le monde semble se disloquer actuellement mais il est matériellement de plus en plus unifié et sur de telles masses nous n'avons aucune influence. C'est aussi un monde où l'on est devenu transparent, de plus en plus surveillés comme en Chine qui semble bien être notre avenir si l'Europe n'est pas en mesure de défendre nos libertés et de représenter une alternative.

  8. "on ne prédirait pas un grand avenir à ce mouvement contradictoire et sans débouchés politiques, qui devrait logiquement s'essouffler dans le froid et les fêtes"

    Vu qu'une petite augmentation de la taxe diesel a mis le feu aux poudres, avec le passage à l'IR à la source ( sans compter le reste des mesures alambiquées sur la CSG, le Smic...) pas mal de gens ( divorcés, veuves, chômeurs en 2018 ) peu nantis risquent de se retrouver avec quelques problèmes de trésorerie en 2019, de quoi mettre quelques litres d'essence pour raviver le mouvement GJ.

    Ce gouvernement, c'est pire que Gaston Lagaffe.

Laisser un commentaire