Mes réponses au questionnaire sur le revenu de base

 
Le Mouvement Français pour un Revenu de Base voulant recenser les différentes propositions existantes m'a demandé de répondre à ce questionnaire :

Nom de votre proposition :

Revenu garanti pour tous

Sa finalité, motivation :

Ce qui rend un revenu garanti indispensable, ce sont les transformations de l'économie et du travail, produisant sinon trop de précarité. En passant de l'ère de l'énergie à l'ère de l'information on est passé en effet d'un travail linéaire (force de travail) à un travail non-linéaire, par objectif, plus souvent intermittent (réactif ou créatif) et de plus en plus (bien que restant très minoritaire encore) hors subordination salariale, au profit d'un travail autonome mais plus précaire. Il devient d'autant plus urgent qu'on vit une période de ruptures technologiques et de destructions d'emplois (même si ce n'est pas du tout la fin du travail mais sa complète transformation).

Un revenu garanti est destiné dans ce cadre à permettre de sortir du productivisme et de passer du travail forcé au travail choisi en assurant une relative stabilité du revenu, même dans les périodes où l'on ne travaille pas (ou de bénévolat ou de formation ou de recherche, etc.), permettant ainsi la conservation ou l'amélioration des compétences et finalement la reproduction sociale. Cependant, j'insiste sur le fait que le revenu ne suffit pas, comme mesure isolée, que la fin d'un travail forcé ne peut signifier la fin du travail pour tous mais qu'il faut y joindre les institutions du travail autonome et du développement humain pour faciliter le travail choisi et la valorisation des compétences de chacun, au risque sinon d'aggraver l'exclusion voire la pauvreté des populations les plus fragiles.

Le montant que vous préconisez et sa forme :

Lorsque nous avions fait entrer le revenu social garanti dans le programme des Verts, nous l'avions évalué à 75% du smic pour qu'il ne soit pas trop "insuffisant". Malgré tout, je ne crois plus qu'un revenu de base universel puisse atteindre ce niveau, au moins dans un premier temps. Soit il ne sera pas universel, soit il sera insuffisant. S'il est insuffisant, il ne pourra être qu'un élément du revenu, il faudra donc le compléter.

Comme Bernard Stiegler, à un revenu universel je pense préférable un dispositif proche de celui des intermittents du spectacle, dont le montant n'est pas le même pour tous. Un autre mécanisme (revenu de base) doit assurer à tous un minimum mais on ne peut se contenter de ce minimum.

Les allocation complémentaires (maintenues, créées, supprimées) :

Dès lors que le montant est insuffisant, il faut maintenir des allocations complémentaires plus ciblées (et, si possible, aider à compléter ces allocations par un revenu complémentaire, à condition que personne n'y soit forcé).

Les modalités de financement :

Dans une logique assurantielle, un revenu garanti devrait être adossé en grande partie sur les revenus et donc des cotisations sociales alors que le revenu de base implique qu'il soit récupéré par la progressivité de l'impôt sur le revenu à partir d'un certain niveau. On pourrait envisager aussi un complément en monnaie locale, mais pour le rendre finançable, l'essentiel est de rendre ce revenu productif pour qu'il ne soit pas une dépense en pure perte et coûte le moins cher possible. Tout comme le fordisme et l'augmentation des salaires n'ont duré qu'autant que cela stimulait l'économie, de même le revenu garanti ne durera que s'il est globalement profitable. S'en préoccuper est crucial. Il faut à la fois un revenu garanti découplé du travail immédiat et qu'il puisse être considéré comme un investissement, non pas une charge, du moins pour la grande majorité. Pour cela il faut se préoccuper du développement humain et de l'accès au travail choisi, pas abandonner les individus isolés à leur sort.

Le public ciblé (citoyens, communauté politique, ...) :

Les adultes valides (pas les plus performants). Des allocations familiales versées pour les enfants sont tout autre chose (pas faites pour être cumulées avec un travail!).

Si vous avez un critère de suffisance :

Le critère de suffisance est de ne pas être obligé de prendre des petits boulots sous-payés pour survivre. Sinon, le suffisant dépend des gens, de l'époque et de l'environnement local. Ce n'est pas partout qu'on peut survivre avec 75% du smic, qui est lui-même insuffisant pour beaucoup mais il est illusoire de croire qu'on pourrait avoir un revenu universel suffisant, qu'il suffirait de le décider dans la confusion entre le nécessaire et le possible. Le réalisme oblige à partir de son insuffisance et donc de la nécessité de le compléter.

Les modalités de mise en pratique d'aujourd'hui jusqu'à la mise en place :

Même si l'idée d'un revenu de base gagne des partisans partout et qu'elle s'introduit dans les programmes, elle est encore loin d'être majoritaire et susceptible d'être portée par les prochains pouvoirs, sinon sous la forme d'un regroupement des allocations actuelles.

On verra ce que donnent les expérimentations en cours mais je ne suis pas très optimiste. Une voie possible, bien que cela reste à prouver, serait de partir du local en profitant des allocations qui existent déjà, complétées en monnaie locale et par des structures locales (que j'ai appelé des coopératives municipales en référence à Bookchin). Prendre la question à l'envers en commençant par les institutions du travail autonome et du développement humain, forcément locales, serait une bonne façon de rendre un revenu universel soutenable, à ne plus être complètement improductif.

Les réformes complémentaires qui vous semblent nécessaires pour votre projet de société :

Je ne prétends pas avoir un projet de société mais que la globalisation autant que l'écologie rendent nécessaire une certaine relocalisation de l'économie (en particulier avec des monnaies locales) en plus des institutions du travail autonome et du développement humain (coopératives municipales). En fait, "revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales" font système (distribution, production, circulation), c'est ce qui peut rendre le revenu garanti productif.

La philosophie de votre projet de société :

Je ne vise qu'à réduire les souffrances sociales par l'adaptation à l'ère de l'écologie et du numérique, assurant la reproduction sociale et la productivité globale tout en relocalisant l'économie à l'ère de la globalisation, loin de toute utopie ou idéal.

Ce qui peut aussi nous motiver, c'est de participer à l'émancipation et d'étendre ainsi l'autonomie de chacun, qui est incontestablement une construction sociale, mais cette autonomie est moins désormais un besoin intérieur qu'une exigence sociale, ce qui n'empêche pas mais renforce la nécessité d'en donner les moyens par un revenu garanti. La lutte contre la pauvreté reste un aspect essentiel mais le développement humain va bien au-delà, partie intégrante d'un nouveau système de production issu de l'évolution technologique, mobilisant notre personnalité et valorisant nos spécificités humaines par rapport aux automates.

- Un revenu de base nécessaire mais pas suffisant

- Du revenu garanti aux coopératives municipales

- Revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales

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8 réflexions au sujet de « Mes réponses au questionnaire sur le revenu de base »

  1. C'est bien que votre voix puisse se faire entendre.
    Je déplore à nouveau que vous ne vous intéressiez pas aux conséquences d'un accompagnement d'une redistribution par le bas d'un revenu de base (en gros on le distribue à tous, et ceux qui estiment qu'ils n'en ont pas besoin peuvent avantageusement en faire profiter ceux qu'ils souhaitent, pourvu qu'ils soient agréés) à propos de deux points:

    le montant touché par ceux qui en ont besoin (précarité ou projets, coopératives municipales...).
    le processus de validation sociale ainsi mobilisé.

    A l'heure des NTIC, ce processus de redistribution volontaire et encouragé ne me semble pas devoir être oublié. Cette question émergera d'elle même si on met en place un RdB quelconque dans un esprit quelque peu libertaire.

  2. Le revenu de base ne doit pas être une allocation supplémentaire ou le regroupement -simplification des allocations .

    Cela doit être un revenu attribué à tous et destiné à mettre en chantier des politiques européennes ,nationales et locales de transition . Cette transition étant l'adaptation de nos sociétés à la mondialisation , aux problèmes écologiques et sociaux , aux nouvelles technologies.
    Ce revenu de base suppose donc des politiques européennes, nationales et locales .C'est bien sûr cette difficulté politique qui obscurcit les choses .
    Au local un revenu de base distribué à l'ensemble des acteurs territoriaux , tout le monde , riches et pauvres , permettrait d'aider à l'émergence et la mise en œuvre de politiques territoriales.( à partir du moment où les règles du jeu sont bien posées)

  3. Une tribune du monde d'économistes (Thomas Piketty, Dominique Méda, etc.) défend le revenu universel, sans qu'il soit versé à tous. C'est sans doute pour cela que Dominique Méda a signé alors qu'elle a toujours été contre ! Je ne trouve pas absurde quant à moi qu'un revenu universel, comme droit universel, ne donne pas lieu à un versement universel (à ceux qui n'en ont pas besoin). La notion d'inconditionnalité faible d'Alain Caillé est ici très utile. Le texte est malgré tout un peu indigent, ne faisant qu'ouvrir la discussion (amener les controverses d'il y a 20 ans dans le débat politique).

    http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/01/24/pour-un-revenu-universel-credible-et-audacieux_5068506_3232.html

    Comme le dit La Tribune, l'intérêt principal des débats sur le revenu universel est de prendre conscience des transformations du travail et des nouvelles protections à y apporter.

    PS : je suis complètement débordé jusqu'au 6 février ayant très peu de temps pour répondre aux courriers et commentaires...

  4. Pierre Omidyar, fondateur d'eBay, donne 500.000 dollars pour un projet de revenu universel au Kenya.

    http://www.latribune.fr/economie/international/revenu-universel-le-fondateur-d-ebay-investit-500-000-dollars-au-kenya-644516.html

    Le projet prévoit de verser quotidiennement à 6.000 Kenyans des sommes d'argent fixes peu importe leurs revenus. Le versement de cette somme équivaut à la moitié du revenu moyen dans certaines zones rurales du Kenya. D'après la Banque mondiale, le seuil de pauvreté est fixé à 1,9 dollar par jour. D'après le communiqué, 20.000 autres personnes doivent également recevoir une somme mais pour une période plus courte. 200 villages en tout sont concernés.

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