Les enjeux de la démocratie participative

La démocratie est bien malade, réduite plus ou moins à une oligarchie (c'est pour Roberto Michels "la loi d'airain" des partis qui la composent, avant de s'appliquer à la démocratie elle-même). Les élus apparaissent comme une élite coupée de leurs électeurs. Du coup, le thème de la démocratie participative s'impose, dans les discours au moins, sans avoir pourtant de véritable contenu la plupart du temps, contenu que nous allons tenter de cerner, en essayant de définir l'esprit d'une véritable démocratie participative dans ce qui l'oppose à celui d'une démocratie majoritaire et délégative.

Il est certain que la démocratie doit changer à l'ère de l'information et s'il ne faut pas tomber dans les rêves d'un hyperdémocratie, ni même d'une démocratie numérique, il faudra bien tirer parti de toutes les potentialités des réseaux et ne pas se contenter de quelques mesures alibis et d'une participation de façade, c'est la logique de nos institutions qui doit être remise en cause.

En effet, même s'il ne saurait être question de se passer de toute démocratie représentative et du principe de délégation du pouvoir, nous devrons passer malgré tout d'une démocratie compétitive à une démocratie délibérative, ou plutôt à ce que j'appelle une démocratie cognitive : démocratie des minorités où le vote n'est plus le moyen d'expression privilégié, ni même le plus légitime au regard du respect des individus et des collectivités locales. Cela remet en cause une bonne partie des mythes fondateurs de notre République, changement de l'esprit du temps et de l'esprit des lois, toujours difficile à intégrer.

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Une participation de façade

La première chose qui doit être réaffirmée, c'est que la démocratie participative n'a rien à voir avec une prétendue démocratie directe, ce n'est pas un retour en arrière à un état primitif de la démocratie dans sa supposée perfection originaire (celle de la Terreur révolutionnaire?). Bien sûr il ne suffit pas de "donner la parole à tout le monde" en passant du "ferme ta gueule" dictatorial au "cause toujours" libéral où ce sont les grandes gueules qui font la loi, quand ce n'est pas un règlement tatillon habilement instrumentalisé ! C'est, hélas, beaucoup plus difficile d'organiser vraiment le débat et de tenir compte de chacun, d'avoir le souci de recueillir l'avis des gens concernés, de travailler avec eux et de leur donner les moyens de s'organiser pour faire prévaloir leur point de vue, aboutir au consensus collectif, construire du commun. Ce n'est jamais gagné !

En tout cas, on ne peut avoir la naïveté de croire qu'on pourrait se passer pour cela d'une démocratie représentative, comme si tout le monde pouvait délibérer de tout, tout le temps ! Cependant, il ne faut pas se cacher qu'elle devra en sortir profondément transformée, un peu comme le chef d'entreprise est passé du patron au manager puis à l'animateur et au communiquant. Il y a une difficile démystification de la fonction représentative qui est à l'oeuvre, mais c'est la conception du citoyen lui-même qui est en jeu, à partir de la "démocratie des droits de l'homme" qui s'est mise en place avec la globalisation marchande.

La démocratie participative se réduit très facilement au gadget, se réduisant à une annexe décorative, à des événements ponctuels et voyants, à une politique d'affichage qui ne change rien aux rapports des citoyens au pouvoir. Il est très facile d'en manipuler les procédures et d'en démontrer l'échec. Le difficile, c'est au contraire de tenir compte de l'échec d'institutions exigeant effectivement trop de participation, afin de construire les conditions d'un accès facilité des citoyens aux décisions qui les concernent. Les réseaux informatiques sont ici un atout non négligeable dont il faut tirer parti même s'il ne faut pas en attendre des miracles et que les réunions publiques locales restent le fondement de la vie publique. Tout dépend de la volonté politique. En tout cas, la démocratie participative ne peut être un simple instrument de rétroaction des politiques publiques en complément des sondages (un peu comme les panels de consommateurs). C'est, en son fond, une toute autre conception de la démocratie, non pas au service des élus mais de la prise en main par les citoyens de leur propre destin !

Vers une démocratie cognitive

Non seulement la démocratie participative peut être illusoire mais au contraire des jeux olympiques, l'important n'est pas tellement de participer, c'est d'être entendu et de parvenir à des solutions acceptables par tous. C'est pourquoi je préfère parler de "démocratie cognitive" plutôt que de "démocratie délibérative". Privilégier la participation amène en fait à exacerber les oppositions, "le narcissisme de la petite différence". Si Habermas a eu raison d'insister sur la morale inhérente au dialogue, le caractère démocratique du langage (constituant notre sens commun), il a fait preuve d'un optimisme excessif et d'un trop grand dogmatisme en minimisant ce que notre rationalité peut avoir de limitée, et ce que le langage peut avoir de "fasciste" comme disait Barthes, en tout cas de dogmatique justement, d'impératif, de simplificateur et colportant toutes sortes de préjugés, sans compter que le message doit se simplifier encore à mesure qu'il s'adresse au plus grand nombre ! La démocratie participative ne se justifie pas par le fait que les citoyens seraient très intelligents et savent tout, propos très démagogiques obligés de nos jours, mais par le fait que nous sommes tous très ignorants et avons tant à apprendre les uns des autres. Le but n'est pas de parvenir à l'impartialité désintéressée d'un sujet abstrait universel et séparé de sa vie privée, mais bien de faire part de son expérience concrète et de faire reconnaître la contingence de sa propre position et de ses propres particularités.

Il serait préférable de parler de "démocratie cognitive" non seulement pour tenir compte de notre rationalité limitée mais pour essayer d'intégrer toutes les limites de la démocratie, et partir de l'échec afin de le surmonter. Plutôt que "l'expression de nos convictions" (plus ou moins religieuses), c'est la correction de nos erreurs qui devrait être notre souci constant, seule façon de sortir de l'idéologie comme des débats stériles et des rivalités de personnes. Dire cela, c'est dire aussi qu'on ne peut en rester à une démocratie formelle ou procédurale, à des recettes techniques. Les solutions ne sont pas techniques, c'est un état d'esprit, très différent de celui de la démocratie représentative, une volonté de démocratisation constante, d'approfondissement d'une démocratie toujours plus ou moins détournée et accaparée par une élite.

Il ne s'agit de rien de moins que de refaire société alors que les liens traditionnels et les solidarités locales se sont dissouts, en nous mobilisant sur des objectifs communs. Seules des finalités collectives peuvent nous maintenir ensemble et solidaires, embarqués dans la même aventure humaine. C'est en fixant le cap qu'on peut redresser la barre quand il le faut, corriger le tir à temps, éviter les dérives et atteindre ses objectifs (ce qui ne dépend pas du plan initial, très aléatoire, mais d'une volonté continue, d'une réactivité constante). Cette finalité collective, constitutive d'une "démocratie par projet", peut être la préservation de notre avenir commun, d'apprendre à vivre ensemble mais il faut sans doute qu'elle fasse de l'individu et du développement humain (développement de son autonomie) son objectif concret, sa pierre de touche, pour ne pas risquer de sombrer dans un nouveau totalitarisme, fut-il participatif (comme le maoïsme a pu l'être) !

On peut dire qu'on est déjà dans cette valorisation de l'individu, quoique sous une forme confuse, avec ce qu'on appelle la "démocratie des droits de l'homme" qui s'est affirmée dans les démocraties de marché, par contraste avec l'écroulement du communisme si faussement démocratique, démocratie post-totalitaire donc, comme dit Jean-Pierre Le Goff, mais on n'en a pas encore mesuré toutes les conséquences dont la première est la dénonciation d'une dictature de la majorité (aussi bien fasciste que communiste) qui a perdu toute légitimité. Cette limitation constitutionnelle du "pouvoir du peuple souverain" et de sa prétendue "volonté générale" va assez loin puisque c'est une remise en cause du vote et la porte ouverte à toutes les minorités agissantes. La légitimité se déplace en effet du citoyen comme caution du pouvoir au citoyen comme objet du pouvoir, du gouvernant au gouverné puisqu'il n'y a pas identité entre l'un et l'autre. L'électeur sans réel pouvoir est aussi l'administré soumis à une Loi implacable, alors que le citoyen actif de la démocratie participative fait valoir son point de vue et dispose d'un devoir de résistance à l'administration et de désobéissance civique même, c'est-à-dire au droit d'exister comme individu tout simplement, en dialogue avec ses semblables. Cela pourrait faire penser qu'une telle société deviendrait ingouvernable, en tout cas irréformable, alors que c'est tout simplement la méthode qui doit changer, certes un peu plus compliquée que de prendre un décret gouvernemental !

Le respect du citoyen implique désormais d'éviter le plus possible de trancher par des votes en faisant taire les opposants. Le dernier texte de Bourdieu publié de son vivant dans les Actes de la recherche dénonçait la violence du vote, procédure de soumission dans la royauté comme dans les petits groupes. Platon, dans le Lachès, met en scène Socrate refusant de départager les opinions par un vote sans examen alors qu'il faut, tout au contraire, étudier la question rigoureusement au préalable. C'est ce qui sépare la démocratie formelle d'une démocratie cognitive, non pas dresser les uns contre les autres et compter ses voix mais engager le dialogue pour arriver au consensus (principe des palabres africaines). Ce qui veut dire aussi intervenir en amont, ne pas réduire l'expression du citoyen à la ratification de décisions prises sans lui mais lui laisser une capacité de proposition et d'élaboration.

Une fois admis l'esprit nouveau nécessaire à une véritable démocratie participative, que peut-on proposer concrètement ? Toutes les procédures ont leur utilité. Le vote bien sûr n'est pas à proscrire, ni même les sondages. Les référendums d'initiative populaire sont très utiles aussi même s'il faut en limiter le champ et les faire précéder par un débat approfondi. Des "forums hybrides" (qui sont en fait des jurys populaires!) peuvent être nécessaires sur les questions très techniques mais l'essentiel semble une revivification de la démocratie locale, comme les conseils de quartier, sauf qu'il ne faut pas abandonner ces structures aux plus actifs mais y apporter des correctifs et des compléments, faire des enquêtes, mobiliser les associations, aller chercher l'information pas seulement l'attendre. C'est l'élu qui doit se mettre au service de la population, pas la population au service de l'élu ! Sans facilitateurs la démocratie participative est une farce ouverte à toutes les manipulations. Le résultat dépend en grande partie des ressources mises en jeu (où l'on retrouve la nécessité d'un revenu garanti pour ne pas réserver la politique à ceux qui en ont les moyens) : "des procédures équitables donnent des décisions équitables". Il faut surtout susciter la prise en main par les citoyens de leur propre vie et encourager leur créativité en fonction des problèmes rencontrés mais ne pas s'imaginer que cela se fera tout seul ni que tout le monde est au même niveau.

Plutôt qu'à une auto-organisation spontanée, il faut se fier à l'organisation des capacités d'autogestion locales, sans vouloir reconstituer les pouvoirs féodaux d'élus qui devront se reconvertir en animateurs et en véritables représentants de leurs électeurs, leur porte-parole. C'est, nous l'avons dit, une question d'état d'esprit, de volonté de vivre ensemble et de tenir compte de chacun, dans un apprentissage réciproque. Comme le disaient les consignes des cercles de qualité japonais : "la reconnaissance précède la connaissance", la participation se gagne, mais parler de "démocratie cognitive" montre que l'enjeu n'est pas seulement la participation, c'est la construction d'une intelligence collective qui n'exclue personne. Pour cela, il faudra une pluralité d'approches selon les populations concernées ainsi qu'une évaluation permanente des résultats et une remise en cause périodique des politiques suivies, tâche infinie qui est loin d'être gagnée d'avance mais qui est la condition d'une revivification de la démocratie, comme d'une nécessaire relocalisation de l'économie.

La place de l'informatique est bien sûr cruciale, permettant à la fois de ne pas exiger un investissement trop grand des citoyens, de mettre à disposition de tous l'information indispensable, de préparer les discussions dans des forums et d'avoir un retour d'information assez rapide sur la mise en oeuvre. Seulement, là aussi, il ne suffit pas de mettre en place les outils ni même de réduire l'asymétrie de l'information, il faut une équipe d'animation, des modérateurs, des passeurs, des formations, des intermédiaires, des processus de conciliation, des débouchés... "Il ne doit pas y avoir de paroles perdues". L'efficacité d'une procédure dépend de son intégration dans le processus de décision politique, le pire écueil étant le débat ouvert mais sans aucune suite. Même lorsque toutes ces conditions sont réunies, il ne faut pas trop attendre des réseaux numériques qui ne remplacent pas les réunions publiques, dans une "démocratie de face à face" comme disait Bookchin, mais permettent, ce qui est déjà beaucoup, de les préparer et d'en faire un peu moins. Là aussi, c'est par la constatation de l'échec qu'on peut espérer améliorer les choses petit à petit.

Il n'y a pas de solution miracle et il ne faut pas se faire d'illusions, c'est par la combinaison de différentes procédures et de différentes techniques, selon les questions et les lieux, qu'on peut espérer un progrès (toujours insuffisant) dans la démocratisation de la démocratie, de même qu'il vaut mieux jouer l'Etat contre le marché et le marché contre l'Etat, plutôt que d'être le jouet soit de l'Etat, soit du marché ! Mais, il faut le redire, la démocratie participative n'est pas le tout de la démocratie, il y a aussi des enjeux symboliques de représentation, des conflits sociaux et surtout la nécessité de mobilisations collectives, d'une auto-affirmation de la société comme telle, le respect de l'individu ne pouvant être effectif qu'à partir d'une refondation de nos solidarités.

Démocratie participative

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17 réflexions au sujet de « Les enjeux de la démocratie participative »

  1. Bonjour,

    Vous dites :
    "parler de "démocratie cognitive" montre que l'enjeu n'est pas seulement la participation, c'est la construction d'une intelligence collective qui n'exclue personne."

    J'ai du mal à imaginer des décisions politiques qui n'excluent personne. Ou je comprends mal cette notion d'intelligence collective.

    Je comprends bien que la démocratie participative, organisée par des débats doit aboutir sur une prise de conscience des effets positifs et négatifs des sujets débattus. Mais les décisions doivent être tranchées, par le vote justement, et il restera toujours des exclus. Et peut-être leur participation au débat leur permettra de mieux accepter les décisions.

    Mais reste-il légitime que ces personnes "exclues" soient dans le "devoir de résistance à l'administration et de désobéissance civique" ? Cela me parait une approche bien trop chaotique et aléatoire.

    N 'est-il pas plus efficace d'organiser un contre pouvoir constitué par ces "exclus" qui sera légitimé par sa création à l'origine même de la décision. On parlera bien de "résistance à l'administration" mais plus de "désobéissance civique". Bien entendu il faudra lors de l'application des décisions, leur donner les moyens d'observer les effets négatifs, de les dénoncer et de proposer des ajustements qui eux aussi devront être adoptés par le débat et par le vote.

    Mais quelque chose m'interpelle ... Tout cela ressemble étrangement à nos élus qui débattent et votent nos lois, puis nos syndicats et les partis d'oppositions qui les contredisent ?!

    La seule différence vient peut-être du fait que ce ne sont plus des élus qui voteraient mais les citoyens participant aux débats.

    Et comment choisir ces citoyens serai-ce eux même qui, par leur propre jugement, s'évalueront capable ou non de participer ?

    Et peut-on imaginer une tel organisation pour des décisions nationales voir européenne ?

  2. Lorsque le dictateur Sarkozy sera élu, il n'y aura plus besoin de rien, il suffira de guetter chaque matin si Mr a une migraine pour savoir combien de "Kosovars" seront renvoyés se faire massacrer. Quel avenir pour la France?

  3. WIKIDEMOCRATIE !

    Ne serais-ce pas un voie d'approche de la démocratie cognitive, que de permettre simplement aux citoyens de commenter comptes, budgets et les projets publics qui les concernent ?

    Encore faudrait-il présenter chiffres et participations de façon lisible !
    L'outil WIKI (wikipédia) n'est-il pas bien adapté ?

  4. Je suis chiant, je sais. J'étais normalien et de ROBIEN ne nous parlait pas encore de grammaire. Alors, s'il te plaît : "vous pouvez nous laissez" défrise ma tonsure chauve. Tu mets un "r" à laisser. Merci, je vais continuer à lire....

  5. Pour la faute, c'est dans la première image, qui vient d'un autre site !

    Pour le Wiki, c'est certainement un bon outil qu'il faut utiliser mais c'est réservé encore à un petit nombre. On ne peut intervenir en trop grand nombre, il faut donc plutôt construire un réseau de wikis interconnectés. Il ne faut pas s'imaginer qu'une technique sera décisive, c'est la volonté politique qui importe.

    De même la transparence des comptes et des projets est justement ce que peut assurer le Net, il faut donc le faire mais là encore, ce n'est pas l'essentiel, c'est un processus d'ensemble.

    Sinon je confirme que le citoyen garde un devoir d'insubordination, un droit à la désobéissance civique. Cela ne veut pas dire que n'importe qui peut faire n'importe quoi mais qu'on trouve insupportable un pouvoir qui s'applique trop aveuglément. Bien sûr, on a besoin pour cela du regard médiatique ! Le principe d'une démocratie participative, c'est le même que celui des familles modernes, la perpétuelle négociation de toutes les décisions avec tout le monde. A mesure qu'on progresse, les lois se font moins rigoureuses, ce qui ne veut pas dire moins efficaces, ni, hélas, moins contraignantes.

    Il ne s'agit pas de prétendre qu'on pourrait avoir l'accord de tous et qu'il n'y ait pas d'exclus mais c'est ainsi que fonctionnent les palabres. Dire qu'il faut une intelligence collective qui n'exclue personne veut seulement dire qu'il faut recueillir les opinions de tous, pas que tous les désirs pourraient s'accorder.

    Ce que je décris n'est pas une utopie, ce n'est pas enthousiasmant ! Il me semble que je ne fais qu'enregistrer ce qui est déjà présent dans une démocratie des droits de l'homme centrée sur l'individu et qui ne demande qu'à s'étendre à une démocratie participative.

    On peut se soucier de l'avis des citoyens à tous les niveaux, il faut simplement le vouloir... (mais c'est quand même plus simple au niveau local qui en est la base)

  6. Le devoir d'insubordination est peut-être plus nuancé que le devoir de désobéissance civique, mais si je prends l'exemple d'une politique fiscale : si je juge que cette politique n'a pas de sens, dans toute ma subjectivité et mon aveuglement, je serai dans le devoir de ne pas payer l'impôt ? Bien que cette politique ait été adoptée après palabre et consensus ?

    On pense toujours aux actions de Greenpeace ou de fauchage OGM, qui sont souvent justifiés et dénoncent l'aveuglement ou la perversité des pouvoirs en places, mais ces désobéissances civiques sont des ultimes recours car rien d'autre ne leur permet de faire valoir leur position.

    Le "devoir d'insubordination" place la désobéissance civique en amont, elle est comme une menace. Un devoir de résistance active et permanente me parait légitime, alors que la désobéissance civique est plutôt un droit conditionné par des négociations préalables et reste un dernier recours. Elle doit être précédé par des "palabres" qui la justifierait, la nuancerait ou la décrédibiliserait.

  7. Oui il ne faut pas se monter la tête à propos de cette désobéissance civique, il ne faut pas entre autres en faire une loi universelle, le fonctionnement général de la société. Il ne s'agit que de ce qui se passe actuellement : il est devenu inadmissible de ne pas tenir compte de ces actes qui sont rares et motivés. Ne pas payer ses impôts ne rentre pas dans cette catégorie sauf à en faire une action collective qui, alors, justifie une négociation. Je précise bien que la médiatisation est essentielle ici, le pouvoir bureaucratique s'accomode mieux du secret. Reste qu'il n'est pas impossible qu'on puisse être condamné à l'avenir pour ne pas avoir fait preuve de cette résistance citoyenne, ce qui, pour être peu probable, renverse tout de même les perspectives.

  8. Gouvernance Open-Source.

    Plus qu'une technique, c'est un changement d'esprit qui sera décisif.
    Et aujourd'hui, ce changement d'esprit c'est le mouvement autour des logiciels libres, de l'art libre, de la connaissance libre, etc. qui le diffuse.

    Mouvement horizontal plutôt que pyramidal, transparence des sources et des processus décisionnels, possibilité de participation de chacun, arbitrage par le marché des utilisateurs finaux, optique non-marchande et non-propriétaire, biodiversité des contributions plutôt que pensée unique, fork, branches, biodiversité de développement, etc ....

    A quand les sources de la gestion collective avec appel à participation des utilisateurs ? (en s'intéressant à la gestion du bien collectif, on en arrivera bien vite à faire les lier concrètement à l'élaboration et aux propositions de lois)

    Je sais pas en France, mais en Belgique on est nulle part à se sujet.

    Le mouvement du "libre" est-il si marginal qu'il influe si peu sur les alter-politiques ? A quand des alternatives concrètes des mouvements d'opposition ?

  9. Ici, on est nulle part de chez nulle part, comme on dit ! La seule utilisation notable de l'informatique ce sont les listes de discussion et les forums (blogs), virtualisant la politique. Beaucoup ont l'illusion d'agir simplement en rediffusant des informations qu'on a déjà à plusieurs exemplaires...

    Le logiciel libre n'est pas vraiment un état d'esprit, c'est une pratique intimement liée à la technique elle-même. On peut dire que l'état d'esprit manque mais que la technique l'impose (à IBM par exemple) pour son efficacité. Pourquoi cela reste-t-il marginal ? Parce que l'état d'esprit manque mais surtout parce les moyens manquent : c'est toute la distribution des revenus qui doit être remise en cause. Il est certain qu'un revenu garanti favoriserait cette collaboration gratuite qui est devenue fondamentale. Mais on n'en est pas là, on n'en est pas à une quelconque alternative, même si les Verts se prétendent révolutionnaires maintenant pour concurrencer Nicolas Hulot. On ne discute que du smic, du rmi, d'augmentation de la durée du travail ou des salaires, on se croirait 50 ans en arrière...

  10. On ne discute que du smic, du rmi, d'augmentation de la durée du travail ou des salaires, on se croirait 50 ans en arrière...
    c'est à coup sur le plus déprimant . ils n'arrivent pas à voir que ce monde là est déjà mort qu'ils leur faudra s'anéantir vers un principe de développement supperieur, et passer la main . tout cela en devient presque comique , c'est comme les poules qu'on décapite et qui continent encore quelques instant à marcher sur leur 2 pattes comme si de rien n'était ....

    les gens ne semblent hélas pas encore décidé à sortir de leur enclos et je crois que c'est le premier pas qui sera le plus difficile : il faudra bien qu'ils se parlent , à la lisère de leur cellule . rompre avec des années d'enfermement, et pousser son cri et laisser être cette reconnaissance , enfin ....

    on en est loin et bien malin celui qui arrivera à prédire comment ça va tourner , alors qu'il est peut-être déjà trop tard ou peut être ne sommes nous pas allés encore assez loin dans la sauvagerie .
    toutes les informations de cet article sont ,bien entendu ,capitales . il y a trop de contradictions qui nous indiquent que nous ne pourrons plus faire comme avant . nous savons même comment faire . mais là je pense que ce qui nous fera sauter d'un train à l'autre c'est l'énergie du desespoir que nous mettrons , ici où là , à reprendre nos esprits et à nous activer . ça ce n'est pas une affaire d'information mais une affaire de désir, d'énergie .... nous qui sommes sans plus de force qu'un "raver" en descente d'exta ...

  11. Je ne dis pas que c'est toujours inutile, juste que c'est un peu court et ne peut se substituer à une véritable action politique (pas plus que les innombrables pétitions que je ne signe jamais sur Internet).

    Cela ne veut pas dire que ce que je fais serait suffisant. Il est certain que je manque par trop d'énergie...

  12. Pour mettre au goût du jour le fameux dicton:
    La dictature, c'est «ferme ta gueule».
    La démocratie, c'est «cause toujours».
    La démocratie participative, c'est «cause toujours, tu m'intéresses!»

  13. Evidemment, si c'était aussi simple on se demande pourquoi on ne l'aurait pas déjà fait ! Pas la peine de travail de réflexion historique pour ça, il suffit de supposer que ceux qui s'y refusent sont très méchants, ce qu'une interprétation simpliste de la lutte des classes pourrait faire croire. En fait, sur ce plan, on ne peut guère faire mieux que la Suisse et je ne suis pas sûr que ce soit tellement différent de ce que nous connaissons. Il ne faut pas oublier aussi que le prétendu démocratisme radical a porté Napoléon III au pouvoir par plébiscite et donné tous les pouvoirs à Hitler par référendum. C'est donc un peu plus compliqué, il faut s'appuyer d'abord sur une démocratie locale, de face à face, et je reste persuadé que le problème ce n'est pas les autres, c'est nous, l'indigence de nos propositions. Le jour où nous aurons de véritables propositions alternatives le pouvoir actuel s'écroulera de lui-même...

  14. Il faudrait peut-être commencer par faire entrer un minimum de démocratie et tout simplement de droit d’expression dans l’entreprise. C’est là que nous passons le plus clair de notre vie éveillée et nous n’y avons qu’un droit minimal.

    Il devient insupportable au bout de trente (mon cas) d’être jugé et noté comme un gosse, de se voir fixer des objectifs sans même pouvoir rien discuter. D’être la cible quotidienne de manipulations grossières comme la promesse de primes dérisoires ou des réunions informelles pour « ressouder une équipe » etc. D’être constamment sous la menace de voir sa carrière détruite par une attitude jugée négative, par un dossier dont on ne sait rien etc.

    Il faut être citoyen dans l’entreprise pour l’être dans la citée.

  15. Certes mais il me semble toujours un peu contradictoire de vouloir une entreprise citoyenne quand elle est fondée sur le profit et s'émouvoir quand une multinationale délocalise. Pour avoir une entreprise démocratique il vaut mieux des coopératives municipales, c'est-à-dire une entreprise gérée démocratiquement mais dont le but n'est pas le profit, c'est le développement humain. Sinon la prise du pouvoir par les syndicats dans les entreprises n'est pas forcément une bonne chose et tout ne peut être discuté dans la compétition économique. On peut exiger du moins un peu plus de dignité et mettre hors la loi des pratiques indignes.

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