Devrons nous refaire des ateliers nationaux ?

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1848ateliersnationaux2Ce n'est certes pas le moment de tirer des plans sur la comète ni de rêver à quelque sixième république fantasmée. On doit plutôt s'attendre au pire dans les années qui viennent avec sans doute une droite dure décidée à démanteler nos protections sociales et l'effondrement annoncé du parti socialiste. Il ne semble pas qu'on prenne la mesure de notre situation catastrophique avec le chiffre officiel de 3 millions et demi de chômeurs et près de 6 millions d'inscrits au total (auquel on peut ajouter 1 ou 2 millions qui ne sont plus inscrits). Avec ça, inciter les chômeurs à rechercher un emploi est mission impossible. Plus durablement, la précarité se généralise avec la perte des droits sociaux attachés au salariat traditionnel. Cela fait des millions de vies détruites et participe à la désespérance générale sinon une colère sourde pas forcément orientée sur les véritables coupables.

Les politiques démontrent leur impuissance à influer sur ces phénomènes économiques massifs et on peut trouver assez risible que face à cette marée, on annonce 10 000 emplois aidés de plus ! histoire de dire qu'on fait ce qu'on peut, sans doute, mais qui fait une belle jambe à tous les autres chômeurs... On retrouve cette disproportion entre l'étendue du problème et le léger des solutions qu'on prétend y apporter avec ceux qui défendent encore une réduction du temps de travail. En dehors du caractère complètement irréaliste de cette revendication dans la France actuelle, alors que les 35h risquent plutôt d'être abrogées, ce qui frappe, c'est qu'on ne pourrait en attendre qu'une centaine de milliers d'emplois dans l'immédiat, ce qui ne serait là encore qu'une goutte d'eau par rapport aux millions de chômeurs. Les 35h avaient effectivement créé 300 000 emplois sur le moment, pense-t-on, mais si cela nous avait protégé durablement du chômage, cela se saurait, ne pouvant constituer une réponse proportionnée. Il y a une véritable dissonance cognitive dans ce type de propositions complètement déconnectées de la réalité, tout autant que dans les rêves de plein emploi à coup de grandes politiques macroéconomiques.

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Un revenu de base nécessaire mais pas suffisant

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revenu de baseCela fait plusieurs années que je n'interviens plus en public mais la situation est on ne peut plus mauvaise. Bien que les prévisions économiques restent toujours hasardeuses, le risque d'une nouvelle crise systémique pire que la précédente est loin d'être écarté (cela fait même un moment qu'elle aurait dû se produire). En dépit de l'indifférence générale et malgré les incertitudes du climat, il est encore plus certain hélas qu'on assiste, en Arctique notamment, à un emballement des dégagements de méthane qui s'annonce ingérable. A plus court terme, sans parler des guerres qui se rallument à nos portes, les perspectives politiques sont dramatiques, avec la montée de l'extrême-droite et du nationalisme. Sur tous ces fronts, il n'est certes plus temps de rêver...

Cela ne doit pas empêcher de porter la revendication d'un revenu de base dont le besoin se fait de plus en plus sentir mais devrait empêcher du moins tout optimisme excessif et de s'égarer sur son caractère supposé miraculeux. Qu'on ne puisse vivre sans revenu est une évidence qui tarde à s'imposer et dont c'est tout le mérite du revenu de base de la mettre au premier plan. Reste qu'il ne suffit pas de revendiquer un droit, fut-il vital, ni d'exiger des montants déraisonnables. On est bien obligé de tenir compte de sa faisabilité et de son acceptabilité. Surtout, un "revenu garanti" dans l'esprit du régime des intermittents (mieux qu'un simple revenu de base) ne peut éviter de s'inscrire dans un projet plus global, tenant compte des évolutions du travail et de la production, tout comme des enjeux écologiques et de la nécessité d'une relocalisation de l'économie.

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Ecologie, intermittents et travail immatériel

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Interview par Ingrid Merckx pour Politis
politis

Quels rapports voyez-vous entre les revendications des intermittents et l'écologie politique ?

La connexion avec les "intermittents" se situe à plusieurs niveaux : 1) La sortie du productivisme capitaliste, c'est-à-dire du salariat, au profit du travail autonome, d'un travail choisi plus épanouissant mais moins productif - ce qui nécessite revenu garanti et coopératives municipales, institutions locales du travail autonome et du développement humain qui sont la base d'un nouveau système de production non productiviste et plus adapté aux nouvelles forces productives. 2) En effet, le passage de l'ère de l'énergie (industrielle) à l'ère de l'information (post-industrielle) fait passer de la force de travail, dont la production est proportion du temps passé (ou temps machine), au travail immatériel dont la productivité est non linéaire, non mesurable par le temps comme Marx le pressentait dans ses Grundisse, se rapprochant du travail artistique et créatif, travail par objectif beaucoup plus précaire et aléatoire que le salariat industriel.

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Permanence et fonctions des hiérarchies

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hierarchie_ca_suffitLa contestation des hiérarchies en tant que telles est stérile et même contre-productive quand ce qu'il faudrait, c'est les alléger et les démocratiser! C'est ce qui fait toute la différence entre d'inutiles utopies et le véritable progrès social. Il s'agit de comprendre les nécessités de l'organisation et la fonction des structures hiérarchiques pour bien distinguer les hiérarchies opérationnelles des systèmes de domination et avoir la capacité d'en réduire l'hétéronomie ainsi que l'infériorisation des acteurs, c'est-à-dire tout simplement remplacer la contrainte par l'information.

Ces idées ne sont pas nouvelles puisqu'elles ont été à l'origine de la formation du GRIT (plutôt "le groupe des dix" à l'époque), portées surtout par Henri Laborit, notamment dans "la nouvelle grille" comme on le verra plus loin. Tout ce mouvement venait de la théorie des systèmes et de l'écologie (des écosystèmes, inspirant notamment le rapport de Rome sur les limites de la croissance. Voir aussi le Macroscope de Joël de Rosnay avec son dernier chapitre sur l'écosocialisme). Ce mouvement devait hélas, comme toute la "cybernétique de deuxième ordre", un peu trop s'engluer ensuite dans une auto-organisation informe qui inspirera une bonne part du néolibéralisme (sous le nom d'ordre spontané). L'auto-organisation a une place certes irremplaçable, qu'il fallait intégrer, mais bien plus réduite qu'on ne l'a imaginée (comme si la sélection naturelle en était restée aux bactéries au lieu d'organismes de plus en plus complexes).

Les choses sont moins immédiates et bien plus subtiles (dialectiques) que les mots d'ordre politiques, devant combiner l'organisation collective et l'autonomie des acteurs - d'autant plus à l'ère du numérique. Il n'y a pas de truc miraculeux pour cela même s'il y a quelques dispositifs utiles, le plus important étant de garder un point de vue critique sur les pouvoirs et de chercher à réduire les dominations sans refouler les rapports de pouvoir ni le fonctionnement effectifs.

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Le plaisir du travail

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la valeur travailDebord considérait que son acte le plus subversif avait été d'écrire sur un mur "Ne travaillez jamais" et Rimbaud disait avoir "horreur de tous les métiers". Rien ne paraît plus réactionnaire que de vouloir valoriser le travail en soi, simple justification d'une exploitation éhontée et de la soumission passive au devoir comme à la peine (travail, famille, patrie).

Il y avait incontestablement quelques bonnes raisons, depuis notre exil du paradis des chasseurs-cueilleurs, d'identifier le travail à la peine et la contrainte, punition divine sinon forme d'esclavage. Il se pourrait cependant qu'à l'ère du numérique et de l'automatisation, le travail se dépouille de sa pénibilité physique pour ne plus consister en simple dépense d'énergie, comme dans la thermodynamique originelle, mais bien plutôt comme l'inverse de l'entropie ce qui n'est pas exactement la même chose et moins fatiguant à s'appuyer, tout comme la cueillette, plutôt sur l'information (comparable au démon de Maxwell triant les molécules les plus rapides au lieu de les accélérer). Sur cette face, on peut dire le travail "immatériel" du fait qu'il n'exploite pas une "force de travail" mais mobilise des subjectivités avec leurs compétences particulières pour l'exécution d'une tâche au service d'un objectif commun.

Dans ce contexte, il faut montrer en quoi l'autonomie est essentielle pour sortir de l'aliénation salariale mais aussi qu'il ne s'agit absolument pas de se délivrer du travail comme du royaume de la nécessité pour un royaume de la liberté qui se révèle bien vide et livré en général à de si piètres divertissements. Il ne s'agit pas de s'éviter toute difficulté, ni même d'épargner les corps mais de passer du travail forcé au travail choisi, du travail souffrance ("désutilité") au travail plaisir voire au travail passion, il s'agit enfin de rendre le travail désirable autant que faire se peut. Ce qu'il est déjà d'une certaine façon, si l'on en croit les sondages et malgré de nombreux contre-exemples, d'autant plus convoité sans doute qu'il manque (il faut voir comme les salariés défendent leur emploi). Il y a encore de grands progrès à faire pour qu'on puisse s'en satisfaire, notamment à gagner un peu plus en autonomie, mais ce qui pourrait passer raisonnablement pour de simples voeux pieux semble malgré tout confirmé par les évolutions en cours.

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Vivement 2050 ?

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Programme pour une économie soutenable et désirable
vivement-2050Cette fois, on peut dire qu'on a affaire quasiment à la version officielle de l'alternative, du moins pour les pays riches, celle de l'ONU (du PNUD) dans la suite du rapport Meadows sur les limites de la croissance (rapport de Rome). Si ce n'est pas beaucoup plus convaincant, on verra que ce n'est pas tellement éloigné des propositions d'ATTAC même si leur démarche, qui privilégie le consensus sur la confrontation, s'appuie beaucoup plus sur les nécessités matérielles que sur la combativité militante. Le titre reprend pourtant le leitmotiv de rendre désirable un monde sans croissance, comme si le monde était le résultat de nos désirs et de notre subjectivité, comme si on décidait de la société dans laquelle on vit, illusion tenace. Comme la plupart, ils s'imaginent en effet qu'il s'agirait de "parvenir à s'entendre sur un projet de société soutenable et désirable" (p65) alors qu'il serait bien sûr impossible d'accorder nos désirs, ce n'est que sous la menace bien réelle qu'on resserre les rangs dans l'urgence.

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Le petit manuel de la transition d’ATTAC

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transitionAprès avoir beaucoup travaillé ces derniers temps à revenir à une forme de matérialisme historique rénové contre les illusions de la politique, les dangers du volontarisme, de l'extrémisme, de l'idéalisme et du moralisme, le temps est venu des travaux pratiques et de porter la critique sur les propositions qui se donnent comme alternatives, puisqu'il ne s'agit pas seulement de comprendre la transformation du monde mais bien d'essayer de le changer réellement pour mieux s'y adapter.

On ne parlera pas ici de tous ceux pour qui l'alternative se limite au retour du nationalisme, du protectionnisme, des nationalisations, à la sortie de l'Euro, au rejet des immigrés, à la fermeture des frontières pour pouvoir s'isoler du reste du monde et se retrouver "entre-nous" (fantasme d'Emmanuel Todd qui en connaît pourtant les disparités familiales et alors même que 50% des salariés travaillent pour des multinationales) ! Les interventions africaines actuelles nous rappellent comme cette Nation tant vantée avait une dimension coloniale, d'où viennent les immigrés d'aujourd'hui (comme les Pakistanais vont en Angleterre). La mondialisation nous l'avons faite les armes à la main. On ne parlera pas non plus de ceux qui rêvent de l'expropriation des capitalistes et de la collectivisation de l'économie comme au bon vieux temps. Tant qu'à faire, autant s'attaquer à ceux qui se présentent comme altermondialistes, et dont j'ai été le plus proche, en regardant ce qu'ils proposent comme "Petit manuel de la transition" pour toutes celles et ceux qui aimeraient mais doutent qu'un autre monde soit possible !

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Revenu garanti vs revenu de base (vidéo)

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Dans le cadre d'une vidéo intitulée "Un revenu pour la vie" (et qui a besoin d'être financée), Les Zooms Verts ont insisté pour venir me voir le 20 octobre dernier afin de filmer un échange avec Frédéric Bosqué sur les différences entre revenu garanti et revenu de base.

Je ne suis pas télégénique ni un bon orateur et ce n'est que l'enregistrement brut de la conversation, avec des longueurs et des raccourcis douteux, bref c'est un peu pénible et bien trop long mais il me semble que la discussion est assez éclairante sur le sujet, notamment par la différence des arguments mobilisés. On aborde aussi les questions du travail, du don, des coopératives municipales ou des monnaies locales ainsi que la nécessité que je défends d'une approche matérialiste et systémique, à l'opposé d'un volontarisme politique vanté de toutes parts mais qui n'est que le symptôme de notre impuissance. Curieux comme on se croit obligé de promettre le bonheur et de croire à des rêves alors qu'il ne s'agit que de faire face (difficilement) aux nécessités.

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Sortir du capitalisme. Le scénario Gorz

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Colloque organisé à Montreuil en novembre 2012 par le MAUSS
ScenarioGorzJe dois dire que j'ai trouvé cet ensemble de 16 courtes communications plus intéressant que le livre précédent sur Gorz ("André Gorz, un penseur pour le XXIème siècle") auquel j'avais pourtant participé, témoignant mieux, par les critiques même dont il est l'objet, de sa position singulière en même temps que de tous les débats auxquels il a été associé, principalement autour des thèmes de l'autonomie et du travail. S'y dessine d'une certaine façon la constellation intellectuelle de la gauche depuis Mai68 avec toutes ses divisions idéologiques (qu'on peut trouver risibles pour la plupart) et la suite d'échecs auxquels elle a été confrontée ainsi que les si difficiles révisions auxquelles il a fallu se résoudre (du communisme à l'autogestion puis la RTT et le travail autonome enfin), Gorz devançant souvent les autres et pas seulement dans sa politisation de l'écologie.

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Plaidoyer pour l’altermonde

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un-autre-monde-est-possibleA mesure de notre impuissance face à la crise, on voudrait nous persuader, contre toute évidence, que les hommes auraient toujours choisi la société dans laquelle ils voudraient vivre et que ce ne serait qu'une question de volonté. On ne voit pas sur quels exemples historiques pourraient s'appuyer de telles prétentions, la révolution de 1789 n'ayant pas été préméditée, échappant en permanence à ses acteurs, et celle de 1917 ayant produit le contraire de ce qui était voulu ! Ce sont des forces historiques qui sont à l'oeuvre et nous dépassent, ce sont elles qu'il faut tenter de comprendre avec les opportunités qu'elles peuvent ouvrir et qui dépendent assez peu de nos préférences subjectives. Il n'y a aucune raison de surestimer nos moyens ni de croire qu'on pourrait construire une quelconque utopie (en plus celle de notre choix !) dans une rage normalisatrice. Au contraire, la situation semble plutôt désespérée sur tous les fronts, accumulant défaites sur défaites. Sur le plan social, le sud de l'Europe dévasté nous entraîne sur la même pente alors que la lutte contre le réchauffement climatique semble perdue, du non renouvellement du protocole de Kyoto à l'exploitation de toutes les sources d'hydrocarbure (gaz de schiste, méthanes marins, pétroles non conventionnels, charbon). On ne sait comment on va faire face, non pas tant au pic de population qui n'est plus tellement éloigné qu'à un nouveau doublement de la classe moyenne mondiale qui est déjà passée de 1 à 2 milliards depuis l'an 2000 et devrait plus que doubler encore dans les années qui viennent. Le refus de prendre en compte ces évolutions géopolitiques tout comme le bouleversement total que le numérique apporte dans nos vies depuis une dizaine d'années ne peut que renforcer notre impuissance collective et notre soumission aux événements qui décident de nous plus que nous n'en décidons dans l'urgence, le nez dans le guidon.

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Des capteurs pour pister les salariés

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- Des capteurs pour pister les salariés

Un capteur qui suit vos moindres faits et gestes au bureau pour les transmettre à votre patron, cela vous effraie ? Pourtant ce n'est pas de la science-fiction. C'est le Wall Street Journal qui le révèle.

Toutes cette masse d'informations est collectée, décortiquée et analysée. C'est ce que l'on appelle le big data. A en croire la banque, le but de cette expérience n'était pas d'observer ce qu'untel faisait de ses journées mais de comprendre les comportements qui distinguaient les salariés productifs des autres. Résultat : les collaborateurs de Bank of America les plus efficaces appartiennent à des équipes soudées et discutent beaucoup avec leurs collègues. La banque a donc entrepris d'encourager la cohésion d'équipe, ce qui s'est traduit par un bond de leur productivité de 10%.

Même si l'objectif n'était pas la surveillance individuelle mais des analyses statistiques, c'est bien sûr effrayant, quoique ce ne soit pas très différent de la surveillance dans les usines. Ce qui choque, c'est de l'appliquer à des cols blancs. Le badge porté n'était d'ailleurs pas un simple QR-code comme sur l'image mais ce serait une façon possible de surveiller les déplacements individuels.

Par contre, le bon côté de cette étude, c'est d'aller à l'encontre du premier réflexe du management et d'avoir montré que les employés les plus productifs étaient les plus sociaux. La volonté de contrôle butte ainsi sur la productivité de l'autonomie qui caractérise l'ère de l'information, ce pourquoi malgré des tendances indéniables, un totalitarisme numérique ne serait pas viable.

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Le coup le plus dur

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2828Pendant qu'on se lamente sur les nouvelles défaites des syndicats, trahis comme d'habitude par la CFDT (c'est FO qui jouait ce rôle avant), le coup le plus dur vient d'être donné par le gouvernement socialiste avec la perspective de désindexer les retraites de l'inflation. Qu'on ne s'y trompe pas, c'est la voie ouverte à une diminution drastique des retraites comme de tout autre droit qui serait désindexé en douce.

La chose semble facile et ne pas mériter de désapprobation car l'inflation recule encore pour l'instant et nous sortons d'une longue période d'inflation minimale. Il est habituel qu'on s'imagine à chaque fois que cela va durer toujours alors qu'on entre au contraire dans une nouvelle période d'inflation. C'est très explicite avec le nouveau premier ministre japonais, mais les USA et la Grande-Bretagne sont sur la même pente, inévitable même si l'Euro s'y refuse par principe, la hausse des matières premières à cause du développement des pays les plus peuplés devant y participer de plus en plus.

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Un revenu de base compétitif

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L'augmentation du chômage n'est pas dû à notre soudain décrochage du niveau d'excellence qui était le nôtre mais plus prosaïquement aux restrictions budgétaires imposées par une crise financière qui touche tous les pays développés et devrait s'achever (mais quand ?) dans un retour de l'inflation qui rendra plus facile les ajustements des salaires comme la résorption de la dette.

En attendant, on ne peut nier que les Allemands nous soient passés devant ces dernières années, depuis les lois Hartz du chancelier Schröder de triste mémoire. Il faut voir ce que c'est, par un prétendu socialiste pressé de s'en mettre plein les poches ! Le principe dit de responsabilisation, consiste à condamner les plus faibles à une pauvreté effectivement en hausse sensible dans ce pays qui s'enrichit sur leur dos. Cette dénégation des sciences sociales, qui prétend rendre les individus responsables de leur sort et de la situation macroéconomique, a du moins l'avantage de faire des économies sur les droits sociaux et soulager les riches écrasés par les impôts ! En plus de culpabiliser les pauvres, ils n'ont vraiment pas honte de les condamner par dessus le marché aux travaux forcés, au travail gratuit pour mériter leurs maigres allocations, et tout cela, pour leur bien évidemment. Le travail rend libre, on vous le dit, c'est ancré dans les gènes sans doute ! Il y a, en tout cas, de vrais salauds. Comme ce ministre britannique menaçant de couper les vivres aux chômeurs qui ne cherchent pas assez de travail alors que le chômage augmente à cause de sa politique budgétaire et s'il n'y a pas de travail, où voulez vous en chercher ? Quand il s'agit de taper sur les pauvres, ont trouve toujours des arguments moraux (ici aussi, bien sûr, on a des raclures comme le ridicule Wauquiez qui pense qu'on n'a plus les moyens d'assurer une vie décente aux plus pauvres tellement la France s'est appauvrie!).

Ce débat se focalise actuellement sur le gain de compétitivité procuré par la diminution des prestations sociales et des salaires. Si la France, qui a déjà une des meilleures compétitivités, doit encore l'améliorer, c'est surtout par rapport à son principal concurrent de la zone Euro (pas seulement par rapport aux pays à bas salaire), par rapport à son dumping social, et cela, sans pouvoir utiliser la dévaluation, donc. Evidemment, une solution idéale serait de faire preuve de tant de dynamisme et d'innovation qu'on n'ait pas besoin de réduire les coûts mais il ne faut pas trop rêver. On n'est pas les seuls dans la course et, en attendant, la précarité gagne de plus en plus, ça c'est sûr. Que font les pays du sud pour s'aligner ? Ils baissent les salaires, solution intolérable mais qui nous pend au nez. Plutôt que dénier le problème vainement, il vaudrait sans doute mieux en prendre acte et en tirer les conséquences. Or, la seule façon de rendre acceptable ces baisses de salaire, ce serait de les compenser par une allocation universelle. Solution que les syndicalistes ont en horreur mais qui pourrait s'avérer très efficace et jouer un bon tour à nos concurrents principaux s'acharnant sur leurs pauvres.

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De quelques aspects de la situation

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Ce qui caractérise les grandes crises, c'est leur capacité de propagation, leur caractère multifactoriel et générationnel provoquant une complète restructuration en fonction de changements précédents des rapports de force, ce qu'on peut comparer à un tremblement de terre qui enregistre le déplacement des plaques tectoniques ou bien aux vibrations qui vont permettre à des aimants de "s'auto-organiser" entre eux à égale distance. Il faut toujours distinguer l'incident souvent mineur qui peut déclencher un conflit de ses causes profondes, de même qu'il ne faut pas réduire un krach à sa cause factuelle alors que la véritable cause n'est autre que la bulle précédente.

On a malgré tout tendance à se fixer sur l'une ou l'autre cause plus ou moins contingente, quand on n'y voit pas un simple complot, de même qu'on a toujours eu tendance à vouloir minimiser une crise qu'on a cru d'abord de courte durée, puis uniquement bancaire ou financière avant de faire porter le chapeau à l'Euro voire aux politiques d'austérité, pendant que les pays s'enfoncent un à un dans la dépression. Chacun y va de sa petite mesurette sensée nous sortir de cet accident historique et permettre de revenir à l'état antérieur, au business as usual. Sauf que, dès qu'on ne se focalise plus sur l'un ou l'autre aspect de la crise mais qu'on en prend une vue d'ensemble, c'est une série de phénomènes massifs, dont j'ai essayé de faire la liste, qui s'imposent à nous et dessinent un monde futur bien différent de l'ancien.

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Du revenu garanti aux coopératives municipales

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Pour publication, suite au colloque à Montreuil pour un revenu social, les 30 et 31 mars 2012 (où je n'étais pas) j'ai dû fusionner, et améliorer, les deux articles que je leur avais écrit (Un revenu pour travailler et Des coopératives municipales pour des travailleurs autonomes).

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Des coopératives municipales pour des travailleurs autonomes

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Comme on le voit bien, colloque après colloque, il n'y a pas du tout d'unité du revenu garanti dont les différentes versions expriment toute une gamme de positions politiques différentes. C'est qu'on ne peut donner sens à un dispositif isolé qui dépend du rôle qu'on lui fait jouer dans l'organisation sociale. Cela peut aller de la simple mesure sociale, d'un palliatif du marché du travail assurant une consommation minimum, jusqu'à l'élément d'un nouveau système de production relocalisé qui change la façon de produire en donnant accès au travail choisi. C'est uniquement grâce à un ensemble de dispositifs faisant système (production, revenu, échange) qu'un revenu garanti permettrait de sortir du salariat capitaliste et de passer de la sécurité sociale au développement humain, mais surtout de la consommation à la production, de la valorisation des marchandises à celle des oeuvres (de l'avoir à l'être comme disent les publicitaires).

Dans cette optique, le revenu garanti constitue effectivement pour beaucoup la condition d'un travail autonome et du travail choisi, ce qui est bien dans ce cas un revenu pour travailler (et qui donc s'auto-finance en partie) même si on ne doit pas y être obligé du tout, condition de la liberté du travail (et de prendre le temps d'élaboration, de formation, d'expérimentation, de soins, etc., sans oublier le temps de vivre évidemment!). La difficulté, comme toujours, c'est de tabler sur la liberté individuelle plutôt que la contrainte mais s'il est exclu d'obliger quiconque à un travail autonome (ni à une quelconque contrepartie productive d'ailleurs), cela n'empêche pas de l'encourager, de le rendre possible, d'y inciter par toutes sortes de mesures.

Ce serait la fonction des "coopératives municipales" de fournir, quand c'est possible, les conditions matérielles et humaines du travail autonome permis par un revenu garanti, offrant ainsi à tous une alternative au marché du travail et à l'emploi salarié dans une entreprise marchande.

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Voilà le travail !

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Il est tragique de voir qu'on voudrait interdire les licenciements au moment où c'est le CDI qui va disparaître, ce qui n'est qu'un exemple de volontarisme aveugle ne pouvant que mener à l'échec par refus de s'adapter à un nouvel environnement. On ne fait certes pas ce qu'on veut, obligés de tenir compte de la réalité, notamment de l'évolution des rapports de force aussi bien que des nouvelles forces productives, ce qui ne veut pas dire qu'on ne pourrait rien faire du tout, encore moins qu'on devrait accepter sans rien dire son misérable sort. Tout au contraire, notre époque est pleine de promesses d'une vie meilleure, d'une "libération du travail" qui serait le passage du travail forcé au travail choisi, ce qui n'est pas rien ! Seulement, au lieu de saisir cette chance, on préfère caresser l'illusion d'un retour en arrière au nom d'un pouvoir politique très surévalué.

Le seul pouvoir du politique, c'est de tirer parti des potentialités du temps, de la « richesse des possibles » qui ne se confondent absolument pas avec toutes les rêveries qu'on a pu faire et qui n'ont jamais en rien changé le monde. En refusant de se tourner vers l'avenir et de nouveaux droits, on risque simplement de perdre tous nos droits sociaux acquis de haute lutte. Le diagnostic sur les transformations du travail à l'ère du numérique et toutes les possibilités que cela pourrait nous ouvrir est donc absolument essentiel pour abandonner les stratégies perdantes. Hélas, c'est complètement inaudible encore, on préfère les vieilles rengaines auxquelles on est habitué et qu'on se remémore avec émotion, mais les faits son têtus !

Dans ce contexte, il ne m'a pas semblé complètement inutile de rassembler un certain nombre de mes textes sur le travail pour qu'on prenne justement un peu plus le travail au sérieux, tel qu'il est aujourd'hui, et qu'on admette qu'il ne s'agit pas seulement d'avoir un travail et de perpétuer l'ancienne subordination salariale mais de se préoccuper du contenu du travail et de la liberté dans le travail (le travail d'un homme libre). Au lieu de se bercer de l'illusion d'une fin du travail ou cultiver au contraire la nostalgie de la société salariale sur laquelle on reste bloqué, il faudrait se rendre compte à quel point, pour une bonne part de la population, changer le travail changerait réellement la vie (sans parler de la relocalisation de l'économie et de la sortie du productivisme consumériste). C'est cela qui est à portée de notre main, ou plutôt qui est notre avenir, la sortie du capitalisme par le travail autonome et non pas le national-capitalisme à la mode. Ces transformations du travail qui changent notre vie, c'est au niveau local, dans notre vie la plus quotidienne qu'elles devront s'enraciner, et c'est là, dans notre rayon d'action, qu'on pourrait s'y mettre sans tarder.

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Un revenu pour travailler

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Je voudrais prendre à revers l'interprétation courante d'un revenu de base inconditionnel comme devant nous délivrer du travail alors qu'il est tout au contraire la condition d'un travail autonome et qu'il doit donc être considéré comme productif. C'est ce qui lui donne un tout autre sens que la seule suppression de la misère, justifiant dés lors un montant supérieur au minimum vital sans que cela puisse être considéré comme une simple dépense mais au contraire une ressource ou un investissement. Cependant, pour que ce point de vue soit effectif, on ne peut faire du revenu garanti une mesure isolée sans les institutions démocratisant l'accès au travail autonome (notamment des coopératives municipales), non pas un solde de tout compte mais un point de départ, une condition préalable au dépassement du salariat qui n'est en rien une fin du travail dans une civilisation des loisirs si ennuyeuse.

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La relocalisation par internet

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Il y a de fortes raisons de privilégier les approches politiques et collectives mais il se pourrait que ce soit un objectif plutôt qu'un préalable.

La conception systémique d'une véritable alternative combinant production, échanges et revenu a l'avantage de fixer un cap en montrant la cohérence entre revenu garanti, monnaies locales et coopératives municipales mais l'inconvénient d'apparaître irréalisable tout en même temps...

De même que la vie n'est pas apparue par une auto-organisation miraculeuse mais a été précédée de plusieurs étapes, il faut sûrement procéder très progressivement pour la relocalisation et la construction d'un système alternatif. Du coup, tout pourrait commencer par quelque chose d'on ne peut plus simple : un site d'échanges locaux.

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Vers des villes vertes

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L'écologie comme "vie naturelle" peut difficilement s'appliquer aux grandes villes et pourtant, non seulement la majorité de la population mondiale vit maintenant dans des grandes villes mais c'est devenu écologiquement incontournable, réduisant les déplacements et l'impact sur l'environnement. Il n'y a pas d'alternative au moment où l'on va atteindre le pic de la population mondiale qui doit encore augmenter de 40%, ce qui n'est pas rien. Dans ce contexte, le retour à la terre ne sera possible que pour une toute petite minorité (qu'on peut certes encourager).

C'est bien là où l'écologie responsable se révèle incompatible avec des utopies écologistes complètement en dehors du temps alors qu'il faut bien s'affronter aux réalités de l'époque pour sauvegarder l'avenir. On ne choisit pas le monde dans lequel on naît et il ne fait aucun doute que le monde futur sera à la fois numérique et plus peuplé qu'aujourd'hui (sauf épidémie foudroyante toujours possible) avant d'entamer sa décroissance dans 50 ans peut-être ? Au lieu de rêver d'un déferlement des urbains sur les campagnes, l'enjeu actuel est donc plutôt de rendre les villes plus écologiques, d'amener la nature dans les villes plutôt que de bâtir des villes à la campagne.

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