Autonomie et dépendances

"Plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant. Plus il s'enrichit en complexité et entretient par là même des relations multiples avec son environnement, plus il accroît son autonomie en se créant une multiplicité de dépendances. L'autonomie est à la mesure de la dépendance." (Jacques Robin, Changer d'ère[1], p204)

L'autonomie est toujours partielle et, contrairement à ce qu'on pourrait croire, plus on est autonome et plus on a de dépendances, plus on est responsable, plus les dépendances sont intériorisées. Il n'y a pas de libertés sans pouvoirs qui les contraignent mais l'autorégulation par l'autonomie s'impose au-delà d'une certaine complexité. De plus, à l'ère de l'information l'autonomie est devenue un élément déterminant dans la production immatérielle, ce qui devrait se traduire par les nouvelles exigences d'un développement humain et d'un revenu d'autonomie en l'absence desquelles nous sommes confrontés plutôt à des pathologies de l'autonomie qui renforcent la servitude volontaire.

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Notre avenir en question

La guerre a eu lieu, Maurice Merleau-Ponty (1945)- Le temps de la fin, Günther Anders (1960) - Où va le monde ?, Edgar Morin (1981) - Pourquoi tout n'a-t-il pas déjà disparu ?, Jean Baudrillard (2007) - La Réification, Petit traité de Théorie critique, Axel Honneth (2007)

C'est une plongée dans les livres qui viennent de paraître à laquelle je vous convie, plongée souvent utile pour explorer les questions du temps et qui parfois fait sens, parfois beaucoup de sens...

La conjonction d'un certain nombre de rééditions en petit format, en particulier les carnets de l'Herne, donne effectivement un éclairage singulier sur notre moment historique, témoignant à la fois de notre désorientation devant l'avenir et du besoin d'un retour critique sur notre passé, hanté par la disparition du communisme et de l'espoir d'un avenir radieux. C'est un retour dépourvu de toute nostalgie et qui témoigne que nous vivons un temps de ruptures et de révolutions, mais qui est plein de pièges aussi et d'une certaine délectation morose dont Edgar Morin tentait déjà en 1981 de se défaire, avec une grande lucidité.

Les réflexions de Maurice Merleau-Ponty sur la guerre, qui viennent aussi d'être rééditées en petite plaquette, complètent le tableau fort à propos, ainsi que la toute récente reprise par Axel Honneth du concept de réification, permettant d'ouvrir une voie peut-être, entre conscience de soi, dans toutes nos faiblesses, et reconnaissance mutuelle. L'ensemble de ces lectures laissent entrevoir, dans le secret de leur rencontre, le maigre espoir de retrouver un avenir malgré tout, "sortir du XXème siècle" enfin et redevenir responsables de nos actes, en passant de l'historie subie à l'histoire conçue.

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L’histoire après l’histoire (Hegel 200 ans après)

Messieurs, ce moment est historique, car, même si personne n'en parle ni même ne semble le savoir, cela fait tout juste 200 ans que l'histoire est finie !

C'est, en effet, le bi-centenaire de la publication de la "Phénoménologie de l'Esprit" en mars 1807, et donc de la pensée de l'histoire. A suivre Kojève, qui en a popularisé le thème, la pensée de l'histoire annoncerait aussi sec la "fin de l'histoire" ! Voilà qui serait bien paradoxal même si la chouette de Minerve ne s'envole qu'au soir, c'est-à-dire qu'on ne peut comprendre une histoire, en tirer les leçons, qu'une fois la fin connue, et certes, on ne peut continuer aussi naïvement ce dont on vient de prendre conscience ! Etrange fin de l'histoire tout de même, pleine de bruits et de fureurs où le progrès accéléré des techniques et de la richesse a produit les plus grandes destructions et les plus grandes misères aussi, faisant éclater toutes les anciennes solidarités dans une destruction systématique du passé.

On pourrait penser que ces questions métaphysiques n'ont aucun intérêt pratique ou politique, on aurait grand tort et d'ailleurs cette "fin de l'histoire" qui est plutôt un concept marxiste (fin des classes sociales et de la lutte des classes) est revendiquée aujourd'hui par de petits idéologues comme Fukuyama qui sont loin d'avoir la carrure de Kojève et de sa lecture marxiste de Hegel, n'y voyant plus qu'une justification de l'ordre établi : la démocratie de marché pour l'éternité ! On verra que cette prétendue "Fin de l'histoire" est à comprendre plutôt chez Hegel comme le passage de l'histoire subie à l'histoire conçue, ce qui est tout le contraire du libéralisme triomphant où il n'y aurait plus rien à faire, mais ce passage n'est pas du tout immédiat, il fait encore partie de l'histoire avec la confrontation des idéologies libérales, puis communistes, puis fascistes, puis nazis, puis sociaux-démocrates enfin néolibérales et, espérons-le, écologistes... Avec l'écologie se projetant dans l'avenir au nom des générations futures, on s'approcherait peut-être d'une véritable fin de l'histoire si l'écologie n'avait pas elle-même une histoire. L'erreur, serait de croire que la philosophie hégélienne serait universellement partagée à peine formulée ou que l'Etat universel se ferait sans drames alors qu'il faut bien avouer que la "Phénoménologie" est carrément illisible et que sa mise en oeuvre ne coule pas de source, c'est le moins qu'on puisse dire ! Il semblerait plutôt que l'histoire n'en finit pas de finir, dans un temps asymptotique qui n'atteint jamais sa fin et connaît plutôt maints retournements en se rapprochant de son objet, si différent à chaque fois de ce qu'on s'imaginait de loin. Ce qui a changé désormais, c'est du moins que l'histoire se joue maintenant entre conceptions de l'histoire, entre visions de l'avenir, c'est-à-dire entre idéologies qui n'ont pas fini de s'affronter pour déterminer ce qu'il nous faut faire, dans la confrontation avec l'expérience et nos propres limites.

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Introduction du nazisme dans la philosophie

Emmanuel Faye, Heidegger, L'introduction du nazisme dans la philosophie, Le livre de poche 2007 (Albin Michel 2005)

Expérience trouble, troublante que la lecture de ce livre d'Emmanuel Faye qui peut se lire comme un roman policier pour philosophes, certains diront une conception policière de la philosophie mais malgré ses défauts, ses naïvetés, ses conclusions hâtives, ce livre reste sans doute indispensable. Non que la compromission de Heidegger avec le nazisme soit chose nouvelle. J'ai déjà écrit en 1997 un texte, bien imparfait sans doute, sur Heidegger et le nazisme et je parle souvent du "nazi Heidegger", mais l'importance de ce livre n'est pas dans la dénonciation du nazisme de Heidegger, c'est d'en faire enfin une question philosophique. Pas dans le sens que lui donne l'auteur pourtant d'une nazification de la philosophie qui frise le ridicule mais bien d'une introduction du nazisme dans la philosophie, de considérer que le nazisme n'était pas la barbarie de quelques illuminés débiles ayant conquis le pouvoir par erreur mais réellement une erreur dans la pensée, un délire collectif, un enjeu historique qui devait être résolu. Il faut se rendre à l'évidence, les plus grands penseurs ont soutenu le nazisme, de même que Gentile a soutenu le fascisme et Lukàcs le stalinisme malgré leurs désaccords éventuels. Le scandale, c'est que cela n'empêche pas que ce soient de grands philosophes et donc que ce soit un peu de nous.

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La fin de l’aliénation

no alienation Ces quelques réflexions prennent la suite de "la part du négatif" et se motivent du fait que l'utilisation du concept d'aliénation apparaît de plus en plus dépourvue de sens, après toutes ces années à en faire la critique. Ou plutôt, la lutte contre l'aliénation telle qu'elle est revendiquée aujourd'hui, en particulier par certains écologistes, me semble être devenue complètement normative et d'essence religieuse, pleine de contradictions aussi, devenue elle-même facteur d'aliénation, en tout cas pas assez questionnée.

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Les aventures de la dialectique

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l'esprit II (VI)

Phénoménologie

L'histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté - progrès dont nous avons à reconnaître la nécessité. (Philosophie de l'Histoire, p27-28)

Voici donc la suite de la misère de la morale. Le chapitre précédent ayant exploré les contradictions des positions morales et leur insuffisance concluait sur la nécessité du passage au politique pour la réalisation de la justice. On entre ainsi dans la dialectique de la prise de conscience historique de notre existence collective, histoire politique succédant à la morale individuelle.

Faite dans des conditions matérielles difficiles et m'ayant demandé beaucoup plus de travail que je ne pensais, je n'ai pas réussi à simplifier autant cette partie, bien plus longue et moins convaincante sans doute que le parcours des impasses morales, mais il y a malgré tout de précieuses analyses historiques qui font tout le charme de la Phénoménologie de l'Esprit (Antigone, l'individualisme romain, la critique trop réductionniste des religions par les lumières, les contradictions de la liberté menant à la Terreur révolutionnaire, etc.). Comme Marx le soulignait :

La "conscience malheureuse", la "conscience honnête", le combat de la "conscience noble" et de la "conscience vile", etc., toutes ces parties isolées contiennent (bien que sous une forme encore aliénée) les éléments nécessaires à la critique de domaines entiers, tels que la religion, l'État, la vie bourgeoise, etc. (Marx II p125)

Je ne prétends pas rendre compte de toute la richesse de la dialectique hégélienne, juste donner un aperçu de sa puissance de dévoilement et de son caractère indispensable en politique. Si cela pouvait permettre à tous ceux qui se prétendent anti-hégéliens (qui ne l'est pas de nos jours?) de savoir au moins un peu de quoi il est question... Par exemple, et à l'opposé de ce qu'on croit, il serait bien salutaire que les marxistes reviennent à Hegel pour comprendre qu'il n'y a pas plus d'abolition des classes qu'il n'y a de volonté générale quelque soit l'acharnement de la Terreur pour en imposer l'existence par la négation de l'existant.

Les figures de la moralité pouvaient être représentées par des contemporains, les figures de la politique renvoient à des situations ou des personnages historiques, et donc moins actuels, même si on peut en tirer des enseignements pour notre temps et surtout pour l'action politique qu'elle éclaire singulièrement.

En effet, la dialectique n'est plus individuelle, elle est collective avec ses retournements et ses changements de mode, ses retours de bâton toujours surprenants, où progresse, malgré d'inévitables régressions, la conscience de notre liberté (et de notre responsabilité collective). Il est, en tout cas, très amusant d'en suivre les tribulations, de contradictions en effets pervers (du Conformisme à l'Ethique puis au Droit et à la Culture jusqu'à la reconnaissance mutuelle dans l'Etat démocratique comme intelligence collective consciente d'elle-même).

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Misère de la morale

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l'esprit I (V-B)

MoralitéJ'ai toujours trouvé extrêmement regrettable que ne soient pas plus largement présentes dans le débat public (ou même les controverses philosophiques) les réflexions si éclairantes de Hegel dans la "Phénoménologie de l'Esprit" sur la généalogie de la morale et les contradictions de ses figures successives, contradictions qui ne peuvent se résoudre que par le passage à l'action politique.

C'est, bien sûr, à cause de son style impénétrable que la lecture de Hegel est réservée au tout petit nombre. Cela justifie à mes yeux la tentative d'en restituer la "trame romanesque" avec ses multiples péripéties et ses retournements dialectiques, en espérant que cela puisse clarifier les enjeux d'un retour au politique du moralisme ambiant.

En effet, la conscience morale apparaît lorsque la conscience de soi se reconnaît dans la conscience des autres (un Je qui est un Nous), nostalgie de l'unité avec les autres. Seulement, en restant paradoxalement individuelles et abstraites, ces positions morales développeront ensuite toutes leurs limites et contradictions. Hegel illustre ainsi la succession dialectique de leurs impasses respectives : du traditionnalisme à l'hédonisme, puis de la "loi du coeur" utopique à la discipline de la vertu, bientôt réduite au mérite individuel et aux "bonnes oeuvres" quand ce n'est pas au développement personnel ou même à une simple occupation plus ou moins distrayante... En retour, la volonté de défendre une loi morale qui soit véritablement universelle se révèle inapplicable, aboutissant à une morale réflexive, morale de la responsabilité et de la vigilance (pouvant aller jusqu'à la désobéissance civique) qui débouche enfin sur l'engagement politique, seul à même de rendre le monde un peu plus juste en dépassant l'impuissance morale et la conscience malheureuse de l'individu isolé.

J'illustrerais, pour rire et pour faciliter la compréhension, ces différentes positions morales par des figures contemporaines plus ou moins inadéquates (Finkielkraut, Onfray, Glucksmann, Foucault, Benasayag, Kouchner, Sartre, Morin, Rosanvallon, Slama, Bové), qu'on m'en excuse !

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Qu’est-ce que la philosophie ?

Platon et Aristote

Si le pouvoir d'unifier disparaît de la vie humaine et si les oppositions perdent leur relation vivante, leurs interactions, et gagnent leur indépendance, la philosophie devient alors un besoin.

G.W.F. Hegel, La différence entre les systèmes philosophiques de Fichte et de Schelling, p110

La philosophie est à la mode, parait-il. Du moins une certaine forme de philosophie qui procède de l'individualisme et du développement personnel, tout autant que de la demande de sens et de spiritualité, entre la religion et la thérapeutique. On voudrait faire de la philosophie un traité de "savoir vivre", voire un catalogue de recettes pour une vie déjà vécue, pour l'assurance vie d'un bonheur garanti, alors qu'à vrai dire, "le bonheur est toujours pour demain" et "le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard" !

Il faut rétablir que le philo-sophe n'est pas le sage puisque, au contraire, la philosophie c'est d'abord la découverte de notre ignorance et de notre bêtise, causes des malheurs du temps. Le philo-sophe est un citoyen, la philo-sophie est une discussion publique, c'est "la recherche de la vérité", la question plus que la réponse. Pour Aristote, c'est l'étonnement, le savoir pour le savoir, le plaisir de la découverte et de la spéculation, mais pour les philosophies existentialistes, c'est plutôt la remise en cause de notre être et de notre propre authenticité. C'est donc à la fois la connaissance la plus désintéressée et la vérité la plus brûlante sur ce que nous sommes, en son incertitude.

Kojève situe la philosophie et les sciences en opposition aussi bien au dogmatisme qu'au scepticisme comme savoir en progrès, la philosophie se distinguant des sciences à devoir rendre compte de son propre discours, de son énonciation, de sa vie et de sa propre éthique. Il oppose ainsi la philosophie aux discours théoriques ou pratiques. En tout cas, elle s'affronte à la vérité dans ses limitations historiques, ce pourquoi elle est d'abord histoire de la philosophie, que cela plaise ou non, depuis Platon dans ses dialogues et surtout depuis Aristote débutant l'examen d'une question par les opinions de ses prédécesseurs. La recherche du bonheur qui peut mener à toutes sortes de techniques du corps tout autant ne constitue ici qu'une porte d'entrée possible à l'initiation philosophique (voir Proclus, sur le premier Alcibiade) pour s'interroger sur ses finalités, un moment daté de la conscience de soi comme fausse conscience et de la recherche de la vérité comme de l'unité perdue.

Le philosophe n'est pas le sage ni le saint, la confusion qui date de l'Empire romain ne devrait pas être possible sur ce point (ni Aristote, ni Platon ne sont en rien des ascètes). C'est pourtant la même confusion qu'on retrouve de nos jours du philosophe avec le savant ou l'expert (quand ce n'est pas avec le journaliste ou le politique qui a réponse à tout). Il n'y a pas plus grande erreur alors que la philo-sophie interroge les savoirs, cultive le doute, l'étonnement devant les évidences, la prudence enfin, découvrant toujours plus l'étendue de notre ignorance et de notre débilité mentale. Elle ne promet ni bonheur ni certitude sinon cette vérité inavouable de nos limites cognitives et des vertus de la discussion publique. Cette position critique, c'est ce qu'on appelle la "docte ignorance", aussi éloignée de l'ignorance crasse et de ses préjugés que d'un scepticisme aveugle ou de ces demi-savants dont Pascal se moquait parce qu'ils "ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout" (327).

Etre philosophe c'est juste savoir un peu mieux ce qu'on ignore, être plus prudent peut-être, mais sur le plan de la sagesse et des savoirs, il faut bien dire qu'on en est tous à peu près au même point. Malgré des différences individuelles qui peuvent paraître considérables, il n'y a pas de quoi se donner des grands airs, encore moins de se donner en modèle. Ce qu'on peut savoir de plus que les autres n'est finalement pas grand chose par rapport à tout ce qu'on ignore encore et l'on n'est jamais à l'abri de dire des bêtises, on ne le sait que trop!

La recherche du bonheur est sans doute très différente à notre époque des temps anciens, plutôt contaminée par le spectacle publicitaire de l'individualisme marchand. Hannah Arendt remarquait justement que le bonheur est devenu une revendication de salariés consommateurs, une compensation d'un travail aliénant, au contraire d'un homme d'action notamment. Ce n'est pas ce qu'on entend d'ordinaire, et qu'il faut redire avec force, depuis que la psychanalyse existe au moins, et contre les philosophes s'il le faut, car c'est bien notre réalité la plus quotidienne, la plus essentielle, la vérité de l'insatisfaction qui est le vrai passage du temps et nous poursuit jusqu'au bout. On n'en guérit pas plus que de la vie. Etre philosophe serait d'y reconnaître notre condition et renoncer à la maîtrise, au bonheur parfait comme au bien suprême, devenus inutiles fardeaux, sans renoncer à ses rêves de justesse et de justice, sans renoncer à prendre ses responsabilités, sans renoncer à mettre sa vérité et son existence en jeu. L'homme c'est le désir et la liberté, l'appel du large, l'incomplétude de l'être et la difficulté de choisir, le manque de savoir et le besoin d'être reconnu par les autres, de se distinguer et de s'inscrire dans l'histoire humaine, in-dividu social et divisé pourtant entre la souffrance et l'ennui, mi-ange, mi-bête si ce n'est pire encore! mais l'aventure n'est pas finie où nous avons notre part à jouer avant de rire de nos rêves...

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Philosophie de la liberté ou psychologie de la soumission

livreElisabeth Roudinesco, Philosophes dans la tourmente, Fayard, 2005

Ce livre ne dit pas vraiment son projet qui consiste à mobiliser la philosophie française (Sartre, Canguilhem, Foucault, Deleuze, Derrida), donc au-delà même de la "French Theory", contre l'offensive des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la remise en cause de la psychanalyse. Pas étonnant donc que l'historienne de la psychanalyse s'en mêle et convoque les philosophies de la liberté contre une psychologie de la soumission, du conditionnement et de la normalisation, héritière de la bonne vielle méthode Coué et de l'hypnose!

La "tourmente" des philosophes, c'est donc ici leur dissidence et leur part de folie, leur rejet de la normalisation et leur position par rapport au tragique de l'existence ou par rapport à la psychanalyse : comment leurs propres fêlures pouvaient s'intriquer avec leurs oeuvres sans pouvoir les expliquer de façon simpliste ni avoir les oeuvres sans leur part d'ombre, sans pouvoir diminuer enfin le témoignage de leur liberté dans cette lutte avec l'ange.

Point de vue partiel et partial sans doute mais qui n'est pas sans valeur pour défendre la liberté de l'esprit contre une entreprise de contrôle généralisé, surtout en ramenant au jour l'oeuvre de Canguilhem. On peut regretter tout de même qu'on soit contraint finalement au choix entre un biologisme déraisonnable et un psychisme désincarné sans pouvoir faire sereinement la part du corps et de l'esprit.

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Autonomie et dépendance

L'autonomie est toujours partielle mais plus on est autonome et plus on a de dépendances, plus on est responsable, plus les dépendances sont intériorisées. Il n'y a pas de libertés sans pouvoirs qui les contraignent mais l'autorégulation par l'autonomie est indispensable au-delà d'une certaine complexité. A l'ère de l'information l'autonomie devient indispensable dans la production, exigence de développement humain et d'un revenu d'autonomie mais il y a aussi des pathologies de l'autonomie qui renforcent la servitude volontaire, libéralisme détruisant les libertés d'individus coupés de tout lien social et ne pouvant plus se coordonner, avec les dépressions qui vont avec.

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L’improbable miracle d’exister

L'existence de l'univers est un miracle (une singularité), l'existence de la matière est un miracle (un défaut dans l'être), l'émergence de la vie est le miracle qui répond au miracle d'un monde improbable. L'indétermination de l'existence constituant notre liberté précède toute détermination, toute matière, toute vie, toute information, tout sens. Notre monde est un monde d'événements largement imprévisibles, notre vie un miracle fragile. Lire la suite