L’erreur de Marx

MarxMarx est incontestablement l'un des philosophes les plus importants, ayant eu des effets considérables dans le réel jusqu'en Chine qu'il contribuera à occidentaliser. Il y a eu un nombre incalculable de travaux intellectuels se réclamant de lui et qui ont été un peu vite rejetés aux poubelles de l'histoire. On a là encore une fois une philosophie qui se veut scientifique, rationalisme triomphant qui se heurtera là aussi aux limites de notre rationalité comme aux démentis du réels. L'échec historique du marxisme oblige à revenir sur son erreur de fond mais ne signifie pas pour autant qu'on pourrait se passer de Marx désormais, en particulier de l'analyse magistrale qu'il a faite du capitalisme industriel et plus encore du matérialisme historique dont il a posé les bases, théorie scientifique de l'histoire qui est à reprendre.

Ce qu'il faut souligner dans la position de Marx, c'est qu'il se trouve dans un entre-deux, suivant l'introduction de l'histoire et de sa dialectique dans la philosophie par Hegel mais précédant l'explication scientifique de l'évolution de Darwin, publiée en 1859 alors qu'il venait tout juste de définir sa propre conception du matérialisme historique dans la préface de sa "Contribution à la critique de l’économie politique" :

Mes recherches aboutirent à ce résultat : que les rapports juridiques, ainsi que les formes de l’État, ne peuvent s’expliquer ni par eux-mêmes, ni par la soi-disant évolution générale de l’esprit humain ; qu’ils prennent leurs racines plutôt dans les conditions d’existence matérielles, que l’anatomie de la société est à chercher dans l’économie politique [...] Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté ; ces rapports de production correspondent à un degré de développement donné de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base réelle, sur quoi s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le procès de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine la réalité ; c’est au contraire la réalité sociale qui détermine leur conscience.

À un certain stade de leur développement les forces productives de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété à l’intérieur desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes évolutives des forces productives qu’ils étaient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s’ouvre une ère de révolution sociale. Le changement qui s’est produit dans la base économique bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure.

Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre le bouleversement matériel des conditions de production économiques — qu’on doit constater fidèlement à l’aide des sciences physiques et naturelles — et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes deviennent conscients de ce conflit et le mènent à bout. De même qu’on ne juge pas un individu sur l’idée qu’il se fait de lui, de même on ne peut juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production.

Une société ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et supérieurs rapports de production ne se substituent à elle avant que des conditions d’existence matérielles de ces rapports aient été couvées dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre, car, à regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne se présente que lorsque les conditions matérielles pour le résoudre existent ou du moins sont en voie de devenir.

Sans parler de l'histoire sainte qui a dominé les esprits avec le judéo-christianisme (substituant l'histoire du salut et de la victoire définitive sur le mal à l'histoire cyclique de la lutte entre le bien et le mal, messianisme toujours vivant du temps de Marx notamment celui de son contemporain Wronski), on peut dire que de tout temps les philosophes ont pensé l'histoire. Si Giambattista Vico (1668-1744) fait figure de précurseur, assez méconnu quand même, c'était une tendance affirmée depuis l'essor des sciences de ne plus se référer à l'antiquité comme source du savoir mais de diviser l'histoire en grandes périodes progressant par étapes vers le triomphe de la raison. L'idée de progrès porté par les Lumières prend sa source dans le progrès des sciences et des techniques. Cependant, après la Révolution Française, c'est l'histoire politique qui devient avec Hegel véritablement centrale dans son développement dialectique, contradictoire et en progrès même si elle "avance par son mauvais côté".

Bien que progressant dans l'épreuve du réel, comme le moi se constitue dans l'opposition au non-moi chez Fichte, l'histoire reste prise chez Hegel dans le schéma religieux comme histoire de l'Esprit, de son objectivation et de sa conscience de soi comme liberté. Marx fera le renversement matérialiste qui s'imposait dialectiquement mais peut-être pas suffisamment pour remettre la dialectique sur ses pieds. En effet, son matérialisme, qui n'est pas mécanique étant celui de la production et de la pratique, continue à faire de l'histoire une histoire exclusivement humaine et l'auto-développement de soi (de sa liberté) - alors qu'il faudrait comprendre la causalité comme extérieure (ce qu'implique le concept d'information) et l'évolution comme processus autonome (par rapport à nous), sous la pression du milieu. En bon rationaliste, Marx vise tout au contraire à supprimer l'extériorité du monde, l'autonomie de l'économie et de l'évolution qui transforment notre activité en processus indépendant, au-dessus de nous ("Les rapports sociaux - donc les conditions de production - sont autonomes en face des individus. Le caractère social de l'activité et du produit ainsi que la participation de l'individu à la production sont ici étrangers et réifiés en face de l'individu", Grundisse, I, 100). Son renversement matérialiste se contente en fait de substituer l'Homme, comme producteur, à l'Esprit hégélien, ce que formule bien Kojève avec sa lecture marxiste de Hegel :

L'Homme, qui ne diffère essentiellement de la Nature que dans la mesure où il est Raison (Logos) ou Discours cohérent doué d'un sens qui révèle l'être, est lui-même non pas être-donné, mais Action créatrice (= négatrice du donné). L'Homme n'est mouvement dialectique ou historique (= libre) révélant l'être par le Discours que parce qu'il vit en fonction de l'avenir, qui se présente à lui sous la forme d'un projet ou d'un "but" (Zweck) à réaliser par l'action négatrice du donné, et parce qu'il n'est lui-même réel en tant qu'Homme que dans la mesure où il se crée par cette action comme une oeuvre (Werk). (Kojève. Introduction... p 533)

Marx en était là lorsqu'il a pris connaissance de la théorie de l'évolution de Darwin, avec laquelle il s'est senti entièrement en accord, y voyant le fondement de sa propre théorie, sans bien comprendre pourtant la grande différence entre une détermination qui vient du milieu (la sélection par le résultat) et un projet politique conscient ou même le simple développement des forces productives compris comme l'humanisation du monde. L'analyse de Marx du système de production capitaliste ne se réduit pas du tout au darwinisme, il le rejoint malgré tout avec la reconnaissance d'une détermination par l'économie qui ne serait pas mécanique ni immédiate, mais seulement "en dernière instance" - ce qui laisse du jeu, une grande marge de manoeuvre dans le court terme où la superstructure est un facteur important d'inertie mais finit toujours par rejoindre l'infrastructure sous la pression de ses résultats économiques. Il faut noter que c'est Engels qui a employé la formule dans une lettre de 1890 : "D'après la conception matérialiste de l'histoire, le facteur déterminant dans l'histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle". Il ne fait pas de doute que c'est bien le sens de ce que dit Marx, employant souvent les expressions "en dernière instance" et post festum pour signifier une détermination après coup ou sur le long terme (la temporalité est essentielle en histoire) par la puissance matérielle et l'efficacité globale, ce qui justifie son accord enthousiaste avec Darwin. C'est un élément qui n'a pas été assez pris en compte (on n'a voulu voir que la critique du darwinisme comme idéologie du capitalisme sans prendre au sérieux ce que Marx lui-même en approuvait) et qui réfute les conceptions immanentes (spinozistes) de la politique. Expliquer n'est pas prédire disait René Thom, une histoire scientifique pas plus que la théorie de l'évolution ne peuvent faire des prédictions assurées sur l'avenir, l'après-coup ne pouvant justement se prévoir par définition, mais on peut repérer des chaînes de causalité et les forces en présence. On peut au moins substituer aux causes imaginaires du monde des idées les causes matérielles et efficientes (Ibn Khaldūn a d'ailleurs été un étonnant précurseur de cette histoire scientifique 1332-1406).

L'ironie, c'est qu'il faut bien admettre que ce facteur économique posé comme absolument déterminant a justement été l'élément décisif de l'échec du collectivisme - de faire beaucoup moins bien économiquement que le capitalisme alors que Marx et les marxistes étaient persuadés que ce serait le contraire, qu'une approche rationnelle de l'économie serait plus productive qu'un système aveugle, instable et destructeur. Cette dure leçon de l'histoire nous fait éprouver une nouvelle fois les limites de notre rationalité qui se manifeste avec l'échec d'une rationalisation de l'économie qui butte sur le réel et sa complexité. L'échec économique est fatal à son projet dès lors que, pour Marx, le communisme n'est rien d'autre que le parti de l'évolution ("Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel"). C'est ce qui en faisait la force de partir des processus matériels, permettant de sortir de l'utopie et du conflit des valeurs au nom de la nécessité historique, et pas du tout de la pluralité des préférences individuelles ou des rêves de chacun. J'ai montré à partir de l'utilisation qu'avait fait Gentile des Thèses sur Feuerbach comme l'abandon de ce matérialisme historique conduisait au volontarisme fasciste et au conflit des valeurs. Du coup, l'échec du socialisme réel ruine complètement le projet révolutionnaire et son caractère prétendument scientifique de transformation de l'histoire subie en histoire conçue pour nous laisser sujets d'une évolution technique qui nous dépasse.

Bien qu'elle ait elle aussi échoué, la Révolution Française avait laissé croire que les hommes pouvaient faire l'histoire (alors qu'ils avaient été pris dans un enchaînement de situations qui leurs échappaient sans arrêt) tout comme à l'avènement d'un pouvoir rationnel. C'est le fondement des idéologies post-révolutionnaires que Marx partage encore alors même qu'il inaugure plutôt l'époque des "conceptions du monde" voyant s'affronter trois interprétations idéologiques du darwinisme, toutes fausses et partiales, mais ne relevant déjà plus d'une rationalisation : à ce qu'on peut considérer comme un darwinisme entre classes, supposé aboutir à leur suppression par la victoire sur ses exploiteurs de la classe la plus nombreuse, celle des producteurs, va s'opposer le darwinisme dominateur de la race et de l'espace vital nazi, aussi bien que le darwinisme individualiste de la concurrence libérale (Spencer). En réalité, c'est plutôt la concurrence entre les techniques et les systèmes de production (dont les protections sociales font partie) qui est déterminante. Après Galilée et Newton, c'est donc Darwin qui va nourrir un nouveau rationalisme se voulant indiscutable mais, cette fois, dans la politique plus encore que dans la philosophie, moment d'une évolution historique qui continue et sera dépassé, loin de nous faire accéder au règne de la science et à la fin de l'histoire. [Il faut souligner ce passage de la philosophie à la politique et qu'il n'y avait pas que le darwinisme dans ce cas. Ainsi les philosophies progressistes de Saint-Simon ou Auguste Comte sont tout autant des idéologies scientifiques mais non darwinistes (même si Comte a influencé Darwin bien que ne croyant pas à l'évolution). Elles ont eu une grande influence, pas seulement en France, mais comme oubliées (sauf au Brésil) et remplacées par les idéologies darwinistes, seules survivantes de l'époque]

Répétons-le, cela n'annule pas l'apport de Marx, encore moins son exigence de justice et de dignité humaine. La lutte des classes n'a rien d'une invention (on la trouve d'ailleurs déjà chez Machiavel) et reste cruciale pour le partage des richesses ou pour limiter l'exploitation, réfutant les appels à l'unité nationale comme les rêves d'harmonie sociale - ce qui est plus problématique, c'est justement de prétendre abolir cette division en classes. Le plus important sans doute a été l'introduction du concept de système de production pour analyser le capitalisme comme système de production déterminé par la circulation et la recherche de plus-value (où c'est l'argent qui produit de l'argent). Sa base matérielle, qui le différencie de l'esclavagisme sudiste écrasé par l'industrie nordiste, est l'investissement capitalistique dans des moyens de production techniques qui augmentent la productivité de salariés payés au temps de travail et non à leur production effective. C'est précisément ce productivisme qui assure la puissance du capitalisme, puissance avec laquelle il faut compter et dont le collectivisme bureaucratique est complètement dépourvu (s'il ne connaît pas le chômage, le collectivisme est conservateur résistant par nature à la modernisation incessante). C'est même parce qu'il en manque que le productivisme devient l'idéologie revendiquée par ces régimes quand les sociétés marchandes encouragent plutôt la consommation. Paradoxalement, ce qui semblait condamner le capitalisme à son effondrement prochain, que ce soient ses immenses destructions, la misère qu'il produit ou ses contradictions internes, se révèle en constituer la dynamique, "destruction créatrice" lui assurant l'avantage. Pour son effondrement prophétisé à chaque crise, plus de 150 ans après, on attend toujours...

Ce que le rationalisme planificateur ne peut intégrer, c'est cette part du négatif qui est le moteur de l'évolution (la mort est la condition de l'évolution) et qui avait été pourtant bien identifiée par Hegel. Comme le résume René Passet : "La loi des milieux naturels et humains n'est pas l'équilibre qui les fige, mais le déséquilibre par lequel ils évoluent". Si le déséquilibre est nécessaire, c'est parce que l'évolution n'est pas interne, déjà donnée, mais externe, dans la rencontre d'un réel extérieur. Reste ce qu'avait bien vu Marx, le jeu des puissances matérielles et le fait que l'économie est entièrement dépendante de l'état des techniques ("Le moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain; le moulin à vapeur avec le capitalisme universel", Misère de la philosophie, 1847). On le vérifie avec l'économie numérique qui nous fait entrer dans une ère post-industrielle et post-capitaliste sans ressembler en rien au communisme rêvé (mais qui n'est pas du tout stabilisée encore). On peut dire que l'histoire lui a donné raison sur la détermination techno-économique mais tort sur la planification collectiviste et il faut en tirer tous les enseignements, enseignements qui ne pouvaient sans doute être tirés a priori, en dehors de l'expérience, même si les critiques anarchistes en avaient prédit la plupart des dérives. La raison ne connaît ses limites qu'à se cogner sur le réel. L'erreur de Marx et l'expérience du collectivisme étaient donc sans doute nécessaires à l'établissement de la vérité, comme le faux est un moment du vrai.

Parler de l'erreur de Marx, c'est souligner ce qui faisait tenir ensemble matérialisme et révolution, une rationalisation de l'économie et de l'histoire qui devait se traduire par une production supérieure et qui n'a pas été vérifiée du tout dans les faits, réduisant du coup le communisme à un simple pouvoir totalitaire, un choix de société aussi arbitraire qu'un autre, même s'il peut paraître à certains absolument désirable. On peut bien sûr contester que Marx n'aurait fait qu'une seule erreur alors qu'on peut en lister toute une série mais qui me semblent secondaires au regard de ce qu'il considérait plutôt comme un "procès sans sujet", une évolution économique entraînée par l'évolution technique qui devait nous conduire irrémédiablement au communisme. Les erreurs qu'on cite le plus couramment que ce soit la paupérisation du prolétariat ou la baisse tendancielle du taux de profit n'en sont pas vraiment. Qu'elles ne se vérifient pas sur le long terme n'empêche pas leur caractère cyclique et la présence effective de ces mécanismes. On peut plus légitimement lui reprocher par contre une anthropologie trop optimiste, postulant une harmonie des désirs bien trop idéaliste (contraire à la simple observation), et même une étonnante naïveté politique sur le futur Etat prolétarien pour un critique si lucide sur son temps. Les avertissements de Bakounine se sont révélés bien plus pertinents. C'est quand même l'échec économique qui est le plus décisif.

Sinon, hérité de sa jeunesse (les manuscrits de 1844) et de Feuerbach, des années avant la "coupure épistémologique" de son matérialisme historique, on peut dénoncer dans le concept marxiste d'aliénation le masque d'une nature humaine qu'on s'empressait de réfuter par ailleurs au nom de son pouvoir d'auto-création, l'homme étant supposé pouvoir se transformer lui-même comme il transforme le monde par son travail alors qu'il est plutôt le produit de son temps et ne fait que répondre à la demande. La lutte contre l'aliénation laisse miroiter la perspective de rétablir la pureté originaire de l'homme total et retrouver son essence divine (prométhéenne) de créateur, voyant s'ouvrir devant lui le royaume de la liberté. On est là dans une métaphysique idéaliste assez peu compatible avec les sciences de l'homme et qui rendra possible notamment les errements de la morale maoïste dans sa tentative d'extirper tout égoïsme, assimilé au capitalisme lui-même. Le prototype de l'aliénation, pour le jeune Marx, c'est l'aliénation religieuse projetant nos frustrations dans le ciel des idées et qui fera croire un peu trop facilement qu'il suffirait de faire descendre le ciel sur la terre pour en faire un paradis. Chez Hegel, loin d'être une simple amputation et un concept uniquement négatif, l'aliénation est productive, moment d'objectivation dans l'autre (avec la propriété privée notamment), liberté objective du droit qui ouvre sur l'universel et garantit une liberté effective même si c'est au prix de la soumission à une loi extérieure impersonnelle. Tout un courant du marxisme développera une critique de l'aliénation centrée sur le travail et le fétichisme de la marchandise, "critique artiste" pour laquelle l'aliénation du travailleur serait d'être dépossédé de son activité, séparé de son produit et transformé en rapport entre choses - alors qu'on peut l'attribuer plus justement à la subordination, la pression de la hiérarchie ou de la concurrence, aux cadences, au manque de reconnaissance ou d'intérêt du travail, aux mauvaises relations et conditions de travail, et bien sûr à l'insuffisance du salaire. Il est essentiel de se battre pour un meilleur travail et si possible un travail autonome (hors salariat) auquel on puisse trouver plaisir (maintenant que le plaisir est devenu un facteur de production), il ne faut pas en attendre de miracle métaphysique ni s'imaginer qu'on puisse supprimer toute contrainte extérieure.

Enfin, on peut s'étonner de ce reste d'hégélianisme mal compris qui prétend retourner de façon très christique le dénuement le plus extrême, celui d'un prolétariat dépourvu de tout, en souveraineté universelle et dictature du prolétariat ("Nous ne sommes rien soyons tout") alors que la réalité, au lieu de l'abolition des classes mettant au pouvoir les plus faibles, sera bien sûr celle d'une nouvelle oligarchie, de la bureaucratie, de luttes de pouvoir et finalement du culte de la personnalité à la place du prolétariat absent. On trouve certes l'idée de fin de l'histoire dans la Phénoménologie de l'Esprit sous la forme énigmatique d'une fin du temps lui-même mais Hegel ne reprendra plus ensuite ce thème qui est bien plutôt un mythe marxiste réinterprété d'ailleurs comme "fin de la préhistoire" (suppression des classes et de l'Etat) en complète contradiction avec sa conception de la dialectique qui "inclut du même coup l'intelligence de la négation fatale des choses existantes, de leur destruction nécessaire, parce que, saisissant le mouvement même dont toute forme faite n'est qu'une configuration transitoire" (Marx I, 559), la dialectique curieusement ne s'appliquant plus au projet communiste ne pouvant plus être remis en cause par l'expérience ! Kojève ne fera qu'en reprendre l'esprit en faisant de la fin de l'histoire, avec la constitution de l'Etat universel et homogène, la clef d'un savoir absolu indépassable alors même que, ce qui est à reconnaître, c'est la persistance au coeur du savoir de notre ignorance et de notre bêtise constitutive, sinon de notre capacité à délirer au nom de raisonnements trop logiques. L'enjeu est bien de reconnaître les limites de notre rationalité, l'absence d'une intelligence collective et l'existence d'une causalité extérieure, d'un réel qui nous échappe.

De nos jours la situation a bien changé, ce qui reste du communisme est une vague nostalgie et plus du tout un dogme scientifique nous promettant un avenir radieux et l'aboutissement de l'humanité réconciliée avec elle-même. A la place du matérialisme et des rapports de force, certes peu favorables, on n'entend plus parler que de lutte idéologique pour l'hégémonie. Rien n'existe que l'idée. C'est un singulier retournement. Ainsi, le néolibéralisme n'est pas considéré comme l'émanation d'un stade du système de production mais comme une simple idéologie ayant réussi à berner le monde entier par une sorte de complot mystérieux d'une secte de doctrinaires ayant réussi à discréditer le keynésianisme par quelques sophismes ! La vérité est que le keynésianisme avait atteint ses limites et ne marchait plus (stagflation), le néolibéralisme ayant alors relancé les économies anglo-saxonnes (mais atteint aujourd'hui ses limites lui aussi). Nos modernes révolutionnaires s'imaginent qu'il suffit de condamner les horreurs du néolibéralisme comme on a condamné depuis toujours les horreurs du capitalisme. Un Chavez a pu s'opposer avec la plus grande virulence à ce néolibéralisme destructeur, sans savoir par quoi le remplacer (convoquant en vain les économistes progressistes de la planète pour trouver une alternative). La faillite économique est encore une fois patente.

Il faut le reconnaître et réaliser à quel point, par rapport à Mai68, la situation a complètement changé. On pouvait croire encore au collectivisme à cette époque où non seulement il était réellement existant (une grande part de la population mondiale étant communiste) mais où nous parvenaient des échos déformés d'une révolution culturelle qui pouvait sembler accomplir l'utopie et dont on a connu ensuite seulement à la fois l'échec retentissant et le prix humain exorbitant. Croire aujourd'hui à une révolution communiste est tout simplement débile maintenant que la Chine communiste elle-même s'est convertie au capitalisme, justement pour cette raison de différence de productivité qui est au coeur du matérialisme historique. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la Chine a dû renoncer à son propre mode de développement, confrontée à des nations plus avancées qui lui avaient imposé des traités inégaux après une si ahurissante guerre de l'opium. Il y a un acquis historique, et l'hypothèse raisonnable au premier abord que le collectivisme serait plus productif que le capitalisme s'est révélé tout simplement faux (sauf pendant la crise de 1929). On est bien obligé d'en tenir compte, la question n'étant pas que le collectivisme puisse paraître désirable à certains mais qu'il ne peut rivaliser matériellement avec l'économie marchande aussi bien en terme de puissance militaire que pour "le bon marché des marchandises qui abat toutes les murailles de Chine". Il faut en comprendre les raisons profondes, faire avec.

Savoir qu'on ne pourra se débarrasser du capitalisme mondialisé (pas plus que de l'évolution techno-économique) n'empêche pas d'essayer de le réguler ni de construire des alternatives permettant de se soustraire au capitalisme - individuellement ou localement - mais en s'appuyant sur des puissances matérielles et les nouvelles forces productives au lieu de simples convictions idéologiques ou injonctions morales ineffectives. La question qui se pose est bien de repartir des principes matérialistes du marxisme en économie, et donc de l'efficacité productive, au lieu de retomber dans le conflit des utopies ou des modes de vie, mais l'échec du communisme ne peut signifier longtemps le triomphe d'un capitalisme dérégulé. C'est plutôt qu'une négation est toujours partielle et doit composer avec ce à quoi elle s'oppose (dans une économie plurielle et non totalitaire).

C'est aussi la nécessité de la critique d'une rationalité trop sûre d'elle, et même d'une critique de la critique (il ne suffit pas d'avoir des idées claires et distinctes, ni de dénoncer de réelles injustices pour ne pas faire pire encore et tomber dans un dogmatisme aveugle ou la désignation de faciles boucs émissaires). L'échec de l'économie planifiée face au libéralisme renvoie en effet à l'opposition du finalisme au darwinisme, d'un volontarisme dirigiste à la boucle de rétroaction qui se règle sur ses effets, et finalement à un réel extérieur qui ne se laisse pas enfermer dans nos raisons. C'est d'ailleurs la base du néolibéralisme de Hayek qui justifie le laisser faire des marchés par la complexité du réel et nos limites rationnelles ne nous donnant accès qu'à une information imparfaite. Déjà John-Stuart Mill, suivant en cela la méthode scientifique, défendait la liberté (politique cette fois) par la pluralité des opinions et le fait que la vérité nous était inaccessible et disputée. Il est possible que l'intelligence artificielle et la globalisation du monde changent un peu cet état de fait mais, en attendant, il est crucial de reconnaître l'étendue de notre ignorance malgré tous les savoirs accumulés et renoncer à soumettre l'économie à notre logique défaillante et un management autoritaire (top-down), ce qui ne veut pas dire s'abandonner à un libéralisme débridé mais certainement changer de stratégie et de moyens d'actions (bottom-up).

Selon les critères mêmes du marxisme, on peut dire que jamais période ne fut aussi révolutionnaire avec tous les bouleversements de notre entrée dans l'ère du numérique exigeant de nouveaux rapports de production, de nouvelles institutions, de nouveaux droits. Au lieu d'en subir douloureusement tous les inconvénients, il nous faut trouver les solutions qui nous soient les plus favorables et assurent la reproduction sociale, non pas selon nos préférences individuelles (ni même celle d'un vote démocratique) mais en fonction des exigences du nouveau système de production, en tenant le plus grand compte des performances matérielles et de la durabilité de dispositifs qui doivent pouvoir s'auto-entretenir. Sous prétexte de son échec historique, ce n'est pas cette fondation du marxisme dans l'infrastructure matérielle et ses performances effectives qu'il faudrait abandonner mais tout au contraire sa mythologie révolutionnaire qu'on espère vainement revivifier.

Il y a beaucoup à y gagner même s'il ne faut pas en attendre un paradis communiste délivré de la lutte des classes, de la marchandisation et de toute injustice mais peut-être de nouveaux droits, comme un revenu garanti, une extension des communs et de la gratuité numérique avec le retour de la commune (du communalisme), des échanges de proximité et des circuits courts, etc. Même si les esprits n'y semblent pas prêts encore, c'est une complète révision de l'imaginaire dépassé de la gauche qu'il faudrait opérer, se rapprochant, comme les révolutionnaires Kurdes actuels, du municipalisme libertaire de Bookchin mais intégrant aussi la révolution numérique qui change toutes les données, sans oublier les contraintes écologiques tout aussi matérielles. C'est le chantier des années à venir, pouvant nourrir quelque espoir après la déferlante de défaites annoncées, à condition de prendre le réel à bras le corps au lieu de vouloir continuer à rêver d'un monde idéal quand tout s'écroule autour de nous. La rationalité économique et politique doit admettre ses limites pour essayer de les dépasser, prendre toute la mesure des obstacles idéologiques et cognitifs qui nous égarent et nous divisent. De toutes façons la situation ne peut rester en l'état, non pas sous la pression de quelques révolutionnaires égarés ni de l'extrême-droite réactionnaire mais bien de l'accélération technologique qui ne nous laisse pas le choix.

Article intégré à une petite histoire de la philosophie.

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75 réflexions au sujet de « L’erreur de Marx »

  1. Assez d'accord avec ce texte, même si sur le point concernant l'aliénation dans l'entreprise, on pourrait retourner l'argument: "tout un courant du marxisme développera une critique de l'aliénation centrée sur le travail et le fétichisme de la marchandise, "critique artiste" pour laquelle l'aliénation du travailleur serait d'être dépossédé de son activité, séparé de son produit et transformé en rapport entre choses - alors qu'on peut l'attribuer plus justement à la subordination, la pression de la hiérarchie ou de la concurrence, aux cadences, au manque de reconnaissance ou d'intérêt du travail, aux mauvaises relations et conditions de travail, et bien sûr à l'insuffisance du salaire." On peut aussi à l'inverse précisément attribuer ces relations de pouvoir et d'oppression, à la chosification/réification des rapports concurrentiels constitutifs de l'économie marchande, c'est à dire conséquentes à la marchandisation de l'économie spécifique au monde capitaliste. Et plus particulièrement, la chosification des rapports humains dans l'entreprise n'étant que l'autre face du fétichisme de cette marchandise particulière qu'est l'argent. Sinon, vous retombez vous même dans la critique de la pré-éminence des rapports sociaux de production vis à vis des modes de production. Ce serait donc le mode de production capitaliste, dans le cadre concurrentiel qui est le sien, qui produit cette forme de réification en entreprise.

    • Rectificatif: "sinon, vous retombez vous même dans la pré-éminence des rapports sociaux de production vis à vis des modes de production."

    • Le mode de fonctionnement des entreprises est assez loufoque. Ca fonctionne grosso modo parce que les boites se cassent la gueule, un moment donné. Mais les entreprises privées, comme publiques sont des théâtres où des acteurs Rastignacesques font leur Falbala. C'est en fait très con, des gus ou gonzesses font leur numéro de grosse pute, et ca marche comme ca.

      Sucer des bites et lécher des culs est le fondement de la réussite dans ce monde de chimpanzé humanoïde.

      C'est ridicule, mais c'est ainsi.

      • Peut être qu'en un sens, le développement du secteur tertiaire a pu favoriser, en particulier dans les pays occidentaux, des comportements mimétiques de marchandisation de sa personnalité au sein de l'entreprise ("soyons positifs" etc.). A partir du moment où est exigé un investissement psychologique important du salarié (à la différence du capitalisme du 19ième siècle qui misait sur le corps du travailleur, le capitalisme contemporain mise sur l'esprit), cela ne peut que conduire dans certains cas, à des situations de dissimulation (et évidement de rétention d'information pour conserver son poste); de "jeux" de rôle etc. Je crois en un sens qu'il n'est pire aliénation que celle qui consiste à exiger des autres une apparence de joie permanente, alors qu'en dedans la personnevit peut être un conflit douloureux. Ce déni est dangereux et explique nombre de situations de déprime. C. Dejours a déjà suffisamment écrit là dessus.

        • Il y a effectivement une idéologie du tous ensemble, tous entassés ensemble, pleine de mauvaise bonne volonté, celle qui pave les routes de l'enfer.

          La pire matérialisation de cette usurpation est le bureau open space, soit disant cool, alors que c'est complétement ringard, d'autant plus à l'heure d'internet qui permet de travailler de n'importe où. Pas besoin de coucher ensemble pour avoir des relations productives dans toutes sortes de domaines.

  2. C'est bien sûr la pression de la concurrence pour produire du profit qui est la cause de l'aliénation dans le travail, de même que la subordination est ce qui caractérise le salariat indispensable au capitalisme mais, d'une part, ce n'est pas pire que l'esclavage, le servage ou les galères et surtout cela ne veut pas dire que toutes les formes d'aliénation sont indispensables à l'extorsion de plus-value. De même que Marx précise bien que la concurrence signifie que le prix n'est pas égal à la valeur au début du processus mais seulement à la fin, de même au début d'un nouveau système de production les rapports de production ne sont pas si bien adaptés, seulement "en dernière instance". Ainsi la paupérisation du prolétariat s'est révélée contre-productive et, contre toute attente, l'augmentation des salaires a permis la mise en place tardive du "compromis fordiste" (ou société de consommation) bien plus favorable aux capitalistes in fine. Dans "Salaire, prix, profit" Marx montre bien que les luttes salariales peuvent être positives pour tout le monde mais sans pouvoir annuler le profit capitaliste ce qui mènerait à la faillite. Il ne peut être question de rester passif et de tout accepter. L'action des exploités est indispensable pour imposer un équilibre entre différents facteurs de production qui relève pourtant bien de la nécessité (de la reproduction) alors que la pure logique financière et court-termiste mène à la catastrophe.

    L'aliénation dans le travail qui peut être effectivement exacerbée par la mobilisation de la personnalité totale du salarié (que ce soit dans le rapport aux clients ou à ses collègues) n'est pas pour autant souhaitable du point de vue même de l'employeur qui a plutôt intérêt à ce que les salariés puissent s'épanouir dans leur fonction (dès lors que le plaisir est devenu un facteur de production dans un certain nombre de nouvelles activités au moins, ce qui fait que le travail choisi, c'est-à-dire le choix d'un travail adapté à sa personnalité devient crucial). La lutte contre le stress au travail est une préoccupation des entreprises modernes pour améliorer leur productivité (quand le management par le stress ne vise pas à réduire les effectifs).

    Je fais partie de ceux qui considèrent le travail indépendant moins aliénant bien que cette auto-nomie soit aussi une auto-exploitation bien sûr. Il s'agit donc bien de réduire l'aliénation du travail dans les limites des contraintes de la production et sans pouvoir la supprimer complètement mais là aussi, seul le résultat final compte.

  3. Cela dit, s'agissant de Hayek, il a quand même un drôle de visage le "laisser faire". Comme le rappelle fort à propos P. Jorion dans son dernier ouvrage, F Hayek mais aussi M Friedman étaient tous deux des supporters du général Pinochet. En matière de "laisser faire", on peut faire mieux. Ici transparaît le caractère idéologique du néolibéralisme, quand bien même cette idéologie est un accompagnement du capitalisme productiviste. Il est certain que le contexte de la guerre froide jouait un rôle, mais cela ne suffit pas à expliquer le rôle actif de l'idéologie néolibérale. Les rapports de pouvoir et d'oppression, c'est à dire les rapports de classe en dernière instance, même intrinsèquement liées à l'inertie ou la dynamique d'un réel qui échappe à ses acteurs, ne sont jamais autant visibles que lorsque l'odre dominant est ou plutôt se sent (ce qui n'est pas la même chose, c'est là précisément la médiation de l'idéologie) menacé. La réaction démesurée de la BCE au gouvernement grec pourrait constituer un autre cas d'école pour ce qui concerne l'Europe.

    • (suite) l'une des questions sous-jacentes est bien entendu le rapport du/des capitalisme-s à la démocratie. Mais aussi celui du libéralisme économique ou libéralisme politique. Les deux sont souvent sponténament associés, ce qui ne va pas de soi. On oublie certainement que, même si le capitalisme a besoin d'un part d'autonomie, de désir autonome de la part de l'individu, le développement de la démocratie doit beaucoup à partir de la fin du 19ième siècle aux mouvements socialistes et syndicaux au sens large. Nous vivons certainement en grande partie sur ces acquis. A l'aune de cette remarque, il ne s'agit pas d'assimiler un certain "laisser faire" avec un épanouissement démocratique. La Chine en est d'ailleurs un très bon exemple. La montée de l'extrême droite en Europe, pose aussi un autre défi intellectuel et pratique, sur les liens supposés entre fascisme et "communisme" au sens où les deux seraient issus de la souche volontariste. Or, le néofascisme actuel n'est pas une réaction anticommuniste, il semble ici que ce soit plutôt une tendance du capitalisme contemporain au plan idéologique, même si les rapports entre les élites et ces partis est plus complexe et contradictoire. Ce ne sont qu des hypothèses.

      • Ce qui est difficile à accepter, pour tout analyste humain, c’est de voir que le devenir des relations sociales n’est pas, en dernière instance, déterminé selon la logique des prédictions logiques qu’il propose. Les acquis historiques que nous défendons ont été obtenus légitimement ( mais selon des rapports de forces !) par une classe de salariés dont les entrepreneurs industriels avaient besoin en tant qu’outil de production. Mais cette classe avait été instaurée du fait de rapports de forces antérieurs qui avait mis une classe de gens à la disposition d’une autre : celle du mouvement physiocrate bourgeois ( au sens d’habitants des bourgs urbains ) suscitant le mouvement des enclosures, paupérisant les vilains - les paysans dits « laboureurs » sans accès à nulle terre en responsabilité au moins partagée - qui dépendaient de l’ancien régime féodal) dans sa revendication de passer à la propriété individuelle des terres. Ce qu’après la révolution française on nomme l’ancien régime correspondait à un système de propriété en chiasme : Entrelacs entre des niveaux de propriété par degrés et par niveaux (politique et éthique, cf les trois fonctions théorisées par Dumézil – chevaliers, prêtres, paysans) qui comportait de fait des temps et des espaces de décision collective, voire démocratique concernant les « communs ». La disparition d’un régime des communs, et , au moment précis de la Révolution au XVIIIeme siècle, concernant la Constitution d’un texte des Droits de l’Homme sur « les » propriétés transformé rapidement en texte sur « la » propriété comme droit inaliénable de l’individu par cette révolution bourgeoise, me parait comme la question incontournable : comment poser la question sociale en rapport avec l’état historique évolutif des moyens de production et d’échange, dans leur lien dialectique ? Marx a eu le grand mérite de poser cette question, mais en en tirant des conclusions prématurées sur le devenir du mouvement social ? Et sans analyser en quoi les institutions féodales comportaient au moins les prémisses de principes liant l’organisation sociale humaine avec le niveau atteint de ses outils de production. Réexaminer les expériences passées plutôt que se risquer à prédire l’histoire et lui proposer des finalités idéales ?

    • J'ai hésité à parler de "laisser faire" qui n'est pas la formule employée par Hayek mais "ordre spontané" moins familier, que j'aurais dû expliquer, mais qui n'est pas la même chose puisqu'il ne s'agit effectivement pas de laisser faire, comme je l'explique dans la naturalisation du capitalisme, la constitution de la liberté est épaisse, la spécificité du néolibéralisme étant de ne pas vouloir le dépérissement de l'Etat mais que l'Etat intervienne fermement pour empêcher l'intervention politique dans les mécanismes de marché pour que celui-ci puisse jouer son rôle.

      Il est certain que les néolibéraux ne sont pas démocrates puisqu'ils sont pour la dépolitisation de l'Etat, pas plus que les Chinois ne sont démocrates. La libéralisation des marchés peut effectivement être séparée du libéralisme politique, cela n'empêche pas qu'ils proviennent tous deux du caractère inaccessible, imprévisible d'une vérité qui reste disputée, sans aucun garant divin. On ne peut d'ailleurs pas dire que les démocrates soient au courant de ces limites rationnelles qui justifient la démocratie, chaque parti étant persuadé de détenir la vérité et de bien savoir quoi faire, nourrissant tous les fantasmes. Il n'y a aucune illusion à se faire sur nos démocraties qui ne sont pas si démocratiques qu'elles le prétendent, la seule véritable démocratie étant la démocratie locale. Sinon, c'est la technocratie qui gère l'Etat, depuis les saint-simoniens qui voulaient déjà, au nom de la science, faire l'Europe de l'industrie et des marchands (il faut d'ailleurs souligner que Marx cite Prosper Enfantin pour définir son idéal).

      Cela ne veut rien dire de prétendre que le néolibéralisme ne serait qu'une idéologie disant le contraire de ce qu'elle fait alors qu'elle a des effets bien réels dans les déréglementations qui augmentent en fait les réglementations. Il se trouve que l'Angleterre était en fort déclin avant l'horrible Thatcher et que son économie allait beaucoup mieux avec ses mesures néolibérales même si les plus pauvres ont morflé. C'est la triste réalité qu'il ne sert à rien de nier, pas plus qu'on ne peut nier que le néolibéralisme n'est plus de mode, qu'il a fait son temps ou, qu'en tout cas, il a besoin de sévères corrections, notamment dans la finance et la réduction d'inégalités qui finissent par bloquer l'économie. Il y a un retour du keynésianisme (jamais abandonné vraiment par les USA) et de tendances plus protectionnistes (dont le néofascisme se nourrit, c'est un anti-libéralisme) selon un mouvement cyclique. L'idéologie ici est directement effective, ce n'est pas une simple représentation mais ce qui justifie et permet les politiques adaptées à un moment du développement du cycle et des forces productives.

      Dans le cas de l'idéologie ordo-libérale des Allemands qui font payer à tous les autres pays leurs excédents on a plutôt affaire à une idéologie régressive et inadaptée à notre époque. Dans ce cas, l'idéologie est ce qui mène à la catastrophe, une idéologie plus adaptée n'étant reconnue qu'après-coup...

      • Que le néofascisme soit un anti-libéralisme (au sens économique) cela reste à voir. Je lisais l'article publié dans Mediapart au sujet du FPÖ en Autriche. Il ne me semble pas que ce parti soit antilibéral, il s'appuie sur une rhétorique anti-immigrés avant toute chose. De même pas certain que le FN, malgré ses quelques discours soit réellement le parti antilibéral qu'il prétend être. Je ne crois pas que vote en faveur du secret des affaires ne soit qu'un vote de circonstance parce que des cadres du Fn sont mouillés dans l'affaire de Panama. Je dirais plutôt que ces partis de la droite extrême ou d'extrême droite surfent sur un désir d'antilibéralisme, mais ne le sont nullement pour autant.

        • Pour Karl Polanyi, cela ne faisait aucun doute depuis la crise de 1929 au moins le libéralisme était condamné avec la réaction aussi bien communiste que fasciste. Le programme nazi était très à gauche, du côté des chômeurs mais il est certain qu'une fois au pouvoir les SA ont été liquidés avec les tendances socialistes du national-socialisme (tendance de Heidegger).

          Il est certain aussi qu'il y a une fracture entre le FN du père et de la fille sur ce point mais le nationalisme n'a de sens qu'à être protectionniste et à s'opposer au libéralisme même si une partie de son électorat est plutôt anti impôts et anti immigrés.

          La question n'est pas de savoir qui sont les véritables anti-libéraux alors que ce n'est de toutes façons qu'une posture face à des phénomènes qu'on ne maîtrise pas.

          • C’est folie en effet de croire que les phénomènes sont théoriquement maîtrisables. C’est seulement ce que je v veux dire en laissant entendre qu’un château féodal et des clochers romans dans le paysage dont nous avons hérité sont les signes d’une rationalité ancienne, certes limitée, mais vraiment plus consciente de ses limites que notre idéologie libérale et libérée du travail manuel aujourd’hui, près de 1000 ans plus tard. Dire ça, c’est moins connard que de s’en prendre aux immigrés et de prétendre ériger des murs aux frontières de la patrie : Je viens de me balader hier dans une région, la Bourgogne du sud, où la seule activité rurale c’est l’élevage d’animaux de boucherie, en pâture dans des paysages remarquables, mais de résidence principalement secondaire. En ce temps là- comme on dit- on cultivait bien d’autres produits! Pour payer le cens, la dîme, la taille, et la rente due aux protecteurs des corps et des âmes ? J’ai de plus en plus de mal à soutenir l’idée d’un bonheur futur promis par l’I.A. (intelligence artificielle)…

          • Nous sommes d'accord que toute reproduction du passé stricto-sensu est impossible, en revanche, il n'est pas interdit penser l'Histoire en terme de mouvement hélicoïdal, ou l'on doit faire face à des défis et situations homogues à ceux du passé (fragmentation féoldale après la chute de l'Empire Romain etc;). Voir reprendre ce qui a été laissé en friche, des idées peut être plus adéquates au réel.

      • " que l'Etat intervienne fermement pour empêcher l'intervention politique dans les mécanismes de marché pour que celui-ci puisse jouer son rôle."

        C'est un vœux pieux qui n'a strictement aucune signification concrète, c'est de la religion.

        L'ordo-libéralisme à la mode teutonne intervient sur les mécanismes du marché des dettes publiques en laissant complètement de côté celui des dettes privées et bancaires. Mais au royaume des aveugles, les borgnes sont rois...

        A la limite, je dirais que personne ne sait ce que sont les marchés et leurs mécanismes, car ceux ci évoluent en permanence, avec leurs règles normatives et légales, sans aucun contrôle effectif en temps actualisé de leurs nouveautés out of control.

        Les règles opératives ou lois changent tout le temps, il n'y a aucun contrôle possible dans ces conditions.

        • L'ordo-libéralisme se distingue du néolibéralisme. Par contre, la BCE est l'exemple type de l'institution néolibérale d'une régulation dépolitisée (on est loin de la religion). Le fait de ne pas comprendre les marchés est la base même du libéralisme de Hayek et de sa critique du dirigisme comme route de la servitude.

  4. Je n'ai aucune nostalgie du passé, ni du Moyen-âge d'une société supposée unifiée par la religion (totalitaire), ni du monde industriel des 30 glorieuses. Il faut dire que je n'ai pas d'ancêtre dans la noblesse ni dans une bourgeoisie aisée, mes grands-parents (et au-delà) ont eu des vies très dures que ce soit en ville ou aux champs, ceux qui prétendent que la vie était plus belle en ce temps là étaient simplement du bon côté. Si nos existences restent presque aussi précaires, les conditions de vie se sont quand même beaucoup améliorées pour la grande majorité. C'est loin d'être le bonheur pour autant.

    Ce n'est pas l'intelligence artificielle non plus qui nous apportera le bonheur mais elle peut contribuer à améliorer les choses. Les réseaux numériques pourraient aussi améliorer l'intelligence collective, comme le montre cet intéressant article de Jean-Michel Cornu (dont le blog est horrible!) qui montre qu'on peut dépasser le maximum de 12 participants en passant à plus de 100 puis plusieurs milliers (comme pour Linux ou Wikipédia) :

    http://www.internetactu.net/2016/05/12/a-combien-peut-on-cooperer/

    Je reste un peu dubitatif sur la capacité de cette intelligence collective à ne pas renforcer des croyances partagées mais cela ne peut être pire qu'avant et c'est là que l'IA peut apporter du nouveau. A signaler un argumentaire pas mal fait du PCF-PG sur la révolution numérique (mon expérience des partis me fait penser que ce travail n'aura pas d'incidence sur les programmes réels).

    http://www.pcf.fr/82688

    http://www.pcf.fr/sites/default/files/argumentaire_revolution_numerique_0.pdf

    • Ce texte aussi de Jean-Michel Cornu: Comment passer du café du commerce à l'intelligence collective?(cité dans votre lien). J'espère que Nuit Debout connait cette référence. Avec le développement des pratiques relevant de l'intelligence collective, il se joue une profonde mutation culturelle, une révolution à bas bruit, pour notre France très autocratique. Ses avantages comparatifs devraient l'imposer, sans doute pas sans difficultés, mais je crois que c'est en marche.

      • Sur le site de Fing à propos du travail transformé par le numérique, des idées qui rejoignent les vôtres sur le rôle de la coopérative municipale:

        En nous appuyant sur l’ouverture considérable que constitue la nouvelle législation sur la sécurisation de l’emploi, et sur l’inventivité quotidienne du monde du numérique et de la culture des réseaux, nous voudrions tenter d’expérimenter un renversement de paradigme à partir des concepts de conseil en évolution professionnelle et de compte personnel de formation qui nous semblent constituer la pierre angulaire des nouveaux outils au service des personnes : ça n’est plus l’institution/l’organisation, quelle qu’elle soit, qui modèle les personnes à ses propres objectifs, ce sont les personnes qui apportent leur intelligence et leur agilité aux objectifs d’un environnement économique et le font évoluer parce qu’elles sont informées, aidées, soutenues, accompagnées pour le faire, et qu’elles ont le loisir d’y construire un projet qui a du sens.

        • Mon accord est total avec le texte souligné dans le commentaire de Michel Martin.
          En me renseignant récemment sur les prieurés et doyennés d’où les moines de Cluny tiraient leur subsistance, au XIeme siècle, j’ai trouvé que leurs méthodes de gestion et de travail, au moins dans les principes, sont instructives : une économie strictement locale ( les granges qui fournissent la maison mère sont à une journée de distance) , il existait une monnaie locale indépendante ( les moines de Cluny frappaient leur propre monnaie), et le travail de la terre était géré collectivement : le prieuré ou la paroisse ( para- oikos) définissait elle-même et semble –t-il dans un débat collectif, le plan trisannuel des soles ( répartition alternée des zones de pâturage, de l’assolement, et des jachères pour les cultures) C’est ainsi que l’on pratiqua une forme de la permaculture, comme la joualle ( légumineuses à l’ombre des ceps de vigne , ou de vergers appropriés à la nature du terrain, connue empiriquement). La différence essentielle avec notre modernité, réside dans un rapport très différent des individus avec l’extérieur. « il faudrait comprendre la causalité comme extérieure (ce qu'implique le concept d'information) et l'évolution comme processus autonome (par rapport à nous), sous la pression du milieu. En bon rationaliste, Marx vise tout au contraire à supprimer l'extériorité du monde ». écrit Jean. La non-conscience de l’empreinte écologique des activités techniciennes développées, sansplus aucune prise en compte contraintes du milieu extérieur, par les temps modernes, avec pour effet le dérèglement climatique dans l’anthropocène, c’est la seule vraie question actuelle ! Ne pas savoir admettre que le milieu de vie est « plus qu’humain » , voila l’« erreur » partagée entre les théoriciens de l’économisme de tous bords ! En dernier ressort, comme le répète Jean dans chaque billet, il nous faudrait être sur toute la biosphère en mesure d’assumer les limites de la raison, les limites du libre arbitre dans la définition des raisons d’agir ?

        • "ça n’est plus l’institution/l’organisation, quelle qu’elle soit, qui modèle les personnes à ses propres objectifs, ce sont les personnes qui apportent leur intelligence et leur agilité aux objectifs d’un environnement économique et le font évoluer parce qu’elles sont informées, aidées, soutenues, accompagnées pour le faire, et qu’elles ont le loisir d’y construire un projet qui a du sens."
          Oui mais si l'objectif est la production de pesticides , on peut avoir en interne autonomie, agilité, construction de projet ...Qui est au service d'une production qui comme toute production implique un choix politique .

          On ne peut pas séparer le travail de la politique(du projet politique global) , on ne peut pas séparer l'intelligence collective des petits groupes ( par exemple l'équipe de foot citée par Noubel) de l'orientation globale des sociétés .

          Le local n'est pas une adaptation au réel mondialiste qui se construit (sans nous) mais une reprise en main politique (dans le sens d'un ré enracinement ). Le numérique n'empêche pas la Chine d'acheter (récemment) 2000 ha de terres à blé en France : quelle politique locale possible sur le territoire de cet achat?

          • @Olaf

            je n'ai pas une pensée binaire et reçoit tout à fait et avec intérêt cette remarque et cet article l'illustrant. Mais ce n'est pas le cœur du sujet de mon propos.

          • Sur les pesticides, il ne faut pas tomber dans les pièges des "sceptiques". Il est exact que les produits naturels ne sont pas forcément moins nocifs et je l'ai souvent souligné (pour le pyrèthre entre autres). On peut même dire qu'un fruit qui est attaqué se défend avec des pesticides naturels tout aussi nocifs eux aussi. Cela n'empêche pas qu'il est vital de réduire les pesticides, d'en rationaliser et minimiser l'emploi, notamment par les modes de culture.

            La tactique des semeurs de doute est toujours la même : on s'appuie sur quelques faits avérés pour en ignorer un nombre beaucoup plus grand de méfaits. Il faut réfuter le simplisme de l'opposition naturel/chimique, comme tout simplisme, pas retomber dans un simplisme inverse que tout se vaut et qu'il n'y a pas de problèmes.

          • Je ne dis pas le contraire, et d'ailleurs des recherches actuelles agronomiques cherchent à remplacer les anciennes solutions par d'autres moins ou pas toxiques.

            Le problème n'est pas très éloigné de celui des antibiotiques beaucoup trop utilisés avec le risque supplémentaire d'apparitions de résistances-mutations qui rendent ces produits inefficaces à terme.

          • Intéressant, peut être mérite t-il le prix ... Noubel davantage que nombre d'économistes ...

          • Di Girolamo a raison : on peut avoir une structure d’organisation idéale, collectivement définie ( holoptisme), ou bien autoritaire ( panoptisme) sur un projet qui n’apparaîtra foireux qu’après coup. Et aussi on peut proposer une structure agréablement supportable au présent ( holiptiquement parlant ) dans un projet dont on méconnaît totalement ( panoptiquement parlant ) les risques, non examinés à plus long terme.

  5. Je citais l'exemple de la sympathie que M. Friedman et F. Hayek vouaient au régime du général Pinochet (ami de Mme Thatcher, je cite cela tout en ayant bien conscience que la politique ne se joue pas aux affects, mais au forces matérielles dominantes, mais ceci pousse les acteurs à se positionner sur le plan des affects), qui en effet lève déjà le masque sur les conceptions prétendument démocrates de ceux qi se réclament du libéralisme. Mais il n'est que de voir ce qui se déroule en Amérique du Sud (encore) et notamment au Brésil pour prendre la mesure de cette volonté de l'oligarchie dominante de prendre et garder le pouvoir à tout prix (parce qu'il s'agit bien là d'une sorte de coup d’État constitutionnel, même le NY Times l'admet). Ne supportant même pas le commencement du début d'une politique néokeynésienne. J. Zin nous dit que le néolibéralisme est inadapté, pour le moment je prends acte que les mouvements sociaux au niveau mondial broient du noir, entre les reculs du keynésianisme en Amérique Latine et la montée de l'extrême droite en Europe et aux USA (Trump).

    • (suite) enfin, le problème de l'Amérique du Sud et le retournement de situation vient aussi j'en suis conscient de la difficulté des partis de gauche à réellement proposer une alternative au néolibéralisme. La chute de Dilma Rousseff ou de la gauche néopéroniste en Argentine par exemple a été favorisée par la fin de l’euphorie économique au Brésil, signant la fin du compromis que Lula avait en quelque sorte passé avec l’oligarchie, les fruits de la croissance permettant des redistribuer des miettes aux pauvres (la pauvreté a effectivement reculé sous Lula). Depuis, la conjoncture s’est retournée, et l’oligarchie n’est plus prête à partager les miettes. Au Venezuela, le problème réside dans l'arrimage de l'économie au pétrole, et nombre de pays dépendent d'une rente gazière et/ou pétrolière, ce qui n'est pas sans incidence à la fis sur la fragilité économique de ces états en as de retournement de conjoncture, d'inertie faire face au changement climatique et à la nécessité de diversifier les activités, et enfin sur la démocratie elle-même: comme le rappelle l'essayiste Jeremy Rifkins, il y a un lien étroit entre concentration des ressources énergétiques et verticalité du pouvoir (ex. la Russie).

    • Ce qu'il faut retenir surtout, c'est bien que l'économie est déterminante et que la politique est un rapport de force derrière les beaux discours. Hegel appelait la ruse de la raison le fait que les intérêts sont obligés de se justifier, de passer par le discours et la raison, ce qui finissait par avoir un effet dans le réel mais dans l'immédiat, on a plutôt des intérêts qui s'habillent de fausse vertu. Devant ces luttes féroces, il faudrait au contraire abandonner les grands discours faisant appel à l'amour, la nation ou que sais-je pour en dénoncer l'hypocrisie mais surtout pour chercher des solutions qui fassent le poids économiquement, ce à quoi échoue la gauche en ce moment (jusqu'à ce qu'une relance keynésienne se révèle à nouveau efficiente et entraîne les autres pays, redonnant l'avantage aux travailleurs ? possible mais pas sûr du tout). Le projet de la gauche est à repenser à la fois dans le cadre de la globalisation (renforçant l'importance du local, ce qui ne veut pas dire que c'est forcément bien, écolo et tout) et de l'accélération technologique (réseaux numériques). Pour l'instant, on échoue (mais il y a des cycles et le néolibéralisme aussi échoue désormais).

      A noter que Lula, comme beaucoup de Brésiliens, se réclamait d'Auguste Comte dans sa politique de scolarisation des pauvres. Hayek n'était pas un démocrate, il pensait que la démocratie permettait à la classe moyenne de gouverner à son profit exclusif au dépend des pauvres comme des riches. Auguste Comte non plus n'était pas démocrate, pas plus que l'énarchie ensuite, plus confiant dans un pouvoir autoritaire éclairé par la science et guidé vers le progrès (ordre et progrès la devise du Brésil veut dire pour Comte que l'ordre est la condition du progrès).

      • L'hypothèse d'un échec du néolibéralisme semble pour le moins osée au regard de la situation sur le terrain politique et économique global: reprise en main en Amérique du Sud, renforcement et même accélération des mesures libérales autoritaires dans l'Union Européenne etc. Ou bien il y a un facteur systémique d'inertie, ou bien ces succès politiques du néolibéralisme s'expliquent par l'absence de projets alternatifs suffisamment porteurs.

        • Je peux bien sûr me tromper, je ne connais pas l'avenir mais je parle du présent avec des politiques non-conventionnelles (jamais vues) qui tentent maintenant de relancer l'inflation et toutes sortes d'études qui montrent les problèmes posées par l'augmentation des inégalités, enfin les nouveaux métiers du numérique qui appellent de nouvelles protections. Cela ne veut pas dire que le basculement pourrait être immédiat et conscient (dirigé), réagissant plutôt au court terme et différemment selon les pays. L'Europe construite au moment du triomphe du néolibéralisme sera sans doute la dernière à s'y résoudre !

          Pour le Brésil ou le Venezuela ce n'est pas joué et sinon, à part en Argentine, ce sont plutôt des pouvoirs forts et protectionnistes qui s'annoncent (Trump ou Sanders aux USA et les populismes européens).

      • Assez étrangement, je pense que Mélenchon, malgré ses excès et incohérences, est le seul susceptible de faire bouger le "système" sur le plan macro, de par sa capacité à faire des erreurs, mais aussi à s'en rendre compte.

        On verra en 2017, mais le PS et LR sont complètements grillés à mes yeux, pas encore peut être aux yeux des autres francais...

        • Non pas encore assez aux yeux des autres Français : Nous sommes encore bien trop riches pour renverser la table. Et les perspectives autres ne sont pas encore assez clairement dessinées. Il y a donc toutes les chances qu'on ai Juppé ou Fillon si Juppé fait des faux pas .C'est trop le Bazard à gauche . Mais rien n'est écrit en la matière.

          • Juppé est effectivement bien placé, mais ce type ne me dit rien de bon. Une sorte de Pétain père de la patrie version actuelle.

          • Je ne sais pas ce qu'il prend aux français de se focaliser sur l'élection présidentielle, que ce soit pour l'encenser ou la critiquer. Même si j'éprouve malgré ses dérapages et son nationalisme un peu naïf, de la sympathie pour JLM qui est pour le moment le moins pire des candidats significatifs à mes yeux. Même en France, l'élection la plus importante reste celle du parlement, parce qu'un gvt ne peut légiférer sans majorité parlementaire. Si un candidat ou un parti qui se dit opposé aux institutions de la Vième devait faire campagne sur un mode pédagogique, il faudrait qu'il détourne l'élection en focalisant d'emblée sur l'élection des députés. Malgré les pouvoirs exorbitants du président, celui ci ne peut rien faire sans parlement acquis. Ce qui est triste est de constater que même à gauche, la pré-éminence de l'élection présidentielle a été tellement intégrée, que l’élection suivante (celle du parlement) relève d'une formalité. Bien sûr tout a été fait pour cela et c'était en réalité l'objectif réel du référendum de 2000 sur le raccourcissement de mandant présidentiel: inverser les calendriers électoraux de manière à faire passer l'élection du parlement pour une simple formalité. Enfin, concernent ce régime monarchique de la Vième, il est intéressant de relever que seule la France en Europe (à l'instar de .. la Russie !) est dotée d'une constitution monarchique présidentielle. Toutes les autres puissances de l'OCDE (y compris les USA) sont dotées de régimes parlementaires: les raisons en sont historiques bien entendu, le fédéralisme en Italie et en Allemagne (aussi en Espagne) pourrait expliquer cette situation. En GB, le maintien de la monarchie et le compromis parlementaire datant du XVIIième siècle a paradoxalement enraciné un système parlementaire (mais fort injuste pour ce qui concerne le mode d'élection à la majorité relative). Bref, le verticalisme et l'autoritarisme français, s'explique peut être en partie par la centralisation historique des pouvoirs. Précisément à l'instar de la Russie, Moscou et Paris ont relevé pendant des siècles de pouvoirs centralisés (nonobstant les différences réelles et importantes, sur le plan des libertés démocratiques entre France et Russie).

          • (suite) lorsque j'évoquais le caractère centralisé du pouvoir séculaire des rois qui pèse sur l'inconscient historique en France, jhe ne néglige pas les vissicitudes et la contingence historique (par ex. la guerre d'Alagérie et l'arrivée au pouvoir de De Gaulle, et antérieurement le bonapartisme Napoléon III etc.) qui ont conduit à l'échec en France, du régime parlementaire. Il est peut être également corrélé à la spécificité du capitalisme rentier français (par opposition à ce qu'on appelle le capitalisme rhénan).

          • La focalisation sur la présidentielle vient précisément du présidentialisme de la V ème gaullienne qui pose tout de même un problème en concentrant les pouvoirs dans les mains d'un seul gus qui fait des promesses et reçoit un chèque un blanc une fois élu.

            Hollande s'est permis impunément de faire l'exact inverse de son programme de 2012. Il est temps de le virer et de ne pas mettre un LR à la place qui fera tout autant de dégâts.

          • Ce que je voulais dire en deux mots, c'est que malgré la disproportion accordée à l'élection présidentielle, le pouvoir exécutif reste un pouvoir ... exécutif (qui exécute), certes avec plus de possibilités qu'ailleurs. C'est à dire que l'erreur des partis de gauche est d'avoir négligé l'importance de l'élection parlementaire, du pouvoir législatif, sans quoi l’exécutif n'est rien. Il faudrait que les partis opposés à la Vième fassent campagne sur ce thème avant même l'élection présidentielle.

          • Si on critique le régime présidentiel , il faut d'abord le faire au sens constitutionnel et non au sens de ce qui se pratique qui en fait on peut le voir n'est pas constitutionnel.
            La constitution ,dans ses tous premiers articles fondateurs situe le pouvoir au niveau du peuple : tous les citoyens sont souverains et exercent cette souveraineté dite "souveraineté nationale" par l'élection de représentants d'une part (démocratie représentative) et par le référendum
            (démocratie directe) ; les partis politiques sont dans la constitution des animateurs de la vie publique et des scrutins et en aucun cas ne possèdent le pouvoir ; le président au dessus des partis étant garant du pouvoir citoyen direct et indirect. Et du maintien des partis strictement dans leur rôle d'animation du débat (article 4) .
            Dans la constitution , le président ne gouverne pas : c'est le gouvernement qui gouverne et le parlement vote la loi. Il contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques.

            L'articulation théorique de la cinquième , un président au dessus des partis , qui ne gouverne pas , qui est garant du pouvoir citoyen s'exerçant directement et indirectement n'a jamais été appliquée; dans les faits le président est issu d'un parti politique et c'est lui qui gouverne ; le peuple est lésé dans sa souveraineté indirecte parce que les parlementaires ont en fait peu de pouvoir et sont inscrit dans l'action des partis , il est lésé dans son pouvoir direct puisque le référendum n'a jamais été réfléchi et organisé sérieusement .
            Je trouve cet équilibre entre démocratie directe (référendum national et local sur des enjeux structurants) et indirecte (désignation de représentants) tout à fait intéressant .
            Le coup d'état permanent que constitue la prise de pouvoir par les partis politiques empêche toute action politique de fond ; ce qui convient à une société riche avec la possibilité d'une redistribution et pas trop de problèmes écologiques . Aujourd'hui que "la maison brûle" maintenir ce mode de fonctionnement conduira tout droit à des catastrophes.

          • "Dans la constitution , le président ne gouverne pas : c'est le gouvernement qui gouverne et le parlement vote la loi. Il contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques." Nous sommes donc d'accord, il y a sur-représentation du présidentialisme. Le pouvoir in fine revient au parlement, et c'est cela qu'il faut mettre en avant. Je ne parle pas pour ma part de "régime des partis", mais de représentation parlementaire. Partis ou non, le regroupement sur quelques axes politiques importants est une nécessité, il faut bien qu'il y ait un minimum de coordination. Après, si en effet, l'action des partis en tant que telle est mentionnée dans la constitution, cela peut freiner en effet, l'évolution vers d''autres formes participatives à la vie de la cité.

          • Fab
            On est pas vraiment sur la même longueur d’onde : que le régime soit présidentiel ou parlementaire , ce qui m’apparaît c’est que s’il n’est pas ménagé et aménagé un pouvoir direct permettant in fine de contrôler et orienter, on reste sur du boiteux qui est entièrement dépendant de l’entre soi d’élus piégés par le carriérisme et l’obligation de se faire élire. Une part de démocratie directe par l’organisation sérieuse du processus référendaire, donne une ouverture sur le fond des sujets, ouvre le débat et l’imagination ; et quand on exerce un réel pouvoir , et qu’on se trompe , le retour de bâton fait qu’on mûrit très vite ! et que c’est bien ce dont on a besoin : des citoyens et non des consommateurs . De plus quand on souhaite le localisme, des démocraties participatives locales , on ne peut que soutenir ce rééquilibrage institutionnel national .

          • Vous entendez donc la démocratie comme un équilibre "par en bas" c'est à dire local avec un présidentialisme "par un haut", j'ai un peu du mal avec de mélange ...

        • . Je prends la liberté ici de condenser ici certaines observations de l'historienne Florence Gauthier , dans
          http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article751
          Le nom même de Moyen-âge, qui date du XIXe siècle, mérite une analyse historique critique que les historiens du Moyen-âge ont entreprise depuis longtemps déjà, mais qui n’atteint pas le grand public…. Le mépris du peuple, paysan en particulier, et des pratiques démocratiques des communautés villageoises comme des corps de métiers urbains, a été fortement développé et s’est finalement imposé comme préjugé d’une époque, celle de la victoire d’un « progrès » attaché aux formes capitalistes, impérialistes et à l’urbanisation. Le Moyen-âge, qui ne portait pas ce nom jusque-là, est devenu, au début du XIXe siècle, la période des siècles barbares, de l’obscurantisme religieux et de l’absence de lois : par simple préjugé. Le grand historien du Moyen-âge, Marc Bloch, y voyait autre chose, et d’autres historiens non vulgarisés par l’enseignement…
          Ainsi : Le Moyen-âge a repris et repensé une pratique romaine du commis de confiance, pour en faire une institution électorale….Une forme qui renvoie à l’idée de souveraineté : Dans le cadre des assemblées générales des habitants des communautés villageoises, des communes, des corps de métier, etc…, le commis est chargé d’une mission et doit rendre des comptes à ses commettants, sinon il est destitué et remplacé : cela signifie que les mandataires sont reconnus comme souverains dans ce mode de chargé de mission…Aujourd’hui, ce sont les élus qui s’imposent comme souverains aux électeurs. …Le système des partis, avec leur chefferie au sommet, sur le modèle de toute hiérarchie (qu’elle soit papale, monarchique ou aristocratique), n’est pas en cause :Tout parti politique impose nécessairement ses objectifs et ne recrute que les personnes qui sont d’accord avec ceux-ci …Mais là où le système des partis diffère complètement de ce qu’il se passait pendant la Révolution française, c’est bien sur la possibilité, qui s’est instituée pour eux, de prendre la place de l’assemblée générale des citoyens et de transformer les électeurs en machine à élire des majorités en nombre de places dans les instances élues… Et j'ajoute perso que: Les primaires participent à ce processus.

          • Fab

            Ce que je dis c'est que la constitution de la cinquième ,si elle était appliquée, permet l'équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie directe , en laissant la souveraineté aux citoyens et les tâches d'application aux représentants ; alors qu' "Aujourd’hui, ce sont les élus qui s’imposent comme souverains aux électeurs. "
            Je dis aussi que si on est partisan du localisme , comme auto organisation des acteurs locaux par eux mêmes, on ne peut qu'être favorable à ce rééquilibrage et que par conséquent au lieu de prévoir autre chose , une sixième ou plus de parlement , il faut appliquer ,mettre en place et expérimenter le régime décrit dans les premiers articles de notre actuelle constitution. Organiser au local et au national le débat et la décision publique , ne pas laisser par exemple la région Rhône alpes devenir Rhône alpes auvergne , sans que nous les citoyens n'ayions pu réaliser un audit du fonctionnement et des missions de la région et choisir directement une option à ce sujet.

  6. Je pense que ni le PS ni le PCF n’ont négligé et négligeraient l’importance des élections parlementaires, ils optaient et optent encore pour une politique d’alliance sociale démocrate, puis sociale libérale, promettant le partage social des fruits de la croissance passée, et leur hégémonie -fût-elle disputée- sur l’électorat populaire ( soit le monde du travail salarié). Le problème des « gauches nouvelles » depuis plus de quarante ans, c’est que PS et PCF disent « tout sauf une nouvelle gauche », « tout sauf l’alliance PG- Nouvelle donne- Ecologie » ouverte aux sans carte, comme à Grenoble ( municipales) ou en Rhône-Alpes ( régionales) qui remettrait en cause leur hégémonie électorale acquise et partagée. Mélenchon a le mérite,en imposant la « proposition de [sa] candidature » personnelle, et quoi qu’on puisse dire du personnage, d’obliger les électeurs traditionnels de gauche ( parce qu’on a été élevés comme ça ! parce qu’on s’est trompés dans ce sens là, et qu’il n’y en a cependant pas d’autre humainement parlant !) à prendre en compte la recherche d’un programme de gauche dont il propose les grandes lignes, avec ses mots connus: "règle verte", "écosocialisme","nouvelles technologies", "développement des énergies renouvelables",etc… Air connu dont il faut préciser en programme partagé les paroles et les actions.

    • Depuis 2000 je ne crois pas que c'est le cas: le PCF notamment s'est laissé piégé par le système présidentiel, renforcé par l'inversion du calendrier électoral, et ne mène nullement campagne sur le thème de l'élection parlementaire. En 2012 JLM avait passé de même une sorte de pacte avec le PCF, laissant celui-ci gérer comme il l'entendait les élections au parlement tandis que lui occupait le devant de la scène à l'élection présidentielle. En 2016 il refait la même erreur mais d'un autre point de vue, en cherchant à imposer sa candidature mais sans qu'il soit question de l'élection parlementaire encore une fois. La contradiciton est patente: il mène campagne piur une VIième République en endossant les habits de la Vième République, c'est à dire en négligeant la question réelle de la représentation parlementaire. De son côté le PCF est en mal de repère ne sachant à quel saint se vouer, hésitant avec une "primaire" hors-sol etc. L'objectif de la gauche alternative devrait être de subvertir l'élection présidentielle en imposant un calendrier électoral parlementaire, c'est à dire une campagne parlementaire de terrain dès à présent.

  7. « En 2012 JLM avait passé de même une sorte de pacte avec le PCF, laissant celui-ci gérer comme il l'entendait les élections au parlement tandis que lui occupait le devant de la scène à l'élection présidentielle » Fab je ne partages pas tu point de vue !Tu fais partie des gens qui jugent JLM comme un populiste jouant pour son propre compte ? Un boulangiste ? Je pense au contraire que dès lors qu’on est dans la mouvance des gens de gauche refusant la dictature des 2 virux partis dominants cette gauche, depuis 1945, et concernant les élections , soit on se présente par pur principe ( LO ou NPA, ou Dumont pour lancer la question de l’écologie il y plus de quarante ans), soit on envisage comme possible de reconstruire un autre programme politique avec une coalition sensée déboucher sur une majorité parlementaire différente dans sa composition. Jusqu’ici ça foire parce que le PS a peur de perdre son leadership et sa puissance, et le PCF ne veut pas perdre non plus ce qui lui reste de son ancienne influence : ils se raccrochent aux traditions avec la peur panique de perdre tout rôle politique effectif . La direction du PCF seule , dans le Front de Gauche, avait jugé « opportune, en 2012 » la candidature de Mélenchon en calculant qu’elle se referait une santé en utilisant les petits partis alliés comme simples compagnons de route, et aussi à son profit les qualités remarquables de Mélenchon comme homme de tribune dans les meetings. Mais après, retour aux alliances électorales classiques avec le PS ! Avec les « succès » électoraux que l’on aura constatés d'un Front de Gauche fracassé ! Quel gâchis ! Peut-être que bien des militants l'auront compris?

    • Je ne tiens pas JLM pour un populiste et le croit sincère dans sa démarche (j'envisage même de participer à sa campagne), d'ailleurs j'ai beaucoup de mal avec ce terme de "populiste" employé par les médias qui renvoie a) au mieux à une forme de mépris pour les personnalités politiques qui entendent redynamiser le mouvement social et politiser les citoyens; b) au pire comme un mépris de classe des élites médiatiques identifiant nécessairement les gens aux instincts primaires tels que le racisme etc. alors que nous savons pertinemment que le racisme est aussi un produit des médias. J'ai simplement un doute sur la contradiction qui consiste à se mouler dans une élection qui personnalise les enjeux alors qu'il faudrait mettre l'accent sur le parlement et pourquoi pas des en lien avec des enjeux locaux.

      • "Je crois[Mélenchon] sincère dans sa démarche ,j'envisage même de participer à sa campagne"
        Re :Moi aussi !
        "J'ai simplement un doute sur la contradiction qui consiste à se mouler dans une élection qui personnalise les enjeux"
        Re :Pas d’autre solution que d’accepter cette contradiction ! si je suis par principe non- soumis, non-violent, et non- responsable de telles institutions, je vote pour un candidat qui ne soutient pas ce que je réprouve.

  8. L'émission de philosophie de France-Culture à 10h est consacrée cette semaine à Marx.

    Aujourd'hui, c'était sur la critique par le jeune Marx de la bureaucratie et de la politique comme substitut à la communauté réelle [locale?], du citoyen bourgeois individualiste qui réduit sa participation sociale à la politique comme privatisation du collectif.

    http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-lundi-16

    • J'ai été assez sidéré comme il n'y a plus trace du matérialisme ni du système de production dans les lectures actuelles de Marx, ce qui est effectivement la seule façon de ne pas la remettre en cause et d'empêcher qu'elle ne redevienne effective.

    • Non, je ne crois pas que le revenu de base relève d'une économie du don (ni d'un échange asymétrique comme le croit aussi Bosqué) et plutôt de la sécurité sociale et même, plus exactement, du nouveau système de production basé sur les externalités positive et dont la productivité est statistique. Le don est tout autre chose.

      Bien qu'on défende des dispositifs semblables, Noubel me fait penser à des gourous du management qui croient régler les problèmes avec de gros mots...

    • Je ne comprends pas par quoi il veut remplacer l'argent-pyramidal, y compris local...

        • J'ai lu, et je trouve que c'est un salmigondi oxymorique, voire tautologique par endroits.

          Ça part sur des truismes évidents matérialistes de base pour ensuite décoller dans des nébuleuses cosmiques du don dont on ne comprend pas bien ce qu'il entend par là, en dehors d'une sainte providence comme la main invisible de A Smith.

          Le revenu de base est plus concret comme approche statistique thermodynamique. 3 sur 10 bénéficiaires se plantent, 4 vivotent à peu près et 3 performent au point de créer un gain collectif.

          C'est à peu près le modèle statistique de portefeuille des start up, mais ramené à la base des individus. Un modèle des communs assez darwiniste, en fait. Une redistribution en amont active et non passive en aval.

          Son principe du don est trop intentionnel, basé sur une morale de la bonne volonté, et ça j'y croit pas un instant, même si ça fait bander 2 secondes.

          Les mécaniques sous jacentes sont toujours plus puissantes que les allégories bienveillantes. Galilée, Freud et d'autres nous ont fait le sale coup de nous mettre en périphérie de nos contes de fées, les salauds...

          • On n'a pas dû lire la même chose. Moi je trouve Noubel extrêmement cohérent et pas du tout bienveillant (bisounours) comme tu l'entends. De plus il est dans l'expérimentation, dans le retour d'expérience, engagé dans la création de monnaie libre pour exploiter les possibilités offertes par l'époque.
            J'aurais bien aimé voir Jean Zin s'engager dans une expérimentation de coopérative municipale, tenir compte des retours d'expérience pour progresser, je lui aurais très largement pardonné quelques excès d'enthousiasme, mais là je rêve!

          • Ce n'est pas tant un problème de cohérence qui ne se vérifie finalement qu'ex post.

            Je ne crois pas aux monnaies libres, nouveau Graal des extrémistes néolibéraux, et sa présentation est trop nébuleuse pour m'y faire croire.

            Ses expérimentations me paraissent être des expériences en pensée, que ca, sans intrusion du réel rugueux. Donc on en reste au stade métaphysique.

            Ceci dit, peut être qu'il trouvera quelque chose de plus palpable et ce serait tant mieux, en attendant...

    • Ma priorité n'est pas de dire du mal de Jean-François Noubel mais on ne défend pas la même chose puisque lui défend des monnaies privées alors que je pense préférable des monnaies locales publiques (municipales). J'ai effectivement du mal avec un optimisme irréaliste. Je ne sais pas comment on peut être si affirmatif alors qu'il y a tant de raisons d'être dubitatif. En tout cas, mon souci reste le réel, si décevant et difficile à cerner, pas d'être populaire et d'entraîner les autres dans des projets voués à l'échec.

      Je ne suis plus actif, effectivement, depuis quelques années, me contentant d'essayer de comprendre mon temps et de sortir des anciennes illusions (toutes choses inutiles) mais une coopérative municipale ne s'improvise pas, elle nécessite un projet municipal à construire, ce qui est bien difficile et sans doute encore un peu prématuré. Si ce projet prenait forme, ce serait le projet des habitants qui en éprouvent la nécessité, pas le mien et je n'aurais pas de compétences particulières qu'ils ne possèderaient pas pour les aider.

      • [pas] d'entraîner les autres dans des projets voués à l'échec
        Bah, le tri se fera après-coup, comme toujours, mais tous les projets ne sont pas voués à l'échec.
        Si Bosqué pouvait convaincre mes patrons de partager la gouvernance, je signe tout de suite!

  9. des infos très rares sur la chine depuis notre correspondant préféré là bas , super gogo bethween ; lanceur d'alerte et leader d'opinion et de recherches préféré , Moulier Boutang Yann , merci pour tes nombreuses pertinentes et fécondes cartes postales et publications !! à la lisière de nos cellules quand les chiens aboient et qu'on bouscule pour que ça bascule !! sisi !! quand la chouette de minerves hulule au crépuscule et fond sur sa proie dans la neige !! code bar zélé : il faut vaincre le geôlier ; ici commence la guerre !! il faut traverser le monde ; ici commence la magie !! vous savez ce que c'est c'est si commun : l'homme et son étrange et inquiétante métaphysique critique errante, vandale loufoque , frénésies pirates , on s'active la nuit , dans la fumée et la crasse , pour un peuple d'ombres !! dans une tradition critique de communications / connexions verbales ... la langue ne dit rien , elle appelle, elle désigne, elle promet , elle enchante , elle active !! depuis le petit crépitement d'étincelle Electronique ( sur le facebook d’Anthyphon d'Abder ) !! elle mine !! la carte n'est pas le territoire , mais la carte est indispensable pour bien arpenter le territoire !! comme à la chasse aux trésors !! sisi !! vous le savez bien ...

    Le gouvernement chinois a annoncé hier 1,8 millions de licenciements dans l'industrie sidérurgique et dans les mines de charbon ( il y en aura probablement 6 millions en tout). Parallèlement il a prévu un fond de 1,35 milliards d'euros pour financer les retraites anticipées, les retraites et les reconversions.

    http://www.merics.org/en/press-contact/press-releases/strikes-cause-continuous-tensions-in-china.html

    ![zozo l'anar et anthyphon calme et serein , art plastique explosifs , calme comme dans l'attente d'un crime , code bar zélé : il faut construire l'Hacienda !! sisi j'insiste ...car construire l'Hacienda c'est construire sur nos solitudes de marin ( ha la belle ironie de l'un-tout-seul ) et nos cumulus de fumées , par delà mes pollutions médiatiques de la média-sphères économico-médiatico-populo-cocorico tricolore dans le décor- : mais t'inquiètes , on ira déféquer sur leurs ondes )!!] code bar zélé , postures attentistes , attends-toi à c' qu' la norme , j' lui fasse un feast !! laser amère tu t'assoupie dans le système de la hyène organise en douce les funérailles de tes groupies !! 1

    • punk intellect ghetto neurone , ghetto nomade et nuémrique , banlieu verte / ghetto vermeil , cic la loi c'est l'oie : ici c'est chez nous , y a pas de braquage mais juste du braconnage de la truite saumonée, et aussi deux ou trois fréros affamés qui estourbissent un ou deux moutons et deux ou trois poulets de temps en temps , wesh les putains de reyos , qui ramassent les mégots de fins dans le secteur mais surtout pas pour finir en chien de fusil et raid sr le carrelage ou comme de la viande à inspecteur !! je nique le commissaire et le proc se sale trou duc aura tout ou tard sa raclée : franchement les frères au bled ont la dalle est est franchement écornée , Monsieur le Juge , ta carte postale !! fatal bazouka : tout part en couille dès que le premier coup part !! couche toi par terre si par cas tu vois débouler le type à la blouse blanche !! et se n'est pas ton tour de rire !! wesh l'ami(e) c'est à toi de continuer le concours de rimes et les waps dans les casques sur les assonances véridiques revendiquées toujours dans l'ombre sur mélodies ou beat songs (putain y a pas besoin de traductions !! 🙂 !! c'est la version originale : originale hip hop un skeud sous ' manteau ; gardien du temple au milieu des zombies et des fantômes !! 🙂 !! ?? §§ !!!! ///// ????? ...... ////:::::: !!!!!!! et toujours avec ses manies (amusantes, et très enfantines -sans être pour autant trop puériles, mais quand même avec un côté très chafouin , galopin et cabotin !! et spirituels sisi... indisciplinés nous ne sommes pas capitalisables nous sommes ingouvernables , enfermés dans l’identité nationale de la boite à système ) de terrer de vieux Esprits !! Tourner et Broder autour de bons amis et de QUELQUES VIEUX macchabées , bien gratinés et même carrément déjanter mais je vise à m'entourer des meilleurs ... COMME TOI, Mr JEAN !! sisi : ) .... je le sais bien ... 🙂 !!

      • les moins égarés c'est ceux là qu'il m'importe dans un premier temps de rencontrer et apprendre à connaitre et ensemble trouver notre vérité et notre passage !! pour réinitialiser nos microcosmes mentaux , et l'ambiances de nos rues et de nos quartiers voir même grands ensembles et hautes banlieues de l'aquitaine faut pas se saigner les veines ou tout faire cramer mais résoudre les problèmes sereinement !! en libérant la parole à la base , on le dit très sincèrement et très respectueusement , en pariant sur la maturité politique des gens ... cela nous a effectivement été très reprocher : faire avec eux et pas trop sur eux !!! dans un mieux faire avec et un mieux-faire et mieux-vivre ensemble avec le maximum d'économie mais aussi le maximum de choix , et minimum d' NRJ génération NRV j' nique les GR car c'est dans la rue que j' trouve mon NRJ !! la France est une névrose ; la France pue ( le cancer et la mort ) , la France c'est un gros con racistes qui ronfle dans son sale pinard !! (wesh avec le cubie de gros rouge qui tape : on se fera des ami(e)s !) qui passe son temps à ronfler devant sa télé ou dans sa piscine chauffé avec jardin aménagé !! avec un bon gros paquet de pognon ( ce qu'on a on l'a gagner , oui mais bien sur et aussi n'oublie pas de dire merci à papa et maman et pépé et mémé : l'avare de molière dit cela et montre que façon compréhensible cela !! la franque pue car Marianne qui pète et que nique juste la braguette ouverte et la tête couverte , même parfois dans la rage à ne penser que de faire des barricades et libérer comme cela les territoires ( en faisant tache d'huile et de proche en proche , dans des relations de face à face !! ) un par un , rue par rue et quartier par quartier ....

  10. http://profoundlorerecords.bandcamp.com/album/sabbracadaver

    Il est énorme cet album les cocos, on a complètement oublié de vous féliciter. Des petits bisous de la part de Crackhouse et de Ruines!!!
    cathartique : bien utile pour se désenvoûter du désespoir triompher du rejet et du chagrin , en désespérant jusqu'au bout , entre rage métaphysique et héritage simiesque , demander que reste ouvert ses chemins qui ne mènent nulle part et suivre néanmoins certains dispositifs comme continuer à tracer sur le sillon des anciens ! Intemporel et contemporain !! et laïque : ça veut dire populaire .... Comme si le culte multiséculaire du dieu cornu n'était pas tout à fait mort et surtout dans le pays basque et bordo où même à notre insu on hisse plus haut le drapeau !! à tors ou à raison j'y reconnait mon sujet où les mots nous manquent et qu'on a du mal à regagner la berge , en enfant perdu dans ce monde qui m'écorche !! nous avançons à tâtons, seul , dans la nuit et dans l'hiver , nous cherchons notre passage ....bien trop limité et bien mal équipé pour résoudre les problèmes qu'il a créer et les problèmes qui nous sont donnés ... même si c'est peut être pour cela que le pire est à venir ( il faut s'y préparer) , on a des moyens de malades , et donc peut être les moyens de s'en sortir ( mais autant que devant le comble du péril où se situe le comble de la solution * ) , mais le facteur humain laisse peu d'espoir , la difficulté c'est que ça ne dépend que de nous !! * pour gagner sa vie il faut risquer de la perdre et que les symptômes deviennent les traitements !!
    Merci pour cette petite chaîne de sonorités signifiantes !! Et il vrai que dans le métal Doom, le mot a sa propre volonté ?? !! !! En tout cas merci pour le bon son pour se dégourdir les jambes et les esgourdes, "transe culture" c'est mieux que "France culture" où ceux qui parlent ont dans la bouche un cadavre !! pas d'autre solution que d'apprendre à parler, longtemps et âprement, le langage de ses plaies , ses cicatrices et ses fêlures : des mots sur les maux , de la couleur sur les douleurs et de bonnes vibration pour faire tambouriner les membranes ... bien à vous tous sur ce mur , la vie est en héritage et en rature !! Méritez d'hériter quand la généalogie fait défaut (car nous qui avons moins de 40 ans nous avons grandis dans un désert plus monochrome que l'azure !!!) ...

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