Le point sur la dépression, causes et remèdes

L'épidémie de dépressions, depuis le confinement et les mesures de distanciation sociale, manifeste à quel point nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes et qu'on est loin de pouvoir se satisfaire de "demeurer en repos, dans une chambre" ni du simple plaisir d'exister. Notre état naturel serait plutôt dépressif et d'un terrible ennui si la vie sociale ne nous divertissait pas de nous-même - ce qu'on peut mettre sur le compte de notre nature d'animal grégaire ou celui d'être parlant. En tout cas, comme on le verra, Alain considérait avec raison que le meilleur traitement des humeurs dépressives serait de parler à d'autres que nos proches, nous sortant de notre enfermement intérieur et de notre complaisance avec notre malheur, ce qui ne veut pas dire que cela suffirait à soigner les dépressions mais expliquerait que, pour la plupart (pas tous), les états dépressifs sont certainement aggravés dans l'isolement.

Cette actualité de la dépression justifie de tenter de faire le point sur cette maladie, une des plus douloureuses et courantes, d'autant plus qu'elle reste, en dépit de progrès récents, relativement incomprise et mal soignée, mais aussi qu'elle reste largement déniée et considérée même comme une maladie honteuse. C'est pourtant une maladie non seulement très répandue mais qui est partie intégrante de la condition humaine et remarquable à combiner les dimensions biologiques, psychologiques, sociales, la façon dont l'état du corps est interprété par les discours, les histoires qu'on se raconte et les représentations sociales.

Ainsi, un peu comme dans l'amour (dont elle serait l'envers), où l'instinct sexuel nourrit les idéalisations de la personne aimée, de même le malaise du corps, l'écoeurement digestif par exemple, trouve facilement des raisons à son angoisse et l'écoeurement du monde (il faut voir comme la dépression raisonne d'une raison raisonnante!). Il y a bien à la fois un fondement biologique à la dépression et de bonnes raisons d'être déprimé. L'étonnement serait dès lors qu'on ne soit pas tous dépressifs si la sélection naturelle n'avait été contrainte de s'y opposer, fournissant ordinairement sa dose d'antidépresseurs pour nous faire voir la vie en rose, la dépression étant l'échec de nos antidépresseurs naturels faits pour refouler nos échecs et nos blessures.

On n'est évidemment pas tous à même enseigne, que ce soit biologiquement ou socialement. On pourrait même faire une typologie de différents caractères en fonction des différents niveaux de sérotonine ou de dopamine, typologie qui irait du "type A" dopaminé, impulsif, agressif, confiant en soi et dominateur (les winners) au "type C" plus inhibé, prudent, conciliant et passif, en passant par un "type B" à l'heureux caractère, tranquille et décontracté. C'est bien sûr plus compliqué, les hormones étant aussi importantes que les neurotransmetteurs sans parler de l'enfance et du milieu mais on ne peut pour autant, comme le voudrait l'idéologie anglo-saxonne, réduire la dépression à une faiblesse purement individuelle et biologique en refoulant ses causes sociales alors que le taux d'anxiété est strictement corrélé au niveau de stress social.

Certains prétendent que la dépression n'aurait rien à voir avec la pauvreté ou la précarité du fait qu'il y a tant de femmes riches dépressives et de pauvres joyeux. Il n'y a certes pas de déterminisme absolu et la possession des biens ne suffit pas évidemment à rendre heureux, mais facilite quand même l'estime de soi et n'empêche pas qu'il y a un cercle vicieux de la pauvreté et de la dépression, relation causale bidirectionnelle entre pauvreté et mauvaise santé mentale (entre autre) qui est un véritable piège amplifiant pauvreté et dépression. On assiste aussi depuis quelques années à une multiplication des morts de désespoir témoignant également de ces causalités sociales que la pandémie n'a fait qu'amplifier. Malgré cette prévalence des causes sociales, la dépression ne s'y limite pas du tout, bien présente aussi dans les autres classes sociales mais de façon moins structurelle.

Il faut ajouter à ces causes générales, biologiques et sociales, des causes plus historiques, liées au développement économique. On pouvait, dans l'antiquité, lier l'homme de génie et la mélancolie, cela n'avait pas le même sens que le spleen post-révolutionnaire. De nos jours, c'est encore autre chose car on peut dire qu'on est passé de la névrose de culpabilité des sociétés disciplinaires à la dépression d'un individualisme exacerbé dans nos sociétés libérales où le statut social n'est plus assigné de naissance, où l'identité devient donc incertaine. Cette production de soi (de son costume et de ses ambitions) laissée à l'autonomie de chacun, et dont nous sommes devenus responsables, est aussi impérative que fragile et exténuante, jusqu'à la fatigue d'être soi qui relève non seulement de notre biologie et de nos conditions de vie mais aussi du moment historique et de l'idéologie dominante.

On voit qu'il y a plusieurs couches de sens, plusieurs causalités participant à la phénoménologie dépressive (voire à la "mode des suicides" qui n'a rien du suicide romain). L'intrication de différents niveaux, de multiples causes produisant le même effet ("Il y a moins d'effets que de causes") rend cependant difficile de comprendre les multiples mécanismes biologiques qui sont à la base de la dépression. J'avais été très étonné, en 2003 dans mon enquête sur les maladies du stress pour Transversales, des différentes théories en vigueur et de l'absence de consensus sur ces mécanismes biologiques qu'on pouvait imaginer bien connus - situation qui n'a pas beaucoup évoluée 20 ans après mais qui ne sera peut-être bientôt qu'un mauvais souvenir avec des traitements enfin efficaces ?

La première théorie de la dépression la relie effectivement au stress dans le modèle animal de la souris jetée à l'eau qui nage à toute vitesse avant de s'épuiser et de se laisser couler - selon le schéma stress, réaction, épuisement, distress qu'on retrouve dans le Burn out. En fait, le stress est vital, seule sa durée est nocive, jusqu'à la mort parfois. Ce qui correspond au stress biologiquement, c'est le cortisol dont l'excès pourrait mener à la destruction de neurones dopaminergiques à la longue. L'autre mécanisme est celui d'une hypersensibilisation des récepteurs de neurones submergés par les neurotransmetteurs menant ensuite à leur insensibilisation et l'inhibition de l'action, c'est le mécanisme visé par les antidépresseurs qui augmentent la disponibilité des neurotransmetteurs et de leurs récepteurs. Au fond, ces deux mécanismes dans leur simplicité de disjoncteurs relèvent directement du système immunitaire.

Précisons que cela n'empêche pas de trouver des causes psychanalytiques à certaines dépressions comme aux deuils qui peuvent provoquer un stress assez important pour déclencher ces dérèglements neuro-inflammatoires. Il faut souligner aussi qu'il y a presque toujours fatigue avec état dépressif quand on est malade. Il y a bien une causalité circulaire entre l'esprit et le corps qui sont inséparables bien que d'essences absolument différentes, monde des mots (des récits) ou de la matière (du biologique). C'est pourquoi l'activité physique ou même le rire forcé améliorent l'humeur (le jeûne aussi paraît-il) alors que l'humeur ne s'arrange pas avec l'âge souvent, la baisse de testostérone faisant des vieux atrabilaires (pour ma part, c'est la prise de testostérone qui m'a sorti de ma longue dépression). Le problème étant que la dépression engendre presque toujours une grande fatigue (avec des insomnies en deuxième partie de nuit) et décourage même tout effort pour en sortir...

Il est très important de comprendre cette interaction du corps et de l'esprit, l'un n'étant pas l'envers de l'autre mais s'influençant mutuellement. Il est surtout important de mesurer la dimension purement chimique de la dépression pour ne pas trop croire à sa noirceur, au fiel qu'elle nous serine en boucle, ni que ce serait juste une question de volonté, une sorte de paresse coupable voire de simulation. Pour cela on dispose avec les amphétamines d'un moyen expérimental d'éprouver à la fois l'état maniaque du début, on ne peut plus optimiste et conquérant, plein d'énergie, puis l'état dépressif misérable d'épuisement pendant la descente où tout devient d'une totale désespérance (ce qui fait que les amphétamines, mimant les troubles bipolaires, peuvent être une des pires des drogues). Nos jugements ne sont vraiment pas objectifs et nous font rappeler tous nos bons moments quand on est high (état maniaque) et tous les mauvais quand on est tout au fond, cultivant la haine de soi. Connaître cette part chimique (Are you experienced ?) permet de ne pas prendre trop au sérieux les "idées suicidaires" qui peuvent devenir obsessionnelles par simple déficit en dopamine donc, et il est remarquable qu'un apport chimique puisse suffire à supprimer rapidement ces idées suicidaires (sur le long terme cela peut créer par contre une addiction). On pourrait du coup définir la dépression comme l'impossibilité de se souvenir des bons moments de la vie tout comme d'oublier tous les mauvais souvenirs qu'on refoule d'ordinaire, accablé par toutes nos fautes passées, nos échecs, notre ridicule, la honte de notre propre connerie...

La piste de la dopamine n'est cependant pas prise très au sérieux par la médecine actuelle (pas plus que celle de la testostérone), suscitant un soupçon de dopage ou de dépendance (il est vrai que le sevrage est difficile). Le Survector qui ciblait la dopamine a ainsi fini par être interdit malgré une efficacité certaine (mais difficile à doser). Ne restent que les IMAO B (Inhibiteurs de la MonoAmine Oxydase qui dégradent les neurotransmetteurs). La plupart des antidépresseurs visent sinon l'augmentation du niveau de neurotransmetteurs mais pas de la dopamine. Les antidépresseurs tricycliques qui datent de la fin des années 1950 sont des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline alors que les anti-dépresseurs les plus courants aujourd'hui sont juste des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Le Prozac est le plus connu et largement le plus prescrit, non pas pour son efficacité pourtant, sujette à caution, mais grâce à son absence de contre-indication majeure permettant sa prescription en masse par des généralistes au lieu des psychiatres. Le millepertuis a un mode d'action semblable bien qu'un peu plus faible et plus large, ne se limitant pas à la recapture de la sérotonine mais aussi la dopamine et la noradrénaline. Ce remède traditionnel (qui "chasse les fantômes") est pour cela considéré, en Allemagne plus qu'en France, comme adapté aux dépressions légères.

Il y a donc de solides raisons pour soutenir l'action des antidépresseurs dont on déplore pourtant un manque d'efficacité ainsi qu'un délai plus ou moins long pour en ressentir les premiers effets (jusqu'à trois semaines). On soupçonne même que ces effets ne seraient pas tant dus aux neurotransmetteurs mais à la reprise de la production de nouveaux neurones, production que le stress et la dépression arrêtent (empêchant la mémorisation des bonnes nouvelles). Il est bien établi que la curiosité et le plaisir favorisent la formation de néo-neurones. A l'inverse, un état dépressif se répercute sur la production de ces neurones et déclenche un cercle vicieux qui entretient cet abattement. Les deux effets sur la sérotonine et la neurogenèse peuvent s'ajouter mais restent souvent insuffisants dans les dépressions graves et les obsessions suicidaires.

Heureusement, très récemment, une nouvelle théorie imputant à un autre mécanisme les pensées négatives de la dépression, propose un nouveau traitement à l'efficacité immédiate cette fois, non pas la dopamine mais au contraire un remède de cheval, la kétamine, un antagoniste des récepteurs NMDA de la glutamine utilisé dans la médecine vétérinaire comme anesthésique ! Cette fois, la dépression et les obsessions suicidaires seraient mises sur le dos d'une hyperactivité du réseau du mode par défaut du cerveau activé ordinairement par l'absence de stimulation mais ici par l'inflammation cérébrale caractérisée par un taux élevé de cytokines inflammatoires ainsi que d'acide quinolinique (un métabolite issu du tryptophane, précurseur de la sérotonine) qui se fixe sur les récepteurs NMDA et serait le principal responsable des idées suicidaires. Cette théorie n'est pas contradictoire avec les explications précédentes mais complémentaire et plus localisée, surtout, semble-t-il, plus efficace. D'ailleurs, la stimulation magnétique transcrânienne soulagerait également les états dépressifs, non seulement en stimulant les neurones mais en réduisant la production de cytokines inflammatoires, complétant la baisse des neuromédiateurs et de la production de neurones par la composante inflammatoire de la dépression.

On redécouvre aussi les vertus des drogues psychédéliques (champignons hallucinogènes, ayahuasca, DMT, LSD, MDMA). Il y a chez les scientifiques un véritable renouveau psychédélique ignoré du public. Les drogues, qui ont toujours accompagné l'humanité, nous donnent un pouvoir de contrôle étonnant sur notre esprit mais il semble que la plupart des déprimés refuseraient ces remèdes, exigeant de s'en sortir plutôt par le sens, le retour durable de l'espoir perdu, alors même qu'il faudrait pour cela bousculer la chimie du cerveau en même temps que nos représentations...

La question qui reste est celle de savoir si on peut et si on veut vraiment guérir de la dépression car, d'une part, qui est déprimé déprimera - le fait d'avoir été déprimé facilitant le retour de l'état dépressif, parfois de façon éphémère mais empêchant souvent de revenir à une joie de vivre trop naïve - et d'autre part, c'est la volonté qui est affectée, le désir, la motivation, le plaisir de vivre. Il faut que l'impulsion vienne de l'extérieur. Circonstance aggravante, croire au bonheur ou à la révolution ne fait souvent que nous confirmer dans la dépression, confirmant notre misère présente et la révolte contre un monde avec lequel on ne veut pas se réconcilier. Les révolutions ratées, comme Mai68, traînent ainsi derrière elles des épidémies de suicidés métaphysiques.

Quand on ne croit plus être fils de Dieu ni le héros de l'Histoire et gardien de la véritable Humanité, nous voilà ramenés au sol, en effet, à notre nullité perdue dans l'immensité de l'espace. On ne peut dire que cette haine de soi et de notre misère déforme la réalité comme le font plutôt nos espérances folles ordinaires et nos croyances collectives. Bien que certes trop unilatéral, exagéré, on peut créditer le pessimisme dépressif d'une plus grande lucidité que tous les croyants en une religion, une idéologie, une nature heureuse ou l'utopie d'un avenir radieux. Rationnellement, il devrait être réellement impossible d'être heureux dans ce monde, impossible de supporter l'agressivité et la connerie des autres, notre destruction de la nature et l'asservissement des plus faibles, la mort de nos proches et de tant d'innocents.

L'actualité illustre parfaitement cette impression de se retrouver dans un monde hostile, kafkaïen, pris de folie, parlant une langue étrangère et de choses qui n'existent pas (Dieu, peuple, complots, islamo-gauchisme, etc). On a tout à craindre du retour de la peste émotionnelle contaminant soudain toute la société, jusqu'à ses propres amis, comme Arendt en a témoigné, effarée par la montée du nazisme. Vraiment, il n'y a pas de quoi rire ou dresser des plans sur la comète. Dans ce contexte de réchauffement irréversible et d'extinction de masse, il semble qu'il faudrait être un imbécile heureux pour ne pas sombrer dans la dépression.

Et pourtant, lorsqu'on sort de l'état dépressif, les raisons qu'on croyait tout-à-fait objectives de désespérer et voir tout en noir ne le sont plus tant que ça en général, elles nous affectent beaucoup moins et il ne semble plus aussi impossible de vivre avec. De plus, il y a quand même de belles rencontres, de vrais petits bonheurs (à défaut de grands) et des choses qui s'améliorent au milieu du désastre et toutes sortes de progrès dans un avenir qui s'annonce entre autres féministe, écologique, psychédélique, voire libertaire. On est alors tout étonné de ne pas être aussi sensible qu'on l'était aux malheurs du monde, qui existent pourtant bien réellement et nous fendaient l'âme. Un sourire, un rayon de soleil, peut suffire à nous envahir de plaisir pour un temps, plaisir injustifié sans aucun doute, cadeau de la vie fait pour nous tromper, jouissance "dont le défaut rendrait vain l'univers" disait Lacan, mais jouissance qui ne saurait suffire à justifier une vie repliée sur elle-même - plus encore que celle du dépressif obsédé des malheurs du monde.

Il ne faut négliger aucun remède pour rendre la vie un peu plus vivable mais sortir de la dépression ne se résume pas pour autant à retrouver ses petites jouissances car c'est surtout d'une certaine façon un devoir moral envers nos compagnons d'infortune, en même temps qu'on ne sort du nihilisme métaphysique qu'en participant à la vie sociale, ses urgences actuelles, ses projets et son travail ou même ses jeux (la règle du jeu suffit à donner sens à nos actions même si le jeu lui-même et tout l'univers n'en ont pas).

On ne peut dire qu'Alain, qui avait pourtant des tendances dépressives avérées, ait rendu service pour cela aux malades, les culpabilisant injustement de leur dépression, accusés de ne pas faire assez d'effort pour en sortir. Il faut le redire, la dépression est une véritable maladie qui affecte le corps autant que l'esprit, maladie systémique, jusqu'au système digestif et la flore intestinale (les probiotiques seraient utiles), maladie qui n'est donc pas sans causes et qu'il faut traiter chimiquement pour retrouver un peu d'énergie justement. Cela n'empêche pas qu'il y a un devoir moral de soutenir le moral des troupes (ce que la guerre lui avait appris) et de ne pas accabler notre prochain de notre mauvaise humeur avec obscénité. L'opprobre envers les dépressifs n'est pas sans raisons, accusés de pourrir l'atmosphère égoïstement, de ne pas jouer collectif, dépourvus de cette précieuse politesse de l'humour (noir). Impossible de dénier cet interdit. La bonne nouvelle, cependant, c'est que généralement voir du monde soulage effectivement nos angoisses et notre désespérance en nous ramenant aux rapports humains immédiats - du moins à condition que ce ne soient pas seulement nos proches, auxquels nous faisons tant de reproches et desquels nous nous faisons reconnaître comme dépressifs. C'est le meilleur conseil qu'a pu donner Alain, de rencontrer plutôt des étrangers ou des relations éloignées avec lesquels nous entretenons des relations distantes, ne sachant pas qui nous sommes et nous reposant de nous même. C'est bien cela même dont la pandémie nous prive, nous laissant avec notre désêtre, le non-sens de l'existence hors de l'espace et du temps.

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7 réflexions au sujet de “Le point sur la dépression, causes et remèdes”

    • Oui,la dialectique nous assure qu'il y aura des retournements positifs, ce qu'on veut oublier quand ils sont là (Obama suivi par Trump). Hegel n'a pas été épargné par la dépression post-révolutionnaire avant de comprendre cette dialectique qui rend Thermidor et Napoléon nécessaires pour finir la révolution. Je considère toujours Hegel comme le plus grand philosophe après Aristote, il a rendu compréhensible tant de choses, dégagé la rationalité du réel jusqu'au tragique de la vie. Cependant, dire ce qui est, ce qui arrive, ce qui continue n'est pas forcément pour nous réjouir.

      Ce qui est contestable chez Hegel, c'est la réconciliation finale, sa Théodicée d'une histoire qui se termine bien, satisfaite de son savoir absolu dans la vacuité d'un dimanche de la vie interminable. Ce qui est contestable, c'est le refoulement du négatif dans une positivité finale, où il suffirait de reconnaître la négativité pour l'annuler, la positiver, l'intérioriser dans une clôture du système qui n'a plus d'extérieur.

      La fin de la philosophie ne serait pas dans son achèvement, un tout dire sans reste auquel il n'y aurait rien à ajouter, mais dans la reconnaissance de l'extériorité du monde, son caractère étranger, hostile qui nous réserve encore de mauvaises surprises, les coups du sort plus que ses coups de chance en l'absence de providence divine comme d'intelligence collective.

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