L’imposture populiste

Ce qui devrait être le coeur de la philosophie, c'est bien la question politique, de son irrationalité et de son impuissance. La seule question philosophique sérieuse est celle de notre suicide collectif, la philosophie pratique ne pouvant se réduire à l'individuel qui n'est rien sans l'action collective. Ce que les anciens Grecs appelaient sagesse, celle des 7 sages, était une sagesse politique, bien si précieux car si rare au milieu des folies collectives. Platon lui-même n'aura pas brillé par ses tentatives d'occuper le rôle du roi-philosophe. Rien de plus difficile en effet que de faire régner la concorde et la justice quand tout s'y oppose, passions publiques et intérêts privés, mais surtout notre ignorance qui nous fait adhérer aux solutions simplistes de démagogues.

De nos jours, dans le monde des réseaux globalisés et des échanges marchands, c'est-à-dire d'un Etat de droit qui s'impose à nous et qu'on ne peut plus remettre en cause à cette échelle, on peut trouver cela encore plus désespérant car, au-delà du local, la portée de l'action politique s'en trouve extrêmement réduite par rapport aux cités antiques. Un peu comme dans les empires, et contrairement aux discours d'estrade, désormais les institutions démocratiques ne sont plus du tout dans nos pays l'émanation d'un peuple souverain mais s'adressent à la diversité des citoyens dans un ordre mondial établi (défendu par la puissance américaine au nom des droits de l'homme et de la marchandise).

C'est là qu'on aurait bien besoin d'une critique de la raison pratique qui en montre toutes les limites, comme la raison pure a dû admettre les siennes, au lieu de prétendre à un universel sans effectivité. Il s'agit de renverser l'idéalisme du sujet, actif et libre, en matérialisme d'une action dictée par l'extérieur. Alors qu'on s'enorgueillit de toutes parts de cultiver l'idéalisme des valeurs qui nous élèvent et les vertus du volontarisme, qui nous ferait triompher de tous les obstacles sur lesquels nos prédécesseurs s'étaient cassé le nez, il nous faudrait nous résoudre au contraire à un peu plus de modestie et une rationalité limitée confrontée à des forces sociales qui nous sont hostiles et des puissances matérielles qui nous contraignent. Ce n'est pas la radicalité du devoir-être, des bonnes intentions initiales, qu'il nous faudrait renier mais les fantasmes de toute-puissance qui font disparaître la dureté du réel, sa multiplicité et la part du négatif dans une surestimation délirante de nos moyens. Ce délire de présomption si enthousiasmant promet des lendemains qui déchantent et cherchent des boucs émissaires à la trahison d'un si beau projet (on a déjà connu). Au lieu de faire assaut de radicalité, s'enivrer de mots et faire violence à un réel qui nous résiste, il n'y a pas d'autre voie que d'essayer d'identifier les leviers qui nous restent et de guider son action sur ses résultats, on peut même dire sur son peu de résultat, question qui devrait nous préoccuper plus que tout car on ne peut en rester là.

Il ne fait aucun doute que ce monde est insupportable et qu'il faudrait le changer, il n'y a absolument pas coïncidence entre la pensée et l'être mais bien plutôt disjonction entre l'être et le devoir-être. Nous sommes loin de vivre dans le meilleur des mondes qu'on puisse célébrer. Comment ne pas avoir la rage, depuis toujours, contre les conditions qui nous sont faites et l'injustice universelle ? S'y ajoute désormais l'impératif des urgences écologiques qui rendent plus incontournable encore la nécessité de changer de vie. Il faut partir de ce dualisme initial, rencontre d'une pensée immatérielle menacée matériellement par le non-être qu'elle doit surmonter. Il ne suffit pas pour autant de vouloir pour pouvoir. C'est difficile à comprendre, encore plus à admettre, tant les solutions peuvent sembler relever de l'évidence, mais la réalité première que nous devons reconnaître est bien celle de notre échec, de l'impossible sur lequel on se cogne et du peu de portée d'années de militantisme comme des débats théoriques de l'époque. C'est le préalable pour essayer au moins de trouver les voies d'une action plus efficace, que ce ne soit pas un devoir-être pour rire.

La révolte se tourne naturellement vers les théories subversives disponibles qui prétendent offrir un débouché à sa volonté de changer le monde mais elle ne fait le plus souvent ainsi que se nourrir d'illusions. Depuis la fin du communisme, car notre problème est bien l'échec du communisme partout, les aspirations révolutionnaires à l'égalité et la justice, ne trouvant plus d'autres issues, ont dérivé de plus en plus vers l'extrême-droite, de l'islamisme au nationalisme. Au niveau théorique, on a assisté aussi à l'impensable retour d'une sorte de fascisme, sous la forme adoucie du "populisme", auquel Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ont voulu donner une dangereuse caution intellectuelle, organisant la confusion entre gauche et droite, alors que, malgré leurs dénégations, le populisme reste l'appel à un pouvoir autoritaire, volontariste, souverainiste, nationaliste et identitaire.

Il faut concéder aux populistes qu'on ne peut guère imaginer un pouvoir "révolutionnaire" qu'au niveau national (un Etat fort contre l'argent fort) et que la nécessité de retrouver une souveraineté perdue oblige à sortir au moins de l'Europe et de l'Euro - il faudrait même sortir du monde ce que savaient bien les premiers marxistes qui ne croyaient pas au communisme dans un seul pays ! Ce que savaient aussi les marxistes, c'est que ce pouvoir ne peut être qu'autoritaire, voire dictatorial, mettant en place une véritable guerre civile derrière les fantasmes d'unanimité et de pouvoir des conseils. Tout cela est cohérent, mais ne mène qu'au pire. Le retour de l'Etat, y compris l'Etat social, comme rempart contre le libéralisme est effectivement ce qui spécifie le fascisme par rapport aux dictatures ordinaires, ce qu'il a pris au communisme. Y renoncer est certes renoncer à tout changer au pas de charge. L'alternative serait donc de laisser les marchés nous dominer (les flux) ? sauf qu'on peut quand même s'en soustraire localement. En tout cas, plutôt l'injustice dans la liberté que plus d'injustice encore dans la terreur - même si c'est "au nom du peuple" ! Bien sûr, personne ne revendiquera la terreur considérée comme pure caricature d'une société qu'on veut plus humaine au contraire, aucun communiste n'a voulu le goulag, mais c'est pourtant ce que l'histoire enseigne et qu'on ne peut ignorer. Il ne s'agit pas de se faire peur pour ne plus rien faire mais refuser cet autoritarisme, c'est se dissoudre dans le débat démocratique pluraliste et n'est donc plus du populisme.

Tout dépend évidemment des circonstances et de ce qu'on appelle populisme mais se réclamer du péronisme qui lui-même s'inspirait de Mussolini n'a rien de rassurant. D'abord, au lieu de tout confondre, il faudrait bien différencier le populisme de ce qui relève plutôt des luttes anti-coloniales ou de libération nationale, avec un leader arrivant à mobiliser une majorité de la population indigène dominée par une minorité riche et blanche - et même si les régimes qui en sont issus ne sont pas pour autant des modèles de démocratie, c'est le moins qu'on puisse dire. Il ne s'agit pas sinon de refuser tout leader mais de limiter son emprise et lui opposer des contre-pouvoirs. Il y a toujours besoin d'un porte-parole dans lequel un mouvement se reconnaît et il est impossible de se passer d'un chef dans l'action, cela n'a rien à voir avec l'identification à un guide, pas plus que de prétendre incarner le peuple.

Il est complètement idiot de minimiser les risques du "culte de la personnalité", d'un pouvoir personnel, voire de l'ivresse du pouvoir, tout comme ceux de la psychologie des foules sur laquelle les fascismes se sont construits. Il est comique de rejeter les analyses de Gustave Le Bon sous prétexte qu'il n'était pas révolutionnaire, comme s'il avait inventé tout cela par dénigrement de la démocratie alors qu'il n'a fait que reprendre ce qu'on trouve un peu partout depuis Aristote au moins constatant que "la plupart des anciens tyrans sont sortis des chefs populaires 1305a 7". On peut comprendre qu'on n'en veuille rien savoir mais Freud a pu appliquer le même schéma aux hiérarchies (église, armée, partis). Les dérives même dans les syndicats ont été dénoncées depuis l'origine (par Alain entre autres), ce ne sont pas d'atroces calomnies même si cela n'empêche pas des moments forts, des expériences démocratiques enthousiasmantes surtout au début, au moment de la constitution des mouvements. Le groupe en fusion peut malgré tout déboucher facilement aussi sur la violence fasciste. Fermer les yeux sur ces risques bien établis est criminel, comme est criminel de minimiser nationalisme et xénophobie.

L'analyse sous-jacente à cette conception populiste du pouvoir est une sorte de lutte des classes simpliste devenue lutte politique entre dominants et dominés, entre une petite oligarchie féroce et la masse du peuple qu'on peut plus facilement désigner par sa nationalité, sa race ou sa religion que par un "signifiant vide" qui trouvera vite à se combler. Dans cette optique, nous serions simplement victimes d'une pathologie de la démocratie qui usurperait le pouvoir du peuple, il est donc logique d'attendre d'une nouvelle constitution le retour d'une véritable démocratie mais, si des progrès sont indéniablement souhaitables, la nouvelle démocratie ressemblera beaucoup à l'ancienne, avec des rapports de force entre courants relativement stables au cours des siècles. En tout cas, ce n'est pas ce qui règlera tous les problèmes, s'en remettre à la réforme de la démocratie n'étant finalement que l'aveu de ne pas arriver à s'entendre sur les réformes à faire ! Sauf que tout expliquer par l'Europe, la domination de l'Allemagne ou l'oligarchie permet de s'imaginer que tout est simple, qu'il y a un intérêt général bien connu que la propagande néolibérale des nantis voudrait nous cacher, comme si les économistes hétérodoxes étaient d'accord entre eux ! Quand on sera entre nous, tout ira mieux croit-on alors qu'on est déjà entre nous et incapables de s'accorder ! Le populisme qui serait "la nécessité ontologique d’exprimer la division sociale", on pourrait dire d'avoir un ennemi, est en fait une aspiration à l'Un assez terrifiante et produisant de l'exclusion car ce n'est jamais qu'une partie du peuple. L'identifier à la totalité, c'est prendre la partie pour le tout. Nos idéologues prétendent que "la constitution d’un peuple n’est possible qu’au prix d’une identification de tous les individus à un même leader" et de la mobilisation des émotions collectives, mais c'est ce peuple hypnotisé qui fait peur et qu'il faut rejeter. Nous sommes dans une démocratie pluraliste, pas dans l'armée ! L'expérience de Podemos qui revendique ce populisme de gauche dans une version plus libertaire n'a rien d'une réussite sinon de montrer que, malgré leur démocratisme, ils ne peuvent représenter le peuple tout entier. Ce qui disparaît d'ailleurs dans ces conceptions du peuple qui poursuivent une hégémonie idéologique, c'est le réel tout simplement, supposé se plier à une volonté unie. On peut dire que tous ces présupposés sont complètement faux.

Même si une partie de la gauche a toujours été tentée par les solutions autoritaires, il y a toujours eu aussi de fortes résistances mais ceux qui, comme Pierre Dardot et Christian Laval, s'opposent au populisme en mettant en cause l'hégémonie néolibérale, ne font d'une certaine façon qu'en soutenir la logique, comme s'il n'y avait pas de raisons matérielles à cette idéologie aujourd'hui en déclin pour des raisons tout aussi matérielles (le basculement dans l'économie numérique). Ce n'est pas du néolibéralisme que nous avons été victimes mais de l'évolution post-industrielle. Il est ridicule de prétendre expliquer l'évolution du PS par une "séduction" du néolibéralisme ! Il est par contre beaucoup plus utile de rappeler qu'une partie des révolutionnaires avaient été séduits par le pourtant si inconsistant général Boulanger : volonté déjà de "nationaliser" les petites gens et les plus déshérités, antiparlementarisme, autoritarisme dérivé d’une conception plébiscitaire de la démocratie ("Révision, référendum" fut le mot d’ordre fédérateur du boulangisme). On pourrait d'ailleurs remonter à Napoléon III élu sur un programme de suppression de la misère. On se rejoint aussi quand ils constatent que le régime de la discussion dans une démocratie pluraliste est incompatible avec une souveraineté qui réclame un sujet unifié.

La démocratie est par essence délibérative et la pratique de la délibération collective présuppose non une homogénéité, mais une hétérogénéité du peuple.

Résumons-nous : la seule alternative à l’oligarchie néolibérale est la démocratie comprise comme coparticipation au processus de délibération et de décision. Tout le reste n’est que bavardage et poudre aux yeux. La notion de « populisme » fait écran à cette alternative parce qu’elle brouille le concept de « démocratie » en rendant acceptable la prétendue « démocratie plébiscitaire ».

Je ne crois pas du tout que la démocratie soit une alternative au capitalisme, seulement à un pouvoir dictatorial mais, comme les fascismes, ce qui caractérise le populisme, complétant souverainisme et lutte idéologique, c'est bien le volontarisme affiché, qui ne s'encombre pas de la division des pouvoirs ni des corps intermédiaires, ce qui ne l'empêche pas de se cogner au réel. La seule issue du volontarisme, quand on en a les moyens, c'est la guerre qui résulte bien d'une décision souveraine cette fois, soude la population et permet d'intensifier la répression. Pour le reste, on le voit bien, ce n'est pas si facile de soumettre la réalité à sa loi. On retrouve en fait l'illusion de l'unanimité, d'une vérité qui se dévoilerait à tous une fois levé le voile de la propagande, et donc la toute puissance d'un peuple uni (El pueblo unido jamás será vencido). Il est effectivement très difficile de se déprendre de l'évidence identitaire que chacun voit le monde tel que je le vois et devrait être convaincu par mes certitudes, que si tous les gars du monde se donnaient la main, ce serait vraiment formidable ! Seulement, même si certains s'enflamment sur les places, cela ne se passe jamais comme ça, on devrait finir par le savoir au lieu de faire les ébahis. La méthode scientifique est justement fondée sur cet accord impossible des esprits en dehors de l'expérience : seule une objectivité peut trancher le conflit des représentations.

Que le marxisme se soit voulu scientifique et matérialiste n'est pas un détail ni une regrettable erreur mais ce qui a fait son succès et le différenciait du fascisme en n'étant pas une lutte pour des valeurs (nationales) qui nous divisent mais en s'appuyant sur les évolutions de la production et des forces matérielles qui s'imposent à tous. Gentile, le philosophe du fascisme fondait explicitement son activisme volontariste sur un marxisme débarrassé de son matérialisme économique au profit de l'idéalisme et du sacrifice pour ce qui est plus grand que soi. Nobles aspirations, sauf qu'elles s'opposent à d'autres. Il y a une très grande proximité entre communisme et fascisme en même temps qu'une opposition radicale, leurs ratages n'ont pas du tout le même sens mais on ne comprend plus bien leurs différences semble-t-il. Maintenant que l'expérience collectiviste a échoué matériellement, on oublie un peu trop l'importance de ce matérialisme qui arrivait à dépasser le subjectivisme individuel et, dans une certaine mesure, le conflit des valeurs. En rester à une question de préférences individuelles, et non de nécessité (même difficile à établir), ne peut, en effet, que dresser les diverses opinions les unes contre les autres sans espoir de réconciliation. On ne peut s'entendre que sur des faits, des actions pratiques - leur interprétation, le sens qu'on leur donne n'ayant pas besoin d'être les mêmes pour tous. La morale d'Etat est toujours suspecte et ne peut concurrencer les religions, tous les citoyens ne sont pas obligés d'être des républicains convaincus, seulement de respecter les lois pour participer au débat, aux élections et à l'action commune.

En tout cas, il faut arrêter de croire au Père Noël et qu'il suffit de vouloir pour pouvoir ou même qu'il suffit que ce soit nécessaire pour que ce soit possible ou de dire la vérité pour convaincre tout le monde. L'insuffisance des politiques pour réduire le réchauffement climatique est ici emblématique. Le problème n'est pas d'être radical en parole mais d'avoir un effet sur le réel. Il ne suffit pas de réunir des militants pour définir le souhaitable, il y a des nécessités qui s'imposent et auxquelles il faut essayer de faire face sans se monter la tête sur notre capacité à y arriver - capacité qui reste largement à prouver, que ce soit pour la protection de notre environnement, pourtant vitale, ou l'organisation de la solidarité. Il faut s'en persuader, c'est la nécessité qui nous détermine, pas le contraire, nous sommes et restons un produit de l'environnement, non les porteurs de valeurs divines, et nos moyens sont limités. L'échec politique vient toujours d'un excès de religiosité, de volontarisme, d'extrémisme, d'idéologie qui se fracasse sur les déterminismes matériels (techniques, économiques, politiques, sociaux, internationaux). Ne pas partir de cet échec récurrent, c'est être irresponsable et se condamner à répéter les mêmes erreurs. La possibilité d'intervenir sur le cours de l'histoire est hélas assez douteuse jusqu'ici alors qu'elle est devenue si pressante.

Ce que j'ai trouvé précieux chez Bookchin, pas assez connu mais inspirant les Kurdes, c'est justement de reconnaître l'échec, que ce soit de prétendues démocraties nationales (alors que seule une démocratie de face à face peut avoir quelque réalité) tout comme l'échec des coopératives dont très peu survivent dans un marché concurrentiel. C'est bien cet échec auquel répond son idée de coopérative municipale censée y remédier, structure hybride qui est aussi une politisation ou démocratisation des coopératives et du travail autonome. Il ne s'agit pas d'idéal mais de tirer les enseignements de nos échecs. Il ne s'agit pas non plus de prétendre décider souverainement d'un système économique, seulement de le construire petit à petit par le bas en lui fournissant des structures communales, en organisant la production locale et en s'intégrant à des réseaux alternatifs (ou des ONG). Ce n'est certes pas assez exaltant, ni à la hauteur de nos ambitions, ni surtout à la hauteur des urgences, j'ai bien du mal à m'y résigner moi-même, je ne vois pourtant pas d'autre façon de faire qui ne soit illusoire...

C'est le fait de vouloir nier l'échec qui a pu alimenter la montée du populisme ces dernières années (déjà sur le déclin après ses premières victoires?) mais n'est certainement pas le signe d'un nouveau progressisme, d'une "tradition démocratique fondée sur l’égalité, l’identité entre gouvernants et gouvernés et la souveraineté populaire" alors que derrière la dénonciation des élites, s'y expriment plutôt des tendances régressives qui ressemblent beaucoup au tournant antilibéral et antiparlementaire des années 1930 avec toutes ses tragiques conséquences. S'il y a pour cela des causes matérielles incontestables (chômage, déclassement, travailleurs pauvres, etc.), les justifications qu'on en donne ne font, quoiqu'on dise, que renforcer et légitimer les plus mauvais instincts identitaires, xénophobes, racistes.

On peut voir malgré tout derrière ces dérives nationalistes le retour de la régulation mondiale, et reste aussi la nécessité d'une politique plus favorable au petit peuple, pas seulement aux élites, d'une meilleure répartition des richesses créées mais, tout comme pour la protection de l'environnement, il ne suffit pas de le dire, ni même d'avoir la majorité pour y arriver (le naufrage actuel du Venezuela est là pour nous le rappeler). A condition qu'ils soient bien orientés et ne se focalisent pas sur la défense de droits acquis devenus obsolètes mais sur les enjeux concrets de l'avenir, les mouvements sociaux qui s'unissent autour d'un objectif précis, sont bien plus susceptibles d'apporter des réformes durables que par une prise de pouvoir politique et idéologique. La lutte des classes consiste à peser sur chaque décision et non à décider du tout. Tant qu'on fera croire que nous avons le choix, nous ne pourrons qu'échouer. Il est délirant de penser qu'une majorité électorale aurait le pouvoir de remodeler la société et l'économie à sa guise, que ce ne serait qu'une question de volonté, alors que s'il faut effectivement une autre politique pour le nouveau monde qui s'ouvre à nous, c'est une politique nécessaire et qui ne dépend pas tant de nos votes que de la réalité matérielle, des processus économiques et de l'état du monde.

Les populismes sont des impasses, des révolutions purement symboliques ne donnant qu'une satisfaction imaginaire momentanée et qui reculent au moins les indispensables adaptations aux évolutions extérieures. Cela n'empêche pas la nécessité d'une véritable rupture, d'une refondation de nos institutions et de nos protections sociales ainsi que d'une relocalisation de l'économie à l'ère de l'écologie, du numérique, des réseaux planétaires et du développement humain. Non pas un monde rêvé mais ce monde-ci qui change plus que nous le changeons et dont il faudra toujours corriger les dérives et les injustices par une constante vigilance.

Nous avons besoin de prospective et non pas d'utopies mais, malgré tous ses dangers et ses incertitudes, nous vivons certainement une époque passionnante. La génération que voilà est cruciale qui aura en charge de préserver notre avenir. Pour cela, nous n'aurons plus le droit de nous tromper de combats ni de perdre nos forces dans des espérances chimériques. Les menaces écologiques ne se contenteront pas de nos bonnes intentions ni de petits gestes. Il faut absolument prendre la mesure de notre impuissance politique pour la dépasser au lieu de se payer de mots et soulever les foules avec de faux espoirs.

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65 réflexions au sujet de « L’imposture populiste »

  1. "Ce qui devrait être le coeur de la philosophie, c'est bien la question politique, de son irrationalité et de son impuissance.La seule question philosophique sérieuse est celle de notre suicide collectif, la philosophie pratique ne pouvant se réduire à l'individuel qui n'est rien sans l'action collective."

    ça commence assez bien pour moi ; non que l'individuel ne soit pas important et puisse au bout du compte être considéré comme sens et support du collectif , mais parce que tout simplement nos individualités sont profondément imbriquées et fondées par le collectif humain; lui même inclut , imbriqué dans une terre et un univers .
    De deux choses l'une : ou nous n'avons aucune prise sur l'évolution collective , et dans ce cas à quoi bon en parler , ou , même si cette évolution nous échappe pour une large part , nous y pouvons néanmoins quelque chose , et dans ce cas là , oui , ce qui compte c'est bien le politique. Et en ce moment de l'évolution , notre capacité à vivre ou notre suicide collectif.

  2. "L'échec politique vient toujours d'un excès de religiosité, de volontarisme, d'extrémisme, d'idéologie qui se fracasse sur les déterminismes matériels (techniques, économiques, politiques, sociaux, internationaux)"
    Oui, comment réguler notre propension "religieuse", notre propension à l'hypnose collective, à prendre des vessies pour des lanternes. Il s'agit bien d'une question relevant de la liberté effective d'esprit. Comment passer d'une dialectique théorique qui conduit à broyer les êtres et à les assujettir, à les conditionner à une pratique dialectique protectrice des divergences, des objecteurs et des objections. Cela se nomme un savoir faire en intelligence collective. Travail de fond, besogneux, aussi besogneux que de développer l'alphabétisation à une autre époque.

    • On avait cru, oui, que l'alphabétisation (ou maintenant internet) serait un facteur de rationalisation mais on doit bien constater que cela ne fait pas reculer les religions ni ceux qui croient au Père Noël.

      C'est assez extraordinaire mais je ne peux pas dire que je ne comprends pas ayant moi-même été croyant dans mon enfance et militant ensuite persuadé qu'on changerait le monde. Une fois qu'on n'y croit plus on a du mal à admettre que nos convictions ne s'appuyaient sur rien de réel mais au contraire sur la négation du réel et des puissances effectives qui se moquent bien de nous.

      Le problème d'un texte comme celui-là qui rappelle simplement des faits, c'est que les croyants y voient une agression de leur foi et cela me fait perdre à chaque fois des soutiens (j'ai l'habitude). Il est relativement rationnel de croire que le collectif a raison contre des critiques individuelles - c'est le principe des religions. On est bien loin d'une intelligence collective en tout cas et plus proche des sermons charismatiques mais c'est un péché de le dire. Quand il y a une course, il n'est plus temps de réfléchir ! Les esprits seront cependant plus clairvoyants après les élections normalement. J'aurais pu dire espérons-le sauf que ce sera surtout la fin des espérances alors qu'il y a un monde à refaire...

      • L'alphabétisation aurait été un des facteurs clés de la chute des monarchies et des régimes aristocratiques (passage à l'époque moderne où le "sang bleu" n'existe plus). Emmanuel Todd donne même un taux d'alphabétisation clé induisant cette révolution. Je crois que le taux de religiosité a quand même considérablement diminué avec l'avènement de la modernité. Mais il y a un gap encore très important pour que nous ne soyons plus dominés par notre propension religieuse, aussi bien individuellement que collectivement. Peut-être mission impossible.
        On sort de la croyance tout hébété, je connais. Je fais le parallèle avec la sortie d'un état d'hypnose, c'est frappant. Notre imaginaire a cette capacité à prendre le relais sur notre retour d'expérience et à y substituer une réponse "idéologique" ou "religieuse"(dans un sens très large, très général).

        • L'alphabétisation a été très importante, et le demeure notamment pour la libération des femmes mais a débouché sur les sectes protestantes plutôt que sur la remise en cause des attitudes religieuses (sauf en France). De même on ne peut pas dire qu'internet ne soit pas important, la chute de l'URSS étant liée au développement des télécommunications mais les dictatures s'y sont adapté maintenant (plus softs mais plus totalitaires?).

          Politiquement, c'est quand même fou qu'on se fasse tant d'illusions à chaque élection présidentielle, chaque fois déçu. On est bien, à droite comme à gauche, dans la démagogie généralisée consistant à dire ce que ses électeurs veulent entendre sans se préoccuper de savoir si on en a les moyens, ce qui semble évident à la plupart des électeurs (d'autant qu'ils passent un bon moment de reconnaissance mutuelle) ! Nathalie Arthaud est une exception, ayant bien raison de rappeler que toute politique se heurte au mur de l'argent et au pouvoir du capital.

          • Il semble que la vie soit en train de reprendre en Russie, si on se fie au taux d’alcoolémie en chute libre, et au taux de natalité qui remonte fortement. Internet?

          • Olaf,
            Ton lien (Olivier Schmitt) se concentre sur une analyse d'opinion, genre comptoir mais intello, bof bof. Je suis beaucoup plus sensible aux analyse de JZ. Les signes positifs que sont la baisse d'alcoolémie et la remontée de natalité me semblent plus liés à une société qui se sent plus libre et qui entrevoit un avenir. Le régime Russe n'est peut-être pas très libéral, c'est certain, mais il n'empêche plus ses ressortissants de voyager et internet fonctionne sans trop d'empêchements. La période Eltsine a laissé le champ libre à la mafia qui était plus apte à s'adapter à cette nouvelle situation, Poutine a apporté de la stabilité sans pour autant brider la société comme du temps soviétique.

          • Il y a un effet retard, Poutine n'a pas grand chose à voir avec l'alignement des planètes concernant l'envolée des prix de l'énergie dans les années 2000 qui a largement mis du beurre d'optimisme dans les épinards de l'économie Russe qui accuse maintenant le coup de la baisse du prix de l'énergie qu'elle exporte, des sanctions économiques liées aux aventures géopolitiques du Tsar et de sa gestion foireuse de l'économie russe :

            https://ecointerview.wordpress.com/2016/06/08/lechec-du-protectionnisme-en-russie/

            Pour tempérer le tout, la démographie allemande a fait un bond... dans les années 1930 à 39 avec la relance de l'endettement faramineux pour la remilitarisation démarrée avec Schacht, ministre des finances de Hitler l'euphorisant.

  3. "Désormais les institutions démocratiques ne sont plus du tout dans
    nos pays l'émanation d'un peuple souverain mais s'adressent à la
    diversité des citoyens dans un ordre mondial établi (défendu par la
    puissance américaine au nom de droits de l'homme et de la
    marchandise)."

    Je m'interroge sur l'opposition supposée, sous-entendue, entre "souveraineté populaire" et "diversité des citoyens"...

    • C'est une bonne question mais en fait, ce qui est en question ici, c'est le fondement des institutions démocratiques qui ne procèdent pas d'une population délimitée, d'un sujet constituant comme le voulaient Négri (spinoziste) ou Castoriadis, mais d'un fondement juridique comme dans un empire, démocratie constituée. Le peuple souverain n'est qu'une fiction, notamment au niveau national, pour Rousseau comme pour Aristote un peuple souverain ne pouvant être trop nombreux. On peut toujours faire sécession mais plus on est nombreux et plus cela devient impossible.

      La diversité en soi n'empêche pas une volonté commune, dans la guerre notamment (ou autre ennemi) mais on a vu en Mai68 que ce qui se prenait pour une souveraineté populaire était très minoritaire dans les élections qui ont suivi.

      Ce qui se présente comme union sacré rejette en fait des populations entières. La souveraineté populaire ne devient plus qu'un mythe servant à justifier l'oppression d'une partie de la population par une autre. On pourrait s'accorder sur des mesures écologiques au moins mais on voit bien que ce n'est pas le cas.

      • Et si la localité "France" s'accordait — en tout cas dégageait une majorité — pour essayer de redéfinir constitutionnellement la gestion de ses rapports avec la globalité impériale ? Par exemple en essayant de repondérer, dans sa représentation politique, l'importance de couches populaires par rapport à l'oligarchie — sans pour autant prétendre que tout le mal viendrait de la domination oligarchique ; ploutoligarchique comme j'aime parfois à essayer de le préciser ?

        Est-ce qu'on doit vraiment a priori renoncer à essayer, par crainte de tomber dans une oppression pire que la situation actuelle ? (Je suis tout, mais alors tout, sauf un inconditionnel du Conducator — mitterrandien ! — qui semble recueillir la majorité des intentions de vote "alternatives progressistes", je m'apprête à glisser un bulletin "Mélenchon" dans l'urne de notre prochain scrutin monarchique, pas mal à reculons, parce que cautionner Macron n'est pas possible, parce que le vote Hamon, qui fut mon aspiration initiale (revenu universel, écologie, alter-européisme) est devenu trop insignifiant — oui, je crois aux sondages, en tout cas à leur autoréalisation —, et parce que le vote blanc je me le réserve, selon toute probabilité, pour le 2e tour... )

        • il n'y a pas à renoncer d'essayer d'améliorer la démocratie, entre autres. C'est faisable et important mais ne change pas fondamentalement les choses comme on se l'imagine.

          Je ne crois pas que Mélenchon puisse accéder au second tour malgré les tendances actuelles qui donnent un Fillon-Mélenchon mais je ne croyais pas non plus qu'il puisse monter si haut et il peut vider encore l'électorat de Hamon. L'hypothèse qu'il devienne président me semble très improbable et ensuite il y a les législatives. Cela créerait pas mal de remous mais aurait la vertu de faire revenir au réalisme (de Syriza) une gauche de gauche qui a raison dans ses ambitions mais ne tient pas assez compte des faits (ni du local). Plutôt que cette improbabilité, je crains une remontée de Fillon, oubliant les affaires à mesure qu'on se rapproche du vote, qui me semble le pire sur les deux plans économiques et sociétaux.

          J'en profite pour préciser que je ne crains pas de dictature d'une victoire de Mélenchon même s'il y a des tendances parmi ses partisans (communistes). L'article ne vise pas particulièrement Mélenchon, bien que celui-ci se réclame du populisme, c'est une réaction à la présentation de Fabrice Flipo sur Ernesto Laclau et Chantal Mouffe dont le lien est donné et met dans le même panier Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ce qui pose justement problème, problème qui ne se limite pas à la France et doit donc être critiqué (je viens de voir qu'Eric Fassin a sorti un livre là-dessus). La discussion sur le populisme me semble plus importante que le résultat de l'élection (de plus en plus incertain).

          • Je suis bien aise de lire ça 🙂 (ne t'inquiète pas, le malaise devrait revenir sans trop tarder 😉 )

            Fassin, oui, c'est une de nos références du moment (pour l'instant on a juste vu son ITW dans Mediapart : "les spécialistes du populisme s’accordent sur un point : on ne saurait le définir", introduit-il 😉 )
            Point annexe (?), la "vertu du retour au réalisme de Syriza" : hem, la vertu de l'attitude de Tsipras post referendum de juillet 2015, c'est quand même une sacrée discussion à avoir, non ?

            PS : quand je dis "on", c'est parce qu'on regarde/discute tout ça à plusieurs (aussi) sur Rezoleo@Facebook...

          • J'ai soutenu Syriza avant et je trouvais le plan de Varoufakis excellent mais n'ayant rencontré aucune attention des créditeurs, ils ont bien dû céder au chantage. Il y a des forces qui nous sont opposées et, comme dit Varoufakis (Thucydide) : "les forts font ce qu’ils peuvent faire et les faibles subissent ce qu’ils doivent". Il ne sert à rien de nier (en parole) des puissances supérieures même si leur attitude nous semble condamnable et même absurde d'un certain côté (mais pas absurde pour défendre des banques fragilisées par la crise).

            Restait la sortie de l'Euro mais outre qu'elle n'était pas assez préparée, la Grèce aurait certainement connu des années de chaos. Prétendre que cela aurait été mieux, c'est être mal informé et mal connaître ses ennemis. Il ne suffit pas qu'une idée soit bonne au plan théorique (le plan de Varoufakis, la sortie de l'Euro), il faut qu'elle soit praticable dans les rapports de force effectifs. C'est bien ce dont ne tiennent pas compte les programmes qui supposent une assemblée à leur botte et un enthousiasme populaire qui pourrait vite refroidir. Il semble qu'on ait besoin d'en refaire l'expérience à chaque fois.

            Ma position de repli à moi aurait été de tout miser sur le local et notamment des monnaies locales (il y en a) mais c'est sans doute aussi trop idéaliste...

          • Le local ,dans la mesure où on est pas là sur un programme mais sur une réalité territoriale peut effectivement être "une mise" à mettre en œuvre ; mais le problème c'est qu'avec le réel il y a la temporalité qui fait que la construction du local ne s'opère que dans le temps et ne produit ses fruits que sur du moyen ou long terme . Ainsi pour pouvoir résister aux pressions externes , il faut que le territoire local et la société qui le porte ait eu suffisamment de temps pour construire une réalité résiliente. Pour pouvoir montrer ses muscles à l'Europe ou aux puissances d'argent il faut s'être déjà fait pendant des années les muscles ...Et la proclamation de la grandeur et de la force de la France , est purement psychologique ; et c'est loin du compte .
            Reprendre les clés de la maison est une longue tâche qui échappe totalement au court terme des mesures ou programmes et ne peut que s'opérer dans le temps long au pas à pas de la construction des territoires locaux . L'impuissance politique est aussi là : vouloir court-circuiter le temps long du local ; le local étant le réel ou les choses se structurent et se mettent en place.

            C'est ainsi que la réforme des institutions ne sert à rien si elle ne s'articule pas avec une politique de long terme incluant le local comme seul espace en capacité d'autonomiser la société.

            Le problème n'étant pas avant tout de sortir ou non de l'Europe mais de rentrer dans le local.

          • Le conducator est sorti de l'Europe, la concierge est dans l'escalier, et les clés sont dans le local #SituOùÊtesVous??

            (==> OK, je sors aussi 🙂 )

  4. "s'en remettre à la réforme de la démocratie n'étant finalement que l'aveu de ne pas arriver à s'entendre sur les réformes à faire !"

    C'est bien là le fondement de toute réforme institutionnelle : la constitution doit permettre d'organiser nos désaccords. De prendre acte de nos désaccords. Et de permettre de construire la société sur nos désaccords.

    Celle qu'on a , ou du moins la manière dont on l'applique , résout ce problème du désaccord par l'alternance au pouvoir. Les désaccords étant ainsi soumis à des rapports de force électoraux sensés faire démocratie.
    Cette organisation favorise la gestion et pénalise la recherche ; les désaccords ,en lieu et place d'être moteur d'une recherche sociétale sont moteur de luttes pour le pouvoir .
    L'aboutissement de ce système c'est une réelle impuissance politique face à une matérialité qui nous conduit sans que nous puissions même tenter de nous accorder.
    S'il est vrai que le local peut permettre parfois d'échapper à ce système et de travailler ensemble sur des projets , les choses auront toujours beaucoup de mal à avancer sans l'impulsion des échelons politiques plus globaux et une certaine mise en cohérence de l'ensemble.
    Une vraie réforme de la constitution et de la gouvernance avec un meilleur équilibre gestion et recherche prospective , l'introduction d'un outil de recherche prospective ,national et local , serait sans doute , sans se faire d'excessives illusions, un levier politique important.

    • Comme dit plus haut, oui il faut améliorer la démocratie mais ce n'est pas ce qui permettra de trouver des solutions là où il n'y en a pas. On est bien d'accord sur la nécessité d'une démocratie cognitive, qui peut exister plus facilement au niveau local alors qu'au niveau national l'idéologie domine et on ne veut rien savoir des objections à ses revendications, préférant s'enflammer pour des tribuns qui promettent la lune. Je suis d'accord aussi qu'une impulsion générale est indispensable pour que la démocratie locale ne soit pas un repli sur soi mais le régime de la discussion et des compromis ne peut promettre autant qu'un programme électoral.

      • Après une petite et courte envolée me poussant sur un vote Hamon Macron , j'en resterai, par la force des choses , à une abstention ; le vote blanc signifiant une difficulté ou un refus de choisir parmi les candidats , l'abstention restant la seule manière d'exprimer une insatisfaction plus radicale. Et c'est bien ce que je ressens : une insatisfaction radicale et sur l'élection elle même et comment elle est (in)organisée , et sur le rôle d'un président , et sur l'absence chez les uns et les autres d'une vision globale locale dotée de moyens publics d'animation permettant au concret l'avancée d'une démocratie cognitive participative et l'auto organisation des territoires locaux .

        • Moi, je voulais m'abstenir mais si la remontée de Fillon se confirme (comme il semble), je voterais pour son challenger dans les sondages.

          Il est vrai qu'on se sent bien seuls à défendre le local.

          • Bien malin celui qui peut prédire qui est le meilleur challenger de Fillon, compte tenu du mouchoir de poche statistique dans lequel se trouvent les 4 en tête.

          • Comme tout le monde, je suis bien incapable à quelques jours du vote de savoir quel sera le résultat. Ma seule intuition, c'est que Fillon devrait largement remonter, ce que confirme l'analyse des réseaux sociaux, prévoyant aussi la baisse du FN :

            Aujourd'hui, et depuis une bonne semaine, la dynamique sur les réseaux sociaux révèle plutôt un trio de tête composé de François Fillon, d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen, bonne quatrième, est très largement distancée, signe que sa campagne ne prend pas.

            Tout est donc possible encore, d'autres analystes des données donnent plutôt Le Pen-Fillon.

            Ce qui est intéressant dans ces big data, c'est qu'il y aurait un décalage de quelques jours entre ce qu'elles montrent et les sondages, un certain temps de perception d'un mouvement d'ensemble comme dans les mouvements de foule. Cela n'aide pas beaucoup car tout dépend de ce temps de réaction - et il n'y a plus que 4 jours.

            On se rend compte en tout cas qu'à mesure qu'on perfectionne les instruments prédictifs, la prédiction se fait plus incertaine (notamment parce qu'elle influe sur le résultat). Le spectre du savoir absolu est à chaque fois repoussé.

          • Certes, tu ne connais pas plus que nous le résultat à l'avance. Mais tu disais que tu voterais "pour le challenger de Fillon" : comment le détermines-tu / le détermineras-tu dimanche ? 🙂

          • Oui, je déciderais au dernier moment, en fonction des dernières informations et comme j'ai deux votes, je pourrais même dispatcher !

          • Chacun peut choisir sa prédiction selon la méthode employée, je mets ici celle de Buzzpol qui est très loin des sondages et ne tient pas compte de l'attentat mais pourrait justifier un vote Mélenchon :

            François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%).

          • Dernier sondage (Belgique) confirme ce qu'on pouvait craindre après l'attentat :

            Marine Le Pen serait en tête avec 26%. François Fillon devancerait légèrement Emmanuel Macron avec 22%, contre 21%

            Pour la Tribune de Genève, il y a moins de changement mais le sondage a été fait en partie avant l'attentat :

            Macron 24%, Marine Le Pen 23%, François Fillon 20,5%.

  5. Assez sidérant de lire sur un site de réflexion philosophique, que pour voter il faille se positionner en fonction des sondages des médias.

    "Je pense que les autres pensent que etc." et chacun fait de même, ce qui produit une prophétie auto-réalisatrice, et c'est le rôle précisément de la dictature des sondages d'opinion.

    Enfin, pour ma part, je vote "utile" c'est à dire en fonction de ma conscience et de mes convictions.

      • En fait, il serait rationnel d'avoir un vote stratégique mais c'est très difficile à assumer le moment venu (je ne m'y résous pas), cela devrait donc rester marginal et on aura Fillon...

        • Je ne sais pas si je vais réussir à le faire alors que ça fait un bout de temps que je soutiens le vote stratégique pour éviter le pire mais je suis surprise d'avoir trouvé ici un accord -autour d'un point de vue minoritaire en milieu militant. J'en veux quand même beaucoup aux politiques de gauche de nous faire vivre ça, sans anticipation préalable de la situation, en espérant chacun tirer le vote utile à eux-mêmes, sauver leur petite part et leurs petit-e-s chef-fe-s, sans réflexion sur la construction du consensus, des alliances possibles, avec le système électoral qu'on a. Ce serait quand même le job des partis de réfléchir à ça, c'est censé être leur truc d'exercer le pouvoir non? Et non, ça nous retombe dessus, malheureux! Heureusement qu'il fait beau, que la chair n'est pas triste et que je n'ai pas lu tous les livres!

          • Le problème, c'est qu'il fait trop beau (début d'année le plus sec dans le Doubs depuis 1959, alors que 2015 et 2016 ont déjà été marquées par de fortes sécheresses).

            Pour le reste, c'est vrai que l'antiphrase (?) de Mallarmé est toujours aussi spectaculaire...

            A ce soir pour penser nos plaies...

          • De retour en France dans le Doubs au printemps 2016, c'était plutôt diluvien. Il y a encore eu récemment des gelées en Avril et un peu de neige dans le Sundgau proche.

            Ceci dit, une observation locale ne produit pas une théorie générale du climat.

  6. Finalement, un candidat de transformation sociale, Mélenchon est passé à deux doigts du second tour. Et Le score de Lepen n'est somme toute pas si élevé que cela. Combien parmi ceux qui ont voté pour l'enfant chéri du MEDEF ont voté "utile" sur la foi des sondages et des peurs diffusées par les médias de l'oligarchie. Le pire c'est que cette recette fonctionne à chaque élection. Ce qui permet au Capital et ses fondés de pouvoir de continuer à saper nos droits et notre base de vie, d'asservir les peuples au nom de la dette (titre du dernier ouvrage de Jean Clet Martin) et d'une Union Européenne qui n'est que le nom d'une constitutionnalisation du capitalisme.

    • Mélenchon et ses partisans n'ont pas perdus à cause du vote utile mais à cause de leur incapacité à aller au delà de leur strict camp ; c'était couru d'avance et c'est rageant . C'est pour la même raison de chapelle que les militants sont incapables de mener des projets locaux qui par nature doivent inclure tout le monde y compris et surtout les élus locaux ( qui eux aussi ne brillent pas par leur volonté de s'extraire de leur oligarchie locale)

      • Pourquoi charger la barque encore et toujours contre les militants et les petits, les sans grades ? La puissance terrible de destruction de la pensée critique que constituent les médias de l'oligarchie et son influence auprès de la plupart des concitoyens n'existe donc pas pour vous ?

    • Il est désolant que ceux à qui on a fait croire à la victoire subissent douloureusement la défaite mais l'article annonçait ces lendemains qui déchantent car ce n'est que pure démagogie que de lancer des troupes fanatisées contre un ennemi supérieur en nombre. C'est un pur délire de croire qu'on peut changer une société avec même pas 20% des gens et appliquer son programme sur toute la ligne.

      Il est certain que si on y croit, si on y a cru, la chute est brutale et le monde incompréhensible si on ne voit pas que ce sont les puissances matérielles, notamment du capital, qui s'imposent à nous comme les vainqueurs aux vaincus. L'UE est bien la constitutionnalisation du capitalisme et ce n'est certainement pas une élection qui pourrait le remettre en cause. Il n'y avait pas de candidat de transformation sociale, seulement un tribun qui le prétendait et qui a profité du vote utile en siphonnant les voix d'Hamon. Son échec est bien à mettre sur le compte de sa stratégie de refus d'alliances comme s'il était majoritaire.

      Il n'y a pas tant de puissance des médias (supposée propagande faisant disparaître le réel) ni des réseaux sociaux sinon à répandre des sornettes et tout autant du côté de la pensée critique si peu critique envers elle-même.

      Le problème n'est pas de faire plaisir aux militants qui s'agitent en vain mais de trouver des modes d'action plus effectifs, notamment au niveau local où il est moins facile de se monter la tête sur ce que veut et peut la population locale. Vouloir continuer à échouer est stupide et pour cela, il faut reconnaître l'échec, toutes les illusions qu'on s'est fait pour repartir sur des bases plus réalistes. C'est cela notre tâche pas de préparer la prochaine élection.

      • Je ne prétends pas que Mélenchon aurait été élu, et aurait pu réformer même l'UE à coup de volontarisme et de baguette magique. Simplement, il est important qu'un mouvement, même si celui-ci recèle bien des faiblesses (orientation populiste) gagne un certaine force culturelle (écologique, sociale par exemple). Pas nécessairement majoritaire. Cela étant, j'entends bien que la tâche prioritaire est d'ordre matérielle, mais je retiens aussi tout de même que le combat culturel, peut être nécessaire, puisque - je vous cite - la force du matériel peut s'imposer après coup : depuis le déclin du marxisme, il est de bon ton de prétendre que les causes de ce changement de mode de production seraient culturelles et non pas matérielles, sous prétexte qu'il y a, comme au Mexique, une religion qui initie l'agriculture au tout début. Sauf que ce qui est déterminant, ce n'est pas tant l'idéologie contingente qui en a été l'origine ici ou là (ce n'est pas la même religion dans les deux cas). Ce qui est déterminant c'est l'après-coup qui la rend indispensable matériellement ensuite et la généralise. Par ailleurs, j'ai encore du mal à saisir en quoi le numérique impliquerait-il un déclin du libéralisme.

        • Bien sûr que l'idéologie a un rôle important surtout à court terme mais souvent, en tout cas dans les périodes de mutation, un rôle régressif, l'inertie idéologique étant grande à travers les siècles. Tout au contraire de ceux qui se croient progressistes à s'imaginer qu'il suffirait d'une conversion des esprits ou une révolution culturelle pour arrêter l'évolution, il faudrait être plus réaliste mais ce que démontrent les militants (et les électeurs), c'est à quel point était puissante la propension que je dénonçais à se croire majoritaire quand on est loin de l'être, négation de l'existence de l'autre, de l'existence d'une droite pour la gauche tout comme les militants du FN croient représenter tous les (vrais) Français. Ceux qui font croire à l'impossible sont bien sûr les premiers coupables.

          La raison n'a aucune part dans l'affaire et c'est ce qui est inquiétant, car c'est efficace. Ceux qui ne sont pas assez fous pour le croire n'ont aucune chance d'entraîner les foules. C'est un moment de folie qui a ses côtés enthousiasmants mais n'est que semblant et, notamment pour l'écologie, ce ne sont pas les joies militantes qui comptent mais les effets dans le réel, tenant compte des rapports de force et des puissances matérielles - raison du repli sur le local qui est aussi un tremplin. D'ailleurs les législatives devraient remettre un peu les idées en place à devoir rassembler une diversité.

          Le numérique ne supprime pas le capitalisme industriel mais il le marginalise au profit d'un capitalisme numérique très différent et souvent monopolistique (réseaux). D'autres logiques que celles du marché peuvent s'y développer facilement et, malgré tous les efforts pour y échapper, le numérique étend le champ de la gratuité immatérielle. Il n'y a pas disparition du libéralisme mais perte d'hégémonie, non pas idéologique mais matérielle. Je crois aussi, qu'une fois répandu universellement, il ne devrait plus être un facteur de croissance mais on n'y est pas encore du tout et il ne faut jamais parler trop à l'avance.

          • Etant en Alsace, je m’aperçois à quel point le FN y est prégnant. Les gus que j'y rencontre sont en mode FN programmation objet, c'est fascinant, pas des mauvais bougres mais complètement engrammés d'objets propagandistes FN.

            Sympas parfois et complètement à l'ouest en même temps.

            Les alsaciens semblent de surcroît souffrir d'un problème identitaire, ils sont butés comme des parpaings, parlent leur langue régionale comme j'ai jamais vu ailleurs, à part la Corse, et se souviennent peut être qu'ils se sont fait passer dessus régulièrement par les armées allemandes ou françaises, d'où cette mentalité à la con.

  7. Je comprends rien à ce qui est écrit ici (j'ai tout lu des commentaires pourtant). Moi, très bêtement, j'avais cru cognitivement percevoir que Kant considérait la démocratie comme dictature et je me demande donc pourquoi certains voudraient améliorer la dictature? De plus, le réel étant ce qu'il est, il semblerait que la subjectivité trépignante des uns et des autres occulte qu'on ne peut le tordre et que, comme la marchandise est partout en train de nous hypnotiser, le capitalisme va passer encore de longues heures à nous traîner dans la merde. Parce qu'on ne recycle pas le capitalisme, on ne réforme pas le capitalisme et qu'on ne s'oppose au capitalisme qu'à son détriment. Et, benoîtement, je me disais qu'un Macron ayant travaillé au sein de la commission Attali(usine à gaz au service des banques) pour "la croissance" sous Sarkozy et occupé le poste de ministre en mettant illico la France dans la rue sous Hollande, n'arriverait pas à nous faire oublier qu'il est en mission commandée même si 17 0000 articles de presse et des dizaines de unes de journaux n'ont cessé de maquiller la supercherie. Je me suis trompé (et c'est bien la preuve que je suis un atroce conspirationniste). Si la question écologique devrait être la pierre angulaire de notre réflexion collective avant qu'il ne soit trop tard et que le capitalisme s'en contrefout puisqu'il continue à nous manipuler heureux que nous sommes de répondre à ses sirènes, quelle est notre part de responsabilité à ce suicide collectif?

    • La critique de la raison pratique (collective) de l'article s'oppose à celle de Kant - qui d'ailleurs considérait la démocratie comme despotisme uniquement si elle ne connaît pas la division des pouvoirs. Je parle des limites de la raison pratique, de ce qu'on peut. Il est certain qu'on n'en a pas fini avec le capitalisme et que Macron est là explicitement pour le servir tout comme Fillon l'était en un peu plus pire et les autres n'auraient guère fait mieux.

      Il ne suffit pas de condamner le capitalisme et de se croire révolutionnaire, depuis le temps on devrait le savoir. Si on ne part pas de ce constat qui est bien un constat d'échec en particulier pour l'écologie, on ne pourra pas le dépasser, notamment par le local car personne ne relocalisera pour nous, ce qui est l'exigence écologique et ceux qui prétendent le contraire en se montant la tête ne font que nous faire perdre du temps en dispersant nos forces.

        • Parce que de très loin la mise en avant et la mise en œuvre d'un monde global s'articulant autour du développement local n'est pas une préoccupation majoritaire .
          On vit dans un monde de plus en plus urbain , de plus en plus spécialisé qui induit une relation humaine au monde et aux autres très éloignée de la conception de bassins de vie équilibrés , vivant le plus possible de ressources locales diversifiées ; le fossé entre un monde à consommer et un monde à vivre est en défaveur du local dans des proportions faisant qu'aucune orientation politique ne décrit et ne propose le développement local comme un choix politique majeur , pouvant seul répondre aux enjeux écologiques et humains du moment.

          • D'accord mais si "on vit dans un monde de plus en plus urbain, de plus en plus spécialisé qui induit une relation humaine au monde et aux autres très éloignée de la conception de bassins de vie équilibrés, vivant le plus possible de ressources locales diversifiées ; le fossé entre un monde à consommer et un monde à vivre est en défaveur du local dans des proportions faisant qu'aucune orientation politique ne décrit et ne propose le développement local comme un choix politique majeur, pouvant seul répondre aux enjeux écologiques et humains du moment", tout cela ne prouve t-il pas finalement que la seule révolution, c'est celle, bien en place, du capitalisme marchand et que plutôt que de vouloir le réformer pour repartir du local, il ne s'agit pas plutôt de le laisser s'écrouler de toute la force de sa perversité destructrice(vivre c'est tué le Thanatos pour libérer l'Eros) et repartir ensuite des besoins de la communauté(pas la société avec sa politique et sa solidarité contractuelle mais la communauté et sa solidarité de fait) et donc, du local?

          • Il ne s'agit pas justement de nier la réalité qui est à l'œuvre mais de lui trouver des aboutissements viables ; le laisser aller ou même le "j'en fais un peu plus pour accélérer la chute" sont les options d'une sagesse fataliste qui sera vite mise à mal par cette même réalité quand les effets seront douloureux.

            "Une solidarité de fait" peut se construire sans pour autant être artificielle ou idéologique ,et reposer sur la perception de la nécessité d'une organisation locale.

        • Le capitalisme qui ne disparaîtra pas de la surface de la Terre et repart toujours de plus belle après ses effondrements est ce qui a dévasté notre environnement, raison pour laquelle le local est devenu vital et la relocalisation une nécessité. C'est ce que je pense mais qui n'est pris au sérieux par personne encore. Donc, non, le local est loin d'avoir mis un terme au capitalisme jusqu'ici mais si le local peut être effectivement à la base d'une reconstruction, ce n'est pas d'une communauté mais d'une commune pluraliste (avec plusieurs communautés) et ce n'est pas à partir de rien (une remise à zéro, un écroulement) mais un dépassement, une correction ou négation partielle anti-entropique.

          • D'accord avec la communauté de communes qui existe déjà mais avec quel argent, quel contre-pouvoir à l'argent, pour quels échanges selon quels besoins sans repartir dans un système d'échange basé sur la plus-value?

          • Non, c'est qu'il y a plusieurs communautés (humaines) dans une commune qui les réunit et n'est pas une communauté au même titre mais plus formelle (institutionnelle). Il ne faut pas trop en demander au politique qui doit rester pluraliste tout en assurant une solidarité locale.

            Pour sortir de la plus-value, il faut sortir du salariat et promouvoir le travail autonome qui ne part pas des "besoins" présumés (en général petits boulots de merde subventionnés et mal payés) mais des compétences et désirs des travailleurs (c'est la logique appliquée dans les territoires zéro chômage). Pour cela il faut certes des dispositifs comme des coopératives municipales (ou des applications mobiles de mise en relation) et pouvoir cumuler les aides sociales (revenu de base, RSA) avec des monnaies locales.

  8. Ok Jean sur la sortie du salariat (première internationale) mais c'est quoi des applications mobiles de mise en relation et puis que fait-on de la marchandise et sous quelle forme ne pas la laisser redevenir aliénante? Ton projet réchauffe le cœur même si je ne comprends pas le concept de la coopérative municipale (j'avais cherché sur ton site le kit dédié à la coopérative municipale mais je ne l'ai pas compris, aussi serait-il possible d'en avoir une explication schématique pour cerf-volant comme moi sans vouloir trop abuser de ton temps?).

    • Ce n'est pas la marchandise qui est aliénante mais le système de production lui-même et il ne faut pas rêver la supprimer mais s'y soustraire de plus en plus par le travail autonome voire l'artisanat. La coopérative municipale sur laquelle j'ai pas mal écrit est un support au travail autonome et l'instrument de l'économie locale avec les monnaies locales. J'en donne les raisons, les missions à accomplir mais seule l'expérience peut lui donner une forme concrète viable.

      Les applications mobiles sont un moyen puissant de faire rencontrer l'offre et la demande, notamment locale, en dehors du marché (il faudrait se réapproprier ce que Uber privatise). Si le marché perd son hégémonie, c'est qu'il y a des alternatives avec le numérique, même si ce n'est pas automatique et qu'il y faut du temps, mais pour cela il ne faut plus attendre de miracle de l'Etat.

      • Pour moi , la coopérative municipale trouve son fondement dans la prise en charge collective de l'aménagement développement d'un territoire ; le cadre institutionnel des communes et de leur intercommunalité étant le plus adapté en terme de moyens et de rassemblement des acteurs diversifiés. L'aspect institutionnel est capital en ce sens qu'il donne un cadre politique global local ,faisant vivre concrètement la démocratie .
        Les diverses obligations que subissent les collectivités territoriales , telles que la mise en œuvre des plans climat énergie ou encore de conseils locaux de développement vont dans ce sens de construction collective des territoires et au bout du compte de création de coopératives municipales ou intercommunales type SCIC ; mais il faut veiller à ce que ces dynamiques soient réelles et non des habillages des fonctionnements existant d'une oligarchie locale trouvant son inspiration chez les bureaux d'étude spécialisés .

        • Et puis — question... "centrale", non ? — il faut (aussi) prendre en compte la gestion de l'équité entre territoires (dont les potentialités ne sont évidemment pas réparties de manière homogène), non ?

          Et comment le faire sans le souci aussi de "l'animation" d'un niveau supra-local — pour ne pas employer le "gros mot" (?) de "national" ?

          (vieille question, je sais bien, mais bon on ne s'en sortira pas non plus en faisant l'impasse dessus, si ?)

          • Entre une mondialisation à la Macron et une nationalisation à la Marine , il doit y avoir une politique mondiale, européenne, nationale , locale, de rééquilibrage et de réorientation de la mondialisation : pas de débouchés humains et écologiques durables sans la mise en œuvre d'auto constructions collectives des territoires locaux.
            Pour moi le national n'est pas un gros mot mais un échelon territorial indispensable au service d'une politique globale locale.
            Malheureusement cette obligation du local n'est pas encore perçue , comprise et théorisée politiquement : on choisira Macron ou LePen ; et moi je m'abstiendrais ; ce qui n'est en aucun cas une satisfaction.
            Mélenchon n'a pas perçue cette dimension.

          • Je n'ajouterais qu'une chose, le local n'étant pas exclusif des autres niveaux ni un repli sur soi mais un niveau délaissé, c'est que, contrairement à l'Europe, en France les transferts sont considérables entre les territoires. C'est difficile à admettre pour les départements qui s'appauvrissent et perdent leurs services publics mais l’île de France les subventionne massivement.

          • Moi aussi je suis bien en phase avec les précisions de Di Girolamo (à part peut-être sur la myopie de JLM sur le local, mais seulement parce que je n'ai pas de vraie... vision sur ces aspects de la doctrine méluchienne).

            Sur les transferts massifs existant en France entre territoires riches et pauvres, je parle bien de la nécessité de les préserver, voire, cela dit, de viser à les écréter, en centralisant moins le développement (en l'occurrence au sein de notre "fière région-capitale")

            Et je ne suis pas sûr (du tout) qu'on en prenne le chemin avec la politique dite je crois "des métropoles"... 🙁

  9. Le local est un lieu , un territoire et non une usine à s'enrichir individuellement , s'acheter des biens, voyager .... Cet enrichissement, ces achats, ces voyages se faisant sur le dos de l'environnement et d'autres qui nous concurrencent. Faire solidarité autour d'un lieu fait exploser la spécialisation et la concurrence , et c'est l'aménagement et la préservation des ressources qui prend le pas sur la dégradation.
    Une société qui s'organise autour d'un territoire à vivre forme une communauté diversifiée qui peut pratiquer la démocratie locale , le choix des orientations et des projets à mener.
    Ce sont les faits , l'incapacité du système économique libéral mondial à faire face aux conséquences écologiques et sociales qu'il génère qui devrait rendre l'organisation locale indispensable ; mais le système en même temps déploie de l'aveuglement , une incapacité à comprendre un mode de relation au monde qu'on n'a plus aujourd'hui ; de même que beaucoup peuvent s'étonner du fait que le lait c'est chaud , le monde urbain a extrait 98 % de la population d'une relation directe avec la terre .
    Et si le monde rural a beaucoup voté Le Pen et les urbains Macron , c'est que ce sentiment de dépossession trouve son issue dans le replie sur soi et la haine du monde ,faute de percevoir un débouché politique local à la mondialisation. L'autre versant , les mondialistes en Nike , sont des réalistes faussement pacifiques qui vont gérer et approfondir le désastre.

  10. Je viens de lire un petit bouquin sur Macron "Macron par Macron", c'est un recueil d'interviews avant la campagne. On y retrouve son parcours qui commence avec la philo, est ensuite orienté vers la politique avec sa rencontre avec Paul Ricoeur. Il est un admirateur de Michel Rocard.
    Il a bien fait de la banque mais ce n'est pas son centre de gravité. Je suis d'accord avec l'essentiel de son positionnement philosophico-politique, mis à part un décalage par rapport à un goût élitiste un peu trop prononcé pour moi.
    De mon point de vue, c'était le moins pire des candidats et d'assez loin. On verra sur le local, mais je ne vois rien dans son approche qui puisse aller à l'encontre du local. C'est insuffisant, mais c'est déjà ça.

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