Les Mammouths ont disparu parce qu’on tuait les dominants

- Les Mammouths ont disparu parce qu'on tuait les dominants

C'est toujours un mystère l'impact disproportionné que semblent avoir eu les humains à une époque où ils étaient si peu nombreux. En tout cas partout où ils pénétraient hors d'Afrique les grands mammifères disparaissaient rapidement. La seule explication qu'on pouvait imaginer était des hécatombes exterminant des troupeaux entiers se précipitant de falaises pour échapper aux feux de broussailles allumés par les chasseurs, ce dont on a peu d'exemples répertoriés. Un tout autre processus, plus indirect, pourrait être la cause de ces extinctions, la propension à s'attaquer aux animaux les plus grands qui sont aussi les mâles dominants.

L'étude en question concerne les Mastodontes, Mammouths à poil laineux d'Amérique du nord, dont un nombre inhabituel de squelettes témoignent avoir succombé aux défenses d'autres Mastodontes et donc d'une augmentation de l'agressivité de ces animaux. Or, on constate le même phénomène en Afrique lorsque des braconniers tuent les plus grands éléphants pour leurs défenses. Ensuite, les jeunes mâles livrés à eux-mêmes deviennent comme fous et peuvent s'entretuer, laissant libre cours à une agressivité déchaînée pour prendre la place du chef. De quoi montrer que la compétition sexuelle n'est pas la seule cause des hiérarchies animales qui ont surtout une fonction pacificatrice de maintien de l'ordre (il vaut toujours mieux un ordre que pas du tout), un peu comme un prédateur qui défend son territoire protège des autres prédateurs.

Que l'extinction des grands mammifères soit due à ce mécanisme de désorganisation n'est encore qu'une hypothèse mais qui rend un peu moins incroyable l'impact disproportionné des premières populations (avec des répercussion notables sur le climat de la disparition des grands animaux). Bien sûr ce n'est qu'un facteur, le coup de grâce à des espèces déjà sur le déclin à cause de conditions climatiques défavorables, notamment la chute d'une météorite, il y a 12 800 ans provoquant un refroidissement soudain, mais elles en avaient vu d'autres avant et avaient survécu des millions d'années. Les hommes ne se sont distingués qu'à éradiquer les derniers survivants jusqu'à l'élimination complète de ce qui était leur principale ressource, comme nous en avons un peu trop l'habitude, hélas.


En fait une nouvelle étude conteste le rôle de l'homme dans la disparition de la mégafaune en Australie, mettant en cause plutôt le climat, sauf qu'il n'y a pas qu'en Australie que la mégafaune a disparu et, comme on le disait, le rôle de l'homme se réduit sans doute à l'extermination des derniers survivants.

Il n'y aurait eu aucune trace d'arme de l'époque permettant la chasse de gros gibier.

Il y a cependant de bonnes preuves comme quoi 8 à 14 espèces de la mégafaune étaient encore présentes lorsque les humains sont arrivés.

Les aborigènes d'Australie semblent effectivement, selon Alain Testart, être des chasseurs assez peu évolués ne pratiquant même pas de pièges mais ils étaient quand même coutumiers des feux de brousse pour en ramasser ensuite le gibier tout cuit. Il est difficile de leur attribuer la chasse préférentielle des mâles dominants mais il faut compter avec le fait que cette mégafaune était la principale menace et qu'elle devait mobiliser toute leur énergie pour s'en défendre. Le mystère reste entier...

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