L’hypothèse extrême

Les prévisions des climatologues sont en général des prévisions moyennes et raisonnables, d'autant plus qu'elles font l'objet de négociations politiques dans le cadre du GIEC, avec le souci de ne pas désespérer les populations. Cependant, les incertitudes étant immenses, il est toujours fait mention qu'on ne peut exclure des ruptures de seuils et des phénomènes d'emballements qui sortent radicalement des projections actuelles mais seraient trop improbables pour être prises en considération...

Seulement, voilà, les dernières nouvelles du climat ne sont pas bonnes du tout et renforcent justement l'hypothèse d'un emballement possible à relativement court terme. Ce ne sont pas des informations qu'on peut prendre à la légère même s'il ne s'agit pas de paniquer. Il faut du moins sérieusement envisager la possibilité d'un tel enchaînement qui augmenterait les températures dramatiquement, bien au-delà des modèles actuels, par un processus qui s'auto-alimente lui-même et qui aurait peut-être déjà commencé !

sauve qui peut !

Il est certes trop tôt pour affirmer que ce soit vraiment le cas, d'autres études pourront sans doute nous rassurer, ce n'est peut-être qu'un effet de cycle qui pourrait s'inverser, espérons-le, mais il n'est pas forcément trop tôt pour en parler, ne serait-ce que pour faire le point sur les raisons qu'on aurait de ne pas trop s'inquiéter. C'est préférable plutôt que de porter une sorte d'interdit sur ce catastrophisme qui n'est pas un simple fantasme, une faiblesse de la cervelle, mais semble bien venir des faits eux-mêmes. Il est surtout important de prendre conscience que dans le cas d'une accélération du réchauffement les priorités en seraient complètement bouleversées. Il sera toujours utile de réduire les gaz à effet de serre que nous émettons pour ne pas en rajouter, mais comme on ne pourra plus ralentir notablement le processus, la priorité sera plutôt de tenter de s'adapter à cet épisode extrême, ce qui changerait complètement la donne.

On est loin de la déclaration des scientifiques au sommet de Bali appelant à ne pas dépasser un réchauffement de 2°C, ce qui serait bien nécessaire effectivement, sauf que c'est un objectif sans doute déjà hors d'atteinte et qu'il se pourrait même que le système soit déjà hors de tout contrôle ! Certains s'imaginent encore pourtant que tout pourrait s'arranger tout seul grâce aux nuages ou quelque autre miracle qui transformerait le chaud en froid, comme si notre planète n'avait pas déjà connu de tels épisodes. Hélas, les nouvelles vont toutes dans le même sens qui n'est pas du tout rassurant, loin de là.

Il faut s'y faire, le monde n'a plus de mystère et personne ne nous sauvera hors de nous-mêmes. L'univers n'est pas habité d'un esprit protecteur mais de bruits et de fureurs, et s'il n'est pas exclu que d'autres intelligences aient pu se développer dans cette immensité, c'est hors de notre portée de toutes façons. Nous somme seuls sur cette Terre dont nous avons déstabilisé un équilibre millénaire et il ne sert à rien d'invoquer la divine Gaïa qui ne viendra pas à notre secours ni aucun autre dieu ou force cosmique... Nous devons faire face nous-mêmes au désastre que nous avons peut-être enclenché mais qui nous dépasse maintenant et menace de tout submerger. En attendant un démenti du réel ou de spécialistes plus compétents que moi à ces sombres perspectives, nous ne pouvons nous dérober à essayer de prendre la mesure de la catastrophe qui vient, de son caractère tellement catastrophique qu'il en devient impensable et nous fait éprouver toute la fragilité de notre existence et de notre aventure humaine, suspendue à notre rationalité trop limitée...

Les faits

Il ne s'agit pas de prétendre que le pire serait sûr. "La Recherche" a certes bien raison d'évoquer "Un monde d'incertitudes" : les effets des nuages, l'incidence des aérosols, l'adaptation des écosystèmes végétaux, la capacité d'absorption du CO2 par les océans, la circulation océanique, la stabilité des hydrates de gaz, le dégel du permafrost, la fonte des glaces, l'activité solaire et le rayonnement cosmique, les rejets humains de gaz à effet de serre, les événements extrêmes...

Il faut bien dire pourtant, que la plupart de ces incertitudes vont vers le pire, en premier lieu la fonte du permafrost qui s'accélère avec celle de la banquise mais aussi la capacité d'absorption de l'océan qui diminue dangereusement et notre incapacité à réduire nos émissions :

- Fonte de la banquise en Arctique : un emballement est possible

- L'emballement (bis) : nos émissions augmentent et l'absorption par la mer diminue...

- Regain d’émissions de gaz à effet de serre dans les pays riches

Ce n'est pas rien et, sans compter tous les avertissements de ces derniers temps, ces nouvelles confortent les risques d'emballement alors même que les spécialistes du climat sont réunis à Bali pour mettre à jour le protocole de Kyoto, mais avec des hypothèses basses afin de ne pas trop effaroucher les politiques... On peut effectivement trouver irresponsable de faire état de scénarios tellement catastrophistes qu'il ne servirait plus à rien de vouloir s'y opposer. Seulement, la question, c'est de savoir si c'est oui ou non ce qui s'annonce au vu des dernières données!

Le cercle vicieux

L'erreur qu'on ne devrait pas commettre avec la météorologie comme avec le climat, c'est de s'imaginer que ce sont des processus linéaires dont les effets sont proportionnels aux causes alors que ce sont des équilibres chaotiques qui peuvent passer rapidement d'un état à un autre par rupture de seuil. Ce qui justifie qu'on puisse s'inquiéter c'est qu'il y a bien des risques d'emballement, des "boucles de rétroaction positive" qui provoquent une amplification auto-entretenue, de type "explosive". Certes, il y a aussi des boucles de rétroaction négative. La vapeur d'eau pourrait ainsi réduire l'ensoleillement mais ce n'est pas automatique et encore trop mal connu car tout dépend de l'altitude des nuages... Prendre pour acquis le fait qu'un réchauffement conduit au refroidissement n'est pas raisonnable. En tout cas, c'est le résultat qui montre qu'on est plutôt dans un cercle vicieux...

Le fait que nos émissions augmentent encore est très significatif mais ce n'est peut-être plus l'essentiel car la fonte du permafrost sibérien et la baisse d'absorption du CO2 par l'océan vont produire inévitablement une accélération rapide du réchauffement peut-être même jusqu'à la libération des méthanes marins... Il ne servira plus à grand chose de vouloir réduire nos émissions (ou alors tout, tout de suite!) car, la réduction de l'absorption du CO2 par la mer va rendre dérisoires nos efforts (on n'est plus dans les mêmes ordres de grandeur) et la fonte du permafrost devrait libérer des quantités énormes de méthane. Plus rien à voir avec la production humaine, on est à une toute autre dimension, géologique, et dans un effet "boule de neige" si l'on peut dire, car plus le climat se réchauffe, plus l'effet de serre se renforce et plus la température monte ! C'est une perspective absolument terrifiante et d'autant moins impossible qu'elle semble se dérouler sous nos yeux !

The Road to Hell

Nous allons connaître l'enfer. Celui qui a vécu par le feu périra par le feu ! Enfin, ce seront plutôt nos enfants qui paieront pour leurs pères... Réussirons nous à faire de cette Terre surchauffée un paradis tropical, du moins dans les terres restées émergées ? Il ne faut pas trop rêver et il faudrait plutôt se préparer à vivre dans un monde infernal, se préparer à la catastrophe si on ne peut plus l'éviter, ce qui pourrait nous obliger à changer de front et, au lieu de se focaliser trop exclusivement sur la réduction du CO2 (avec des biocarburants qui ont des conséquences catastrophiques), prendre à bras le corps l'adaptation de nos sociétés au changement climatique. C'est un changement de cap risqué, d'autant que ceux qui prônent cette position, comme Bjorn Lomborg, le font avec l'illusion que tout pourrait continuer comme avant, en prenant pour argent comptant les valeurs les plus faibles des prévisions, et en ignorant systématiquement les signaux d'alerte majeure ! Si la température devait grimper "en moyenne" de plus de 6° sur toute la planète, maximum envisagé par les modèles, cela voudrait dire pourtant que sur les terres, les températures extrêmes vont monter bien au-delà, sans parler d'un emballement bien supérieur tel qu'on est bien obligé de l'envisager désormais et comme il y en a eu plusieurs par le passé, à l'origine de grandes extinctions de masse (et si ça s'est produit, le même cercle vicieux peut se reproduire, sans rien qui l'arrête apparemment) !

Les échelles de temps sont très incertaines et peuvent varier d'un facteur 100, de quelques dizaines d'années à plus d'un millénaire ! Il est donc bien possible qu'on trouve des solutions pour y survivre, on a la technologie pour cela sans doute et la géoingénierie peut gagner un peu de temps en prenant d'autres risques (en voilant le soleil par du soufre ou de la poussière d'aluminium par exemple!), mais le plus problématique sera de nourrir toute la population. C'est une situation à laquelle il faut se préparer même si ce n'est pas drôle, arrêter de se conduire en gamins irresponsables. On préférerait, certes, parler de choses plus positives ou exaltantes, mais on ne peut ignorer les informations qui nous parviennent. Je dois dire que je suis comme les autres et que ça me gonfle un peu cette histoire de climat et le catastrophisme ambiant, j'espère qu'on se trompe mais ce sont les nouvelles qui ne sont pas bonnes et qu'il faut prendre en compte dans nos projections du futur. S'il y a de bonnes nouvelles il faudra en tenir compte aussi mais ce n'est tout simplement pas le cas pour l'instant.

Comment vivre dans la fournaise ? Voilà peut-être la question de l'avenir et qui rend bien futiles toutes les autres... La question d'aujourd'hui, reste celle de savoir si on peut encore l'éviter (et comment ?). Il n'y a rien de moins sûr mais il faut tout tenter. On pourrait espérer du moins que devant la menace commune et le sentiment d'un destin partagé notre solidarité s'affirme assez fortement pour nous sortir de l'impasse. L'enjeu est toujours le même, "civilisation ou barbarie", mais on sait trop bien que les civilisations sont mortelles !

Voir le plus récent quels risques climatiques majeurs ?

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45 réflexions au sujet de « L’hypothèse extrême »

  1. Un exemple de débat sur le problème :
    http://www.publicsenat.fr/cms/vi...

    Pas mal d'avis pour ou contre selon le sujet comme par exemple le canal rhin-rhône.

    On en revient toujours à un problème de recherche opérationnelle, soit des optimums de systèmes d'équations. Je doute que ça se résolve au sein d'un sénat même si ce type de débat permet de mettre l'accent sur ce qu'on souhaiterait éviter de voir.

    C'est déjà ça de gagné. Brice Lalonde insiste sur l'aspect catastrophique de ce qui vient.

  2. Cette approche de dire qu'il faut gérer la catastrophe à venir me semble bien sûr la bonne.

    Je réagis sur toute autre chose (parce qu'un petit peu d'humour ne fait pas de mal): "s'il n'est pas exclu que d'autres intelligences aient pu se développer dans cette immensité, c'est hors de notre portée de toutes façons" Ne faudrait-il pas justement commencer à penser à être un peu discret ?

  3. Le débat du sénat n'est guère passionnant sinon qu'on voit que les positions d'Allègre ne sont pas si caricaturales qu'on le dit.

    Ceci dit, il y a une bonne critique de ses arguments sur realclimate :
    http://www.realclimate.org/index...

    Sinon, au cas où nous aurions vraiment enclenché une nouvelle extinction de masse, cela renforcerait l'hypothèse qu'on ne rencontre pas d'extraterrestres car le temps de vie d'une civilisation évoluée serait beaucoup trop court à l'échelle de l'univers... (jusqu'à ce qu'une espèce un peu plus évoluée arrive à surmonter ses démons!)

  4. C'est vrai, ce débat du sénat ne casse pas des briques mais permet de prendre la température du politique vis à vis de l'environnement.

    Au sujet des extra terrestres qui auraient pu nous apporter avec bienveillance quelques connaissances supplémentaires pour résoudre nos problèmes, à défaut d'un dieu éventuel qui envahit les esprits par son absence, le paradoxe de fermi me parait la meilleure hypothèse.

    Par conséquent, je n'arrive pas à comprendre la position de JP Petit, sans doute un bon scientifique, qui persiste à penser que certains ovnis transportent des ET. Si les ET nous faisaient des visites, ils auraient d'une manière ou d'une autre fait leur "coming out".

    La position de Petit est qu'ils seraient tellement évolués que leur rapport à nous serait celui de nous aux singes. Alors quel serait l'objet de leurs visites ? Le tourisme comme celui des montgolfières au kenya ?

  5. J'aurais tendance à croire que dans l'incertitude d'une possibilité d'une visite extra-terrestre et d'autant plus parce qu'on ne voit ni comment ni pourquoi ils viendraient il vaudrait mieux faire en sorte de ne pas attirer l'attention. C'est sans doute pas très grave mais je me demande si on a un tout petit peu réfléchi à la chose. Parier sur la logique et la rationalité des extra-terrestres ne me semble pas pertinent: nous ne les connaissons pas et une intelligence supérieur ne veut pas forcément dire qu'ils n'auront pas envie de nous exterminer histoire de rigoler (ils sont peut-être dans un système politique capitaliste fait de surproduction, de surconsommation et nous pourrions représenter un produit de divertissement... ils font ce qu'ils veulent, on ne va pas pouvoir argumenter).

  6. Préparer l'aveni quand l'avenir est catastrophique, voilà bien le moins que nous devrions envisager et qui devrait nous amener à nous unir... Mais je ne pense pas que cela soit la norme pour tout de suite. Il va falloir attendre les millions de morts, attendre que les hommes riches (occidentaux) commencent à manquer pour que nous progressions.

    Mais ne sera t il pas déjà trop tard ?

  7. Si cela devait en rester à ce que nous entendons aujourd'hui, la conférence de Bali risque bien d'être un fiasco, sans entente contraignante sur la poursuite des objectifs de réduction de CO2.

    Comme le soupçonne Jean, on accroit nos chances de trop bruler de pétrole, si ce n'est déjà fait. Il semble néanmoins, du moins il me semble, que l'on ne puisse plus parler, dans la conjoncture actuelle, seulement du réchauffement global sans l'associer au pic pétrolier, peut-être déjà là, peut-être pour dans 3, 5 ou 10 ans, sans doute pas plus.

    La chose vous marque peut-être significativement moins en Europe. La France est largement alimentée en énergie par le nucléaire, au Québec nous avons l'hydroélectricité, bien que tout cela a été construit et est entretenu pour le moment et pour un bon moment encore à grand renfort d'énergie pétrolière.

    Mais avez-vous déjà vu une carte illustrant l'alimentation énergétique de l'Amérique du Nord ? Vous en seriez-sans doute renversé. Quand Bush à finit par dire que son pays est un drogué du pétrole, ce n'était pas une phrase immodérée. C'est vrai dans une bien moindre mesure toutefois, du Canada. Chose certaine, toute l'Amérique du Nord possède une infrastructure urbaine dont la configuration est redevable au pétrole. James Howard Kunstler a cette phrase pour en parler: Il s'agit de la plus mauvaise allocation de ressource de l'histoire de l'humanité.

    Éric Laurent tout comme Kunstler aux États-Unis insistent sur le fait que le réponse (temporaire) à la demande américaine de pétrole se situe hors des États-Unis, dans des pays jugés et rendus instables, le tout constituant un aimant quasi incoercible pour la guerre.

    À l'intérieur, certains mouvements s'organisent, aux États-Unis comme au Canada anglais (je ne vois encore rien de significatif au Québec). Ce sont des mouvements urbains et écologistes qui prennent acte, que la solution pour tempérer le risque de guerre et les contre-effets du pic pétrolier est dans la réduction préalable du besoin de pétrole.
    Que la fin du pétrole va définitivement remettre en question la mondialisation capitaliste par avantages comparatifs comme nous la connaissons, tout comme la révolution verte à base d'engrais chimiques, de monocultures et de lourd travail de la terre.

    Dans ce contexte, la relocalisation de l'économie devient inévitable mais d'origine contingente, politiquement non voulue. Le principal problème, comme dans le cas du réchauffement extrême, devient l'alimentation.

    Bref, ces mouvements urbains cherchent à faire entrer la campagne dans la ville et dans une moindre mesure la ville dans les campagnes (densification polycentrée). Les services courants doivent être rapprocher des résidences. La dichotomie spatiale présente ici, se retrouve beaucoup moins en Europe.

    La civilisation de l'automobile disparaitra, sans que toutes les automobiles disparaissent. La préséance du transport en commun ne fera plus de doute dans l'avenir. Pour les écologistes comme nous, il y a là un certain nombre de bonnes nouvelles.

    Pour Kunstler, l'économie nord-américaine et sans doute mondiale va connaître un effondrement durable dans l'horizon prévisible, ne reste qu'à s'y préparer. Pour lui, les infrastructures numériques risquent aussi de n'être qu'un surgeon temporaire de l'histoire humaine, l'industrie électronique étant fort dépendante du pétrole elle aussi.

    A partir de là, je me pose un nombre considérable de questions. Serons-nous encore éventuellement capable de troquer l'économie matérielle à la faveur l'économie de l'immatériel (à moindre base matérielle), faire le choix de la meilleure allocation des ressources, entre autre, moins brûler de pétrole pour toutes les bonnes raisons que l'on sait et le réserver à de meilleurs usages.

    Je me suis questionné aussi sur les alternatives à l'économie productiviste que défend Jean, alternatives que j'affectionne aussi et qui me semble cohérente (coopératives municipales, monnaies locales et revenu garanti suffisant)

    L'associationnisme est né au XIXème siècle et il n'y nulle raison de ne pas continuer à le défendre.

    Si Kunstler vise juste, toutes les monnaies pourraient s'en trouver reterritorialisées dans une bonne mesure mais cela n'en fera jamais des monnaies locales. Toutefois, celles-ci n'en deviennent-elles pas moins nécessaires pour aider à faire contre-poids ? Il me semble qu'elle peuvent encore être utile même dans ce contexte.

    L'allocation universelle est pour sa part associée, pour sa légitimation, à l'économie de l'immatériel, à une productivité dont la condition est ressentie dans une large mesure comme détachée du procès de travail.

    Il faut voir comment se vivra et se fera l'effondrement économique du mondialisme dominant. Il n'y a pas de doute que toujours l'allocation universelle faciliterait l'activité virtuose mais je ne suis pas sûr que sa légitimation serait toujours possible. Un si rapide déclin apportera une morosité considérable chez une population droguée par l'abondance matérielle. Il me semble qu'elle pourrait être un remède à cette morosité mais seulement si elle prend place bien avant le déclin.

    En fait, tout cela pourrait contribuer à l'adaptabilité à l'enfer qui s'annonce.

    J'aimerais entendre plusieurs voix sur ces questions.

    Il y a des documentaires vidéos (compatibles NTSC) disponibles, en anglais seulement (The end of Suburbia, Escape from Suburbia) traitant du pic pétrolier, de l'inévitable relocalisation, de l'absence d'alternatives d'envergure au pétrole pour le transport et des mouvements écologistes urbains qui tentent d'y répondre.

    Je pense qu'il ne faudrait pas que vous les ignoriez.

  8. Petits oublis.

    En disant plus haut cette phrase: «Dans ce contexte, la relocalisation de l'économie devient inévitable mais d'origine contingente, politiquement non voulue», je souligne que l'on se retrouverait bien involontairement au-delà (ou en deçà, c'est selon) d'une décroissance soutenable.

    Ainsi encore, dans ce contexte, qu'adviendrait-il des dettes, privés comme publiques et évidemment de la valeur des retraites, un peu comme ce fut le cas en Argentine mais selon une toute autre dimension.

    Ici, où la retraite par répartition est définitivement du passé, ne vaudrait-il pas mieux, dès à présent, de cesser de souscrire à nos retraites privées et investir dans l'amortissement concret des chocs à venir, tout en cherchant à faire collectif ?

    Quelles opinions avez-vous sur ces questions ? Il est peut-être trop tôt pour sonner une telle alarme, ce genre d'attitude pouvant précipiter le mouvement si elle est partagée ? Peut-être pas ?

  9. Chez-vous, Jean-Marc Jancovici voit quant à lui venir ceci :

    Les mesures adoptées par le Grenelle de l’environnement pour lutter contre le réchauffement climatique vont elles assez loin ? Peut on lutter efficacement contre le réchauffement climatique sans remettre en cause le dogme de la croissance et le culte du toujours plus ?

    La question est de savoir si l’on peut maintenir une croissance économique tout en diminuant la pression matérielle sur notre environnement. Il s’agit d’un débat sur les vitesses d’évolution respectives. Peut-on « décarboner » l’économie plus rapidement que la progression du taux de croissance de celle-ci ? Il n’est pas du tout dit que la réponse soit positive. Et c’est un vrai débat, parce que les émissions vont finir par baisser de toute façon : les hydrocarbures sont en quantité limitée. Et quel serait « le plan B » si l’économie se mettait à décroître de façon significative sur une longue durée pour des raisons physiques ? Comment préserverait t-on dans un tel contexte la démocratie, la paix sociale et un taux de chômage acceptable ? Le sujet est majeur, et la pauvreté de la réflexion prospective sur ce sujet est dramatique.

    Une des premières mesures pour lutter contre le réchauffement climatique ne devrait-elle pas être la relocalisation des économies ?

    Si vous augmentez le prix de l’énergie, c’est ce qui se passera. La mondialisation n’existe que dans un monde dans lequel le prix de l’énergie est suffisamment bas pour que n’importe quel segment de transport compense les différences de salaires. Si le prix de l’énergie augmente suffisamment, franchir une certaine distance ne suffira plus à compenser les différentiels de salaire. Et ce sera la fin de la mondialisation tous azimuts. Le commerce international ne se maintiendra que pour des denrées qui ont une forte valeur ajoutée par unité de poids, par exemple les microprocesseurs, les diamants, ou le bon Bordeaux tant qu’il en reste !

  10. Contrairement aux idées reçues , le problème sur cette planète n'est absolument pas les gaz à effet de serre ou si peu...
    La catastrophe majeure à laquelle nous devons faire face est la SURPOPULATION . Résolvez ce problème et tous les autres défis de l'humanité disparaissent . La densité humaine est beaucoup trop forte , le pétrole (ce faux ami) à permis à la civilisation de se développer de manière colossale , avec cet apport énergétique notre potentiel de production à été démultiplier de façon exponentielle, et bien évidemment la population à suivit cette évolution , si bien qu'aujourd'hui nous sommes 6 000 000 000 . Les gouvernants cachent cette réalité au monde , ils dépendent trop de cette croissance illimitée , or le cercle vicieux s'est emballé , il est impossible de l'arrêter. Aujourd'hui pour que l'humanité survive il faut que la pyramide des ages suive. On ne peut stopper la natalité sans engendrer une catastrophe à court terme. On nous fait croire qu'une issue est possible , or il n'y en a pas. Ou alors si mais elle est inavouable... Pour qu'une part de l'humanité survive il faut impérativement la réduire (quantitativement) de façon drastique. Loin de moi l'idée d'une quelconque épuration.Donc , il n'y a donc selon moi pas de solution , du moins pas de solution humaine ... Je le sais , vous le savez , la maison blanche le sait ,... , Et qu'est ce qu'ils vont faire ??? C'est une autre question , l'histoire nous a appris que l'homme est capable du pire comme du meilleur .
    Toujours est il que la nature nous détruira tous probablement si rien est fait . Voilà pourquoi chères frères humains , aujourd'hui plus que jamais , il faut profiter du jour présent et du petit sursis qu'il nous reste.
    Rentrez donc chez vous embrassez vos enfants , aimez vos femmes , faites bombance , caressez votre chien ... et quand l'heure arrivera , finissez vous dignement !

  11. Je me permets d'insister sur le fait que je ne suis pas du tout un extrémiste , bien au contraire. J'essaie juste raisonnablement de me questionner sur notre avenir commun.
    Cela dit c'est bien la raison qui m'empêche de l'imaginer radieux.
    Par la porte ou par la fenêtre , je doute fort que l'on s'en sorte en roulant à vélo...

    PS: Cette théorie de seuil de densité humaine atteinte a été notamment développée par Eric Pianka un éminent biologiste de renommée internationale . Contrairement à ce qu'on pourrait croire lorsqu'il a tenu un discours sur la nécessité de réduire l'humanité il n'a pas été décrier par ses pairs , bien au contraire . C'est bien ce qui me fait peur !

  12. J'ai toujours trouvé extrêmement dangereux ces discours sur la surpopulation qui ne datent pas d'hier mais sont exactement contemporains du capitalisme : depuis Malthus on appelait "surpopulation" les pauvres et les chômeurs ! Comme toutes les idéologies, cela parait l'évidence même : quand on manque de ressources, c'est qu'on est trop nombreux et qu'il faut en balancer par dessus bord, les plus pauvres et les plus faibles bien sûr... Sauf que ceux qu'il faudrait exterminer ce sont plutôt les riches qui dilapident le plus de ressources.

    De même que le raisonnement de Malthus était entièrement faux sous ses airs d'évidence (la progression de la population n'est pas géométrique, ni la progression de la production agricole arithmétique), de même l'explication par la surpopulation prend la question par le mauvais bout puisqu'elle voudrait préserver le pillage de la planète ("le mode de vie des Américains" !), ce qui est une voie sans issue à plus ou moins long terme, alors qu'on serait tout-à-fait capable de vivre tous bien si on consommait plus raisonnablement et qu'on sait justement que la maîtrise de la population est une conséquence de l'amélioration des conditions de vie et de la sécurité sociale. Il y a certes une limite aux concentrations humaines mais assez élevée quand même.

    Hélas, une autre raison pour laquelle la surpopulation n'est pas à l'origine du problème, c'est qu'on n'y peut sans doute plus grand chose. Dès lors que des terres seront inondées et que la productivité agricole chutera, on peut bien parler alors de surpopulation, comme on peut parler de surpopulation quand le chômage augmente. Il y aura surpopulation jusqu'au dernier survivant si la Terre devient invivable !

    Enfin, se focaliser sur la surpopulation est une bêtise qui peut être dangereuse, autant que le racisme qui se base sur une fausse science, c'est se tromper de cause, prendre l'effet pour la cause... Il faut moins gaspiller, plus de justice, pas moins d'êtres humains !

    Pour répondre à Alain Vézina, je me réjouis bien sûr de voir le mouvement de relocalisation gagner l'Amérique du nord après l'Amérique du sud altermondialiste. Le prix du pétrole y est pour beaucoup, comme dans les années 1974 et la première vague écologiste mais je crois qu'on est plus dans un problème conjoncturel avec l'envolée actuelle du prix du pétrole même si on se rapproche du peak oil, sans aucun doute, seulement plus les prix montent et plus il y aura de pétrole, c'est obligé, repoussant la date fatidique où il n'y en aura plus du tout. Ce qui est épuisé, c'est le pétrole pas cher et c'est une bonne chose, il n'est même pas encore assez cher pour faire préférer les énergies renouvelables, mais il faudrait bien sûr des compensations sociales à la hauteur. Le peak oil me semble donc un mauvais angle d'attaque, même si on peut s'appuyer sur le renchérissement du pétrole. L'exemple des schistes bitumeux montre qu'on peut extraire encore pas mal de pétrole mais avec un bilan catastrophique au niveau des gaz à effet de serre dégagées. Le charbon est lui-même très abondant et peut se transformer en pétrole sans trop de difficultés. C'est bien sur la question de l'effet de serre qu'il faut se focaliser et la promotion des énergies renouvelables, surtout le solaire et surtout pas les biocarburants (quand ils ne viennent pas de déchets ou de production locale). Même s'il faut s'appuyer sur les mouvements existants il serait assez dommageable de se tromper de combat. Dans l'immédiat, la fin du pétrole n'est pas une fatalité, c'est une décision nécessaire, ce qui est une fatalité c'est le réchauffement climatique...

  13. Bonjour Jean,

    Petite vérification. Tu dis ceci:

    «[...] je crois qu'on est plus dans un problème conjoncturel avec l'envolée actuelle du prix du pétrole même si on se rapproche du peak oil, sans aucun doute, seulement plus les prix montent et plus il y aura de pétrole, c'est obligé, repoussant la date fatidique où il n'y en aura plus du tout.»

    Va pour la conjoncture, c'est une évaluation quand même fort probable de la situation. Ou peut-être est-ce ce que tu soulignes plus tard, c'est-à-dire que nous en avons fini avec le pétrole léger, pas cher, l'extraction et le raffinage devenant plus difficile. Ce ne serait déjà plus conjoncturel.

    Que les états-uniens semblent aborder la relocalisation en voulant faire face d'abord au pic pétrolier, cela peut sans doute s'expliquer, même si je n'ai pas pleinement la réponse. A tout prendre, est-ce si grave ?

    Mais tu dis aussi, que p;us les prix montent et plus il y aura de pétrole.
    C'est vrai si la plus grande part de cette augmentation va aux pétrolières et en rente aux pays producteurs. Ce n'est plus vrai si cette augmentation est surtout une taxe publique destinée à en décourager l'usage, pour et par la relocalisation par exemple.

    L'essence chez-vous est vendue aux consommateurs plus de 2 fois le prix que nous la payons ici. Est-ce que cette différence s'explique seulement par le prix que payent les européens sur le marché international, même en y ajoutant un raffinage au prix «local».

    Je crois que le prix politique explicite, la part de taxation doit être plus immense chez-vous et l'on peut se demander si à ce niveau, elle ne peut pas faire tampon, favoriser temporairement une invariabilité du prix, tout dépendant de la fixité ou non de la taxe.

    Ici, le litre à la pompe peut-être 0,97 dollar à un moment puis 1,17 dollar une semaine plus tard et redescendre à 0,97 dollar encore la semaine ensuite avec toutes les transitions journalières entre ces limites.

    Finalement dans la même phrase citée, tu dis: repoussant la date fatidique où il n'y en aura plus du tout. En fait, tu donnes plus d'importance au prix du marché qu'à la réalité physique. Le pétrole est encore dans le trou mais à revenu négatif, il y reste et à revenu élevé, il en sort, même si sa qualité est moindre, d'où l'idée de repousser alors que dans l'absolu physique on l'accélère.

    Comme plus haut, tout dépend encore de qui bénéficie du revenu. Non ?

    Dans un monde plus idéal, avec une Amérique coopérative, ne faudrait-il pas instaurer une gestion mondiale de la distribution du pétrole, avec des quotas par pays à partir des niveaux de consommation actuel de chacun d'eux et allant globalement dans le sens du sevrage rapide.

    Bien sûr c'est de la fiction, à moins que le GIEC ou de courageux politiciens en viennent à pousser publiquement en ce sens.

    Bien sûr c'est le réchauffement global qui est la plus grande urgence et non le pétrole avec lequel il faut effectivement en finir.

    actuel

  14. Nous en avons sûrement fini avec le pétrole facile et cela n'est pas conjoncturel mais ce n'est pas si sûr pour autant car tout dépend de notre consommation. Si on réduisait drastiquement nos consommations, on trouverait déjà qu'on a plus de pétrole. Actuellement la production plafonne fasse à une demande qui augmente rapidement, donc forcément ça coince mais on était supposé réduire notre consommation... Il suffirait sans doute d'une bonne dépression pour faire baisser les prix à nouveau, on n'est pas encore dans la rareté absolue. La fin du pétrole facile est elle même relative à la technologie du moment. S'appuyer sur le manque de pétrole peut facilement se retourner contre nous car il ne manque pas assez encore. L'apocalypse n'est pas dans le manque de pétrole mais dans le trop de pétrole et de charbon !

    Il est certain qu'on doit trouver un substitut au pétrole et il n'a pas fallu attendre longtemps pour que les biocarburants menacent nos réserves de nourriture passé les 80$. Encore une fois, ce n'est pas le carburant qui va manquer même s'il est un peu plus cher.

    Evidemment, pour nous, une essence chère et des taxes qui font 80% du prix, ça ne nous effraie pas, on est habitué. Ce qu'on peut dire c'est que ça ne sert à rien qu'à enrichir le trésor public et ne réduit pas tellement la consommation (enfin, j'exagère, les voitures européennes sont en général bien moins gourmandes que les américaines). Pour réduire l'usage de la voiture il faut une autre organisation, des alternatives, il ne suffit pas d'augmenter les prix ! On avait essayé une taxe qui lisse les fluctuations du marché, la TIPP, mais ça ne marche que dans un sens : quand le prix a monté on a baissé la taxe mais quand les prix ont rabaissé on n'a pas osé la remonter !

    Il est certain que les questions climatiques et d'écologie globale nécessitent un gouvernement mondial, d'une façon ou d'une autre (ça commence avec Kyoto et Bali, avec un côté un peu farce sans doute...). Ce serait la fin du pillage de la planète au profit de sa gestion collective en effet : on le voit avec la gestion des forêts à Bali, mais il y a encore du chemin à faire ! Le préalable, c'est de faire le bon diagnostic sur la gravité de la menace et d'y adapter notre mode de vie, sans y perdre tant que ça...

    La relocalisation s'impose d'elle-même. Ce que je propose, ce ne sont que des outils qui peuvent y servir, dans un souci de développement humain et de sortie du productivisme.

  15. Cher monsieur

    Je vous ai lu. Il m'en est venu cette question: comment un ancien marxiste progressiste reconverti au néocapitalisme, mâtiné de cybernétique et de scientisme, a t'il cru bon de se déguiser en altermondialiste ?

    Sans doute à votre corps défendant allez-vous protester de vos bonnes intentions et je ne suis pas sûr que vous sachiez vous même que votre pensée est un Précis de récupération. Des citations de vos réponses valent toutes les longues analyses possibles; ainsi nous venons d' « âges obscurs et nous allons vers des âges sombres »; chacun sent la gradation positive d'une telle remarque, au mépris complet à la fois de l'irréversibilité des effets négatifs de ce monde (la nucléarisation, l'accroissement du rythme de disparition des espèces, l'épandage des chimères génétiques, désormais planétaire, dans l'environnement, en sont quelques exemples évidents.) et de cette condition historique unique, dont dispose l'empire libéral mondialisé, de faire coïncider son propre effondrement avec celui de la planète toute entière. Et quand votre scientisme cravaché par la panique se demande comment survivre dans le fournaise future qu'il envisage, on ne peut s'empêcher de constater que vous précipitez ce que vous redoutez.

    On sait depuis longtemps que le « monologue élogieux » du monde capitaliste engendre à chacune de ses étapes (tant qu'il n'est pas renvoyé aux poubelles de l'histoire) les conditions de ses développements ultérieurs, ainsi c'est le fanatique Fukuyama qui a raison de déclarer que l'aboutissement de la logique immanente du monde capitaliste est la destruction de la nature et de l'homme, ou plus exactement de la nature humaine. La dégradation culturelle et environnementale, le durcissement de l'économie politique (chantage à l'emploi, exploitation, affaiblissement psychologique, etc.) sont là pour amener l'homme à demander ce dont il n'aurait peut-être pas voulu autrement: sa propre mutation en machine post-humaine, dont la mécanisation de la vie prépare l'acceptabilité sociale. Votre naïve question du catastrophisme de la fournaise trouve bien sûr sa réponse dans la vie technologique, éventuellement dans un bunker sous cultures hydroponiques.
    Ainsi si l'on est persuadé que « la démocratie libérale (ce qui est un pléonasme puisque la démocratie actuelle n'est plus que le système libéral) et l'économie de marché sont les seules possibilités viables pour nos sociétés modernes »(F. Fukuyama, La fin de l'Histoire dix ans après, 1999) il devient impossible d'échapper à ses conclusions implacables: « l'Histoire – affirme celui-ci – ne peut s'achever aussi longtemps que les sciences de la nature contemporaines ne sont pas à leur terme. Et nous sommes à la veille de nouvelles découvertes scientifiques qui, par leur essence même, aboliront l'humanité en tant que telle. » On notera dans cette reconfiguration « rationnelle » de la nature humaine par le moyen des nouvelles technologies la nécessité d'un matérialisme intégral (d'où les luttes au XIXè siècle entre la Sorbonne et le Collège de France.). « La période ouverte par la Révolution française - poursuit donc Fukuyama – a vu fleurir diverses doctrines qui souhaitaient triompher des limites de la nature humaine en créant un nouveau type d'être qui ne fut pas soumis aux préjugés et limitations du passé. L'échec de ces expériences, à la fin du Xxème siècle, nous a montré les limites du constructivisme social (on notera ici l'a priori total que toutes les sociétés possibles ont été tentées) en confirmant – a contrario – un ordre libéral, fondé sur le marché, établi sur des vérités manifestes « à la Nature et au dieu de la Nature ». Mais il se pourrait bien que les outils des constructionnistes sociaux du siècle, depuis la socialisation en bas âge jusqu'à l'agitprop et les camps de travail en passant par la psychanalyse, aient été par trop grossiers pour modifier en profondeur le substrat naturel du comportement humain ». Ibid. (Dans l'hypothèse libérale, qui est désormais commune sous sa forme culturelle à la Gauche et sous sa forme économique à la Droite, l' « axiomatique de l'intérêt », qui est une vue de l'esprit anthropologiquement fausse.

    L'optimisme de Fukuyama est manifestement total: « Le caractère ouvert des sciences contemporaines de la nature – écrit-il – nous permet de supputer que, d'ici les deux prochaines générations (2050), la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d'accomplir ce que les spécialistes de l'ingénierie sociale n'ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l'histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humaines entant que tels. » Ibid, Fukuyama. Et ce ne sont certes pas les informaticiens-bricoleurs de la Sillicon Valley qui veulent donner à tous la possibilité de mener des expériences génétiques qui le contrediront.

    Ceux qui n'ont pas compris le principe de « logique philosophique » feraient bien de lire le Gorgias de Platon ou de voir La Corde d'Hitchcock (1948), pour comprendre comment la logique libérale, qui possède une forte cohérence interne, nous mène ici, où l'humanité descend. On pourra lire à profit, tant qu'il n'est pas trop tard, Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2006) ou S.N Eisenstadt, The Political Systems of Empires. The Rise and Falls of the Historical Bureaucratic Societies (1969).
    Bien sûr Calliclès, l'aboutissement logique de la philosophie de Gorgias, n'était dû qu'à la puissance logique de Platon, tandis que Fukuyama et ses milliers de clones idéologiques sont à présent aux commandes du monde où nous vivons.

    Aussi quand vous appelez à « renforcer le système » dans la guerre que la terre nous a déclaré, face aux périls écologiques qu'il a engendré pour s'autoalimenter, je ne peux m'empêcher de constater la marche suicidaire de votre progressisme scientiste (les livraisons de Science et Vie (bientôt Science et Mort) que vous faites parlent d'elles-mêmes. Ce même journal qui, 50 ans passant, proposait de raser les montagnes à l'arme atomique, ou plus récemment s'intérroger gravement de savoir si l'âme est numérique et pourrait être transférer sur un disque dur).
    Aucun juste milieu comme vous le vendrez sans doute n'est possible dans la logique dialectique du monde, qui a prouvé par le passé avoir réalisé intégralement son axiomatique.

    Hannah Arendt avait donc raison de souligner, dans La Condition de l'homme moderne, que « ce qu'il y a de fâcheux dans les théories modernes ce n'est pas qu'elles sont fausses, c'est qu'elles peuvent devenir vraie ». Et pour prendre un exemple concret de la puissance de réalisation de l'axiomatique de l'intérêt, s'il est ainsi toujours exact que l'homme n'est pas égoïste par nature, il est non moins exact que le dressage juridique et marchand de l'humanité crée, jour après jour,le contexte culturel idéal qui permettra à l'égoïsme de devenir la forme habituelle du comportement humain.

    Ceux que des lectures intéressent, qui ne sont pas encore de simples internautes consommateurs chicaniers d'informations, pourront lire:
    Les Contradictions culturelles du Capitalisme, D. Bell
    La culture du Narcissisme, C. Lasch
    Un si fragile vernis d'humanité, M. Terestchenko
    Le Don, la Dette et l'Identité, J.T. Godbout
    La subjectivité à venir, S.Zizek
    Contexte sans contexte, G. Trow
    L'empire du moindre mal, J.C Michéa
    La mort de Pygmalion, C. Alzon
    Rouler plus vite, laver plus blanc, K. Ross
    Dominium Mundi. L'empire du management, P. Legendre
    Et bien d'autres.

  16. Le malentendu ne peut être plus grand (voire le délire) ! Il est grotesque de prétendre que je sois un suppôt du capitalisme et cela fait bien longtemps déjà que j'ai critiqué Fukuyama ! Inutile de prendre la peine de discuter. Il faudrait me lire vraiment ! Certes je récupère tout ce que je peux et je vois que je ne suis pas le seul avec la bouillie intellectuelle ci-dessus où il y a plusieurs bons livres pourtant...

    «On a plus de peine, dans les partis, à vivre avec ceux qui en sont qu'à agir contre ceux qui y sont opposés.» Cardinal de Retz

  17. « Le marxisme nous avait déjà suffisament expliqué que l'homme n'est que le produit des conditions culturelles, que sa conscience est un leurre, etc., eh bien voilà ! à force d'écrire des choses horribles elles finissent par arriver. »

    Je souhaiterai préciser deux choses. La première tient à une allusion de ma remarque précedente sur le rôle culturel de la Gauche dans le capitalisme moderne, ou néocapitalisme. Le clivage droite/gauche, tel qu'il en est venu à fonctionner de nos jours, est la clé politique ultime des progrès constants de l'ordre capitaliste. Il permet de placer en permanence les classes populaires devant une alternative impossible. Soit elles aspirent avant tout à être protégées contre les effets économiques et sociaux immédiats du libéralisme (licenciement, délocalisations, réformes des retraites, démantélement du service public,etc.) et il leur faut alors se résigner, en recherchant un abri provisoire derrière la gauche, à valider toutes les conditions culturelles du système qui engendre ces effets. Soit elles se révoltent contre cette apologie perpétuelle de la transgression, mais en se réfugiant derrière la droite, elles s'exposent à valider le démantelement systématique de leurs conditions d'existence matérielles (modernisation, réhabilitation, etc), que cette culture de la transgression rend précisément possible. Quel que soit le choix politique (ou électoral) des classes populaires il ne peut donc leur offrir aucun moyen réel de s'opposer au système qui détruit méthodiquement leur vie. Les deux entrées du capitalisme sont bien la Gauche et la Droite; leur mouvement se validant à chacune de ses étapes pour permettre la prochaine. On peut lire L'Empire du moindre mal de J.C Michéa sur cette duplicité de la Droite et de la Gauche depuis 40 ans maintenant.

    La seconde vient de l'identité parfaite entre l'Economie politique (le libéralisme) et la science. La prétention à la neutralité, en tant que dispositif technique régit par la méthodologie scientifique, du libéralisme (on a pu en avoir un exemple frappant dans les tracts électoraux de l'U.M.P appelant à délaisser les « discours idéologiques ») provient de sa « scientifisation », qui lui assure de ne pouvoir être contesté, sinon par d'arbitraires idéologismes. Le libéralisme peut donc être interprêté comme l'incarnation matériel des postulats de l'objectivisme scientifique, dont la technologie, c'est-à-dire la connaissance scientifique appliquée à la technique et son organisation, assure le déploiement. L'imbrication de la science et de l'économie, le libéralisme validé scientifiquement, est donc complète; rien ne permet de distinguer l'objectivisme scientifique du rationnalisme économique.

    Le progressisme prend donc l'allure d'une schizophrénie idéologique, dont on peut lire chez un de ces « spin doctors » une formulation distrayante (Laudator temporis acti: c'était mieux avant, Lucien Jerphagnon.2007). D'un côté, en effet, il exhortent inlassalement les classes populaires à adapter leurs mentalités « archaïques » à un monde supposé en changement perpétuel (où «jamais on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve »). Mais de l'autre, chaque fois qu'ils doivent affronter la moindre critique précise sur tel ou tel point du développement capitaliste (le climat se réchauffe, l'égoisme progresse, la délinquance augmente, la publicité devient de plus en plus envahissante, etc.), ils reprennent la posture du sage traditionnel et répondent avec un sourire indulgent, qu'il n'y a là rien de nouveau sous le soleil, que les choses ont toujours été identiques à elles-mêmes et que toutes ces critiques sont infondées puisque aussi vieilles, en somme, que l'humanité elle-même. C'est ce qu'Orwell appelait, dans 1984, la double pensée.
    C'est ainsi que des pans entiers de la pseudo frange contestataire du capitalisme se retrouve capitaliste malgré elle.

  18. A l'évidence vous ne cherchez pas à discuter mais voulez juste nous asséner votre petit Michéa illustré. Le pire c'est que ce n'est même pas faux tout cela, seulement un peu court et simpliste avec une prétention narcissique incroyable de se croire au-dessus de tout le monde et pas l'ombre d'une issue politique mais bon, pas la peine d'insister, vous avez raison sans réplique possible et merci d'avoir éclairé nos pauvres lanternes...

  19. B Comteville,

    Je crois que vous faites fausse route en faisant de la science une alliée du capitalisme même si il trouve moyen de l'intégrer dans son discours délirant. Le capitalisme cherche à démontrer que tout est modifiable alors que la science, non pas le scientisme, montre plutôt qu'il y a des quasi invariants liés aux structures de la nature et que l'on ne joue pas avec sans risques graves. Par exemple, la prolifération des pesticides provoque le désordre et l'appauvrissment écologique...et bien d'autres choses. Le capitalisme est transgressif au pire sens du terme, la science est apte à décrire les limites de la réalité, quitte à transgresser le discours capitaliste.

    De même la psychanalyse de freud arguait qu'on ne modifie pas l'être humain et ses mobiles impunément.

  20. Il ne fait pas de doute que le capitalisme ne peut se passer de la science et de l'innovation, ce n'est pas une raison suffisante pour identifier l'un à l'autre. Il ne fait pas de doute non plus que le scientisme a fait bien des ravages (le racisme d'Etat en est l'illustration). Il n'y a pourtant qu'un seul véritable progrès, celui des sciences et plus les sciences progressent, plus progresse le savoir de notre ignorance... Bien sûr, c'est comme la psychanalyse, on ne peut être que déçu à la fin, ce qu'on trouve n'est pas ce qu'on cherchait mais on peut toujours vouloir revenir en arrière, cela ne sert à rien. Il n'y a que les religieux qui peuvent tenir ces discours dans la certitude de leur foi révélée une fois pour toute !

  21. M. Zin: Vous n'êtes pas très clément sur le « petit Michéa illustré », d'autant que j'ai cité cette auteur pour compléter mon propos, non pour valider ses théories. Vous avez raison, c'est court et simplifié, mais je n'allais pas publier un livre en commentaire; vous conviendrez sans mauvaise foi qu'il m'a nécessairement fallu laisser dans l'ombre bien des développements. Vous avez également raison sur un deuxième point, mais d'une manière indirecte; il n'y a pas de solution politique. Il me semble que celui qui a saisi la logique libérale, dans le déploiement nécessaire de son unité originelle – au-delà, par conséquent, des contradictions secondaire qui permettent à ses représentant de gauche et de droite de conférer un minimum d'animation au spectacle électoral – devrait comprendre que créer un société décente (je ne parle pas d'Etat), en premier lieu en lui-même, coïncide avec la défense de l'humanité elle-même. Le jeune Marx avait raison bien plus que le vieux, « le monde possède, depuis très longtemps, le rêve d'une chose dont il ne lui manque que la conscience pour la posséder réellement. »
    Le courant politique, depuis la bureaucratisation inévitable de ses organisations jusqu'à ses dérives totalitaires les plus prévisibles, devrait céder la place à une propédeutique morale, un dépassement métapolitique, à toute révolution possible. « Notre meilleur espoir de maturité émotionnelle – écrit Lasch – dépend du faire que nous reconnaissons les autres non comme des projections de nos désirs mais comme être indépendants ayant des désirs propres. Plus largement, elle dépend de l'acceptation de nos limites. Le monde n'existe pas seulement pour la satisfaction de nos désirs; c'est un monde dans lequel nous pouvons trouver du plaisirs et auquel nous pouvons trouver un sens une fois que nous avons compris que les autres y ont également droit. » Cette notion de maturité psychologique (qui est le fond traditionnel de toute sagesse et la condition de toute vraie convivialité) suppose qu'il est possible, avec le temps et l'expérience, de dépasser l'égoïsme initial de la jeunesse et, comme poursuit Lasch, « de s'identifier progressivement au bonheur et à la réussite d'autrui. » Elle est donc, par définition, incompatible avec les postulats philosophiques de l'anthropologie libérale.
    Voilà pourquoi s'impose partout dans le capitalisme triomphant la glorification de la « culture jeune », dont la Gauche a depuis les années 70 imposé les révolutions culturelles (notamment dans l'appareil scolaire).

    Ce qui autorise un certain pessimisme quant à la capacité des générations actuelles à reprendre à leur compte nos luttes.
    Je terminerai en utilisant mon « petit Michéa illustré », « mais s'il advenait malgré tout, - écrit-il – que l'humanité perde son dernier combat et soit ainsi contraint de céder la place aux machines post-humaines, dans le monde dévasté du libéralisme victorieux, il resterait encore une vérité ineffaçable. La richesse suprême, pour un être humain – et la clé de son bonheur – a toujours été l'accord avec soi-même. C'est un luxe que tous ceux qui consacrent leur bref passage sur terre à dominer et à exploiter leurs semblables ne connaîtront jamais. Quand bien même l'avenir leur appartiendrait. »

    Olaf : je conviendrais, si l'on veut, que la science décrive des « réalités ouvertes » et qu'elle ait substitué son causalisme par une equifinalité ou multifinalisme, encore que là, la fin soit en vertu de déterminations causales. Ce qui permet aux journaux de nous ressortir l'horrible mythe de la prédestination avec leur capacité acéphale de vanter n'importe quelle nouveauté. Toutefois les conditions d'observation et de poursuite du développement des connaissances scientifiques requièrent en premier lieu un logique d'accumulation de croissance, que seul le libéralisme suicidaire propose. Il est donc bien logique de retrouver la majeure partie des scientifiques, si soucieux de faire évoluer leur technosphère, à l'avant-garde technophile du monde capitaliste. L'économie a inventé la science dont elle avait besoin et réciproquement cette science a donné l'économie nécessaire à son développement. On peut lire la recherche vue de l'intérieur de Carlos Ojeda.
    La machine que nous utilisons actuellement, qui assure la médiation rationnelle de notre relation, concrétise en elle-même le processus qui supprime méthodiquement nos vies;le monde tel qu'il est peut être reconstruit entièrement à partir d'elle. Elle est inséparable de la masse énergétique et de l'organisation totale, qu'elle requière; elle pourrait métaphoriquement servir à expliquer le monde tel qu'il sera bientôt un peu plus détruit.

    Excusez de la faiblesse de cette remarque, rédigée après coup.

  22. B. Comteville

    Vous faites vraiment fausse route contre Jean avec vos propos. J'espère simplement que vous vous apaiserai et prendrai le temps de le lire davantage.

    Comme vous, il m'arrive quelquefois que mon pathos me domine, c'est-à-dire ma rage envers le grand système productiviste dont nous sommes si communément les «petites mains» mystifiées comme dirait Stengers et Pignarre.

    En fait, Jean est un de nos meilleurs alliés dans cette lutte contre le productivisme et le technodéterminisme, le lire devrait peu à peu vous convaincre.

    On ne peut rien dire de plus

  23. Il se trouve que bien des découvertes ont été faites par des originaux qui ont été plutôt brimés par leurs sociétés contemporaines et collègues également. Donc assimiler la science à ses sbires bureaucratisés n'est pas la meilleure vue.

    Par ailleurs, il n'y a pas eu besoin d'accumulation de croissance pour que la science avance un peu dans bien des cas. C'est plutôt les avancées de la science qui ont permis des avancées de croissance au profit de quelques uns.

    Ceci dit, il est probable que diverses connaissances puissent expliquer les destructions actuelles ou à venir, en sont elles pour autant la cause ?

  24. @B. Comteville

    "Ce qui autorise un certain pessimisme quant à la capacité des générations actuelles à reprendre à leur compte nos luttes." Je ne vois pas pourquoi les jeunes ou les moins jeunes devraient reprendre les luttes des vieux sous prétexte qu'ils le disent. Comme toujours les jeunes savent rien, ne pensent pas aux autres... c'est fatiguant. Il faudrait peut-être essayer de comprendre que le mieux est encore d'essayer de mettre en commun. En l'occurrence il suffit de chercher un peu qui a le capital pour voir que vos fameux capitalistes sont en fait d'un certain âge.

    Vous vivez "dans le monde dévasté", souffrez que d'autres vivent dans un monde à venir. Vous en venez où en fait véritablement ? Ca y est c'est l'apocalypse ? En l'occurrence Jean Zin (je crois hein) essaye de démontrer que de toutes façons la catastrophe est présente et qu'il faut la gérer plutôt que de pleurnicher et vous faites tout l'inverse. Enfin je me trompe peut-être mais c'est pas facile de vous lire sereinement et en gardant son calme.

  25. Bonjour

    Je crois qu'une petite (re)lecture du "Droit à la paresse" (Paul Lafargue) ne ferait pas de mal à certains.
    Pour ce qui serait à faire rapidement, les propositions comme la semaine de 4 jours de Pierre Larrouturou dans "Le livre noir du libéralisme" ne sont pas ridicules et assez simples à mettre en place.

  26. J'ai trouvé intéressante la vidéo de ce soir ou jamais.

    On s'attendrait à ce qu'un paléontologue du climat et un historien du climat relativisent notre réchauffement actuel, mais Emmanuel Leroy-Ladurie insiste au contraire à la fois sur l'ampleur du réchauffement, bien au-delà des variations de 1° que nous avons connues, et sur sa rapidité, sans précédent non plus. Pour l'instant, nous entrons dans les températures favorables de l'empire romain, c'est au-delà que ça se gâte ! Le paléontologue est quand même bien plus serein, confiant dans le retour des glaciations dans 10 000 ans (!) mais il fait comme si il n'y avait jamais eu d'extinctions massives !

    Globalement on en sort quand même un petit peu rassuré : si on maîtrise nos émissions on ne devrait pas outrepasser les épisodes précédents et déclencher un emballement immaîtrisable, mais si on atteint des réchauffements de 8° voire 10° comme Emmanuel Leroy-Ladurie dit que certaines études le prédisent, sans pouvoir juger de leur pertinence, ce serait effectivement dramatique (et pourrait conduire à une extinction massive même si tous les hommes ne disparaîtront pas!). Il est lui aussi impressionné par la succession des mauvaises nouvelles et les conséquences humaines prévisibles...

  27. Je mets au point une petite chose: ma remarque adressée à M. Zin est en réaction de la lecture de son livre, avec la couverture flanquée d'un horrible bâtiment sans doute construit par Bouygues, pour cette raison qu'il me semble favoriser ce qu'il cherche sans doute très sincèrement à dénoncer. ( Et qui se demandera sans doute plus tard comment sa stratégie a pu échoué.)

    Je me permets de répondre également aux « critiques » qui m'ont été adressées.

    Mais je vois avoir perdu mon temps, il est manifeste que vous ne faites que consommer de l'information (usage bien naturel des « autoroute de l'information » de la 3ème révolution scientifico-industrielle, avec un résultat aussi manifeste sur le paysage intérieur des individus), suspendus au jugement des « experts », cette néo-figure omniprésente de la domination technique.
    Sans percevoir manifestement que les moyens et les conditions de cette consommation (de la télévision à internet) sont à l'avant-garde des transformations capitalistes (mais peut-être, avec les marxistes du Collège de France, pensez-vous que le capitalisme donnera spontanément naissance à un communisme planétaire, avec revenu garanti et bonheur industriel sous plastique écologique. Car il faut être professeur de philosophie au Collège de France pour ne pas s'apercevoir que la marchandise contient en elle-même son devenir-monde, avant même d'être fabriquée à Taiwan).

    Je passerai les couplets larmoyants sur la jeunesse d'un M. ci-dessus, qui n'a semble t'il pas compris (ce que j'ai pourtant écrit) que la dissolution de la logique et du sens critique était l'objet principal de la « gauche » (dont M. Allègre et son éternel inspecteur incarnent la tendance avouée) depuis 40 ans; à voir le résultat sur la génération actuelle, à laquelle j'appartiens par l'âge, la réussite est totale. Sa perméabilité à toutes les manipulations de l'industrie et de l'Etat (ateliers sémantiques de la novlangue, etc) marque si bien sa dépossession qu'il faudrait être devenu fou pour refuser de le voir.
    Il était de là bien naturel qu'une telle jeunesse, flanqué d'un lecteur MP3, de vêtements en Nylon, d'un téléphone portable et d'un ordinateur, s'invente une langue (la novlangue et le langage SMS) à la hauteur de l'entendement qu'a bien voulu lui fournir l'école de la réification capitaliste. (Où j'ai la chance d'être peu allé.) Il est aussi bien naturel qu'elle confonde si facilement être et représentation et ne voit aucune objection à ce que les médias organisent spontanément (pour les fous de l'école du complot planétaire la sortie est au fond de la salle) la représentation du monde qu'elle le Marché veut bien lui fournir. On pourrait croire avec l'hébétement que provoque le flot continu d'informations en tout genre que l'on nous dit tout, il y a pourtant bien des choses qu'on ne veut pas dire, ou édulcorées d'un rassurant optimisme technologique (pendant lyrique du pessimisme social du libéralisme). Tenez: « En 1983, le rectorat de Nice avait réalisé une enquête auprès de 12000 élèves de sixième. 22,48% ne savaient pas lire et 71,59% étaient incapables de comprendre un mot nouveau à partir du contexte. » Depuis, ajoute Liliane Lurçat, (élève puis collaboratrice d'Henri Wallon, une des rares spécialistes sérieuses des sciences de l'éducation en France) « comme une mer engloutie dans les sables, le problème a disparu, par la magie du silence des médias et de la propagande politique. Sur les décombres de l'enseignement de la lecture et l'écriture, on bâtit dans la hâte l'école de masse, en faisant miroiter le baccalauréat pour tous » (Liliane Lurçat, Vers une école totalitaire ? Paris, 1999). Inutile de préciser que depuis, l'ignorance progresse et le sens critique s'effondre. Résultat bien naturel, encore m'allez-vous dire, des réformes entreprises précisément à cette fin.

    Cette puissance matricielle, que sont les forces scientifico-industrielles (puisque ce sont des « experts » scientifique en Science de l'(in)éducation qui participe au projet pilote des réformes), substituées aux anciens « montage normatif », est l'explication de ce constat. C'est par définition également qu'un individu soumis à un rétrécissement de la conscience ( dans le cas de l'enfant, à la culture de son égoïsme initial contre tout ce que la conscience pourrait faire pour le « grandir ») ne le sent pas (d'où l'intérêt des dépistages préventifs de l'E.S.B, pour lui expliquer tant qu'il comprend encore ce qu'on lui dit). C'est à mon avis une des raisons pourquoi l'individu collectivisé de la jeunesse ne conçoit pas où le problème: sa subjectivité, à laquelle il s'identifie, ne pourrait lui servir à rien hors de ces conditions artificielles qui en sont la matrice; i.e: ton « entendement » adapté à l'ordinateur a nécessairement besoin d'un environnement dominé par celui-ci pour être utilisable, qui en a fourni tout le mobilier et les accessoires, avec l'emploi du temps et les « thèmes de réflexion », au nombre desquels ne figure pas celui d'imaginer en sortir. L'utilité qu'ils lui trouvent étant l'alibi de leur dépendance.

    Qui ne se penche pas sur la nature exacte de cette rationalité abstraite et monotone, quoique très concrète, commune à la raison économique (le capitalisme) et à l'objectivisme scientifique, qui les fusionne en cette instance de gouvernement du monde, en cette domination sans visage des paranoïaques du complot planétaire; pour qui les sociétés humaines qu'elle équipe de ses moyens techniques ne sont que des outils, des interfaces, des bras articulés au moyen de quoi elle se saisit de la vie (un peu comme le biologiste tue l'animal avant de le passer au mixeur) pour la broyez au profit de son environnement contrôlé (celui dans lequel il faudra bientôt cacher le soleil, balancer de l'aluminium dans l'atmosphère et, pourquoi pas, construire des bunkers pour sauvegarder la société mondiale de toutes les contradictions dans lesquelles elle se désagrège); de toute façon bientôt indispensable pour faire face au désastre écologique dont cette « domination » avait besoin pour régner (avec nature reconstruite à notre usage); celui-là, qui ne se penche pas, etc., passe entièrement à côté du problème.

    Il est évident que ces remarques sont rédigées dans ma bibliothèque, non le nez collé devant l'écran de cet inhospitalier « cybercafé ». Le totalitarisme (i.e: la technique de domination) informatique a poussé si loin la reconstruction des nécessités qu'aucun éditeur n'accepte plus de manuscrit, sauf de quelques vieillards prestigieux. Ayant fini de « taper » ce manuscrit, il me reste à vous dire « au revoir » par le truchement peu convivial de l'informatique et à vous souhaite de vous sortir, un jour, de la cage informatique où vous vous êtes, certainement de bon gré, enfermés.

  28. B. Comteville:"l'ignorance progresse et le sens critique s'effondre"

    Bonjour.

    C'est une évidence qu'un défaut de sens critique chez un individu le rend aisément manipulable. Le verbe "formater" (un disque dur) est largement entré dans le langage courant pour désigner un individu ne voyant pas plus loin que le bout de son "cluster".

    Le problème n'est pas seulement en cause dans "l'éducation nationale", il est culturellement général. Je ne connais pas beaucoup d'élèves de sixième capable de comprendre ou même simplement d'avoir du plaisir à écouter une fugue de Bach.

    Si vous voulez dire que la technologie alimente l'ignorance, je suis bien d'accord. Les technologies de l'information sont aussi celles de l'incommunication, le téléphone n'a jamais rapproché les individus, il leur permet seulement de déballer leurs "subjectivités" (au sens où vous l'entendez) respectives sur de plus grandes distances.

    Mais il n'y rien là de bien nouveau, déja l'écriture en son temps avait bouté la transmission orale et le contact physique ainsi que la communication non-verbale qui en découle.
    Cette perte de contact est une désunification sensoriele si bien qu'aujourd'hui on "a" un contact ou un lien alors qu'avant, on "était" soi-même ce contact ou ce lien.

    Cette désunification sensoriele est une perte de l'individualité au sens de "l'être" et ceci est le facteur d'une pseudo-individualité au sens de "l'avoir".

    Aujourd'hui un individu ou devrais-je dire "un dividu", n'est plus ce qu'il est mais seulement ce qu'il a. Même le véritable contact physique de la relation amoureuse ne consiste plus qu'à "l'avoir" de l'orgasme. Le "septième ciel" n'est plus un orage cosmique mais une tempète névrotique.

    L'essentiel à fait, fait et fera toujours place à l'existenciel dans un éducation capitaliste. Que peut-on vendre si ce n'est des marchandises ?

    Et si l'homme se vend, c'est qu'il est corrompu.

  29. Peut-être que les individus, ou les jeunes, ou autres... ne sont pas comme les personnages de fiction qu'on voit à la télévision.

  30. L'homme est corrompu depuis l'origine, c'est le langage, la parole, le sens, l'esprit, le souvenir qui nous séparent de la présence et nous livre à l'erreur et au mensonge. Il y a certes un gouffre entre ce qu'on a cru devoir-être et ce qui est effectivement, on peut être en colère contre les démentis du réel. Ce qui me distingue des extrêmes habituelles qui se rejoignent dans leurs prétentions absolues c'est que je ne crois pas du tout que c'était mieux avant, et je ne crois pas que ce sera beaucoup mieux après. Loin d'un progrès linéaire, je crois que l'histoire est dialectique et qu'on aura toujours du remord, qu'il nous faudra toujours reconnaître nos erreurs. Nous avons affaire dès l'origine au non-sens, à l'injustice, à la mauvaise foi quand à faire pire, c'est difficile. Difficile de faire pire que les religions, que les nazis, que les staliniens... Notre rationalité limitée nous désole mais il n'y a pas d'homme nouveau et il faut s'y faire plutôt que se croire plus intelligent que tout le monde. Il ne faut pas se monter la tête avec les grands mots (l'Homme, le Progrès, l'Authenticité, la Liberté, etc.). Par contre il y a de véritables problèmes, une marchandisation trop envahissante, un discours de l'intérêt qui empiète sur le discours de l'honneur, une puissance technique destructrice, des menaces écologiques, des institutions inadaptées, etc. Il faut toujours se relever du désastre, entrer en résistance, sauver ce qui peut l'être...

    Je n'ajoute qu'un mot sur la couverture de mon livre. Juger un livre à sa couverture est tout de même un peu court et maintenir un tel jugement après l'avoir lu est bien incompréhensible ! En tout cas, la couverture est la seule chose dont je ne suis pas responsable dans ce livre, je l'avais d'abord refusée et mon éditeur me l'a imposé. Je n'en suis pas mécontent parce que c'est une belle image mais d'une part ce n'est qu'une image (pas une réalité!) et d'autre part c'est effectivement loin du contenu. Je ne défends pas tellement l'éolien par exemple, qui n'est pas une solution au contraire du solaire, mais ce montage ironique n'a pas la prétention de décrire le contenu...

  31. c'est amusant , car si je m'éfforce , encore de façon trop superficielle , à lire et comprendre jean zin et la tradition qu'il rend accessible , c'est en fait car je le tiens pour un excellent chercheur en science de l'éducation , même si cette appelation ne lui viendra pas à l'esprit . c'est bien parcequ'il considère que l'histoire est création et dialectique et qu'il n'a pas peur de s'y engager , à l'instar de ces macrocephales universitaires qui pense que l'éducation ça se limite juste à réformer l'éducation nationale ou souvegarder cette si difficile langue française , menacée par une générations de baveux dont les ecrits sont pervertis de faute d'orthographe et de synthaxe. là on a un belle exemple d'autodydactie et d'autonomie . également un belle exemple d'éducation populaire avec ce blog. et cet ulysse explore assez bien ce labyrinthe qu'est l'écologie politique et toutes ses préoccupations transversales . si ce n'est pas un modèle de pureté s'est sans doute qu'il considère que le philosophe a toujours eu et aura toujours sa part de connerie et d'aveuglement , qu'on se grandit toujours à reconnaitre plutôt que de s'enfermer dans une pseudo dignité morale .

    sinon je n'ai pas été vraiment convaincu pas la vidéo de ce soir ou jamais et reste très inquièt sur les risques de l'avenir au point de réflechir à 2 fois avant de faire des gosses qui eux connaitrons peut être la fin du monde . ou au mieux vont morphler pour tout une bande de trou du cul aux hébriétés energétiques et consommatoires criminelles .

    ça donne un peu la rage , même si l'histoire n'a pas fini de nous étonner de ses trouvailles et qu'il y a même sur le moyen terme quelques espoirs que ça s'arrange un peu .

  32. Le seul sens où on pourrait parler de science de l'éducation, me semble-t-il, c'est dans le sens d'essayer d'éduquer à se méfier de ses propres certitudes car c'est bien la réalité première notre crédulité. Nous restons facilement fascinés par une vérité, dans l'oubli de la vérité contraire. Le simplisme est très satisfaisant pour l'esprit, la quête de l'unité est la quête de la connaissance mais quand on regarde en détail tous les préjugés dogmatiques volent en éclat. S'il y a quelque chose à apprendre c'est ce judo avec la vérité où le discours de libération devient conformiste, où la critique du conformisme rabâche un conformisme sans pensée, où la critique de l'aliénation devient aliénante...

    Ce n'est pas le fait des imbéciles, c'est à chaque fois un moment de notre réflexion avec toute la limitation de notre savoir. Les imbéciles ne font que s'arrêter à ce moment d'aveuglement devant l'éclat d'une révélation trop soudaine. Les vieux sages savent qu'ils ne savent rien car ils savent comme on est détrompé à chaque fois aussi attentif qu'on soit à ne pas réciter des leçons mal apprises...

    Il y a tant à savoir, tant à apprendre, tant qu'on ne pourra connaître, vraiment pas de quoi se gonfler et vouloir juger tout le genre humain, se demander en quoi on fait partie du spectacle qu'on dénonce, en quoi on affirme toujours son excellence dans le mépris des autres, et, sans se faire trop d'illusions ne pas céder pour autant sur l'exigence de justice et l'aspiration à plus de libertés !

  33. Pas du tout sur la même note...je trouve difficile d'intégrer un commentaire comme celui fait par Michel Rocard, sur l'éventualité d'une crise économique mondiale. Je me réfère à cet article trouvé sur le site de Contre-Info.

    contreinfo.info/article.p...

    Sous l'angle de l'orthodoxie économique, on peut être assez d'accord avec l'analyse faite sur la diminution de la rémunération du travail et donc d'une baisse de la demande, ce qui laisse bien des gens avec moins que le nécessaire.

    Sous l'angle écologique, tout à fait passé sous silence, une relance de la demande a pourtant de quoi inquiéter.

    Vu de loin, j'imaginais Rocard plus soucieux de faire tenir ensemble écologie et économie, dans un commentaire plus serré, toujours en s'adressant aux États et aux capitalistes de ce monde.

    Relancer quelle demande ? La question ne se pose t-elle pas avec grande acuité ?

  34. On n'est pas dans la même échelle de problèmes avec la crise financière qui s'annonce, on peut même y voir une catastrophe salutaire ce qui n'est pas le cas du climat !

    Du fait que nous sommes dans une phase de croissance tirée par la Chine, l'Inde et le Brésil, je ne crois pas que la crise puisse être durable même si elle est très sévère. Il y aura des dégâts mais je vois plus cela comme un retour aux réalités (à la vérité) et donc comme une période de mutations importantes (tout comme l'éclatement de la bulle internet n'a pas été vraiment néfaste pour le développement d'internet, pas plus que la folie du rail n'a arrêté le train!). On ne peut éviter l'effondrement du système spéculatif pour sortir de la folie irresponsable des dominants car personne ne veut céder sur les avantages qu'il retire du pillage écologique et financier. Il faut donc remettre les compteurs à zéro, notamment le compteur de la dette, ce qui se fera par l'inflation sans doute. Je me trompe peut-être mais j'y vois plus des opportunités que des menaces, les forces de transformations sont là, la tension entre les anciennes institutions et les nouvelles réalités est de plus en plus douloureuse, une crise qui oblige à se réorganiser (relocaliser) peut être l'occasion à saisir. Evidemment, il se peut aussi que la situation soit tellement désespérée qu'on tombe dans une nouvelle sorte de fascisme ou de fanatisme religieux... Ce qui manque c'est la structure politique, le soutien opérationnel, la capacité de décision et d'action.

    Michel Rocard est ambiguë sur pas mal de points dont l'écologie et semble s'inspirer un peu de Jean-Marie Harribey. Je critiquerais d'abord l'absence de la dimension générationnelle qui éclaire pourtant bien les différences de politiques qui sinon semblent tomber du ciel des valeurs, on ne sait pourquoi. Les cycles de Kondratieff me semblent avoir une force d'explication matérielle dont on ne peut se passer.

    L'autre critique, c'est de croire que la précarité n'est qu'un effet de la dégradation du rapport travail / capital, alors que c'est un effet à long terme du passage de l'ère de l'énergie (où l'effet est proportionnel à la cause) et l'ère de l'information (non-linéaire), exigeant de nouvelles protections et non le retour au fordisme. Il parle d'économie sociale mais sans en souligner l'impact écologique et privilégie plutôt, effectivement une relance salariale. Ceci dit, pour ma part je défends aussi une forme de relance, simplement elle est locale (monnaies locales) ! La décroissance ne peut signifier qu'on augmente la misère !

    Schumpeter disait déjà que la cause de la décroissance, c'est la croissance. La dépression et les krachs sont des réalités économiques qui apportent effectivement beaucoup de misères. Ce n'est pas ce qu'on veut mais c'est indépendant de notre volonté ! En tout cas, il semble bien qu'on retient son souffle, comme s'il suffisait d'un geste pour que tout s'écroule (même l'accord entre les banques, salué comme la fin du libéralisme, a plutôt inquiété ! Ce n'est pas la panique encore, mais il manque juste l'élément déclencheur).

    "Nous sommes dans une situation étrange : les signes avant-coureurs d’une crise mettant en cause l’équilibre général de l’économie s’amoncellent et pourtant les « opérateurs » restent silencieux". (M. Rocard)

  35. Pascal Lamy arrive à être plus intéressant et sans doute est-il définitivement beaucoup mieux placé que Rocard.

    Si l'OMC peut distiller et avaler ces propositions, elle ne sera déjà plus là même. Ce qui c'est dit à Bali a dû un peu préparé le terrain.

    http://www.wto.org/french/news_f...

    L'angle d'approche n'est encore plus le même.

  36. Pascal Lamy est étonnant. Il avait déjà déclaré : « Nous ne pouvons pas nous satisfaire du capitalisme » !

    contreinfo.info/article.p...

    « Le système a tendance à ce que les riches deviennent plus riches dès lors qu’ils accumulent du capital et les pauvres plus pauvres dès lors qu’ils ne sont détenteurs que de leur travail. »

    Il ne faut pas trop prendre au sérieux ces réminiscences de socialisme mais, en même temps, il vaut beaucoup mieux avoir des sociaux-libéraux comme Strauss-Khan à ces postes internationaux plutôt que des néolibéraux ou des néo-cons !

  37. Confirmation des risques de l'hypothèse extrême, avec un pôle Nord tropical comme il y a 55 millions d'années (et une extinction massive!). Certes, le volcanisme y a eu sa part, mais on n'est pas à l'abri d'épisodes volcaniques s'ajoutant à notre surproduction de co2 !

    tempsreel.nouvelobs.com/a...

    "Une équipe internationale de recherche a mis au jour, en plein cœur du pôle nord, des planctons tropicaux et des fossiles de feuilles caractéristiques des climats subtropicaux modernes insérés dans des échantillons de sédiments. Ils sont la preuve que le climat était bien plus chaud il y a 55 millions d’années, lors du maximum thermique paléocène-éocène (PETM). A l’époque, dans cette zone du globe la température moyenne a grimpé jusqu’à 25°c".

    "L'origine de la crise climatique du PETM serait un dégagement massif de dioxyde de carbone dû au volcanisme intense causé par l'ouverture de l'Atlantique Nord (Islande) ayant entraîné la fonte des hydrates de méthane, un gaz qui une fois relâché, aurait augmenté la température d’au moins 5 degrés Celsius. Elle aurait duré 100 000 ans et serait selon certains auteurs, d'une ampleur comparable à celle qui risque de débuter, si les humains continuent à produire autant de gaz à effet de serre".

  38. Les preuves s'accumulent, elles sont de plsu en plsu étayées, et du coup les politiques libérales font en sorte que cela soit le plus décrédibilisé possible....

    Sinon, rien à voir, mais l'échantillon sonore que vous avez donnez à la sonothèque des Verts, Jean, est brillant ! (sur les monnaies locales)

  39. Cela m'a fait bien plaisir que mon interview sur les monnaies locales ne soit pas trouvé trop mauvais, de là à le dire brillant... Je me trouve très mauvais à l'oral car non seulement je cherche trop mes mots mais je ne trouve pas toujours les bons et je voudrais pouvoir me corriger comme à l'écrit, il est si difficile de ne pas dire des bêtises et il est si important de ne pas tromper les auditeurs, de ne pas céder à leur séduction !

    Je ne regrette pas de ne pas être un tribun. Le pouvoir de la parole est l'instrument de la domination, ce que Hitler avait bien compris (c'est même là dessus qu'il s'appuie principalement comme il l'écrit dans Mein Kampf). Je suis quand même trop inhibé et si le résultat n'est pas trop mauvais cette fois c'est aussi grâce au travail de montage d'Alexis Braud ! Je pense nécessaire que j'arrive à faire des vidéos mais j'ai besoin pour cela qu'on me pose des questions ou qu'on m'oppose des contradictions sans doute, impossible de tout dire, c'est tout le problème...

    Sur le reste, je ne parlerais pas de "preuves" pour ma part. On ne peut juger du long terme à partir de variations à relativement court terme. Il y a de quoi s'inquiéter, demander un supplément d'enquête, il n'y a pas de preuve sur laquelle ont pourrait se reposer. Les "sceptiques" n'ont pas entièrement tort, là où ils se trompent, et s'y croient un peu trop, c'est dans leurs certitudes qu'on ne sait rien et qu'il n'y a rien de grave qu'une folie collective ! Il suffit qu'une catastrophe soit possible pour qu'on s'en préoccupe, pas besoin d'en être certain !

    L'enjeu de l'ère du savoir, c'est de reconnaître la part de notre ignorance. C'est au nom de ce qu'on ne sait pas qu'on agit et qu'on questionne l'avenir. Ce qu'il faut questionner ce sont les certitudes des uns et des autres. Si l'ère de l'information, c'est aussi l'ère de l'écologie politique (et donc la fin du libéralisme), ce n'est pas que la catastrophe soit sûre mais qu'elle devienne calculable. L'existence d'un risque global suffit à regrouper tous les pays dans la conscience d'un destin commun. Pas besoin pour cela d'être catastrophiste, une conscience collective se constitue, comme toute conscience, par le souci, l'irritation, l'angoisse, la conscience de ce qu'il faut préserver de ce que nous sommes mais, une fois constituée, elle devient projection dans l'avenir plus positive et qui gagne à se délivrer de la peur (pas de la responsabilité).

    Il ne faut pas cultiver le catastrophisme mais seulement poser la question sur les conséquences de nos actes et sur l'avenir de la planète. La question de savoir si nous sommes vraiment dans un emballement irréversible doit s'aborder le plus sereinement possible sans se précipiter sur les conclusions. Il y a de quoi se faire du souci, rien n'est sûr encore et les raisons de ne pas s'en faire ne sont pas toutes mauvaises. Il y a d'un côté les probabilités à long terme (qui sont très faibles) et l'accélération actuelle qui a de quoi inquiéter. Ce qui est sûr, c'est que c'en est fini du laisser-faire et que nous devons examiner le pour et le contre à chaque fois.

  40. Bonjour,

    Il y a une question à laquelle nous ne répondons pas pour le moment :

    Lorsque je me lève, les arbres sont toujours là et, ce matin, j'ai croisé deux daims en sortant de chez moi.

    Et pourtant le monde de la mesure me dit le contraire : les arbres vont disparaître, les espèces aussi et, peut-être, l'humain.

    Enfin s'il y a une catastrophe, toutes les théories actuelles, toutes les pensées, les concepts d'art, de science, bref ce qui fait notre culture donc notre civilisation seront balayés. Ce qui va en intéresser plus d'un mais, auparavant, il y aura des conflits, de nouvelles stratégies politiques lesquelles risquent de faire autant de mal que le problème climatique si ce n'est plus.

    Ah ! La douce époque de "Mad Max" arrive... peut-être.

    Toutefois l'idée de la co-existence de la fin du capitalisme avec la fin d'un modèle écologique montre, quand-même, qu'il n'y a pas un monde humain en-dehors et une nature ressources mais bien un en-dedans où les deux doivent co-exister ensemble et qu'un milieu est intimement rattaché à l'autre ou que l'humain dépend du milieu dans lequel il crée sa "niche écologique" et que cette dernière se modifie en-même temps que l'humain la développe.

    Pour terminer avec le pire des scenarii. Le vivant, quant à lui, ne disparaîtra pas mais sera-t-il, à nouveau, intelligent comme nous l'entendons ? Là c'est tout une autre histoire qui risque de commencer mais dont personne n'en pourra être témoin s'il n'y a pas d'intelligence au sens humain du terme alors qui ou quoi en sera le témoin ? Une théorie, une science, une ruine, un souvenir, ou rien ?

  41. Je ne pense pas que l'humanité puisse disparaître complètement. Nous avons assez de technologie pour survivre dans des conditions extrêmes, au moins en tout petit nombre. Il ne devrait pas y avoir de disparition des sciences, donc. Il est très difficile de se faire une idée de l'étendue de la catastrophe mais, je le répète, il ne faut ni faire comme si elle était sûre, ni croire qu'on va transformer la terre en Vénus. Il y a de gros risques qu'il faut étudier, notamment le fait que le réchauffement provoque une asphyxie (cf 11/06), voire l'empoisonnement par le sulfure d'hydrogène, mais, même dans ce cas là quelques-uns devraient arriver à s'en protéger. Le difficile c'est de ne pas céder à la panique, sans non plus éviter d'évaluer les risques majeurs (on va constituer un groupe de travail pour essayer d'en savoir plus sur cette question et ne pas dire des bêtises, en s'appuyant sur les données actuelles).

  42. L'idée n'est pas de céder à la panique mais de savoir, de reconnaître quelles sont les parts qui appartiennent à

    *notre propre mythologie (genre prophéties auto-réalisatrices d'où la référence à Mad Max, je suis très curieux de savoir dans quelles mesures ce genre de films nous influencent sur notre propre perception moderne ; sans parler d'une variante de Mad Max en film série z qui s'appuyait sur le manque d'eau non pas de pétrole).

    *à la réalité effective du problème d'où la question du début : pourquoi l'herbe est toujours verte, les daims sont toujours là alors que la société de la mesure me dit le contraire potentiellement.

    *Certes, il n'y aura peut-être pas une disparition de l'humanité mais dans cette optique de survie : quelle sera, là aussi, la part de la science qui aura tendance à modifier le métabolisme (?) afin de le rendre plus résistant face à un environnement plus invivable mais quid de l'évolution naturelle (et ici je fais référence à l'idée de dérive chère à H. Maturana).

    *je suis prêt à parier que dans un monde contraint, englué par ces problèmes il y aura une dégringolade de la culture (et là aussi il y a une forte part mythologique que le cinéma nous transmet ; voir le film "le fils de l'homme". Description d'une société stérile, la subtilité du film étant de révéler l'arrière plan : la migration clandestine et ses extrêmes sur fond de perte de toute forme de culture au profit du terrorisme et culte d'une société utopique technologique...).

    *Enfin, et bien entendu, il y aura de nouvelles stratégies politiques, de nouveaux flux migratoires, peut-être de nouveaux conflits liés aux problèmes climatiques. La plupart des pays industrialisés en sont conscients.

    *C'est peut-être pour toutes ces raisons et bien d'autres encore que les partis politiques, les militants de toutes sortes ont bien du mal à s'y retrouver... (sans même faire référence, pour le moment, aux concepts d'information et de complexité).

  43. "Après moi le déluge" aurait dit Louis XV : c'est la tentation naturelle qui nous vient en tête. Si tout est perdu, alors vive la fatalité !
    Et puis ça encore : les religions nous culpabilisaient (tas de pourceaux mécréants !) et le néo-libéralisme a pris le relais (tas de paresseux parasites !) ; maintenant nous avons personnellement, et en toute connaissance de cause, participé à un crime écologique, nous avons tué la Terre. Devons-nous nous repentir ? Quelle malédiction : toujours coupables de tout ...

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