Le refus du réel

deni_realiteIl ne suffit pas d'avoir des idées claires et distinctes pour que ce soient des idées justes. Il ne suffit pas non plus de trouver une situation intolérable pour trouver comment s'en sortir, ni surtout pour se mettre d'accord sur les solutions. Il n'y a pas que les divisions entre droite et gauche mais au sein même de la gauche, il y a profonde division sur les politiques à suivre. Cette division est notre réalité première qu'il faudrait reconnaître, nous condamnant sinon à l'impuissance ou à l'échec, mais cela devrait nous faire renoncer à toute vision totalitaire d'une société unie, ce que chacun désire sans aucun doute mais qui ne se peut pour de très bonnes raisons et d'abord parce que personne ne détient la vérité qui n'est pas donnée mais fait l'objet de luttes acharnées et ne se détermine qu'après-coup dans l'expérience du réel.

On ne s'unit que dans le combat contre l'ennemi, extérieur aussi bien qu'intérieur (prenant ainsi immanquablement le parti pour le tout). On devrait le savoir désormais, l'idée que "le" peuple prenne le pouvoir n'a pas de sens dans nos démocraties pluralistes, du moins en dehors du niveau local et d'une démocratie de face à face. Plus le pouvoir s'étend sur de vastes contrées et plus il doit composer avec des forces et des masses en jeu qui ne dépendent pas de notre bon vouloir (pas plus que les sciences ne peuvent dépendre de la démocratie). A ce niveau, ce qui compte, c'est moins le volontarisme que la justesse et la réactivité des politiques suivies, largement aux mains de technocrates. Le "déficit démocratique" n'est pas très différent entre les USA, la Chine et l'Europe même si ce n'est pas pour les mêmes raisons (l'argent, le parti, le jeu des nations), la pertinence des politiques suivies se jugeant au résultat. L'enjeu est donc bien d'abord cognitif, non pas qu'un hypothétique peuple accède au pouvoir on ne sait comment mais de savoir quoi faire. L'important serait d'avoir une analyse juste de la situation, ce qui n'est pas du tout le cas de la gauche actuelle dont les discours se caractérisent plutôt par un refus du réel obstiné et sans issue où l'imputation à la crise de causes imaginaires amène à des solutions tout aussi imaginaires (on va en examiner quelques unes), essuyant avec constance défaite sur défaite.

Il y a deux façons de refuser le réel, soit de se le cacher, soit d'y résister. Bien sûr, ce n'est pas la résistance à l'injustice du monde qu'il faudrait mettre en cause, il ne peut s'agir de subir passivement tant qu'on est vivant. Au contraire, lorsque ce n'est pas un simple refus intellectuel du monde tel qu'il est mais une intervention dans ce monde, le refus du réel est souvent un devoir pratique, engageant l'action négatrice qu'on lui oppose mais toute résistance est ponctuelle, orientée vers un débouché concret qui doit être réalisable. Pour cela, il ne faut pas que le refus du réel soit le refus de le voir tel qu'il est ni une surestimation de l'état de nos forces pour y substituer quelque mythe ou pétition de principe. Sinon, c'est en pure perte qu'on mobilise des millions de manifestants contre le recul de l'âge de la retraite que la gauche au pouvoir reprend à son compte par la force des choses. C'est la trahison des faits qu'on prend pour la trahison des élites en déroute. En tout cas, il ne suffira pas de condamnations morales ni de brillantes réfutations idéologiques pour transformer le monde, ni même d'un volontarisme décidé s'il ne tient pas assez compte de tout ce qui ne dépend pas de nous.

Quand le chômage et la misère augmentent, impossible de l'accepter alors on cherche des coupables, quelques complots, banquiers véreux et politiciens corrompus (il y en a) quand ce n'est pas le capitalisme (accusé de tous les maux de la Terre) ou seulement le néolibéralisme mais peut-être bien la technique ou la rationalisation sinon l'humanité elle-même dont la science est bien le péché originel (ou la cupidité, l'égoïsme, l'individualisme). Il y a tant d'autres causes encore pour tout expliquer, que ce soit l'argent, le crédit. les médias, le numérique, l'énergie, etc. Ce besoin vital d'une causalité simple et définitive aveugle littéralement tous les opposants au système, ne faisant qu'aggraver la situation à laquelle on n'oppose que des solutions illusoires dans la confusion la plus grande au lieu d'en prendre toute la mesure pour mieux y répondre, s'y adapter et en réduire les ravages. Un des symptômes les plus inquiétants de ces égarements est le succès grandissant d'une mouvance rouge-brun qui ne voit pas où est le problème de "dialoguer" avec une extrême-droite douteuse, au nom de la démocratie, le refus du réel flirtant avec le négationnisme ou les théories du complot les plus farfelues !

La démocratisation de la société est certes un impératif pour lequel il faut se battre mais, pour pas mal de militants, c'est devenu une sorte de baguette magique sensée résoudre tous les problèmes. Il faudrait vraiment détruire le mythe démocratique et républicain. Chaque fois qu'on a trop idéalisée la démocratie comme expression de la volonté du peuple, cela aboutit à la dictature tout simplement (car le peuple qui gouverne n'est jamais tout-à-fait le même que le peuple gouverné comme disait JS Mill). La démocratie réelle a plein de défauts, ce n'est jamais que le moins pire des systèmes, il ne faut pas l'oublier. Ce ne sont pas les meilleurs qui sont élus mais les plus ambitieux et les intérêts sinon la corruption n'en sont pas absents. La légitimité du gouvernement peut toujours en être contestée par la rue, c'est même souvent nécessaire. Il faudrait évidemment essayer d'améliorer les choses (non-cumul, tirage au sort, parité, etc.) mais pas en attendre des miracles. La démocratie n'est pas la solution à la crise comme on la présente parfois, elle ne peut changer que la répartition de la charge (ce qui n'est pas rien), et, de toutes façons, répétons-le, il n'y a de véritable démocratie que locale, en face à face (et encore, ce n'est pas gagné!). Aux autres niveaux on est inévitablement dans l'oligarchie, l'élite des élus, et plus proche de ce que les Chinois appellent une "démocratie consultative", ce qui prend chez nous la forme d'une démocratie des sondages (ou alors on fait revoter les peuples qui ont mal voté jusqu'à ce qu'ils votent bien!). La véritable démocratie ne consiste pas à ce que n'importe qui décide de n'importe quoi selon une logique majoritaire purement arithmétique, mais dans la démocratisation de la société (droits réels contre droit formel) et le respect des minorités.

Qu'est-ce que dès lors pourrait vouloir dire le mot d'ordre populiste "prenez le pouvoir"? Façon souvent de botter en touche pour ne pas avoir à dire ce qu'on fera - le peuple décidera - mais qui suppose assez gratuitement qu'une soi-disant "démocratie radicale" réglerait tous les problèmes alors même que ce sont des processus historiques qui nous dépassent largement. Ce qu'il faut retenir d'un Chavez dont la sincérité ne peut être mise en doute, c'est quand même au moins la grande difficulté sinon l'échec de ses tentatives de sortir du capitalisme pour un socialisme du XXIè siècle introuvable. Il y a mis le paquet, avec des résultats certes mais qui ne sont pas à la hauteur des espoirs qu'on avait pu y mettre. Malgré les progrès accomplis, les perspectives ne sont pas si bonnes, confrontées aux limites du politique. Je reprendrais bien malgré tout à mon compte ce mot d'ordre "prenez le pouvoir", mais plutôt au niveau municipal, là où le pouvoir citoyen a un sens et sans qu'on puisse en attendre trop puisqu'il faudra faire avec nos voisins tels qu'on les connaît avec leurs différences et leurs oppositions. Cela ne veut pas dire que je ne crois pas des révolutions possibles et nécessaires, que j'annonçais à l'avance et qui se sont produites effectivement, seulement qu'il ne faut pas trop en attendre comme on a vu avec les révolutions arabes. Si je dénonce les promesses les plus folles des populistes et suis persuadé qu'ils sont dangereux dans leur recherche de boucs émissaires, se trompant gravement sur les causes de la crise et nos marges de manoeuvre, je ne peux dire que je ne souhaite pas leur arrivée au pouvoir car les politiques suivies ne sont pas plus raisonnables et il semble difficile de se passer d'un électro-choc. Claude Lefort avait raison d'insister sur la division de la société qui limite tout projet révolutionnaire mais Castoriadis avait tout autant raison de penser que la société doit périodiquement se refonder, les révolutions étant au fondement des institutions futures. Vu l'état de confusion, on peut quand même s'attendre au pire.

Il y a une petite hésitation dans les discours pour savoir si le capitalisme est la cause de tous nos malheurs (du patriarcat même!!) ou si ce ne serait qu'une perversion récente qui aurait déstabilisé un si merveilleux système salarial (les difficultés du moment faisant regretter l'avant). D'un côté on voudrait tout nationaliser, d'un autre juste un national-capitalisme retrouvant sa monnaie, sa banque nationale, ses frontières. Dans les deux cas, on a intérêt à supposer effectivement une démocratie irréprochable dont on ne voit pas bien ce qui peut en nourrir l'illusion - depuis le temps qu'on en éprouve les limites. Par contre, on voit trop bien où pourrait nous mener ce retour du nationalisme et d'une économie dirigée, sinon de l'ordre moral prôné par certains. Ce sont toujours les mauvais côtés qui ont le dessus, hélas. Les conséquences économiques de ces politiques seraient à coup sûr bien plus désastreuses que la crise dont elles prétendent nous sortir. Il est vain de s'imaginer pouvoir s'abstraire d'une globalisation déjà effective comme de la concurrence des pays les plus peuplés en plein boom. Cette focalisation sur l'échelon national qui était tellement lié à la guerre fait surtout l'impasse sur la nécessité d'une relocalisation, par définition à l'échelon local.

Il y a des phénomènes comme la précarisation du travail (le précariat) qu'on ne peut mettre sur le dos de la crise, car ils la précèdent, ni même sur le dos du capitalisme car on assiste bien à une dégradation du droit du travail par rapport au stade précédent du capitalisme industriel. Ce qu'on va mettre en cause ici, c'est donc le néolibéralisme, idéologie sensée modeler la réalité et qu'il suffirait de réfuter pour revenir au temps béni d'avant. J'ai même entendu à la radio ce cri triomphant : ce n'est qu'une idéologie ! Cet idéalisme volontiers moralisateur néglige tout simplement les évolutions de la production à l'ère de l'information (du numérique), le déclin de l'industrie et du salariat au profit du travail autonome, les causes matérielles enfin qui ont fait le succès de cette idéologie.

Le problème de cette dénégation des causes matérielles au profit d'une simple condamnation des nouvelles pratiques qui se développent malgré tout, c'est de participer à l'aggravation de la précarité. Ainsi, la CFDT prétendait lutter contre la précarité en augmentant le temps de travail nécessaire pour toucher le chômage, plongeant dès lors dans la misère de nombreux intermittents "pour ne pas encourager les contrats courts" qui ont continué d'augmenter malgré tout ! On voit dans quelles subtilités logiques le refus du réel va se fourvoyer pour en fin de compte diminuer simplement la charge des plus pauvres.

Même Robert Castel qui dénonçait avec force ce nouveau précariat refusait son seul remède, un revenu garanti, au nom d'un idéal bien plus élevé : la sécurisation des parcours professionnels et la défense des salariés protégés renforçant de fait l'exclusion de millions de chômeurs (mais Robert Castel ne voulait pas parler d'exclus car l'exclusion n'est presque jamais totale - sauf qu'il y a bien exclusion des protections attachées à l'entreprise). On préfère mettre en vedette quelques milliers d'emplois industriels pour se détourner des millions de chômeurs et d'exclus abandonnés à leur sort. Cet aveuglement, comme celui de Friot, vient du rêve de revenir à l'état antérieur en l'absence totale de prise en compte de notre entrée dans l'ère de l'information et du travail autonome. Impossible de revenir aux conventions collectives de la métallurgie qui ont été un véritable progrès en leur temps mais qui n'ont plus aucun sens à l'ère de l'information, pas plus qu'une réduction du temps de travail quand le travail ne se mesure plus au temps. Robert Castel fait partie de ceux qui ont trop travaillé sur la période précédente pour avoir compris notre époque de bouleversements. La généalogie est utile pour comprendre comment les institutions se sont mises en place en strates successives mais a l'inconvénient de ne pas pouvoir comprendre la prochaine rupture en voulant ramener le nouveau à l'ancien (on se croit toujours à la fin de l'histoire). Tout cela ne serait que subtilité intellectuelle si cela ne se traduisait par une extension de la précarité dans les faits, sans le traitement approprié d'un revenu garanti (il est vrai sans les forces sociales pour le soutenir et donc peu crédible). Il faut dire que ceux qui défendent le revenu garanti ne peuvent être pris au sérieux non plus car négligeant par trop les si nécessaires institutions du travail autonome (coopératives municipales), comme si tout devait là aussi s'arranger tout seul !

De même, il y en a qui délirent sur le numérique jusqu'à la "singularité", ne débouchant là aussi sur rien mais ce sont des positions très minoritaires sauf qu'elles n'aident pas à la justesse de l'analyse, plutôt de quoi braquer tous les nostalgiques pour qui le numérique est la fin de leur monde. Plus nombreux sont ceux qui pensent que le numérique serait la véritable cause de la crise (et de tout le reste), soit du côté de la finance automatisée, soit d'une prétendue fin du travail délirante, façon encore de vouloir refouler un déferlement que cette mise en accusation ne ralentit en rien. Il vaudrait mieux comprendre ce changement d'époque pour y adapter nos aspirations, en tirer le meilleur parti et pas seulement en subir les nuisances. Il est bien clair que le numérique n'a pas que des bons côtés, s'il n'est pas la fin de l'humanité que certains redoutent, il n'est pas non plus l'outil de libération dans un monde sans règles qu'imaginaient ses prophètes, combinant plutôt contrôle, autonomie et coopération mais on ne reviendra pas en arrière et il suscite de toutes nouvelles idéologies qui devront remplacer les idéologies du siècle passé.

On est loin d'avoir fait le tour de toutes les causalités imaginaires de la crise mais il en est une, de moins en moins crédible, qu'on voit reprise pourtant par des écologistes très différents (Yves Cochet, Jancovici, Tim Morgan, etc.) voulant tout expliquer par l'énergie et, l'énergie venant à manquer, ce serait la chute finale et la fin de la croissance (alors que les pays les plus peuplés sont en plein décollage). C'est un peu court de vouloir réduire l'économie à l'énergie et une crise de la dette cyclique à l'épuisement des énergies fossiles même si les prix du pétrole ont joué un rôle dans le déclenchement de la crise (avant de retomber, puis de remonter). L'idée qu'il ne pourrait plus y avoir de croissance par manque d'énergie ne semble pas du tout devoir se vérifier. On a un véritable problème de transition énergétique, il est donc bien possible que le prix de l'énergie grimpe encore mais ce n'est même pas sûr alors qu'il est certain qu'au niveau physique, on ne manque absolument pas d'énergie (soleil, vent, etc.) et qu'il y a au contraire bien trop d'hydrocarbures (gaz de schiste, méthane marin, huiles de schiste, etc). Une nouvelle fois, au lieu de se focaliser sur de véritables problèmes, ceux du réchauffement et de la pénurie de phosphore par exemple, on se trompe de cible, refusant de voir ce qui contredit des raisonnements si convaincants dans la simplicité du parallélisme des courbes. L'énergie va changer de forme et, en devenant renouvelable, elle perdra de son importance stratégique, témoignant du passage de l'ère de l'énergie à l'ère de l'information, le risque n'étant pas tant d'en manquer mais de retarder cette reconversion et de brûler trop d'hydrocarbures.

Ce qu'il y a de bien, c'est que tout comme avec l'inconscient, toutes ces théories contradictoires peuvent cohabiter en même temps dans le débat public sinon dans toutes les têtes, on peut même dire qu'en se multipliant, en faisant masse, elles occultent d'autant plus les véritables causes matérielles auxquelles on s'oppose vainement (numérique, déclin de l'industrie, de l'occident et des nations, développement des pays les plus peuplés, cycles de Kondratieff, allongement de la vie, pic de la population, transition énergétique). Avec un peu de précipitation, on nous annonçait l'écroulement du capitalisme, la fin du pétrole, l'éclatement de l'Europe et le triomphe d'un monde nouveau tout semblable à l'ancien. Il y a bien eu des révolutions, des mouvements de masse comme peut-être il n'y en a jamais eu... et les bourses sont au plus haut mais le chômage aussi, on continue de défaire le code du travail et rogner sur les droits acquis. Qui pourrait admettre la dégradation de sa situation ? On se persuade qu'on pourrait l'empêcher, c'est de l'ordre du postulat, sans que cela se vérifie en rien dans les faits surtout à vouloir camper sur les positions antérieures quand il faudrait restructurer complètement le code du travail pour l'adapter à notre temps (les syndicats ne sont pas les mieux placés pour y inclure le travail autonome). On cherche qui nous tirera d'affaire, qui a une solution mais on peut chercher encore longtemps tant ce refus du réel reste purement symbolique sinon affectif, tant on se trompe sur les causalités effectives et les réponses qu'il faudrait y donner, tant le monde a changé, plus qu'on ne veut bien l'admettre, et qu'il faudrait que nous changions tout autant. Une véritable révolution ?

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37 réflexions au sujet de « Le refus du réel »

  1. Le déni du réel est si commun qu'il doit bien receler quelques raisons positives. Pouvoir avancer sur une philosophie de l'information (c'est à dire sur une philosophie capable de déjouer, au moins en partie, le déni du réel) passe par une compréhension des mécanismes de stabilisation du déni du réel. On touche très certainement à des mécanismes communs de stabilisation des systèmes. Je vois un premier point à approfondir, celui de la peur de l'exclusion du groupe, ou autre facette de la même pièce, le confort à faire partie d'un groupe. Même si nos liens sociaux et nos groupes sont très faibles par rapport à la situation de la tribu, il n'en demeure pas moins des champs (au sens de Bourdieu) qui imposent des pensées uniques (sans doute un peu caricatural).

    Question pratique: comment fait-on pour accueillir, voire souhaiter, l'avis qui sort du courant, l’observation qui contredit les poncifs?

    Les médias devraient être les champions pour relayer et approfondir les observations nouvelles et les avis divergents, or on constate plutôt une reprise des nouvelles des grandes agences de presse (AFP...) et un tropisme pour les évènements attisant nos penchants morbides plutôt que pour l'analyse et l'enquête. Sinon, le blog de Jean Zin serait très célèbre 🙂

    • Il n'y a rien de mystérieux dans mon peu d'audience dès lors que je m'applique à dire ce qu'on ne veut pas voir et à décevoir le rêve de revenir en arrière. Il faut dire aussi que j'ai de plus en plus tendance à me répéter, c'est le problème avec les crises interminables, pour autant qu'on ne s'est pas trompé dès le début sur ses ressorts, on ne peut que redire les mêmes choses à propos de développements plus récents. J'ai d'ailleurs hésité à publier ce billet mais dès le moment où je l'avais écrit...

      Il n'y a rien de mystérieux non plus dans les raisons de l'aveuglement général et de la persistance des anciennes idéologies ou représentations. Ce qui rapproche politique et religion, c'est de dire ce que les gens veulent entendre (et le retour de la religion est paradoxalement un symptôme de la délégitimation de la politique après celle de la religion). Il y a très certainement des raisons positives à cela et on ne doit pas s'étonner qu'on soit mal adapté à l'accélération de l'histoire alors que les sociétés originaires étaient obnubilées par la stabilité de leur monde. Il est tout aussi certain que les groupes produisent du conformisme, un discours commun, des rites d'appartenance dont la fonction est de renforcement des convictions de départ ayant motivé l'appartenance au groupe. Quand on s'engage dans un parti, il est difficile de changer de discours sans en partir, tout comme il est difficile pour celui qui s'est engagé dans la prêtrise de se dédire. Tous les débats, tables rondes, ateliers de travail qui semblent ouverts ne sont véritablement que des renforcements des convictions de départ dont la fonction est de dissimuler le réel sous des discours conformes et des querelles byzantines sur des détails de la doctrine. Dès qu'on quitte ce ton prophétique et assuré, impossible d'entraîner les foules. Or, il faut bien participer d'une façon ou d'une autre aux mouvements collectifs.

      Il est bien sûr illusoire de penser qu'un novateur sera accueilli à bras ouvert malgré tous les hymnes à l'innovation et la liberté de pensée, seul l'échec des convictions dominantes porte le regard sur les outsiders. Il ne peut en être autrement, de même qu'on ne peut demander aux syndicats qui représentent seulement les salariés protégés qui restent de faire des propositions innovantes sur la précarité et le travail autonome.

      Les médias ne choisissent pas ce dont ils parlent, eux aussi ils sont sous influence, le discours courant du sens commun court tout seul mais c'est avec ce commun qu'on peut communiquer, suivre les nouvelles. C'est cela l'être au monde humain (politique).

      • Bonjour Jean

        Oui, l’homme est dans le déni et pourtant :

        « Nous n’avons pas le choix que d’avoir le choix »

        Cette proposition apodictique emporte avec elle l’évidence de ce qui définit un Axiome.

        Car en un seul mouvement, elle exprime tant la liberté d’Un possible absolu que celle du Multiple relatif. Elle apporte l’évidence de « L’homme-monde » qui est multiple de l’Un quand il est simultanément l’Un du multiple. Elle fait de lui un être parfaitement libre qui trouve naturellement sa place dans « le jeu de l’individuel et de l’universel » (Nishida).
        Elle est, la simplicité dans la complexité et la complexité dans la simplicité. Totale et entière, de la liberté qu’elle affirme elle emporte avec elle la responsabilité du devoir qu’un tel pouvoir implique. « Homme-monde », inévitable acteur tu es l’« alter-né ». D’un possible absolu, tu es l’Anarchiste par excellence quand l’Anarchie est le rapport dynamique, la tension vive, où par la négation du pouvoir l’Autre qui est à l’extérieur tu es aussi la soumission à l’affirmation de celui qui est à l’intérieur.
        Car c’est seulement là, au cœur de cette relation vibrante qu’est « l’homme-monde », que « ce qui exprime » est égal d’avec « ce qui est exprimé ».

        La page de « L’homme-monde :
        https://www.facebook.com/JeanChristopheCavallo

        "L'homme-monde":
        http://www.bod.fr/index.php?id=1783&objk_id=986481

        • L'homme, c'est la liberté mais cela reste l'exception plus que la règle.

          Il y a de nombreuses façons de raconter la même histoire mais aucune formule magique qui nous délivrerait du métier de vivre et des difficultés de l'apprentissage. Ce qui exprime n'est jamais égal à ce qui est exprimé même si l'énonciation passe dans l'énoncé car, qu'on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s'entend.

          • Bonjour Jean

            Oui, du point de vue du discours je suis bien d’accord, nous ne pouvons arriver qu’à la définition de « l’homme contrarié ». Mais il y a la liberté de l’homme en tant qu’être qui « vit en mourant » que j’explicite par « l’axiome du fait » : « Pour que l’individu soit, factuellement, alors celui-ci doit antérieurement nier le milieu. Car que faut-il pour qu’un fait soit ? Il faut qu’il nie toutes probabilités d’un univers duquel il serait absent. Et c’est de cette façon, en niant la totalité, qu’il l’a crée en devenant d’elle, « point de vue » unique ». (« L’homme-monde » page 20)

            Vous me direz, ce n‘est que de la philosophie et, est-ce bien utile en ces temps troublés où marchant les uns parmi les autres, nous en sommes arrivés au stade où nous nous définissons en ce que nous sommes tous individuellement le « con » de quelqu’un ?

            Si j’adhère et depuis longtemps et avec ferveur à la plupart de vos propositions collectivistes, je n’y crois pas sans l’adjonction du travail sur soi (je connais votre position sur l’individuel, nous en avions discuté il y a 7 ou 8 ans) qui agrémente le jeu de l’individuel et de l’universel.

            Car comment parler de « travail choisi » à un homme qui « victime » d’un plan social ne se rend même pas compte que l’on vient de lui rendre sa liberté en lui ôtant les chaînes de l’humiliation et de la servitude à une oligarchie qu’il ne voit même pas, ou s’il la voit, il se fait encore plus corvéable et devant la puissance de la machine à fric, il baisse la tête pour masquer la honte qu’il a de lui-même et sa peur devant le doute et pire encore, il se met à genoux, suppliant qu’on le reprenne en baissant son salaire tout en augmentant le poids sur ses épaules. Que peut-on attendre de cet homme-là ? Icelui n’est plus un homme, faisant lui-même le choix d’étouffer la flamme de la liberté qui brûle en lui, il a pris là son ultime décision. Acceptant le collier et la laisse qui font de lui un chien, il passera le reste de sa vie à tenter de mordre ses semblables, transposant la honte à soi de ne plus être un homme en la haine sur l’autre qui tel un miroir, lui renvoie continuellement les conséquences de sa décision.

            Si aujourd’hui j’écris sur votre site et que vous me lisez tout autant que je vous lis, c’est parce qu’ensemble et pourtant sans nous connaître ou faire partie du même groupe, individuellement et séparément nous avons fait un choix. Parce que nous avons, à défaut de savoir ce que nous voulons, la certitude de ce que nous ne voulons pas. Et puisque le travail choisi n’existe pas encore, il y a bien longtemps que de mon côté, j’ai fait le choix du non-travail avec toutes les difficultés et conséquences présentes et futures que cela implique et que vous connaissez. En écrivant « L’homme-monde », j’ai fait le choix de la négation du « quantificateur existentiel », préférant la logique axiomatique du « Quant à » à la logique postulée du « Quanta ». Et, c’est fort d’une logique qui affirme par la négation que sans peur j’ouvre le débat avec des propositions apodictiques comme « l’axiome de l’homme-monde » ou « l’axiome du fait », qui par leur développement amènent une nouvelle interprétation de « l’hypothèse du continu » et de la « matrice densité » et viennent appuyer le « principe holographique » (que vous soutenez me semble-t-il). Séparément et ensemble, chacun à notre manière, nous avons fait le choix d’aller de l’avant vers le « néo » et n’est-ce pas tout simplement cela, Vivre ? Séparément et ensemble nous sommes complémentaires ne serait-ce que par exclusion mutuelle telle une « décohérence ».
            Le déni du réel n’est pas d’aujourd’hui, il est celui de l’homme-chien qui refuse la responsabilité qu’implique le devoir d’être libre. Mais dans l’acceptation, le déni ou la résignation, puisque nous sommes responsables alors nous sommes coupables. Et reconnaissant cette culpabilité, ne devrions-nous pas encourager l’homme sur le chemin du « connais-toi toi-même » ? Puis, de ce constat inaltérable et puisque « nous n’avons pas le choix que d’avoir le choix », alors plutôt que de nous mordre et devant la difficulté de la tâche qui nous est assignée, nous souhaiter : «Bon courage ! » ?

            Merci à vous Jean.

          • Je ne suis pas trop pour ce mépris du travailleur en sous-homme aliéné quand lui manquent les moyens d'un travail choisi. C'est tout le problème des théories de l'aliénation de pouvoir mener au massacre, d'enfermer dans une essence ce qui relève de dispositifs matériels. Il y a une aliénation de la critique de l'aliénation, une inauthenticité de l'authenticité et une liberté trompeuse.

            C'est du moins ce que m'a appris mon histoire dans l'histoire du monde. Je suis certes moi-même, jusqu'ici du moins, un homme libre, je goûte à cette liberté mais la sais si limitée et fragile, j'essaie d'être le plus authentique possible tout en sachant que l'inauthenticité en fait partie intégrante, d'autant plus qu'on la rejette.

            L'évolution nous condamne : ce que nous sommes aujourd'hui disparaît et nous devenons un autre avec l'époque elle-même. Je suis sidéré quand je vois comme j'ai pu évoluer depuis 5, 10, 15 ans ne me reconnaissant plus dans un certain nombre de mes textes (bien que toujours pour l'essentiel des autres). La vie est un long apprentissage et nous avons beaucoup à apprendre encore. Ce que nous avons à connaître de nous même ce sont nos limites et notre ignorance (comme on parle avec les mots des autres). Nos formulations sont provisoires, nous restons sujets de l'air du temps, une philosophie de l'information restant attentive à ce qui se passe.

          • Bonjour Jean

            Pourquoi ai-je la désagréable impression que vous voulez volontairement éluder l’essentiel ?

            Ce n’est pas le travailleur que je méprise, mais l’homme qui déni la responsabilité de ses choix, car n’est-ce pas le pire déni au réel que l’on puisse faire ? Et travailleur… en quoi est-il « travailleur » quand aidant à la fabrication d’objet à l’obsolescence programmée, il est agent de propagation du productivisme à outrance ? En quoi est-il travailleur quand il me regarde, moi le non-travailleur et qu’il me reproche à moi de lui piquer son fric parce que je bénéficie d’une couverture maladie universelle ? En quoi est-il authentique à part dans sa collaboration à maintenir les choses en l’état ? Ce n’est pas l’évolution qui nous condamne, c’est la lâcheté de l’homme qui se cache derrière des « c’est comme ça », « c’est mon karma », « si dieu le veut » etc. La vie est peut-être un long apprentissage, mais la vie est courte et l’Histoire dans laquelle l’homme peut voir ce que les autres ont fait avant lui ne sert à rien, car toujours sont reproduites les mêmes erreurs. N’est-ce pas là mépriser les milliards d’êtres qui avant nous ont laissé les traces de leurs expériences et que d’un revers de main nous balayons comme s’ils n’avaient jamais existé ?
            Là où voyez un travailleur, j’y vois le destructeur d’un monde magnifique qu’il piétine sans vergogne quand lui ne voit la beauté ( ?) que dans le lustrage de sa bagnole avec sa gueule qui se reflète dedans. Nous ne devons pas seulement connaître, mais combattre notre ignorance, c’est cela le vrai travail et c’est là qu’il faut du courage. En quoi cela relève-t-il du matériel que de dire non ! Ça suffit ! Là, j’arrête, j’veux pas cautionner ça ! Ce n’est pas un dispositif matériel qui a fait tomber la tête de Louis XVI, mais la prise de conscience, la guillotine n’a été que l’instrument de cette conscience.
            Alors je ne dis pas qu’aujourd’hui il faut couper des têtes, mais bien au contraire qu’il faut les remplir de la responsabilité qu’être au monde implique. Et cela ne peut se faire que par la définition d’axiomes (dont d’ailleurs vous ne dites rien) dont l’évidence soit respectueuse de nos différences individuelles, mais qui sont relatives à une fondamentale non-différence universelle. Les formulations qui sont provisoires sont celles qui parlent des unes en oubliant l’Autre, car elles ne sont que des postulats, mais malheureusement, il est des exceptions qui perdurent comme le « quantificateur existentiel » qui, plaçant l’identité sur l’apparence entretient l’aliénation de l’homme qui croit, au mépris de l’homme qui co-naît, où au présent, je réitère que « ce qui exprime est égal à ce qui est exprimé » quand le présent est le « quand » du « où » « nous n’avons pas le choix que d’avoir le choix » . Car pour avoir le choix, il faut tant que le « et » et le « ou » (John Bell), que le « oui » et le « non » et que le « quand » et le « où », se présentent ensemble en un « ET » qui en une superposition forme une « unicité » (Roland Omnès).
            Et voyez comme il n’y a pas de hasard, quand votre dernier article parle d’une « société duale », je vous parle de l’homme-dual. Mais cela ne suffit pas, car ici l’individuel forme un « ET » qui tel un nœud de relation est une forme holistique de sujet et là, il n’est pas un individuel véritable, mais bien plutôt un dividuel. A contrario, Il doit être dans le même temps ce qui nie le multiple ; ce qu’il fait quand pour « être », il nie toutes probabilités d’un univers duquel il serait absent et que de cette façon, niant la totalité, il l’a crée en devenant d’elle, un « point de vue » unique. Là, l’individuel est tel un point de vue sur le « continu », il est un individuel véritable, un « OU », parce qu’il est lui-même un monde où, comme « point de vue », il n’est pas égal au continu (l’Un), mais pour autant il ne le morcelle pas, il en est « non-différent » en un « point de vue » qui est « non-commutatif » puisqu’il est un point de vue unique. Mais nier le multiple signifie aussi que l’individuel n’est un individuel véritable que lorsque niant l’extrinsèque, il est simultanément « de » lui-même et « à » lui-même une auto-négation et qu’il affirme le multiple intrinsèque qu’il est, en le niant. C’est « se » niant, que l’individuel est, en une analogique supersymétrie où là, se superpose ce qui exprime d’avec ce qui est exprimé. Comprenez-vous ?
            Et si je mets au défi n’importe quel dialecticien de nier l’évidence axiomatique de ces développements, ce n’est que pour mieux affirmer, par la négation, un nouveau « Carré dynamique des contradictions » qui j’en suis certain, permet l’élaboration théorique d’un « temps quantique idéal ». Encore faut-il pour cela, se débarrasser des querelles égotiques qui nous éloigne d’un essentiel qui, s’il est non-différent, est aussi non-commutatif d’avec un existentiel. Et s’il vrai qu’il y a longtemps que je vous lis, j’aurais apprécié qu’à votre tour vous me lisiez. Non pas pour me lire moi qui ne suis ni plus ni moins qu’un autre, mais pour critiquer une proposition axiomatique dont l’assise logique est indéniable et autorise des développements propositionnels transdisciplinaires (Lupasco, Nicolescu) qui ouvrent de nouvelles perspectives à la compréhension de ce que nous nommons le « réel » ; en explicitant par une déstructuration des concepts établis et du langage qui sert à les écrire, un pourquoi et un comment à « l’hypothèse du continu »tout autant qu’au caractère inachevé de la relativité einsteinienne et de la logique aristotélicienne qui lui sert de cadre. Et le plus important, par une « logique du point de vue » qui n’est nullement une énième « théorie du tout » qui serait un simple retour à l’« absolu », mais une vue en perspective adverbiale qui montre comment s’articule le réel en mouvement par l’inter-méd-iaire de l’« absolument dynamique », en une théorie de la mesure qualitative pré-positionnelle (quant à), qui est ordinalement antérieure et s’oppose aux pro-positions quantitatives (quanta) habituelles qui lui sont postérieures et qui par le fait, sont incapable d’expliquer le « réalisme alocal » d’un principe de « non-séparabilité » ou la dualité onde-corpuscule.

            Merci à vous.

          • La philosophie, c'est la guerre car dès qu'on met en jeu la vérité, impossible de se comprendre chacun bricolant ses propres principes avec une totale impossibilité de dialogue qui ne vient pas du relativisme des points de vue mais des différences de construction, ce qui fait que, bien que contemporains, Platon ne dialogue pas avec Aristote, pas plus que Husserl et Heidegger, etc. On ne lit pas l'un ou l'autre par hasard, parce qu'on aurait du temps à perdre ni pour s'informer mais parce qu'on ne peut s'en passer pour la question qui nous préoccupe alors qu'il y en a plein d'autres qui resteraient illisibles.

            La réponse qu'on peut avoir n'est pas celle qu'on attend. Pour le dire crûment, et même si j'ai pu m'y essayer mais sous couvert de poésie, je ne crois pas aux axiomes ni à une logique dont la folie est si friande, ni à la métaphysique. Je crois à la dialectique et à l'histoire que nous ne pouvons regarder de haut pas plus que nos frères humains qu'on rabaisse plus bas que terre de façon éhontée. La question n'est en rien secondaire, ce n'est pas un lapsus qui raterait l'essentiel (d'une haute pensée) en butant sur un détail, c'est la question de la sagesse, de l'élu, de ceux qui sont sauvés, qui échappent à l'aliénation comme au péché et qui rejettent dans les damnations éternelles l'humanité aliénée, décervelée par la publicité, déshumanisée par la technique, ravalée à un porc ou comme ici à un chien. On trouve ce problème partout. Des Bouddhistes se disputant pour savoir si l'éveil était momentané ou définitif, jusqu'à la psychanalyse ou aux avant-gardes supposées nous libérer de nos chaînes mentales sans parler des écolos ou technophobes. La contrepartie, c'est de faire de nos contemporains un portrait trop noirci qui est purement imaginaire. Les cons, ce ne sont pas que les autres, nous avons notre part et sommes tous frères en ignorance et en prétention de dicter sa conduite à tout l'univers.

            Par exemple, c'est bien beau de faire le stoïcien à se dire prêt au suicide mais c'est méprisable si c'est pour pouvoir rendre l'esclave responsable de son esclavage. Moi, je me mets du côté des opprimés et des réprouvés, comme le Rimbaud de Mauvais sang : pas de trace de sang noble dans mes veines et aucune envie de me mettre du côté des puissants, des winners. Je ne suis sûrement pas plus aliéné que tous les prétendus désaliénés sans qu'il y ait de quoi en faire un plat. Qu'il y ait une aliénation du travail salarié ne peut signifier que les travailleurs, qui sont tous différents, soient les oppresseurs. Une interprétation individualiste, psychologique, idéologique, fait fi des grands mouvements historiques, techniques, matériels et notamment de cette entrée dans l'ère du numérique qui change le travail et renforce la conscience de son aliénation en même temps qu'elle exige l'autonomie dans le travail. Rien à voir avec un supposé libre-arbitre. La vie, comme bios, c'est une trajectoire dont nous faisons récit dans une langue commune. Je ne peux guère en dire plus (et ce n'est pas le lieu).

          • « Si depuis le discours, la vérité relative est un faux mensonge qu’on ignore, alors la vérité absolue est un vrai mensonge par lequel on co-naît ».
            Si je suis bien d’accord avec vous sur le fait que nous soyons tous le con de quelqu’un (ce qu’il me semble avoir dit) tout autant que de nous-mêmes, vos propos sont contradictoires quant à la dialectique. À vous lire, l’oppresseur est responsable quand il opprime et l’opprimé lui, n’y peut rien, sauf subir. Ce placer du côté des réprouvés c’est bien gentil (d’ailleurs vous devriez le faire pour moi qui en suis un), mais comme dit le proverbe, il vaut mieux apprendre à pêcher à celui qui a faim plutôt que lui donner un poisson. Quant aux « grands mouvements historiques », on ne va quand même pas rendre responsables les arbres des accidents du bûcheron…
            Les axiomes, il n’y a pas à y croire ou ne pas y croire (car le croyant est toujours le dogmatique qu’il prétend ne pas être), mais à vérifier et à « savoir » s’ils sont vraiment ce qu’ils prétendent être et s’ils nous servent à quelque chose et puis sans eux, il n’y aurait pas d’« ère numérique », ni même de sciences d’ailleurs.
            Quant à notre échange (puisque s’en est un), vous allez certainement me dire que c’est l’ère numérique qui est responsable de notre mutuel déplaisir. Et si nous nous étions rencontrés au siècle dernier à une terrasse de café cela aurait été quoi, la table ? Ni responsable, ni coupable, alors les guerres, pollutions, réchauffement planétaire, etc. c’est la faute au vilain p’tit canard ?
            Déni du réel ? La boucle est bouclée…

            Mais j’vous aime quand même Jean.

          • Effectivement, je ne crois pas qu'on soit responsables de notre sort ni du monde dans lequel nous sommes nés, ni des idéologies du moment entre lesquelles nous choisissons en fonction de notre position et de nos illusions. Nous devons choisir tout le temps mais les termes du choix nous sont imposés et il n'y a pas le bien d'un côté et le mal de l'autre. Je ne crois pas du tout à la servitude volontaire (sauf dans les rapports névrotiques) mais que tout dépend des possibilités réelles et de l'état de nos connaissances.

            Plutôt qu'un libre-arbitre trop chargé de métaphysique il vaudrait sans doute mieux parler d'auto-nomie, un travail choisi n'étant pas une tâche moins contraignante mais à laquelle nous nous contraignons tout seul sans en référer à une autorité. A part ça les ouvriers qui triment toute la journée ne sont pas plus aliénés que vous et moi, pas plus que des moines tibétains, des écolos purs jus ou des révolutionnaires professionnels, pas plus que des intellectuels critiques débitant des conneries au kilomètre, persuadés d'en savoir plus de simplement se faire plus d'illusions ou d'être plus dogmatique. Il y a un racisme de l'aliéné qui n'est pas plus justifiable qu'un racisme prétendu biologique (ou de savoir si les sauvages ont une âme, ici, ce sont les supposés aliénés qui sont réduits à des automates dépourvus de toute dignité humaine comme pour Heidegger).

            La vie ne se laisse pas enfermer dans la logique alors qu'elle est plutôt tâtonnement. L'information et la simple perception sont la preuve vivante que le monde n'est pas tel qu'on l'imagine.

          • Bonjour Jean

            Et je suis bien d’accord avec vous.

            Je travaille à un p’tit billet (Axiomes-Dialectiques et Vérités – Ou le choix de la vie) qui est un peu l’analyse de nos différences (?) et qui ne sera pas dénué de poésie puisque là où vous me voyez simplement méprisant, je me vois misanthrope par amour. Le problème de l’information est toujours celui de la communication de celle-ci. Chaque homme, chaque individuel, emporte avec lui un système de référence qui lui est propre où chaque mot, chaque définition est chargée de toute une histoire qui loin d’être finie, est toujours en mouvement et par ce fait, il n’y a pas de méta langage. Chaque mot de chaque individu, part d’un « point de vue » ni bon ni mauvais et qui dans le dialogue dépend de l’orientation qu’on tente de lui donner. Le langage reste fondamentalement l’expression orientée d’une force orientable qui une fois exprimée, ne nous appartient plus. Nous a-t-elle jamais appartenu ? Dans votre message précédent vous disiez stoïcisme quand je disais vitalisme, individualisme quand je pensais autonomie, logique objective quand j’exprimais celle du contradictoire, etc., etc. Dans la dialectique, les mots trouvent leur véritable sens quand ils sont de vrais mensonges, là, ils sont d’une co-naissance qui n’est pas l’objectivité egotique, d’où ma pensée du Jour …

            On dit souvent que « Quand on n’a rien dire, il vaut mieux fermer sa gueule ! » Citation depuis laquelle je m’insurge en faux, car « Dire le rien n’est pas le Rien. Taire le rien n’est pas le Rien ». Les philosophies qui qualifie le rien d’« ineffable » sont celles qui trop pédantes d’objectivité, ne savent pas faire la différence entre l’« indifférencié » et l’« indifférenciable » et de fait, n’étant même pas bonnes à définir le Rien, elles sont mauvaises à définir le Tout.

            Et quand Simone de Beauvoir pense que « L'humanité est une suite discontinue d'hommes libres qu'isole irrémédiablement leur subjectivité », je vois dans le terme « subjectivité » non pas l’émotion ou le sentiment, car si l’homme libre fait le choix de la vie en dépit du fait qu’il est une simple suffisance, une créature, il y a dans l’instinct de sur-vie l’objectivité abstraite d’un dessous mort, qui concrètement est une « présence de l’absence » infiniment créatrice et révélatrice d’un homme qui dialectiquement par la contradiction vit en mourant, à partir d’une « logique du lieu » (Nishida) où la mort est/n’est pas la vie.

        • Bonjour Jean

          Comme promis, un dernier (car je m’en voudrais d’être par trop presseur) p’tit billet sur ce fil, où si vous mettez en avant les divisions d’un réel politicollectif, j’aimerais faire sortir de l’ombre celles d’un déni du « réel du réel » qui dans votre système de référence est à entendre comme le « local du local » qu’est l’individuel. Et sa reconnaissance, partant d’un « travail choisi » sur soi, apporte le « minimum garanti » que s’« il ne suffit pas d'avoir des idées claires et distinctes pour que ce soient des idées justes », il ne suffit pas non plus d'avoir des idées justes pour que ce soient des idées claires et distinctes et comme vous le dites, si l’enjeu est cognitif, il est aussi dialectique, en une qui ne peut qu’être logicopoétique puisque penser l’irrationnel reste encore rationnel.

          … Axiome, Dialectique et Vérité … (Ou le choix de la vie)

          S’il est une vérité à laquelle on ne peut échapper (enfin si, mais…) c’est bien celle de notre condition humaine, car ce que celle-ci laisse apparaître en premier lieu, c’est le besoin, la nécessité. Nous sustenter, déféquer, dormir pour ne pas mourir, où bien avant que de paraître une belle âme nous nous présentons plus comme des convalescents tentant d’échapper à un futur moribond. Pourtant nous avons le choix et rien ne nous oblige à accepter un tel sort. Car de ce point de vue basique sur l’existence humaine, en accepter la condition, c’est se soumettre à l’entretien de la nécessité et dès lors ce que l’on nomme l’existence consiste en une simple suffisance, avant même que toute éthique ni même aucune morale ne viennent lui donner un sens. Pourtant de cette suffisance qu’il est, l’homme est nanti du possible, du choix, de la liberté d’accepter cette condition ou bien de se laisser mourir. Françoise Dolto disait de l’enfant à naître qu’il avait « choisi de vivre ». Si j’aime assez l’idée, la difficulté d’en apporter la preuve semble insurmontable et j’y préfère l’axiome « nous n’avons pas le choix que d’avoir le choix ». Cette proposition semble assertive, car si elle emporte avec elle tant l’affirmation que la négation en tant que conséquence (objectivité), elle en paraît dénuée en tant que cause où, si depuis la nécessité (nous n’avons pas le choix) et simultanément exprimé un possible relatif, un libre arbitre (que d’avoir le choix), tant l’une que l’autre proviennent d’un possible « ouvert » qui n’affirme pas plus qu’il ne demande, mais s’affiche tel un constat, comme une contradiction (dialectique), dont la résolution par l’objectivité d’une liberté par la contrainte est totalement inepte.
          Qu’est-ce qui pousse l’homme à faire le choix de la vie ?
          De l’animal on dit qu’il s’agit d’instinct de survie, mais pour quoi faire ? Pourquoi choisir obstinément la vie si celle-ci n’est que suffisance ? Est-ce la peur de l’absolu quand le choix de la mort est irrémédiable ? S’il en ainsi alors cette peur primale accompagnera l’homme toute son existence et de toute façon, la mort finira par advenir tôt ou tard et le choix d’une vie par la peur apparaît dès cet instant comme le choix d’une mort lente, teintée du stress pré traumatique d’un couperet fatidique. Ce n’est pas là le choix de vivre, mais juste la tentative désespérée de faire reculer l’inévitable en une soumission au nécessaire, au fatalisme, tout autant qu’un refus à l’autonomie (qu’il ne faut pas confondre avec de l’individualisme) qui nous est accordée. Et par le fait et qu’il en soit conscient ou non, l’homme qui par peur tourne le dos à l’absolu en est un qui n’étant ni mort ni vivant, n’en est pas moins responsable d’une décision qui l’entraîne à passer son existence dans les limbes d’où ni non-mort ni non-vivant, balloté par vents et marées dans sa fatale chaloupe, il subira les tourments d’une conscience contrariée dont seul l’ultime naufrage sera simultanément sa délivrance et son dernier combat, qu’inévitablement il perdra, quand se trouvant face à celle qui insidieusement aura pris le temps de se faire terreur, il suppliera dans la résignation. Et même si l’on dit que certains y trouvent dans l’espace d’un dernier instant la conscience claire de la compréhension, il est… trop tard.

          Pour appuyer la théorie du choix objectif de la vie, d’aucuns tenteront même d’échafauder des théories qui par A + B se feront fortes de démontrer que simplement, nous n’avons pas le choix et qu’un libre arbitre est illusoire, car pour eux, la liberté c’est être absolument libre par une anarchie qui est la totale négation du pouvoir de l’autre. Pour ceux-là, faire depuis la nécessité le choix objectif de la mort, c’est simplement périr et ne plus être. Oui mais, faire le choix de la vie, toujours depuis cette nécessité, c’est accepté de se soumettre à cette dernière et depuis cette interdépendance, posséder un pseudo libre arbitre qui tient de l’« avoir » et qui devra être conjugué d’avec les lois des choses « du » monde. Néanmoins, par cet objectif choix de la vie, est résolue positivement la contradiction que serait d’accepter une possible liberté vraie dans une absurde résolution négative par le choix de la mort. Et si puisqu’interdépendant d’avec la nécessité l’homme n’est pas libre, il possède cependant une capacité à interagir, à évoluer, tant qu’il se soumet aux contraintes du nécessaire et depuis l’objectivité, cette solution semble logique et de surcroît la seule possibilité.

          Mais par ce choix d’une vie par l’avoir où l’homme se fait « du » monde, est abandonnée la liberté de l’« être » qui est « au » monde, est abandonnée l’individualité. Et cet homme « du » monde n’est plus l’être conscient de ses choix, il n’est qu’un « moi » (ego) qui pourrait être le « soi » de tout le monde. Et la contradiction qui semblait avoir disparu réapparait en un « c’est comme ça » pour certains, ou dans le questionnement philosophique d’un « qui suis-je ? » pour d’autres. D’autant plus que l’ego, fort de ses apprentissages et de ses interactions avec les choses du monde, amplifiera ses convictions d’un « moi je », qui se croyant totalement déconnecté de sa primaire décision en ayant étouffée sa peur primale, tentera par toutes les ruses possibles et imaginables de nier son pendant relatif, en imposant ces décisions ridicules de « p’tit chef » (qui n’en a pas eu un au boulot !?) qui lui donneront la sensation de puissance de celui qui maîtrise la situation. C’est tournant le dos à l’individualité que l’homme égotique, inévitablement s’engage sur le chemin d’un individualisme grandissant, le déconnectant totalement du réel de l’« être ».

          Pourquoi en est-il ainsi ?

          La réponse à cette question est temporelle. Car ce que nous nommons « objectivité » est la logique positiviste d’un homme qui regarde devant lui le temps passé. Le temps présent, l’immédiat, nous est inaccessible depuis l’ego. Et la proposition axiomatique « nous n’avons pas le choix que d’avoir le choix » est de l’ordre de cet immédiat. Elle appartient au « présent donné » et c’est pourquoi elle est assertive. D’elle, le choix d’une direction vers la vie ou vers la mort ne tient pas de la réponse à un questionnement ou aux obligations faites à une affirmation et de fait, « il » n’est pas un choix qui serait rationnel et dépasse le cadre d’une logique aristotélicienne par trop restrictive. Bien au contraire, il est un choix qui s’articule autour (circonférence) et simultanément au centre d’une contradiction, il est un choix dialectique. Car de la proposition axiomatique précitée, l’absolu et le relatif, la nécessité et le possible, l’un et le multiple se présentent ensemble et le choix face à cette présentation ne consiste pas en une décision binaire, mais en un troisième « point de vue » qui consiste à la laissé s’accomplir consciemment, mais sans la juger, sans la saisir. Car c’est la saisie qui oblige ensuite le choix binaire et inéluctablement le choix de la vie pour ne pas mourir. Laisser s’accomplir cette proposition consiste à être conscient de ce qu’elle est et à la laisser en l’état de « pré-position », de possible « quant à », sans qu’aucune proposition ne soit faite en avant ou en arrière de lui et de cette manière, au présent du temps, est conservée « l’ouverture » d’une pré-sentation en une pré-position, qui de l’extérieur (à partir du passé) ressemble à une superposition. Faire cela ne consiste pas à rester stoïque, mais à faire le choix d’affirmer cette pré-position en la niant, en se présentant devant elle comme un « réel vide » dans laquelle elle se reflète. Et ce n’est pas là une neutralité, une indifférence (stoïcisme), mais bien au contraire la confirmation d’une pleine conscience. Du point de vue de nos qualités humaines égotiques, cela consiste à utiliser le point paroxystique et dialectique de notre capacité d’abstraction, en l’action de s’abstraire d’abstraire. Et si ce point culminant est contradictoire, c’est qu’il est tant l’inattention parfaite que la concentration parfaite. Et si se présenter comme un « réel vide » peut être choquant, voire mystique pour certains, alors l’on peut ici présenter l’homme comme celui qui est conscient qu’il ignore, mais non pas conscient de « ce » qu’il ignore, ce qui ne serait que de l’objectivité et de la quantification, mais simplement conscient de son ignorance, où tant cette dernière que le savoir qui l’accompagne exprime simplement la qualité d’« être », sans qu’aucun « avoir » ne vienne perturber cette qualité. Car celui qui sait qu’il ignore est conscient non pas « de » lui-même, mais « à lui-même ». Et par le fait que ce savoir et cette ignorance soient sans objet, alors ici l’homme est « au » monde. Et c’est de cette façon et seulement de cette façon qu’il devient absolument libre.

          Car qu’est-ce qu’être libre ?

          Être libre, objectivement, c’est être conscient « de quelque chose » dont on s’affranchit, c’est une liberté relative. Or, comment celui qui serait absolument libre et sans aucune limite ni non-limite d’aucune sorte pourrait-il s’affranchir de quoi que ce soit, si ce n’est « de » lui-même ? Ici encore est une vision objective qui n’est que la simple mort. Non, celui qui est absolument libre est celui qui s’affranchit « à lui-même ». Et l’homme conscient de savoir qu’il ignore, quand savoir et ignorance ne sont pas encore « objets » de lui-même, en est un qui est conscient de la qualité d’être « non-différent » à lui-même, en une tension dynamique, où savoir et ignorance sont de même nature, mais s’expriment en des valeurs identiques qui sont « non-commutatives ». Ici l’homme-monde n’est ni un ni deux, sans pour autant être indifférencié. Laissant la contradiction (que l’on peut comprendre ici comme étant la totalité de tous les points de vue) se refléter à lui, il affirme la totalité en la niant et par le fait il l’a crée, tout en devenant d’elle un « point de vue » unique, une création. Par ce troisième « point de vue », il n’y a pas de résolution de la contradiction où thèse et anti thèse trouve « un » résultat en la synthèse. Celle-ci demeure encore objective et bien plutôt, ici, c’est « l’opposition qui est/n’est pas la synthèse » (Nishida). Et ce faisant, l’homme conscient fait ici le choix de la négation et de la vie et de la mort relative, qui sont toutes deux des résolutions positivistes et qui sont soumission au dictat de la nécessité. Or, en la contradiction, tant le possible que la nécessité se présente ensemble et faisant le choix de se placer entre eux, tel un « tiers inclus » qui est un « réel vide » de choix relatif, l’homme conscient reflète cette totalité à lui-même et finit par l’englober en un « point de vue » unique où la totalité se reflète en soi. Mais cela ne suffit pas encore à faire de lui un individuel et ici, embrassant la totalité de tous les points de vue, il se fait l’expression d’un possible universel. Faisant cela, il n’a pas perdu sa liberté, son état de superposition. Car se faisant l’expression d’un universel, il se fait simultanément Multiple de l’Un tout autant qu’il est Un du Multiple. Mais pour devenir un individuel, l’homme ne doit pas seulement être expression, être l’individuel unique d’un universel unique où il est lui-même un monde, telle une « discontinuité » en un : « Ce qui est exprimé ». Il doit devenir aussi « ce qui exprime », sans quoi il ne serait pas un individuel véritable. Devenir « ce qui exprime » consiste alors à continuer dans la même direction et à s’affirmer en « se » niant.

          Mais alors ? Certains diront que ce n’est là que la simple mort.

          Non, car « se » nier ici ne consiste pas à mourir pour répondre à l’ultimatum de la nécessité ou du possible relatif, mais ayant embrassée la totalité en devenant d’elle son expression, cela consiste depuis ce point de vue à « mourir à soi » et par cette mort, à être « ce qui exprime » la totalité en l’emportant avec soi et par le fait de ce point de vue unique, en être par lui, la « continuité ». La différence est que la « rupture », le choix de la mort à soi, n’est plus ici la simple mort qui s’oppose à la vie, mais l’anéantissement pur et simple, la négation absolue, tant de l’individuel que de l’universel. Ce que nous appelons la mort relativement à la vie n’est que la mort individuelle, elle ne contient pas en elle l’universalité. Et ce faisant, de par ce total anéantissement, de cette annihilation par l’intermédiaire de la négation absolue, alors une nouvelle pré-sentation, une nouvelle création est possibles. Alors évidemment il y a l’ego, mais celui-ci n’est que la projection non pas de ce qu’était le « réel de l’être », mais depuis l’objectivité, l’image d’un de ses choix possibles, voilà pourquoi ce « moi », ce « je » bien pratique dans la vie objective n’est aucunement substantiel (substratum), il est seulement une manière de voir et d’appréhender les choses relatives et quand il prend le pouvoir, il transforme l’homme conscient de savoir qu’il ignore, en un « truc », inconscient du réel de l’être et qui vit dans la croyance, où incapable de reconnaître le Rien (vacuité, ou néant absolu, ou négation absolue) par l’intermédiaire duquel il co-naît, il s’acharne à faire les mesures d’un Tout, dont la somme d’informations qu’il récolte n’est que la somme de ses ignorances. Par l’objectivité, l’homme ne mesure pas ce qui serait un extérieur, il fait l’inventaire de ses représentations, là, il est solipsiste.

          Au hasard de mes discussions, pas mal de gens que je qualifierai d’objectifs interprètent le choix de la négation absolue, comme un non-choix, comme l’est l’« indifférence » d’un stoïcisme pensé intellectuellement. Or ici je m’attache à une philosophie de l’expérience où la négation absolue n’est pas une immanence positive pensée relativement, mais comme un irrationnel concret dont on ne peut faire d’images et qui est synonyme non pas d’« Un » absolu, mais d’« absolument dynamique » et ceci sans l’adjonction d’un quelconque « quantificateur existentiel » qui le quantifierait de « ce », au détriment de son évidente qualité. Et d’ailleurs de ce « point de vue » dynamique de l’expérience, qu’est-ce que l’indifférence ? Car pensée intellectuellement, celle-ci est comprise comme le fait d’une indifférenciation qui est une négation de l’individualité. Or, n’avez-vous pas remarqué que lorsque nous sommes le sujet d’une indifférence, comment nous sommes « quand », une temporalité, Sujet à l’inattention de l’autre et que c’est justement cette ignorance à notre égard qui nous fait nous sentir vivant et que par l’intermédiaire de cette négation, nous sommes totalement affirmés comme une individualité qui se reflète à elle-même. Et d’ailleurs, si tel n’était pas le cas, pourquoi en souffririons-nous ?

          Alors qu’est-ce que l’Ego ?

          Celui-ci n’est pas une simple apparence ou une illusion objective. Il est l’image complexe et contrariée d’un « comme ». Le « comme » de ce qu’aurait pu être l’abandon de l’individuel de l’être à la nécessité quand celui-ci aurait fait simultanément et le choix de la vie et le choix de la mort relative. Il n’est ni une cause ni un effet, mais une condition, un simple « Si ». Il n’a donc pas d’existence propre et s’il n’est pas substantiel, il n’est pas non plus produit et il est à comprendre comme le reflet d’une contrafactualité (un « ce » qui aurait pu se produire) et de fait, il n’atteint même pas ici le stade de l’apparence et reste conditionnel.
          Mais alors comment, si l’individuel de l’être fait le choix de la négation absolue et que le relatif est un conditionnel contrafactuel inapparent, comment un réel est-il possible ?

          Ceci est expliqué dans « L’homme-monde », où depuis la « détermination à partir du futur » de la « logique du lieu » nishidienne, est explicité par une « logique du point de vue », la description d’un temps quantique.

          • Il faut bien dire que pour moi, tout ceci, c'est du baratin, un exercice de ventriloquie métaphysique surinvestissant la logique et les mots, sorte de magie noire recouvrant le réel avec des abstractions supposées le faire disparaître par des formules magiques alors que nous n'en sommes que les sujets (et que ce qu'on raconte, ce n'est pas pour rien, mais pour se poser dans son histoire).

            Longtemps je n'ai été personne, ne sachant quoi faire dans ce monde et comme absent aux expériences historiques auxquelles je participais activement pourtant. Puis, je suis devenu quelqu'un, et même un peu trop, ce qui veut dire que je n'ai plus un moment à moi devant répondre de celui que je suis devenu aux yeux des autres (en répondant à des invitations - ce que je ne fais plus - ou en écrivant les textes qu'on me demande).

            Certes, notre liberté est entière dès lors qu'on peut se donner la mort et quitter la scène, mais on avouera que c'est une liberté un peu courte, il n'y a pas de quoi en faire un axiome. C'est plutôt que cela nous force à assumer ce choix et trouver des raisons de vivre, ce qui ne se peut (la seule raison de vivre, c'est la vie, comme on le voit avec des chatons qui sautent partout, par simple excédent d'énergie).

            La liberté nous définit comme question qui nous est posée mais il n'y aurait de totale liberté que dans un monde que nous pourrions reconnaître comme nôtre alors qu'il nous agresse de son injustice et nous traite universellement sans égard pour nos mérites ("à ce point de vue, purement formel, la liberté signifie la disparition de toute misère et de tout malheur, la conciliation du sujet avec le monde, devenu une source de satisfactions, et la disparition de toute opposition ou contradiction", Hegel). Nous sommes plutôt réellement engagés dans des processus où notre liberté n'est pas plus grande que celle d'un employé dans une entreprise (à la fois liberté effective et très limitée).

            Il n'y a pas une seule totalité (le présent lui-même dans son immédiateté où se rassembleraient toutes choses) mais différentes totalités (processus) avec leurs différentes temporalités. Dès lors, il est impossible d'être "au" monde (seulement à un monde à l'exclusion des autres) et encore plus d'être absolument libre.

            Je ne suis pas avéroïste, je ne nie pas l'individualité des corps et de leur liberté de mouvement, absolument essentielle, mais l'individualité de la langue commune et du code de la route. La spécificité humaine, c'est le langage narratif qui nous fait jouer un rôle dans un récit, jusqu'au suicide parfois, et nous hypnotise avec des mots - le mot de liberté fait partie de ceux-là pour ne pas voir la réalité de nos marges de manoeuvres très limitées et très locales, ne relevant pas d'un soi indifférencié mais d'une histoire située dont on ne peut absolument pas s'abstraire (en croyant s'universaliser) et où rien n'est parfait toujours occupé à de petites choses. Le narcissisme métaphysique qu'on peut dire auto-hypnotique d'une supposée révélation d'un réel plus profond est pourtant lui-même déterminé matériellement pourrait-on dire si ce n'était culturellement, en tout cas par de petites choses tout autant.

            L'être n'a pas la consistance transparente que lui procure un regard divin (ontothéologie) mais notre esprit est embrouillé, ensorcelé par l'esprit du temps et ne progresse que pas à pas avec nulle part l'accès à l'être, à l'immédiat, la vérité enfin trouvée, seulement un chemin de ténèbres traversé par des lueurs trompeuses mais qui avance malgré tout comme les sciences et comme malgré nous, sous le joug d'une nature dont nous restons sujet, ne jugeant qu'après-coup et sans appel.

            Il y a différentes formes de liberté mais au contraire de ce qu'on imagine de toute-puissance ce qui fonde la possibilité de la liberté, c'est notre ignorance, de ne pas savoir, la réflexion plus que la conscience. Moins cela pose question et plus on est dans l'automatisme. Pour qu'il y ait liberté, il faut sans doute des degrés de liberté mais on ne peut les choisir tous, choisir, c'est renoncer, ce pourquoi il n'y a pas de liberté qui ne soit tronquée. D'une certaine façon, c'est la leçon historique de l'après 68, l'après-coup de la libération sexuelle et de la contestation de toutes les autorités, le caractère limité et décevant de la liberté - ce qui n'est pas une raison pour cultiver comme les néocons la nostalgie de l'autorité et du refoulement, encore moins pour ne pas rechercher la plus grande liberté possible, mais juste de ne pas en faire un peu trop comme si c'était un paradis perdu alors que c'est le commencement des emmerdements, d'une liberté qui sait qu'elle ne fait que prendre en charge toutes sortes de contraintes...

          • La liberté, me semble être celle de décider, et décider c'est abattre certaines possibilités, cædere, y renoncer, pour en favoriser d'autres, rien de fondamentalement hédoniste dans ce processus...

          • Bonjour Jean.

            Je vous trouve pessimiste sur ce coup-là et si je ne m’attends pas à ce que vous validiez mes propos, sachez que c’est justement par ce qu’ils sont une logique déstructuration tant du « quantificateur existentiel » que du langage qui sert à le construire que celle-ci amène à le reconnaître pour ce qu’il est. Il n’y a donc ni métaphysique ni magie noire (laissons tout cela à la religion), mais le but recherché d’une démystification de l’ésotérisme dans lequel certains, sous couvert d’une égotique objectivité, tentent d’enfermer la « contradiction » ou de la nier. Penser que « la liberté est la disparition de toute opposition ou contradiction » est en soi une contradiction, tout comme superposer à mon propos les termes « logique » et « baratin ». La contradiction est là, dans le langage, tout comme elle l’est en amont de la dualité onde-corpuscule ou en la superposition d’une « décohérence » qu’un postulat de « réduction du paquet d’onde » est bien incapable de réduire, tel un « comportement », qui ne disparaît que selon un « point de vue » (l’interprétation d’une mesure). Encore faudrait-il que pour une inter-prétation soit correcte, soit validée l’égalité à soi (A=A) de l’« unité » théorique de ladite mesure. Or, du point de vue d’une objectivité « réelle » en opposition d’une objectivité « logique » (Kant), « si le différent était différent du différent, il existerait sans le différent » (Nagarjuna). Et si de cette opposition (réelle vs logique), il n’est pas possible de déterminer que nous sommes « un » individuel, alors permettez « au (à le) moins » (à la négation) que certains cherchent encore qu’en vous avez abandonné.

            Merci à vous.

    • Je trouve cela pathétique. J'avais effectivement oublié dans les raisons de la crise la fin de l'étalon-or en 1971 ! Sinon, c'aurait été le paradis, je vous assure ! En fait on est dans le pur storytelling. Il suffit de raconter une histoire en choisissant ses événements, pas trop pour ne pas trop surcharger les neurones. C'est la force du récit mais qui n'a qu'un rapport lointain avec l'histoire véritable où toutes ces causes soi-disant uniques se combinent par la force de processus matériels. Il ne s'agit pas d'opposer une idée à une autre idée mais un processus matériel à un autre processus matériel. L'impression de comprendre avec des explications simplistes est très gratifiante au point de vouloir défendre absolument ces causalités qui ne tiennent pas une minute face aux réalités complexes des évolutions de la production et des équilibres géopolitiques. Il faut peut-être avoir fait l'expérience de découvrir comme un récit paraissant entièrement convaincant s'effondre à vérifier chacune de ses affirmations, la réalité se trouvant juste assez différente pour ne plus laisser aucun sens à ces reconstructions romanesques. C'est d'ailleurs sans doute l'évolution du roman lui-même de contre-dire sa pente romanesque, de déconstruire le récit au profit d'un réel éclaté.

      • Et moi je pense que s'il y a un déni de réalité c'est de croire que les complotistes installés et co-optés sont les meilleurs analystes et démocrates, s'ils sont les meilleurs c'est comme chiens de garde d'un système qui non seulement organise l'effondrement économique mais prépare une nouvelle guerre mondiale à moins d'un sursaut populaire mondial?
        Les attentats du 11 septembre 2001 et leur traitement médiatique sont l'évidence du détournement du système politique occidental qui n'a presque plus de démocratique que l'appellation.
        Une chose devrait apparaître de plus en plus claire c'est que le Nouvel Ordre Mondial ne ressemble en rien à un ordre, il n'a d'ordre que dans l'organisation du chaos..
        Alors peut-être que le concept d'Etat-Nations est démodé mais celui de gouvernement mondial lui a malheureusement tous les atours du totalitarisme....
        Maintenant je sais bien que vous vous concentrez à rechercher et proposer des prospectives, je suis simplement surpris que vous n'ayez pas remarqué qu'une frappe nucléaire préventive soit maintenant discutée par des pays comme la Corée du Nord sous la pression du déploiement et de l'armée et du système antimissile américain aux frontières de l'ex-bloc communiste.
        Quand des partis, organisations proposent une Initiative de Défense de la Terre contre des Astéroïdes, des raz de marées ou un développement de l'humanité dans l'espace comme projet collectif commun, ils sont systématiquement censurés cf Solidarité et Progrès en France.
        Alors c'est sûr que le déni de réalité ne peut rien arrangé.

        • Vraiment, il faut être plus circonspect dans ses croyances. Ce n'est pas qu'il manque de complots ni d'intentions mauvaises mais c'est surestimer la part humaine alors que ce qui est déterminant, c'est le résultat, un réel massif qui s'impose y compris aux plus fourbes, au moins sur le long terme. Les péripéties humaines ne sont pas si importantes que les récits qu'on en fait car le réel n'est pas un récit, il faut que ça marche, il faut que le système de production produise effectivement, ce qui est très contraignant, il ne suffit pas de comploter.

          • Que le système de production doive produire ressemble à une lapalissade, si je peux convenir que ce n'est certainement pas une sinécure à gérer ce que je critique c'est son mode de gestion uniquement capitaliste et surtout son absence de renouvellement ou planification.
            Quant à mes croyances elles sont malheureusement vérifiées comme si Bernays n'avait pas existé et que "le pouvoir en régime démocratique" serait indemne de corruption...

  2. bonjour
    je ne comprend pas bien le paragraphe sur l'énergie. Est ce que vous soutenez que la croissance peut se faire sans croissance d'énergie ?
    si oui cela devrait être argumenté ! Ou alors vous parlez d'un autre type de croissance ?

    Par ailleurs vous dites que la quantité d'énergie disponible non basée sur l'énergie fossile est plusieurs ordres de grandeurs plus grand que notre consommation. C'est vrai, mais il faut pouvoir l'extraire. Pour le moment c'est encore assez illusoire à grande échelle, avec efficacité et avec des matériaux qui sont réellement disponibles.

    pour chipoter, le solaire n'est pas renouvelable. C'est un flux continu (à notre échelle de temps) d'énergie dont on peut prendre une fraction sans qu'il y ait de renouvellement.

    • Le blog est quasi inutilisable ce matin...

      Cela fait longtemps que je critique l'écologie énergétique et ma critique ici portait surtout sur des théories qui font de l'énergie le seul facteur de production, ce qui est absurde (j'ai mis les liens dans le texte).

      Bien sûr que la croissance est corrélée à la consommation d'énergie pour les économies émergentes dont l'efficacité énergétique est faible mais il peut y avoir croissance (notamment de l'immatériel) sans augmentation de la consommation d'énergie dans les économies développées par optimisation et économies d'énergie. Ceci dit, je ne crois pas que la consommation d'énergie va baisser. Je conteste simplement que l'énergie soit le plus déterminant à l'ère de l'information et qu'on puisse se reposer sur le fait qu'on serait à court d'hydrocarbures, ce qu'on prédit depuis longtemps et ne se vérifie pas hélas dans les faits.

      Il faut évidemment extraire l'énergie. Il y avait pas mal d'études qui disaient qu'on ne pouvait pas extraire le gaz de schiste et cela ne s'est pas vérifié, jusqu'à faire baisser les prix. En suivant l'actualité, je ne vois pas de pic des hydrocarbures mais qu'on va en exploiter partout sous toutes sortes de formes (gaz de schiste, de houille, méthane marin, sous-sol du pôle Nord, extraction d'un plus grand pourcentage de pétrole des gisements actuels, etc). Or, c'est cela qui est dramatique. Il ne sert à rien de se persuader que ce n'est pas possible qu'on va épuiser les réserves un jour ou l'autre quand on sera tous grillés ! Je ne dis pas qu'on n'aura pas de crises. Je suis persuadé qu'on aura des évolutions cycliques avec des augmentations des prix jusqu'à provoquer une récession qui fait baisser les prix jusqu'à la prochaine reprise, etc.

      Le prix des renouvelables devient compétitif et participera bientôt à la baisse des prix. On est bien d'accord qu'il n'y a aucune énergie renouvelable selon le second principe de la thermodynamique, on ne fait que se situer dans un courant d'énergie qu'on extrait, détourne ou capte à notre profit. Sans le soleil, on ne serait tout simplement pas là. Ceci dit, il semble que la fusion va arriver plus vite que prévu : http://www.icosa.co/2013/02/lockheed-skunkworks-develops-compact-fusion/

      Je n'ai aucune certitude, contrairement à ceux qui prêchaient l'apocalypse pétrole depuis longtemps, il peut y avoir des catastrophes pour toutes sortes de raisons mais je crois plus pertinent de mettre en avant le réchauffement pour accélérer le passage aux renouvelable non pas parce qu'il n'y aurait plus d'hydrocarbures mais pour s'y substituer. La stratégie d'attendre l'épuisement de l'énergie est tout simplement dangereuse, pouvant même être fatale.

  3. Il est effectivement désolant (et en même temps c'est facile à dire derrière mon ordi et sans avoir la moindre décision à prendre) de constater que l'on doive bruler et extraire la dernière goutte de petrole pour serieusement penser à autre chose. Mais de ce que je peux en lire, la dernière goutte n'est pas forcément celle que l'on croit. Les gaz de schiste ressemblent de plus en plus à une bulle spéculative voir. L'amélioration des techniques reste limité par des trucs idiots: il faut que le rendement moyen des puits soit plus grand que 1 sinon ça sert à rien de creuser. J'avais lu un papier assez drôle sur le patron de cherokee parlant de perdre sa chemise sur cette exploitation. j'ai déjà vu jancovici en conférence et en dehors de son coté bateleur pénible il est assez convaincant. Sauf rupture technique majeure totalement hypothétique il n'y a rien qui permette sérieusement de remplacer le pétrole dans son volume et ses applications. Bien sur il a une légère tendance à confondre corrélation et causalité, sur le pic du prix du pétrole de 2008 amenant le déclenchement de la crise. L'immateriel ne concerne à priori que les pays de l'OCDE et encore pas l'activité de toute leur population. Donc la croissance de la demande d'énergie portée par le rattrapage industriel des grands pays du tiers monde (BRIC) est bien notre futur proche et moyen. Pourquoi est ce que le développement de l'immateriel ne serait pas demandeur d'énergie supplémentaire ? La société ne sera pas demandeuse de moins d'objets, et l'immateriel dépend de choses bien materiels: les ordis et autres serveurs, qui sont construits en plus et pas à la place de tout les autres materiels déjà fabriqués. D'un point de vue mondial faire construire en chine ou en ardeche c'est pareil et la dé- ou la re-localisation n'a qu'un effet sur les transports. pour finir, j'ai regardé rapidement la vidéo sur la fusion. On est plus dans la communication qu'autre chose. Utiliser un champ magnétique pour confiner le plasma n'a rien d'original. Les questions (qui sont toujours les mêmes depuis 50 ans) sont plutôt (i) comment atteindre les conditions d'initiation de la fusion (ii) comment la controler et recuperer suffisamment d'énergie pour avoir un rendement positif et (iii) quels matériaux sont suffisamment résistants pour supporter le bombardement des rayonnements des produits de réaction. Et la nada...

    • Je crois qu'on va aller vers la décroissance des objets grâce au numérique (outil universel) mais il est exact que ce n'est que pour les pays développés et il y a des milliards de nouveaux postulants qui vont bien sûr augmenter la consommation d'énergie. Il est raisonnable de penser qu'on y arrivera pas sauf qu'au bout d'un certain temps qu'on le dit, il faut bien admettre que ce n'est pas si impossible qu'on le croit. J'ai déjà parlé du fait qu'il pourrait y avoir une bulle des gaz de schiste mais il faut se rendre à l'évidence, on est encore en plein boom et en recherche avec des révisions à la baisse en Pologne mais qui n'empêchent pas les réserves énormes un peu partout. Les ruptures techniques me semblent déjà là (les progrès sont fulgurants mais ils faut qu'ils atteignent le niveau industriel). Je ne pense pas raisonnable de se croire plus expert que les experts (ni que Lockheed s'aventure à la légère dans la fusion) mais face aux quelques uns qui soutiennent qu'on n'arrivera pas à fournir, il y a bien plus d'experts qui sont confiants et qu'on traite de menteurs mais dont les prévisions ont été jusqu'ici plus justes que celles des catastrophistes. Dans l'état actuel de ma propre information l'hypothèse qu'on manque d'hydrocarbures est beaucoup moins probable que le fait qu'on continue à en exploiter de plus en plus et c'est cela qui est absolument catastrophique alors qu'on aurait les moyens de remplacer les énergies fossiles par des énergies alternatives en progrès constant mais cela demanderait une mobilisation peut-être impossible de l'appareil de production, en tout cas un capitalisme de guerre (ce que dit depuis longtemps Lester Brown que je critiquais avant mais sans doute à tort). C'est assez incompréhensible mais il ne manque pas de calculs d'ingénieurs complètement faux, de plusieurs ordres de grandeur. Pour ma part, je pense qu'il ne faut pas trop s'y fier mais plutôt aux faits qui les contredisent surtout quand se tromper peut mener à la catastrophe (climatique).

  4. bonjour

    (i)

    "Je crois qu'on va aller vers la décroissance des objets grâce au numérique (outil universel)"

    Je ne sais pas. Je suis Parisien donc pas de voiture. Mais j'ai 4 écrans chez moins. Je fais 3h00 de transport/jour en rer. Je pars en vacances en avion etc... Ma consommation (la mienne bien sur) n'est pas réduite par rapport à celle de mes parents (j'ai 33 ans) elle dépend en fait de mon revenu. Et encore une fois l'immateriel me coute bien cher.
    et je ne me défini pas comme un gros consommateur !

    Il est vrai que la valeur ajoutée du travail par l'ordinateur est démultipliée mais ou est l'immaterialitée ? J'ai acheté votre livre "écol politique et ère de l'information" il faut que je lise.

    (ii)

    "Dans l'état actuel de ma propre information l'hypothèse qu'on manque d'hydrocarbures est beaucoup moins probable que le fait qu'on continue à en exploiter de plus en plus et c'est cela qui est absolument catastrophique alors qu'on aurait les moyens de remplacer les énergies fossiles par des énergies alternatives en progrès constant"

    oui mais c'est ça mon point ! C'est justment parce qu'on manque de pétrole conventionel que les industriels raclent les fonds de cuve à petrole, creusent de plus en plus profond etc ! Ces fonds de cuves sont peut être profonds, mais dans l'état de mes connaissances, ils sont largement irrécupérables non pas techniquement mais financierement. Si vous avez des infos contradictoires avec ça je veux bien les connaitre.

    (iii)

    "alors qu'on aurait les moyens de remplacer les énergies fossiles par des énergies alternatives en progrès constant"

    1/Pour le moment ça n'est pas possible. Dire que ça le sera ou que ça ne le sera pas est de la spéculation.
    2/donc vous vous placez dans un horizon d'énergie abondante ? Et si ça n'était pas le cas ?

    (iv)
    Ce n'est pas la première fois qu'on nous promet la fusion "ce soir dans votre ville" ! L'histoire de la "star in a jar" n'est pas si lointaine. Rien n'est exclu mais rien n'est pouvé. Autrement dit il n'y pas d'information. Pourquoi lockheed ne serait pas dans une pure séquence de communiation comme lorsque la NASA prétend avoir découvert des traces de vie fossile sur Mars lorsque les discussions pour sont budget ont lieu ?
    Des centrales à fusion transportable par camion ? Super ! Alors qu'ils le prouvent.

    (v) Ceci dit il est vrai que prolonger des courbes est délicat en temporel humain (histoire humaine). On dirait que nous ne pouvons imaginer que ce que nous connaissons, ou extrapoler (grossir le trait ?) à partir de ce que nous connaissons. Reste à voir si ce n'est pas moins grossier que de tabler sur des ruptures qui doivent statistiquement avoir lieu.

    Ce n'est pas parce qu'un tremblement de terre à lieu statistiquement toutes les X années au même endroit qu'il faut s'attendre à voir un tremblement de terre au bout de X année. Ni d'ailleurs qu'il y aura jamais plus de tremblement de terre !

    Je ne traite personne de menteur, je suis sceptique. La seule approche qui me paraisse raisonnable pour le futur proche est d'extrapoler l'histoire récente et d'ajouter du bruit dessus.

    bonne journée

    • J'ai une consommation en rien comparable comme la plus grande partie de la population mondiale (car le numérique est mondial le mobile ayant pénétré les coins les plus pauvres) et cela me donne quand même accès à énormément de choses. Les riches gâchent toujours pas mal et on n'est qu'au début du numérique qui manque encore de modularité et d'interopérabilité, l’obsolescence étant beaucoup trop rapide et la filière n'étant pas soutenable en l'état mais le potentiel du numérique est considérable (si l'on comprend bien ce qu'est l'information et son lien au vivant). Si tout cela reste théorique, un article anglais dont j'ai parlé a fait état d'un début de décroissance des objets dû au numérique, donc il y aurait peut-être un début de réalisation. Il faut bien sûr d'abord s'équiper mais il est raisonnable de penser qu'on arrive assez vite à une saturation qui n'est pas favorable à la croissance comme en témoigne le marché de la musique au moins pour l'instant. Il n'y a bien sûr pas de numérique sans appareils numériques mais l'immatériel constitue déjà la plus grande part notamment avec la publicité (que j'ai en horreur) et la gratuité numérique comme sa capacité de reproduction infinie changent des pans entiers de l'économie.

      J'ai rendu compte mensuellement de mes infos sur l'énergie mais si on en est effectivement à racler le fond, cela ne se révèle pas du tout aussi couteux qu'on le prévoyait. Le gaz de schiste fait baisser les prix. On peut dire que c'est une bulle, que ce n'est pas rentable, que c'est bientôt fini mais on en cherche partout et il y en a énormément. Il y a des études contradictoires et ce n'est pas moi qui détiens la vérité mais le problème, c'est l'écart entre ces discours que Cochet tenait il y a 10 ans et la réalité actuelle.

      Il est possible techniquement dès maintenant de remplacer les énergies fossiles, ce qui manque ce sont les conditions politiques et financières largement parce que le prix des hydrocarbures pourrait baisser. Cependant, j'en suis arrivé à la conclusion qu'on n'agissait que dans l'urgence et sous la pression des faits. Donc il faut passer par un manque d'énergie pour le combler mais au lieu d'imaginer que soudain il n'y a plus rien, il faut imaginer des tensions sur les prix provoquant de nouveaux investissements qui les font baisser ensuite, etc. C'est à la fin du processus qu'il y a énergie abondante, voire gratuite. En attendant on peut avoir des problèmes mais, non, on ne peut pas manquer d'énergie.

      Je ne crois pas qu'on ait besoin de la fusion mais il ne semble pas que Lockheed ait l'habitude de se lancer dans des aventures hasardeuses. Bien sûr on verra si ils y arrivent mais c'est juste une façon supplémentaire de produire de l'énergie, il y en a tant d'autres.

      Il serait stupide de se fier aveuglément à la technique comme de tabler sur de futures révolutions scientifiques (qui auront inévitablement lieu d'ici 2100 au moins) mais il serait encore plus stupide de ne pas tenir compte de techniques déjà effectives. C'est de suivre les informations scientifiques et technique qui me persuade, peut-être à tort, qu'on a déjà tous les moyens nécessaires. Ces nouvelles peuvent être trompeuses car il y a loin de certaines découvertes à leur exploitation industrielle mais il y a tant de progrès sur tous les plans que tout ne peut pas tomber à l'eau (il y a de plus en plus de réalisations rentables). Je suis plutôt surpris de la capacité des sites sur la fin du pétrole à filtrer les informations pour n'en retenir que les mauvaises. [On voit comme ce que disent les compagnies pétrolières ou Lockheed est mis systématiquement en doute bien que leurs annonces n'aient pas été démenties par les faits jusqu'ici, alors qu'on ne tient pas compte du fait qu'on faisait les mêmes prévisions catastrophistes il y a 10 ans qui ne se sont pas du tout vérifiées pourtant]

      Notre gros problème, ce n'est pas le manque d'énergie, c'est la fin de Kyoto, les pays ne voulant pas se priver d'une énergie à bon marché dans leur sous-sol, et les risques d'un réchauffement catastrophique. Là aussi, je crois qu'on ne réagit que devant la catastrophe avec la circonstance aggravante que les conséquences de nos actions ne se ressentent que des dizaines d'années après. En tout cas, je ne vois pas à quoi ça sert de dire à des gens qui se gavent d'hydrocarbures qu'il ne devrait déjà plus y en avoir alors que tout progrès vers les renouvelables est par contre vital.

  5. "Les riches gâchent toujours pas mal "
    qui sont les riches ? Ceux dont le niveau de vie fait envie ? Si oui, quel est le sens de gacher ?
    dit autrement, qu'est ce qui est superflu, ce qui est gaché ? comment le définissez vous ? Comment l'empechez vous et comment empechez vous le desir de consommation ?. Vous avez une approche anti-moraliste qui m'a permis de pas mal avancer dans mes propres reflexions. Cette phrase me parait paradoxale.

    " début de décroissance des objets dû au numérique,"
    oui j'ai vu ce papier. Comme j'ai vu aussi les papiers représentant l'augmenation de la consommation de papier avec l'apparition de l'imprimante et de la facilité d'imprimer. Comme j'ai lu les papiers sur l'augmentaion des standards d'hygiène avec l'apparition des machines facilitant ce travail, ce qui a pour conséquence une diminution bien moindre du temps passé aux taches ménagères qu'escompté. Enfin bref l'effet connu en économie comme l'effet rebond.
    Je ne comprend pas comment on peut conclure de tout ça une decroissance inexorable de la quantité d'objet. Bien sur des productions peuvent être transmises du physique au digital. Reste à prouver que ce soit moins consommateur de matière et d'énergie et si c'est le cas que les économie générées ne seront pas réinvesties dans d'autres objets (effet rebond).

    "Le gaz de schiste fait baisser les prix"
    baisse des prix du pétrole ?
    http://prixdubaril.com/
    on est passé en moins de 10 ans et avec une monumentale crise pas finie de 26 à 100$ le baril !
    Je lis régulièrement vos nouvelles scientifiques, le pétrole et son exploitation ne me semble pas une thématique courante. J'ai peut être raté quelque chose ?

    Je vous trouve cavalier avec les peakistes (l'ASPO, pas Y. Cochet...). Eux mêmes mettent en avant regulièrement leurs états de service en tant que géologue retraités de petroliers.

    "on en cherche partout et il y en a énormément [des gazs de schiste]"
    Beauoup ça ne suffit pas. L'hydrogène est de loin l'élément le plus courant dans l'univers. Pourtant de la où nous sommes (la surface de la terre) c'est un élément très rare à l'état naturel et on est obligé de le produire !

    "Il est possible techniquement dès maintenant de remplacer les énergies fossiles,"
    à consommation constante et sans nucléaire ? vous pouvez citer vos sources ?

    Lockheed a beaucoup de problèmes avec ses avions de chasse apparamment ratés et hors de prix type F-22 Raptor. Ils sont aussi à l'origine du raté suivant, le F-35.
    C'est du classique industriel: pas d'aventure hasardeuse, juste un résultat lamentable.

    PS == il y a dans le diplomatique de ce mois ci un article sur la recherche médicamenteuse sans brevet (qui apparait comme necessité plutôt que par choix moral) qui devrait vous intéresser.

  6. J'ai donné dans le billet suivant sur la société duale le montant du salaire médian qui est bien plus faible qu'on imagine alors qu'au-delà de 3300€ on est déjà dans les 10% les plus riches. Il ne sert effectivement à rien de faire la morale, tout ce qu'il faut pour réduire ses consommations, c'est réduire le revenu car plus on gagne, plus on consomme et plus on gâche (par rapport à ceux qui ne le peuvent pas), cette baisse de niveau de vie pouvant être un gain de qualité de vie à condition qu'on remplace la consommation par la production, l'avoir par le faire, seule façon d'éviter l'effet rebond (mais il y aura toujours des plus riches consommant plus que la majorité et qui font d'ailleurs souvent un métier qu'ils aiment).

    Je crois à la décroissance des objets parce que le numérique est polyvalent, que l'ordinateur est une general problem solver, un outil universel et que donc, on n'a pas besoin de s'encombrer d'autres objets (ni d'imprimer avec les tablettes). Je suis sûr qu'on peut remplacer de nombreux objets avec le numérique mais je le suis un peu moins sur le fait que le nombre d'objets diminue pour autant. On ne peut se passer de politiques publiques pour y arriver (développer la location par exemple) mais c'est un objectif qu'on peut se donner où le numérique est un atout, numérique qui devra consommer moins de matières et d'énergie pour être soutenable.

    Sur le fait que l'huile de schiste fasse baisser le prix du pétrole, il y a débat, tout dépend du niveau des prix et de la demande effective mais à partir d'un certain niveau (120$ par exemple), les alternatives deviennent nombreuses. On est quand même redescendu pas mal par rapport au pic de 145$ mais il n'y a pas que la rareté du pétrole, il y a aussi les tendances inflationnistes plus générales sur les matières premières engendrées par le développement des pays les plus peuplés conformément aux cycles de Kondratieff. Pour moi, le prix du pétrole est encore trop bas par rapport aux alternatives actuelles dont les coûts vont cependant baisser rapidement, empêchant (tout comme la baisse du prix du gaz) le pétrole de continuer à augmenter indéfiniment. Il peut y avoir des accidents, des ruptures d'approvisionnement, de la spéculation, etc. On est sûrement dans la période la plus délicate. Donc je ne fais pas de prédictions mais je ne crois ni qu'on redescende beaucoup en dessous de 100$, ni qu'on aille beaucoup au-delà de 150$, ceci dit sans prétendre être un expert de la question. Il est vrai que je ne semble pas avoir beaucoup communiqué sur le pétrole. Je n'ai pas retrouvé un texte assez récent qui montrait à la fois que les réserves non conventionnelles étaient énormes et que les puits de pétrole actuels étaient finalement assez peu exploités (35% je crois seulement), beaucoup de pétrole y restant plus difficile à extraire mais pas tant que ça quand même (tout dépend du prix, pas de l'absence physique d'hydrocarbures).

    Moi je veux bien que les peakistes soient de vieux experts, il y a toujours, et heureusement, des avis dissidents parmi les experts mais je ne crois pas à la fable que les sociétés pétrolières (ou Lockheed) ne raconteraient forcément que des bêtises alors que leurs prévisions sont vérifiées contrairement à ceux des peakistes (et les techniques s'améliorant constamment). Comme dans les théories du complot, les peakistes font un tri dans l'information pour ne garder que ce qui renforce leur conviction inébranlable, c'est ce qu'on peut leur reprocher. Il y a là un phénomène de dissonance cognitive. Je ne prétends pas pour ma part arbitrer entre ces experts juste mettre en doute que ce pic pétrolier soit si certain et si proche alors que se tromper là-dessus peut se payer en augmentation de nos émissions. Il faudrait au moins ne pas écouter qu'un son de cloche et envisager sérieusement l'hypothèse qu'on ne soit pas au bout de nos peines même s'il y a des tensions, voire un clash (ou que les experts se trompent effectivement).

    Evidemment, si on coupe le pétrole du jour au lendemain et qu'on arrête les centrales nucléaires, tout s'arrête et c'est Mad Max, mais ce n'est pas comme cela que ça va se passer et beaucoup plus progressif. On peut produire toute l'énergie dont on a besoin aussi bien avec l'éolien qu'avec le solaire (encore trop cher) sans avoir besoin de la fusion qui peut s'y ajouter avec plein d'autres techniques (osmose inverse, géothermie, micro-algues, etc.) mais il faut beaucoup de temps et d'investissements pour la transition, ce qu'une politique volontariste peut accélérer (avec des effets économiques positifs pour autant que cela n'augmente pas trop le prix de l'énergie par rapport aux concurrents). Plutôt que se faire peur avec une fin du pétrole qui tarde c'est dans cette voie qu'il faudrait s'engager, celle d'un capitalisme vert qu'on a raison de décrier sauf qu'il y a urgence et que ce serait largement moins pire.

  7. Jean
    "Plutôt que se faire peur avec une fin du pétrole qui tarde....."
    Je crois malheureusement qu'on ne se fait pas assez peur. En ce sens que la tendance est toujours celle de refuser de voir les choses en face. Nez sur le guidon .
    Se faire peur est mieux que se faire mal ; parce que dans le premier cas on peut réagir ; dans le second le mal est fait.
    Concernant le peak oil , l'important n'est pas la date ; ce qui compte c’est la logique de l’épuisement de la ressource et c'est le lien qu'on établit entre tous les éléments : climat ,énergie , social , économie , politique etc Et le choix de société ;
    Refuser le réel est une bonne chose si ce réel est une réalité discordante par rapport aux lois générale de la vie ; ces lois, même si on ne peut les proclamer comme LA vérité, SA vérité, existent : si on se jette par la fenêtre on a des chances de finir en bouillie ; de même il est évident que se servir nombreux et sans retenue d’une ressource va finir par l’épuiser.
    Je crois qu’on ne fait pas assez appel à la morale, à ce qui est bien ou mal ; non pas au bien qui dit j’ai raison je détiens la vérité mais simplement au fait qu’on ne peut pas tout faire, dire penser, et que 2+ 2 font 4 dans beaucoup d’autres domaines que les maths.
    Si dans la vie courante je ne suis pas fiable, que je dis et fais n’importe quoi , qu’on ne peut pas compter sur moi …et bien, c’est insupportable à vivre et c’est …mal .
    Et force est de constater que la réalité sociétale d’aujourd’hui conjugue ce paradoxe de progrès scientifiques et techniques nous donnant sur nous même et le monde une puissance encore jamais atteinte et une incapacité récurrente à organiser nos sociétés intelligemment , ou moralement ce qui revient au même.
    Se faire peur est parfaitement justifié : nous sommes au bord du gouffre et ce dans tous les domaines …..A quoi rime qu’un seul Indien possède des milliers d’hectare en Ethiopie et que les bergers locaux soient poussés aux bidonvilles ? A quoi rime de construire des paquebots de luxe gigantesques pour que des retraités en grand nombre puissent jouer les riches ?
    Je suis convaincu que même si Cochet ou d’autres ont tort sur la forme, sur le fond nous devrions avoir peur ; convaincu que, même si en terme de probabilités c’est infiniment ténu , l’issue n’est pas scientifique ou technique mais morale et de l’ordre de la raison : ou nous serons en capacité d’organiser intelligemment nos sociétés (avec l’aide de la science et des techniques) ou nous pouvons avoir peur !
    Je crains plus les discours rassurants que les discours alarmistes ; ce qui importe c’est d’essayer de ne pas dire n’importe quoi et de ne pas utiliser l’alarme ou le réconfort pour des buts moins avouables.
    J’ai la chance, une chance que je me suis crée et choisie de vivre d’une manière autonome et tant dans mon métier, paysan , que dans mon milieu de vie ( et famille) je trouve du bonheur à vivre ; mais je sens fortement et précisément la menace ; à un moment donné ça peut basculer : il faut penser que certains habitants de certaines vallées des Alpes songent à déménager du fait de la pollution atmosphérique des particules fines du trafic routier ! Et cet exemple mineur et réducteur désigne le fait que plus personne, nulle part, n’est aujourd’hui à l’abri …Pensons aux habitants japonais des zones proches de Fukushima.
    On leur a tenu des discours rassurants ; c’est vraiment dommage qu’ils n’aient pas eu peur de leurs dirigeants et ….d’eux-mêmes, qui ont toujours été bien d’accord sur tout avant que ça arrive.
    Non ! Dénonçons la connerie et ne rassurons pas.

    • Le problème, c'est que pour que la peur soit effective, il faut vraiment sentir le vent du boulet et la date du peakoil n'est pas indifférente, s'il se produisait vraiment maintenant comme prévu (pour le pétrole de meilleur qualité seulement hélas) ce n'est pas la même chose que s'il se produit une fois qu'on aura dépassé tous les seuils dans quelques dizaines d'années. C'est là qu'il faudrait paniquer, de voir qu'il reste vraiment trop d'hydrocarbures.

      Je ne crois pas à la morale car on ne peut détacher le moral du cognitif et c'est celui-ci qui fait défaut. La faute, c'est le falsus, de tomber à côté, de ne pas être conforme à sa fin. Il est tentant de s'en remettre à des condamnations morales, c'est notre pente religieuse, mais c'est ineffectif (de même que ce n'est pas en supprimant les gens violents qu'on supprime la violence, au contraire). Il faut se rappeler que les grands dirigeants financiers sont des croyants qui participent à de grands galas de charité, persuadés de leurs vertus morales...

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