Vous avez entendu les nouvelles ? Pas de quoi la ramener sur notre humanité, notre intelligence, notre démocratie avec le retour aux pires moments de l'histoire et ses relents de xénophobie, si ce n'est de nazisme, alors même qu'on peine à faire face à des menaces climatiques vitales. Les migrants meurent à nos portes, des murs s'érigent un peu partout. La panique s'empare des pouvoirs quand les fachos paradent et que la gauche s'effondre sans que les écologistes soient encore prêts à reprendre le flambeau. Au lieu de la connaissance et l'intelligence collective espérée, c'est en permanence la bêtise la plus crasse qui s'étale sans vergogne sur les réseaux comme à la télé ou dans les rues qui s'enflamment au nom des plus folles rumeurs.
A nouveau, notre image en prend encore un coup et il semble bien que nous n'y pouvons rien malgré notre rage d'un tel désastre, baladés d'un mouvement extrême à un autre, comme si nous n'existions pas. Ce n'est certes pas toujours aussi désespérant quand c'est par exemple la parole des victimes de viols qui se libère soudain, mais vraiment, on est trop loin de l'idéal du moi qui flattait notre narcissisme, et surtout il semble bien que la seule façon de peser sur l'événement en bien ou en mal, c'est d'aller dans le sens du vent avant qu'il ne retombe. Inutile de vouloir s'y opposer, c'est en pure perte. Il faut attendre que le temps fasse son oeuvre. "On se croit mèche, on n'est que suif".
On veut croire à l'Amour, à la Révolution ou à Dieu, foutaises ! Ce héros de l'histoire, tel qu'on se peint complaisamment, n'en est que le pantin, régurgitant tout ce qu'il a appris et se jetant sans retenu dans les batailles les plus absurdes du moment, d'autant plus exaltantes qu'elles promettent la lune. Rétrospectivement, les petits groupuscules s'écharpant sur l'interprétation du marxisme comme de la vraie foi paraissent si ridicules alors qu'ils n'avaient aucune prise sur les événements et aucune chance de mettre en pratique leurs théories pour changer la société. On se contente habituellement de suivre avec passion les informations du monde, de ce qui se passe ailleurs et nous dépasse, à l'évidence ne dépendant pas du tout de nous. La vérité, c'est qu'on n'est pas aux commandes, on ne décide pas de notre vie ni de notre existence ni même de nos pensées en dépit des apparences.
Tout est une question de tempo mais il est très difficile de bien évaluer la temporalité de chaque processus car il y en a plusieurs dont on ne peut prévoir les combinaisons multiples. La physique moderne a réfuté le temps absolu de Newton qui demeure cependant la forme a priori de notre sensibilité, comme dit Kant. On raisonne en permanence comme si le temps était linéaire alors qu'il y a bien plusieurs temporalités qui se croisent dans un présent qui n'a rien de la consistance d'une tranche de vie instantanée et de la cohabitation immobile de tous les êtres que les mystiques mettent en scène. Il n'y a qu'une multiplicité de trajectoires avec leurs temps propres, certains cycliques ou à très court terme, d'autres des temps astronomiques. Il est ainsi certain que nous sommes mortels et que notre planète n'est pas éternelle non plus, ni notre soleil, ni même l'univers tout entier voué à la disparition (avant son rebond?). On a bien du mal cependant à nous représenter ces milliards d'années qui ont pourtant été nécessaires à la vie pour se complexifier.
J'ai tenté de regrouper ici, pour un travail préparatoire, les éléments d'une philosophie écologique, d'une évolution déterminée par l'extériorité aussi bien matérielle et biologique, économique et technique, que sociale et culturelle.
Je m'étais déjà interrogé sur
Pic de la Mirandole (1463-1494) n'est plus guère connu que par son nom et sa prétention de couvrir tous les domaines du savoir de son époque - à seulement 24 ans - mais je me souviens avoir lu avec un certain enthousiasme le début de son