Devenus bipèdes à cause d’un terrain escarpé

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- Devenus bipèdes à cause d'un terrain escarpé

C'est une nouvelle version du singe qui se redresse pour parcourir la savane, sauf qu'on y rajoute les contraintes d'un terrain escarpé et rocailleux. Une autre théorie impliquait le transport de nourriture sur de longues distances mais ce n'est pas contradictoire.

Ainsi les Hominiens ont été obligés de marcher sur leurs deux jambes pour s'adapter à l'environnement de l'Afrique méridionale et orientale. Ils sont devenus progressivement des bipèdes, car ils ont dû marcher au lieu de grimper dans les arbres qui commençaient à se raréfier. La vaste forêt laissait place à une vaste plaine et à la savane, un environnement auquel les Hominiens devaient s'adapter pour survivre.

Le paysage de cette partie de l'Afrique est réputé être rocailleux et escarpé. Cette nature rocailleuse devenait le terrain de chasse des Hominiens, lesquels étaient obligés de se dresser pour élargir leur champ de vision. Ce nouveau cadre exigeait des activités physiques comme l'escalade, la course, la marche et le balancement. C'est ainsi qu'ils sont devenus, au fil du temps, des bipèdes à part entière. L'évolution des Hominiens ne se limite pas à ce changement à la verticale, on assiste également à un développement de la dextérité manuelle.

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L’aire de Broca dédiée à la grammaire comme à la rationalité procédurale

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- L'aire de Broca dédiée à la grammaire comme à la rationalité procédurale
Thierry Chaminade, La Recherche, p60

Parler comme on taille des silex | La Recherche

J'ai voulu mettre un titre plus précis mais cela aurait pu être "L'origine commune du langage et de la technique". L'article original s'appelle "Parler comme on taille des silex", Thierry Chaminade mettant en relation langage et taille des silex par l'intermédiaire du développement de l'aire de Broca, bien connue pour son lien au langage mais qui serait aussi nécessaire pour suivre des procédures de fabrication selon des règles du même ordre que la grammaire. C'est bien sûr très important puisque cela identifie langage et technique mais aussi parce que cela ferait remonter la grammaire, et donc peut-être le langage narratif, à des temps un peu trop reculés (une procédure comportant des étapes successives est effectivement de l'ordre de la narration).

Le rôle attribué au langage était jusqu'ici réduit à la transmission alors qu'il devient plutôt un produit de la rationalité et des procédures techniques, non pas de la fiction (des mythes qui n'en seraient que des pathologies) et donc pas des bavardages des femmes ni des contes pour enfant comme on en avait fait l'hypothèse. Cela n'empêche pas que la capacité de transmission permet ensuite d'accélérer l'évolution et de complexifier les techniques, ce qu'on n'observe d'ailleurs pas tellement avant le paléolithique supérieur, les innovations restant très rares avant. Le plus vraisemblable reste que le langage narratif est bien plus récent mais que sa structure préexistait dans les procédures techniques et que son émergence a été plus progressive.

En tout cas, on remet ainsi sur les pieds l'histoire de notre humanisation qui ne commence pas par l'esprit mais par une raison procédurale qui reste ancrée dans le biologique et la pratique manuelle (on avait d'ailleurs vu que la taille de la pierre avait fait évoluer nos mains). L'esprit joue quand même un grand rôle par l'intermédiaire de l'imitation et des neurones miroirs qui activent l'aire de Broca de celui qui regarde de façon semblable à celui qui taille la pierre (identification à l'intentionnalité du geste).

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Les origines de la créativité

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- Les origines de la créativité (PLS)

C'est une vieille histoire de tenter de dater nos origines et une "coupure épistémologique" nous séparant à jamais de l'animalité alors qu'on trouve toujours des précédents dans un processus qui semble plus progressif. Il n'empêche que la véritable révolution culturelle semble se passer vers 50 000 ans et qu'on peut remonter pour ses prémices à 70 000 ans peut-être alors que cet article remonte bien avant, sous le couvert d'une "créativité" tout de même bien lente en ces temps reculés par rapport à l'accélération suivante. La seule véritable coupure pensable et qui n'est pas génétique, me semble celle du langage narratif bien qu'on ait fait l'hypothèse que son potentiel ne se soit révélé qu'une fois l'espérance de vie devenue un peu plus longue avec des groupes plus importants permettant l'élaboration de cultures complexes avec leur transmission par les ancêtres.

Ici, on tente de montrer que nos capacités cérébrales et de coopération sont essentielles dans l'innovation, ce dont on n'aurait jamais douté, mais l'élément déterminant semble la démographie dans un sens différent de la taille des groupes plutôt dans la densité des populations et le réseau de leurs échanges, le seuil minimum de ce que Pierre Chaunu appelait le monde plein au Moyen-Âge, pour une densité bien plus forte, a été estimé par Mark Thomas avoir été atteint il y a 100 000 ans (ce qui ne tient pas compte de l'explosion du Mont Toba et d'un goulot d'étranglement génétique, il y a 70 000 ans). Si c'est vraiment une question de densité, l'évolution technique n'en a pas fini d'accélérer jusqu'au pic de population au moins ! Cette densité est peut-être seulement nécessaire pour qu'il y ait évolution cumulative, que les innovations ne soient pas oubliées, assurant une continuité dans l'humanisation du monde à partir de laquelle nous parlons, dans un monde déterminé par un niveau technique donné. Un encadré insiste plutôt sur les interactions avec l'environnement qui sont au moins aussi déterminantes. Ainsi, on peut penser que l’accélération des innovations au début du Néolithique venait de la nécessité de s'adapter à un nouvel environnement et un nouveau mode de vie alors qu'ensuite, une fois le système rodé, la conservation l'emportera sur l'innovation pour de longs millénaires jusqu'à l'époque contemporaine parfois où le bouleversement est bien plus grand encore.

La lignée de l'homme moderne est apparue en Afrique il y a environ six millions d'années, mais durant près de 3,4 millions d'années, ses premiers membres ont laissé peu de témoignages d'innovation. Cela suggère qu'ils se procuraient de la nourriture à la main, ou avec des outils rudimentaires qui ne se sont pas conservés, des bâtons par exemple.

Puis des homininés (hominidés non arboricoles) nomades ont fabriqué des outils coupants en taillant des galets avec des pierres. Cet acte témoigne d'une étonnante ingéniosité. Mais nos ancêtres semblent avoir utilisé le même type de hache multifonction (un biface) pendant les 1,6 million d'années suivantes, à quelques légères modifications près.

En Afrique du Sud, des chercheurs ont relevé des traces de nombreuses inventions précoces. Les chasseurs-cueilleurs qui habitaient la grotte de Blombos il y a 100 000 à 70 000 ans, par exemple, gravaient des motifs sur de gros morceaux d'ocre. Ils fabriquaient des poinçons en os, peut-être pour façonner des vêtements en peau. Ils se paraient de colliers de perles chatoyantes faites de coquillages et, dans un lieu dédié, réduisaient en poudre de l'ocre rouge et l'emmagasinaient dans les plus anciens récipients connus, faits de coquilles d'ormeaux. Plus loin à l'Ouest, sur le site de Pinnacle Point, des individus travaillaient la pierre il y a 164 000 ans, chauffant une roche locale, la silcrète, sur un feu contrôlé, pour la transformer en un matériau brillant, plus facile à tailler.

Les pointes de pierre provenant du site de Kathu Pan 1, en Afrique du Sud, constituaient autrefois les extrémités de lances vieilles de 500 000 ans qui appartenaient sans doute à Homo heidelbergensis, le dernier ancêtre commun de l'homme de Neandertal et de Homo sapiens. Et dans la grotte de Wonderwerk, toujours en Afrique du Sud, une couche ancienne contenant des cendres de végétaux et des fragments d'os calcinés suggère qu'il y a un million d'années, un homininé encore plus lointain, Homo erectus, a appris à allumer des feux pour se réchauffer et se protéger des prédateurs.

Aussi impressionnants que soient ces premiers éclairs de créativité, l'immense disparité des innovations, tant en quantité qu'en qualité, entre les hommes modernes et nos lointains ancêtres demande une explication.

À l'aide de données génétiques provenant d'Européens modernes, ils ont estimé la taille des populations humaines en Europe au début du Paléolithique supérieur, époque où la créativité semble être apparue dans cette région, et ont calculé la densité de population. Puis ils ont étudié les populations africaines au cours du temps, simulant leur croissance et leurs migrations. Leur modèle montre que les populations africaines ont atteint la même densité que les premiers Européens du Paléolithique supérieur il y a environ 101 000 ans, juste avant que l'innovation ne se manifeste dans les régions subsahariennes selon les témoignages archéologiques. Le modèle montre aussi qu'il existait alors de vastes réseaux sociaux.

L'apparition de grandes populations connectées a permis aux innovations de se répandre, telle cette recette d'arme de jet à base de lamelles retouchées en pierre, mise au point par Homo sapiens il y a environ 71 000 ans.



Cela n'a rien à voir avec l'article mais je signale un livre de 2003 "La femme des origines : Images de la femme dans la préhistoire occidentale" de Claudine Cohen qui remet en cause les projections des interprétations dominantes (l'identification des squelettes féminins, un culte de la fécondité peu compatible avec les ressources limitées de chasseurs-cueilleurs, etc.), un exercice salutaire contre les préjugés qui ne débouche sur aucune certitude et plaide plutôt pour une grande diversité au lieu de l'uniformité supposée mais le plus étonnant peut-être est la mise en cause de la chasse avant le Paléolithique supérieur :

Lewis Binford souligna déjà, jetant un pavé dans la mare qu’il n’y avait pour lui aucune certitude pour soutenir l’existence de la chasse avant la toute fin du paléolithique. Il pouvait tout aussi bien s’agir de charognage plutôt que de chasse qui aurait tout aussi bien pu être accompli par des femmes. Selon d’autres anthropologues la chasse ne peut être le moteur de la genèse humaine puisque l’humain n’a appris que tardivement à chasser mais bien la cueillette.

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Nos mains façonnées par les pierres taillées

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- Nos mains façonnées par les pierres taillées

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Notre espèce s'adapte donc à ses outils dès l'origine (au moins depuis Homo Erectus). C'est surtout le poignet qui évolue en quelques centaines de milliers d'années pour pouvoir saisir plus fermement des petits objets.

Il y a environ 1,7 millions d'années, les outils de nos ancêtres sont passés de pierres basiques cognées ensembles à des pierres taillées servant de hachettes. La force et la dextérité nécessaire pour fabriquer et utiliser ces outils ont rapidement façonné nos mains telles qu'elles sont aujourd'hui - à en juger par un fossile de la plus ancienne main anatomiquement moderne connue.

Avant l'utilisation de ces haches en pierre taillée, nos ancêtres avaient des poignets primitifs, bons pour s'accrocher aux branches mais trop faibles pour saisir et manipuler des petits objets avec beaucoup de force.

Comme sur les os métacarpiens de l'homme, il a une petite bosse à sa base - la styloïde. Cette excroissance permet de stabiliser le poignet lorsque la main saisit de petits objets entre le pouce et les doigts. La datation aux isotopes a révélé que l'os aurait environ 1,4 millions d'années. Il est donc susceptible d'avoir appartenu à un Homo erectus.

Cela montre que les mains de nos ancêtres étaient déjà en train de prendre leur forme moderne il y a 1,4 millions d'années.

Une fois les caractéristiques importantes du poignet en place, il est devenu plus facile pour les hominidés de faire des outils plus petits et plus fins.

C'est la première preuve d'une évolution anatomique pour s'adapter à une nouvelle technique.

Par ailleurs, il semblerait que Australopithecus sediba, bien que proche de nos ancêtres, serait en fait remonté dans les arbres, entre 2 millions et 1,7 millions d'années (voir aussi Futura-Sciences). Il peut donc y avoir des évolutions régressives.

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Les maladies inflammatoires issues de l’évolution des premiers européens

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- Les maladies inflammatoires issues de l’évolution des premiers européens

Les gènes qui nous rendent susceptibles de déclarer des maladies inflammatoires pourraient avoir été sélectionnés par l’évolution chez les Européens du passé. Autrefois, ils auraient protégé nos ancêtres des infections, mais aujourd’hui, alors que les conditions d’exposition aux pathogènes ont changé, nous en payons le contrecoup avec des maladies comme la sclérose en plaques, la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde. Car ce qui est néfaste pour nous aujourd’hui a peut-être par le passé sauvé la vie de nos ancêtres.

De nombreuses recherches ont révélé qu’il existait des centaines de sites du génome (des loci) augmentant les risques de développer des maladies inflammatoires. Parmi les 416 passés en revue par les auteurs, ils en ont trouvé 21 qui portaient les traces de la sélection naturelle. Or, ces loci sont déjà connus pour jouer un rôle dans la lutte contre les pathogènes. Ainsi, les auteurs supposent que ces 21 loci, aidant à se débarrasser de virus, bactéries ou autres microbes, ont été plus fréquemment retrouvés dans la population européenne passée justement car ils les protégeaient des maladies.

Mais depuis plusieurs décennies, l’environnement microbien a fortement changé, du fait d’une aseptisation importante des milieux. Or, l’incidence des maladies inflammatoires ne cesse de grimper. Les scientifiques ont fait un parallèle entre les deux événements, et certains suggèrent qu’une trop faible exposition aux micro-organismes pousse notre système immunitaire à s’attaquer à nos propres tissus. C’est l’hypothèse hygiéniste.

Cette hypothèse hygiéniste a été critiquée car notre exposition aux bactéries et virus n'a pas diminué dans les villes où règne une plus grande promiscuité mais par contre ce ne sont effectivement plus les mêmes qu'à la campagne (par exemple l'infection devenue rare par des vers protègerait de la maladie de Crohn). C'est une trop grande adaptation à un biotope spécifique (plutôt qu'à n'importe quel virus ou bactérie comme le prétendent les auteurs) qui devient un handicap lorsqu'on change d'environnement.

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L’Etat universel et homogène

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Junger-Ernst-L-Etat-UniverselA mesure que la mondialisation progresse, plus nombreux sont ceux qui voudraient s'y soustraire par un retour à une Nation idéalisée dans un splendide isolement alors même que la moindre mesure originale tentée soulève des tempêtes et oblige à revenir en arrière. La pression extérieure est incontestablement homogénéisante, tout comme les prix ont tendance à s'unifier dans des marchés ouverts. Le déplorer ou vouloir le refuser ne change rien à l'affaire, sauf à vouloir dresser un mur entre nous et le reste du monde, ce qui n'est plus du tout tenable. Nous faisons partie de ce monde et de ce temps, comme de cette Europe si faiblarde. Le seul territoire qu'il nous reste est celui de la proximité, ce qui n'est pas rien et le lieu des alternatives locales à la globalisation marchande mais ce n'est pas ce qui empêchera le monde de continuer à s'unifier.

Il fut un temps, pas si lointain, où le mondialisme semblait n'être qu'une idéologie d'élites cosmopolites alors qu'on semble découvrir avec retard l'effacement effectif des frontières qui se manifeste bruyamment par l'exil fiscal notamment. Sur la fiscalité, là aussi, nous avons donc perdu la possibilité de trop nous écarter de la norme européenne. La démocratie nationale a bien perdu l'essentiel de sa substance. On peut en éprouver légitimement un sentiment de dépossession. Nous appartenons indubitablement à un Empire plus large dont l'éclatement est toujours possible dans ces moments de crise mais qui ne nous redonnerait pas l'éclat d'antan et précipiterait plutôt notre déclin alors qu'une Europe unie redeviendrait, pour un temps au moins, la première puissance.

Ce n'est pourtant qu'une partie de la question car, on observe surtout la constitution d'une sorte de gouvernement mondial de l'économie, notamment à travers les politiques coordonnées des banques centrales et la régulation des marchés financiers - mais pas sur les monnaies qui restent encore nationales. Impossible de savoir, donc, si cette solidarité résistera à la guerre des devises qui a commencé mais ce ne serait sans doute qu'un accroc dans un mouvement de plus long terme d'unification du monde déjà largement effective, Etat universel en formation depuis longtemps.

Certains voient dans l'émergence d'un Etat supra-national le résultat d'un complot américain, ou même plus précisément des Rothschild, et auquel Kojève notamment aurait prêté main forte ! L'histoire ne serait ainsi qu'une suite d'intentions mauvaises, comme dans les conceptions policières de l'histoire ignorant les forces matérielles et les tendances de fond. On peut faire plutôt de l'unification du monde une conséquence de l'entropie universelle et du développement des communications. C'est cette dimension entropique qu'on va examiner ici et que René Passet pense retrouver dans l'interprétation de la fin de l'histoire et des classes sociales comme homogénéisation des populations en même temps que différenciation des individus.

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L’humanisation du monde

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On continue. Après avoir passé en revue l'origine de la vie et de la subjectivité puis tout ce que nous partageons avec les animaux, en particulier les chimpanzés, il faut prendre la mesure de ce qui malgré tout nous sépare de la nature (et donc de toute nature humaine) avec le langage, la culture, la civilisation, séparation progressive mais qui n'est plus réductible au corps, ni à l'espèce dès lors qu'il s'agit bien de l'humanisation du monde. S'il faut tenir compte de notre nature animale et de nos besoins vitaux, puisque nous restons des animaux, le biologisme nous réduisant au corps a toujours été une dangereuse barbarie, même lorsque c'est au nom de la jouissance et d'une libération de nos pulsions. L'écologie-politique consiste à réintroduire la nature dans la culture (mettre la nature en culture), ce qui est tout autre chose.

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Auto-organisation et sélection génétique

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Le vivant post-génomique ou qu'est-ce que l'auto-organisation, Henri Atlan
Henri Atlan faisait partie des membres originaires du GRIT mais cela n'empêche pas que je me situe à peu près à son exact opposé sur des points fondamentaux qu'on peut relier à nos conceptions différentes de l'information. En effet, non seulement il prétend tout expliquer par l'auto-organisation, ce qui me semble très exagéré au moins (et pas du tout aussi original qu'a pu l'écrire Philippe Petit) mais il attaque frontalement tout ce que je crois devoir réhabiliter (voir mon article précédent) : la spécificité de la vie, le rôle de la finalité comme inversion de l'entropie et même la sélection darwinienne comme seul facteur explicatif, ce qu'il appelle "l'épistémologie évolutive" (p134), sans parler de la liberté et du dualisme entre l'esprit et le corps (comme entre l'information et l'énergie ou la matière).

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La vie incréée

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La vie, c'est apprendre à surmonter l'entropie pour éviter le pire et tirer parti de l'occasion.

Ce n'est pas la première fois que j'écris sur le sens de la vie et la trivialité des réponses que j'en donne paraîtra déplacée à tous les croyants comme à ceux qui voudraient rêver leur vie mais ce texte qui prolonge de l'entropie à l'écologie est le premier chapitre d'un livre sur la biologie et la vie comme évolution qui devait rassembler la matière des articles cités à la fin.

C'est de façon complétement inattendue que s'est imposé le thème de l'absence d'un dieu créateur pour comprendre les finalités biologiques, l'essence de la vie et de son autonomie évolutive, la neutralité scientifique n'étant pas tenable à propos de la différence entre une vie qui se construit pas à pas et une création par un supposé grand architecte.

On verra, en effet, que la vie se caractérise bien par sa vitalité qui est à la fois reproduction, sélection, évolution, régulation (boucle de rétroaction), exploration, adaptation, activité vitale constituant sa subjectivité, sa spontanéité, et qui s'oppose constamment aux forces de destruction entropiques grâce à l'information, la correction d'erreur et la mémoire, processus cognitif dès la première cellule introduisant la finalité dans la chaîne des causes, la difficulté étant de comprendre, hors de tout spiritualisme, le dualisme fondamental opposant la vie à la matière inerte, sa réactivité, son dynamisme propre, l'expérience du temps (de l'après-coup) et l'épreuve du réel permettant l'inversion des causes et de l'entropie jusqu'à se complexifier de façon inouïe et coloniser toute la biosphère.

Il y a, bien sûr, des conséquences politiques à en tirer à l'ère de l'information, de l'écologie et du développement humain.

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L’émergence de l’humanité

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Quand d'autres hommes peuplaient la Terre, Jean-Jacques Hublin
En toutes choses, il est bon de revenir au commencement, Ab Ovo. Le problème pour l'émergence de l'homme hors de l'animalité, c'est qu'il y a plusieurs commencements mais cela n'empêche pas qu'il est essentiel de comprendre d'où l'on vient. En particulier, contrairement à ce dont on voudrait se persuader, l'homo sapiens est loin d'avoir été non-violent, ni véritablement en harmonie avec son environnement dans les époques pré-néolithiques supposées époques d'abondance et d'an-archie.

Il est significatif qu'un paléontologue du XIXème siècle (Gabriel de Mortillet mort en 1898, p154), libre penseur attaché à la laïcité n'ait pu se résoudre à reconnaître les premières tombes de Cro-Magnon découvertes en 1868 et témoignant à l'évidence d'un rituel religieux. La religion n'était donc pas une création récente des prêtres pour nous dominer mais nous sortions bien de l'obscurantisme depuis l'origine ! Dans l'enfance de l'humanité déjà, les mots étaient chargés de magie et les choses de sens, animés par nos projections et nos terreurs. Le savoir n'est jamais donné au départ, si ce n'est dans l'instinct animal, il progresse avec le temps et, comme on sort de l'animalité, on sort de l'ignorance : petit à petit, pas à pas. L'émergence de l'humanité, c'est l'émergence de la conscience de soi de l'être parlant, d'une pensée matérialisée dans un langage et d'un savoir cumulatif, ce qui n'a pas commencé tellement avant 50 000 ans, et ce qui n'est pas si long au regard des temps cosmiques ou même de l'évolution biologique...

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Le sens de l’évolution

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Lorsque les religions ou les idéologies se mêlent de sciences, ce n'est jamais bon, ni pour la religion, ni pour les sciences. La théorie de l'évolution est particulièrement mise en cause par les théories créationnistes ou les tenants de "l'intelligent design" qui témoignent d'une incompréhension totale du darwinisme, dont ils contestent même le caractère scientifique au nom d'une fausse conception de la science (celle de Karl Popper notamment). Pourtant, le problème n'est pas tant l'offensive des fondamentalistes, offensive qui ne peut aller bien loin ni produire aucun progrès des connaissances, mais plutôt le raidissement des scientifiques pris dans la tourmente et qui les amène à une dogmatisation de leur science.

Ainsi, le dossier de Pascal Picq dans Pour la Science ("Faits et causes de l'évolution") est certes fort utile pour répondre aux objections des croyants mais il est trop animé par sa réfutation des interprétations religieuses jusqu'à se croire obligé de nier par exemple l'évidence de la complexification (dont la théorie de l'évolution est supposée rendre compte pourtant) ainsi que le rôle de la finalité en biologie, qu'il ne faut certes pas prendre dans son acceptation religieuse ! En tout cas, je voudrais défendre ici l'idée qu'on peut admettre que l'évolution a un sens tout en restant dans un discours scientifique et sans faire aucune concession aux religions.

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Le sens de la vieillesse et de la mort

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La longévité a-t-elle une limite ?, Pour la Science, no 355

Le très intéressant interview de Jean-Claude Ameisen, dans la revue Pour la Science du mois de Mai 2007, nous incite à une méditation sur la mort et le vieillissement, tout comme dans son merveilleux livre "La sculpture du vivant" où l'on découvre le rôle vital du suicide cellulaire, d'une mort omniprésente au coeur de la vie même.

La vieillesse et la mort font partie intégrante de la vie et de l'évolution, ce ne sont pas de regrettables accidents mais la conséquence de la jeunesse et de la reproduction. Cela n'empêche pas d'essayer de lutter contre la vieillesse, ni d'augmenter l'espérance de vie, encore faut-il que ce soit dans de bonnes conditions. Ce n'est pas tant une question technique ou génétique, qu'une question écologique et sociale.

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Le mystère de nos origines

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Documentaire de John Rubin et John Bredar (2004)

National Geographic Television, 22 Décembre 2005 sur France 5 à 17h25, 85'

J'ai trouvé ce documentaire particulièrement intéressant, en particulier pour le rôle crucial attribué au jet de pierre comme première arme à distance qui aurait suffi à donner la suprématie à notre espèce. Il est amusant aussi de voir les divergences et convergences avec les hypothèses autour des origines de l'homme dont je me faisais l'écho il y a 6 mois à partir d'un article de Pour la Science.

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L’effondrement des civilisations

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Dans un dossier assez intéressant sur l'archéologie de la Bible au proche-orient, le magazine La Recherche du mois de novembre fait état d'une théorie de l'effondrement des civilisations, de caractère systémique, généralisant des phénomènes répétés à des millénaires de distance. Ce sont des processus bien connus mais qui valent d'être médités, passant par les stades de l'effondrement suivi d'un âge sombre avant la renaissance des inégalités, des élites politiques et de la civilisation. On ne peut en tirer la conclusion qu'il faudrait encourager les inégalités car l'effondrement peut se produire par excès d'inégalités, la véritable richesse, c'est la cohésion sociale dont inégalités et richesses ne sont qu'un sous-produit.

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