Les leçons de la préhistoire

Une bonne partie de mon travail aura été de vulgarisation des sciences et des recherches actuelles, donnant accès à des connaissances encore peu enseignées, notamment sur notre préhistoire, et qui sont indispensables pour se faire une idée plus juste de notre monde comme de notre humanité. C'est pourquoi j'ai rassemblé ces quelques textes sur les aspects les plus importants des dernières découvertes paléo-anthropologiques.

Il ne s'agit pas ici de faire preuve d'originalité, ces connaissances étant bien sûr accessibles partout ailleurs avec les moyens actuels, et ces écrits sont sans doute ce qui vieillira le plus à mesure qu'on fera de nouvelles découvertes. C'est toujours le cas pour la préhistoire basée sur de trop rares données, contrairement aux autres sciences, et se trouvant obligée de changer de récit à chaque nouvelle découverte, ce qui fait que, paradoxalement, rien ne change autant que notre passé. Du moins jusqu'ici.

Il est probable en effet qu'on soit arrivé enfin à une représentation plus juste de nos origines multiples et d'une évolution buissonnante, remisant aux antiquités l'ancienne vision trop linéaire et uniforme de la descendance de l'Homme comme développement de son essence. Une nouvelle fois, nous avons dû apprendre que nous ne sommes pas le centre du monde mais que nous sommes le produit de l'évolution technique, tout comme ce n'est pas le soleil qui tourne autour de nous mais bien le contraire !

Il ne semble pas que ces derniers progrès de la préhistoire (notamment grâce à la génétique) aient encore pénétré la conscience commune, malgré d'excellents vulgarisateurs comme Pascal Picq (ci-contre), ce qui est regrettable car cela permettrait de sortir de représentations idéalisées et de faux débats.

Il y a aussi des points qui me semblent sous-estimés y compris par les préhistoriens, ce en quoi je me trompe peut-être mais justifie de revenir sur ces 4 articles abordant ces sujets.

outils_homo_erectus

Brève histoire de l’homme, produit de la technique

C'est sans doute le plus important de comprendre avec cette brève récapitulation de l'histoire humaine qu'on n'assiste pas tant à l'émergence de l'homme que de l'évolution technique qui l'a modelé par la pression extérieure et nous a mené jusqu'ici où le règne de l'esprit reste celui de l'information et donc de l'extériorité.

Ce qui distingue la préhistoire de l'anthropologie, c'est l'évolution notamment technique, montrant que l'homme ne se définit pas par l'utilisation d'outils mais par son adaptation aux outils, nos mains ayant été façonnées par les pierres taillées :

Avant l'utilisation de ces haches en pierre taillée, nos ancêtres avaient des poignets primitifs, bons pour s'accrocher aux branches mais trop faibles pour saisir et manipuler des petits objets avec beaucoup de force.

Sur les os métacarpiens de l'homme, il a une petite bosse à sa base - la styloïde. Cette excroissance permet de stabiliser le poignet lorsque la main saisit de petits objets entre le pouce et les doigts. La datation aux isotopes a révélé que cet os d'Homo erectus aurait environ 1,4 millions d'années.

Il n’y a pas d’espèce humaine

L'autre enseignement révolutionnaire de la préhistoire la plus récente, c'est qu'il n'y a pas d'ancêtre primordial, ni d'Eve ni d'Adam, ni une seule espèce humaine qui se séparerait des autres espèces mais la divergence des populations et leur métissage local transmettant des mutations adaptatives ou immunitaires aussi bien que des innovations techniques. C'est l'environnement qui sculpte les corps, et de plus en plus pour nous l'environnement humain, imposant une certaine convergence évolutive, y compris culturelle, y compris de nos jours.

crâne humain et crâne néandertalien

La domestication de l’homme par l’homme

Un autre point très important dont personne ne parle, c'est le processus de domestication de l'homme depuis les premiers Sapiens, le fait que nous nous sommes domestiqués nous-mêmes (et féminisés) avant de domestiquer les animaux (d'abord les chiens). C'est un nouvel exemple de la façon dont nous avons été modelés par le milieu et la technique dans le sens d'une dénaturation culturelle nous séparant de l'animal sauvage en nous faisant plus dociles, capables de se retenir et de suivre des règles sociales, des interdits, d'obéir enfin. C'est la capacité d'obéir qui donne sens à notre liberté, notre domestication signifiant que nous avons dû apprendre à réfréner, voire refouler, nos instincts, ce qui se serait fait par élimination (de la reproduction au moins) des plus agressifs et impulsifs, c'est-à-dire principalement ceux qui avaient le plus de testostérone (cela se voit sur les crânes, surtout le menton).

L’origine de la religion, de la civilisation et de l’agriculture

La dernière découverte récente trop méconnue, c'est celle du site appelé Göbekli Tepe (à la frontière entre la Turquie et la Syrie), dont l'importance est apparue en 2015 comme devenant un candidat très sérieux à l'origine, il y a presque 12000 ans, de la religion, de la civilisation et de l'agriculture, pas moins ! Même s'il ne manque pas d'informations en ligne (wikipedia) ni même d'émissions de télévision sur le sujet, la nouvelle ne semble pas avoir touché encore le grand public. Il n'est dès lors pas inutile d'y revenir.

On complétera avec profit ces moments structurants de nos origines par les aperçus éclairants du regretté Alain Testart sur les sociétés avant l'histoire. Il y a d'autres ressources du blog sur la préhistoire, notamment dans la revue des sciences.

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