La tentation du National

facebookLa haine se déchaîne, l'état d'urgence est décrété, le Front National monte, la gauche est anéantie et nous voilà enrôlés dans une guerre qu'on croyait ne pas être la nôtre, montrant encore une fois comme nous sommes ballotés par les évènements et dépendants de l'ambiance générale qui nous transforme soudain au plus intime. Malgré toutes les bonnes raisons du monde, j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi Hollande s'était mêlé des affaires de la Syrie où il n'avait aucune légitimité, mais je comprends bien qu'on ne peut plus arrêter maintenant, surtout que dans cette guerre, impossible d'avoir aucune sympathie avec un tel ennemi. C'est l'ennemi idéal pour nous unir contre lui. On ne peut rester neutre, pas plus qu'on ne pouvait l'être avec les nazis mais le combat contre un ennemi comporte toujours une part d'identification (si les nazis préparent une bombe atomique, il faut en avoir une avant).

Quoiqu'on dise, il y a décidément beaucoup de ressemblances avec les suites de la crise de 1929, malgré de si grandes différences entre les époques. Des hommes de bonne volonté comme Paulhan avaient dû renoncer avec effarement à leur pacifisme, tellement consterné par son erreur et sa naïveté qu'il résolut de ne plus jamais se mêler de politique. Je me suis moqué aussi des théories de l'aliénation qui faisaient florès en ce temps là, au moment où montait un péril bien réel celui-là. L'histoire décide de nous très au-delà de ce qu'on aurait pu imaginer et fait de l'ancien révolutionnaire un bon petit soldat ou résistant, obligé de laisser de côté sa critique de la démocratie et de son pays pour les défendre contre bien pire encore. Ce n'est pas une découverte - l'effet d'une déclaration de guerre sur la population ressoudée autour d'un chef et gommant ses divisions - mais c'est un peu ce que nous vivons, même sous une forme très atténuée.

Notre situation est bien sûr très différente. Personne ne nous demande de rejoindre nos armées, cela se limite pour l'instant à l'omniprésence d'une Marseillaise guerrière et du drapeau français, surtout parce qu'ils ont été repris par les autres pays comme symbole de ce qui représentait la France, nous revenant en quelque sorte purifiés de tout nationalisme. On est ici uniquement dans le symbole et ce serait une erreur de perspective dans notre monde post-étatique d'en surestimer la dimension purement nationale alors que la Terre entière en parle et que cela concerne tout autant nos partenaires européens, en premier lieu la Belgique. Déjà, en 1945, ce sont nos alliés qui nous ont délivrés du nazisme, contre la France du Maréchal Pétain, notre souveraineté n'était que de façade sous le parapluie américain et le peuple français faisait bien piètre figure. On peut trouver naturel malgré tout que les résistants aient été de sincères patriotes, attachés à la nation qu'ils avaient défendue et à ses symboles. Ce n'était plus du tout le cas par contre des jeunes en Mai68, pour qui le général de Gaulle, c'était la vieille France rance et autoritaire, mais surtout colonialiste même s'il avait, en dépit de ses promesses, mis fin depuis peu à cette sale guerre d'Algérie faite par les jeunes conscrits. Les choses n'étaient plus du tout les mêmes alors, et les patriotes étaient devenus les partisans de l'Algérie française moins glorieux que les résistants au nazisme. Il y avait plus d'une raison en ce temps là de cracher sur le drapeau bleu-blanc-rouge que s'étaient appropriés des tortionnaires comme Le Pen.

Il faut voir d'où vient le Front National qui n'a jamais été aussi proche du pouvoir ! Ce n'est pas prétendre qu'il n'a pas changé depuis, encore moins qu'on puisse l'identifier aux fascistes à l'ancienne, mais quand même... Notre période historique n'est plus celle du monde industriel et de la guerre de masse, le monde a complètement changé mais, ce qui ne change pas, c'est le même principe de base, celui d'une identité construite sur le rejet de l'autre, nous divisant entre amis et ennemis, sans parler de l'identification au chef qui prétend "nous" donner le pouvoir (et "nous", on le croit!). La nouveauté, tout de même, c'est d'associer maintenant cette identité traditionnelle à la liberté de moeurs combattue par les islamistes, ce qui n'est pas sans créer une tension dans cette droite post-moderne. Beaucoup veulent y croire alors qu'on voit partout l'échec de ces populismes si ce n'est leurs dérives criminelles. Il ne s'agit pas de noircir le tableau, on peut espérer que les nouveaux réactionnaires issus de la gauche soient un facteur de modération, voire la figure tutélaire de Chevènement, mais on peut craindre avec quelque raisons que leurs fines distinctions intellectuelles ne finissent emportés par le mouvement...

La résurgence du nationalisme favorisé par les événements et notre séquence historique pourrait retomber mais ce n'est pas le plus probable actuellement. L'accès au pouvoir des souverainistes et la disparition de la gauche semble inévitable dans ce contexte mais se heurtera très vite aux limites de l'exercice, tout comme les autres populismes européens, car c'est un mouvement européen anti-migratoire ! Tout ceci se joue dans une Europe instable, une économie fragile mais avec une sorte de directoire mondial des banques centrales et des grandes puissances qui pour l'instant a réussi à éviter le pire. On peut être consterné de la soudaineté du basculement nationaliste que nous vivons mais il ne faut pas s'y tromper, ce qui se joue en arrière-plan, y compris pour l'islamisme, c'est la mondialisation, l'organisation du monde, y compris écologique, bien au-delà de notre grand pays chargé d'histoire !

 


De la lutte des classes à l'amour du pays

Récuser la dimension strictement nationale comme devenue largement obsolète à l'ère de la globalisation numérique, ne remet pas en cause l'émotion collective comme conscience de soi de la collectivité, conscience de faire partie d'un ensemble, notamment national mais pas seulement. Lorsqu'avec son tableau économique de la France, le Dr Quesnay montrait que la richesse des nobles dépendait de la production des pauvres, cela déplaisait furieusement à une noblesse qui ne voulait pas dépendre en quoi que ce soit de la piétaille. Avec le marxisme et la prise de conscience de la lutte des classes, ce qui pose problème, c'est l'unité de l'exploiteur et de l'exploité qui caractérise justement les fascismes. Les grandes émotions politiques sont réservées de ce côté à l'exaltation des luttes sociales, peuple uni contre les possédants, se réclamant d'une tradition révolutionnaire universelle. Plus généralement, et bien que ce soit au nom d'une conscience aigüe de notre appartenance à la société, être révolté ou même simple opposant est difficilement compatible avec un sentiment d'unité nationale qu'on peut éprouver malgré tout dans ces circonstances, manifestation d'unité d'avec nos ennemis de la veille. Ceux que nous détestions, nous les aimions donc malgré tout comme nos ennemis à nous ! Cette adhésion spontanée de nombreux citoyens qui devancent l'appel est l'expression d'un lien social fort par delà toutes nos différences. Au nom de la défense de notre mode de vie contre une oppression extérieure, soudain, les barrières de classe semblent tomber. Voilà que nous aimons nos maîtres, les soutenons, tout comme nous leur porterions secours lors d'une quelconque catastrophe où la solidarité humaine se manifeste au plus haut point, de façon relativement indifférenciée.

On avait déjà souligné comme l'Empire d'Alexandre rendait caduc le fondement de la cité sur la philia entre les citoyens, telle qu'analysée par Aristote, son maître. Depuis l'époque des empires, les sociétés ne sont plus fondées sur un ethnos (des habitudes, des coutumes, un ethos) ni bien évidemment sur un contrat ou le bon vouloir des individus mais sur un ordre imposé d'en haut par la force ou le Droit. Par rapport à l'amitié supposée nous rassembler, le droit semble trop impersonnel mais, ce que Hegel désigne effectivement comme aliénation est aussi ce qu'il nomme la liberté objective (passage de la liberté dans la loi) qui nous libère de l'arbitraire de l'amour. Cela fait donc très longtemps que la société ne repose plus sur les individus. Il faut malgré tout réintroduire une part de consentement des individus à un niveau minimal, celui qui évite les guerres civiles. Le niveau des antagonismes détermine la violence interne et une société apaisée se distingue malgré tout par une certaine philia, une adhésion à la société et qui se révèle cette fois, devant des idéologies régressives, comme adhésion à des valeurs progressistes ou des modes de vie très libres, c'est-à-dire reconstituant finalement un ethnos malgré le multiculturalisme (ethnos dont on s'exclut à ne pas suivre les moeurs majoritaires). Reste que, la démocratie, c'est vivre avec des gens qu'on n'aime pas et qui ne vivent pas comme nous.

A cette dimension de psychologie collective s'ajoute une dimension plus individuelle. En effet, la menace extérieure change notre jugement du tout au tout, non seulement sur l'ordre établi mais sur notre vie elle-même, l'angoisse de la mort nous révélant soudain les beautés du monde et le miracle de l'existence. On était en colère, on s'ennuyait ferme, n'ayant plus le goût à la vie et voilà qu'on célèbre avec hargne notre volonté de vivre et notre haute civilisation ! Le bon côté du malheur, c'est qu'il nous fait sentir ce qu'on a perdu ou failli perdre ("J'ai reconnu le bonheur au bruit qu'il a fait en partant" disait Prévert). On peut avoir une vie très dure, d'autant plus qu'on est précaire, et se rendre compte que cela pourrait être bien pire encore ! Quand la guerre arrive, qu'elle paraît belle la vie d'antan ! Celui qui se plaignait sans arrêt de son sort, mais qui a failli perdre la vie ou qu'une maladie condamne, peut soudain regarder avec émotion sa vie passée et tout ce qu'il a aimé. Même si on peut trouver obscène l'auto-célébration de notre république, il n'y a rien de plus naturel que de prendre la mesure de ce qu'on pourrait perdre, rien de plus naturel que l'amour du pays de son enfance et la nostalgie du bonheur passé.

Du coup, ce consentement tacite à l'ordre établi cohabite difficilement avec un point de vue critique, faisant passer de la lutte contre une société injuste à sa glorification pour ses libéralités. Dans ce dernier renversement, la dénonciation de l'hypocrisie des valeurs doit bien admettre que cette hypocrisie n'était pas totale et que donc on peut s'appuyer aussi sur les valeurs (même si cela peut être pour le pire aussi bien) tout comme on peut s'appuyer sur un progressisme universel (même s'il ne nous protège pas de retours en arrière à court terme). "Liberté, égalité, fraternité", c'est quand même pas mal, ça a de la gueule et ne peut pas être sans aucune portée, bien qu'on soit si loin de compte. On peut ainsi dénoncer des protections sociales qui laissent se développer une précarité galopante en ne s'adaptant pas aux nouvelles formes de travail, tout comme on peut admirer ces protections parmi les plus avancées. On peut détester une France étriquée qui se renie et toujours aimer sa France universelle (celle de Jean Ferrat), etc. Cette réconciliation avec notre monde pourrait cependant facilement étouffer toute tentative de le changer même si elle peut consister aussi à le changer de l'intérieur, au nom de ses valeurs affichées, en exigeant plus de démocratisation, de solidarité ou de fraternité. La question reste posée de savoir s'il est possible d'être en même temps révolté contre ce monde et le célébrer ?

De toutes façons, nous avons bien peu de prise sur les événements qui décident pour nous, on ne le voit que trop. L'union nationale devrait être de courte durée et l'opposition avec l'extrême-droite se durcir, ne donnant pas beaucoup de raisons d'être fier de son pays cette fois encore, sauf peut-être à reconstruire par le bas, par le local ?

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47 réflexions au sujet de « La tentation du National »

  1. Il m'avait semblé comprendre que pour Hegel, la liberté objective était la propriété? Est-il possible d'obtenir un éclaircissement sur la question?

    • J'ai ajouté ce lien dans le texte pour expliciter la référence au Droit dans la Phénoménologie :

      http://jeanzin.fr/2006/06/11/les-aventures-de-la-dialectique/#Droit

      Bien sûr la propriété privée est un élément de la liberté objective en tant qu'elle est basée sur le droit (la propriété est un droit opposable aux autres hommes). Le Droit est une création artificielle qui sort de l'arbitraire, protège les individus et facilite les échanges mais est ressenti comme étranger.

      Son être-là est l'oeuvre de la conscience de soi, mais est aussi bien une effectivité immédiatement présente et étrangère à elle, qui a un être spécial dans lequel elle ne se reconnaît pas.

      Le concept de liberté objective vient plutôt de ses "Principes de la philosophie du droit".

      http://jeanzin.fr/ecorevo/philo/pretapen/droits.htm#Hegel

      La liberté objective exprime que "l’association en tant que telle est elle-même le vrai contenu et le vrai but ; et la destination des individus est de mener une vie collective, et leur autre satisfaction, leur activité et les modalités de leur conduite ont cet acte substantiel et universel comme point de départ et comme résultat".

  2. Très bel article, une douce énergie y circule, entre tête froide et émotion, analyse critique et compréhension. Il rend toute la joie du lien (re)créé par le malheur, mais il montre tout le danger de compromettre... oserais-je dire, la dialectique politique, et ses dures réalités ? qui se montreront aussi cruelles qu'avant.
    Comment maintenez-vous une telle lucidité sur nos êtres embarqués par les nécessités historiques, en même temps qu'une combativité politique et intellectuelle ? Comment échapper à la résignation ?
    Pour ma part, le stoïcisme pratiqué me sied bien, ce qui ne veut pas dire ne pas agir sur le plan social, au contraire, mais avec bien moins d'ambition. D'ailleurs, j'ai comme l'impression, si je ne m'abuse, qu'une philosophie de type stoïcienne pourrait revoir le jour, étant donné le consensus fort qui fait ciment de bas en haut, de l'économique libéral à l'idéologie libertaire, et qui produit ce sentiment de résignation érigée en mode de vie heureux, le retour de la vie de l'être par l'être, dépouillé de tout ce sur quoi il n'a pas de prise (les indifférents), en tout cas à ce stade historique du processus.
    Mais, je me demande comment une philosophie peut sortir et rendre compte d'un système pour vivre notre monde dans une telle époque de cacophonie des avis, des thèses, de la submersion sous les infos qui défilent à vitesse grand V. Bref, je me repose de ce monde avec comme inspiration le maître Marc Aurèle, et l'esclave Epictète (entre autres bien sûr, processus historique de la pensée oblige), et je les trouve ma foi toujours d'actualité, pour mieux vivre avec mes semblables, malgré les oppressions matérielles du quotidien.

    • Ma combattivité est certainement émoussée par l'âge et le peu d'espoir que laisse la situation, il est difficile de la maintenir quand on n'y est pas forcé par l'urgence mais la tension du texte est bien la tension que j'ai éprouvée.

      Une philosophie de l'information est une philosophie de l'action (ou de la réaction), ce qui interdit tout quiétisme ou fatalisme. Distinguer ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi est par contre indispensable. C'est pour cela que j'insiste sur le local qui est dans notre rayon d'action plus que les grands enjeux mondiaux. On ne peut pas tout, ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais des causes efficientes et finales dans lesquelles nous avons un rôle à jouer. L'important est de faire ce qui est possible et nécessaire. On ne s'opposera pas à une armée supérieure en nombre mais on peut attendre son heure, pour lorsque la situation se retournera.

      Ce qui est curieux, c'est que je voulais ce matin ajouter au paragraphe sur la philia (qui est le coeur de l'article comme Agnès Maillard l'a bien reconnu), le fait que le stoïcisme était la prise en compte de l'empire du Droit, d'une société qui ne dépendait plus de ses citoyens se repliant sur soi et son bonheur privé.

      Le Citoyen, devenu propriétaire bourgeois, n'est plus soldat mais à la merci des troupes de l'Empereur. Il passe alors par 3 stades successifs : "Il commence par devenir Stoïcien (se désintéresse du monde), puis Sceptique (nie ce monde), puis Chrétien (cherche refuge dans l'autre monde). Ainsi c'est la propriété privée qui est à la base du christianisme" (Kojève, p116).

      Je dois dire que je n'aime pas du tout le stoïcisme que je trouve même un peu bête, tout comme la façon Bouddhiste de nier les problèmes mais il semble qu'on assiste à un glissement de Spinoza (dont j'exècre la joie sur commande), philosophe pour beau temps à des temps plus difficiles. Pour ma part, je ne m'intéresse pas à mon bonheur mais à une vérité souvent cruelle, hélas.

      • "Distinguer ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi est par contre indispensable. C'est pour cela que j'insiste sur le local qui est dans notre rayon d'action plus que les grands enjeux mondiaux."
        Le local dépend en partie de nous , plus à notre portée que les échelons nationaux ,européens et mondiaux.
        Néanmoins je pense que mettre en avant le local , le fait que se développe localement des prises de pouvoir collectives, même modestes, sur les choses peut , certes dans des proportions qui ne dépendent aussi pas beaucoup de nous modifier la donne globale.
        Les choses ne sont pas isolées ,séparées, et il n'est pas impossible , même si c'est très improbable au regard de la situation actuelle , qu'on voit un jour des politiques nationales et européenne de relocalisation .
        En terme d'engagement politique c'est au local participer à des actions concrètes d'un développement local "solidaire et durable" ; au national et Europe promouvoir une politique de relocalisation ;
        L'âge ,mais aussi le fatigue , la maladie émoussent la combativité , mais c'est comme ça pour nous tous ...A un moment même nos neurones auront du mal à se connecter et adieu notre intelligence ......
        Faire ce qui dépend de nous , quand on peut encore ....Votre combativité me suffit amplement .

  3. J'ai trouvé la Marseillaise chantée à l'occasion plus proche d'une marche funèbre ou requiem, que d'un chant guerrier révolutionnaire.

    Une complainte d'un peuple nostalgique d'une grandeur perdue illusoire, la double peine.

    Comme il s'agit d'une situation de guerre, je trouve plus utile de lire ceux qui savent comment ca marche, et surtout qui savent comment ca marche pas, que tous les révolutionnaires ou guerriers en charentaises. La bande inénarrable des yakafokon :

    http://lavoiedelepee.blogspot.de/2015/11/bombarder-et-esperer.html?spref=tw

    • Ce que j'ai entendu du discours de Hollande m'a paru un véritable sermon, dans une parodie religieuse de la république (requiem pour la république). Il est certain qu'il faut des rites. Je n'ai jamais aimé leur côté apprêté. Je préfère les fêtes et les banquets républicains.

      L'analyse de la voie de l'épée est intelligente (j'ai bien aimé : "grosse fleur, petit fusil") mais, outre qu'on a l'attaque habituelle contre la protection sociale et la mondialisation, elle pourrait faire preuve elle aussi d'archaïsme et parler d'un temps dépassé. Je suis loin d'être compétent dans ces affaires mais il me semble pouvoir y avoir rupture avec l'entrée de la Russie dans le conflit et si on arrive à une stratégie commune prioritaire dans le court terme malgré les différences de stratégie à long terme (le secrétaire du PS connaît ça).

      Il y a une différence avec les exemples donnés, c'est que la Syrie était un Etat fort, qui est sur le terrain. Il devrait y avoir un accord pour se débarrasser d'Assad sans se débarrasser complètement du régime ni surtout de ses soutiens. La difficulté, bien sûr, c'est l'après. Si on n'arrive pas à un accord (effectivement très très difficile), l'anarchie peut s'y installer longtemps. La solution est sans doute une partition.

      Un autre élément n'est pas pris en compte, c'est l'accélération technologique qui changera beaucoup de choses dans les années qui viennent et constitue un facteur matériel important de mondialisation y compris pour ces zones.

      Sinon, rien ne nous délivrera du terrorisme qui restera toujours la seule violence possible dans un monde pacifié (les Chinois pratiquent assez souvent des attentats suicides).

      • bien d'accord... le cardinale de hollande qui est finalement plus crédible dans ce rôle qui est celui aussi de cardinal de barbarin ( et pas barbarie) et son délit de persiflage permanent sous ses puissantes bulles hypnotiques , et oui comme l'a révélé un curée de Lyon décidément très sympathique bourreaux et victimes sont des frères siamois .... comme le montre Françoise sironie dans la psychologie clinique de la torture , on fabrique un bourreau en 3 semaines ( c'est le temps qu'il faut pour devenir une machine à tuer) et bourreaux comme victimes souffrent des mêmes maux , la névrose traumatique ( situations limites dans des époques limites ) .... et d'une absence d’empathie voir même de compassion .... ressentir et comprendre la souffrance de l'autre tout en restant soi même .... le trauma depuis quelques temps se même en spectacle , c'est sur que ça sonne franchement comme un réquiem à mesure qu'il s'approche et que l'on sent avec effroi sa puanteur

      • Il me semble que l'EI correspond à une solution géopolitique, la création d'un nouvel état sunnite incluant le nord de la Syrie et de l'Irak répondant au souci des populations sunnites de ces régions de se protéger d'Assad et des chiites irakiens.

        La solution la plus probable serait que les populations sunnites de ce nouvel état se retournent contre les jihadistes et s'acheminent vers une normalisation diplomatique.

  4. apatride .. on peut s"'y retrouver , sans être obligé de choisir son camps , en fait rien de bien nouveau depuis 15 ans ils ont changés nos cœurs en pierre c'est juste que là ça sera plus gore : se jeter au tapis pour éviter les balles perdus , pour se retrouver dans 10 ans amoureux au petit bal perdu ... la résister est difficile encore que la marseillaise , je veux bien la chanter surtout avec les gosses des citées car c'est l'histoire d'une jacquerie contre les exactions de la police et on reste crédible .... mais peut être qu'on peut pas tous résister , on peu toujours déserter , la fermer , faire le dos ronds dans une époque pas propice du tout à nos revendications , encore que le revenu garanti et le 4ième secteur ( avec du bon travail pour tous ça serait peut être une rempart , peut être le seul valabre , contre la radicalisation , qu'elle viennent de daesh ou même de tiqqun que je trouve maintenant franchement insupportable ...

  5. cela dis tu as raison de mettre la photo d'avatar qu'on trouve sur facebook , là fibnalement y a plus rien à y faire et bien rien à dire
    un niveau de délire et d'hallucination collectives que je ne pensais pas un jour qu'il soit atteint

  6. Le problème n'est plus d'amener les gens à s'exprimer mais de fournir des petits moments de solitude et de silence dans lesquels ils peuvent trouver quelque chose à dire. Les forces d'oppression n'empêchent pas les gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Quel soulagement que de n'avoir rien à dire, le droit de ne rien dire, parce que seulement à ce moment il devient possible de saisir cette chose rare et toujours plus rare : ce qui vaut la peine d'être dit.

    Gilles Deleuze
    Pourparlers 1972-1990
    Les éditions de Minuit, Paris, 1990

  7. Espérons en effet que cette émotion collective sous forme d'unité nationale factice retombe, ou plutôt se transforme en quelque chose de moins consensuel. En attendant je sers les dents et prends mon mal en patience, parce que je crois en effet que ce sont des forces très puissantes contre lesquelles l'on se sent impuissant. Entre la guerre au proche orient et cette folie criminelle, entre la catastrophe climatique et les régressions sociales, entre la tentation totalitaire qui guette la France et la nécessité de penser les possibles, je perds pieds.

  8. Je ris de vous et de ce recyclage du masochisme chrétien devenu le nouvel étendard de votre cosmopolitisme embrassant l'univers, qui ne parvient plus à se figurer le conflit qu'en fin de compte comme un conflit contre soi-même (l'humanité idéalisée et hypostasiée, nouvelle déesse du temple bien-pensant). Après tout, les guerres que mènent les populations islamisées contre l'Europe depuis sa fondation ne seraient-elles pas de notre faute ?

    C'est le miracle des gauchistes, qui finalement feraient de très bons chrétiens, dans l'universalité nivelante de leur équivalence de tout.

  9. "En arrière-plan, y compris pour l'islamisme, c'est la mondialisation, l'organisation du monde, y compris écologique, bien au-delà de notre grand pays chargé d'histoire"

    Pas faux, bien que l'écologisme est surjoué je pense, je crois justement pour pousser face à l'urgence gouvernance mondiale.

    Révolté sans nation ? ça mène ou ? nation seul outil de faire valoir de sa cause, sinon le monde vous regarde en se disant "t' existe (encore) toi". L'existence, les coudes, c'est bien le problème de notre moyenne nation, aujourd'hui soumise, qui peut être aurait plus intérêt à la jouer indépendantes pour jouer avec les superpuissances ??

    L'Union face au méchant, c'est en effet vieux comme le monde et pas très universel, mais justement qu'est-ce que la France à a proposer face au monde de nos jours ?

    Les société se fonde oui sur l'Ethnos (plus trop en France), le démos (bof au minimal, relevé des compteurs de temps à autre, réajusté par règle électoral et front républicain), le Théos (ou le magique, ici la religion Républicaine, bien moquée bien volée, gros pécheur).

    Possible d'être en même temps révolté contre ce monde et le célébrer -> Daesh a dit non. Ca n'engage qu'eux.
    Ça me rappelle cet entrepôt fermé suite à la crise, avec un tag Daesh stylé sur le portique, il est en banlieue entouré de logement sociaux se dégradant.

    • Il est tout-à-fait compréhensible qu'on fasse de la nation le coeur de la politique, ce qu'elle a été pendant un bon siècle depuis 1848 mais c'est du passé et n'a plus aucun sens. On l'a vu avec la Grèce endettée et important presque tout, qui a bien démontré, en voulant en user, à quel point elle était dépourvue de souveraineté à laquelle aussi bien la gauche que le FN voulaient croire si fort pourtant. La France n'est pas la Grèce mais pour une raison inverse qui est notre statut colonial, notre implantation dans le monde entier et nos multinationales. Il semble que là aussi il faudrait mettre le FN au pouvoir pour démontrer à quel point sa rhétorique est vide (sauf qu'il peut faire beaucoup de mal aux étrangers, musulmans, marginaux, etc.). L'impuissance des puissants n'est pas feinte. Le pouvoir politique est désormais beaucoup plus réduit qu'on ne le voudrait, notamment sur l'économie. Ce n'est pas juste une question de volonté comme les croient les ignorants mais un réel commun à tous (y compris le Venezuela).

      Une fois intégré qu'il n'y aura pas une démondialisation à l'ère du numérique, on reviendra peut-être au local. Les Kurdes ont compris que le marxisme-léninisme et l'étatisme, c'était terminé. Eux, les vrais révolutionnaires, ont adopté le municipalisme de Bookchin, bien loin d'un fantasme de fermeture des frontière et d'homogénéité de la population (u-topie nationale en dehors du monde, u-chronie en dehors du temps). Nos modes de vie sont plus locaux qu'on ne dit (pas grand chose de commun entre Alsaciens et Toulousains) et les alternatives écologistes sont forcément locales. Il y a bien sûr une dimension nationale de la fédération des municipalités, mais tout autant une dimension européenne et onusienne (globale).

      • C'est la question que je me pose par rapport au Fn, au stade avancé de décomposition (ou de recomposition mais je pencherais pour le premier terme): ne faudrait-il pas au fond, "laisser" le FN parvenir au pouvoir (évidemment ce n'est pas moi qui l'y aiderait) de manière à ce que sa rhétorique vide tombe d'elle même et se fracasse contre le monde réel (comme on dit) ? La diabolisation du Fn commence à me fatiguer, non pas au sens, où ce parti de ne serait pas nuisible, mais au sens, où cette diabolisation contribue en fait à le renforcer, à la nourrir, à fabriquer du Fn l'image factice d'un parti "anti-système" (pour reprendre l'expression qu'on lit parfois sur les forums). En même temps, les risques sont réels d'un régime "à la Orban" en France (cela dit la France n'est pas la Hongrie en termes de traditions démocratiques, mais que pèsent les traditions lorsque nous sommes tous emportés par la flèche du temps de l'histoire ?). Régime autoritaire qui pourrait très bien s'installer dans la durée, mêlant une rhétorique nationaliste éculée et une guerre civile de basses intensité conte les minorités et les opposants politiques.

        • En fait j'ai presque plus peur d'un Sarkozy revanchard courant derrière le FN et je me dis que tant que l'hypothèse nationaliste ne se dégonfle pas en venant au pouvoir, l'hystérie ne pourra que monter, l'idéalisation de nos désirs comblés et d'une communauté dominante qui nous venge de nos humiliations et nous protège de l'extérieur.

          Il se vérifie hélas que la valorisation de gauche du national (soi-disant révolutionnaire) n'aura fait que servir de marchepied au FN en nourrissant l'illusion d'un retour au passé. Comme en tout moment de rupture où les structures sociales sont fragilisées, il faut éprouver à quel point les anciennes certitudes ne tiennent plus, à quel point la nation n'est plus ce qu'elle était dans le village planétaire mais il faut sans doute plusieurs dizaines d'années pour adapter les idéologies au nouveau monde ou passer par un effondrement.

          En attendant, pas facile de voir comment limiter les dégâts. On démontre encore une fois nos limites cognitives, notre incapacité à trouver des solutions ou à les rendre crédibles. On est vraiment trop cons et c'est un scandale...

      • Les Kurdes ont d'autant moins besoin de fermeture des frontières qu'ils ont besoin d'appuis extérieurs, tout comme les gaullistes de la 2WW qui étaient à poil sans la GB et les USA.

        Des Kurdes ont d'ailleurs un moment eu des accords avec Daesh, comme quoi rien n'est simple, d'autant plus que les mouvements kurdes sont loin d'être unifiés.

      • Quelque soit l'échelon , c'est le projet ou l'absence de projet qui compte ; ainsi une "frontière " est un élément parmi d'autres qui est analysé et utilisé en fonction du projet politique global ou de d'absence de projet .
        Le gros problème qu'on a n'est pas l'échelon national ou la frontière mais bien l'absence de projet .
        Le libéralisme repose sur l'idée (fausse) qu'en laissant aller l'économie de libre marché, libre entreprise ,libre concurrence , avec quelques ajustements à la marge , et l'aide des innovations scientifiques et techniques, on obtient la paix et la prospérité pour le plus grand nombre. Ce système repose sur la spécialisation des compétences et notamment politiques qui sont confiés à des dirigeants dit représentatifs .
        le FN est directement issu de cela et est actuellement le seul parti proposant une (fausse) alternative à un système qu'intuitivement les populations perçoivent comme au bout du rouleau.
        Sans soutenir le FN , ne plus voter me semble être la seule voie de protestation et dé légitimation de ce système et des nabots qui nous gouvernent en alternance. Ne plus voter et s'atteler à une vraie proposition alternative , repositionnant l'homme comme pilote et l'environnement comme une vraie réalité contraignante (démocratie locale et écologique) ; la mondialisation n'étant plus la simple résultante d'une économie de marché ouverte et spécialisée mais comme l'échelon global au service d'entités locales démocratiques et écologiques.

        • Le projet n'est rien sans les outils organisationnels adéquats pour le mettre en œuvre. C'est ce que la féministe Jo Freeman a très bien analysé dans son texte de 1970 "La tyrannie de l'absence de structure". Si on ne se donne pas de structure, il s'en créé d'informelles, beaucoup plus sournoises et sur lesquelles l'action a toutes les peines du monde à se développer. La question est: quelles structures vaut-il mieux adopter si on ne souhaite pas se faire accaparer le projet par telle ou tel? Jo Freeman préconise 7 principes qui semblent tous bons à suivre pour mettre en place une telle structure.

          • J'ai toujours un peu de mal avec les trucs du genre les 7 principes et compagnie. En fait, ca me fait un peu marrer ce genre de truc boy scout qui cherche à simplifier en reprenant des choses complexes qui datent et existent depuis longtemps. On voit ca en philo, dans l'industrie aussi, des nouvelles appellations registered trademark qui redécouvrent le fil à couper le beurre.

            Dans mon job, la nouvelle sémantique, c'est human factor alors qu'il s'agit d'ergonomie, de CAPA alors qu'il s'agit d'AMDEC et de résolution de problèmes.

            Comme si changer l'emballage linguistique allait remplacer l'expérience des principes de base...

        • Le problème, c'est qu'il ne manque pas de projets mais qu'on ne peut s'accorder sur un projet commun (sauf à rejeter ceux qui s'y refusent). C'est bien ce qui me fait penser qu'il n'y a que deux alternatives : un projet local qui peut regrouper une majorité et une société duale qui offre une alternative à la globalisation marchande.

          Les questions d'organisation sont importantes mais ne suffisent pas à compenser nos limitations cognitives bien trop réelles. Nous avons deux problèmes insurmontables : déterminer ce qu'il faut faire et en convaincre les autres...

          • "Les questions d'organisation sont importantes mais ne suffisent pas à compenser nos limitations cognitives bien trop réelles. Nous avons deux problèmes insurmontables : déterminer ce qu'il faut faire et en convaincre les autres..."

            Nous avons deux formes d'organisation :

            celle qui cherche à "déterminer ce qu'il faut faire et en convaincre les autres" .
            C'est la démocratie qui se structure pour réfléchir et débattre ; cette réflexion et ce débat s'adossant au vote (parce qu'on ne peut pas convaincre tout le monde ).
            celle qui s'organise pour empêcher la structuration permettant de chercher à déterminer ce qu'il faut faire et en convaincre les autres" .
            C'est le libéralisme , qui confie nos destins à des mécanismes gérés par des "représentants". Nous sommes dans ce cas de figure et la démocratie n'est même pas imaginée.

            C'est tout en amont dans le choix ,conscient ou non, de se structurer pour projeter ensemble la société ou de confier nos destins au libre marché ,à la libre entreprise , que les choses se passent.
            La limite cognitive , bien que forte et récurrente , n'explique pas tout .
            Et il est vrai que la manière dont nous nous structurons en terme politique n'est pas neutre ; cette structuration faisant partie intégrante de notre vision de la société humaine.
            De même chercher à promouvoir le local n'est pas neutre et correspond à un projet de société et à une organisation lui correspondant.
            Il n'y a pas autant de projets que cela.

          • Si, chacun a son projet qu'il voudrait imposer aux autres et c'est bien parce qu'on ne peut pas se mettre d'accord que le libéralisme s'impose comme la moins mauvaise solution.

            Même si la gauche a perdu son projet dominant avec la fin du communisme, le PC croit encore avoir un projet de société, qui n'est pas le même que celui du parti de gauche qui n'est pas le même que celui de Nouvelle donne, qui ne sont bien sûr pas le projet des libéraux, ni ceux de la droite (elle aussi bien divisée, pas seulement entre orléanistes et bonapartistes), ni celui de l'extrême-droite, évidemment.

            En fait, plus on se rapproche du concret, plus on peut s'accorder mais plus on veut s'élever au niveau global (ou absolu) et plus on est dans l'indécidable et les oppositions irréductibles, véritable guerre des religions justifiant la laïcité, c'est-à-dire le pluralisme et donc le libéralisme...

          • "....on est dans l'indécidable et les oppositions irréductibles, véritable guerre des religions justifiant la laïcité, c'est-à-dire le pluralisme et donc le libéralisme..."

            Oui on est dans l'indécidable et le libéralisme est un système politique se fondant sur l'indécision .C'est un système gestionnaire qui permet à l'agriculture bio et à l'agriculture industrielle de coexister dans un rapport de force où le marché dit son mot . Le but du système est de gérer ces diversités et de les laisser coexister , sans jamais choisir ; les politiques suivant néanmoins (choix de fait ) les forces les mieux organisées , les plus puissantes et les plus riches.
            On a définitivement abandonné la notion de plan et de choix politique à long terme, qui est une option qui s'oblige à décider ,malgré les différences d'intérêt et malgré les déficits cognitifs .
            Ce système libéral du non choix (hypocrite, parce qu'il y a choix implicite) convient parfaitement en période faste mais face aux butées climatiques et sociales de la situation inédite qui est la nôtre , il est obsolète et va conduire au fascisme, à la guerre et à la catastrophe environnementale et alimentaire ; il nous faut à nouveau et plus que jamais choisir et planifier ; et la seule option est la démocratie au sens plein du terme et l'organisation d'un monde relocalisé. Option défendue ni par Nouvelle Donne ,ni par le PC , ni par aucun parti .....Ou intellectuel ; pourtant ce rééquilibrage politique et territorial n'est pas quelque chose de facultatif.

          • Oui ,comme tout le reste la planification a ses limites et il faut sans cesse y revenir ; néanmoins cette mouvance s'opère autour d'une vision d'ensemble plus stable : il y a une différence entre le libéralisme ,gestion au fil de l'eau et une politique de projet. Ce sont deux visions de la société. Le fait que les planifications aient échouées ne signifie pas que le libéralisme est vainqueur ; c'est un régime transitoire correspondant à des moments d'opulence qui ne tiennent plus .Il va falloir trouver d'autres manière de planifier sinon l'ordre s'imposera d'en haut dans des directions subies et sans doute peu souhaitables. C'est pourquoi le local est si important parce qu'il peut permettre d'opérer une planification globale-locale relativement démocratique.

  10. "Ce n'est pas juste une question de volonté comme les croient les ignorants mais un réel commun à tous (y compris le Venezuela)."

    Je sais bien que le volontarisme politique ne peut pas tout, mais une fois que des gauches véritablement social-démocrates parviennent au pouvoir comme en Amérique du Sud, on ne peut pas faire comme si elles n'avaient pas existé. Quand bien même le chavisme est (était?) une mauvaise stratégie vis à vis de l'ordre oligarchique Sud Américain, l'exacerbation du conflit de classes là bas a pris cette tournure et c'est une réalité avec laquelle il faut composer. Vous me semblez traiter légèrement le fait que l'oligarchie en Amérique du Sud n'a jamais accepté une remise en question ne serait ce que d'un iota, du règne néolibéral imposé avec l'aval du FMI dans les années 90. Le libéralisme démocratique est parfait sur "le papier", mais l'on constate concrètement que la réalité du conflit c'est la violence, avec l'appui des États Unis et des groupes de médias privés (et en sus un blocus économique "intérieur", qui ressemble fort à celui qui a été imposé de l'extérieur à Cuba). Je garde en tête que le chavisme s'est appuyé avant toutes choses sur la personnalité du leader et en effet un volontarisme qui s'est heurté au mur du monde globalisé (sans poser la question de la transition énergétique dans ce pays pétrolier). Mais nous en revenons à des réalités crues, à savoir que le capitalisme oligarchique globalisé, s’accommode d'un minimum de démocratie tant que celle ci ne menace pas ses intérêts à court terme. Au point qu'aujourd'hui, même un mouvement sommes toutes social-démocrate (je ne parle pas ici du P"S" en Franc,e je parle des gauches sud-américaines) rencontre l'opposition violente de l'oligarchie. En ce qui concerne la Grèce, nous observons le même phénomène: la BCE n'a pas tardé à réagir en imposant un putsch monétaire. Sans doute aussi ce qui a manqué à ces gauches est de relever le défi écologique: elles restent gravement cantonnées à une vision productiviste à l'instar des néolibéraux.

    • Oui, il y a des puissances matérielles qui s'imposent à nous même sans utiliser la violence. Chavez lui aussi était le fruit de la situation plus globale de virage à gauche de l'Amérique du sud et je n'en ai pas trop dit du mal malgré son excentricité et sa religiosité naïve car je le savais sincère (allant jusqu'à affréter des avions pour recueillir les avis des économistes les plus progressistes) mais d'une part on ne peut le comparer à son successeur et, d'autre part, l'échec économique est patent (sans parler de la violence qui en fait le pays le plus violent du monde !). Cet échec est un scandale, alors même que les revenus du pétrole facilitaient bien les choses, mais on ne peut le nier ni le mettre sur le dos de l'oligarchie.

      L'économie n'arrête pas de nous démontrer qu'on n'en fait pas ce que l'on veut, qu'on ne maîtrise vraiment ni la croissance ni l'inflation, que ce qui est oeuvre humaine et qu'on devrait donc pouvoir maîtriser nous échappe au contraire. Le souverainisme s'y cassera tout autant les dents. S'il n'y avait pas ce roc, il n'y aurait pas eu besoin du libéralisme, il n'y aurait pas eu l'échec des économies dirigés, il n'y aurait pas la crise actuelle.

      Nos limites cognitives et notre impuissance sont bien trop réelles. Il ne me semble pas qu'on s'en tirera si on ne part pas de là, plus évident que jamais (en même temps que la COP21 tente de montrer qu'on peut un minimum).

      • Jean, je me permets cette petite réflexion à propos de la phrase : "L'économie n'arrête pas de nous démontrer qu'on n'en fait pas ce que l'on veut, qu'on ne maîtrise vraiment ni la croissance ni l'inflation, que ce qui est oeuvre humaine et qu'on devrait donc pouvoir maîtriser nous échappe au contraire". Je ne pense pas que l'économie soit en mesure de nous démontrer quoi que ce soit à partir du moment où elle n'a pas d'intention propre. Pour moi, l'aporie de l'économie démontre la malpropreté d'intention de gens qui n'ont que le profit en tête. Et quand je dis malpropreté, je veux dire que ces gens-là ont empêché, empêchent et empêcheront toujours que l'économie soit régulée. Je sais qu'on en fait un débat technique ou plutôt, je sais qu'on cherche à noyer le poisson à travers un débat de sophistes qui consiste à faire semblant de ne pouvoir trouver d'ajustement convenable pour une économie qui investirait à hauteur du besoin réel de la société civile. Le capitalisme étant nécessaire, beaucoup de cyniques nous ressortent systématiquement leur avis éclairé sur l'inéluctabilité de la corruption dans quelconque système marchand. Un peu comme un déterminisme dont ne pourrait se sortir l'homme averti en termes d'argent. Autrement dit, quand on est pris dans le système du profit, on venderait père et mère et tout ça étant revendiqué comme relevant de la nature humaine. Je ne le crois pas et je voudrais qu'on m'explique pourquoi en France, depuis 2001, n'a été créé concrètement (en dehors des départs en retraite) aucun emploi dans le privé alors qu'entretemps sont nés plus de 5 millions de petits français?

        • L'avidité n'a rien de nouveau puisque Aristote se désolait déjà de cet amour illimité de l'argent (qui existait bien déjà et déjà critiqué) mais dans le capitalisme, c'est de structure, la production de profit étant son moteur profite surtout à ceux qui produisent le plus de profit et l'argent va à l'argent. Ceux qui ne rentrent pas dans cette logique sont simplement éliminés (comme dans une mafia).

          Le caractère immaitrisable de l'économie, comme d'une foule, était déjà reconnue par Hegel. En fait nous sommes plutôt pris dans des processus évolutifs plus naturels qu'on ne croit aussi bien pour l'économie que pour les innovations techniques. On peut s'y soustraire individuellement mais pas en orienter la suite qui nous échappe. On voudrait pouvoir s'y soustraire comme nation mais alors le prix à payer, le différentiel avec les autres pays est trop important pour que ce soit viable longtemps. Je ne vois qu'une voie, celle des alternatives locales.

          Les emplois ne poussent par sur les arbres au printemps. Quand le privé crée des emplois, c'est pour en tirer profit. Notre niveau de chômage est délirant depuis longtemps mais plus récemment on ne peut espérer de reprise tant qu'on prétend à la rigueur budgétaire (il se pourrait qu'on en finisse enfin). Je dénonce depuis longtemps l'absurdité de dépendre des capitalistes pour son travail (revenu), ce à quoi la relocalisation peut offrir des alternatives.

          J'ai souvent l'impression de prêcher dans le désert mais de façon étonnante, les dispositifs que je défends finissent par devenir réalité même si c'est sous des formes très insuffisantes, comme les monnaies locales, voire qui peut impacter les plus faibles comme le revenu universel finlandais qui voudrait se substituer à toutes les autres aides. Pour les coopératives municipales, on n'y est pas encore mais l'initiative d'ATD Quart Monde pour supprimer le chômage de longue durée va dans le bon sens si elle arrive à rester conforme à son parti pris de développement humain :

          Toutefois, le projet, qui revient à créer des emplois en fonction des besoins non pas des entreprises mais des chômeurs, laisse longtemps perplexe le monde politique.

          Ce principe de partir des compétences et désirs des chômeurs est essentiel dans notre monde actuel ou l'on n'est plus interchangeables (le développement économique local comme développement humain). Si cela se transforme en travail forcé, c'est foutu, et il sera difficile de l'éviter mais si cela réussissait, le rôle des coopératives municipales deviendra plus évident.

          • Il faudrait que cette expérimentation soit connectée à une autre expérimentation tendant à organiser et développer la production locale et le marché local sur la base de la valorisation des ressources locales ; cela afin qu'il ne s'agisse pas d'une simple subvention temporaire mais bien de la création d'activités utiles et pérennes localement. La seconde expérimentation doit pouvoir impliquer financièrement les acteurs locaux qui pourraient et seraient invités à investir dans le projet de relocalisation.

          • "Les emplois ne poussent par sur les arbres au printemps". Voilà qui ressemble à une logique frappée au coin du bon sens mais quand l'Etat français donne plus de 100 milliards d'euros, en moins de 10 ans sous Sarkosy/Hollande, et concède à des milliards d'indémnités fiscales aux entreprises afin d'aider à la création d'emplois pour zéro emploi créé, je me demande s'il n'arrive pas un moment où les gens concernés ne devraient pas rendre cet argent aux contribuables, ne serait-ce que par décence? L'expérience d'ATD Quart monde devrait bénéficier de 10 millions d'euros pour 18 mois après quoi on décidera ou non de continuer cette expérience de terrain. Il y a différence de traitement qui camoufle mal la volonté que rien ne bouge même si la nouvelle de cette expérience dont je ne connaissais rien me ravit.

          • Sur le papier, les emplois de cet essai coûtent bien moins chers à créer que le coût direct du chômage, sans compter les coûts indirects.

            Ce coût de création d'emploi est déjà en soi une sorte de revenu garanti.

            Toute la difficulté résidera dans la détermination des emplois relevant de cette expérimentation.

            Débat intéressant concernant les nouvelles formes de production ici :

            http://pluzz.francetv.fr/videos/ce_soir_ou_jamais.html

          • Si on se place seulement sur le plan social , cette simplification et regroupement des aides sont positives . Si l'on regarde la situation d'un point de vue plus global et qu'on cherche à replacer le travail humain dans le contexte d'un monde à sauver et à organiser autrement , alors ce n'est pas grand chose; l'évolution des services suite au développement du net et des plates formes de mise en lien est aussi à regarder avec ce double regard du sens et des objectifs sociétaux recherchés ; on nous bassine avec la coop 21 avec des mesures chiffrées de réduction du CO2 sans jamais chercher à penser le monde autrement , comme si le sauvetage climatique ne passait que par des résolutions , des mesures , des optimisations ..qu'il faut bien prendre , qui sont nécessaires mais radicalement insuffisantes pour nous sortir du pétrin .Le choix libéral comme fondement de l'évolution des sociétés sans l'équilibrage de politiques de projet et planification en terme d'organisation de l'économie et des territoires aveugle notre capacité à penser et agir.

          • On avait discuté du projet d'ATD Quart Monde en 2013 avec l'un de ses initiateurs, dans les commentaires de la vidéo :

            http://jeanzin.fr/2013/12/07/revenu-garanti-vs-revenu-de-base/

            Pour ce soir ou jamais, j'ai l'impression qu'on ne fait que répéter ce qu'on disait déjà avec Valérie Peugeot, il y a bien plus de 10 ans ! Non seulement il ne sert à rien d'être en avance mais ces débats ne servent à rien, n'accélérant pas vraiment les choses qui suivent leur propre rythme semble-t-il.

            Le constat est bien là, il faut faire avec le monde tel qu'il est avec son inertie considérable, ce dont on peut se désoler mais qui ne change rien à l'affaire. C'est là où le local permet d'accélérer les choses (l'inertie est fonction de la masse).

            La COP21 ce n'est pas grand chose mais quand même au moins une manifestation de l'unification du monde qui est loin d'être achevée et peut connaître des retours en arrière mais qui est en marche. S'il y a une relative possibilité de planification, c'est au niveau de l'Etat universel pas du socialisme dans un seul pays.

  11. Très intéressant ce texte fédérateur de "relocalisation ouverte" des décroissants que vous citez dans un de vos commentaires. Il y a quand même une évidence que des marges d'adaptation plus importantes existent au niveau local et que le travail politique devrait plus les accompagner, les étayer, que leur mettre des bâtons dans les roues.

    • C'est un assez bon article bien qu'il ne prend pas vraiment en compte les spécificités du politique en dehors de groupes d'action. Le problème de la "starification" m'a rappelé les ennuis que j'avais eu avec les copains (copines) parce que La Dépêche du Midi m'avait présenté comme le leader d'actions menées pour les chômeurs !

      Le problème des convivialistes, c'est que ce n'est qu'une élite moraliste adepte de l'entre-soi et qui prétend bien à un homme nouveau dont ils seraient les modèles. Tous ces mouvements nombrilistes participent à la déroute d'une gauche idéaliste qui délaisse les causalités matérielles et les possibilités effectives de la situation.

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