RTT contre Revenu garanti

Le mouvement social est profondément divisé entre deux utopies difficiles à concilier. D'un côté le projet de fonctionnarisation de la société (interdiction de licenciement et plein emploi par réduction du temps de travail), de l'autre le développement du travail autonome et des nouvelles forces productives (revenu garanti et développement humain). Ces projets s'opposent en tous points mais surtout comme la défense des anciennes institutions d'un côté et l'adaptation aux nouvelles forces productives de l'autre. La situation est tragique car, pour les partisans de la RTT ceux qui défendent le revenu garanti participent à la dislocation des protections sociales alors que les partisans du revenu garanti accusent l'illusion du retour au plein emploi de laisser la misère se développer pour ne pas la cautionner !

C'est un fait, la vérité n'est pas donnée, elle est l'objet de luttes politiques, quand ce n'est pas de guerres de religions, où notre "rationalité limitée" apparaît bien désespérante. Entre différentes convictions on n'arrive pas à s'entendre, chacun pense à l'intérieur d'un système cohérent qui n'interprète pas les événements de la même façon que le camp adverse et il est bien difficile de se faire une opinion entre évidences contraires. On peut d'ailleurs voir se constituer dans ces luttes une sorte d'équilibre plus ou moins instable entre égalité et liberté, c'est-à-dire entre purs concepts semble-t-il, ou même entre étatisme et libéralisme, mais on doit bien admettre que ces concepts sont défendus par des forces sociales. Dès lors il est plus raisonnable d'attribuer les différences de point de vue en grande partie à la position matérielle, à la portion de réalité dont chacun fait l'expérience pratique, ainsi bien sûr qu'à l'intérêt des acteurs en jeu (la question de la vérité n'est donc pas du tout une question abstraite mais tout ce qu'il y a de plus concret). Ces limitations cognitives ou idéologiques ne s'appliquent pas seulement à la "contradiction principale" entre les idéologies "prolétarienne" et "bourgeoise", ni même entre dominants et dominés, comme si chaque camp était unifié ! Les différences de représentations se retrouvent à tous les niveaux : entre jeunes et vieux, hommes et femmes, salariés et chômeurs...

Ainsi, les populations concernées par la RTT et le revenu garanti ne sont effectivement pas les mêmes. D'un côté on a affaire à des fonctionnaires ou syndicalistes de grandes entreprises, de l'autre on est dans le chômage, les petits boulots, les travailleurs indépendants, les créatifs. Les forces en présences ne sont pas égales puisqu'on a d'un côté la masse des syndiqués (qui se réduit de plus en plus), et de l'autre les exclus du système, les intermittents du spectacle et de nouvelles formes de travail immatériel, comme ce qu'on appelle les intellos-précaires, encore très minoritaires tout comme le salariat était très minoritaire dans la France agricole de 1848 (l'important c'est qu'il soit en rapide augmentation). Car le problème des partisans de la réduction du temps de travail, outre le fait que les 35H sont déjà fortement attaqués, c'est bien que la précarité continue à se répandre et à se développer, participant à l'effritement par le bas du droit du travail. Dans ces conditions, non seulement un revenu décent est prioritaire mais on voit mal comment la réduction du temps de travail pourrait être si radicale qu'elle puisse prétendre réduire le chômage de plus d'un quart au mieux (500 000 emplois), sans régler aucunement le problème pour les 3/4 restant sur le carreau. Une baisse du chômage est plus que probable mais le plein emploi est rêvé de façon bien peu réaliste par les partisans de la RTT, constituant plutôt un idéal normatif.

Il se trouve donc qu'au moins à gauche, le chômage, qui gangrène la société depuis 30 ans maintenant, constitue le terrain privilégié de l'affrontement idéologique. Ce n'est pourtant pas une question aux Etats-Unis, où Greenspan (qui prend sa retraite) a montré toute sa maîtrise des mécanismes monétaires en baissant les taux de la réserve fédérale quand l'activité faiblissait, les remontant quand l'inflation menaçait. La corrélation entre niveau d'emploi et masse monétaire est presque toujours vérifiée, une inflation raisonnable crée de l'emploi (sauf pendant une période particulière, dite de "stagflation" après le premier choc pétrolier, ou lorsque l'inflation devient galopante), de même qu'un chômage trop faible crée de l'inflation salariale. Le niveau élevé de chômage dans les grands pays européens est la conséquence directe de la politique de l'Euro fort et de lutte contre l'inflation de la Banque Centrale Européenne. L'admettre serait mettre en cause non seulement le capitalisme, qui s'accommode fort bien de l'inflation, ce serait surtout mettre en cause une génération vieillissante, les retraités et les rentiers qui soutiennent cette lutte contre l'inflation.

Dès lors qu'on ne veut pas reconnaître le caractère monétaire du chômage, toutes sortes d'explications peuvent bien être proposées, toutes plus fantaisistes les unes que les autres, ou du moins généralisant des phénomènes marginaux, quand ce ne sont pas des tares individuelles auxquelles on impute des phénomènes sociaux. Les plus prisées de ces causes imaginaires sont la soi-disant paresse des chômeurs (désincités à travailler!) et la peur des patrons (effrayés par les "rigidités" du droit du travail). De telles bêtises devraient discréditer nos hommes politiques. Le niveau jugé excessif des charges sociales semble un peu plus pertinent face à la concurrence asiatique, mais en fait l'explication ne tient pas le coup, très loin de pouvoir rendre compte du chômage de masse actuel. Il y a une autre théorie, de gauche cette fois, reprise notamment par Rocard pour justifier la RTT, et qui prétend rendre compte du chômage par les gains de productivité non compensés par une réduction du temps de travail équivalente. C'est une théorie curieuse qui veut expliquer une situation particulière à la zone Euro par un progrès historique général et qui fait l'hypothèse, que rien ne justifie, d'une quantité fixe de travail qu'il suffirait de se répartir comme si nos besoins n'évoluaient pas à mesure qu'on les satisfait (La place des chaussettes montre que les normes de propreté s'élèvent à mesure que les robots-machines permettent de réduire le temps de ménage).

Il ne s'agit pas de nier qu'une réduction du temps de travail comporte des avantages certains et permette la création de quelques emplois supplémentaires mais la théorie sous-jacente est largement fausse, au moins dépassée, et il serait bien préférable de pouvoir moduler la durée du travail selon les moments de la vie (formation, naissances, reconversions, activités associatives, maladies, vieillesse). Ce n'est certes pas la RTT qui est archaïque mais son caractère uniforme. Dans l'optique du revenu garanti, celui-ci fonctionne comme une subvention au travail partiel choisi, c'est une liberté donnée au salarié de choisir son temps de travail et non une réduction autoritaire. Il y a tellement peu de chances qu'on assiste avant de longues années à une nouvelle RTT uniforme (alors que la garantie du revenu s'imposera inévitablement par ce qu'on appelle "l'impôt négatif" au moins, le plus utopique des deux n'est pas celui qu'on croit), on pourrait donc s'arrêter là. Il est tout de même intéressant de voir en quoi deux idéologies s'opposent, l'une suivant la tradition ouvrière, et l'autre émergeant avec les nouvelles forces productives de l'ère de l'information. Chacune a sa légitimité, son domaine de pertinence, mais elles sont hélas bien peu compatibles.

Ces querelles des anciens et des modernes ne sont pas des coquetteries d'intellectuels mais des enjeux concrets entre le vieux monde qui s'écroule, bien qu'il demeure largement majoritaire (comme l'agriculture reste encore largement majoritaire dans le monde), et le monde nouveau qui cherche à naître, dans les souffrances individuelles de structures sociales inadaptées. Car les débats quasi théologiques sur la notion de travail recouvrent bien deux types de travail, deux types d'économie, deux époques, deux principes d'organisation : les institutions du fordisme et de la production de masse d'un côté, l'économie de la demande et de la personnalisation à l'ère de l'information et du travail immatériel de l'autre. Il ne s'agit que de savoir où l'on se trouve.

On ne peut certes qu'approuver le projet de sortir le travail de la marchandisation, projet ancien qui date au moins de 1945 et des conventions collectives qui donnaient des barèmes de salaire selon le diplôme et le poste occupé. C'est la métallurgie qui a été le plus loin dans cette voie sans doute, c'est-à-dire dans le cadre de très grandes usines considérées comme des lieux de socialisation. On s'approchait d'autant plus d'un statut de fonctionnaire qu'on était souvent employé à vie dans la même entreprise. Sortir du marché du travail était effectivement l'objectif de Marx tout autant que de Polanyi, mais cela voulait dire explicitement sortir du salariat qui n'est rien d'autre que l'autre face du capitalisme (c'est toute la démonstration de Marx dans "Travail salarié et capital"). Ce projet apparaît bien paradoxal par contre lorsqu'il va jusqu'à proclamer comme Michel Husson "tous salarié(e)s pour abolir le salariat". Ce capitalisme rêvé où les salariés prennent le contrôle des moyens de production s'apparente plutôt à un capitalisme d'Etat et le salariat au fonctionnariat plus qu'à un emploi dans une entreprise à but lucratif ! On comprend le désir d'être tous fonctionnaires, désir bien ancré en France (ne disait-on pas au XIXè déjà "les Anglais tous actionnaires, les Français tous fonctionnaires et les Allemands tous factionnaires!"), mais est-ce vraiment le plus souhaitable au-delà d'une nécessaire protection sociale sur toute la vie ? Car de l'autre côté, ce qu'on tentera de défendre c'est tout autre chose puisque c'est un travail autonome, qu'on jugera élitaire mais qui représente le secteur de l'avenir, ce qu'on appelle le quaternaire prenant la suite du tertiaire (services classiques) en sortant véritablement du salariat cette fois. Dans ce cadre, la socialisation du travail ne se fait plus par l'appartenance à une communauté de travail mais par l'échange et la valorisation sociale ainsi que par l'appartenance à une communauté locale (coopérative municipale).

Si la fonctionnarisation de toute la société peut être contestée, la supposition d'une quantité fixe de travail et de la possibilité de le partager comme si c'était une substance uniforme n'a aucun fondement en dehors de la famille peut-être, et encore. Lorsque le travail agricole qui occupait toute la population se réduit à 5% cela ne veut pas dire qu'on ne devrait travailler que 5% de notre temps ! Il y aura toujours à faire plus qu'on ne peut. Ce n'est pas le travail qui manque mais de quoi le payer. Le travail c'est la lutte contre l'entropie et la participation à la production sociale, c'est ce qui nous tient ensemble et organise la société à la place des religions. Il faut le répéter, ce n'est pas parce que le travail industriel disparaît de nos contrées qu'il y a du chômage mais à cause d'une politique monétaire trop restrictive car l'économie s'est déjà reconvertie en grande partie vers les services qui sont inépuisables. La cause du chômage de masse, ce n'est pas parce qu'on est trop productif, qu'on ne partage pas assez le travail ou que le travail est trop cher ni qu'il y a trop de protections sociales, c'est en dernier ressort à cause de la lutte contre l'inflation (ce qu'exprime le NAIRU Non Accelerating Inflation Rate Unemployement) !

Si l'on admet le mécanisme "keynésien" (monétaire) du chômage, non seulement on doit rejeter l'hypothèse d'une quantité fixe de travail à partager (la lutte contre l'entropie n'a pas de fin) mais aussi la fausse évidence qu'un revenu distribué pèserait inévitablement sur ceux qui ont un emploi. On ne peut raisonner simplement en "temps de travail", en oubliant toute la dimension monétaire. C'est un peu la même erreur, dénoncée par Marx, que celle de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, où l'offre est supposée créer magiquement la demande, comme si on était dans un troc généralisé, et donc sans l'intermédiaire monétaire ! Surtout, ces raisonnements abstraits en éliminant la monnaie, qui est le véritable équivalent universel, font du travail, et même du temps de travail, un équivalent abstrait comme si tout travail se valait et comme si tous les individus étaient identiques. Ce n'est pas le travail qui se partage, travail de plus en plus individualisé au contraire, ce sont les revenus qu'on répartit. S'il n'est pas si facile de faire en sorte qu'un emploi soit un droit, rien ne s'oppose à l'évidence qu'un revenu c'est un dû !

Cependant les partisans du revenu d'existence sont très critiquables d'avoir entretenu la confusion, permise par le chômage de masse, d'une justification de l'inactivité par une mythique fin du travail, ou bien avec une notion trop floue d'activité faisant fi du besoin de reconnaissance sociale et de valorisation de ses compétences. Certes, prétendre que seul l'emploi salarié crée de la richesse, c'est ignorer les externalités (en particulier le travail d'éducation) sans lesquelles il n'y aurait pas du tout notre niveau de productivité. Ceci dit on ne peut prétendre à une société des loisirs et du temps libre comme on a pu le croire un temps, il faut s'occuper de la valorisation des compétences de chacun (la gratuité ne suffit pas), y compris des femmes qui refusent avec raison de rester confinées à la maison et refusent donc le "temps libre". Le revenu garanti ne peut fonctionner dans une société où plus personne ne travaillerait. Au contraire, comme base d'une production alternative il a bien pour fonction d'encourager à la professionnalisation des personnes, dans un objectif de développement humain et de relocalisation de l'économie.

En effet, s'ajoute ici une autre opposition entre anciens et modernes sur la nature du travail. Si on exige que "celui qui ne travaille pas ne mange pas", entretenant l'illusion qu'on consommerait ce qu'on produit, ou bien si l'on veut répartir la charge sur tout le monde (plein emploi), c'est bien qu'on ne peut considérer le travail autrement qu'un fardeau, ce qu'il est bien sûr le plus souvent, mais le travail immatériel comporte une composante de plaisir et de reconnaissance sociale qui le rend plus désirable que les travaux de force d'antan et surtout plus désirable que l'inactivité et l'ennui, ce n'est pas qu'une question d'argent. C'est d'ailleurs un thème de plus en plus présent, celui de l'isolement des chômeurs, de leur exclusion des échanges sociaux. Chacun a besoin d'avoir une place, une fonction sociale même à ne pas vouloir être fonctionnaire. C'est bien pourquoi il n'est pas si évident que tout le monde désire travailler moins, ne rêve que de temps libre (pour quoi faire?) et de loisirs (infantilisants). Ne vaut-il pas mieux rêver à un travail passionnant ? Une fois bien reposé, il nous faut de l'action, quelque chose à faire dont on puisse être fier, participer à la vie extérieure. Bien sûr il faut relativiser cette critique des loisirs qui implique de considérer comme un travail des activités associatives par exemple, classés habituellement comme loisirs mais dans cette économie immatérielle, le travail n'est plus forcément une peine à réduire. Cela n'empêche pas qu'on peut préférer avec quelques raisons un travail autonome plutôt qu'être salarié d'une entreprise capitaliste.

Marx se moquait déjà de l'ancienne théorie de la valeur-travail, celle de Thomas d'Aquin et qui était encore celle d'Adam Smith, assimilant le travail à la peine (il y avait même des moines qui changeaient de travail s'ils y prenaient du plaisir!). Marx faisait remarquer que la valeur d'une marchandise ne dépendait pas du plaisir ou de la peine du travailleur mais de son temps de travail, ou plutôt de son temps de machine. Pourtant, à l'ère de l'information c'est le temps de travail qui n'est plus significatif dans la "résolution de problèmes" où ce qui compte c'est le résultat. Avec l'automation il n'y a certes pas de "fin du travail", même pour Jeremy Rifkin, mais seulement fin de la "force de travail". Or, dans les professions intellectuelles ou créatives, le travail se caractérise à la fois par son intermittence et par le fait qu'il n'est plus mesurable au temps passé, deux caractéristiques qui rendent inapplicable la RTT dans une bonne part de l'économie immatérielle. Le travail immatériel ne peut plus se mesurer objectivement ni se séparer de la vie, sa productivité n'est plus proportionnelle au temps mais devient de plus en plus non-linéaire (irrégulière). Dès lors le revenu est lui aussi déconnecté de la productivité immédiate et du temps de travail, subissant de fortes fluctuations qui ont besoin d'être lissées sur la vie entière. Rien à voir avec une prétendue perte de centralité du travail mais seulement de la perte de centralité d'une "valeur-travail" objective mesurée par le temps et dont le champ se rétrécit (ce que Marx avait prévu dans les Grundisse) même si on peut toujours soutenir que la théorie ricardienne de la valeur-travail reste valide statistiquement, au niveau des moyennes globales, ce qui ne veut plus dire grand chose quand les écarts à la moyenne se multiplient. J'ai essayé de montrer dans un livre à quel point "le monde de l'information" est celui de la précarité et des phénomènes non-linéaires à la différence du monde de l'énergie et de la production de masse.

Toutes ces données plaideraient pour l'abandon de la RTT au profit de la modulation du temps de travail au cours de la vie mais le plus urgent reste de garantir un revenu un peu plus décent aux pauvres et précaires condamnés par millions à la misère et à la déchéance sociale. Plutôt que réclamer tout de suite le smic, comme le font certains avec quelques raisons, je pense que 75% du smic est plus réaliste dans un premier temps. Il n'y a pas besoin d'être maximaliste et d'exiger un passage immédiat au revenu garanti mais de le prendre du moins comme notre horizon en commençant par améliorer minima sociaux et couverture chômage, ce qui devrait permettre de redresser du même coup la situation de l'emploi, retournant la situation en "cercle vertueux". L'important, c'est que personne ne soit oublié mais il ne s'agit pas de s'en tenir au revenu, il s'agit bien de construire une production alternative, sur de nouveaux rapports de production. Un revenu garanti est ici une condition vitale, absolument nécessaire, même si ce n'est pas suffisant, le préalable à tout développement humain et pour sortir du productivisme salarial.

On souhaiterait arriver à concilier les différentes approches selon leurs domaines propres mais il ne suffit pas de faire alliance et d'intégrer formellement les revendications des autres, il y a de véritables contradictions qui se voient au moins dans les priorités de chacun. Il y a une véritable scission dans le mouvement social bien que les enjeux en soient trop méconnus. Il est certain qu'on veut la même chose, mais par des voies opposées. Le problème c'est qu'on peut considérer l'utopie du plein emploi salarié comme aggravant la situation des plus précaires au nom d'un idéal inatteignable alors que les propositions de revenu garanti sont accusées d'être pire que la misère! L'obstacle ici ne vient donc pas de l'extérieur mais bien de nos divisions internes et, certes, les syndicats qui siègent aux Assedic ne sont pas étrangers à la situation désespérée des chômeurs (dont 50% seulement restent indemnisés). Il semble bien difficile d'arriver à se mettre d'accord tant qu'une politique monétaire plus souple et une meilleure garantie de revenu n'auront pas commencé à réduire le chômage de masse en s'attaquant à sa véritable cause, ce qui devrait améliorer le rapport de force en faveur des salariés en même temps que cela rendra le revenu garanti bien moins lourd à financer, tout en permettant de différencier une précarité, liée à l'ère de l'information, d'un chômage de masse lié à une politique monétaire et sociale restrictive (la distinction entre chômage et précarité est fondamentale). En attendant, ce n'est pas un débat qui peut être tranché entre experts mais qui doit être porté sur la place publique.

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15 réflexions au sujet de « RTT contre Revenu garanti »

  1. "Le problème c'est qu'on peut considérer l'utopie du plein emploi salarié comme aggravant la situation des plus précaires au nom d'un idéal inatteignable" : vite dit.
    1. le plein emploi salarié englobe le secteur lucratif, le secteur public, le secteur non-lucratif (associatif) mais dont les "employés" doivent être rémunérés en fonction de barèmes;
    2. l'argent des cotisations sociales de ces trois secteurs finance une sécurité sociale (maladie invalidité chômage retraite formation) hors système lucratif.
    Où sont les exclus ? Le chômeur, l'invalide sont payés (y compris en formation s'ils le veulent). Les cotisations créent la monnaie pour le faire.

    l'idéal n'est pas inatteignable. Car ce n'est pas UN idéal mais une manière de s'approcher d'une société d'égaux; s'il s'agit d'avoir une répartition la plus égale des revenus, d'accès à la vie sociale, le "tous salariés" est atteignable; Pour une vie sociale idéale, faudra encore continuer à vivre...

  2. Mon prognostique c'est que le nouveau gouverneur de la FED ne va pas augmenter les taux d'interêt. Le ralentissement de l'économie américaine est plus que probable ainsi que les échanges Europe USA
    Je crois même que l'on peut en voir les prémisses.
    Deux questions:
    Une personne avec le RMI a t'elle le droit d'étre propriétaire de son logement? (ou vice versa)
    Pourquoi les travaux les plus pénibles sont ils les moins rémunérés?

  3. Merci de ce texte.

    Mais quel salmigondis ! Une sorte de purée d'idées, de belles idées mais une purée tout de même. Opérativité = zéro. Un bel amusement littéraire, mais un amusement.

    Si l'on veut un exemple de texte clair, dense, opératif sur le sujet je recommande harribey.u-bordeaux4.fr/t... ou d'autres textes du même auteur (Jean-Marie Harribey) sur le sujet. harribey.u-bordeaux4.fr

    Où l'on verra à l'évidence que l'augmentation de productivité constante rend la RTT obligatoire si l'on veut vraiment supprimer (de l'énergie !) le chômage de masse. Et si l'auteur travaillait dans l'industrie, il saurait que les réserves de productivité y sont énormes, l'informatique par exemple étant, je pèse mes mots, largement sous-employée !

    J.F.

  4. Tout à fait d'accord avec Jean-François.
    Voir aussi les travaux de bernard Friot sur la distinction des types de monnaie.

  5. Je m'attendais bien à un dialogue de sourds. Je suis servi ! Tout ce que je dis va à l'encontre des "évidences" de Harribey, Friot, Husson. J'ai sûrement tort mais tout cela n'est pour moi que de la pensée abstraite où l'on fait mine de retrouver dans le chapeau le lapin qu'on y a mis. On verra bien si mes arguments sont de si peu de poids et si la RTT a un avenir sous cette forme rigide. Je ne fais que des constatations même si cela ne fait pas plaisir. Je préfèrerais qu'il n'y ait pas de problème mais il y a toujours eu de grandes différences entre le projet écologiste d'autonomie et le projet communiste de socialisation.

    J'ai d'autant moins mis en doute le fait qu'il y ait des réserves de productivité dans l'industrie que j'ai créé et dirigé une entreprise d'informatique industrielle pendant une dizaine d'année ! Je suis persuadé que l'augmentation de la productivité ne réduit pas la demande solvable et donc ne réduit pas la quantité globale de travail rémunéré. C'est tout autre chose.

    Le travail est inépuisable car le travail ce n'est pas seulement "la consommation", c'est surtout "la lutte contre l'entropie" (et non contre "la nature"). Le travail écologique n'a pas de fin, ce n'est pas le travail qui manque et il n'y a rien de plus déprimant que de laisser ses forces inemployées, de laisser des compétences au chômage, ou que son travail domestique ne soit pas valorisé. Ce n'est pas le travail qu'il faut réduire, c'est le travail qu'il faut changer, passer du temps libre grignoté sur l'exploitation à un travail autonome qui ne se différencie plus de la vie. La véritable conquête, c'est la libération du travail salarié, la libération des nouvelles forces productives mais pour cela il faut des structures appropriées de distribution des revenus.

    Ceci dit je ne m'imagine pas convaincre quiconque, je le répète, c'est surtout une question de populations, de professions, d'expérience ou d'âge. Nous n'avons pas tous la même vision de la société et ce qui est pour les uns remède sera considéré par les autres pire que le mal...

  6. D'accord aussi avec Jean-François.

    La "libération des forces productives" vaut peut-être pour un cercle de privilégiés qui n'ont de cesse de "s'exprimer". Mais songeons à tout ce travail inutile, ce temps gâché, ce temps de vie d'homme perdu à tenter de combler notre cupidité insasiable ! et de l'autre ces millions de gens qui n'ont pas accès à ce à quoi ils ont droit.

    Je suis d'accord avec K. Marx qui disait que la vraie économie c'est l'economie de travail humain. Vive la RTT et à bas le chômage !

    Q.N.F.

  7. C'est assez désespérant. Bien sûr si je croyais que la RTT pouvait supprimer le chômage j'en serais un chaud partisan (j'étais pour les 32H et trouvais le revenu garanti utopique avant d'étudier la question de plus près dans le mouvement des chômeurs et de tirer les leçons de l'expérience des 35H). Il est bien difficile d'aller contre des évidences comme le fait que la Terre serait plate ou que la RTT réduirait durablement le chômage. Il faut prendre du recul et constater par exemple que le chômage est local, spécifique à la zone Euro, et que les 35H n'améliorent pas la situation de l'emploi chez nous même si cela a permis de créer sur le coup un peu plus de 300 000 emplois.

    Il n'est pas vrai que les activités autonomes, comme l'artisanat, soient réservées aux privilégiés. Par contre, les 2 conditions pour que cela ne soit pas réservé aux riches c'est 1) un revenu garanti, 2) une structure de soutien et de développement humain comme des coopératives municipales. Plutôt que vouloir réduire aux marges un travail trop pénible, plutôt que de perdre sa vie à la gagner, ne vaut-il pas mieux sortir du salariat productiviste ? Le revenu garanti est un revenu d'autonomie qui introduit la liberté dans le travail. Ce n'est pas le travail qui se partage mais le revenu et plus il y a de revenus, plus il y a de travail rémunéré car le temps libre c'est souvent du travail non reconnu et non valorisé (il ne faut pas confondre valorisation avec marchandisation). La sphère du don n'est pas durable s'il n'y a aucun retour.

    Le capitalisme n'est pas autre chose que "l'économie de travail humain", ce n'est pas une découverte. Le capitalisme est basé sur la plus-value c'est-à-dire l'augmentation de productivité du travail salarié. Le capitalisme c'est donc bien la réduction du temps de travail ! C'est le rôle historique de son productivisme. D'ailleurs, il me faut répéter que je ne suis pas contre la RTT mais contre son caractère uniforme car je pense bien préférable la modulation du temps de travail selon les temps de la vie. Je ne crois pas que ce soit la solution au chômage, c'est tout autre chose, et je suis persuadé qu'il faut sortir du salariat productiviste au profit d'activités autonomes. Marx était bien sûr un partisan de la réduction du temps de travail, indispensable en son temps (la loi des 10 heures), mais à partir d'un certain seuil technologique de réduction il y a un changement qualitatif : changer la nature du travail devient prioritaire sur la réduction de sa durée qui perd sa prévalence. C'est ce que Marx, qui cherchait à sortir du salariat, avait prévu dans les Grundisse :

    - Capitalisme, salariat, productivisme et nouvelle économie (22/02/01)
    http://jeanzin.fr/ecorevo/...
    "A mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail. L'énorme efficience de ces agents est, à son tour, sans rapport aucun avec le temps de travail immédiat que coûte leur production. Elle dépend bien plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie ou de l'application de cette science à la production.
    [...]
    Dés que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d'être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d'être sa mesure, et la valeur d'échange cesse donc aussi d'être la mesure de la valeur d'usage" Grundisse II, p. 220-221

    - Citations de Marx sur l'abolition du salariat :
    http://jeanzin.fr/ecorevo/...

  8. Evidemment que la RTT n'est pas une solution miracle. Sans relèvement des revenus de remplacement (chômage, invalidité, pensions de retraite), sans relèvement des salaires et des cotisations qui vont avec, sans rétablissement d'un impôt direct réellement progressif sur l'ensemble des revenus, la RTT (surtout de la manière dont elle a été mise en oeuvre par la loi Aubry, ne résoud pas grand-chose.
    En outre, il faut aussi un pouvoir démocratique décidé à appliquer des réformes et non à liasse flotter "léconomie au gré de la mondialistion" (cf Laurette Onkelinx, vice première ministre socilaiste belge, Le Soir du 31 octobre).

  9. J'ai découvert l'article par l'intermédiaire des réseaux citoyens de Saint-Etienne. Je suis fonctionnaire (désolé) à la ville et ex-syndicaliste (de base) j'ai donc la totale, et depuis quelques années effectivement j'avais saisi d'une manière plus ou moins consciente de cette division dans le mouvement social et l'article permet de confirmer cet état de fait, il y a deux directions opposées aussi bien sur la conception de l'action, la hiérarchie, délégation de pouvoir, maîtrise des masses du coté des syndicats, et autonomie et créativité de l'autre, et certainement aussi opposition sur le type de développement (productiviste ou pas).
    L'article comporte beaucoup d'idée que je ne prends pas pour argent comptant mais elles sont très intéressantes pour engager une réflexion et en débattre.
    Comme je ne suis pas un expert, je voudrai avoir quelques précisions sur certaines expressions, notamment sur le revenu garanti : ce revenu est-il financé par le résultat du travail ou par une source publique.
    Quand vous parlez du travail immatériel, de l'ère de l'information de quoi s'agit-il concrètement, et de quelle inflation faites-vous référence (inflation des salaires, des bénéfices ou des prix à la consommation)

  10. Que les modes de production des biens immatériels nous fassent sortir du fordisme, voilà qui est amplement prouvé par le secteur du logiciel libre, où des produits concurrents de ceux des multinationales sont créés en grande partie bénévolement par des salariés, des étudiants, des chômeurs ou des retraités. Ces produits échappent largement à l'économie de marché et sont souvent disponibles gratuitement. Préfiguration d'un monde où l'émulation remplace la concurrence, le plaisir, la contrainte et l'activité libre, le travail forcé!

    Le revenu d'existence me paraît donc plus adapté à l'économie qui émerge sous nos yeux que la répartition malthusienne du travail. Cependant, pour qu'il soit accepté par le plus grand nombre, ne devrait-il pas être universel? Chacun toucherait donc par exemple 75% du smic, le revenu de l'activité venant compléter ce revenu garanti. Ainsi, si mon revenu est équivalent au smic, je toucherait 75% du smic en tant que revenu d'existence et 25% en tant que salaire.

    D'autre part, pour ne pas renforcer la place centrale de l'argent, ne faudrait-il pas combiner ce système avec une part de gratuité plus grande? Par exemple, si l'on calcule que chacun doit disposer de, mettons, 10 000 kwh par an pour subvenir à ses besoins en chauffage, ces kwh ne devraient-ils pas être gratuits, tout kwh supplémentaire étant payant? Chacun serait ainsi incité à une modération de sa consommation d'énergie. Pour ne pas renforcer la place de l'État, le plafond de gratuité et les services ou les biens fournis gracieusement pourraient être déterminés au niveau local (les besoins en chauffage, notamment, étant forcément différents à Lille et à Marseille), pourquoi pas par la négociation dans une forme de démocratie locale. Ce principe pourrait s'étendre à de nombreux besoins, que ce soit en énergie, en eau, en logement, voire en accès à l'information. Le montant du revenu d'existence serait bien entendu diminué de l'équivalent des services ou des biens fournis gratuitement.

    Merci en tout cas d'avoir mis l'accent sur la différence entre chômage de masse et précarité, qui me paraît essentielle pour comprendre la situation actuelle!

  11. Le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne suis pas un rapide ! Je n'aime pas répondre immédiatement et préfère me donner un temps de réflexion. De plus je suis débordé en ce moment avec la mise au point du blog. Le problème c'est que pendant ce temps les commentaires s'ajoutent les uns aux autres. Je vais tout de même tenter de répondre un peu aux différents commentaires, en commençant par le dernier.

    Gohar a raison de penser qu'il faut aller vers un revenu d'existence universel mais il ne faut pas aller trop vite vers l'universalisation, ce qui se traduirait par un montant très faible, et privilégier au contraire un montant suffisant (75% du smic) pour ensuite le rendre plus universel. Le cumul avec un revenu d'activité devrait être plus progressif (ou plutôt dégressif). Il faut aussi donner toute sa place à la gratuité mais il n'est pas possible de rendre l'énergie gratuite même s'il est souhaitable d'en faciliter l'accès aux plus pauvres. J'approuve par contre la dimension de démocratie locale dans les politiques de développement humain. En tout cas merci d'avoir souligné que l'important c'est la distinction entre précarité (durable) et chômage de masse (conjoncturel).

    Je tien à préciser à Marc Bardin que je ne suis pas du tout contre les fonctionnaires mais contre le fait qu'on soit tous fonctionnaires. Ce que je souligne, c'est qu'être fonctionnaire peut déformer la perception qu'on a du reste de la société. J'ai essayé de comprendre la division des projets politiques (productivisme ou écologie, étatisme ou autonomie) en rapport avec les populations concernées. Le financement du revenu garanti peut mobiliser plusieurs sources (impôts, cotisations sociales, création monétaire voire monnaies locales) mais on ne peut dire qu'il serait financé par le résultat du travail car c'est plutôt une politique monétaire qui augmente la part du travail rémunéré, permet à un plus grand nombre d'être rémunéré pour son travail (même si on n'est pas "obligé" de travailler). Keynes parlait de la création monétaire comme un "multiplicateur". Il est vrai par contre que cela crée de l'inflation. Inflation des prix d'abord, puis des salaires (pas des bénéfices). Inflation qu'il faut contrôler et maintenir dans des fourchettes raisonnables mais inflation indispensable à un "plein emploi". Pour le travail immatériel et l'ère de l'information, je renvoie à mes autres textes sur mon site mais si c'est bien le travail immatériel qui bouleverse toutes les données et provoque la sortie du salariat, ce sont toutes les professions autonomes (artisanat, services) qui s'en trouvent confortées au titre du développement local et humain.

    Enfin, s'il n'y a rien à répondre à ceux qui croient qu'il n'y a pas d'exclus dans notre système, je précise à Goupil qu'effectivement on peut toucher le rmi et être propriétaire de son logement (on retire en ce cas le montant de l'allocation logement du rmi) et si "les travaux les plus pénibles sont les moins rémunérés" c'est la preuve que la peine ne crée pas de valeur et que la rémunération est fonction de la formation et de la concurrence, or la plupart des travaux pénibles font appel à la simple "force de travail" pour laquelle il y a une concurrence inépuisable (immigrations). Un revenu garanti provoquerait sans doute une forte augmentation des salaires pour les travaux les plus pénibles, ce qui ne serait que justice.

  12. J'aprécie le texte de Jean Zin et beaucoup moins de la réaction de Jean-François. Ici le mot réaction convient car son propos est réactionnaire et lénifiant. Il y a toujours des rapports de force en action. La finitude du monde, des hommes et des ressources devrait temporiser la demande d'un toujours-plus pour les uns qui s'alimente d'un encore moins pour les autres. Quand jean Zin écrit que les populations concernées par la RTT et celles qui le sont par le revenu garanti ne sont pas les mêmes, il a raison. La RTT, c'est l'illusion de la poursuite des 30 glorieuses, considérées comme un déterminisme inébranlable. C'est le "Moi,JE", c'est de la philautie.

    Il est naissant le jour où les premiers deviennent les boureaux des seconds. Car tout a un coût.

    Le principe du revenu garanti est ancien et a été maintes fois développé, y inclus par des libéraux comme Hayek qui le proposait.

    Qui plus est la RTT comme décret n'a aucun sens. Certains secteurs pivilégiés (à l'abri des soubresauts des marché) étaient déjà au dessous des 35 h, payés par ceux qui en font 70 ou 90, (artisans, petits commerçants etc)? Là où la décence demande un horaire réduit, à cause de la pénibilité du travail, on pourrait descendre beaucoup plus bas.. Mais c'est celui qui conduit un train qui travaille moins que celui qui fait du transport routier international...
    La différence, c'est 10 milliards d'euros par an que l'Etat pélève sur les actifs du secteur privé pour soutenir la SNCF !

    C'est ça qui crée du chômage. La réalité est que l'Etat n'a pas de deniers. Il les prélève. Quand il déshabille Paul pour habiller Pierre, le "capital" n'est pas touché. Pourrait-il l'être ? Alors Paul vend tout, de son slip à sa petite entreprise (dépôts de bilan, saisies etc) pour maintenir et améliorer le "statut" de Pierre. Les employés de Paul rejoignent le chômage. Mauvaise gestion de Paul ? pas si sûr !

    Le chômage en France est une solution et non un problème. C'est une formule de Denis Olivennes, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, aincien conseiller à Matignon (1992-1993). L'augmentation massive du chômage a été un choix délibéré car elle permettait de préserver les rentes de situation au détriment de ceux qui n'avait pas de situation du tout : réguler la crise par l'emploi plutôt que par les revenus.

    Le reste est de la rhétorique pour fonctionnaire égoïste.

    On en est là...

    Mikael

  13. Comment des gens qui se disent communistes ou "de gauche" peuvent-ils avoir pour ligne d'horizon: "tous salariés"? Que pourrait-on retirer d'un tel objectif? La sécurité de l"emploi? La garantie d'une petite vie tranquille avec un salaire qui tombe à la fin du mois? Le plein emploi salarié, c'est l'avènement d'une société d'esclaves volontaires, l'acceptation d'une société de classes. On laisse le pouvoir aux patrons, mais bon, on va pas se plaindre, on touche le SMIC... Tous fonctionnaires, dans le sens où on se satisfait d'une hiérarchie toute faite dans laquelle on se ménage une petite place.

    Mais pour moi, être fonctionnaire, cela signifie autre chose que "emploi à vie et privilèges": servir l'intérêt général, être au service d'une collectivité, oui, cela peut être une vocation... Que serait une société sans fonctionnaires? Pour clarifier les choses, je suis contre l'emploi garanti à vie dans la fonction publique, qui me semble être d'un anachronisme évident.

    Pour en revenir au secteur privé, je m'étonne qu'au XXIème siècle, on en soit encore au système maître/esclave ou patron/salarié. Franchement, quel intérêt ont les salariés à s'encombrer d'un patron, dont la philosophie est : "pour vous le travail, pour moi les bénéfices?" J'entends parler de démocratie d'entreprise, pour moi la règle de la démocratie c'est: un homme, une voix. Alors pourquoi la simple évocation de l'auto-gestion fait-elle sourire ou hausser les épaules? (dans le peuple "de gauche")

    Aujourd'hui, les patrons des grandes entreprises sont nommées par le cac 40. Par conséquent leur seul but, c'est:"+15% de profit par an". Or cela est en contradiction évidente avec les intérêts des salariés, à savoir en premier lieu la survie de leur entreprise. (Bien entendu, les profits, ce n'est pas pour eux).

    Des entreprise hyper rentables licencient, abandonnent des activités, délocalisent ou sous-traitent en dépit du bon sens et sans aucune vision à long terme. Dans le même temps, les salariés qui s'en inquiètent n'ont aucun pouvoir de décision. On parle d'un "droit de regard" du comité d'entreprise, mais il n'y a pas de moyen terme: le pouvoir au comité d'administration OU aux salariés. Qui est le plus à même de décider ce qui est bon pour l'entreprise? La réponse est évidente.

    Pour moi c'est la seule manière de mettre fin à l'aliénation du travailleur, aliénation au patron et non au travail. Décider de son sort, être responsable de son propre travail, voila qui me semble constituer un véritable progrès social.

  14. Peut-on m'éclairer sur le sujet suivant:Fin du travail,RTT,fin du débat?
    Merci d'avance!!!

  15. Il y a toujours un débat. Beaucoup croient encore à une fin du travail, au profit de "l'activité" mais ils ne prennent pas en compte le besoin de reconnaissance sociale et donc d'une activité rémunérée qui est bien du travail ! Les autres fantasment toujours un plein emploi introuvable.

    En fait il n'y a pas "fin du travail" mais "fin de la force de travail" et de l'économie de subsistance. Comme dit Jeremy Rifkin, il y a "fin de l'emploi" (end of job) dans le sens où les emplois stables sont de plus en plus rares. Il y a surtout un manque de travail à cause d'une distribution des revenus trop favorable aux capitaux avec une baisse relative du pouvoir d'achat des salariés, générateur de chômage.

    Il n'y a pas de fin du travail dans le sens où tous les besoins seraient satisfaits alors que nous sommes rentrés dans une économie de service dont beaucoup sont à développer. Il n'y a pas de fin du travail en tant que le travail c'est la lutte contre l'entropie qui est sans fin.

    Seulement le chômage a montré qu'on pouvait se passer de millions de travailleurs et que le travail était désirable loin d'être seulement une contrainte (ou une désutilité). Cela devrait amener à changer le travail pour qu'il devienne épanouissant (travail autonome) et sortir du productivisme salarial grâce à un revenu garanti, des coopératives et une politique de développement humain. L'idéal de ne rien faire ne veut rien dire, ni celui de réduire un travail aliénant quand c'est le travail lui-même qu'il faut changer. Ce qui est sûr c'est qu'il faut de nouveaux rapports sociaux pour ces nouvelles forces productives et de nouvelles protections contre la précarité de l'emploi à l'ère de l'information.

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