Prédictions 2020

La pandémie n'aura pas été une surprise pour les scientifiques qui avertissaient depuis longtemps de leur inéluctabilité. Je pourrais dire que moi-même je l'avais prévu en reprenant cette information sur mon blog, tout comme des rapports officiels ou militaires l'ont fait. Il n'est donc pas si étonnant qu'on voit une vidéo de Bill Gates affirmant, il y a 5 ans, que la plus grande menace viendra d'un virus qui reste asymptomatique le temps de contaminer les autres.

Il faut ajouter que les progrès de l'édition de gènes (CRISPR), rendue accessible à tous, font craindre que la prochaine pandémie puisse venir d'un virus modifié par quelque biologiste fou, sans avoir besoin de moyens importants, mais ce bioterrorisme qu'on peut prédire désormais n'est pas plus pris au sérieux que le risque pandémique n'a été pris au sérieux jusqu'ici. On y croyait d'autant moins que les risques étaient impossibles à estimer et qu'il y avait, comme toujours, des opinions contraires, minimisant leur impact. C'est tout le problème des prédictions, c'est qu'il y en a une multitude et aucune absolument certaine. Tout a toujours été prévu par quelqu'un, donc on trouve fatalement après-coup la bonne prédiction, mais comme il y avait des prédictions contradictoires, il n'était pas si facile de déterminer la bonne avant. Ce ne sont pas les prédictions qui nous ont convaincus du risque épidémique, c'est qu'on le subit, de même que, ce qui a fait passer le risque climatique des scientifiques aux politiques, c'est de commencer à en éprouver des conséquences néfastes et les coûts démesurés alors qu'on n'est qu'au tout début d'un réchauffement bien plus catastrophique.

Ce qui est facile, c'est de faire le procès de ceux qui n'ont pas tenu compte des bonnes prédictions quand on voit le résultat, alors qu'on n'était pas forcément plus clairvoyant à l'époque mais, en fait, il est même contestable qu'on puisse dire qu'on avait vraiment prédit la pandémie actuelle car les scénarios envisagés étaient bien plus terribles avec une mortalité beaucoup plus élevée, alors que les conséquences économiques en étaient sous-estimées qui vont peser sur les prochaines années et accélérer les adaptations au numérique. On peut juste dire qu'on avait attiré l'attention sur le risque d'une pandémie, non pas prévu celle-ci avec ses particularités, encore moins la façon d'y réagir, qui était impensable avant, laissant les gouvernements dans l'incertitude, obligés de prendre ces mesures dans l'urgence, en grande partie par imitation.

Les véritables prédictions sont donc bien impossibles et nous laissent dépourvus devant la menace, obligés de reconnaître notre ignorance en dépit de toute notre Science. Tout ce qu'on peut, c'est présenter les données et tendances actuelles, essayer d'évaluer les risques en sachant qu'on peut se tromper au moins sur leur ampleur, ce qui rend ces prédictions en général à peu près inutilisables. Pire, on l'a bien vu avec la grippe H1N1 et le fait que la ministre Roselyne Bachelot ait été accusée d'avoir surréagi et acheté trop de masques, ce qui a constitué une des causes de leur manque quand la véritable pandémie fut venue. C'est comme les alertes au tsunami. Evacuer de grandes villes pour rien rend très difficile ensuite de prendre la même décision quand il y a un nouveau tremblement de terre. A trop crier au loup, on n'est plus entendu quand le loup est là...

On peut en tirer une certaine typologie de ces catastrophes qui avaient pu être prédites. D'abord, on n'y croit pas, d'autant plus qu'elles sont présentées sous des formes cataclysmiques qui les déconsidèrent et nourrissent un scepticisme plus ou moins intéressé. Puis, quand la catastrophe arrive, on tente le tout pour sauver ce qui peut l'être, bien au-delà de ce que permettait auparavant une politique de prévention. C'est ce qui permet de penser que c'est la catastrophe qui nous sauvera, quand elle devient imminente et ne laisse plus de place au doute et à la temporisation. Il ne faut pas trop se lamenter de l'insuffisance des politiques écologiques actuelles car, immanquablement, elles ne feront que monter en puissance à mesure que les températures n'arrêteront pas de monter (tout comme le niveau de la mer), avec des canicules, des sécheresses, des effondrements d'écosystèmes devant lesquels on ne pourra rester inactifs. Tout ce qu'on obtient aujourd'hui, même minime, est crucial mais ne fait que préparer l'avenir d'une véritable transition écologique qui limite les dégâts ou les répare, mais seulement dans l'après-coup. Il y a ensuite un troisième temps, après le déni puis la réaction, celui de l'après-guerre peut-on dire, ne faisant que refaire la dernière guerre, obnubilé par la crainte d'une deuxième vague avec le risque d'en faire trop (ce qui peut avoir comme on l'a vu, l'effet inverse), au lieu de se préparer à la prochaine et servir de répétition générale nous permettant de mieux affronter les virus plus dangereux qui ne manqueront pas d'arriver et nous trouveront sinon dans le même état de vulnérabilité et d'impréparation qu'on pourra dénoncer à loisir.

Notre situation est contradictoire puisque dans ce monde en bouleversement écologique et technologique, on n'a jamais eu autant besoin de prédictions à long terme, devenues vitales pour le climat, le travail ou l'énergie, mais qui sont à la fois indispensables et impossibles malgré nos moyens considérables. Il est bien évident qu'il est impossible de prédire les prochaines découvertes ou innovations qui pourront résoudre de nouveaux problèmes ou impacter radicalement notre mode de vie, de même qu'il est impossible de prévoir ce que sera notre réaction collective. Malgré tout, que nous ne puissions jamais vraiment déterminer la date, l'ampleur, les conséquences des catastrophes qui s'annoncent, et que, comme toujours, nous devrons agir en situation d'information imparfaite, cela ne doit pas nous empêcher pour autant de faire le point régulièrement et réfléchir à notre futur avec toutes ses incertitudes.

Si on doit imaginer le monde de demain, c'est d'abord un monde de plus en plus chaud et avec un pic de population dans 40 ans aux dernières évaluations, signifiant le début de la décroissance de la population (de la consommation plus tardivement). Le facteur clé étant l'accès des femmes à l'instruction et aux emplois qualifiés, le féminisme et les droits des femmes devraient continuer à progresser, mais c'est aussi la promesse d'un vieillissement dramatique de la population en dehors de l'Afrique, même si la médecine devrait vaincre les maladies dégénératives et rendre la vieillesse plus supportable (voire permettre de rajeunir). On ne s'attend pas à être "submergés" par l'immigration mais elle changera malgré tout nos sociétés vieillissantes qui auront bien besoin de cette population active où il faudra compter des réfugiés climatiques, économiques ou fuyant les conflits. Dans ce contexte, le rejet des immigrés et la nostalgie identitaire, c'est la guerre ou plutôt le massacre...

On peut déjà être certain qu'on n'échappera pas aux effets d'un réchauffement qui s'emballe mais il est quasi assuré que la transition énergétique en cours sera menée à son terme en dépit de tous ceux qui prétendent impossible de substituer éoliennes et solaire au nucléaire et au pétrole. Cela ne suffira pas, il faudra y joindre la capture du CO2 qui reste plus incertaine à cette date mais devrait se développer massivement tout comme la reforestation, il faut l'espérer, seul moyen de limiter assez le réchauffement pour empêcher la bombe méthane. Il n'y a certes pas lieu d'être optimiste mais au contraire d'en clamer l'urgence.

L'adaptation à ce monde en ébullition sera souvent douloureuse mais, contrairement au malthusianisme de ceux qui prétendent qu'on ne pourra plus nourrir une population si nombreuses, il ne semble pas que ce soit hors de portée - pour autant que les régions dévastées puissent être ravitaillées par celles qui le sont moins. Ce n'est pas ce qui devrait poser le plus de problèmes si l'on en croit les spécialistes. De nouvelles ressources seront certes indispensables (cultures marines, exploitation des algues et des insectes, viande synthétique) mais, "théoriquement", on pourrait nourrir toute la population. Les enjeux de l'agroécologie sont tout autre, d'assurer l'approvisionnement local, la durabilité des sols, protéger la biodiversité et participer à la capture du CO2.

Tout dépend du degré de réchauffement et de notre réaction pour limiter l'étendue des dégâts mais, dans les années qui viennent, il faut compter aussi sur le fait que nous serons assistés de plus en plus par l'Intelligence Artificielle pour résoudre nos problèmes, ainsi que par les robots dans nos tâches, transformant radicalement le travail (sortie du capitalisme salarial?) avec, entre autres, la montée du télétravail depuis la pandémie, ces transformations ne se faisant pas sans douleur non plus. On peut s'attendre à un "chômage frictionnel" assez élevé même si c'est loin d'être la fin du travail (ni la fin du pétrole, de la civilisation ou de l'humanité!). La pandémie a mis en évidence nombre d'emplois vitaux, des premiers de corvée aux services publics et aux soins aux personnes. L'automatisation générale est un fantasme qui ne date pas d'hier et jamais vérifié, cela n'empêche pas qu'on peut connaître une sévère réduction de l'emploi salarié, au profit des autoentrepreneurs en particulier, ce qui pourrait généraliser l'insécurité vécue par les précaires depuis des années et qui est insupportable en l'absence d'indispensables institutions du travail autonome, d'une nouvelle sécurité sociale.

En dehors de ce cadre qui semble assez solide (bien que n'étant pas à l'abri d'éruptions volcaniques de grande ampleur par exemple, ni d'une pandémie décimant la population), le reste est bien plus incertain, que ce soit en économie ou en politique, tout pouvant basculer soudain, étant sujets à de constants retournements. Il est difficile de savoir si le trafic aérien et le tourisme seront durablement affectés, si les relocalisations seront notables voire si le port du masque deviendra la norme à l'avenir ? Ce qu'on peut dire, c'est que nos interdépendances sont de plus en plus prégnantes, que ce soit dans l'économie, les pandémies, les réseaux numériques. Il y a donc un mouvement inéluctable, matériel, vers l'unification planétaire, un Etat de Droit Universel en formation à travers ses organes (OMS, OMC, etc.) et soutenu par les Banques Centrales qui transforment petit à petit le néolibéralisme des dernières décennies en économie administrée par des Banques Centrales (mais pourront-elles éviter krach financier et inflation galopante?). Ce mouvement de fond sur le long terme rencontre cependant à court et moyen terme des résistances locales fortes, repli nationaliste et souverainismes qui ne présagent rien de bon, étant l'appel à un pouvoir autoritaire capable d'imposer un ordre nouveau et de nous soustraire au mouvement du monde. En fait, les choses sont plus imbriquées. Ainsi, la pandémie peut à la fois renforcer les interdépendances et la relocalisation, participant d'une nouvelle phase de la globalisation, qui continue mais en corrigeant ses excès et en privilégiant les circuits courts (grâce aux monnaies locales?), reliant enfin l'action locale à une pensée globale.

On arrivera peut-être à en minimiser les périls mais on ne peut plus avoir une confiance aveugle dans l'avenir alors qu'il semble plutôt qu'on entre dans le temps des catastrophes et de l'urgence tant les menaces s'amoncellent. C'est dans doute le destin de toute vie d'être entourée de dangers auxquels elle arrive pourtant à échapper le plus souvent jusqu'à un âge assez avancé, mais la nouveauté est plutôt dans le caractère systémique de ces menaces désormais. En unifiant le monde, la globalisation marchande depuis l'écroulement du communisme nous fait entrer dans l'ère des crises systémiques aussi bien écologiques, économiques ou financières que pandémiques.

Choc climatique, choc social, choc démographique seront à l'évidence difficiles à gérer et on sait qu'on est exposé à d'autres chocs pandémiques si ce n'est au bioterrorisme. Alimenté par tous ces chocs, le terrorisme ordinaire ne devrait pas non plus s'éteindre, sans parler du fait qu'on n'est plus à l'abri désormais d'une guerre nucléaire dont l'éventualité resurgit alors qu'on pensait, il y a quelques années à peine, pouvoir éliminer toutes les armes de destruction massive. Il sera bien difficile de passer entre toutes les gouttes, même si cela n'empêchera pas, entre deux chocs, de long moments de vie paisible et de construction de projets, avec des innovations facilitant la vie, des progrès médicaux soulageant de nombreux maux, des progrès sociaux (féminisme, revenu garanti), la montée des écologistes, etc. Tous ces chocs font craindre des situations dramatiques mais sans doute pas l'effondrement généralisé qui nous ferait revenir en arrière que nous prédisent collapsologues, survivalistes ou prophètes d'une apocalypse pétrole à la Mad Max. Ce n'est certes pas complètement impossible et toutes ces catastrophes combinées à l'instabilité politique peuvent mener à des décennies chaotiques mais pas la peine d'en rajouter. Parler de la disparition de l'espèce humaine est encore plus déplacé alors qu'on n'a jamais été si nombreux ! Certes, si le réchauffement est hors de contrôle, décuplé par la bombe méthane, il y aura de la casse, une sorte d'effondrement plus ou moins lent, en tout cas la fin de notre monde actuel, avec des régions entières devenues invivables et l'extinction d'animaux en masse. La population mondiale en serait inévitablement gravement affectée mais devrait de toutes façons décroître (après 2060?) sans qu'on puisse parler aucunement d'une disparition de l'espèce alors qu'on envisage de conquérir une planète aussi inhospitalière que Mars (ce n'est pas gagné) et que, du moins, la conquête des océans est à notre portée. La situation est assez dramatique comme cela, les exagérations ne font que nous égarer et rendre les réponses aux défis qui nous attendent plus hasardeuses. "Seule la vérité est révolutionnaire".

C'est la politique qui pourrait nous mener au pire mais on ne peut exclure qu'elle mène au meilleur après quelque catastrophe poussant un peu plus à l'unification planétaire et donc renforçant considérablement la capacité de faire face à ces risque vitaux. Au nouveau souverainisme nationaliste, qui s'est constitué en résistance à ce mondialisme au nom d'une volonté démocratique affirmant ses valeurs et son identité, il faut opposer une démocratie des minorités et de la diversité, de la discussion et des compromis, sur des faits plus que sur des valeurs. Pas sûr qu'on soit assez convaincants et qu'on évite l'extrême-droite avec ses fausses promesses, heureusement que les extrêmistes se disqualifient eux-mêmes et se divisent entre eux, mais le plus inquiétant est l'absence d'autre alternative car l'instabilité politique est sans doute le plus à craindre en attendant la résignation au nouvel ordre économique bouleversé par les pays les plus peuplés et le numérique.

La gauche est en mauvaise posture partout, chez nous le populisme de Mélenchon l'a achevé mais elle est confrontée de toutes façons à la perte du pouvoir économique national et à une certaine harmonisation de l'économie mondialisée. Cela pousse le progrès social dans les pays retardataires mais le limite fortement dans les pays les plus avancés vers une sécurité sociale, en premier lieu en Europe, réduisant drastiquement les perspectives d'une gauche condamnée à gérer le système. L'absence de marges de manoeuvre favorise là aussi les pouvoirs autoritaires et anti-immigration, la seule alternative serait écologiste si les écologistes étaient en mesure de gouverner et de représenter une véritable alternative au lieu de faire assaut de radicalisme purement verbal. Il vaudrait mieux pour l'instant faire confiance aux "conversions écologistes" de nos dirigeants et de l'ONU, voire des entreprises, sous la pression de l'opinion et de la rue, pour assurer une transition écologique effective. La restriction de certaines de nos libertés pouvant être nécessaire, l'expérience récente doit nous amener à se méfier tout de même des tendances liberticides d'un certain écologisme ou hygiénisme qui tourne à l'ordre moral. Tout cela n'est pas encourageant, il faudrait faire mieux, mais en vouloir trop n'aide pas.

L'enjeu de la prospective est d'orienter l'action, autant que faire se peut. Non pas ce qu'il faudrait faire dans l'idéal, mais ce qu'on peut faire dans le contexte actuel et notre milieu. Le bilan des risques énormes qui sont devant nous, risques prévisibles ou risques plus improbables, avec les moyens considérables que nous avons tout de même, notamment d'information et de recherche, devrait mener à une approche plus réaliste, y compris pour les "radicaux" qui ne veulent pas être réduits au rôle de gêneurs au lieu d'être à la pointe de la transition écologique. C'est le pari de la raison. Sauf que la pandémie a montré toutes les limites de nos connaissances et les controverses sur ce qu'il faut faire, tout comme sur le climat au début. Il ne suffit pas de se vouloir réaliste pour l'être, on n'a pas la science infuse, l'erreur est première. Cela devrait justifier d'investir dans la recherche mais si le réalisme n'est pas si simple, nul doute que l'exigence de résultat effectif se fera de plus en plus forte. Il y aura toujours des rêveurs, des utopistes et des terroristes, mais on peut penser que les utopies n'auront pas au XXIè siècle la place qu'elles auront eu au XXè dans les totalitarismes. Même si ce serait incontestablement nécessaire, il est absurde de penser qu'il puisse y avoir un changement de système planétaire (de l'Europe et de l'Amérique, de la Chine et la Russie à l'Afrique ou l'Inde). La question n'est plus d'une société idéale mais de sauver ce qui peut l'être et d'améliorer autant que possible notre sort.

Il n'y a pas de quoi rêver d'une nouvelle humanité et du pouvoir de l'esprit. Il ne peut s'agir que d'essayer de comprendre le monde actuel et d'essayer de déterminer les objectifs les plus réalisables en se joignant aux mouvements écologistes planétaires tout en participant au renouveau du municipalisme et de la vie locale. L'avenir n'est pas rose et reste complètement incertain bien qu'annonçant des catastrophes exigeant notre action pour ce long terme hors d'atteinte. On a essayé d'en donner les tendances lourdes pour orienter nos priorités et limiter les possibles, éliminant les prédictions apocalyptiques ou trop optimistes tout en soulignant qu'il reste beaucoup d'inconnues comme le sort de l'Europe, qui n'est pas scellé, ou de l'Afrique dont la population devrait plus que doubler. La meilleure chose qui pourrait arriver, c'est un "réveil de l'Afrique" trouvant un nouveau dynamisme dans sa jeunesse connectée et un modèle alternatif, notamment agricole, mais c'est peut-être trop rêver encore ?

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18 réflexions au sujet de “Prédictions 2020”

  1. `"La meilleure chose qui pourrait arriver, c'est un "réveil de l'Afrique" trouvant un nouveau dynamisme dans sa jeunesse connectée et un modèle alternatif, notamment agricole, mais c'est peut-être trop rêver encore."

    Ce modèle alternatif , notamment agricole , doit aussi être le nôtre ici dans des mises en œuvre de politiques locales. Ce n'est pas inatteignable.

    • Oui, bien sûr, mais à l'échelle de l'Afrique et du doublement de sa population ce serait vital au lieu d'imiter l'agriculture intensive, ce qui reste le plus probable...

      La richesse de l'Afrique, c'est sa jeunesse (et ses ressources) qui devrait attirer la jeunesse des pays vieillissants, mais sa faiblesse principale est le défaut de gouvernance.

  2. En matière de défaut de gouvernance la balle revient dans notre camp : quand je parle de politiques agricoles et alimentaires ( plus toutes les transversalités ...) je regarde , je regarde et chez nous au local , je ne vois rien venir ! Plus simple de gérer l'existant et de monter en épingles les quelques initiatives privées remarquables pour les inscrire sur les papiers glacés des gazettes intercommunales ou départementales .... Le mot public est tombé en désuétude. Le mot projet associé à politique est inaudible.

  3. Entre trop de "réalisme" démotivant et trop d'"utopisme" irréalisable, difficile de trouver le bon discours politique... quand à l'action elle même et à notre propre comportement ils sont vite bornés par la réalité du quotidien et ses contradictions permanentes. Vu l'état de la planète je ne regrette plus de ne pas avoir de petits enfants !

    • J'ai des petits enfants et ne crois pas qu'ils seront forcément plus malheureux que je ne l'ai été. Les destructions écologiques ne sont pas le tout de la vie et nous avons été les contemporains d'immenses destructions (comme dit Debord "Toute ma vie, je n'ai vu que des temps troublés, d'extrêmes déchirements dans la société, et d'immenses destructions"). On a connu des bons moments et de terribles déceptions. On a découvert le numérique et la précarité mais contrairement à ce qu'on raconte, on n'a jamais été aussi libres et cela devrait continuer avec le féminisme et l'écologie, voire avec le psychédélisme renaissant. Il y aura sûrement de nouvelles musiques et de très bons moment encore, de quoi remplir une vie malgré tous nos malheurs.

      Non, l'avenir n'est pas si noir pour tout le monde. On ne peut comparer notre vie tranquille ici sans guerre avec le génocide rwandais par exemple. Il y a des urgences à traiter, des risques à prévenir, des catastrophes auxquelles il faut faire face, cela doit nous occuper, notre devoir est d'en avertir, mais la vie ne s'y réduit pas, faite de rencontres, de travail et de divertissements (tout ce dont le confinement a privé beaucoup).

  4. "Non, l'avenir n'est pas si noir pour tout le monde."

    La particularité du réchauffement et tous ses effets c'est que justement il concerne tout le monde ; tant qu'on en reste à martyriser et asservir des gens , tant qu'il y a une sécheresse là et pas ailleurs ,certains peuvent "bien s'en tirer" avec musiques et bon moments . Mais à partir du moment ,faute d'actions suffisantes ,où les impacts sont tels qu'ils rendent très difficile notre vie sur terre, on passe à une situation inédite où il sera difficile , même pour quelques uns de se divertir.
    Les choses se font lentement mais elles se font https://www.youtube.com/watch?v=ltwbJBvGiIg

    • La vie des Inuits n'est pas facile et il n'est pas si certain qu'on ne finisse pas par faire ce qu'il faut mais de toute façons, même dans une crise systémique tout le monde n'est pas affecté au même degré. Il y a des bords de mer et des montagnes, Nord et Sud ou tropiques, riches et pauvres. Tout le monde n'est pas à même enseigne mais dans les pires conditions, on trouve encore à se divertir. Peut-être bien que cette distinction entre destin planétaire et destin individuel est ce qu'il faut approfondir maintenant.

    • Je suis étonné que cet excellent nouveau morceau de Dylan, publié le 22 juin n'ait pas plus de succès. C'est incontestablement une musique de vieux, mais du meilleur et pas exactement, comme la vidéo donnée par Jo, les vieux que chante Brel qui ne voulait pas vieillir...

      Les chansons, la littérature, les dictons donnent souvent une vision de l'humanité moins niaise que celle idéalisée de la politique ou de la philosophie - sauf bien sûr les chansons niaises à l'eau de rose dont l'artifice va cependant jusqu'à la caricature qui fait partie du plaisir de s'évader de notre triste réalité.

  5. S'agissant de la viande synthétique, il me semble que cela demande beaucoup d'énergie pour la produire, donc au final on peut s'interroger sur son efficacité écologique. Elle nécessite en effet des bioréacteurs de culture chauffés à 37° qui renvoient du CO2 dans l'atmosphère ("Sciences et Vie", mai 2020).

    Concernant les emplois numériques, on se demande également lesquels sont réellement des emplois "utiles" socialement et écologiquement parlant, et non pas des "bullshit jobs" brassant du vent (DRh, marketing) à rebours de l'importance des premiers de corvée, dont les emplois ne sont pas forcément numérisables.

    • Il y a différentes formes de viandes synthétiques qui existent déjà, faites à partir de plantes. Pour la véritable viande synthétique à partir de cellules dans des bioréacteurs, on n'est qu'au début, la technique s'améliore constamment et les prix baissent mais s'il faut effectivement de l'énergie (pas forcément produisant du CO2), ce n'est pas comparable avec l'élevage industriel qui est ce qui impacte le plus le climat. Il n'est pas question pour autant de supprimer l'élevage qui dans les meilleures conditions est positif mais d'un complément qui sera indispensable. Du moins, c'est une prédiction assez probable.

      Les emplois numériques ne se réduisent pas du tout aux "bullshit jobs" qui existaient aussi avant et de nombreux sont vitaux. Si le numérique n'avait pas marché pendant le confinement on n'aurait pas été ravitaillé, ni connectés bien sûr. Si on juge à l'utilité immédiate en période de survie, ce sont les emplois culturels dont on peut se passer le plus (divertissement, tourisme). L'idée de sélectionner les productions utiles est une très vieille idée depuis les utopistes jusqu'à Bernard Stiegler mais qui est impraticable. Ce qu'on peut faire, c'est soutenir les activités les plus vitales mais jamais les emplois les plus importants n'ont été les mieux payés ni même considérés (éboueurs par exemple), car ce qu'on paie, c'est la reproduction de la force de travail, sa qualification, jamais le travail lui-même. Il ne s'agit pas de projeter ses propres jugements sur ce qu'on peut trouver désirable mais de rendre compte du fonctionnement effectif.

  6. Deutsche Bank a intitulé ses prédictions pour les 10 prochaines années "L'âge des désordres" qui serait caractérisé par un recul de la globalisation (ce qui me semble probable mais surévalué étant donné les questions écologiques globales et les réseaux numériques?). Il est bien difficile de savoir à l'heure actuelle ce que seront les toutes prochaines années étant donné que des éléments aussi importants que l'élection présidentielle américaine ou le Brexit restent si incertains. La montée en puissance de la Chine semble indéniable mais les tensions avec les USA sont moins faciles à évaluer de même que les tensions en Europe.

    Ce qui est le plus intéressant c'est que la banque prévoit l'augmentation de la dette des Etats, avec des politiques monétaires laxistes des banques centrales distribuant de la monnaie hélicoptère. Surtout, aspect que j'ai négligé ici, ils prévoient un changement de génération dans les 10 ans avec la mise au rencart des boomers et des politiques moins favorables aux retraités mais donnant la priorité aux questions écologiques et climatiques ainsi qu'à la réduction des inégalités après leur accroissement actuel.

    https://www.db.com/newsroom_news/2020/the-age-of-disorder-the-new-era-for-economics-politics-and-our-way-of-life-en-11670.htm

    Il faut bien dire, que, pour l'instant, c'est plutôt le pire qui s'annonce...

  7. Cet article essayait de cerner ce qu'on peut prédire à long terme à partir de tendances lourdes bien connues et surtout d'en montrer les limites et qu'on entre dans un temps de grandes incertitudes. Ces incertitudes sont désormais au plus haut pour notre fin d'année. Il ne s'agit pas cette fois de faire des prédictions mais de lister quelques dangers considérables qui nous guettent à très court terme.

    Ce qui a fait monter les incertitudes d'un cran hier, ce sont les déclarations de Trump donnant crédit à ceux qui avertissaient qu'il ne rendrait pas le pouvoir, prêt à ignorer les votes (en tout cas les votes par courrier). Ce serait bien sûr extrêmement grave, pouvant mener à une guerre civile bien que ce ne soit quand même pas le plus probable.

    Le Brexit aussi est très mal enclenché, un no deal n'ayant jamais été aussi probable même si, là aussi, il y a des forces de rappel qui devraient l'empêcher car sinon, cela pourrait aboutir à une aggravation de la crise économique et même à la dislocation du Royaume-Uni ?

    Ces incertitudes pèsent sur un contexte déjà très dégradé par la pandémie et un endettement maximum des Etats alors que la Bourse est au plus haut faisant craindre logiquement un krach retentissant. Le risque d'un chaos économique est donc très grand, que les banques centrales tenteront d'éviter mais le pourront-elles?

    Ces risques s'ajoutent aux risques écologiques et climatiques, qui ne s'arrangeront pas, pas plus que les crises migratoires et les guerres au Moyen-Orient (la Turquie joue un jeu dangereux mais le régime iranien pourrait finir par s'écrouler ?).

    Il ne s'agit pas de prédictions mais au contraire de relever l'incertitude à très court terme d'événements qui peuvent reconfigurer radicalement le monde ou non, ce qui rend les prédictions dérisoires. Nous sommes sur un terrain très instable entre un ordre ancien révolu et un nouvel ordre mondial qui devrait émerger après une période chaotique qu'il sera bien difficile d'éviter. Se projeter dans le futur a rarement été si difficile.

    • On est effectivement d'accord sur la gravité de la situation, par contre l'appel à une internationale progressiste est purement verbal et n'a aucune consistance sinon être supposée contrer une internationale réactionnaire qui n'a pas eu besoin de se constituer comme telle. C'est toujours la même illusion que ce serait juste une question de propagande au lieu de voir les causes matérielles des évolutions idéologiques, évolution inévitablement dialectique.

      La fabrication du consentement de Chomsky est purement idéaliste, illusion sur la vérité et le langage, qu'il croit génétiquement programmé (grammaire universelle introuvable), croyance dans une nature humaine originaire qui est réprimée par les pouvoirs qui nous trompent, version Matrix des théories du complot qui nous empêchent d'être naturellement heureux.

      La question reste comment en sortir et c'est bien mal parti. Devant les mouvements de l'histoire comme l'irrésistible ascension du nazisme, les intellectuels sont hors-jeu, submergés par le nombre. On peut toujours dénoncer, faire des Appels qui se multiplient, chacun voulant rassembler toutes les bonnes volonté mais derrière lui ! La seule stratégie possible est de soutenir les combats qu'on peut gagner mais la lucidité oblige à constater qu'on est en bien mauvaise posture, qu'il n'y a pas d'unité sur l'alternative et que nos ennemis gagnent victoire sur victoire. On aimerait avoir la formule pour nous délivrer de ce mal, ce qui arrive seulement après-coup et souvent de longues années après. Essayons de les faire courtes mais la connerie étant au plus haut et les risques se démultipliant, il n'y a pas beaucoup d'espoirs à vendre...

      • The Times They Are a-Changin', donc tout change petit à petit, mais, aux utopistes et militants naïfs il faut rappeler la triste réalité actuelle des grands pays et des rapports de force, en faire simplement une liste succincte :

        USA - Trump (plus pour longtemps?)
        Chine - PC
        Russie - Poutine
        Inde - Modi
        Brésil - Bolsonaro
        Philippines - Duterte
        Turquie - Erdogan

        etc. Il faudrait en rajouter bien d'autres dans ce désastre mais c'est dans ce monde qu'on vit et qui limite notre capacité d'action, s'y oppose. Il n'est plus temps de rêver surtout pour l'écologie qui n'a pas l'éternité devant soi. Il est possible encore d'avancer, notamment pour l'écologie ou le féminisme, il ne faut pas se croire dans un autre monde que celui-ci.

        • Dans le etc. j'y mettrais bien Macron. Un gouvernement qui, non content d'avoir mené des "réformes" néolibérales et exercé une répression particulièrement brutale contre la liberté d'expression et les mouvements sociaux dont les gilets jaunes, déroule désormais le tapis à l'extrême droite en menant campagne sur des thèmes très droitiers, tels que la "sécurité", et le "séparatisme".

          • Il faut quand même nuances garder ! On ne peut mettre tout le monde sur le même plan (Orban, Assad!). Il est vrai que la droitisation de Macron est spectaculaire mais le plus inquiétant, c'est la droitisation générale. La parole la plus infâme est "libérée". L'impuissance politique pousse aux extrêmes, à la démagogie, à la haine, de sorte qu'à l'heure actuelle il semble qu'on va rejouer le match des dernières présidentielles. La gauche a perdu son hégémonie et l'extrême-gauche est insignifiante, les écologistes pas à la hauteur encore.

            Notre situation est bien désespérante d'avoir à choisir entre pire ou pire. On n'est plus dans la marche triomphante vers la liberté, l'égalité et la solidarité et plutôt dans l'entrée en résistance préparant des jours meilleurs.

            A long terme, la raison progresse toujours, c'est-à-dire le réel, mais là, on est confondu par la connerie qui s'affiche, de la télé réalité aux plus hautes sphères, la montée du racisme et du séparatisme blanc. Le monde actuel est hostile, dangereux, régressif, où chacun montre ses muscles en quête d'un nouvel équilibre, un nouvel ordre mondial.

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