La catastrophe est politique

Dieu qu'on est con (et c'est peu de le dire) ! Au moins, tout le monde le voit désormais et l'on ne pourra plus raconter qu'on ne savait pas quand on voit le succès d'un Donald Trump comme de tous les populistes et démagogues en Europe. Bien sûr, il faudrait une politique plus favorable aux pauvres et aux travailleurs, mais il ne suffit pas de le revendiquer pour ne pas faire pire. Il y a bizarrement l'idée qu'on avait sans doute été très cons dans le passé mais que maintenant, c'est fini, qu'on ne nous la fait plus car on est un peu plus éduqués (alors que les Allemands étaient le peuple le plus éduqué justement!). La même confiance en l'humanité était au plus haut peu de temps avant l'engrenage menant au déclenchement de la guerre de 1914-18, la clairvoyance des peuples est vraiment à mettre en doute.

Les nouvelles sont très très mauvaises, pas la peine de le nier. Certes, le pire n'est jamais sûr mais les menaces s'amoncellent. On a évité in extremis un président autrichien d'extrême-droite. Pas de quoi se rassurer d'une victoire aussi courte alors que la demande d'autorité s'intensifie pour nous protéger des évolutions du monde, des migrants et des terroristes, le musulman remplaçant le juif pour nous unir dans la même haine. Là-dessus, la sortie de la Grande-Bretagne de l'Europe, que je trouverais plutôt souhaitable, risque dans ce contexte de renforcer encore les nationalismes, fragilisant l'Europe (sans aller jusqu'à la fin de la civilisation occidentale comme le craint l'autre Donald, Tusk). Nous entrons incontestablement dans une période troublée.

Il n'y a vraiment rien qui va dans notre sens et plutôt d'une gauche en voie de disparition au contraire, rivalisant elle aussi dans la connerie. On se pince à voir qu'il y en a qui s'imaginent que Mélenchon en sauveur suprême pourrait gagner la présidentielle ! Qu'il puisse passer devant Hollande, aucun doute, mais ce sont là des rivalités d'arrière-cour. Ajoutez-ci les Verts en déconfiture appelant un Monsieur Hulot de la politique (d'autres y voient un Thomas Piketty, preuve qu'il n'y a personne), on a la totale ! Chacun avec ses oeillères et une absence de toute stratégie crédible, cultivant la division au nom de l'unité et précipitant ainsi la défaite annoncée, avec des militants qui voudront y croire jusqu'à la dernière minute (car il n'y a que la foi qui sauve et il n'a jamais manqué de croyants) ! Il y a intérêt à ce que la droite multiplie elle aussi ses candidats - ce qui n'est plus complètement improbable. Après tout, il paraît qu'on a la droite la plus bête du monde ! Il ne faut quand même pas trop y compter et se faire des illusions. De toutes façons, on va déguster dans les années qui viennent. Il faudra revenir sur Terre, nous ne sommes pas majoritaires et pas moins bêtes que les autres face à des évolutions auxquelles on ne pourra se soustraire.

On peut dire qu'il y a ceux qui veulent se soustraire aux migrations et ceux qui veulent se soustraire aux évolutions économiques. Ce n'est donc pas un manque de démocratie, comme on voudrait s'en persuader, c'est plus grave, c'est le mauvais côté de la démocratie relevant de la psychologie des foules et des déclarations de guerre, à l'opposé de l'utopie rationnelle des Lumières. Tous les savoirs accumulés ne servent à rien dans la panique collective. Il y a une véritable religion de la démocratie qui lui prête des pouvoirs démesurés alors qu'en fait, il n'y a de pouvoir que sur les personnes. Pourquoi les choses ne pourraient pas être comme on le décide ? Hein ? Eh bien, parce que nous ne sommes pas tout seuls, que nous avons des engagement avec d'autres pays, que nous appartenons à des organisations internationales, que nous sommes intégrés au marché mondial et que, plus globalement, nous sommes des sociétés de droit et des démocraties plurielles, ce qui réduit dramatiquement nos degrés de liberté - tout comme au temps de l'Empire et de la paix romaine (car, la souveraineté, c'est la guerre). Colin Crouch décrit assez bien ce qu'il appelle une post-démocratie où les décisions se prennent à des niveaux supérieurs mais cela n'empêchera pas que les candidats prétendent le contraire à grands coups de menton. Une fois élu, ils feront ce qu'ils pourront...

En attendant qu'on s'enfonce dans la nuit, chacun voudra garder espoir dans la politique et pourtant, s'il est un autre domaine où la connerie humaine saute aux yeux, c'est l'absence de véritable réaction des Etats à la mesure du problème du climat malgré toutes les belles conférences internationales. Cette fois encore, la catastrophe est bien politique car ce ne sont plus les moyens techniques qui nous manquent (les progrès ont été considérables) mais seulement les moyens politiques. Ce n'est pas glorieux mais c'est comme ça, si l'on est sauvé du pire, ce ne sera pas grâce à la politique ni au militantisme écolo mais seulement grâce aux progrès techniques, notamment dans le photovoltaïque qui devient très compétitif. On apprend aussi qu'on pourrait solidifier assez facilement le CO2 dans du basalte ce qui laisse penser que la capture du CO2 aura un rôle pour limiter la catastrophe. Il n'est donc pas impossible qu'on arrive par la technique à compenser l'impuissance politique mais la connerie des écologistes là-dessus, c'est de considérer qu'à laisser croire ainsi à une porte de sortie, on encouragerait l'inaction (qui est un fait, hélas), de même que, lorsqu'on défendait le solaire contre ceux qui nous prédisaient une apocalypse pétrole, on se faisait copieusement injurier. Le constat de l'impuissance des politiques est consternant, mais on ne peut y couper (au moins après une vie de militantisme n'ayant servi à rien). Refuser des stratégies réalistes parce qu'on voudrait tout changer (sans que rien ne change) est effectivement un autre bel exemple de connerie contre-productive. Que le monde sombre plutôt que d'être un réformiste mou ! La catastrophe ne sera peut-être pas écologique (c'est pas gagné), sans qu'on y soit pour grand chose, mais il est certain qu'on aura beaucoup de mal à éviter la catastrophe politique.

Rien ne sert de le dire, sans doute, c'est bien ce qui est désespérant. Il y a des enjeux vitaux et prendre conscience de notre impuissance à y répondre serait bien le premier constat à faire. Il faudrait sonner l'alarme mais on ne peut s'imaginer pourtant que chacun, en prenant conscience, change de discours. La seule chose qu'on peut espérer, c'est que lorsque nous entrerons en résistance contre une droite autoritaire, au lieu de vouloir résister aux transformations du travail à l'ère du numérique, on pourra se replier sur le local où se passe réellement l'adaptation à l'accélération technologique, la transition énergétique et la préservation des équilibres écologiques. C'est là qu'il y a un monde à refaire et qu'on peut se réapproprier un pouvoir collectif, sans en attendre des miracles (on connaît nos voisins, le local est le contraire de l'utopie). Rien de bon à attendre en tout cas de la politique, engagée ces temps-ci dans une mauvaise passe régressive sans qu'on puisse y avoir prise, semble-t-il. C'est râpé pour plusieurs années au moins, même s'il y a bien sûr toujours la possibilité qu'un événement inattendu renverse la tendance, change la donne, comme une catastrophe de grande ampleur qui nous sauverait de la catastrophe politique...

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35 réflexions au sujet de « La catastrophe est politique »

  1. La catastrophe c'est l'incapacité à rentrer en politique ; ce qui donne le spectacle politique catastrophique qu'on constate. La politique comme mise en concurrence des personnes , des partis et des idéologies , cette mise en concurrence régulée par l'élection qui serait la démocratie.
    Effectivement le développement local , tentative certes sans cesse renouvelée et imparfaite, de mise en cohérence des activités humaines diversifiées autour d'un territoire à vivre et construire ensemble, montre ce qu'est la politique. Pas de politique sans projet commun ; et pas de projet commun sans replacer l'homme dans son milieu de vie .
    Les Mélenchons , les Hulots , les Montebourg etc etc jouent effectivement une très conne partition en restant dans les cadres de l'élection présidentielle et en se présentant comme sachant souhaitant rassembler alors qu'en se présentant ainsi ils divisent .
    Le rassemblement n'est pas l'union sacrée , l'armée en marche , celles des insoumis ou toutes celles sous d'autres bannières. La seule union qui vaille c'est celle qui reconnait nos différences et nos limites cognitives ; ces constats fondant l'organisation sociale : nous sommes divers et nous ne savons pas ; et nous vivons sur la même planète à préserser, faite de territoires.
    Le développement local n'est pas un facultatif ou une option marginale ; ce n'est pas un vase clos protecteur , c'est la seule option politique locale et mondiale en cohérence avec les enjeux sociaux , économiques , écologiques et humains .Ce devrait être la politique nationale , la politique locale , la politique mondiale .

    Nous sommes sans doute au bout du bout de l'évolution humaine ; le moment où la puissance que nous avons sur nous mêmes et notre milieu est tel que la survie elle même ne passe plus par les mêmes chemins d'évolution ; s'il est stupide de refuser des avancées techniques en capacité d'apporter des solutions , ce ne sont pas ces avancées qui construirons la société de demain à notre place .La problématique n'est pas technique mais humaine dans notre capacité ou incapacité politique. Et s'il est vrai que c'est l'incapacité que nous vivons et constatons , notre survie collective va dépendre des progrès que nous allons pouvoir déployer en matière politique. Et temps que Mélenchon et les autres se présenteront et seront soutenus par des partisans excités ...On a effectivement du souci à se faire.

    • Patrick Viveret s'inquiète aussi de la division et tente (vainement) d'unifier une vingtaine d'initiatives n'arrivant sans doute qu'à en ajouter une de plus ! De toutes façons, on ne se débarrassera pas de Mélenchon, donc c'est cuit, le débat est clos, on peut rentrer chez soi. Il ne fera pas bon aller contre le "grand mouvement populaire qu'il soulève" mais qui ne le mènera pas pour autant au deuxième tour. Pas sûr que sans lui cela aurait été mieux, il n'est que le résultat d'un vide et de l'échec général (du Parti de Gauche tout autant).

      https://blogs.mediapart.fr/collectif-roosevelt/blog/140616/patrick-viveret-reappropriation-citoyenne-du-politique-avancees-et-enjeux

      Pour ma part, je voulais juste souligner dans la continuité de l'article précédent, la division politique et le règne de la connerie ou des passions au lieu d'une intelligence collective absente. J'ai cité Mélenchon surtout parce qu'il prétend pouvoir gagner quand c'est l'extrême-droite qui a le vent en poupe avec le sentiment anti-immigrés et surtout anti-musulmans mais ce n'est certainement pas lui la cible de l'article et bien plutôt Donald Trump, qui lui peut être élu et représente un sommet de la connerie mais est soutenu par un grand mouvement populaire. Je voulais mettre sa photo en illustration mais j'ai trouvé cela insupportable...

      • Comment analyser pour autant la "foi" (persistante ?) d'un Joël de Rosnay (entre autres membres de l'ex-"Groupe des 10") en l'intelligence collective, son émergence et son renforcement notamment grâce au numérique et à la mise en réseau ?

        Cf. le milieu des années 1990 et son "cybionte"... https://fr.wikipedia.org/wiki/Cybionte

        L'euphorie de l'apparition du Web, sans doute ? 20 ans déjà...

  2. Est-ce que les agitations politiques et l'écho favorable au fascisme ne proviendraient pas d'un baroud conservateur (stabilisateur?) avant une transformation inéluctable de notre fond culturel (paradigmes). Il est quand même bon de noter qu'il y a une convergence entre une philosophie de l'information, le développement de l'intelligence collective, les transformations induites par les NTIC et l'efficience collective.
    Pour avoir travaillé dans des groupes très marqués par la compétition et des groupes coopératifs, j'ai pu éprouver comment je pouvais ressentir l'autre dans ces deux contextes. Dans le premier cas, l'autre est avant tout ressenti comme une menace, un danger, alors que dans le second cas, l'autre est avant tout ressenti comme une ressource.
    Comment la philosophie peut-elle nous aider à accompagner plus vite cette mutation culturelle qui me semble des plus souhaitables? Quels apports sur le plan personnel, mais surtout quels apports sur le plan collectif, sur le plan de la structure, de l'architecture organisationnelle et des processus décisionnels, sur le plan politique donc, puisque la politique, ce sont des architectures organisationnelles, des institutions et des processus décisionnels?

    • On peut effectivement penser que c'est le symptôme du passage à une nouvelle étape cognitive plus favorable, réaction désespérée à la conscience de notre impuissance (castration) débouchant sur un mieux. C'est une attente raisonnable mais on attend encore...

      Pas sûr que la philosophie soit d'une grande aide en politique, sauf à prôner la pluralité et le dialogue (mais aussi le conflit). Pour Lacan, "la philosophie bouche le trou de la politique" en donnant sens à ce qui n'en a pas et restant aveugle à ce qui lui échappe et ne marche pas, aux contradictions impossibles à résoudre.

      • Lacan disait aussi que la mort est une question de foi et que nous avons besoin de notre croyance en elle pour supporter de vivre... Et dire qu'il y a quelques semaines encore on évoquait la transcendance sur ce magnifique blog !

  3. Suivant votre blog depuis quelque temps, je suis intéressé par vos analyses.
    Il me vient pourtant une question: si on se concentre sur le local, ce qui me parait le plus efficace en effet, que se passe-t-il au niveau national? Ceux que vous dénoncer vont se ruer sur les places, et le "gagnant" (et ses amis) aura tout le loisir de mettre des bâtons dans les roues des alternatives locales...

    • Je ne dis pas qu'il faut abandonner le niveau national, c'est plutôt lui qui nous abandonne. Tout peut toujours changer mais les rapports de force sont favorables à nos ennemis et ceux qui veulent plus de justice n'arrivent pas à s'entendre sur ce qu'il faut faire.

      Ceux qui sont au pouvoir se sont toujours rués sur les places, même chez les Verts où les gentils écolos ne font pas le poids face aux arrivistes (qui ne s'intéressent pas au local trop petit pour leurs ambitions).

      Je ne crois pas que les pouvoirs nationaux mettent trop de bâtons dans les roues aux alternatives locales, ils n'ont pas beaucoup de raisons de s'y opposer (même le Front National). Ce qui est difficile, c'est plutôt de trouver les soutiens locaux à l'organisation de productions locales.

      • Le FN aura d'autant moins de raison de s'y opposer, qu'il peut au contraire aussi miser sur le "local": "nos racines chrétiennes et folkloriques", "la terre ne ment pas", "nous et les autres", etc. Jacques Bompard actuel maire d'Orange, extrême droite proche du FN, me semble bien gérer le niveau local et ses réseaux associatifs, avec son clientélisme, puisqu'il ramasse la mise à chaque élection avec des scores à 60%. Cela doit plaire quelque part. Sans les quartiers en périphérie bien entendu. Mais eux ne comptent pas puisqu'ils ne votent pas.

  4. "On se pince à voir qu'il y en a qui s'imaginent que Mélenchon en sauveur suprême pourrait gagner la présidentielle !"

    Faut se calmer un peu. Pour ma part, je voterais Méluche, tout en considérant qu'il s'égare concernant les régimes chavistes, poutiniens ou castristes.

    Je ne crois pas une seule seconde que Méluche se prétend un sauveur et il a mis de l'eau dans son pinard.

    Je considère qu'il est le seul gus à peu près sain mentalement, malgré sa grande gueule, dans la mesure où il rectifie son tir et évolue contrairement à tous les crétins du PS ou LR complètement calcifiés.

    • Je voterais aussi certainement Mélenchon par défaut (et il n'est pas impossible que je participe à sa campagne). Tout cela par défaut. Je ne comprends pas par ailleurs, outre les prises de position passées que vous citez (mais Mélenchon est revenu sur son soutien aux chavistes, il ne semble plus aussi enthousiaste, et il n'est pas pro-Poutine il est disons plutôt favorable à une politique extérieure plus équilibrée vis à vis de la Russie, distanciée vis à vis de l'OTAN, ce que l'on peut comprendre), l'insistance du candidat à raviver la mémoire de Robespierre me pose problème. Je connais mal à vrai dire le rôle exact que Robespierre a joué pendant la terreur de 1792-1794, mais c'est un fait qu'il était à cette époque à la tête du comité de salut public. Cette acharnement de Mélenchon me semble incompréhensible au moins, au vu de l'image du révolutionnaire dans l'opinion publique. Le "philosophe" médiatique M. Onfray n'en rate pas une d'ailleurs, sur les plateaux télé (qui se font un malin plaisir à le faire parler sur ce point précis, cf le dernier entretien sur la chaîne consensuelle ARTE), pour dézinguer Mélenchon à ce propos, sans que personne ne trouve à redire.

    • Je trouve extraordinaires tous ces grands démocrates comme Pablo Iglésias qui sont tellement démocrates qu'ils n'en font qu'à leur tête et se considèrent comme absolument indispensables jusqu'à être inamovibles. Une aventure individuelle ne peut que renforcer la personnalisation et l'identification au leader au détriment de la constitution de collectifs (qu'il s'identifie à Robespierre n'arrange rien, celui-ci ayant toujours agi sous la poussée des événements mais ayant mené la Révolution à l'échec final thermidorien en décollant de la réalité, l'Être suprême n'en étant qu'une manifestation). Faire confiance à la vertu des dirigeants, c'est ne pas connaître le pouvoir, comme si on naissait au monde et que tout le savoir accumulé ne servait plus à rien.

      On ne crée pas une démocratie par le haut, et, de toutes façons, croire qu'il pourrait être élu, c'est avoir perdu la raison...

      • Je ne prétends pas qu'il puisse être élu, mais il peut former un groupe de députés plus conséquent et rééquilibrer le débat.

        Je doute qu'il soit moins démocrate qu'un Sarko ou Hollande qui passe en force à coups de 49.3.

        La démocratie, ce sont des contre pouvoirs et ça passe aussi par l'assemblée nationale.

        • Moi Mélenchon m'est sympathique mais je n'ai pas le culte de la personnalité et surtout je pense que le système consistant à élire des représentants sans un rééquilibrage de démocratie directe est dans l'incapacité de changer quoique ce soit sur le fond dans la mesure où ce type d'organisation politique est le reflet , la conséquence directe et le couvercle de la réalité socio économique et culturelle globale.
          Je ne vote plus aux présidentielles ,je n'ai pas voté aux régionales parce que je ne souhaite pas alimenter un système politique qui nourrit l'absence de possibilité de changement .
          C'est seulement en rééquilibrant la démocratie représentative par de la démocratie directe qui implique d'avantage les lambda dans les choix sociétaux (et en amont les débats favorisant leur compréhension) qu'on pourra commencer à avancer .
          Je croise mes copains et je sais qu'ils ont voté Hollande , et voté FDG ou vert aux régionales .....Ce sont "des insoumis " .....Soumis.
          Je pense profondément qu'alimenter (par défaut) ce système c'est retarder le moment du changement ; ce retard ne pouvant qu'accumuler ,stocker une énergie de violence qu'il eut mieux valu utiliser dans une insoumission qui se justifie amplement par la dimension des enjeux et la dimension de l'impuissance politique de ce mode de gouvernance.

          • "qui aurait envie de faire confiance à un chirurgien tiré au sort?"

            Ce genre de question sur la démocratie montre à l'évidence une incompréhension totale de ce mode de gouvernance qui ,sous peine de ne plus répondre à sa définition de gouvernance partagée par tous, doit effectivement s'organiser autour de ce principe.

            S'il est évident qu'on ne va pas tirer au sort son chirurgien , on ne va pas non plus s'abandonner corps et âme à ses décisions ; et bien de même qu'ici notre corps nous appartient , là en démocratie c'est la société qui nous appartient et la désignation de représentants n'est en aucun cas un abandon du pouvoir citoyen ; c'est la raison pour laquelle c'est l'organisation et la structuration et l'animation d'un équilibre entre désignation et démocratie directe qui fait démocratie ; il est impensable de croire pouvoir changer quoique ce soit en restant sur une société spécialisée et morcelée où d'un côté il y aurait les dirigeants et de l'autre la masse des gens vaquant à leurs activités diverses et variées . Il faut qu'à un moment des orientations se dégagent et ces orientations n'appartiennent en aucun cas aux dirigeants . C'est pourquoi voter un tel ou untel par défaut est stupide , parce que ce qui fait défaut ce n'est pas la valse des prétendant mais la démocratie.

  5. Je lisais ce matin dans l'hebdo "Politis" le compte rendu du dernier ouvrage de Dardot et Laval sur "le cauchemar qui n'en finit pas", que je n'ai pas lu (mais je viens d'entamer la lecture de "Commun"). D'après le journaliste, "P. Dardot et Christian Laval montrent en quoi le néolibéralisme est le produit d'une volonté politique plus que d'un processus économique". Ce que semblent montrer les auteurs c'est que la politique néolibérale s'emploie à mettre en place un véritable "empire des normes", liquidant la démocratie libérale classique. Ces analyses, si je suis le journaliste, me semblent aller à l'encontre des analyses de Jean Zin, puisqu'elles feraient la part belle à la super-structure juridique et politique vis à vis de l'infra-structure. Pas complètement cependant au vu du titre de l'article du blog. Il y a certes une autonomie (relative) du politique et du juridique. Ou bien pourrions nous être amené à penser en suivant JZ que cette superstructure ordolibérale est elle-même une force d'inertie en déphasage avec les mutations de la production, ce qui expliquerait que l'UE - première expérimentatrice de cette forme politico-juridique - soit à l'avant garde de la contre-réforme ordolibérale alors que le FMI, de son côté, commence à mettre de l'eau dans son vin.

    • Dardot et Laval ne sont effectivement que des complotistes pas du tout matérialistes et qui mythifient la démocratie. Leur bouquin s'ouvre sur la ridiculisation d'un crétin qui appelle à s'adapter au progrès...

      Certes le néolibéralisme est bien le produit d'une volonté politique, qui réduit le rôle de la politique (et de la démocratie) dans l'économie, comme je l'ai montré dans la naturalisation du capitalisme mais ce n'est pas par un complot de l'oligarchie, c'est parce que ça marche, en tout cas mieux que le Venezuela. Ils prétendent le contraire mais ce n'est pas parce que le néolibéralisme crée beaucoup de misère qu'il ne crée pas beaucoup de richesse (accaparée en grande partie par les plus riches).

      Certes, depuis 2008 il est en relatif échec, ce que reconnaissent les économistes mainstream, et cela n'a pas changé l'Europe. C'est qu'il est difficile de détricoter ce qui a été institué, que les institutions ont une indéniable inertie et qui est d'ailleurs une des raisons de la fragilisation de l'Europe. Le fait que le matérialisme ne s'impose qu'après-coup, en fonction du résultat, implique que ceux qui échouent finissent par être remplacés mais pas avant d'avoir prouvé leur échec. C'est pareil lorsqu'on est passé du keynésianisme au néolibéralisme, c'est seulement après des années de stagflation, de politiques keynésiennes ne marchant plus. Certains remarquent que, contrairement aux basculement précédents, on ne dispose pas de théorie alternative prête à l'emploi, car s'y ajoute les bouleversements du numérique et le passage à une économie de l'immatériel très différente.

      Que le néolibéralisme soit dépassé, qu'on entre dans un nouveau cycle d'inflation plus progressiste et une meilleure répartition travail/capital ne redonnera pas en tout cas plus de pouvoir à une démocratie nationale prise dans la globalisation et le réseau de normes qui va avec. La souveraineté, c'est fini. Elle a d'ailleurs toujours été un mythe, les Algériens ne sont pas plus souverains, hélas, depuis qu'ils sont indépendants. Tout ce qu'on va avoir, au moins pour un temps, ce sont des régimes plus autoritaires et sans doute encore plus cauchemardesques. On devrait quand même pouvoir étendre le commun à l'avenir.

      • En matière de régimes autoritaires, Valls et Hollande ouvrent la voie: c'est la première fois depuis des décennies qu'un pouvoir envisage l'interdiction pure et simple des manifestations au prétexte des "casseurs". En un sens la venue du néofascisme a toujours été précédée par des compromissions ou des reculs démocratiques de cet ordre. Mais je conçois bien en effet, que la majorité silencieuse des français est prête à se jeter dans les bras d'un gouvernement néofasciste, au vu du peu de réactions que suscite, en sus du recul du droit du travail, la violation des libertés fondamentales par le gouvernement.

        • Je pense effectivement que ce gouvernement, à faire ce qu'elle n'a pas osé, décomplexe la droite engagée dans une surenchère. Comme tous les cycles, il faut toucher le fond pour remonter.

          • Comme le communisme stalinien, on peut émettre l'hypothèse que le néolibéralisme, dans une certaine mesure en échec, est en train de vouloir "forcer la main" au réel. Autrement dit, passe de plus en plus en mode volontariste, et cela se traduit concrètement par un recul des libertés. Le volontarisme au final serait peut être une posture a posteriori et non pas a priori. Ainsi la dérive stalinienne, ainsi les dérives autoritaires des pouvoirs en UE et aussi en Amérique du Sud (je parle de la droite ici, par exemple au Brésil, en Argentine). Il va falloir s'accrocher en effet, parce que nous entrons en zone de dangereuses turbulences. Le gouvernement français a mis sa menace à exécution et interdit les manifestations.

      • 1) Dardot et Laval ne sont effectivement que des complotistes pas du tout
        matérialistes et qui mythifient la démocratie. Leur bouquin s'ouvre
        sur la ridiculisation d'un crétin qui appelle à s'adapter au
        progrès...

        --> ?? L'intro de "Commun" (à moins que ce soit "Cauchemar" ?) parle de toi, Jean ?? Si quelqu'un peut m'expliciter ce passage... Merci d'avance.

        2) La souveraineté, c'est fini. Elle a d'ailleurs toujours été un mythe,
        les Algériens ne sont pas plus souverains, hélas, depuis qu'ils sont
        indépendants.

        +1000, comme on aurait dit au temps des débuts du Web ;-).

        La dialectique "souveraineté/castration", c'est parce qu'elle est l'une des plus fondamentales qu'elle est l'une des plus déniées, ou bien ?...

        • En terme psychanalytiques, il faut passer de l'impuissance (imaginaire) à l'impossible (réel).

          L'intro, c'est la citation en exergue du Cauchemar qui prend pour cible un crétin béat devant le progrès et qui disait qu'il ne fallait en aucun cas rester en arrière. Le fait que ce personnage soit ridicule et pris comme antithèse indique bien qu'il ne s'agit que de résister aux bouleversements que nous subissons. Au lieu d'incriminer l'accélération technologique, ces crétins diplômés incriminent une accélération juridique néolibérale dont ils ne voient aucune autre raison que la trahison des sociaux-démocrates. Le schéma est on ne peut plus simpliste et répandu de politiciens achetés par l'oligarchie. La chose pourrait se régler par quelques décapitations !

          Il n'y a pas de réel dans leur déploration et ne trouvent rien de mieux que de faire appel à l'imaginaire, mais, là encore ils rejoignent l'opinion la plus répandue. L'accélération technologique et les bouleversements géopolitiques n'existent pas, la globalisation ne serait que la conséquence d'une idéologie néolibérale !

          Ils se croient sans doute matérialistes car ils ne raisonnent qu'en lutte des classes. C'est le point où les critiques de la valeur ont raison, la lutte des classes n'explique pas un système de production, elle n'en donne que les fluctuations. Paul Jorion fait la même erreur de croire qu'on peut expliquer un prix uniquement par le rapport de force alors que le coût de reproduction y fait intervenir un réel incontournable qu'il dénie car il ne joue que sur des temporalités plus longues que l'échange immédiat (après-coup, là encore). Le problème, c'est que le rapport de force est lui-même déterminé par la situation économique, notamment le niveau de chômage, et ne se décrète pas. Il y a bien une lutte des classes, une oligarchie qui défend ses intérêts mais il n'y a pas un complot des élites, notamment des horribles sociaux-démocrates, il y a surtout un réel économique (et Marx reconnaissait que le salaire ne pouvait augmenter au-delà de la plus-value produite, quelque soit le rapport de force).

          En fait, pour les antilibéraux, le libéralisme ne peut être pensé que par son côté négatif, ne pouvant être que l'émanation d'une pensée mauvaise et d'une volonté de détruire la société. Le problème, c'est que le libéralisme s'impose par sa productivité (ce que la Chine a démontré), et par de fortes raisons théoriques (complexité, auto-organisation) qui se manifestent dans les réseaux comme dans l'écologie du vivant.

          Que ce libéralisme ait besoin d'être dompté est une évidence pour à peu près tout le monde, un peu comme on doit s'opposer à l'entropie, on y arrive assez souvent quand même mais pas tout le temps et nous restons sujets d'une évolution que nous ne contrôlons pas, qui n'est pas voulue mais constitue notre destin, l'époque dans laquelle nous sommes nés.

          On peut toujours se soustraire individuellement ou localement à ce nouvel ordre mondial, c'est même souhaitable, mais n'en modifie pas le cours et ne permet pas d'en prévenir les risques. Notre action est absolument requise mais elle est entièrement contrainte, il ne s'agit certainement pas de faire ce qui nous plait mais seulement d'améliorer les choses et d'éviter le pire, ce qui n'est pas glorieux mais vaut mieux que le baratin purement idéologique qui a constamment échoué.

          • +1 et rien à ajouter

            Si ce n'est une "traverse" :

            impossibilité marxienne d'un salaire supérieur à la plus-value (quel
            que soit le rapport de force)

            ... est-ce que ça ne nous amène pas sur le terrain de l'agaçante opposition d'un Harribey au revenu d'existence ? 🙁

          • On ne peut faire grief à des auteurs de ne pouvoir toujours contourner les pièges d'une approche idéaliste vis à vis du réel. Ne serait-ce que parce qu'il me semble qu'une majeure partie du travail de la pensée critique s'inscrit aujourd'hui dans un cadre universitaire. Il ne s'agit pas de se détourner de l'apport théorique d'auteurs qui renouvellent les perspectives, ce n'est pas mon propos. Penser "avec et contre" est d'ailleurs au fondement même de la richesse d'un débat. Mais il s'agit de souligner les conséquences d'une part de la division du travail, mais aussi et surtout peut être de l'incapacité de certaines mouvances politiques de renouveler en profondeur les perspectives théoriques et pratiques ? Compartimentage de la pensée consécutive aussi au manque - relatif - d'une appropriation des débats par l'immense majorité des citoyens. S'agissant de Dardot et Laval, et bien que je n'aime guère commenter un livre que je n'ai pas fini, il me semble pourtant que JZ n'en est pas très éloigné, du moins pour ce qui concerne leur approche du "commun". En effet, loin de se cantonner à une définition essentialiste ou imaginaire du terme, et revisitant l'histoire du mot - notamment ses connotations spiritualistes ou encore son rapport avec la notion d'universel - ils s'appuient sur la notion de praxis pour définir le "commun": "c'est seulement l'activité pratique des hommes qui peut rendre les choses communes, de même que c'est seulement l'activité pratique qui peut produire un nouveau sujet collectif (...)". Peut être assez loin de la conception traditionnelle du mouvement communiste pour lequel l'essence du communisme précédait son existence (ceci me semble en adéquation avec les remarques de JZ sur l'erreur de K. Marx). Nous ne sommes pas ici dans une conception purement idéologique et imaginaire. Ils critiquent d'autre part la mythification de l’État par toute une gauche néo-keynésienne, en tant qu'outil d'alternative au néolibéralisme.

          • Je trouve un peu curieux de condamner le keynésianisme alors depuis 15 ans ce sont des politiques non-keynésiennes procycliques qui sont appliquées dans la zone Euro, avec les résultats que l'on voit...

          • Il ne s'agit pas de condamner le keynésianisme, mais il s'agit de savoir si un État, même une puissance comme la France en UE a les moyens de mener une politique keynésienne, compte tenu des rapports de force. Dans le cadre de l'UE actuelle, certainement pas, à moins que cela se fasse de manière coordonnée, comptant par exemple sur une alliance possible avec des pays du sud de l'UE pour desserrer l'étau budgétaire. Cela dit, l'échec des gouvernements sud-américains laisse songeur. Il faudra certainement plus qu'un retour du keynésianisme -peut être le local comme le soutient JZ - pour sortir de la "nuit néolibérale".

          • Il ne s'agit pas de "condamner" le keynésianisme mais de constater qu'après les 30 glorieuses qui montraient son efficacité remarquable, cela ne marchait plus au moment de la stagflation (comme disait à peu près un ministre, on avait le pied à fond sur l'accélérateur et on restait sur place). Comme je pense que c'est beaucoup une question de cycle, Keynes revient à la mode au moment où Hayek est lui-même dépassé mais dans une économie globalisée, ce n'est plus aussi efficace qu'avant, il y a trop de fuites (cela a commencé avec les magnétoscopes japonais). Je pense que les monnaies locales sont une sorte de keynésianisme contournant ce problème sinon le post-keynésien qui a le vent en poupe, c'est Hyman Minsky, théoricien des crises.

            Il est certain que je suis plus en accord avec Dardot et Laval sur les communs mais quand même, ils restent idéalistes là où je suis plus "matérialiste" car je pense que "l'immatériel" fait partie, comme le langage, d'un bien commun naturel, pratique, nécessaire. Sur ce blog confidentiel il ne peut être question de ménager les personnes (qui ne le lisent pas) mais seulement d'argumenter et, notamment, de dénoncer les impasses de l'idéalisme. Il faut bien critiquer ce qui est faux, on ne peut s'enferrer dans l'erreur pour faire plaisir à de pauvres petits intellectuels. Le point où je suis le plus d'accord avec eux, c'est effectivement sur le rôle de l'Etat qui est renforcé par le néolibéralisme, trait qui le distingue le plus du premier libéralisme. Il n'empêche que c'est contre l'étatisme dans l'économie, ce qui reste le rêve d'une bonne partie de la gauche alors que cela devient de plus en plus irrelevant et qu'on en a la démonstration constante (à de rares exceptions près). Pour la droite, le renforcement de l'Etat serait plus dirigé contre l'immigration.

          • C'est intéressant mais un peu long. Il faudrait l'étudier plus en détail. L'impression générale, c'est qu'il n'y aurait pas tant de différences entre les économies qui n'ont pas les mêmes avantages et les mêmes défauts (chômage de masse ou travailleurs pauvres). Il est sûr que l'Angleterre n'est pas un modèle comparé au Danemark notamment.

            Si la plupart des économistes (et des Anglais, comme Tony Blair) pensent que la politique de Thatcher a été efficace, c'est que la situation avant sa nomination était quand même assez catastrophique (le FMI a dû renflouer la Livre) et qu'elle s'est nettement améliorée ensuite, ce qui ne signifie pas que c'était un miracle ni bon sur tous les plans, ni forcément sur le long terme. On sait bien que la productivité française est meilleure, mais cela résulte du chômage de masse...

            C'est Thatcher qui a fait lire Hayek à Reagan mais les USA aussi étaient dans une plus mauvaise passe avant, c'est bien leur redressement qui imposera aux autres une dérégulation qui s’accélèrera après la chute de l'URSS car c'est surtout une étape de la mondialisation. Que les défauts de ce nouveau dogmatisme apparaissent sur le long terme, et surtout après la crise de 2008, est normal et une bonne chose mais surtout le signe qu'on est passé à un autre moment du cycle.

            Il ne s'agit pas de dire que Keynes a toujours raison ou Hayek mais qu'on ne maîtrise pas l'économie et qu'il faut des régulations différentes selon les périodes, sélectionnées par leur résultat plus que par nos convictions. La réduction des inégalités est maintenant devenue urgente et réclamée par tous (même le FMI).

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