La fin programmée de l’humanité

Trouble dans le genre humain
la-planete-des-singes-les-origines-affiche-cinemaL'humanité a le chic pour se créer de faux problèmes, qui la détournent des vrais, et s'effrayer de sa propre disparition mais non pas pour des raisons écologiques, qu'elle néglige au contraire beaucoup trop, alors que cela pourrait faire de très nombreux morts. Non, ce qui est redouté, c'est la probable fin de notre espèce comme telle, à très long terme et sans faire aucune victime, par la faute de la génétique, des robots ou de l'intelligence artificielle (comme, pour d'autres, ce serait la faute du féminisme, de l'homosexualité ou autre transgression des normes) ! On ferait mieux de s'occuper des êtres humains qui partout sont en souffrance, mais non, on s'inquiète de l'Humanité avec un grand H, comme avant de la race des seigneurs!

Aux dernières nouvelles, il est effectivement certain que les frontières de l'humanité ne sont plus aussi assurées, ce n'est pas une raison pour s'en inquiéter outre mesure mais pour réinterroger nos catégories. C'est sûr que ce serait exaltant de se croire engagés dans un conflit hollywoodien de dimensions cosmiques où nous serions du côté des humains contre les machines, mais il faudrait se demander si on ne donne pas ainsi dans une bêtise trop humaine, en effet, à voir les déclarations récentes de quelques sommités faisant preuve d'une singulière peur de l'intelligence qui nous menacerait, fichtre ! Je croyais le contraire...

Tout dépend bien sûr de ce qu'on entend par intelligence. Si c'est la force brute de calcul, cela fait longtemps qu'on est distancé sans que ce soit si grave. Evidemment, plus on aura de l'esprit et de l'humanité une conception obscure et plus on lui prêtera des vertus magiques. Notre époque hypermoderne est encore pénétrée d'obscurantisme plus ou moins religieux alors que, pour Aristote, l'âme est bien liée au corps, non dans des cieux ténébreux. C'est d'ailleurs peut-être ce lien dénié au corps qui fait qu'on tient tant à ces chimères, narcissisme primaire qui valorise parfois à l'excès notre humanité comme d'essence divine qu'on a si peur de perdre et prétendue indépassable. Il n'a jamais manqué de vieilles badernes pour s'extasier sur leur sublime culture menacée d'oubli et leur irremplaçable humanisme par rapport aux nouvelles générations ignares et impies. Il ne manque pas plus de ressentiments aux imbéciles qui sont nés quelque part pour invoquer la supposée supériorité de leurs origines. On trouve aussi des crétins d'aujourd'hui qui ne veulent pas être les chimpanzés du futur, voyez quelle prétention ! Il faudrait que notre espèce arrête l'évolution pour ne pas les vexer, qu'il n'y ait rien qui nous surpasse. Ils se prennent ainsi véritablement pour les maîtres du monde et du temps, alors qu'ils ne sont rien du tout, et certainement pas aussi importants qu'ils se croient, à jouer en vain leur petit rôle dans le spectacle ! Non, vraiment, il n'y a pas tant à conserver des temps jadis, si durs aux pauvres, et tout un monde futur à découvrir qui ne dépend pas autant de nous qu'on le prétend, sur le long terme du moins, mais qui pourra être meilleur sur quelques points, cela ne devrait pas être si difficile, et fait bien partie intégrante de notre humanité qu'on le veuille ou non.

L'humanité ne se définit pas si facilement, en effet, ne pouvant notamment se réduire à nos gènes changeants, avec une délimitation assez floue de l'humain dans diverses situations limites (folie, neurodégénérescence, coma, dépendance, foetus, monstres, etc.), tout comme il est difficile de dater une séparation nette avec nos précurseurs depuis les australopithèques dont le cerveau n'arrêtera pas de grossir. Nous ne sommes que le dernier modèle sorti. Tout homme a certes une valeur absolue mais comme personne, elle n'est pas dans ses gènes, d'une espèce à préserver, d'un secret enfoui qui expliquerait notre domination planétaire. On est là tout simplement dans le retour du racisme (et du sexisme) avec un naturalisme à la gomme. La valeur de nos proches est affective mais la valeur de l'humanité qui lui a fait conquérir la Terre entière relève plus du cognitif, qui ne nous est pas propre mais commun, fenêtre sur le monde avec le langage qui lui donne une toute autre dimension. Nous sommes le résultat d'une évolution guidée par l'information, contrainte par l'extériorité plus que révélation de notre merveilleuse intériorité. Ainsi, les sciences sont universelles, mathématique comme physique, partout valables dans l'univers et simplement découvertes, reçues. Comme dit Poincaré : "La part de collaboration personnelle de l'homme dans la création du fait scientifique, c'est l'erreur". S'il y a intériorisation de l'extériorité plus qu'objectivation du subjectif, peu importe l'agent supposé intelligent - les extra-terrestres sont nos frères et lorsqu'il y aura des transhumains, impossible de les rejeter (pas plus qu'on ne peut rejeter les enfants d'une GPA sous prétexte qu'on est contre).

Que notre espèce disparaisse pour une autre plus évoluée est dans l'ordre naturel des choses mais cela nous ferait-il perdre notre humanité, dès lors qu'on sera toujours entre êtres parlants ? Il n'y a pas que la génétique cependant qui menace ainsi notre supposée intégrité et notre statut d'espèce dominante puisque, comme on le verra, on peut se demander aussi où passe la frontière entre l'homme et une supposée intelligence artificielle ? Y a-t-il une frontière et faut-il s'en inquiéter comme on nous le suggère ? Un robot ayant une "conscience" serait-il notre égal ou n'est-ce encore que racisme (ou juste n'importe quoi) ?

Ce n'est vraiment pas le type de questions qui se posent dans notre vie quotidienne où la question identitaire est plutôt territoriale et culturelle mais le nouveau trouble introduit dans le genre humain nous pousse à faire un pas supplémentaire dans la révolution copernicienne, réitérant, face à l'univers de la science et l'immensité du cosmos, l'atteinte à notre narcissisme contenue déjà dans notre expulsion du centre du monde qui nous réduit à n'être qu'un satellite parmi d'autres et le produit de l'évolution plus que les acteurs de notre histoire. C'est même ce qui fait qu'on a toutes les raisons de croire que l'évolution d'hypothétiques civilisations extra-terrestres ne devrait pas être si différente, sur le temps long, des grandes étapes que nous avons connues, malgré la très grande diversité des civilisations à chaque époque. Comprendre que c'est l'extériorité qui modèle l'évolution rend sans objet une fidélité à ses origines, tout comme le souci de revenir à sa véritable nature. Aucune pureté de la race n'a de sens dans un monde en évolution mais, de plus, ce qui nous caractérise, c'est de n'avoir pas de nature propre, pas de milieu naturel originel où nous serions comme un poisson dans l'eau, car, en tant qu'espèce invasive, ce qui nous spécifie n'est pas une adaptation parfaite à notre berceau originel mais bien notre adaptabilité à tous les milieux. Cela ne nous empêche pas d'évoluer, y compris génétiquement, ne nous conservant pas les mêmes dans l'accélération de l'histoire, rétroaction du "culturel" sur le génétique.

Il n'y a donc pas d'essence originaire de l'homme, essence aliénée qu'il faudrait retrouver et qui ferait toute notre valeur (entre raison, compassion et créativité). Au lieu de chercher le miracle qui nous aurait soudain donné vie, ce qu'on voit, c'est une pression sélective qui s'exerce sur le très long terme et améliore les outils petit à petit, tout comme les hommes sont forgés depuis l'origine par leurs outils ou leurs armes (main pour mieux tailler les pierres, épaule pour lancer le javelot). Ce n'est pas notre destin exceptionnel de race supérieure qui nous aurait engagé dans cette histoire mais l'évolution de la technique comme processus autonome, évolution cognitive cumulatrice qui nous aurait produit. C'est en ce sens que l'homme est plus que l'homme, qu'il ne se réduit pas au biologique mais incarne tout un monde (un état des techniques).

Je suis stupéfait comme la science-fiction est prise trop souvent au sérieux de nos jours, comme si elle était autre chose que pure fiction, toujours très éloignée de la réalité et bien trop manichéenne. Introduire les extra-terrestres pour parler de notre humanité n'est pas évoquer un avenir réaliste non plus. L'hypothèse d'extra-terrestres a simplement l'avantage de balayer tout biologisme dans l'humanité qu'on y oppose. Bien sûr, on peut dire que ce n'est qu'une vue de l'esprit, tant on n'a pratiquement aucune chance de rentrer en contact avec des êtres-parlants du bout de l'univers, c'est du moins une expérience de pensée qui me semble éclairante pour penser notre humanité à venir et qu'on ne peut considérer comme complètement absurde dans l'état actuel de nos savoirs.

La plupart s'imaginent que des extra-terrestres n'auraient rien de commun avec nous, jusqu'à supposer de pures consciences immatérielles, mais les composants de la vie venant de l'espace, et en tenant compte du fait qu'il y a déjà sur Terre toutes sortes d'animaux extraordinaires, avec convergences de formes entre poissons et dauphins par exemple, il semble au contraire que la vie ailleurs ait une grande probabilité d'être relativement semblable à la nôtre dans les grandes lignes, bien que fortement dépendante de la taille de la planète, et donc de la force de gravitation, ainsi que du climat et des ressources disponibles (mais la vie a tendance à stabiliser à la longue ses propres conditions et produit ainsi elle-même l'oxygène qui lui permet d'évoluer). Même si l'environnement en diffère beaucoup, comme en certaines régions extrêmes, tout comme les diverses catastrophes qui ont pu en dévier le cours par des extinctions massives, on aura affaire sinon exactement au même processus évolutif de la sélection darwinienne après-coup, par le résultat, évolution guidée par l'information (reproduction, perception, mémoire), processus cognitif pris en charge par un cerveau modelé par l'expérience, véritable organe de l'extériorité dans sa plasticité qui en recueille l'empreinte et ne peut lui non plus être très différent (mais le cerveau d'une pieuvre est quand même très différent du nôtre). Par contre, au cas où ces extra-terrestres seraient plus évolués que nous, il y a de bonnes chances pour qu'ils aient une grande part artificielle, toutes sortes de prothèses numériques, d'exosquelettes, etc., jusqu'à pouvoir être de simples machines ? C'est douteux même si seulement des machines pourraient sans doute venir de telles distances astronomiques jusqu'à nous.

Evoquer ces spéculations audacieuses ne vise qu'à planter le décor d'une humanité qui ne serait plus limitée à notre planète ni à notre ADN, avec des extra-terrestres qu'il faudrait bien accueillir dans notre communauté - quoiqu'une interfécondité soit impossible dans ce cas - de même que lorsqu'il y aura des hommes modifiés et des transhumains, il ne sera pas possible de les exclure de notre humanité. Du simple fait qu'on en a la possibilité, on peut être sûr que ça finira par se faire malgré tous les interdits. D'autres êtres-parlants (cyborgs, transhumains, extra-terrestres) seraient bien nos frères malgré de grandes différences de tonus, de réactivité, d'hormones, d'histoire, de préjugés, de langage voire de mode de cognition.

Bien sûr, on se place ici dans une hypothèse de cohabitation pacifique, peut-être naïve mais très probable au moins dans un premier temps. S'il y avait une guerre avec des extra-terrestres, je prendrais inévitablement le parti des terriens, c'est automatique, de même si des transhumains voulaient nous réduire en esclavage, vieux fantasme d'esclavagistes, mais on n'en est pas là ! Qu'il puisse y avoir conflits et domination ne serait pas une exception à notre histoire mais qui sait si ce serait une question d'espèce alors que nous sommes si divisés. Ce qui nous fait humain se réduit au langage narratif que nous partageons avec tout être-parlant. Sans langage narratif, notre communication ne devrait pas aller bien loin.

Après cette mise en condition, on peut en venir au coeur de l'affaire, une actualité qui jette un trouble non plus seulement dans le genre, mais dans notre humanité en brouillant nos repères. D'abord avec des chimpanzés augmentés qui nous ressembleraient de plus en plus, par exemple en leur injectant des neurones humains qui se développent à la place des leurs, si ce n'est en les dotant de notre gène FOXP2. Ce n'est plus cette fois de la science-fiction et se fera à un moment ou un autre (jusqu'à devenir des sujets de droits ?). Ce n'est pas le plus fou car, saviez-vous, on pourrait même greffer une tête d'homme sur un corps de singe, ou le contraire ! S'il arrive qu'on fasse un jour cette folie, cela resterait très anecdotique mais certainement troublant.

Ce n'est pas tout, car du côté des machines aussi la frontière semble s'effacer avec la perspective qu'on puisse télécharger son cerveau ! A priori cela paraît absurde et, en fait, pour l'instant, on n'en est qu'au plus primitif, au cerveau minimal d'un ver qui n'a que 300 neurones mais qui a été entièrement numérisé et contrôle un robot (WormBot). De là à télécharger un cerveau humain, il y a plus que de la marge. Il n'empêche, cela suffit pour faire gamberger, d'autant que c'est tout l'organisme du ver qui sera bientôt entièrement numérisé (WormSim). Un cerveau téléchargé pense-t-il vraiment comme le cerveau d'origine ? Un écrivain de science-fiction, Iain M. Banks, imagine donc qu'on puisse se télécharger entièrement sur un ordinateur. La chose est loin d'être possible mais fait se poser la question du type d'existence de ces corps ou cerveaux numérisés et de ce qui reste irréductible au vivant. On peut imaginer se qui se passerait en allumant un cerveau numérisé ou, mieux, en se reconstituant à partir d'une matrice numérique : cela pourrait ressembler à se réveiller le matin, d'abord perception de l'environnement puis rappel de son passé, de sa personnalité, enfin des tâches à accomplir.

Pas sûr quand même que la conscience ait un sens pour un robot, tout au plus peut-on parler de représentations mais on est encore dans les balbutiements, malgré des progrès "exponentiels", on ne peut jurer de rien. La seule chose qu'on peut reconnaître, c'est la difficulté d'une séparation bien nette et sans ambiguïté avec les machines intelligentes et robots autonomes (un peu comme il est difficile de dire si un virus est vivant). Il suffit d'énoncer une propriété que les robots n'ont pas pour la programmer (émotions, conscience de soi, créativité) ! De là à imaginer que les robots prennent le pouvoir alors qu'il y a toujours derrière des hommes à la manoeuvre...

Difficile de croire qu'on puisse se fondre dans des machines mais que l'espèce humaine se diversifie, se transforme et s'hybride est le destin de toutes les espèces, voire d'être remplacée par une autre espèce. Ce n'est pas ce qui arrête l'histoire ni annule toutes les connaissances accumulées. Si c'est une histoire sans sujet, évolution technologique et cognitive, peu importe l'espèce qui s'en empare et continue notre histoire. Ce qu'on craint, ce sont les inégalités de races, comme si elles n'existaient pas déjà, mais on ne sait si on aura au contraire une plus grande homogénéité puisqu'il paraît qu'on ne fera plus que des bébés éprouvettes avec tri des embryons, méthode beaucoup plus sûre que la méthode naturelle, le sexe n'étant plus dès lors qu'une partie de plaisir, bien séparée de la reproduction ! Il se pourrait d'ailleurs que les premiers transhumains soient les prochains explorateurs de Mars puisqu'on envisage en effet d'avoir recours à la génétique pour rendre possible les voyages interplanétaires, et pour quitter la Terre en faire déjà des extra-terrestres. Sur le long terme au moins ces dérives sont inévitables et n'ont, de toutes façons, pas l'importance purement imaginaire qu'on leur donne.

Ces questions métaphysiques ou religieuses sont très loin de nous. Notre quotidien, c'est la précarité d'un côté et le risque climatique de l'autre qui menacent réellement cette fois notre humanité, non pas le franchissement de la frontière entre les races, les espèces, les sexes - ni même avec les machines - quand les risques d'effondrement ne sont pas symboliques et intérieurs mais matériels et extérieurs, écologiques et climatiques. Il ne s'agit pas de faire comme s'il ne se passait rien alors qu'on s'essouffle derrière une accélération technologique qui nous dépasse, mais il ne faudrait pas que cela nous détourne des vrais problèmes pour lesquels nous manquons cruellement de solutions crédibles et ce n'est certes pas l'intelligence qu'on doit craindre pour cela. Il ne faudrait pas se croire si extraordinaires alors qu'on démontre tous les jours le contraire, ne pas avoir une opinion délirante de soi jusqu'à ne rien pouvoir imaginer de supérieur à notre culture, notre intelligence, voire notre bon coeur et nos merveilleux gènes, manifestant simplement ainsi l'étendue de notre bêtise!

Il faudrait plutôt un peu mieux nous traiter les uns les autres qu'on ne le fait effectivement - mais les sermons n'y feront rien, comme toujours, il faut juste prendre conscience de la distance entre représentations idéalisées et faits, entre les fantasmes pour lesquels on s'imagine devoir se battre, les mots qu'on surinvestit, et la résolution de nos problèmes vitaux, notre survie collective et celle des générations futures dans toutes leurs diversités - non pas celle de l'Humanité éternelle.

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51 réflexions au sujet de « La fin programmée de l’humanité »

  1. D'une certaine façon, les prophètes d'une intelligence forcément hégémoniquement destructrice son dupes de leur définition de l'intelligence et encore plus de leur indéfinition de la bêtise qui pourtant se trouve dans sa nudité dans presque chaque recoin quotidien. A la fin, ils se méfient d'une première improbable inconnue plus que de la seconde plus probable tout aussi méconnue.

  2. Evidemment, nous pourrions être plus efficaces. Cependant les approches identitaires me semblent trop rapidement évacuées et tournées en ridicule. L'appartenance forte à un seul groupe comme mode de représentation à soi-même est encore très présente et idéalisée, mais, je pense, parce qu'elle était une condition de l'existence. La gestion du territoire est collectivisée et peut être pacifiée à force d'être garantie par des autorités, même lointaines. Les pays, les communautés familiales, la patrie ou la nation permettent à beaucoup de personnes de se représenter à eux-mêmes. Même chez le supporter de l'OM, supporter d'une équipe de football sous prétexte qu'il est né dans cette ville, on ne peut pas mettre de côté une angoisse existentielle véritable après une défaite. Ok, c'est idiot, mais il faut montrer comment notre société a permis à chaque individu d'exister dans de multiples appartenances (et malgré tout nous voyons que les adultes issus de familles recomposées ne sont pas handicapés, que les carrières professionnelles ne se construisent plus à l'intérieur d'une seule et même entreprise, que nous nous intégrons plus uniquement dans la société par le salariat... etc.) et qu'il y a une certaine efficacité là-dedans.
    Les autorités religieuses jouent leur rôle quelque part en ayant systématiquement une civilisation de retard, en sauvegardant des considérations morales par pur dogme alors qu'elles ont été construites comme une boucle de rétroaction à l'échelle de la génération, au cas où les changements sociétaux seraient des impasses. Après... je ne sais pas si ce type d'utilité a vraiment été démontré à travers l'histoire.
    Je suis d'accord avec la rationnalité affichée dans cet article, sur le fait que humain, machine ou n'importe quoi : à partir du moment où nous pouvons échanger avec un autre, nous le faisons. Mais certains ont manifestement encore besoin des autres pour se reconnaître eux-mêmes, et d'une impression d'immuabilité.

    • Oui, la question identitaire est profondément ancrée en nous, sans narcissisme (sans modèles, sans discours) impossible de constituer une identité. C'est bien ce besoin identitaire qui est troublé par les avancées de la science, et qui s'égare, comme le racisme s'est cru justifié par la génétique, de même que le retour à l'origine a été le principe suprême des sociétés humaines pendant toute leur préhistoire, permettant de conserver les savoirs acquis mais que l'écriture déjà rendait inutile et sortant du temps cyclique pour l'histoire sainte en progrès.

      On peut dire que tous les peuples étaient racistes, se considérant dans leur langue comme les véritables hommes alors que les autres n'étaient que des bêtes à deux pieds. Même si les guerres incessantes entre tribus ont eu un rôle dans l'accélération de l'évolution humaine, ce racisme n'avait rien à voir avec la génétique. Comme je le dis dans l'article : la question identitaire est plutôt territoriale et culturelle. Il faut certainement en tenir compte mais sans revenir à la pensée raciste (comme Heidegger y est conduit et la plupart de ceux qui prônent un retour à la nature). J'avoue être insensible aux emportements sportifs mais cela vaut mieux que la guerre, c'est sûr.

      L'écologie pousse plutôt à une identité planétaire mais on n'empêchera pas les querelles de clochemerle puisqu'on se pose en s'opposant. En tout cas, je ne pense pas qu'on puisse s'engager dans une identité biologique, d'espèce, même si les liens du sang demeurent forts avec notre famille et je crois illusoire de pouvoir revenir à la fixité des identités traditionnelles qui ont sauté avec l'individualisation des parcours. On en a donc certainement pas fini avec ces troubles dans l'identité, pas seulement sexuelle.

      • Nous n'en avons pas fini, et la question identitaire se recompose sans cesse. Mais en attendant il faut montrer que ce dynamisme est dû à des gains de performance quelque part, et non une décadence. Les angoisses sont réelles, si il s'agit de convaincre que les ambitions écologistes sont justes elles sont tout de même lointaines pour baucoup, le diagnostic sur l'état du monde me semble pouvoir être positif sur la question identitaire : à défaut de se projeter dans l'avenir, accepter avec un peu de sérénité de ne pas le détruire en gros.
        Il y a évidemment un risque à jouer avec ces angoisses, à faire prendre des idées pour d'autres, à faire croire être du même bord que les racistes (par exemple) pour pouvoir récupérer leurs voix, ce n'était pas le sens que je voulais mettre dans mon commentaire.

        • Je ne pense pas que nous soyons les maîtres du jeu mais nous n'avons pas le choix d'améliorer notre niveau d'intelligence qui est très bas. C'est frappant dans tous les domaines, des religions à la politique et même aux sciences, le poids de la bêtise. Qu'on songe à l'économie où n'importe qui dit n'importe quoi sans rien pouvoir prévoir, mais c'est pareil pour le pétrole qui devait être épuisé avant les jeux de Londres pour certains comme Cochet alors qu'on en a encore bien trop par rapport au réchauffement, le climat lui-même étant au-delà de nos capacités prévisionnelles même si on connaît à peu près l'étendue des risques (mais personne n'est d'accord). On peut ajouter à cela toute la ribambelle de conneries humaines qui vont des biais cognitifs, au narcissisme identitaire et aux théories du complot. Non, vraiment, cela ne nous fera pas de mal d'être un peu moins cons !

          Certes, on ne gagne jamais sur tous les tableaux, il y a toujours de la décadence mais pas d'âge d'or (notamment pour les femmes et les pauvres). L'angoisse a toujours été là de la fin du monde, attente du retour du Christ ou peur que le ciel ne nous tombe sur la tête. Ce n'est pas tant conserver un monde ancien idéalisé qu'il faudrait, avec ses anciens habitants labellisés et purifié des nouveaux barbares, que préserver le monde futur avec tous ses habitants.

          Notre action est requise pour que l'avenir soit meilleur ou même simplement vivable mais nous n'en dirigeons certes pas le cours et ceux qui le croient ou veulent revenir en arrière pèsent de tout le poids de leur bêtise sur nos chances de s'en sortir.

          Je rajoute qu'il me semble criminel de donner une caution scientifique à l'identité. Chacun a ses problèmes identitaires et doit se construire un personnage fragile mais prétendre donner un sens objectif (scientifique) à cette identité la rend mortifère (comme on l'a vu avec le racisme) dès lors qu'elle nourrit un discours politique qui n'a plus de troubles dans son identité.

          • La seule piste qui me semble prometteuse, c'est celle des méthodes de développement de l'intelligence collective ou de la culture de la coopération. Je suis témoin que les diverses méthodes de développement personnel, de coaching etc, tous ces trucs à la mode, ça ne donne rien du tout, je le vis tous les jours, entourrés de dirigeants qui ont suivi tous les stages sensés les améliorer, mais qui sont toujours aussi centrés sur les luttes de places, la recherche de pouvoir, suivant à la lettre ce que qu'Alexandre Zinoviev appelait "les lois du communalisme".
            Alors que j'ai pu tester les principes de la sociocratie sur un groupe restreint (6 à 8 personnes) pendant 2 ans pour la gestion d'un atelier, ça fonctionne plutôt bien. Ce n'est pas que les enjeux de pouvoir disparaissent, mais ils passent culturellement au second plan. Les informations sont stabilisées au premier plan, les égos sont structurellement ménagés, c'est un environnement moins blessant où tout le monde a la parole. Les méthodes dites agiles (SCRUM) relèvent aussi de cette mise au centre des problématiques, ce qui en fait des outils qui améliorent sensiblement l'intelligence collective.
            Pour un parti politique, c'est plus délicat, c'est une structure particulière fortement exposée à la lumière médiatique. La principale particularité en comparaison d'une autre organisation, ce sont les candidats aux élections externes et les élus. Une seconde particularité, c'est l'étendue très grande et le contrat assez faible (beaucoup plus faible que dans une entreprise, mais peut-être comparable à une association) qui relie les membres. Ensuite, l'exposition médiatique de ses leaders stimule considérablement la lutte des égos et gène le travail nécessaire sur les objections, par une stigmatisation très forte sur la moindre divergence, étouffant ainsi le débat au nom d'une unité présumée sans faille. C'est que les petites divergences font les gros buzz dont vivent les médias.

  3. Considérant sur la base d'une formation en arts plastiques que le code et le sentir sont antinomiques, j'ai jusqu'ici une réelle défiance à l'égard de certaines illusions de construire une
    " Intelligence Artificielle", l'IA comme on dit en escamotant précisément dans un sigle l'antinomie (sous un étiquette abstraite)
    Mais je trouve au contraire très intéressante la démarche proposée ici:
    http://www.internetactu.net/2013/10/30/pour-comprendre-lhomme-rien-ne-vaut-un-robot

    • Je suis tellement pas persuadé que les robots sont des personnes et nous dépassent en tout que je ne crois pas du tout qu'ils produisent une obsolescence de l'homme (ni qu'ils sont responsables du chômage de masse) mais que au contraire ils valorisent en nous ce que nous avons de plus humain et de plus intelligent. Je ne suis pas du tout prêt à prendre l'intelligence artificielle actuelle pour convaincante mais on ne peut faire comme si on n'était pas au tout début et il faut prendre en compte les dernières nouvelles dont je parle.

      L'intelligence numérique n'est pas forcément "artificielle" quand elle reproduit un cerveau vivant (WormBot) et passe par un apprentissage naturel basé sur la rétroaction (c'est ce qui a toujours opposé programmation et cybernétique de faire place à l'erreur et sa correction). Il n'est pas question de ramener notre esprit à un simple programme. Les robots autonomes apprennent de leurs erreurs comme nous mais ils sont encore loin de comprendre les situations et savoir ce qu'ils font, l'échec le plus flagrant étant l'incapacité encore à manier le langage (traduire, comprendre). C'est lié à notre toujours aussi mauvaise connaissance du cerveau mais on progresse et cela devrait permettre des réseaux de neurones plus performants. On ne pourra cependant tout avoir, une performance cognitive se faisant toujours au détriment de la plasticité ou d'autres paramètres. De quoi se poser la question au moins de ce qui nous en différencie encore à chaque stade.

      Cependant, je suis d'accord que ce n'est pas pour tout de suite et, pour l'instant, le trouble a plus de chance de venir du génétique ou de singes augmentés que d'une supra-intelligence (même si un programme d'IA, par exemple pour le trading, peut provoquer des catastrophes mais ce n'est pas d'être trop intelligent, seulement d'avoir été trop confiant dans sa programmation en lui confiant les rênes). J'argumente surtout pour dire que ce n'est qu'un faux problème et pas de quoi nous faire peur (sauf de mauvais programmes bien sûr).

      • Pour qu'il y ait une intelligence artificielle valable et apprenante de son environnement, il faut des capteurs du sensible matériel extérieur et intérieur pour amener l'information qui sied, ce qui n'est pas si simple.

        • Non, la question n'est pas les capteurs, on a tout ce qu'il faut, c'est l'interprétation qui n'est pas si facile (mais on arrive déjà à des robots autonomes, notamment militaires).

          • Je serais moins affirmatif, l'interface numérique-analogique capteur dépend beaucoup justement lui aussi de l'interprétation qui en boucle rétro active modifie pas seulement le logiciel mais aussi la structure analogique matérielle des capteurs.

            On est loin d'avoir tout ce qu'il nous faut en matière de capteurs et je ne comprends même pas que vous puissiez faire une telle assertion péremptoire, séparant une fois de plus le monde de l'information numérisée et le monde des équations analogiques de la physique.

          • Je ne vois pas quels capteurs nous manquent, il y en a de plus en plus de toutes les sensibilités. Bien sûr, je sais bien que la mise au point est toujours délicate (il faut mettre des délais, filtrer les parasites, etc.), le problème est effectivement logiciel (pour la vision notamment) mais on a une gamme très étendue de capteurs, de plus en plus performants et miniaturisés. Par exemple, cette peau artificielle :

            http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20141211.OBS7648/protheses-une-peau-artificielle-qui-reproduit-les-sensations.html

          • Il y a de plus en plus de capteurs innovants, mais dans le domaine médical, où je suis, je reste sur ma faim. Ceci dit, je ne conteste pas la problématique du traitement de l'information , même avec des capteurs classiques.

          • Sinon, je pense que nous utilisons nous mêmes assez mal nos capteurs intrinsèques biologiques qui sont pourtant bien là, mais anesthésiés par des saturations de signaux de diverses formes. Le remède relève partiellement et probablement d'une forme d'érémitisme épuré tout autant que de formes saturées de sens insensés kaléidoscopiques.

  4. Je trouve votre article pertinent, mais quelque chose me gène. Quelque chose qui serait lié à un besoin de fond de notre espèce qui serait combattu, nié, et en même temps haï, le besoin de faire partie d'un groupe qui fait de nous une espèce sociale. Beaucoup de personnes n'ont pas une estime d'eux-même considérable, mais ils peuvent concevoir d'être fier d'un groupe, ce qui les tient debouts (je crois que le terme de narcissisme groupal peut être utilisé dans ce cas).

    • Il est vrai que je procède à une désidentification en situant l'intérieur à l’extérieur et l'humanité dans le monde humain plus que dans l'espèce mais ce qui est à interroger surtout, c'est l'identification à l'espèce comme à la race. Sauf face à des extra-terrestres, personne ne se définit en référence à l'espèce humaine mais, effectivement, à son groupe.

      D'une certaine façon, je ne retire rien à tous ceux qui ont participé à l'aventure humaine en disant que cela ne tient pas aux gènes. Notre participation à l'humanité n'est pas mise en cause à s'ouvrir à d'autres formes de vie, d'autres espèces dont nous serions les ancêtres.

      • J'aime beaucoup votre bouquin sur "le sens de la vie". J'y faisais référence dans un petit texte incitant Amin Maalouf à un petit effort quand il est entré à l'académie. C'est un beau texte (Le sens de la vie) qui nous fait ressentir et comprendre notre fraternité avec tout le monde vivant et qui rejoint aussi la sensibilité et l'intuition boudhiste sur l'impernence, sur le fait que l'humanité n'est qu'une forme, une expression passagère de la vie.

  5. Est-ce bien l'évolution qui programme notre fin?
    Si le machinisme devrait nous renvoyer comme vous le dites à notre humanité émotionnelle, parlante, consciente et créatrice ce qui n'est étrangement pas un débat de société aujourd'hui, je m'amuse à penser comme vous que la création puisse sortir d'une machine, de sorte à ce que se soit une boucle sans fin! Qu'en vous paraphrasant il n'y ait pas de si grandes barrières entre créationnisme, évolutionnisme, humanisme et machinisme.....

    • Le créationnisme est de la programmation ex ante qui n'a donc rien à voir avec une intelligence tenant compte des évolutions environnementales et des moyens de mesure à coup d’échantillonnages du signal au sens de Shannon.

  6. Je vous conseille tout de même vivement de lire L'esprit, l'ordinateur et les lois de la physique de Roger Penrose, qui est l'un des rares scientifiques à ne pas avoir sombré dans le fantasme de la toute puissance scientifique et mené à terme une analyse fine de la notion d'esprit en rapport avec les lois de la physique.

    Le fantasme technologique (celui d'une "intelligence artificielle" [sic]) n'est qu'un enième avatar de la mythologie scientifique (ou du paradigme comme aurait dit Kuhn), nouveau deus ex machina se substituant aux dieux vieillissants de la culture littéraire.

  7. Je pique sur Wikipedia ce résumé qui vous mettra peut-être en appétit : "[Penrose] tente tout d'abord de démontrer que les ordinateurs, considérés comme des machines de Turing ou des systèmes formels, sont fondamentalement dans l'incapacité de modéliser l'intelligence et la conscience. En effet, les ordinateurs sont des systèmes déterministes, possédant toutes les limitations des systèmes formels, par exemple l'insolvabilité du problème de l'arrêt ou le théorème d'incomplétude de Gödel. Selon lui, l'esprit d'un authentique mathématicien est capable de surmonter ces limitations, car il a la capacité de s'extraire au besoin du système formel dans lequel il raisonne, quel que soit celui-ci. Il élabore ainsi de façon plus complète les critiques de John Lucas adressées au computationnalisme.

    La compréhension même de la démonstration du théorème d'incomplétude de Gödel, faisant appel à l'argument de la diagonale de Cantor, est selon lui une illustration de cette capacité. Car, de même que comprendre l'argument de la diagonale de Cantor nécessite de « visualiser » un nombre qui n'appartient pas à la liste infinie des nombres de Cantor, comprendre la démonstration du théorème de Gödel nécessite également de « visualiser » une vérité (dont on est « intimement » convaincu qu'il s'agit d'une vérité) qui ne fait pas partie de la liste infinie des vérités établie par le système formel de Gödel utilisé pour sa démonstration. Cette « visualisation » nécessite de « s'extraire » du système formel utilisé par Gödel. Cette « extraction » pourrait certes être formalisée dans un ordinateur, mais pas pour tous les systèmes formels possibles. Alors qu'un mathématicien en est à priori capable, selon Penrose, dans tous les systèmes formels imaginables. Cette démonstration a suscité la controverse et la critique, à laquelle Penrose s'est attaché à répondre point par point dans Les Ombres de l'esprit.

    Même s'il refuse la possibilité d'une intelligence ou d'une conscience pour une machine de Turing, et donc pour un ordinateur usuel, Penrose n'exclut pas la possibilité d'une intelligence artificielle, qui serait fondée sur des processus quantiques. Car selon lui, ce sont des processus quantiques et notamment le processus de réduction du paquet d'onde (qui ne peut être modélisé par un système formel, car — entre autres — fondamentalement indéterministe) qui entrent en jeu dans le phénomène de la conscience. Pour développer ce dernier point, il développe ses vues sur le problème de la mesure quantique, et il propose des solutions biologiques permettant à des phénomènes de superposition quantique de prendre place dans le cerveau."

    Je n'ai pas lu Les ombres de l'esprit, du coup j'ai trouvé un cadeau à m'offrir à moi-même pour Noël :).

    • Oui, on connaît Penrose, grand mathématicien et physicien mais, à cause de cela, très mauvais biologiste (bien que sa théorie quantique de la conscience ait été élaborée avec le neurophysiologiste Eccles). Ces hypothèses ont été réfutées en 2009 bien que des phénomènes quantiques pourraient intervenir dans la synchronisation des ondes de l'EEG (mais l'étude est douteuse). La question n'est pas la calculabilité mais plutôt l'information et tous nos biais cognitifs qui témoignent de l'imperfection de notre appareil neuronal et des mécanismes de prise de décision, basés sur les probabilités bayésiennes (pas des phénomènes quantiques mais statistiques). En fait de fantasme, c'est ici celui d'un esprit immatériel préservant le dualisme avec la matière et surtout le sacro-saint libre-arbitre (absurde). Ce qui se présente comme un dépassement du réductionnisme n'est en fait qu'idéalisme et obscurantisme (expliquer un phénomène par un autre plus obscur encore).

      C'est sûr qu'on s'y croit un peu trop et d'essence divine pour imaginer qu'on ne soit qu'un tas de chair - et d'ailleurs on a raison car ce que nous sommes procède de l'extérieur (monde, technique, langage, culture, relations), du software plus que du hardware mais une conception de l'esprit basé sur l'information rend certainement possible qu'une machine pense un jour mais non pas une machine programmée, plutôt un réseau de neurone faisant du machine learning autonome.

      Bien sûr, si on parle de l'Intelligence Artificielle d'aujourd'hui (sans parler de 1989), personne ne prétendra qu'elle pense, encore moins qu'on en soit à la conscience et il est clair qu'on n'est pas des machines, mais l'étude du cerveau et de la conscience, qui a fait de grands progrès depuis Eccles, arrive à plus ou moins cerner les mécanismes de la conscience qui n'ont rien de quantique ni de magique. Même si on ne comprend pas bien encore comment marche un cerveau, on s'en approche à partir des animaux les plus simples et il serait bien téméraire de se persuader qu'on n'arrivera jamais à en reproduire le fonctionnement aussi, plutôt que de rester enfermé dans ses certitudes, je rends compte des progrès de la connaissance et des questions que cela pose (pour dire que cela n'a pas tellement d'importance).

      Ceci dit, je défends moi aussi un dualisme cartésien et un matérialisme spirituel, simplement ce dualisme ne passe pas entre la physique classique et quantique (ce qui est hors sujet) mais entre hardware et software, adresse mémoire et contenu de la mémoire, entre le signe et le sens, ce qui est cette fois une différence ontologique et non pas physique, caractéristique de l'information sans laquelle, effectivement, il est difficile de concevoir un esprit qui ne soit pas immatériel - mais ce qui nous rapproche ainsi de l'informatique avec laquelle les barrières deviennent plus floues, du moins dans les principes si pas du tout encore dans la réalité.

  8. Et revoilà Jean Zin qui nous ramène l'atroce doctrine de la prédestination non pas froidement mais avec l'enthousiasme vide, automatique, acéphale qu'il a pour vanter n'importe quelle nouveauté d'aspirateur obéissant à la voix ou de chaîne de télévision interactive destinée aux enfants dans ses revues des sciences.

    C'était déjà la vieille rengaine marxiste qu'il empruntait au déterminisme de la physique classique naissante (l'homme ne fait pas l'histoire, il est fait par l'histoire, etc.).

    -> Si le libre-arbitre n'existe pas, le principe de responsabilité n'existe pas. La question du libre arbitre de l’homme est récurrente en droit. En effet, si les actes d’une personne sont déterminés à l’avance ou provenant de son inconscient, ce dernier n’a, en conséquence, pas volontairement cherché à commettre l’infraction. Donc on ne peut le condamner. Le principe de responsabilité pénale s'effondre. (c'est déjà le discours de certaines sciences sociales où l'individu n'est que le pauvre enfant des conditions qui l'ont vu naître, on ne peut pas le blâmer pour ça M. le juge, leur dira t'il après avoir égorgé ses parents dans leur sommeil, froidement, sans s'énerver).

    -> Si la liberté n'existe pas, vous ne parlez pas : l'univers se parle à lui-même (c'est une forme de psychose : il n'y a plus de réel parce qu'il n'y a plus de dualité, tout existe dans dans l'unité foncière du monde).

    -> Si la liberté n'existe pas, vous ne méritez rien, n'avez rien choisi, rien réalisé, vous n'avez été que le déroulement linéaire du déterminisme qui vous sous-tend. Sur ce point, je trouve que ça irait bien à Jean Zin, de se manger son nihilisme par la racine avant de se mettre entre quatre planches.

    An fait vous jouissez simplement dans votre nihilisme de votre propre humiliation. Rien de grave, on trouve bien pire homme dans l'histoire, qui n'a pas fini de produire des monstres - libres justement.

    Et cette science morbide est l'explication de cette impression d'étouffement, de claustration à respirer l'air recyclé d'un monde autarcique sans même un hublot pour regarder dehors; de ne trouver pour passer cette vie, toujours accompagnée d'un cercle de ténèbres, que le présent factice de jours sans horizons ni souvenirs, dépourvus de lendemains et pour ainsi dire inconsistants; où la vie ne trouve plus à brûler dans le temps raréfié, mais se consume sournoisement ainsi qu'un tas d'ordures; c'est qu'il en est bien effectivement ainsi. Etc, etc.

    • Vous faites erreur, il y a aussi des déterminismes sociaux comme la loi, la riposte de celui que vous voulez trucider ou le risque de représailles type vendetta qui agissent en contrainte pour dissuader d'égorger son voisin.

      Donc, nombreux sont ceux qui tentés de trucider en sont dissuadés par le risque encouru. Là encore, la liberté n'a pas grand chose à voir, c'est le souci de se préserver qui l'emporte, la peur, pas du tout la liberté. Donc vous ne massacrez pas votre entourage par pur libre arbitre, mais parce que vous savez que vous risquez gros, la trouille plus que le courage du libre chevalier croyant faire ce qu'il veut du haut de sa monture.

      Ceux qui franchissent ces barrières peuvent tout à fait être aussi atteints de troubles neuronaux temporaires sous l'effet d'un psychotrope par exemple, ou d'un pétage de plombs circonstanciel.

    • Rien de nouveau ni de surprenant dans cette réponse automatique (il n'a pu s'empêcher) à la mise en cause du libre-arbitre, si prisé par les religieux et la droite qui n'ont jamais pu intégrer les sciences car sinon il est effectivement impossible de rendre les pauvres responsables de leur sort ou de condamner les pauvres pêcheurs à l'enfer éternel (chacun étant soi-disant rétribué selon ses mérites alors que l'injustice règne).

      Rien de nouveau non plus dans ce que je dis puisque c'est déjà ce que disaient, entre autres, Socrate ou Spinoza (bien que je ne sois pas spinoziste). Que rien ne soit sans raison rend impensable un libre-arbitre nous dégageant de nos déterminations mais cela ne signifie ni qu'on serait prédestiné, ni qu'il n'y aurait pas de liberté du tout, ni qu'on ne serait pas responsables devant les autres. C'est donc simplement par ignorance que les croyants paniquent, comme toujours, mais il est vrai que, s'il y a du mérite sans doute à croire à des oxymores comme la vie après la mort, il n'y a pas si grand mérite à dire la vérité (qui n'est pas libre même si elle a besoin de la liberté).

      Il n'y a aucune prédestination car il y a de multiples déviations dans une vie qui se construit par son environnement. Ainsi, lorsque j'étais fervent catholique dans mon jeune âge, ce n'était certainement pas par indépendance d'esprit par rapport à ma famille très pratiquante mais cette prédestination n'a pas survécu à l'adolescence et lorsque je suis devenu gauchiste après Mai68, ce n'était pas non plus très original. Je ne considère pas plus qu'être devenu écologiste soit la manifestation de mon essence divine mais seulement qu'on n'a pas le choix !

      Cela n'empêche pas la liberté d'exister mais pas sous sa forme métaphysique. D'abord sous la forme d'un conflit entre multiples déterminations, conflit qu'il faut arbitrer (en pesant les divers avantages ou risques) et Norbert Elias notait le paradoxe que plus on a de contraintes multiples et plus on a besoin d'exercer sa liberté. Ensuite, il faut prendre à l'envers le jugement de Spinoza que notre sentiment de liberté ne tenait qu'à notre ignorance puisque c'est bien en effet l'ignorance qui nous oblige à la réflexion et manifeste notre liberté par rapport aux causes extérieures. Ce qui est connu d'avance se fait machinalement, c'est le manque d'information qui arrête la pensée et nous met en quête d'informations complémentaires pour évaluer ce qu'il faut faire - avec le risque de se tromper. L'évaluation elle-même résulte des normes sociales, de l'histoire personnelle et des marges de manoeuvre données par la situation. Affirmer ses valeurs est essentiel pour chacun et pour être reconnu par ses semblables. C'est cela qu'on appelle notre liberté en général mais qui manifeste plutôt des stéréotypes dans lesquels on s'enferme. Le libre-arbitre est surtout convoqué pour s'engager dans de quelconques contrats ou religions, c'est-à-dire pour l'abandonner immédiatement. Celui qui vous dit que vous êtes libres est prêt à vous manipuler, c'est bien connu des commerciaux.

      On a beau être contraints par les discours et notre position sociale sans pouvoir sortir de nous-mêmes sinon en tombant sous le pouvoir d'un autre, cela n'enlève rien à notre responsabilité envers les autres, ce qui fait qu'on peut compter sur soi ou non, car nous ne vivons pas seuls et avons besoin de la reconnaissance des autres, ce qui constitue notre détermination principale. Le procureur brandira toujours son libre-arbitre pour condamner le criminel et le priver de sa liberté en espérant faire entrer ainsi le prix du crime dans l'évaluation que peuvent en faire d'autres criminels potentiels ; mais l'avocat est là pour montrer l'enchaînement des causes qui ont mené au crime et ce n'est certainement pas en éliminant les gens violents qu'on fait baisser la violence mais bien en s'attaquant aux causes de la violence.

      Enfin, s'il n'y a pas de libre-arbitre, un petit homme dans la tête qui fait la loi, ce qui existe avec insistance, c'est bien la passion de la liberté, la volonté de se libérer de ses chaînes et de refuser la subordination aux autres, position de Maître sauf à refuser de dominer les autres mais le désir de reconnaissance n'a pas grand chose de l'amour universel et plein de pièges.

      Il est sûr qu'il est insupportable à notre narcissisme de n'être que des singes parlants mais loin de moi de réduire l'esprit au corps puisque j'insiste au contraire sur l'extériorité du langage, de la civilisation, du monde humain, sur une histoire dans laquelle on s'inscrit au contraire et sans laquelle le présent n'a aucun sens, sur la transcendance du monde, enfin, que nous découvrons bien plus que nous ne lui donnons forme, ce monde que nous n'avons pas choisi et qui nous blesse mais qui est l'expérience même de l'existence.

      Je conçois que tout cela ne convienne pas à des âmes exaltées et les tempéraments religieux mais je ne fais preuve d'aucun enthousiasme a simplement essayer de décrire ce qui se passe auquel je ne participe pas du tout, constatant au contraire comme on est toujours largué par une accélération technologique qui nous dépasse mais sur laquelle nous n'avons aucune prise. Ce n'est pas parce que je suis contre le transhumanisme que cela l'empêchera (du moins sur le long terme). Cela ne veut pas dire qu'il faudrait rester passif alors que notre activité est sans cesse requise, notre liberté donc, sauf que ce qui nous limite ici, c'est bien encore l'ignorance et une guerre des religions (idéologies) dont aucune n'est vraie...

      • Est-ce que vous auriez fait un article sur l'historique des philosophies matérialistes?

        après Hegel et Marx, j'y ajouterais Endenburg, parce qu'il me semble avoir fait une jonction entre les philosophies matérialistes qui aboutissent à Hegel et Marx et les philosophies à l'ancienne qui faisaient un bouclage de cohérence entre la philo et leur vie. La petite différence qui fait toute la différence entre la mise au centre des contradictions et la mise au centre des objections.

        • L'histoire du matérialisme ne m'intéresse guère, détestant le mécanisme et le scientisme, ne m'intéressant qu'à un matérialisme dialectique et dualiste, intégrant le symbolique et le côté actif de l'idéalisme sans en faire la détermination en dernière instance. L'idéalisme de Hegel a donc plus d'importance pour moi que le cynisme d'Helvétius. Seule compte l'histoire de la philosophie (où Endenburg n'a pas sa place) pas du seul matérialisme. Socrate n'était certes pas matérialiste, il savait du moins qu'il ne savait rien et qu'on fait le mal par ignorance plus que par volonté mauvaise.

          Les "philosophes à l'ancienne", chers à Pierre Hadot, ne sont pas pour moi des philosophes mais des sages (épicuriens, stoïciens, néoplatoniciens), du côté du dogmatisme pas de l'étonnement. Les grands philosophes ne sont pas du tout des sages (Platon, Aristote, Kant, Hegel, etc.), la philosophie étant une recherche de la vérité et non du bonheur.

          • La mise en opposition de vérité et bonheur réduit la question du champ philosophique, je ne vois pas bien l'utilité de les opposer. La recherche d'émancipation me semble plus intéressante, et tant qu'à faire avec des processus de validation toujours incertains ne prétendant peut-être pas atteindre la vérité, mais prétendant au moins ne pas trop s'en écarter.
            De mon côté, je ne vois pas l'intérêt de philosophie qui ne produirait aucun concept opérationnel, ou des concepts non éprouvés, produisant même l'inverse du but recherché, ainsi que l'a fait Marx. Tester un concept philosophique sur soi ou sur le fonctionnement d'un groupe est bien une façon dialectique d'éprouver ses développements intellectuels. Ces démarches à la fois théoriques et expérimentales mettent en oeuvre une dialectique qui permet de dépasser le premier stade des hypothèses.

          • L'intérêt d'une philosophie ne se mesure pas comme d'une marchandise à ses avantages, en tout cas, sur ce plan, je n'ai rien à vendre. C'est un fait qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois, le bonheur est incompatible avec la vérité. Le bonheur est une méprise, n'étant qu'un bon moment, et s'il peut servir d'entrée dans la philosophie comme avec le premier Alcibiade, c'est pour dépasser cette identification au maître, ce désir envieux de l'être. L'émancipation peut aussi devenir trompeuse. La vérité est la plupart du temps très déceptive, y compris sur ce point. Les philosophes qui vivent ostensiblement leur philosophie ne sont que des frimeurs ou leur propre dupe. La question n'est pas là, de la pensée positive mais du travail du négatif qui débusque nos semblants, nous surprend et nous change.

          • Les mathématiques ne sont souvent pas vraiment validées de façon expérimentale, certaines lois de physique théorique sont parfois vérifiées expérimentalement très longtemps après.

            Il arrive aussi que l'opérationnel fonctionne pour des raisons toutes autres que celles que l'on croit.

            Comme disait l'autre, la théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.

          • "la philosophie étant une recherche de la vérité et non du bonheur."

            Oui, mais la recherche de la vérité procure accessoirement du bonheur quitte à fuir d'autres formes de bonheur. C'est la cerise sur le gâteau d'autant plus improbable qu'elle en devient meilleure le moment venu incertain. La différence d'avec le bonheur pré-plannifié, c'est que l'autre forme implanifiable de bonheur le rend d'autant plus riche.

          • Non, je ne crois pas que la philosophie apporte le bonheur (c'est ce que je dis dans une philosophie sans consolation), la vérité n'est pas drôle, c'est même pour cela qu'on la refoule. Il y a incontestablement une passion de la vérité et un plaisir d'apprendre mais cela ne suffit pas à rendre heureux dans un monde si dur et injuste. En tout cas, et même si je ne suis plus en longue dépression, je ne peux certes pas dire que je nage dans le bonheur. Peut-être juste de n'avoir pas hérité d'un heureux caractère mais il faut quand même avoir une satanée capacité d'aveuglement pour rester insensible aux malheurs du temps et aux souffrances interminables de proches en fin de vie. Ce n'est pas tant la satisfaction qui nous tient en vie que le désir, l'action ou juste d'attendre de voir la suite...

            Freud avait bien des défauts mais je ne crois pas qu'on puisse le taxer de frimeur, au moins vers la fin, ne promettant vraiment pas la lune, notamment avec son dernier article "analyse terminée et analyse interminable". Il avait conscience qu'on butait sur un roc, cette castration et ce que Lacan formulait pas son "il n'y a pas de rapport sexuel". Rien à voir avec Reich et les anarcho-désirants qui sont souvent de petits coqs dont les militantes anarchistes et féministes dénoncent avec raison le statut de mâles dominants. La frime elle est du côté de ceux qui se croient désaliénés et se donnent en exemple pour les autres, en moi idéal, ce qui n'était pas le cas de Freud ni de Lacan, mais je ne le jurerais pas pour la plupart des psychanalystes (et encore plus de psychiatres) qui s'y croient. Cela n'empêche pas que Freud reconnaissait le caractère thérapeutique de la vérité mais justement à ne pas viser la guérison qui ne vient que par surcroît et ne consiste pas à atteindre l'éveil bouddhique comme le fait croire la passe qui termine les psychanalyses didactiques.

            C'est la grande différence entre psychologie (de soumission) et psychanalyse. L'une est normative, suggestive, relevant de l'hypnose et du surmoi alors que l'autre se confronte au refoulé, à la vérité dans ce qu'elle a d'insupportable, et à l'analyse du transfert. Ce n'est aucune promesse de bonheur ni de l'accès à une humanité désaliénée. Un des derniers messages de Lacan était pour marteler qu'il y a du refoulé, toujours et Dolto parlait d'un de ses patients "guéri" de son aliénation qui revenait tous les ans lui dire à quel point la vie, c'était de la merde !

            La vérité émancipe mais ne nous délivre pas du mal ni n'apporte le bonheur. C'est toute la difficulté de la pensée émancipatrice de ne pas retomber dans une norme naturelle, dans une émancipation de pure apparence pour les autres (c'est ça la frime), mais de reconnaître au contraire les limites de notre désaliénation et ce que la lutte contre l'aliénation peut avoir d'aliénant comme identification au Maître, désir jaloux du bonheur supposé de quelque sage. Que celui qui cherche la vérité abandonne ici toute espérance !

          • JC Ameisen raconte, dans "les battements du temps" comment certains souvenirs restent accrochés inconsciemment au présent, comme du passé qui ne voudrait pas rester à sa place. Ils occupent certaines zones particulières du cerveau. Ensuite, si une thérapie ou avec le temps, ils finissent par décrocher et rejoindre la zone du temps passé, la personne en faisant son deuil en quelque sorte. Ce qui est intéressant c'est ce couplage psychologie/physiologie qui est détaillé. Jiddu Krishnamurti, qui n'a rien d'un sage, auteur de "Se libérer du connu", me semble avoir intuitivement saisi ce phénomène. Il ne fait aucune injonction, mais nous propose de développer notre capacité d'auto-observation de ce passé qui reste accroché au présent, ce qui aiderait à le renvoyer à sa place, cad dans la bonne case du cerveau pour le passé. C'est ça, se libérer du connu selon lui.

          • Il est vrai qu'on peut changer un souvenir en s'en rappelant mais le reste est ridicule, le réductionnisme de la personne à son cerveau. Le problème n'est pas qu'un incident aurait mal localisé un souvenir mais que cet événement a des raisons d'être refoulé de contrevenir à notre image, notre narcissisme, ou la culpabilité du surmoi. Le travail à faire n'est pas sur les souvenirs mais sur nos conceptions du monde, fausses croyances et représentations de nous-mêmes qui ne sont pas immédiatement transparentes à soi mais nourrissent nos symptômes à notre insu et la répétition des mêmes scènes. Nous ne sommes certes pas les maîtres de nous-mêmes dans une régression infinie mais déjà des créatures sociales et produits d'une histoire...

          • Le refoulement existe aussi sur le plan neurovégétatif, même un chien de Pavlov refoule, c'est le réflexe antalgique à priori.

            Tout comme les maladies auto-immunes de sur réaction de défense qui sont pires que l'atteinte réelle extérieure.

            D'un point de vue neurophysiologique c'est une évidence que nombre de nos attitudes relèvent d'engrammes accumulés au fil du temps dans lesquelles on se prend les pieds dans le tapis du réel quotidien et que le déquenouillage n'a rien de simple, voire même de possible en raison des hystérèses quasi irréversibles.

          • Ameisen "Les battements du temps" dans les pages 200 et quelques et Jiddu Krishnamurti. Je suis allé trop vite sur le rapprochement, c'est intuitif, je vois un rapprochement entre ces deux références et la mémoire qui n'est bien sûr qu'un élément. Mais je ne saurais que vous recommander de lire le bouquin d'Ameisen sur le sujet pour être la pointe de nos connaissances sur les mécanismes complexes de la mémoire. Pas le temps de développer plus.

          • " Peut-être juste de n'avoir pas hérité d'un heureux caractère mais il faut quand même avoir une satanée capacité d'aveuglement pour rester insensible aux malheurs du temps"

            J'ai un peu envie de dire bof. Comme si ceux qui étaient aveugles l'étaient par une capacité sacrée, sous entendu volontaire déiste. L'évangile disait pardonne leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Par cette simple hypothèse postulante, c'est tout le déterminisme déiste puis scientiste qui a été décapité au moment de la crucifixion, d'une formule lapidaire.

            Bien entendu, il n'y a rien à pardonner, ni non plus rien à venger, il n'y a qu'à constater comme un huissier de justice et à laisser les morts enterrer les morts. C'est la seule façon d'aller vers l'anéantissement sans s'encombrer de ce qui encombre.

      • "Ensuite, il faut prendre à l'envers le jugement de Spinoza que notre sentiment de liberté ne tenait qu'à notre ignorance puisque c'est bien en effet l'ignorance qui nous oblige à la réflexion et manifeste notre liberté par rapport aux causes extérieures." Intéressant, je prends note de cette réflexion sur Spinoza. C'est bien en effet une certaine ignorance de nos déterminations qui nous pousse à nous déterminer notamment par la réflexion. En quelque sorte, c'est en effet par ignorance que Spinoza a écrit l’Éthique qui a permis ne retour un nouveau développement des idées philosophiques et sociales. Par ailleurs, cette idée que la contradiction des déterminismes produit de la "liberté", est parfaitement compatible avec l'idée de Bourdieu d'un habitus "inadapté" aux nouvelles conditions socio-économiques qui provoque une distanciation.

      • Je savais bien que logiciel de prise de décision logé dans votre cervelet allait nous pondre une réponse qui se fout du monde et surtout du sens des mots.

        Libre-arbitre: faculté qu’aurait l'être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y nécessitent. « Se déterminer à » ou « être déterminé par » illustrent l’enjeu de l’antinomie du destin ou de la « nécessité » d'un côté et du libre arbitre de l'autre.

        Donc au lieu de prendre vos lecteurs pour des quilles, réviser vos définitions des mots. Lorsque vous affirmez qu'il n'y a pas de libre-arbitre, vous postulez par antithèse déterminisme et fatalisme (ou alors vous êtes une quille en logique des propositions). Déterminisme et libre-arbitre (prédestination et liberté, etc., etc.) fonctionne comme une pair.

        Mais si vous voulez, je vous offre un dico pour noël, c'est cadeau et ça vous évitera de manipuler des concepts précis manifestement trop compliqués pour votre logiciel neuronal.

        • Heu... disons que vous avez éclairci les choses, pour les éventuelles quilles, bon, votre commentaire semble basé sur la croyance. Que l'antagonisme entre le "se déterminer à" et le "être déterminé par", même si je pense que vous allez vite, peu importe, soit fondamental et déterminant, soit, mais j'ai du mal à voir comment vous pourriez avoir raison.
          Pour ce qui est de la "paire", vous voulez dire que l'un ne va pas sans l'autre ou au contraire que ce sont 2 notions opposées (et dans ce cas je trouve que le mot "paire" est assez mal choisi) ?
          De ce que je comprends il faudrait plutôt refuser les notions et de déterminisme et de libre-arbitre... par contre je vous suis sur le fatalisme, qui est encore autre chose, de plus fin.

          • Il a re-découvert le fil à couper le beurre avec l'eau tiède en cadeau bonux, la forme active ou passive qu'on retrouve dans de nombreuses langues, latines ou germaniques, je commence à en connaitre un rayon rapport grammaire allemande, les adjectifs verbaux déclinés.

            La belle affaire que voilà, and so what ?

            C'est toujours une histoire conjonctive au subjonctif du passé qui se réalise au présent.

  9. Un think tank européen dit des choses assez proches sur le brouillage des frontières avec la machine, la liberté, notre caractère social, etc.

    Qu’est-ce qui nous rend humain à l’ère de l’hyperconnexion ? - EPThinkTank

  10. a. brouillage de la frontière entre réel et virtuel
  11. b. brouillage de la distinction entre l’homme, la machine et la nature
  12. c. basculement d’une situation de pénurie en information à une situation d'abondance
  13. d. basculement d’une primauté des entités à une primauté des interactions.
  14.  
    https://ec.europa.eu/digital-agenda/sites/digital-agenda/files/Manifesto_fr_0.pdf

  15. Tout à fait d'accord !
    Je pourrais participer au débat mais je n'ai pas assez d'energie pour développer avec les nuances.
    Toujours est-il que notre Humanité n'existera comme toute espèce que sans guerre absolue !
    Sinon je le redit ce n'est pas l'intelligence ou les techno-sciences le problême bien qu'elles transforment l'humain, mais le travestissement de toute connaissance par le pouvoir et le profit, risquant de faire apparaître des extra-terrestres monstres.
    Sinon, les dauphins sont des extras-terrestres ! et les bourdons aussi ! 🙂

    Bisous

    Baz

    • Une telle forme d'intelligence est presque inintelligible, elle résoudrait probablement la plupart des craintes de disparition, de maladie, de pauvreté en ressources vitales...

      Ce serait une forme aristocratique affranchie des contingences connues, à moins qu'elle ne découvre d'autres contraintes dangereuses à la hauteur de ses aptitudes augmentées.

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