L’illusion démocratique

Les révolutions arabes sont confrontées à la perte des illusions sur la démocratie et plus généralement aux limitations du politique. Il faut dire que les illusions ne manquent pas, ici comme là-bas, sur une démocratie qu'on s'imagine toute puissante et pouvant décider de la société dans laquelle on veut vivre, ce qui veut dire forcément imposer son mode de vie aux autres. C'est assez clair avec les tentatives d'islamisation des pays arabes comme de la Turquie (sans parler de l'Iran), mais ce n'est guère différent de nos démocrates révolutionnaires, de droite comme de gauche, qui s'imaginent remodeler la société française s'ils arrivaient à gagner une majorité aux élections. Cette conception d'une démocratie majoritaire est celle des totalitarismes et doit être abandonnée pour une démocratie des minorités qui n'est pas l'incarnation dans le vote d'une supposée volonté générale mais l'instrument de la démocratisation de la société. C'est ce qu'on pourrait sans doute appeler une démocratie libérale sauf que pour mériter son nom de démocratie, elle ne peut oublier sa dimension sociale.

A quoi sert de faire la révolution alors se diront tous ceux qui veulent tout changer sinon rien ? A changer le personnel dirigeant, au moins, ce qui est souvent plus que nécessaire comme on le voit mais ne va pas beaucoup plus loin effectivement car les réalités ne changent pas qui s'imposent aux beaux discours et il ne suffit pas de faire étalage de sa bonne volonté ou de sa bonne foi pour savoir gérer un pays. Quand ça ne marche pas, le pouvoir est renversé fût-il démocratiquement élu. Il faut s'en persuader malgré la mythologie révolutionnaire, la démocratie n'est que le pire des régimes à l'exception de tous les autres, juste une façon de pacifier les conflits. Non seulement ce ne sont pas les meilleurs qui sont élus (ce sont les plus ambitieux, les plus habiles, les plus démagogues), mais on ne peut décider de tout, et même de pas grand chose en fait (moins qu'avant en tout cas). Pour le comprendre, il faudrait comprendre que le fonctionnement d'un système dépend assez peu de nous et qu'il y a des phénomènes sociaux qui nous dépassent comme il y a une évolution du monde irréversible (notamment technologique). Il n'est pas possible d'imposer la charia dans les pays musulmans, pas plus qu'on ne pourrait décider ici d'un monde sans musulmans. Il n'est pas vrai qu'on puisse mettre tous les étrangers dehors, ni fermer nos frontières, ni changer toute l'économie. Tout cela est pur fantasme et verbiage prétentieux. Ce n'est pas que certains autocrates ne tentent de forcer le destin, mais cela ne peut qu'empirer les choses. Ce qui est curieux, c'est comme ces prétentions de dicter sa loi ne posent pas question, malgré l'expérience séculaire de la démocratie, pas plus que l'idée que le monde devrait être conforme à nos souhaits, ce qu'il n'a jamais été, comme s'il n'avait pas d'existence propre et ne dépendait que de nous par devoir moral dirait-on. On fait comme si sa dérive était toute récente par rapport à un état antérieur idéalisé, témoignant simplement ainsi d'avoir un peu trop cru à la propagande officielle quand on était petit.

Il ne s'agit pas de dénigrer la démocratie, seulement de voir la réalité en face et ne pas se laisser prendre aux vendeurs d'espoir qui n'en tireront qu'un profit personnel. Il ne s'agit pas de dénigrer non plus les mobilisations populaires qui ont un rôle essentiel justement pour corriger une démocratie élective trop imparfaite (élitiste), mais ce qui compte, c'est le réel, la faisabilité, pas de se monter la tête. Il y a ainsi une illusion partagée par tous les syndicalistes que ce seraient les luttes sociales qui ont permis les "avantages acquis" du salariat alors qu'ils ne doivent leur persistance qu'à leur effet positif sur l'économie, ce qu'on appelle le fordisme ou keynésianisme. Il y a une petite brochure de Marx intitulée "Salaire, prix, profit" où il avoue avoir pensé comme les économistes bourgeois qu'il ne servait à rien d'augmenter des salaires qui seraient rattrapés par l'inflation alors que cela avait à la surprise générale dynamisé l'économie et finalement rapporté plus aux patrons que cela ne leur avait coûté. Le problème, c'est que ce "cercle vertueux" ne tient plus aujourd'hui, sauf effectivement à fermer les frontières et vivre en autarcie, ce qui est complètement impossible. Dès lors, les augmentations de pouvoir d'achat n'ont plus l'effet attendu car il y a des fuites hors des frontières (cela a commencé avec les magnétoscopes japonais et maintenant l'équipement numérique). Le gouvernement Balladur a été l'un des premiers à se confronter à l'ineffectivité de politiques keynésiennes dans une économie mondialisée. C'est cela qui devrait amener à une conversion vers le revenu garanti et des monnaies locales (après l'échec consommé donc).

On peut s'étonner que la prise de conscience des limites de la démocratie soit si récente mais cela ne fait pas si longtemps que je m'y suis résolu moi-même. Je pourrais résumer mon évolution politique en 3 stades historiques. Il y a eu avec Mai68 le moment idéologique, celui qu'on peut caractériser par la lutte des classes et une vérité qui ne fait pas question comme s'il suffisait de se ranger du côté des opprimés pour faire triompher l'évidence (le dogme) contre l'ennemi trompeur (la fabrique du consentement). La démocratie était supposée avoir réponse à tout en donnant la parole à tout le monde, mais alors, la démocratie, c'est cause toujours... Ensuite, j'ai eu une période qu'on peut qualifier de constructiviste quand je me suis engagé chez les Verts puis avec le GRIT, où l'alternative faisait plus question, il s'agissait toujours de reconfigurer le système mais sur le mode cette fois de la recherche et du débat, sans plus de certitudes dogmatiques. Affaire quand même de spécialistes plutôt, d'intellectuels quitte à faire des jurys citoyens. Désormais, je suis devenu plus réaliste et matérialiste, même s'il y a des enjeux théoriques qu'il ne faut pas négliger, retrouvant une démocratie de face à face qui est le contraire de l'u-topie et situant le potentiel de radicalité au niveau de dispositifs pratiques et d'alternatives locales tenant compte des bouleversements actuels aussi bien géopolitiques que technologiques ou écologiques.

Qu'il y ait une illusion démocratique dont il faut se défaire ne signifie aucunement qu'il faudrait renoncer à la démocratie pour un quelconque pouvoir autoritaire, ni même renoncer à pousser au maximum les potentialités du temps dans notre rayon d'action effectif, mais seulement de ne pas s'égarer dans des combats perdus d'avance pour se consacrer aux enjeux les plus urgents. La période est extraordinairement révolutionnaire, je le répète, ce qui ne veut pas dire qu'il faudrait trop en attendre mais ne pas rater pour autant les potentialités qu'elle peut laisser entrevoir même si le plus probable est qu'on se laisse entraîner au pire. La situation financière mondiale avec ses injections continues de liquidités reste explosive, ingérable. Un effondrement imminent serait certain s'il n'y avait de fortes institutions mondialisées pour s'y opposer à chaque fois et redresser la barre mais pour un temps toujours très limité, ne corrigeant pas les grands déséquilibres voire les aggravant plutôt. Cela peut durer encore quelque temps comme cela mais elles auront sans doute bientôt épuisé à peu près toutes leurs cartouches et plus on se fera d'illusions, plus on refusera la réalité et plus la situation sera désespérée. Il sera peut-être temps alors - dans les pays arabes comme ici - de se tourner vers les alternatives locales à la globalisation marchande - quand il n'y aura plus d'autre choix...

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59 réflexions au sujet de « L’illusion démocratique »

  1. L'illusion démocratique pourrait peut-être devenir un peu moins illusoire si l'information occupait une place centrale, une place quasi-transcendante. Vous militez pour une philosophie de l'information, ce à quoi j'adhère. Mais comment pensez-vous que cette philosophie puisse devenir autre chose qu'un concept dans un livre, qu'elle puisse donner lieu à une pratique? La force des choses nous y pousse-t-elle? Ou bien allons-nous continuer à attendre l'homme providentiel, le guide, le leader, qui tire la couverture à lui dans toutes nos structures qui poussent les forts égos vers les sommets.

  2. Le problème qu’on a c’est qu’on a affaire à un système et qu’un système n’est par nature pas contrôlable ; et que la démocratie qui est une démarche de prise de pouvoir collective et raisonnée ne lui est pas compatible.
    Ce système repose sur l’association des innovations technologiques et de nos vieux démons ; ces innovations leur conférant un pouvoir et une illusion jamais atteint jusqu’à ce jour.
    Et si jusqu’à présent la théorie du complot était fumeuse et ne pouvait pas expliquer le phénomène , la logique du système a produit aujourd’hui une classe dirigeante puissante et internationale ( hommes politiques , grands patrons et cadres de grandes entreprises , financiers , médias etc etc ) de plus en plus consciente de la fragilité du système et donc de la nécessité impérieuse pour préserver ses intérêts , de faire perdurer ce système ; ce qui dans les faits redonne vigueur à une politique concertée finalement assez proche du complot .
    L’élargissement des échelons territoriaux est une bénédiction pour cette classe internationale et les représentants nationaux ont aujourd’hui bien compris que leur intérêt était d’accompagner le mouvement. http://www.dailymotion.com/video/x11kkuc_viviane-reding-il-n-y-a-plus-de-politiques-interieures-nationales-il-n-y-a-plus-que-des-politiques-e_news#from=embediframe
    Les productions matérielles et immatérielles qui ont résulté du progrès ont projeté les individus dans un monde de jouissance individuelle sans pareil et les ont formaté ; peu importe les perdants tant qu’on peut jouer et y croire ! les média font la promo permanente de ce nouveau mode de vie et inversent les valeurs : la démocratie n’est plus que le maintien de ces libertés individuelles jouissives, du travail pour pouvoir continuer la fête , du pain et des jeux, plus que jamais.
    Dans ce système où c’est la liberté individuelle qui prime, aucune obligation pour personne : si vous voulez réfléchir et le contester, vous pouvez ! Vous pouvez causer.
    Il y a une grande illusion et mystification dans tout cela qui est le prolongement de l’idée qu’on a plus de contraintes. Les craquements sinistres de ce hideux navire toujours repeint à neuf et pimpant sont les exclus, les miséreux et ….les dérèglement écologiques qui viennent.
    Les extrémismes religieux sont une réaction violente et viscérale à ce monde sans contraintes , sauf que la contrainte qu’ils veulent imposer n’est pas acceptable.
    Ce n’est malheureusement pas la démocratie qui est en cause,son niveau ne faisant qu’indiquer la température du malade .
    Quant au local , il se fera sans doute beaucoup plus sur le mode d’une survie à la catastrophe humaine qui ne va pas manquer de venir , que d’une construction …..Comment en serait il autrement ?
    Dans la mesure où le progrès technique nous a libéré,notre survie dépend de notre capacité à nous redonner nous même des contraintes et à situer la révolution dans un retour collectif sur nous même . Autant dire quand les poules auront des dents.

    • tout dépend du point de vue dont on se place! La reconstruction "par le haut" semble illusoire, mais ce que préconise Jean Zin, par le bas semble beaucoup plus raisonnable, mais lui-même n'y croit pas beaucoup, enfin pas assez pour s'y mettre. Chat échaudé craint l'eau froide, après la lutte des classes et la lutte des intellos qui n'ont rien donné, comme il le relate, il a épuisé ses batteries "psychiques" a donner ainsi sans retour, ce qui se comprend.
      "Je pourrais résumer mon évolution politique en 3 stades historiques. Il y a eu avec Mai68 le moment idéologique, ... la lutte des classes et une vérité qui ne fait pas question comme s'il suffisait de se ranger du côté des opprimés pour faire triompher l'évidence (le dogme) contre l'ennemi trompeur (la fabrique du consentement). La démocratie était supposée avoir réponse à tout en donnant la parole à tout le monde, mais alors, la démocratie, c'est cause toujours... Ensuite, j'ai eu une période qu'on peut qualifier de constructiviste quand je me suis engagé chez les Verts puis avec le GRIT, où l'alternative faisait plus question, il s'agissait toujours de reconfigurer le système mais sur le mode cette fois de la recherche et du débat, sans plus de certitudes dogmatiques. Affaire quand même de spécialistes plutôt, d'intellectuels quitte à faire des jurys citoyens. Désormais, je suis devenu plus réaliste et matérialiste, même s'il y a des enjeux théoriques qu'il ne faut pas négliger, retrouvant une démocratie de face à face qui est le contraire de l'u-topie et situant le potentiel de radicalité au niveau de dispositifs pratiques et d'alternatives locales tenant compte des bouleversements actuels aussi bien géopolitiques que technologiques ou écologiques."

  3. AgoraVox a repris l'article :
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-illusion-democratique-138331

    La question est celle de notre liberté très surévaluée au regard des processus matériels qui sont superbement ignorés comme simple détail pour une volonté trop sûre d'elle-même et de son bon droit malgré les démentis constants de l'histoire qui ne semblent pas ébranler des convictions auxquelles on tient plus qu'au réel. Il est un fait qu'il y a des systèmes biologiques, économiques (solaires) et qu'un système se caractérise par un fonctionnement qui ne dépend pas de l'individu intégré à ces circuits, ne pouvant guère que les bloquer (ce qui ne mène pas à grand chose en général). Le problème n'est pas ma propre dégénérescence mais l'absence de conditions objectives favorables. Notre problème n'est pas de dessiner un monde idéal avec un nouveau système monétaire, des rapports plus harmonieux entre nations retrouvées, notre problème, c'est la montée du Front National qui a un boulevard entre la nullité de la gauche et l'écroulement de la droite. Notre problème, ce n'est pas de se disputer sur le meilleur mais d'éviter le pire, justement ce que fustige ce crétin de Michéa comme l'empire du moindre mal. Bien sûr,chacun attend celui qui donnera de l'espoir et gonflera assez les troupes pour les envoyer au massacre, personne ne veut entendre les oiseaux de mauvaise augure. C'est là où une philosophie de l'information s'impose mais, l'information, c'est le contraire de la liberté car elle nous dit quoi faire sans discussions, il n'y a de liberté que dans l'ignorance de ce qu'il faut faire, ignorance plus ou moins grande selon les gens.

    Il y en a qui croient savoir ce qu'il faut faire, et si cela semble effectivement pouvoir régler un ou deux problèmes avec des airs d'audace révolutionnaire, dessine un projet consternant de conservatisme. Todd a raison de souligner à quel point le Front de Gauche n'a pas du tout un projet de rupture, mais le sien n'a pas d'autre rupture que celle de la reconstitution des frontières, c'est à pleurer. Ce que je propose a l'air objectivement ridicule alors que c'est ce nationalisme d'un introuvable entre-nous qui est ridicule et sans avenir, ne faisant qu'alimenter la montée irrésistible de l'extrême-droite (qui ne se dit pas extrême d'ailleurs et ne manque pas de se référer à ces intellectuels "raisonnables").

    http://www.marianne.net/Lordon-Todd-Les-intellectuels-vont-devoir-parler-au-peuple_a229828.html

    • Pour l'instant, il ne me semble pas que le FN aurait plus de chances de remporter un deuxième tour de présidentielle qu'en 2002. Quand bien même il réussirait, avec quelle majorité à l'assemblée et quels cadres un peu expérimentés au gouvernement ? On a vu la gestion très mauvaise des mairies qu'il avait conquises. Villeneuve sur Lot est un cas particulier avec un PS pris la main dans le pot.

      Quant à la zone euro, on ne voit pas bien comment elle pourrait évoluer en mieux, percluse de blocages institutionnels et inter-gouvernementaux. Les pays hors ZE faisant partie de l'UE ne sont pas franchement des pays farouchement nationalistes pour la plupart.

      Brandir le nationalisme intégral comme menace me parait assez exagéré. Et en admettant qu'il se renforce, il n'est pas la cause mais la conséquence d'une économie européenne qui va dans le mur. Par ailleurs, les frontières économiques n'ont pas disparu mais sont bien présentes sous diverses formes plus camouflées que les barrières douanières. La crise de Chypre montre aussi que son Euro n'est plus le même Euro du fait du contrôle des changes qui pourrait vite s'appliquer à d'autres pays. L'Union bancaire récente fait dans le même esprit de résoudre au plan national les crises bancaires mettant à contribution les gros déposants. Depuis le début de l'Euro ce sont des politiques économiques et fiscales nationales qui sont à l’œuvre, chaque élite des pays cherchant tirer plus au moins maladroitement ou astucieusement la couverture à soit.

      • En 2002 je n'avais pas voté, Le Pen n'avait absolument aucune chance de l'emporter. En 2012 encore, Le Front National plafonnait à 27% d'opinions favorables mais on a désormais dépassé les 40% et surtout, c'est le seul parti qui reprend les solutions simplistes de nos merveilleux intellectuels, solutions que tout le monde comprend : on sort de l'Euro, on retrouve des frontières protectionnistes et on reste entre-nous (voir on fout les musulmans dehors). C'est à l'évidence le produit de la crise et il n'est bien sûr pas encore certain qu'ils puissent arriver au pouvoir, il y a des ressources antifascistes bien ancrées dans notre éducation, mais il y a des accélérations de l'histoire et si le bilan des socialistes est calamiteux et qu'ils se retrouvent au niveau du pasok alors que l'UMP s'écroule (ce qui n'est pas encore le cas), il n'y aura plus d'autre alternative. Surtout, je crois que cette politique rétro-nationaliste correspond bien à la période (et notamment à l'incurie de l'Europe), que le Front National reste la dernière illusion de politiques qui n'ont pas encore été essayées. En tout cas, si on sort de l'Euro, ce ne sera pas avec les copains de Lordon mais bien avec ceux-là.

        Je ne crois pas, bien sûr, qu'ils puissent réussir mais ils peuvent faire du dégât entre temps. Ce n'est pas non plus que je défende l'Euro qui n'est effectivement pas vivable en l'état et qui doit soit se réformer complètement, soit éclater mais je crois que là, on n'a pas la main et que cela se fera sous la pression des événements. On ne peut comparer ceux qui ont gardé leur monnaie, qui s'en sortent effectivement plutôt mieux, avec le fait de faire s'écrouler le château de carte de l'Euro. Il ne s'agit pas non plus de trop comparer avec les années 1930. Le FN n'a rien à voir avec les nazis, ou en beaucoup plus embourgeoisés. Le nationalisme se nourrissant de la guerre ne peut être aussi intégral, fort et dangereux mais il faut se méfier des concepts zombies, des derniers soubresauts voulant redonner vie à ce qui est déjà mort. Certes il y aura toujours des nations, des différences nationales et des lois spécifiques (un peu comme aux USA mais le poids de l'histoire est bien plus grand ici) mais remettre des frontières économiques est une autre paire de manche quand on a supprimé les barrières depuis si longtemps maintenant. Il est facile d'ouvrir un barrage, beaucoup plus difficile d'arrêter ensuite le flot qu'on a produit. Il se peut que l'expérience soit à la fois nécessaire pour bousculer le système et pas si grave mais non, ce n'est pas ce que j'encourage, ce n'est pas dans cette direction qu'on peut régler quoi que ce soit, ce n'est pas là que je mets un quelconque espoir sûr que certains le paieront très cher. Et, je le redis, ces intellectuels nationalistes de gauche font le jeu de l'ennemi.

        • Avec la dégradation, la probabilité qu'un des pays en fond de cale sorte s'accroit. Si sa sortie de la ZE améliore sa situation, d'autres pays pourrait menacer d'imiter cette première expérience.

          Dans ce cas, soit la ZE prise à la gorge, chacun son tour, l'Allemagne la première, change son fusil d'épaule, soit l'Euro explose dans une grande confusion.

          • Sortir de l'Euro sans sortir de l'Europe n'a aucun sens, à ce titre le FN reste un parti politique classique lors même que ce qui empêche toute politique, c'est la professionnalisation de la politique, comme explique dans mon blog.

            http://contrelabienpensance.blog.fr/2013/04/04/ce-qui-empeche-toute-politique-15716566/

            Quant à la loi du nombre via ce qu'on appelle démocratie, c'est une idée discutable ainsi que le développe la vidéo ci-dessous qui propose le nationalisme sans parti politique. Il est à noter que le FN a exclu de son parti certains activistes de cette mouvance. Indépendamment du préjugé qu'on peut avoir à leur encontre, force est de constater que beaucoup de leurs arguments tiennent debout.

            http://youtu.be/IN4SQ7iq_Pk

            Bien à vous

          • Evidemment ce n'est pas parce que je critique la démocratie que je serais anti-démocrate, seulement contre une mythologie trompeuses. Je milite pour la démocratisation. Le nationalisme je le combats, tout comme les dangereux crétins d'extrême-droite qui bien sûr peuvent avoir raison dans leurs critiques de la démocratie mais tort sur tout le reste.

  4. Autant sont intéressantes vos réflexions sur une diversité des sous-entendus possibles dans le terme de « démocratie », autant il est dommage de retrouver en conclusion le continuel recours aux monnaies locales et aux coopératives municipales. Les municipalités, aujourd’hui, fondent-elles comme autrefois une unité de base pour une communauté d’intérêts ?

    On peut douter de ce qui subsiste en fait des liens justifiant historiquement de remplacer les unités urbanistiques de 1789 ( villages, bourgs, cités, paroisses et diocèses) par des « communes ». Surtout que cela accompagnait la disparition des « communaux » ( terres gérées en commun)
    Les vraies difficultés posant question portent en effet sur les contradictions entre « intérêts particuliers » et « intérêts communs », et ceci donne lieu à des points de vue idéologiques opposés, depuis le XVIIeme siècle en Angleterre et depuis notre révolution française avec la déclaration des droits universels de l’homme. Et sans cesse les développements technologiques remettent en cause et complexifient ce qui fait « monde commun » ( commonwealth) et remet en cause la réalité des éléments qui fondent pour des groupes humains le ressenti émotionnel d’une rationalité possible pour définir l’intérêt général ou commun. Seuls des historiens peuvent analyser ou au moins décrire les faits, donc (mais) après coup !
    (Par exemple, sur Lyon, l’existence d’une communauté culturelle effective et d’intérêts syndicaux qui s'imposaient pour les « maçons de la Creuse » ( réf. sur Internet) pendant un siècle d’émigration de paysans pauvres à partir de trois départements du limousin, avec un rôle prépondérant dans l’urbanisation en Rhône- Alpes. Intérêt communautaire qui n’aura plus de sens lorsqu’ils auront intégré leurs familles dans un quartier de Lyon et lorsque se modifieront plus radicalement les techniques du bâtiment).
    D’où le danger des utopies de groupes constitués d’intérêt ou d’opinion, dans une démocratie majoritaire comme la nôtre où une moitié moins un se soumet au pouvoir de l’autre moitié plus un, surtout dès lors que ne peut plus être entretenue l’illusion d’un Progrès sans limites, et de la Croissance, face à la nécessité de prendre en compte l’appartenance de l’espèce humaine à la communauté générale du Vivant.

    Les contributions que vous apportez à une prise de conscience générale de la nécessité de refonder les lois sur cette Réalité de la fragilité de la biosphère, sont beaucoup plus fondamentales que les solutions somme toute marginales que vous proposez (et qui restent toutefois un recours possible en cas d’effondrement du système économique mondialisé).

    • Les communes ne sont plus rien, mais c'est là où l'on vit. C'est l'unité de base du territoire. Reconstruire un nouveau système par le bas n'est pas marginal (comme l'est une initiative locale isolée). Les monnaies locales évitant les fuites de capitaux m'apparaissent comme les seules solutions à la pression du développement des pays les plus peuplés, elles sont donc centrales et non pas marginales (même si chaque monnaie locale est négligeable en elle-même).

      Par contre, je suis moi-même très marginal et les propositions que je fais le sont tout autant, étant plus que minoritaires pour l'instant encore mais c'est une autre question.

      • J'ai rendu visite à la Maison des sources de Besançon et j'y ai vu, peut-être à tort, un grand nombre de traits communs avec la coopérative municipale. Toutes les énergies sont tournées vers une autonomisation des personnes et de l'activité choisie. La Maison des sources est interconnectées avec le maximum d'instances et institutions extérieures. L'idée n'est pas d'en rester à cette base d'expérience mais de l'utiliser comme source d'essaimage. Il me semble qu'ils gagneraient beaucoup à devenir une entité municipale, à s"appuyer sur une monnaie locale et tenter d'aller vers un revenu garanti.
        Cette visite m'a induit une réflexion sur les collectifs et le narcissisme groupal. Ce qui m'a remis en mémoire un passage de Fernando Savater où il compare une société avec une centrale d'énergie, ce qui serait un facteur de militantisme politique. Devenir un supporter "écervelé" d'une équipe de foot ne serait en premier pas autre chose qu'un aboutissement de ce besoin de se brancher à un collectif, idem pour expliquer un sentiment national qui fait pleurer les sportifs ayant reçu une médaille aux JO lorsque retentit la marseillaise dont ils méconnaissent souvent les paroles. Un sentiment ne s'explique pas rationnellement, il se vit avant tout. Si la Maison des sources réussit à obtenir quelques succès de réinsertion de personnes à la dérive (ce qui est exceptionnel), et j'ai pu constater le niveau remarquable d'autonomie des "participants" (c'est le nom que se donnent les membres de la MdS), c'est qu'elle offre la possibilité de se brancher sur cette source d'énergie pour des personnes qui n'avaient réussi à) se brancher nulle part jusqu'ici, qui n'avaient trouvé aucune place. Et ce sans que j'aie pu y détecter le moindre caractère sectaire ou communautariste.
        Il manque sans doute quelques liens, quelques ponts avec le monde économique, à développer les ressources liées au numérique... mais je vais tenter de saisir comment un rapprochement de vos concepts pourraient féconder cette très belle expérience de la Maison des sources.

  5. Un article invité, sur le blog de Paul Jorion, ( « Tous épiciers ?», par Jean-Luce Morlie) donne opportunément aujourd’hui un point de vue sur l’échec de l’idée de monnaie sociale, en Argentine, avec un lien vers une analyse argumentée. Comme- et contrairement à ce que vous préconisez- elle n’était pas accompagnée d’autres mesures, elle a seulement à titre provisoire « plutôt joué le rôle d’un complément social de l’économie libérale en berne ».
    http://revista-theomai.unq.edu.ar/numero12/art_mallard_12.htm

    • Oui, je crois effectivement que comme mesure isolée, l'intérêt des monnaies locales est très réduit. Le Sol a été fait aussi pour éviter la fausse monnaie.

  6. On "patauge" tous pas mal !

    C'est bien de là qu'il faut partir : cette difficulté qu'on a à comprendre et à proposer un projet cohérent (et global) acceptable par le plus grand nombre ; il est en effet évident
    qu' en rester au fil de l'eau est profondément insatisfaisant et très risqué et que proposer des solutions restant dans le champs politique tel qu'il est organisé est rajouter un ingrédient à une sauce qui a déjà mauvais goût.
    Il m'apparait que la piste à emprunter et proposer est une traversée du désert active et collective , sous forme d'une réflexion fouillée de ce qui nous arrive et de ce qu'on peut proposer en terme de projet réaliste pour les années qui viennent ; mais pour que cette piste de travail soit efficiente , il faut qu'elle émane d'un groupe important de "penseurs" de la société civile et que cette recherche collective ( et participative)soit reconnue et soutenue par l'état (sinon on retombe dans la logique partisane)
    En tous cas ,refuser toute collaboration politique (vote) avec avec un système qui est de toute manière faussé .

    • Les conditions de fonctionnement des champs (champs au sens de Bourdieu) ne pourront que reproduire la lutte des places dans ces champs, lutte pour l'accroissement du capital symbolique personnel. On n'a rien à attendre d'un groupe de savants ou de soi-disant sages, qui ne feront que reproduire ces phénomènes.
      La proposition "moléculaire" (microscopique) de Jean Zin me semble la meilleure approche pour transformer les propriétés macroscopiques de la société et métaboliser les nouvelles possibilités sans avoir besoin d'un recours à un illusoire homme nouveau. Le niveau atomique (transformer les individus, la voie de la sagesse) est aussi une impasse, l'éthique n'est pas une piste de transformation politique assez puissante et sombre dans l'illusion d'un individu qui ne serait pas conditionné par ses relations. Mais ce niveau moléculaire sera très probablement de la forme du clan si on le laisse se reformer spontanément, sans démarche institutionnelle. Une régression pour l'individu qui se fera à nouveau piéger par les contraintes propres au clan où on ne peut être que pour ou contre et où le statut de l'information est secondaire. C'est pourquoi la proposition de coopérative municipale peut offrir les meilleures garanties pour la liberté individuelle, la combinaison des libertés, et le développement de l'autonomie mise au cœur du dispositif.

      • Je ne saurais mieux dire sinon que c'était l'illusion du GRIT (et du Collegium onuesque) de rassembler des intellectuels pour trouver des solutions introuvables et j'ai pu constater à quel point il était utopique de s'imaginer arriver à un consensus entre visions du monde trop diverses. En même temps, on peut dire que le GRIT a réussi en dégageant les seules voies de l'alternative que sont revenu garanti, monnaies plurielles, ère de l'information, voire tiers secteur. Gorz s'en est beaucoup inspiré, et je n'ai pas fait beaucoup mieux. En fait, on cherche un miracle qui nous sauverait du réel, et ça, ce n'est pas près d'arriver malgré toutes les envolées verbales de certains.

        On peut voir ce que ça donne "nos intellectuels" qu'on compte sur les doigts de la main avec le dernier Lordon qui déballe sa petite équation où démocratie = souveraineté du peuple = frontières nationales = protectionnisme en se croyant en 1789, on ne peut pas vivre plus décalé avec notre temps et on se demande ce qu'est un intellectuel dans ce cas sinon vivre dans ses idées en ignorant l'histoire et tous les travaux sur la démocratie réelle. Il voudrait préserver la pureté de son idéal et trépigne que l'extrême-droite lui pique ses jouets, ce qui est dramatique, ne comprenant rien à une pensée stratégique alors que lui n'est rien et que le FN monte qu'il ne fait qu'alimenter en s'imaginant qu'il gagnerait à lui des nationalistes voulant régulariser tous les immigrés, il n'y a pas plus utopique !

        On ne fait pas analyse plus fausse mais il est sans doute bon de clarifier ainsi le débat et manifester notre opposition avec un prétendu nationalisme de gauche qui ne fait que renforcer la droite si ce n'est donner de l'eau à la mouvance rouge-brun tellement à la mode. Une nation qui ne fait plus la guerre ne peut prétendre qu'à une souveraineté très limitée et la notion de peuple est une pure fiction d'unanimité introuvable dont on ne peut attendre grand chose dans nos démocraties pluralistes. Nous sommes à l'heure du numérique, pas de l'industrie, notre problème, c'est une mondialisation effective qu'il faut gérer mondialement pas un repli sur la nation de nos livres d'histoire et si on peut changer de système de production, ce n'est pas au niveau national que cela pourra se décider. Quand la prétendue "transformation sociale", si gauche de gauche, se réduit en fait à la nationalisation des banques et à la dévaluation de la monnaie nationale plus quelques droits de douane, on peut sans doute se moquer des alternatives locales...

        http://blog.mondediplo.net/2013-07-08-Ce-que-l-extreme-droite-ne-nous-prendra-pas

        • Les droits de douane ne me paraissent pas applicables à un grand nombre de produits pour la simple raisons que désormais ils sont composés de dizaines voire de milliers d’intrants dont les origines sont éparpillés dans le monde, une longue chaine de valeurs ajoutées, comme le signal P. Lamy et d'autres.

          A taxer le produit final consommé, on ne sait pas vraiment quelles sont les valeurs ajoutées d'origines étrangères et françaises qui sont taxées à la douane lors de l'importation, à moins de tenir une comptabilité dantesque et remise à jour régulièrement, ce qui me parait impossible. Déjà que les états n'ont quasiment aucun contrôle des prix de transferts inter-filiales d'une même société qui en joue pour son "optimisation" fiscale.

          • C'est effectivement non pas infaisable mais à un niveau insignifiant. La mondialisation est de plus en plus effective et impossible à démêler, les peuples mélangés (ce n'est qu'un début). Ces gens-là se gargarisent de grands mots (Nation, France, souveraineté, protectionnisme) et se voient comme le chef de gare à la commande de son petit train appuyant sur le bouton pour faire repartir la machine, prendre tel et tel aiguillage mais pas tel autre, etc. Comme toujours il faut s'appuyer sur une vérité partielle pour délirer totalement et s'inventer des marges de manoeuvre inexistantes. L'Euro est un problème, l'Europe est un problème, mais le monde aussi, un peu plus difficile à dissoudre ! Or c'est le monde et la rupture technologique que nous connaissons qui nous obligent à changer, pas forcément à notre avantage. Il vaudrait mieux s'inquiéter de compenser chômage et misère que prétendre les supprimer par une politique économique idéale, il vaudrait mieux passer des mots aux actes.

        • A partir du moment où on décide de se poser collectivement la question : comment peut on organiser la mondialisation ?
          On reconnait ce processus comme réalité centrale d’interrogation
          On ne se soumet pas à une évolution imposée et utilisée du processus
          En ce sens c’est un questionnement éminemment politique fondé sur le refus de laisser utiliser ce processus à des fins d’intérêts privés ; celui de maîtriser ses conséquences économiques sociales et écologiques.
          L’aspect sérieux et grave de ces conséquences, notamment le dérèglement du climat nous impose ce travail collectif de questionnement de la mondialisation et de volonté de faire émerger une vision nouvelle d’organisation des sociétés dans un monde ouvert.
          Tout autre positionnement politique me semble peu sérieux, quant bien même l’organisation du questionnement collectif est difficile , quelles autres voies ? ……
          Des actes ...oui bien sûr ! Mais nous avons d'abord et avant tout besoin de réflexion collective sur ce thème central de l'évolution humaine .

  7. Dans le cadre d'une réflexion globale posant la mondialisation comme un fait et un monde ouvert comme quelque chose de positif , la nation n'est nullement effacée mais prend du sens et devient un élément nécessaire à l'ouverture.
    Sans ce processus collectif et participatif (pas le GRIT) de réflexion globale on en reste à pour ou contre le nationalisme.Bref on continue à s'étriper .

    • Il ne s'agit plus du tout de considérer la mondialisation comme positive, de la vouloir alors qu'elle s'impose comme l'évolution technologique. On ferait bien même de la considérer comme négative pour y remédier par des alternatives locales. Il ne s'agit pas du tout d'effacer la nation qui s'efface toute seule mais de ne pas considérer que de fermer les frontières nous sauverait de nous-mêmes. Le nationalisme est une connerie très semblable à la religion mais on sait que la connerie est plus que dominante, on a là-dessus des études sur la psychologie des foules qui ne laissent aucun doute par rapport au supposé triomphe de la raison des belles âmes démocratiques. C'est avec ce peu de moyens qu'il faut essayer de s'en sortir. Moi, si on trouve mieux que ce que je propose et auquel j'ai du mal à croire moi-même, je suis preneur, mais je ne vois qu'illusions et démagogie impuissante. Ce n'est pas qu'il n'y a aucune solution, c'est que les solutions (locales) ne nous plaisent pas, nous qui vivons dans les épopées de notre enfance.

      • Il y a une forme d'entropie dans tout ça, la finance internationale, comme la production, comme les dettes au sein de la zone euro, constituent des plats de spaghettis bien touillés et difficiles à démêler. La solution du défaut généralisé par beaucoup sur les dettes me semble relever du même Rubik's Cube, qui sera touché, du petit épargnant à une des grandes puissances géopolitiques de la planète et ses moyens de répression ?

      • De même, sur le plan des infos sensibles industrielles ou géopolitiques, on a la même intrication car concernant l'affaire Snowden, c'est carrément le bal des faux culs générant les vapeurs des indignés :

        "Dans les pays occidentaux, la plupart des services de renseignements ne sont pas autorisés à espionner leurs citoyens sans autorisation judiciaire préalable. Sont ainsi concernés la NSA aux États-Unis, le Bundesnachrichtendienst (BND) en Allemagne et le Government Communications Headquarters (GCHQ) en Grande-Bretagne. Or, le BND et le GCHQ peuvent surveiller les citoyens américains, comme la NSA peut mettre sur écoute les citoyens allemands et américains."

        http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-angela-merkel-tout-fait-pour-essayer-etouffer-en-allemagne-scandale-espionnage-europeens-americains-wolf-richter-778189.html

        "Du coup, à partir de ces quelques idées simples, il est possible de préciser que les services européens s’espionnent entre eux et que les autorités allemandes, par exemple, feraient bien de ne pas trop la ramener…"

        http://aboudjaffar.blog.lemonde.fr/2013/07/01/imbeciles/

      • "Ce n'est pas qu'il n'y a aucune solution, c'est que les solutions (locales) ne nous plaisent pas, nous qui vivons dans les épopées de notre enfance."
        Pourtant, le désir de se connecter à des groupes, à un projet collectif, demeure très fort. Cette idée de narcissisme groupal me semble très pertinente, en lien avec une libido groupale. Sans doute avec tous les inconvénients du clan, comme on le retrouve avec les clubs de supporters. Si on parvient à démontrer, faire percevoir, le caractère révolutionnaire effectif des solutions locales, l'énergie (le désir) peut alors se révéler pour ce révolutionnarisme "moléculaire". On connaît bien ce pouvoir pour les matériaux, polymères en particulier, pour lesquels un tout petit changement moléculaire produit des effets géants au plan des propriétés macroscopiques (par exemple le pontage soufre, seulement 1 atome sur 200, des caoutchoucs qui transforme complètement les propriétés du latex d'hévéa). En mathématiques aussi, les formes indéterminées epsilonxgrand nombre peut produire un effet géant. Il y a une formulation qui dit que la politique n'est pas de faire des grandes choses, mais de faire faire des petites choses à un grand nombre de personnes. Il y a des expériences très malheureuses, mais qui révèlent la puissance de transformation considérable des cellules de base (soviets, jeunesses diverses) et qui nous indiquent le genre de molécule sociale de base à éviter (en général à caractère politique).

        • Le plaisir du groupe est aussi ce qui cimente le Front National comme, avant, le PC. C'est un plaisir que j'ai eu (quand on faisait un petit journal local par exemple) mais que je n'ai plus me sentant un peu gêné maintenant dans les groupes et comme extérieur. En fait, c'est le même plaisir que celui d'une communauté de travail qui représente désormais l'équivalent de la vie de village d'antan, en beaucoup plus précaire. On a besoin aussi que ce soit dans un mouvement plus large et c'est bien ce qui manque. Je ne suis pas sûr qu'on puisse avoir un renouveau politique avant l'expérience de ce qui reste hélas la seule alternative apparente, celle du protectionnisme et du nationalisme mais il peut vraiment y avoir un effondrement qui changerait la donne.

          C'est un peu répétitif depuis le temps mais même si notre ministre de l'économie croit dans la reprise, la situation s'aggrave en Italie, Portugal, etc., alors que l'injection de liquidités ne va pas pouvoir continuer sans conséquences. Une parade sera peut-être encore trouvée mais tant que les dettes ne seront pas effacées (par l'inflation?) ou par défaut (si les taux montent) la situation reste ingérable quelques soient les mesures prises. Du coup, il est bien difficile de s'engager dans des projets à long terme, on est dépendant de phénomènes qui nous dépassent.

          • "C'est un plaisir ... que je n'ai plus me sentant un peu gêné maintenant dans les groupes et comme extérieur."
            Pareil, la chanson de Brassens "dès qu'on est plus de quatre..." me revient en tête. Pourtant, je crois que je pourrais vraiment être très fier de devenir "participant" d'un groupe comme la Maison des sources, centré sur l'autonomie. C'est la première fois depuis très longtemps que je ressens ça, sans doute du fait que j'ai ressenti que personne ne tirait la couverture à lui, ni la moindre accointance de type clanique, c'est organisé pour que ce soit comme ça. Mais je crois qu'ils souffrent un peu de ne pas avoir de statut qui convienne bien et qui marquerait une reconnaissance institutionnelle malgré les résultats vérifiables depuis de nombreuses années.

          • Selon Weidman :

            « Pour permettre à la monnaie unique d’exprimer l’intégralité de son potentiel économique, il faut que des efforts soient déployés sur deux fronts, celui des réformes structurelles et celui de l’abolition absolue des garanties consenties aux banques et aux emprunts souverains. » « Nous devons faire en sorte que dans le cadre d’un système de contrôle national et de responsabilité nationale, il puisse être possible qu’un emprunt souverain fasse défaut sans menacer le système financier. »

            http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-les-etats-doivent-pouvoir-faire-faillite-.aspx?article=4437884094G10020&redirect=false&contributor=Charles+Sannat&mk=2

  8. Une analyse en terme de cycles du prochain effondrement du dollar : http://www.news26.tv/econmie/2772-pourquoi-le-dollar-seffondrera-en-2014.html

    Je ne suis pas aussi sûr de ses prévisions et je crois qu'à l'issue de la crise il y aura plutôt un renforcement de la mondialisation mais il a raison sur les fondamentaux (et notamment sur le risque d'une baisse de pouvoir d'achat de 25%).

    http://impressionsrusses.wordpress.com/2013/03/26/quand-le-dollar-seffondrera/

    Ceci dit, d'autres croient comme Hollande que la crise est finie... http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130715trib000775772/la-resurrection-du-dollar-annonce-une-reprise-americaine-durable.html

  9. Hollande sait (par ses conseillers) que l'économie est faite de haut de bas et comme son objectif n'est pas du tout comme il le croit sans doute l'intérêt général ,et l'analyse en profondeur de la crise , il "parie" sur des éléments de reprise qui mécaniquement vendront le conforter .
    Quant aux analystes économiques de touts poils , ils cherchent à montrer leur érudition et de temps en temps ils pourront être de ceux qui "l'on prévu".
    Les systèmes ou les cycles nous échappent et il est assez illusoire et vain d'en faire des analyses et d'en être les spectateurs avertis et intéressés ( par tous les bouts ) sans en tirer des conclusions humaines et donc politiques .
    Il y a le macro , mais aussi le micro , la réalité de ce que l'on vit au quotidien et c'est bien de cela qu'il s'agit .
    En ce sens l'illusion démocratique c'est de croire qu'on a pas besoin de démocratie et que les expertises des "autorisés qui s'autorisent " n'appartiennent pas désormais à un cycle final d'une décadence d'une espèce pourtant dotée d'une géniale intelligence.
    En ce sens oui , la relocalisation de la mondialisation est une voie nécessaire ,mais qui ne viendra malheureusement pas directement de la chute ou maintien du dollar ou de l'euro , mais de notre capacité à poser les bonnes questions .
    Le fait que ces questions ne soient pas fouillées les laissent en suspend et les petites bêtes qui montent qui montent qui montent (FN entre autres) s'en donnent à cœur joie.
    Alors il est vrai que ceux qui souffrent ou/et réfléchissent en finissent pas souhaiter un bon écroulement pour y voir enfin plus clair. Ce qui méthodologiquement signifie qu'à grand aveuglement il faut un grand malheur.
    Sauf que le malheur est aveugle et injuste comme les systèmes ,comme les cycles. On en revient toujours à nous mêmes décidemment.

    • Il est vrai que les cycles ne permettent pas des prédictions, seulement de comprendre ce qui se passe ("expliquer n'est pas prédire" disait René Thom). Il est essentiel de comprendre notre position dans les cycles autant que de savoir dans quelle saison on se situe. Ce qui rend les prédictions d'autant plus impossible, ce sont les réactions des banques centrales comme des politiques qui, en théorie pourraient lisser les cycles, en pratique ne faisant que repousser l'effondrement du système. Je ne crois pas qu'on ait jamais fait quoi que ce soit sans y être forcé par les événements.

      • Il me semble que la perception des cycles permet la prédiction, tout dépend de la précision qu'on peut souhaiter. Savoir dans quelle saison on se situe permet de prédire quelle sera la prochaine et de percevoir les tensions qui amènent la période suivante.

        • Il est vrai que notre liberté n'est pas grand chose ; mais un pas grand chose énorme .
          Comprendre les cycles ...Ok ! mais comme en toute chose c'est l'intention qui compte et ce que l'on souhaite faire de cette compréhension. Et l'intention comme le reste se juge au concret dans les faits : à partir du moment où nous ne disposons pas d'outil politique sérieux de traitement collectif de ces compréhensions afin d'en dégager des politiques d'avenir , c'est du gaspillage de compréhension , c'est illusoire et sans véritable intérêt. ça alimente le système.

          • On en revient à la stratégie politique. Faut-il suivre la proposition de Jean Zin de reconstruction par le bas, par une organisation collective au niveau communal, ce qui produira une rénovation complète de l'édifice, ou bien une reconstruction par le haut en essayant d'agir sur les institutions nationales et internationales? L'ensemble se tient et est en équilibre relatif avec ses parties, avec des jeux quand même, sinon on ne pourrait rien faire. Les expériences de reconstruction par le haut semblent assez vaines, en tout cas pour la plupart d'entre nous et même pour ceux que nous sélectionnons pour s'en occuper. Les éléments de stabilisation (conservateurs si on veut) sont d'autant plus puissants qu'il concerne une échelle étendue. Et en plus, c'est une opération complexe qui risque fort de vérifier que "les moyens justifient la fin". C'est à dire que le point d'arrivée ne sera pas celui qu'on souhaite mais qu'il sera les conséquences de notre action, y compris et surtout les aspects qu'on ne perçoit pas. Donc la stratégie par le bas permet au moins le retour d'expérience et l'ajustement, parce qu'il peut y avoir diverses expériences et que les corrections pour une expérimentations sont beaucoup plus faciles à opérer parce que le système est moins étendu (donc avec des stabilisateurs moins puissants) et moins complexe.
            Ce qui peut être fait au niveau national, c'est de pousser dans le sens de mises en place de dispositions légales favorables à l'expérimentation du style des coopératives municipales et se battre contre celles qui y sont défavorables.

  10. Les cycles permettent de savoir qu'on passe par exemple des années folles ou bling-bling à une plus grande solidarité qui est elle-même temporaire, qu'il n'y a pas dérives inéluctables toujours dans le même sens mais inversion des courbes, ce dont il est primordial de tenir compte dans nos stratégies à long terme au moins, même si on ne peut jamais transformer en prédiction ce qui dépend de la réaction des hommes ou des institutions (mais j'ai prédit le retour des révolutions bien avant que cela paraisse crédible en quoi que ce soit).

    Ce qui m'a le plus époustouflé, pour ma part, c'est bien de constater qu'il y avait des cycles idéologiques accompagnant les cycles économiques, relativisant effectivement notre liberté de pensée (modes, paradigmes, etc.) et renforçant la causalité matérielle. Il n'y a rien de nouveau à ce que la causalité matérielle limite notre liberté, faisant l'objet des sciences physiques, biologiques, économiques, sociologiques, ethnologiques, etc. Ce qui est curieux, c'est à quel point on dénie ce que nous enseignent les sciences humaines (ou biologiques). L'économie n'est rien d'autre que ce qui limite notre liberté mais ce n'est pas du tout une idéologie comme certains trouvent malin de le prétendre, et même si beaucoup d'idéologie se mêle à cette science si peu fiable en effet, c'est un système matériel.

    Les cycles économiques n'ont rien de mystérieux, ce sont des logiques d'emballement assez simples comme le fait d'avoir des intérêts qui baissent favorisant le crédit jusqu'à un krach de la dette, entraînant à chaque fois toute la société (impossible de résister longtemps à l'attrait du crédit quand il devient un facteur d'enrichissement). Ce qui est plus difficile à comprendre, c'est la prétention que tout cela dépendrait d'un choix libre, qu'il suffirait de décider du développement ou de la décroissance, décréter comme devrait être organisées production et répartition sans se soucier que la production globale soit suffisante pour la répartition voulue, sans se soucier de la réalisation concrète dans toute l'étendue de sa complexité et des diversités de situations.

    Que notre liberté soit beaucoup plus modeste n'empêche pas qu'elle reste décisive, il ne faut simplement pas en attendre de miracles et ne pas croire avoir un pouvoir global sous prétexte qu'on pense global, ni qu'on pourrait changer le plomb en or (la monnaie est notamment l'objet de cette confusion entre culturel et arbitraire). Moi, je ne rejette pas par principe une alternative top-down si l'occasion s'en présentait, si cela avait une chance de réussir mais ce qui se présente comme projet étatique me semble complètement inadapté à l'ère du numérique. Il y aurait plein de mesures à prendre au niveau national, absolument pas à négliger (ne serait-ce que pour le revenu garanti), mais l'offre politique est désespérante d'archaïsmes (même les Verts). L'idéal serait bien sûr une convergence entre politique étatique et relocalisation, une synergie permettant de changer en profondeur la société comme ses représentations. Simplement, une relocalisation exige la mobilisation du local. On pourrait parler de fédération si le local n'était à reconstituer (on ne part pas d'une démocratie locale vivace). La chose me paraît de simple logique, ce pourquoi cela pourrait n'avoir qu'un lointain rapport avec les faits réels mais éclaire d'un oeil très critique toutes les autres prétendues alternatives (la sortie de l'Euro!).

    Le niveau national est invoqué dans notre situation présente (correspondant au moment du cycle) surtout dans sa supposée capacité de protectionnisme comme si nos grandes entreprises n'étaient pas transnationales. On peut lire des appels à réconcilier Sapir, Mélenchon et Le Pen, ce n'est certainement pas le moment d'en rajouter dans la valorisation du niveau national mais au contraire d'en souligner les limites pour se rabattre sur le local (alors qu'il fallait revaloriser le niveau national quand le néolibéralisme était hégémonique, ce qu'il n'est plus).

    http://www.dedefensa.org/article-crise_par_bl_titude_du_r_gime-poire_16_07_2013.html

    • "Moi, je ne rejette pas par principe une alternative top-down si l'occasion s'en présentait, si cela avait une chance de réussir mais ce qui se présente comme projet étatique me semble complètement inadapté à l'ère du numérique."
      Est-ce que vous avez un avis sur les 75 propositions de Lescure au sujet du numérique?
      Stiegler se fait entendre sur ce sujet de la révolution numérique en cours. Il propose de revisiter tout ce que nous faisons pour s'adapter à cette nouvelle donne et tente d'y contribuer lui-même et il est membre du conseil national du numérique. Vous avez un avis sur ce CNN?

      • Non, je n'ai pas regardé en détail les propositions de Lescure mais son travail est de préserver les intérêts des industries culturelles, pas de tenir compte de la gratuité numérique. Ceci dit, il y a une inévitable transition à assurer et en quelques années on est déjà passé des positions les plus réactionnaires à des positions qui se rapprochent de la licence globale mais c'est tout le secteur qu'il faudrait restructurer.

        Je n'aime pas Stiegler. Je n'ai vu que Valérie Peugeot (que j'aime bien) du Grit au CNN. Celui du Grit qui devrait y être aussi, c'est Philippe Aigrain mais je ne suis pas persuadé que ce soit une institution si importante (je ne connais pas bien), en tout cas, je n'en attends pas grand chose.

        • Le côté gourou de Stiegler, son charisme qui dépossède l'autre d'une part de son autonomie, qui conditionne son (àu disciple, pas à Dieu-Stiegler) individuation qui devient une co-individuation qui ne peut plus se passer de "Dieu"? Encore que Dieu ne peut se passer de ses disciples non plus.
          Mais je trouve malgré tout que les réflexions de Stiegler sont éclairantes sur notre époque, en particulier sur le numérique.
          ça me remémore une remarque de Rony Brauman à propos de Kouchner, il disait qu'il avait le syndrôme du chef.

          • Non, ce n'est pas la personne de Stiegler que je n'aime pas, il n'est pas si antipathique, mais ce qu'il dit qui me semble un peu bête. Il fait partie de ces si nombreux nouveaux moralistes qui nous encombrent.

        • "... ces si nombreux nouveaux moralistes qui nous encombrent."
          La morale nous éloigne de l'information et d'un regard politique matérialiste. Mais, c'est un processus humain tellement "naturel" (la commune connerie?) qu'il doit bien avoir une utilité? Sans doute pour resserrer les liens du groupe et conforter des "choix" collectifs.

          • Bien sûr qu'on ne peut vivre sans morale, il ne s'agit pas de s'enfermer dans une logique binaire. Il y a même une sorte de morale animale chez les animaux grégaires. Pour nous, la morale découle de la reconnaissance des autres comme semblables (interlocuteurs qui peuvent mentir) ou d'un surmoi parental. Dans "Misère de la morale" je reprends l'analyse de Hegel qui va de l'adoption des moeurs de la tribu à l'action politique pour la justice. Le problème n'est pas la morale en soi, sous n'importe laquelle de ses formes, le problème c'est la bêtise, le moralisme, la croyance de pouvoir améliorer la société par la moralisation des hommes (changer leurs valeurs, passer de l'égoïsme à l'altruisme).

            Le problème c'est l'obscénité avec laquelle ces moralistes se donnent en exemple et se croient au-dessus des imbéciles que nous sommes alors qu'ils sont juste bouffis par leur narcissisme et d'une crédulité sans limite. Le problème, c'est que l'enfer est pavé de leurs trop bonnes intentions et que le surmoi est insatiable (le contrôle social toujours insuffisant). Cela n'oblige pas à prendre la position opposée tout aussi bête de se croire sans morale, par-delà le bien et le mal, ce qui est encore plus débile. Il ne s'agit que d'en reconnaître les limites, les errements et ne pas confondre les registres.

            L'idéalisme est essentiellement moral à croire qu'il suffit d'intérioriser une règle, se détournant ainsi des causalités matérielles, façon de s'aveugler donc mais aussi de prendre les autres comme objets, normalisés, au lieu d'en admettre l'altérité radicale (si nous sommes semblables, c'est aussi dans notre étrangeté réciproque).

            La morale me semble l'exemple même de ce dont la vérité ne réside pas à l'origine, dans la rigidité des lois du clan, mais qui se dégage petit à petit de son obscurantisme premier et de sa rigidité initiale. C'est le pas accompli par Paul (en fait Marcion) de l'Ancien au Nouveau testament, du dieu vengeur, dieu de justice, au dieu d'amour où l'amour abolit la Loi en même temps qu'elle l'accomplit, réalisant son intention profonde (c'est dans cette traduction par Luther que Hegel a trouvé le concept d'aufhebung comme moteur de la dialectique). Le problème étant que cet amour forcé n'est pas forcément mieux qu'une Loi moins ambivalente, ce pourquoi l'ésotérisme enseigne qu'on doit passer ensuite de l'amour à la liberté, difficile abandon à l'inconnu pour retrouver l'authenticité de l'amour...

          • Fondamentalement l’histoire nous montre que les individus et la société ne progressent pas réellement sur le plan moral et qu’ainsi l’action politique ne peut pas s’appuyer sur la promotion d’un changement moral mais beaucoup plus sur la structuration matérielle de la société qui ,elle, change, les problématiques et les questionnements évoluant.
            L’action politique ne doit pas s’appuyer sur le placage d’une morale ou d’une idéologie, ou d’une constitution parfaite etc mais sur l’analyse et la réflexion appliquées à la réalité sociétale du moment afin de bien repérer et cerner les problématiques et les solutions structurantes à tenter de mettre en œuvre.
            On retrouve là, la démocratie cognitive, l’interrogation collective ouverte à tous et si possible , pour rester sérieux, structurée et reliée au pouvoir d’agir et décider.
            Cette démocratie du questionnement mobilise l’attention, la raison et la morale, sans se positionner en modèle.C’est l’activité politique dans ce qu’elle peut avoir de meilleur : une humilité collective en action , une recherche d’humanité situant cette humanité au niveau de cette recherche .

          • Dès lors qu'on ne surestime pas le potentiel politique de la morale, de la capacité d'intériorisation des règles, dès lors qu'on ne fait donc pas appel à un homme nouveau capable de coller à nos aspirations particulières, on fait comment pour faire avancer une philo de l'information, la reconnaissance de l'altérité, le cognitif, les évènements plutôt que les à-priori, les faits plutôt que la vérité du guide, arrangée à son avantage?

          • Comment faire est une question qui se pose tout le temps pour chacun. Il y a beaucoup de choses à faire en fonction des circonstances. Si on veut une indication générale, ce qu'on peut toujours faire, c'est informer justement, notamment sur les illusions trompeuses, les risques bien réels ou la dénonciation de dérives dangereuses. Le pouvoir de la parole est limité mais reste bien réel dans sa portée d'information (y compris, on le voit, par la révélation de ce que tout le monde savait déjà pourtant de l'espionnage généralisé). Il faut aussi certainement "travailler sur soi" comme on dit, se connaître soi-même ou plutôt son ignorance, en soumettant ses certitudes à la question pour s'assurer que ce qu'on veut réaliser est bien possible et désirable, pas simple fantasme imaginaire. Enfin, tout dépend de l'analyse des rapports de force pour l'action effective car on n'est pas tout seul, l'altérité des autres est effective et on n'évitera pas les effets de groupe, la démagogie, la mobilisation d'émotions primitives, tout ce qui constitue le réel des rapports sociaux (leur effectivité selon le terme de Machiavel). Il faudrait, à travers tous ces pièges, arriver à un résultat positif, ce qui demande pas mal de doigté, en effet, alors qu'on est si malhabile...

            Il est on ne peut plus humain de vouloir changer le monde, le rendre plus raisonnable, plus vrai, plus juste, plus libre. Il n'y a pas à renier cette exigence première, pas à céder un pouce là-dessus sous prétexte que nos moyens sont on ne peut plus limités. Tout ce qu'on peut faire, c'est tirer parti des opportunités (kairos), profiter du meilleur, éviter le pire à la mesure de notre rayon d'influence et d'action, ce n'est pas rien mais nous sommes très minoritaires. Il faudra s'intégrer à des mouvements plus larges, hélas trop inconsistants jusqu'ici.

          • A la question du comment faire, vous me faites une réponse individuelle (travail sur soi, stratégie individuelle). C'est quand même proche de l'utopie d'un homme nouveau. Je crois qu'on peut faire beaucoup plus et beaucoup plus facilement avec les hommes tels qu'ils sont, par des dispositions procédurales collectives bien pensées et expérimentées. Je le crois parce que c'est ce que je teste depuis une petite année avec les dispositifs procéduraux de la sociocratie d'Endenburg. J'aimerais bien pouvoir m'appuyer sur d'autres sources, mais je n'en ai pas. Par exemple, je suis persuadé que l'expérience d'Ardelaine recèle un savoir faire collectif très opérationnel, d'autant plus qu'il n'est pas appuyé par une culture ni des institutions (le milieu n'est pas porteur pour ce genre d'expérience collective), mais ils n'ont pas communiqué beaucoup sur ce point.

          • Non, non, non, je ne parle pas du tout de stratégie individuelle puisque je dis au contraire qu'il faut intégrer un mouvement plus large. Je parle encore moins d'un supposé homme nouveau ! Si je parle de "travail sur soi" entre guillemets, c'est un peu ironique mais surtout par rapport aux illusions démocratiques et à notre rationalité limitée, au fait que ce qu'on croit évident et désirable ne l'est pas (la question n'étant pas seulement des moyens mais bien des finalités), tout cela faisant partie d'une philosophie de l'information, sans aucun espoir justement d'arriver à un "homme nouveau" ni à un fonctionnement idéal par la grâce de procédures qui ont leur utilité (comme toute méthode d'organisation ou de management) mais aussi leurs contraintes et leurs limites (pour les Situationnistes, le mot magique pour régler toutes les questions, c'était "conseil ouvrier" !). Beaucoup tient aux personnes justement, qui peuvent être difficiles et ingérables, ambitieuses ou décourageantes, idiotes ou autoritaires, etc. Des procédures sont indispensables pour faire avec mais il faut admettre qu'on navigue à travers les problèmes, il n'y a pas d'autoroute toute tracée et on n'est pas à la barre. Moi aussi je suis preneur de toute nouvelle idée qui nous ferait progresser (mais quand on dit cela on reçoit les propositions le plus farfelues d'illuminés qui croient avoir la réponse dans leur petit esprit et en font des tartines alors que les bonnes réponses ne sont pas nouvelles - tout est déjà là).

          • Pour la conduite de collectifs, l'expérience de Michel Lepesant me semble aussi très intéressante. Au sein du groupe projet de la monnaie locale de Roman, la Mesure, ils ont testé toutes les procédures qui leur sont passées par la tête et qui leur semblaient intéressantes. Il me semble qu'il m'avait dit qu'il éditerait un bouquin qui en ferait état, mais je ne trouve que son bouquin sur l'antproductivisme qu'il a coordonné.
            Il n'y a guère que des bouquins sur le management d'entreprises qui traitent de ce sujet des architectures et procédures de décisions, mais ils me font toujours venir en tête que ce ne sont que des procédures pour tirer le maximum de la bête, même si elles peuvent être très participatives comme c'est le cas du lean management.

          • Le respect des échelons et notamment le maintien d’échelons courts où les individus peuvent s’impliquer me semble un élément essentiel de la démocratie. Si les mécanismes et les décisions échappent aux gens au profit de délégations lointaines et de processus complexes , et que pour être citoyen les gens n’ont plus que leur bulletin présidentiel , on rentre dans le systémique et ..vogue la galère.
            On se replie alors sur les solutions individuelles ou collectives « exemplaires » qui espère t on, gouttes d’eau rassemblées, formeront l’océan du changement.
            Je pense plutôt que le changement doit rester l’affaire de tous, du moins du plus grand nombre et que pour ce faire il faut prendre toutes mesures utiles pour que la citoyenneté ne soit pas un concept creux. Et que bien plus que des exemples nous aurions besoin du rétablissement ou la mise en œuvre d’échelons décisionnaires courts (entreprises, collectivité publiques etc).
            Hélas l’idéologie dominante est ancrée à l’inverse et veut nous faire croire que nous sommes entièrement soumis à des évolutions inexorables sur lesquelles nous n’aurions pas de prise.
            Si effectivement le réel est complexe et dur et échappe en grande partie à notre volonté, beaucoup s’en arrangent très bien, non par sagesse, mais parce que la confusion des esprits les favorisent grandement par un côté ou l’autre. On sait que le bien et le mal se côtoient de très prêt et qu’il est parfois peu aisé de les distinguer. Tout irait donc très bien Madame la Marquise.

          • Il est difficile de faire la part entre les difficultés au changement inhérentes au réel qui par nature n’est pas simple et celles plus spécifiquement dépendantes du « rapport de force » , ce rapport n’étant lui-même pas simple et ne pouvant pas s’assimiler à deux armées face à face .
            En tout état de cause concernant le « comment faire ? » Il est sans doute plus adapté à la situation de rechercher des procédures participatives de compréhension et réflexion collectives que de raisonner en camps et rapport de force numérique. De promotionner une démocratie cognitive accessible au plus grand nombre plutôt que des affrontements électoraux, des alliances, des combats idéologiques.
            Les avancées technologiques en cours sont porteuses du meilleur et du pire ; le travail politique du jour étant de tirer partie au mieux de ces avancées et d’en éviter les dérives ; de réfléchir et mettre en œuvre de nouvelles organisations sociétales.
            Eviter de s’en laisser compter par « la marche inexorable de l’histoire », parce que si effectivement nous ne pouvons pas grand-chose , tout reste néanmoins toujours possible.

          • Non, je ne crois pas du tout que tout reste possible.C'est la grande illusion que rien ne justifie. On peut toujours le dire, cela ne sert à rien qu'à ne pas voir la situation en face. Je crois effectivement qu'il y a des évolutions inexorables auxquelles on ne peut rien, ce qui n'empêche pas qu'on peut corriger nos erreurs et empêcher des dérives, ce qu'on fait sans cesse sans qu'on n'ait non plus vraiment le choix. Il faut travailler pour avoir le nécessaire, notre liberté se limitant au choix du travail.

            Nous sommes dans un monde que nous n'avons pas choisi bien qu'il soit le fruit de l'histoire humaine à laquelle nous ne sommes pas si étrangers donc mais qui ne dépend pas tellement de nous pour autant et sur lequel pèsent des contraintes et menaces qu'il faut prendre en compte. Ce qui illustre le mieux que nous sommes sujets plus qu'acteurs, c'est l'évolution technique contre laquelle les technophobes ne peuvent rien, ce qu'ils n'arrivent pas à comprendre et considèrent comme une insulte à leurs droits, ce dont l'évolution technique n'a que faire détruisant effectivement l'ancien monde pour en configurer un nouveau (selon sa logique plus que selon nos souhaits). Tout ce qu'on peut faire à coup de réglementations et de comités d'éthique, c'est d'en retarder de quelques années les derniers développements dans quelques territoires.

            Cela ne veut pas dire qu'on ne serait que simples spectateurs, mais que c'est en s'intégrant dans les dynamiques du moment qu'on peut y participer, en arbitrant entre les idéologies dominantes (qui sont toutes ringardes), en choisissant son camp (il y en a effectivement bien plus de 2, ce n'est pas du tout la vérité contre l'erreur). Rien à voir avec le rêve d'un "tous" soudain métamorphosé et d'une réponse unique à tous les maux de la terre mais si on peut s'attendre au pire, cela ne veut pas dire qu'il ne peut y avoir de bonnes surprises (même le management doit reconnaître les nuisances de ses excès et la valeur de l'autonomie), simplement que ce sont rarement celles qu'on attend.

            La situation n'est certainement pas bonne, mais elle ne l'a jamais été. Se poser la question de comment peser pour l'améliorer est crucial mais il ne faut pas y répondre en se racontant des histoires. Peut-être qu'en partant de notre impuissance effective, on arrivera à construire une puissance collective ? En tout cas pas en se montant le bourrichon et en répétant en boucle yes we can (on a vu au contraire comme on peut peu).

            Demain, il y aura maintenance du serveur et blocage des commentaires (et je rentrerais dans la période de la revue des sciences).

          • « Peut-être qu'en partant de notre impuissance effective, on arrivera à construire une puissance collective ? »
            On peut retenir cela ? Et reconnaître aussi qu’ayant à nos niveaux des vues partielles et partiales des choses il serait illogique de condamner par avance le surgissement d’un possible qu’on n’aura pas vu venir ?
            Bonne revue des sciences.

          • Je serais curieux de savoir ce que J Zin envisage dans le terme développement personnel. Je viens de suivre quelques cours de la méthode Bertherat, forme d'ajustement des tensions musculaires plutôt intéressante. Mais la formatrice, ne peut pas s'empêcher d'y fourrer de la psycho de bazar comme des questions valises telles que mon rapport à l'autorité, tout ça parce que j'ai fait appel à la justice, avec succès d'ailleurs. Je lui ai rétorqué que ce genre de question est bateau, car tout le monde a un rapport à l’autorité, les parents, la police, le patron, le prêtre...

            La propriétaire de l'endroit où la formation s'est passée est une actrice reconvertie au coaching, fan de la transformation personnelle et du coaching que j'ai un peu douchée en lui donnant des exemples de conneries liées à l'utopie de la transformation.

            Il y avait là toute une tripotée de fans écolos en peau de lapin qui crament des milliers de litres de fuel pour leurs voyages au Népal et ailleurs et qui s'offusquent que l'on puisse se faire un café avec une dosette dans un petit emballage plastique.

            Beaucoup de crétinerie navigue dans ces milieux pseudo alternatifs qui sont imbibés de catéchisme bisounours qui voit pas plus loin que le bout de son nez.

            Pendant 5 jours, j'ai eu des crises de facepalm, en plus ces ilotes pleins de de bonnes intentions sont incapables de la fermer un peu et d'écouter, ils jacassent en permanence comme des histrions.

          • @ Olaf
            Hilarant ! cet épisode ;et surtout la manière de décrire la chose ..J'en ris encore .....
            J'ai retenu l'autre jour, dans un autre commentaire l'expression "le bal des faux culs " que j'utiliserai sans doute ...si le brevet n'est pas déposé : je ne veux pas ici risquer la procédure !

          • Chaque fois que je reviens en France, les bras m'en tombent de constater à quel point personne n'écoute personne, tout le monde se coupe la parole et tout ce beau monde parle de psycho et d'écoute sans même se rendre compte de sa surdité constituante dans un bel élan de spontanéité candide à front de taureau.

            C'est peut être que l'allemand conserve son verbe souvent en fin de phrase que ça le rend patient.

          • Je ne suis pas procédurier, mais quand j'ai rapporté des bons paquets de pognon et que je n'ai quasiment rien en retour, alors je mets en route la procédure juridique, ce qui m'a réussi dernièrement, au point d'être à l'origine d'une nouvelle jurisprudence en faveur claire des salariés. Ça vaut la peine parfois de se remuer le croupion. En Allemagne, je n'ai pas ce genre de problèmes, toute innovation est reconnue et rémunérée selon des procédures claires.

  11. Le raisonnement global nous situe au niveau du monde et de son univers ; mais il nous situe aussi au local , là où nous vivons ; ces deux réalités étant la base de toute organisation humaine sur cette planète /ces deux réalités étant la base de toute organisation humaine sur cette planète.
    Le système actuel ne valorise que l'échelle mondiale , oubliant la réalité locale ; cette illusion est rendue possible du fait d'un paradigme fondé sur l'économie , très efficient grâce aux nouvelles technologies. A partir du moment où tout s'organise autour de la production et vente , la notion de local c'est à dire de vie humaine dans un milieu ,n'a plus de sens ; nous rentrons dans le zonage et la spécialisation .
    Les réactions nationalistes et protectionnistes sont dans ce contexte de délocalisation fort logiques ; mais elles pêchent en fait par leur dépendance au système existant ,et ne sont que réactions. Elles restent accrochées à l'approche "économissiste "du monde ( protectionnisme, dévaluation..) et s'illusionnent en plaçant "la souveraineté " à ce niveau ( création monétaire ) ; en effet , "le mal " est fait et la privation de local s'est aujourd'hui incarné matériellement et spirituellement .Nous sommes aujourd'hui des êtres urbains privés d'un milieu non pas naturel mais humain .
    L'enjeu est bien une reconquête d'humanité qui ne peut passer que par un projet de relocalisations constructrices , soutenues au moins au niveau national dans un premier temps.
    Nous ne pourrons nous retrouver qu'en construisant ensemble et toute construction humaine fusse telle ,comme il se doit, appréhendée au niveau planétaire , doit s'inscrire dans un concret proche .
    Mélenchon , Sapir et les autres zappent cette lourde réalité de la perte d'humanité et donc de souveraineté qui s'inscrit aujourd'hui dans les faits et croient ou veulent nous faire croire qu'en prenant des orientations économiques différentes on rasera gratis .
    Ils ne pensent pas l'entièreté du problème et le réduise comme si on pouvait s'en sortir à bon compte ; comme les verts avec leur développement durable .
    Tant qu'on en restera à ce niveau d'interprétation du réel , on a peu de chance d'avancer. Il faut creuser d'avantage et aller vers cette idée d'aller vers une mondialisation relocalisée - nous sommes de chair et d'os ,et pas des agents économiques .
    Ce n'est pas autour d'une réaction qu'il faut s'unir mais autour d'un projet .
    Les débats ne sont pas assez poussés et chacun reste trop dans son coin et dans les règles du jeu en vigueur. Ne parlons pas de nos "dirigeants" à l'esprit guindé comme leurs costumes cravates qui sont bien incapables d'interroger les mots qu'ils emploient pour nous diriger .

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