Kit de création d’une coopérative municipale

Vous voulez créer une coopérative municipale dans votre commune et ne savez pas comment faire ? Tout dépend du contexte, des moyens, des rapports de force. Il y a tout à inventer, c'est une aventure collective mais on peut donner des exemples qui devront être adaptés aux réalités locales.

Rappelons que la coopérative municipale est l'institution de la relocalisation de l'économie et d'une production alternative (sortie du salariat productiviste) dont les buts sont :

  • Développement local, dynamisation des échanges locaux (relocalisation de l'économie)
  • Protections sociales contre la précarité (revenu garanti) et services d'assistance ou de formation
  • Valorisation des compétences, aide à l'autonomie et recherche des synergies (coopérations)
  • Production alternative non marchande et nouvelles forces productives immatérielles et coopératives
  • Centre de traitement de l'information locale et construction d'une intelligence collective

Ce sont les principes qui doivent guider la création de coopératives qui peuvent être très différentes selon les endroits. Avant tout il faut un accord politique et un engagement de la municipalité devant la population. En l'absence d'un tel accord on peut créer un SEL ou une coopérative décidés à obtenir ce statut municipal à terme.

La justification politique du caractère municipal de cette initiative c'est la nécessaire relocalisation de l'économie (la réinsertion de l'économie dans son environnement et le retour aux circuits courts) mais aussi l'urgence sociale provoquée par la politique monétaire restrictive de la BCE dont le rôle de frein pour la croissance pourrait être soutenu écologiquement à condition de compenser localement le chômage, que produit cette trop rigoureuse lutte contre l'inflation, par une création de monnaies de proximité. Il y a des justifications à plus long terme mais qu'on ne peut prendre en compte dans un premier temps

Comment faire ?

  • d'abord création d'une association municipale à laquelle on s'inscrit pour une somme symbolique (genre 1€), et monnaie d'échange interne à la coopérative (genre SEL). Avec des moyens et des salariés à plein temps (pour les temps partiel on peut avoir recours aux membres de la coopérative rémunérés en monnaie interne). Un certain nombre de prestations communales doivent être payables en monnaie locale, au moins partiellement. Précisons que la coopérative est ouverte à toute personne physique et n'a pas besoin d'être réservée aux habitants de la commune (on peut venir des environs).
  • création d'une bourse locale d'échange (interne à la coopérative ou bien ouverte à tous : on devient membre à la première opération) qui serait une bourse d'échange de services plutôt que de biens. Cela suppose une collecte des compétences disponibles et des besoins exprimés, avec un site Internet et une démarche active de rapprochement entre l'offre et la demande, ainsi qu'un local de grande visibilité à l'endroit le plus fréquenté de la ville ou dans la Mairie. Une présence sur les marchés et les transports en commun me semble indispensable pour avoir la proximité requise. Beaucoup dépend de l'efficacité de la mise en relation entre l'offre et la demande, de l'organisation de l'échange et de la valorisation des capacités inutilisées.
  • on peut intéresser les commerçants à intégrer la monnaie locale sous forme de rabais (20%, ou moins, payé en sel). L'utilisation de cartes semble indispensable ici (comme la carte Leclerc ou moneo).
  • sur cette base, on peut greffer toute autre fonction municipale d'information ou de soutien car un des objectifs est d'en faire la structure médiatrice avec les autres services municipaux, une centralisation de l'aide, un guichet unique, chaque participant ayant un interlocuteur de la coopérative pour l'orienter et le soutenir, l'aider à trouver un débouché ou un financement. C'est important car plus la coopérative municipale sera intégrée aux démarches ordinaires plus elle sera utilisée (cela remplace la publicité). C'est important aussi du fait que le plus difficile avec une nouvelle institution, c'est sa cohabitation avec les anciennes habitudes.
  • la question du revenu est délicate mais on peut imaginer que les allocataires de minima sociaux inscrits à la coopérative reçoivent un complément en monnaie locale, ce qui les incite à utiliser le système et donc favorise aussi qu'ils y trouvent un débouché. Il faut pouvoir envisager aussi de donner un complément de revenu à ceux qui sont engagés dans des ouvrages de longue haleine sans rentabilité immédiate (logiciels libres, spectacles, prototypes, constructions, etc), au même titre que la formation. Il ne faut pas hésiter à mélanger monnaie locale et devise européenne car un revenu ne peut être entièrement constitué de monnaie locale (mais cela devient un problème budgétaire).
  • Il y a des conflits d'intérêts à régler avec les artisans locaux, il faut avancer prudemment activité par activité mais je suis persuadé que la pérennité des coopératives municipales dépend en grande partie de sa capacité à drainer les compétences informatiques inemployées. En particulier le dépannage à domicile semble difficilement rentable dans le cadre du marché et trouverait ici un terrain propice. Les services d'assistance à la personne peuvent aussi bénéficier de ces échanges de proximité mais il faut éviter de se cantonner au social ou de vouloir se substituer à tous les bons services de voisinage. La coopérative est malgré tout le lieu où trouver aide et assistance, il est important d'en faire un lieu de convivialité (repas? fêtes?).
  • Il semble qu'au-delà d'un certain chiffre d'affaire il faudrait inciter les coopérateurs à rejoindre le marché et fonder une entreprise en leur fournissant les moyens pour cela. Rester dans la coopérative risquerait de leur donner trop de place au détriment des activités moins rentables. De toutes façons, à la différence notable des SEL, un système de taxes progressives est inévitable selon les secteurs et le revenu jusqu'à rejoindre celles du système commercial.
  • a contrario, la coopérative municipale devra abriter un certain nombre d'activités et d'ateliers pas assez rentables. Elle a aussi la fonction de commercialisation des produits locaux, d'interface avec le marché (en plus de ses échanges internes). La coopérative municipale pourrait servir aussi de "société de portage" permettant de salarier des activités autonomes (libérales) trop peu rémunératrices ou intermittentes. Il ne faudrait pas que cela devienne trop dominant car cette fois-ci, on parle en euros (et c'est potentiellement coûteux) mais ce serait très utile.

Ce sont juste quelques exemples (j'essaierais d'améliorer en fonction des critiques et propositions). On n'est pas obligé de tout faire en même temps. Beaucoup est dans la rencontre entre une demande locale et une population disponible. L'important, c'est d'avoir une structure municipale d'échange de services. J'insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de mettre le pilotage automatique mais de rester attentif aux résultats. C'est une initiative qui pose des problèmes, même si elle en résout beaucoup. On peut dire que le niveau municipal récupère le pouvoir économique dont les Etats se sont dépouillés. On comprend que cela exige un pilotage serré et réactif qui doit faire l'objet d'un débat municipal permanent, se servant des informations sur l'activité de la coopérative pour ajuster les politiques municipales avec une optique de développement humain (développement de l'autonomie par l'assistance, la formation, l'information, la mise en relation, le revenu, le financement). Tout ceci peut sembler dérisoire bricolage pourtant l'alternative se joue là, à la base, l'invention de nouveaux rapports plus convivaux, la volonté de vivre ensemble.

Voir aussi : La coopérative municipale et Les monnaies locales

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4 réflexions au sujet de « Kit de création d’une coopérative municipale »

  1. c'est intéressant cette idée de monnaie locale
    mais qui dit monnaie dit également matérialisation de cette monnaie (billet, chèque, ticket, ...)
    et qui dit matérialisation dit également gestion de cette monnaie et donc banque, taux d'intérêt ...
    on doit également envisager l'éventualité d'une contrefaçon .... les chèques ne sont plus vraiemnt acceptées aujourd'hui car ils sont facilement scanables et reproductibles
    en somme ce n'est pas simple ....

    nous sommes définitivement entrés dans l'ère de la monétique (virement et ptélèvement automatique, carte bancaire, carte de crédit, paiement par identification des empreintes, ....)
    il y a échange de flux d'informations, de données ...tout se passe au niveau des machines
    que se passerait-il si toutes les données bancaires, d'assurance, financières étaient tout à coup irrémédiablement effacées ? chacun je suppose produirait ses relevés de compte, mais ce support qui coûte cher aux banques va t'il perdurer ? que se passera t'il quand tout sera totalement dématérialisé ? n'y aura t'il pas un risque de se voir littéralement effacé des fichiers ....numériquement mort

  2. Une monnaie n'est pas forcément matérialisée. Il y a des monnaies virtuelles et des monnaies de pure écriture, on peut dire que c'est une matérialisation mais il n'y a pas besoin de banques, ni de taux d'intérêt, ni de contrefaçons parce que c'est une monnaie dite "fondante" qui perd sa valeur au bout d'un certain temps (comme les Tickets restaurant). Elle doit être consommée dans l'année et ne peut se capitaliser. Certes ce n'est pas simple. C'est ce que je dis dans le texte sur les monnaies locales que j'incite à lire
    perso.wanadoo.fr/marxiens...

    Il faut reconnaître que les cartes de paiement peuvent faciliter grandement les procédures. Pas de risque que tout soit effacé, même par une bombe atomique au-dessus de nous comme certains l'envisagent. Il y a toujours des copies. Par contre qu'il y ait des erreurs, des pertes de données et qu'on disparaisse des fichiers, cela arrive tous les jours... L'important effectivement c'est que la richesse et toutes les dettes sont entièrement sociales, indexées sur la confiance dans la société et les contrats. Tout cela peut disparaître d'un seul coup comme la révolution russe refusant de payer l'emprunt ou petit à petit grignoté par l'inflation. Rien n'est jamais acquis !

  3. les tickets restaurants peuvent être facilement contrefaits même si effectivement leur utilisation est limitée dans le temps
    les 'banques' pour ces systèmes de paiement sont les organismes qui gèrent les tickets restaurants
    il n'y a effectivement pas de taux d'intérêt mais il peut y avoir des remises accordés pour les grands collecteurs (cantines, chaînes de restaurant, ...) ce qui revient de fait à rémunérer cet argent

    on peut toujours croire que les données sont conservées, copiées, archivées ....mais même une copie peut être infestée de virus qui annihileront cette copie dans le cas où l'on tenterait de la récupérer
    aucun système n'est parfait et l'erreur des banques et des organismes financiers est d'être quasiment persuadé du contraire... tout au moins au niveau des têtes dirigeantes de ces organismes

    vous avez raison de parler de l'argent car c'est un point important de nos sociétés actuelles
    à tel point d'ailleurs qu'on finit par l'oublier complètement
    à l'heure actuelle aussi étrange que cela puisse paraître, l'argent n'a plus de réelle valeur .....parce qu'il y en a trop en stock
    imaginez que vous ayez une montagne d'un produit quelconque (des peluches de lapin) dans un gigantesque entrepôt, un stock quasiment inépuisable ....ce bien n'aurait évidemment q'une valeur faible car tout le monde le paierait en fonction de la connaissance de ce stock
    c'est un peu ce qui se passe à l'heure actuelle pour les taux d'intérêt mais en fait cela va beaucoup plus loin et on peut craindre de s'en apercevoir bientôt

    la plus grande partie de ce stock monétaire est placé en sicav monétaire, ces sicav sont principalement constituées des emprunts effectués par les états (états-unis, japon, europe principalement) pour couvrir leurs déficits
    ceux-ci sont dans l'incapacité de rembourser la totalité de ces emprunts alors même qu'ils s'agit souvent d'emprunts à court ou moyen terme
    la seule possibilité en fait c'est de faire marcher la planche à billet et donc de créer de la monnaie (les emprunts c'est déjà de la création monétaire mais différé dans le temps)
    qui dit création monétaire dit de fait inflation (il ya tout à coup beaucoup d'argent dans le système mais toujours le même nombre de biens à acquérir)
    tout à coup quelque chose qui valait 1 vaut 2 voir 3 ....le système s'emballe alors car ceux qui ont des placements voit soudain qu'il ne pourront plus rien acquérir avec et se précipite pour l'investir ou le consommer, le mécanisme fait boule de neige et on découvre alors la véritable valeur de la monnaie
    c'est un peu le principe des bulles telles que nous les connaissons (bulle boursière ou immobilière) qui sont souvent alimentées par la baisse des taux et la capacité d'emprunter plus

    certains pourrait dire en lisant ce scénario catastrophe (mais réaliste, très réaliste) que les banques centrales ont toujours la possibilité de relever les taux d'intérêt incitant les personnes à laisser leur argent sous forme de placement (il y a de l'inflation mais mon placement ne se déprécie pas avec l'augmentation des taux de rémunération)
    pour l'économie c'est une catastrophe car les sociétés n'investissent plus et de fait tout se bloque par effet de domino
    mais il ya quelque chose que les économistes maîtrisent mal .....une chose totalement irrationnelle et humaine, tellement humaine, c'est la notion de confiance et lorsqu'on voit la manière dont les médias réagissent à la moindre information en l'amplifiant et en la démultipliant, il y a de quoi s'inquiéter

    en somme, cher Monsieur Zin, peut-être n'avez-vous pas d'argent ...mais il est à mon avis très probable que l'argent sera bientôt quelque chose de surperflu

  4. Je ne crois pas du tout que l'argent va devenir superflu, ni qu'il y a trop d'argent (pour dire cela il faut ne pas en manquer) mais effectivement on va vers l'inflation, heureusement vu le niveau des dettes. C'est ce que Keynes appelait l'euthanasie des rentiers...

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