Le fait que toutes les populations en dehors d'Afrique descendent d'un petit nombre de Sapiens originaires des plateaux iraniens a de quoi étonner, ayant pu faire croire qu'ils étaient exceptionnels et représentaient une rupture dans l'évolution. Or, c'est tout le contraire que vient d'établir la dernière synthèse sur l'apparition des comportements "modernes", qui met en évidence le caractère introuvable d'une révolution humaine fondatrice, ou plutôt leur multiplicité et l'impossibilité de leur assigner une origine unique alors qu'on assiste à une mosaïque de comportements modernes apparaissant ici ou là, puis pouvant disparaître au fil des changements climatiques. L'auteur de l'article, Groucutt, soutient que l'évolution humaine a suivi un chemin long et inégal : les traits souvent qualifiés de "modernes" y sont apparus graduellement, à différentes époques et différents endroits, et non à la suite d'un événement exceptionnel unique, la modernité anatomique et comportementale s'étant développée régionalement de façon variable et graduelle. Il insiste aussi sur le fait que raconter cette évolution à partir d'une seule catégorie de données génétiques (et a fortiori avec un seul type de marqueur génétique) donne une image systématiquement appauvrie de la réalité.
Il faut le répéter à chaque fois, la rareté des traces sur lesquelles se reconstruit notre préhistoire rend plus manifeste ce qu'on peut appeler les "erreurs de débutants", concluant trop vite, et qui sont partie prenante de tout apprentissage, les Intelligences Artificielles n'ayant pas de raisons d'y échapper. Comme presque toujours, plus on en sait et plus les processus apparaissent complexes, multiples, très éloignés de la représentation simpliste qu'on s'en avait fait spontanément, sans y penser - mais ce qui rend de plus en plus difficile d'en faire un récit lisible et pas trop trompeur.
On va essayer quand même, à la lumière des dernières découvertes, de rendre compte de cette évolution qui ne s'arrête jamais, 1) à partir de la cohabitation avec Néandertal (pour déconstruire les premières évidences de la sortie d'Afrique) ainsi que 2) dans la formation tardive de notre cerveau. A chaque fois, on est obligé, en effet, d'abandonner l'idée d'un supposé développement interne plus ou moins miraculeux, d'une race ou d'un peuple élu, quand les causes de l'évolution sont comme toujours extérieures, résultant de la pression du milieu.
On ne peut considérer qu'il soit trop futile de s'intéresser aux religions alors qu'on assiste à une violente réaction religieuse et obscurantiste contre le progressisme et les sciences. Le rôle des religions est considérable, au moins depuis Sumer et l'Égypte, aussi bien au niveau politique que psychologique. Mon intérêt pour la question est très ancien puisque j'avais déjà tenté une 
Il est téméraire de parler des nouvelles théories physiques, il y en a bien trop dont on n'entendra plus jamais parler, et il faut bien dire que l’article du mois de janvier "

Il y a quelques années encore, on désespérait de jamais pouvoir implanter dans un robot nos capacités langagières tant les agents conversationnels étaient limités. L'échec (relatif) du traitement du langage malgré tout ce que la linguistique croyait savoir, entretenait la croyance dans une essence mystique du langage, inaccessible à notre raison comme aux intelligences artificielles. Les performances de ChatGPT ont permis de résoudre ce dernier mystère de notre humanité (celui du langage qui nous sépare de l'animalité), en dévoilant à l'étonnement de tous son mécanisme de prédiction probabiliste de la suite, éclairant du même coup les raisons pour lesquelles nous ne pouvions pas l'imaginer quand nous réduisions le langage à la logique et la grammaire. Ce qui nous semblait l'essence du langage y serait seulement sous-entendu, sélection par l'usage, et ne nous est pas si naturel sous cette forme de règles plaquées de l'extérieur (ainsi on prendra un exemple avec cheval/chevaux pour savoir si on doit employer le pluriel dans une expression, sans être bien clair avec la règle elle-même). Il nous faut donc réexaminer les théories linguistiques précédentes, de Saussure à Chomsky.
