L'AN 01
On arrête tout et on réfléchit sur la société et la vie que nous voulons (tout commence par la fin). L'écologie est notre avenir, tout est à construire encore et dépend de nous.

Nous sommes à la veille de bouleversements considérables. Les anciennes institutions sont déconsidérées, le productivisme est remis en cause, les luttes sociales renaissent mais si les urgences se font de plus en plus pressantes en effet, nous n'avons pas à redouter cette révolution à venir qui peut apporter une véritable libération du travail avec la réalisation des droits comme droit à l'existence : passage de la marchandisation du monde à la valorisation de la personne, de la croissance au développement humain, du salariat productiviste au revenu garanti, de la justice patriarcale à un matriarcat providentiel.

Le simple fait de poser la question de la société que nous voulons est une contestation radicale de l'économisme dominant, de l'économie comme négation de la société et seul horizon de notre avenir. C'est passer de l'histoire subie à l'histoire conçue, affirmer notre liberté collective et donc notre responsabilité envers les générations futures, c'est enfin mettre les valeurs humaines avant les intérêts privés. Sans tomber dans l'utopie ou la planification autoritaire pour autant, c'est déjà une réfutation du libéralisme et l'affirmation du politique comme projet, finalité, idéal, au-delà d'un marché désorienté.

Bien sûr cet idéal peut se réduire pour certains à la conservation de nos avantages présents ou même au retour aux traditions du passé, mais se poser la question d'une société à construire pour l'avenir nous oblige à discuter de nos fondements, de ce qui nous importe dans la société et à quelle condition une société, pas seulement une économie, est soutenable.

Pourtant l'expérience historique catastrophique des divers totalitarismes et volontarismes, interdit encore à la plupart de soutenir cette question de notre destin commun, la liberté humaine se reniant pour ses fautes passées : c'est juré on ne l'y reprendrait plus, chacun cultive son jardin sans aller voir chez le voisin ! Cette haine de la pensée n'a produit qu'un post-modernisme sans consistance dans sa négation de la totalité alors que la tempête nous traite universellement, le climat nous totalise, que nous le voulions ou non. Le totalitarisme qui nous menace est plutôt celui de la marchandise, l'idéalisme qu'il faut combattre est celui du libéralisme, de la passivité spectaculaire.

Au nom d'anciens massacres, on prête main servile aux maîtres d'aujourd'hui et pour ne plus oser de nouvelles défaites, on préfère la honte ou même le mépris... Mais les comptes se tiennent sans pouvoir s'y soustraire. Chacun y tient sa place, y donne tout son dû et sans cesse en répond. Le rêve toujours aussi inaccessible, notre part pourtant reste sans égale et, au plus près de nous, au coeur de la bataille, suspendu à nos lèvres et sans aucun recours, le pire ou le meilleur dure ou meure.
REVOCU 1987
L'écologie n'est pas une utopie, c'est la poursuite du capitalisme productiviste qui est complètement utopique. C'est notre système de développement qui n'est pas durable. Il ne s'agit pas de prophéties d'avenir, "la catastrophe a déjà eu lieu !" On constate chaque jour un peu plus l'étendue du désastre.

L'écologie est d'abord un savoir des limites, du possible et du nécessaire, mais surtout de notre ignorance (principe de précaution). C'est aussi un savoir des conséquences de nos actes, de notre industrie. Enfin, c'est le refus de devoir s'adapter à des conditions inhumaines par la médecine ou la génétique quand c'est la société qu'il faut changer. L'écologie est la seule réponse au totalitarisme massifiant aussi bien qu'aux désastres du productivisme par l'articulation de la totalité et de l'individu, de leur inter-dépendance, du global et du local, de la solidarité et de la diversité, de la responsabilité et de la prudence. Face au libéralisme qui triomphe sur la disparition du politique, seule l'écologie peut construire un nouveau projet de société crédible qui réponde aux limites planétaires comme aux leçons de l'histoire : une société ouverte et coopérative pour une planète limitée.

Ce livre qui tente de dissiper la plupart des confusions répandues sur l'écologie, a été élaboré dans l'action politique d'opposition à une écologie gouvernementale libérale, abandonnant toute radicalité pour l'illusion toujours démentie de limiter les dégâts.  On peut suivre cette élaboration d'une Écologie Révolutionnaire sur mon site (http://jeanzin.fr/ecorevo/). C'est le résultat aussi de notre tentative de relance de la réflexion écologiste avec la création de la revue EcoRev', d'une élaboration collective de l'écologie-politique comme projet d'avenir pour une planète dévastée. Car si jamais l'écologie n'a été aussi nécessaire, nous voulons montrer qu'elle est déjà possible.
 


I. Pour une écologie-politique

Anti-productivisme, démocratie participative, solidarité planétaire
09/2000

L'AN 01 (Introduction)
I. Pour une écologie-politique

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