Une écriture chinoise vieille de 5000 ans

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- Une écriture chinoise vieille de 5000 ans

Les Chinois ont toujours revendiqué l'ancienneté de leur civilisation mais leurs dynasties mythiques et le manque de traces archéologiques faisait douter jusqu'ici de leurs datations qui ne paraissent plus aussi fantaisistes puisqu'on vient de trouver ce qui ressemble à une écriture primitive seulement quelques siècles après les premières écritures sumériennes.

Les inscriptions trouvées sur des objets, au sud de Shanghai, seraient à peu près de 1.400 ans antérieures à plus ancienne trace écrite de la langue chinoise jusqu'ici.

L'une des pièces comporte six formes de mots comme enchaînés, ressemblant à une courte phrase.

"Ils sont différents des symboles que nous avons vu par le passé sur des artefacts. Leurs formes et le fait qu'ils aient l'air de phrase indique qu'ils sont l'expression d'un sens."

Les six personnages sont disposés en ligne, et trois d'entre eux ressemblent au caractère chinois actuel pour les êtres humains. Chaque symbole comporte de deux à cinq traits.

"Si cinq à six d'entre eux sont enchaînés comme dans une phrase, ce ne sont plus des symboles, mais des mots".

"Si vous regardez leur composition, vous verrez qu'ils sont plus que des symboles".

Pour l'instant, les chercheurs chinois ont convenu d'appeler cela une écriture primitive, un terme vague qui suggère que les marques de Liangzhu sont quelque part entre les symboles et les mots.

- Les idéogrammes chinois sont des signes divinatoires

Les plus anciens idéogrammes, datés du 16° siècle av. JC, avaient été trouvés sur des carapaces de tortues ou autre support divinatoire. On comprend bien l'intérêt de fixer matériellement des prédictions et celles-ci ont eut un rôle aussi dans l'invention de l'écriture au Moyen-Orient et les débuts de l'astrologie mais vite supplantée par l'usage administratif. Ce n'aurait pas été le cas en Chine, la thèse de Léon Vandermeersch dans son dernier ouvrage, "Les deux raisons de la pensée chinoise" (sous titré "Divination et idéographie") étant qu'elle aurait été inventée sous le règne de Wu Ding (13° siècle av. JC) spécifiquement pour la divination. C'est ce qui expliquerait que les idéogrammes chinois se distinguent bien sûr de l'écriture alphabétique mais aussi des hiéroglyphes par leur composition structurée (on voit cependant qu'elle devait s'inspirer d'une "écriture primitive" divinatoire antérieure à sa normalisation étatique).

Pour Léon Vandermeersch, l’origine et la spécificité de l’écriture chinoise réside dans le fait qu’elle invente des inscriptions d’équations divinatoires. Ce n’est que bien plus tard, au VIII° siècle de notre ère, que l’écriture chinoise, au travers diverses transformations que nous pourrions qualifier d’idéographisation en écho à la grammatisation, s’est généralisée comme une pratique d’écriture qui retranscrit la parole.

"Lettré" en chinois se dit "ru", étymologiquement "faiseur de pluie" ; or la danse chamanique a survécu comme danse pour faire tomber la pluie.

J'avais souligné il y a longtemps que la civilisation chinoise avait conservé des aspects chamaniques qui pourraient donc se retrouver dans son écriture. De là à vouloir opposer le chamanisme des chinois à une supposée théologie occidentale, cela semble un peu simplet (encore l'affrontement des essences alors que la science est universelle).

A lire aussi, sur le même blog, le billet plus ancien sur l'écriture comme grammatisation de la langue, invention technique apportant une réflexivité, un savoir de la langue impossible avant, la grammaire étant auparavant inconsciente.

Dépeçage de la viande, il y a 2 millions d’années

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- Dépeçage de la viande, il y a 2 millions d'années

Il y a 2,6 millions d'années, commence la période où les paléoanthropologues situent l'émergence du genre Homo. Elle est caractérisée par un grossissement du cerveau des hominidés, qui entraîne une demande accrue en calories. On observe aussi l'apparition des premières pierres taillées et des premières traces, peu nombreuses, de leur utilisation sur des os d'animaux. Tous ces indices suggèrent que c'est à cette époque que les hominidés auraient commencé à consommer de la viande. Un site (Kanjera) mis au jour au Kenya par une équipe internationale et daté de 2 millions d'années confirme que ce comportement carnivore était déjà en place à cette époque, et même que les hominidés chassaient.

Des coupures présentes sur les os montrent en effet que ces animaux ont été dépecés pour en récupérer la viande. Les hominidés ont également laissé près des os des milliers de pierres taillées et d'éclats.

Comme on y trouve des carcasses entières, ce serait une preuve de la pratique de la chasse (rien d'étonnant, les chimpanzés chassent aussi) bien qu'ils aient été plus souvent charognards, se nourrissant notamment de la cervelle des animaux, inaccessible aux autres prédateurs.

Ils semblaient préférer les têtes, surreprésentées sur le site. Bien que lourdes à transporter, ellcontiennent de la matière cérébrale, très nutritive, qui constitue une ressource de choix dans des prairies dépourvues de noix et de fruits. La robustesse de la boîte crânienne rend cette ressource inaccessible à la plupart des animaux, hyènes exceptées. Avec leurs outils, les hominidés étaient la seule autre espèce à pouvoir y accéder.

Quand on sait que l'augmentation du volume cérébral dépendait d'un apport nutritif supplémentaire, il est assez troublant qu'on ait commencé à manger de la cervelle pour cela !

L’homme lance des pierres depuis 2 millions d’années

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- L'homme lance des pierres depuis 2 millions d'années

Cela fait quelque temps que la découverte de stocks de galets avait mené à l'hypothèse de l'utilisation du jet de pierre aux tout début de notre humanité pour se défendre des prédateurs et d'occuper ainsi le sommet de la chaîne alimentaire mais aussi de se nourrir plus régulièrement de viande, ce qui serait nécessaire au développement du cerveau. C'est donc très important et relié aux premières pierres taillées.

Une étude vient de montrer que notre force de lancer, bien supérieure à celle de chimpanzés plus forts pourtant, est due à une conformation de l'épaule qu'on trouve seulement à partir d'Homo erectus et qui permet "d'armer" le lancer (comme sur la photo) pour une détente fulgurante.

on a effectivement des traces de consommation de viande à cette époque mais je me demande quand même pourquoi ce serait la viande et non pas le poisson qui aurait nourri la croissance du cerveau ? Le problème, c'est que nos ancêtres qui vivaient au bord de mer sont inaccessibles depuis la montée des eaux de l'interglaciaire. Reste que le jet à distance pourrait être décisif pour l'hominisation (précurseur de la désignation?), même si les chimpanzés le font déjà ponctuellement (et même des réserves de munitions comme on a vu dans un zoo suédois).

Notre ADN diffère du chimpanzé par les séquences régulatrices

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- Notre ADN diffère du chimpanzé par les séquences régulatrices

On a du mal à comprendre ce qui nous différencie des chimpanzés génétiquement alors qu'on partage quasiment tous leurs gènes. C'est peut-être qu'on n'est pas si différents, en effet, mais il y a quand même déjà plusieurs pistes impliquant, au niveau cérébral, le développement du cortex, les cellules nerveuses (neurones et astrocytes), avec une plus grande diversité génétique ou une méthylation épigénétique moins stricte et plus de neurones miroir (qui existent déjà chez les singes), enfin, plus récemment, le développement de l'aire de Broca attachée au langage et aux procédés techniques. Il y a aussi la néoténie avec un temps plus long de maternage et d'éducation. On peut ajouter une plus grande longévité et la ménopause pour les femmes. Tout cela se résume sans doute à un nombre limité de gènes, nous procurant notre avantage compétitif.

La comparaison des génomes fait apparaître une autre différence concernant les sites de fixation des facteurs de transcription de l'ADN, séquences régulatrices qui auraient plus de diversité et de défauts mineurs, ce qui est interprété comme une source de flexibilité permettant une sélection plus rapide des mutations positives mais on pourrait simplement y voir l'effet de l'allègement de la pression sélective avec une plus grande prise en charge des malades, plutôt un affaiblissement génétique, une dégénérescence de l'espèce qui serait donc originaire, conséquence de notre plus grande humanité. La sélection est toujours impitoyable mais sans doute plus du côté des capacités cognitives et de la sélection sexuelle que du système immunitaire, nous destinant à un état de souffreteux à mesure qu'on s'intellectualise ?

Parmi les conclusions, l'étude rapporte que, lorsqu'on les compare avec les gènes codant des protéines, les sites de liaison de l'ADN montrent près de trois fois plus de « mutations faiblement délétères». Ce sont des mutations qui peuvent affaiblir ou rendre un individu plus vulnérable à la maladie, mais qui ne sont généralement pas très graves, responsables quand même de nombreuses maladies héréditaires.

Alors que les gènes ont généralement tendance à résister au changement, une mutation peut conduire parfois à un caractère favorable qui en augmente la fréquence dans une population ; c'est ce qu'on appelle la sélection positive. Or, "les sites de liaison des facteurs de transcription montrent des quantités considérables de sélections positives", concernant principalement l'adaptation aux sites de régulation des gènes contrôlant les cellules sanguines, le fonctionnement du cerveau et l'immunité, entre autres.

"Le tableau d'ensemble montre une plus grande souplesse d'évolution des sites de liaison que des gènes codant pour des protéines".

Ce qui distingue l’esprit humain

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- Ce qui distingue l'esprit humain
The Human Spark: The science of human development, Jerome Kagan

La question de ce qui nous différencie du chimpanzé est abordée par Jérôme Kagan à partir de la spécificité du développement de l'enfant.

Nourrissons humains et chimpanzés se comportent de manière remarquablement similaires dans les quatre à six premiers mois. C'est seulement au cours de la deuxième année que l'on commence à diverger profondément. Au moment où les lobes frontaux de l'enfant se développent et que les connexions augmentent entre les sites du cerveau, le petit homme commence à développer les talents distinctifs de notre espèce. Il s'agit notamment de "la capacité de parler un langage symbolique, de déduire les pensées et les sentiments des autres, de comprendre la signification d'une action interdite, et prendre conscience enfin de leurs propres sentiments, intentions et actions".

On peut dire qu'il ne s'agit que d'une constatation factuelle, les théories de l'auteur là-dessus n'étant pas l'essentiel. New Scientist conteste que la moralité soit spécifique à notre espèce comme il le prétendrait. On a effectivement vu qu'il y avait déjà une forme de moralité dans les espèces grégaires mais il n'y a rien d'absurde à estimer que notre humanité se distingue par une autre sorte de moralité, liée notamment à la compréhension de l'interdit qui distingue bien un enfant d'un animal. Jérôme Kagan caractérise notre moralité par le fait de pouvoir juger que nous sommes de bonnes personnes, ce qui n'est pas faux, liant surmoi et narcissisme, mais on ne peut ignorer ce que le langage y ajoute de systématisme et de récit (de mensonge). Il semble par contre un peu délirant de penser que cette moralité de base se transformerait désormais en quête éperdue de célébrité ! C'est l'exemple même des court-circuits entre la prétention de parler de biologie, donc pour des périodes préhistoriques, appliquée sans précaution à la mode de ces dernière années...

L’ancêtre des primates

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- L'ancêtre des primates

Arboricole et sans doute insectivore, ce poids plume de quelques centimètres de haut et d'à peine 30 grammes vivait il y a 55 millions d'années.

L'ancêtre de tous les primates a été baptisé Archicebus achilles.

"Il ressemble à un hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, jambes et dents d'un primate très primitif, et un crâne avec des yeux étonnamment petits".

Au fil de l'évolution, une branche a abouti d'un côté aux tarsiers actuels, des petits primates nocturnes et arboricoles aux grands yeux exorbités. Une autre a donné naissance aux anthropoïdes (grands singes sans queue), un vaste groupe qui inclut notamment les chimpanzés, les gorilles, les orang-outans et les humains.

"Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans".

La culture est-elle dans les gènes ?

Selection_culturelleC'est un article d'histoire des sciences qui revient sur les polémiques entre génétique et culture qu'on retrouve actuellement entre partisans et adversaires des théories du genre et qui témoignent d'une idéologisation de la science des deux côtés assez incroyable car aucune des deux positions n'est tenable jusqu'au bout d'une entière détermination par les gènes ou d'une culture sans rapport aucun avec une nature humaine.

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Devenus bipèdes à cause d’un terrain escarpé

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- Devenus bipèdes à cause d'un terrain escarpé

C'est une nouvelle version du singe qui se redresse pour parcourir la savane, sauf qu'on y rajoute les contraintes d'un terrain escarpé et rocailleux. Une autre théorie impliquait le transport de nourriture sur de longues distances mais ce n'est pas contradictoire.

Ainsi les Hominiens ont été obligés de marcher sur leurs deux jambes pour s'adapter à l'environnement de l'Afrique méridionale et orientale. Ils sont devenus progressivement des bipèdes, car ils ont dû marcher au lieu de grimper dans les arbres qui commençaient à se raréfier. La vaste forêt laissait place à une vaste plaine et à la savane, un environnement auquel les Hominiens devaient s'adapter pour survivre.

Le paysage de cette partie de l'Afrique est réputé être rocailleux et escarpé. Cette nature rocailleuse devenait le terrain de chasse des Hominiens, lesquels étaient obligés de se dresser pour élargir leur champ de vision. Ce nouveau cadre exigeait des activités physiques comme l'escalade, la course, la marche et le balancement. C'est ainsi qu'ils sont devenus, au fil du temps, des bipèdes à part entière. L'évolution des Hominiens ne se limite pas à ce changement à la verticale, on assiste également à un développement de la dextérité manuelle.

L’aire de Broca dédiée à la grammaire comme à la rationalité procédurale

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- L'aire de Broca dédiée à la grammaire comme à la rationalité procédurale
Thierry Chaminade, La Recherche, p60

Parler comme on taille des silex | La Recherche

J'ai voulu mettre un titre plus précis mais cela aurait pu être "L'origine commune du langage et de la technique". L'article original s'appelle "Parler comme on taille des silex", Thierry Chaminade mettant en relation langage et taille des silex par l'intermédiaire du développement de l'aire de Broca, bien connue pour son lien au langage mais qui serait aussi nécessaire pour suivre des procédures de fabrication selon des règles du même ordre que la grammaire. C'est bien sûr très important puisque cela identifie langage et technique mais aussi parce que cela ferait remonter la grammaire, et donc peut-être le langage narratif, à des temps un peu trop reculés (une procédure comportant des étapes successives est effectivement de l'ordre de la narration).

Le rôle attribué au langage était jusqu'ici réduit à la transmission alors qu'il devient plutôt un produit de la rationalité et des procédures techniques, non pas de la fiction (des mythes qui n'en seraient que des pathologies) et donc pas des bavardages des femmes ni des contes pour enfant comme on en avait fait l'hypothèse. Cela n'empêche pas que la capacité de transmission permet ensuite d'accélérer l'évolution et de complexifier les techniques, ce qu'on n'observe d'ailleurs pas tellement avant le paléolithique supérieur, les innovations restant très rares avant. Le plus vraisemblable reste que le langage narratif est bien plus récent mais que sa structure préexistait dans les procédures techniques et que son émergence a été plus progressive.

En tout cas, on remet ainsi sur les pieds l'histoire de notre humanisation qui ne commence pas par l'esprit mais par une raison procédurale qui reste ancrée dans le biologique et la pratique manuelle (on avait d'ailleurs vu que la taille de la pierre avait fait évoluer nos mains). L'esprit joue quand même un grand rôle par l'intermédiaire de l'imitation et des neurones miroirs qui activent l'aire de Broca de celui qui regarde de façon semblable à celui qui taille la pierre (identification à l'intentionnalité du geste).

Aucun des proches cousins de l'homme - chimpanzés, gorilles, orangs-outans, etc. - ne parle. Pourtant, la plupart ont à leur disposition certains des prérequis nécessaires au langage. Par exemple, leurs organes vocaux leur permettent des vocalisations simples : ils émettent des sons pour signifier leurs émotions ou signaler un danger. On a aussi observé que des chimpanzés peuvent apprendre la langue des signes, associant des gestes à des objets ou à des actions concrètes. Cette forme de symbolisme constitue une première étape vers le langage.

Cependant, aucun singe ne maîtrise une forme de communication comparable aux langages humains, du point de vue de la richesse de vocabulaire et de la complexité de la grammaire. De la même manière, s'ils utilisent des pierres pour ouvrir des noix, par exemple, ils ne fabriquent pas véritablement des outils. Le langage et la fabrication d'outils ne se sont développés que chez l'homme. (...) Ces deux facultés sont en effet commandés par la même structure cérébrale : l'aire de Broca, structure propre à l'homme et chargée de hiérarchiser les actions.

En 1991, une professeur de psychologie à l'université de Californie à Los Angeles, Patricia Greenfield, a constaté que, chez l'enfant, l'apprentissage du langage semblait se dérouler de manière simultanée avec un autre processus, la manipulation d'objets.

Afin de cartographier les régions du cerveau impliquées lorsqu'un spécialiste de ces outils les fabrique, nous avons utilisé la tomographie par émission de positrons [...] Résultat : les deux types de pierre taillée (les plus primitives de plus de 2 millions d'années et les bifaces acheuléens de 1,7 millions d'années à 500 000 ans) actives l'aire de Broca, mais pas au même endroit. Fabriquer les outils les plus primitifs nécessite une activité dans la partie postérieure de l'ère de Broca, dans l'hémisphère gauche. C'est une zone qui est impliquée dans le contrôle moteur des mouvements de la main, mais aussi dans celui de l'articulation des sons.

La fabrication d'outils acheuléens requiert en revanche une région plus antérieure de l'aire de Broca, dans l'hémisphère droit. C'est dans cette même zone [mais plutôt dans l'hémisphère gauche ?] que le cerveau traite des aspects structurels du langage (la grammaire). Donc de la hiérarchie des mots.

Le recours à cette zone cérébrale pour fabriquer les outils acheuléens semble relever du même type de fonction : la hiérarchisation des gestes.

Nous avons étudié les régions du cerveau activées lorsqu'un observateur regarde un expert qui fabrique ces objets [...] Les résultats ont montré que s'il est novice, l'activité de l'aire de Broca de l'observateur se concentre dans la partie postérieure, celle qui sert au contrôle moteur des actions [...] En revanche, si l'observateur est expert, c'est une zone plus antérieure de l'aire de Broca qui est activée. Or, c'est celle qui contrôle la hiérarchie des différents gestes dans la taille de pierre [...] Il semble donc bien qu'il y ait un phénomène miroir.

Page 24, une petite brève fait état de coquilles d'oeuf d'autruche couverts de signes abstraits datant de 110 000 ans en Afrique du sud, ce qui pourrait être une manifestation du langage ?

Réciprocité, moralité et religion

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- Réciprocité, moralité et religion
The Bonobo and the Atheist: In search of humanism among the primates, Frans de Waal

Frans de Waal distingue 2 sources de la morale chez les animaux, notamment les bonobos : d'une part les rapports individuels, comme la réciprocité, et d'autre part la cohésion du groupe, son harmonie.

Chez l'homme, la moralité ne viendrait donc pas de la religion mais c'est la religion qui ne serait qu'une codification de la moralité (c'est le grand mensonge de la religion de nous persuader que sans elle, il n'y aurait pas de moralité, remplaçant une tendance naturelle par des injonctions extérieures, artificielles).

Il y a incontestablement du vrai, du côté des émotions, mais qui néglige la part du langage (du mythe, du récit, sinon du Livre) et de sa rationalisation jusqu'à pouvoir faire avec Kant de l'universalisation le critère de la moralité autant que de la raison ; ce qui laisse penser que la "moralité animale" n'a rien de contingente mais résulte de contraintes universelles, qu'on peut dire géométriques. De même, on peut voir aussi dans la religion une personnalisation de la communauté qui ferait la synthèse de la moralité d'une relation individuelle, entre interlocuteurs, et des règles sociales, de l'affirmation de l'unité collective ou de la pression du groupe.

Les langues d’Europe et d’Asie dérivent d’une langue commune

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- Les langues d'Europe et d'Asie dérivent d'une langue commune

European and Asian languages have one mother tongue - life - 07 May 2013 - New Scientist

Il semblait difficile pour la phonologie de remonter au-delà de 8000 ans pour reconstituer les formes primitives de langues qui se sont différenciées (ex : le Sanskrit "bhratar" devient "brother", "frater", "frère", etc.) jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que les mots les plus courants évoluaient beaucoup moins que les autres. En se focalisant sur 23 mots "ultra-conservés" (thou, I, not, that, we, to give, who, this, what, man/male, ye, old, mother, to hear, hand, fire ,to pull, black, to flow, bark, ashes, to spit, worm), l'étude a pu ainsi montrer que les langues asiatiques et européennes dérivaient d'une langue commune il y a 15 000 ans, c'est-à-dire juste avant la fin de la dernière glaciation et l'explosion des populations sur les territoires libérés. L'article du Washington Post permet d'écouter ces mots (cognates) dans différentes langues, leur ressemblance n'étant pas évidente pour les non spécialistes...

Il est possible que ce soit le signe d'un remplacement des anciennes populations par un groupe restreint plus évolué mais seules des études génétiques pourraient l'établir, les langues n'étant pas toujours corrélées à une origine commune.

D'autres études très contestées font remonter la langue mère de toute l'humanité cette fois (y compris les Africains mais peut-être pas les San) aux alentours de 60 000 ans. Tout cela est considéré comme pure spéculations par certains.

Les Mammouths ont disparu parce qu’on tuait les dominants

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- Les Mammouths ont disparu parce qu'on tuait les dominants

C'est toujours un mystère l'impact disproportionné que semblent avoir eu les humains à une époque où ils étaient si peu nombreux. En tout cas partout où ils pénétraient hors d'Afrique les grands mammifères disparaissaient rapidement. La seule explication qu'on pouvait imaginer était des hécatombes exterminant des troupeaux entiers se précipitant de falaises pour échapper aux feux de broussailles allumés par les chasseurs, ce dont on a peu d'exemples répertoriés. Un tout autre processus, plus indirect, pourrait être la cause de ces extinctions, la propension à s'attaquer aux animaux les plus grands qui sont aussi les mâles dominants.

L'étude en question concerne les Mastodontes, Mammouths à poil laineux d'Amérique du nord, dont un nombre inhabituel de squelettes témoignent avoir succombé aux défenses d'autres Mastodontes et donc d'une augmentation de l'agressivité de ces animaux. Or, on constate le même phénomène en Afrique lorsque des braconniers tuent les plus grands éléphants pour leurs défenses. Ensuite, les jeunes mâles livrés à eux-mêmes deviennent comme fous et peuvent s'entretuer, laissant libre cours à une agressivité déchaînée pour prendre la place du chef. De quoi montrer que la compétition sexuelle n'est pas la seule cause des hiérarchies animales qui ont surtout une fonction pacificatrice de maintien de l'ordre (il vaut toujours mieux un ordre que pas du tout), un peu comme un prédateur qui défend son territoire protège des autres prédateurs.

Que l'extinction des grands mammifères soit due à ce mécanisme de désorganisation n'est encore qu'une hypothèse mais qui rend un peu moins incroyable l'impact disproportionné des premières populations (avec des répercussion notables sur le climat de la disparition des grands animaux). Bien sûr ce n'est qu'un facteur, le coup de grâce à des espèces déjà sur le déclin à cause de conditions climatiques défavorables, notamment la chute d'une météorite, il y a 12 800 ans provoquant un refroidissement soudain, mais elles en avaient vu d'autres avant et avaient survécu des millions d'années. Les hommes ne se sont distingués qu'à éradiquer les derniers survivants jusqu'à l'élimination complète de ce qui était leur principale ressource, comme nous en avons un peu trop l'habitude, hélas.


En fait une nouvelle étude conteste le rôle de l'homme dans la disparition de la mégafaune en Australie, mettant en cause plutôt le climat, sauf qu'il n'y a pas qu'en Australie que la mégafaune a disparu et, comme on le disait, le rôle de l'homme se réduit sans doute à l'extermination des derniers survivants.

Il n'y aurait eu aucune trace d'arme de l'époque permettant la chasse de gros gibier.

Il y a cependant de bonnes preuves comme quoi 8 à 14 espèces de la mégafaune étaient encore présentes lorsque les humains sont arrivés.

Les aborigènes d'Australie semblent effectivement, selon Alain Testart, être des chasseurs assez peu évolués ne pratiquant même pas de pièges mais ils étaient quand même coutumiers des feux de brousse pour en ramasser ensuite le gibier tout cuit. Il est difficile de leur attribuer la chasse préférentielle des mâles dominants mais il faut compter avec le fait que cette mégafaune était la principale menace et qu'elle devait mobiliser toute leur énergie pour s'en défendre. Le mystère reste entier...

Les origines de la créativité

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- Les origines de la créativité (PLS)

C'est une vieille histoire de tenter de dater nos origines et une "coupure épistémologique" nous séparant à jamais de l'animalité alors qu'on trouve toujours des précédents dans un processus qui semble plus progressif. Il n'empêche que la véritable révolution culturelle semble se passer vers 50 000 ans et qu'on peut remonter pour ses prémices à 70 000 ans peut-être alors que cet article remonte bien avant, sous le couvert d'une "créativité" tout de même bien lente en ces temps reculés par rapport à l'accélération suivante. La seule véritable coupure pensable et qui n'est pas génétique, me semble celle du langage narratif bien qu'on ait fait l'hypothèse que son potentiel ne se soit révélé qu'une fois l'espérance de vie devenue un peu plus longue avec des groupes plus importants permettant l'élaboration de cultures complexes avec leur transmission par les ancêtres.

Ici, on tente de montrer que nos capacités cérébrales et de coopération sont essentielles dans l'innovation, ce dont on n'aurait jamais douté, mais l'élément déterminant semble la démographie dans un sens différent de la taille des groupes plutôt dans la densité des populations et le réseau de leurs échanges, le seuil minimum de ce que Pierre Chaunu appelait le monde plein au Moyen-Âge, pour une densité bien plus forte, a été estimé par Mark Thomas avoir été atteint il y a 100 000 ans (ce qui ne tient pas compte de l'explosion du Mont Toba et d'un goulot d'étranglement génétique, il y a 70 000 ans). Si c'est vraiment une question de densité, l'évolution technique n'en a pas fini d'accélérer jusqu'au pic de population au moins ! Cette densité est peut-être seulement nécessaire pour qu'il y ait évolution cumulative, que les innovations ne soient pas oubliées, assurant une continuité dans l'humanisation du monde à partir de laquelle nous parlons, dans un monde déterminé par un niveau technique donné. Un encadré insiste plutôt sur les interactions avec l'environnement qui sont au moins aussi déterminantes. Ainsi, on peut penser que l’accélération des innovations au début du Néolithique venait de la nécessité de s'adapter à un nouvel environnement et un nouveau mode de vie alors qu'ensuite, une fois le système rodé, la conservation l'emportera sur l'innovation pour de longs millénaires jusqu'à l'époque contemporaine parfois où le bouleversement est bien plus grand encore.

La lignée de l'homme moderne est apparue en Afrique il y a environ six millions d'années, mais durant près de 3,4 millions d'années, ses premiers membres ont laissé peu de témoignages d'innovation. Cela suggère qu'ils se procuraient de la nourriture à la main, ou avec des outils rudimentaires qui ne se sont pas conservés, des bâtons par exemple.

Puis des homininés (hominidés non arboricoles) nomades ont fabriqué des outils coupants en taillant des galets avec des pierres. Cet acte témoigne d'une étonnante ingéniosité. Mais nos ancêtres semblent avoir utilisé le même type de hache multifonction (un biface) pendant les 1,6 million d'années suivantes, à quelques légères modifications près.

En Afrique du Sud, des chercheurs ont relevé des traces de nombreuses inventions précoces. Les chasseurs-cueilleurs qui habitaient la grotte de Blombos il y a 100 000 à 70 000 ans, par exemple, gravaient des motifs sur de gros morceaux d'ocre. Ils fabriquaient des poinçons en os, peut-être pour façonner des vêtements en peau. Ils se paraient de colliers de perles chatoyantes faites de coquillages et, dans un lieu dédié, réduisaient en poudre de l'ocre rouge et l'emmagasinaient dans les plus anciens récipients connus, faits de coquilles d'ormeaux. Plus loin à l'Ouest, sur le site de Pinnacle Point, des individus travaillaient la pierre il y a 164 000 ans, chauffant une roche locale, la silcrète, sur un feu contrôlé, pour la transformer en un matériau brillant, plus facile à tailler.

Les pointes de pierre provenant du site de Kathu Pan 1, en Afrique du Sud, constituaient autrefois les extrémités de lances vieilles de 500 000 ans qui appartenaient sans doute à Homo heidelbergensis, le dernier ancêtre commun de l'homme de Neandertal et de Homo sapiens. Et dans la grotte de Wonderwerk, toujours en Afrique du Sud, une couche ancienne contenant des cendres de végétaux et des fragments d'os calcinés suggère qu'il y a un million d'années, un homininé encore plus lointain, Homo erectus, a appris à allumer des feux pour se réchauffer et se protéger des prédateurs.

Aussi impressionnants que soient ces premiers éclairs de créativité, l'immense disparité des innovations, tant en quantité qu'en qualité, entre les hommes modernes et nos lointains ancêtres demande une explication.

À l'aide de données génétiques provenant d'Européens modernes, ils ont estimé la taille des populations humaines en Europe au début du Paléolithique supérieur, époque où la créativité semble être apparue dans cette région, et ont calculé la densité de population. Puis ils ont étudié les populations africaines au cours du temps, simulant leur croissance et leurs migrations. Leur modèle montre que les populations africaines ont atteint la même densité que les premiers Européens du Paléolithique supérieur il y a environ 101 000 ans, juste avant que l'innovation ne se manifeste dans les régions subsahariennes selon les témoignages archéologiques. Le modèle montre aussi qu'il existait alors de vastes réseaux sociaux.

L'apparition de grandes populations connectées a permis aux innovations de se répandre, telle cette recette d'arme de jet à base de lamelles retouchées en pierre, mise au point par Homo sapiens il y a environ 71 000 ans.



Cela n'a rien à voir avec l'article mais je signale un livre de 2003 "La femme des origines : Images de la femme dans la préhistoire occidentale" de Claudine Cohen qui remet en cause les projections des interprétations dominantes (l'identification des squelettes féminins, un culte de la fécondité peu compatible avec les ressources limitées de chasseurs-cueilleurs, etc.), un exercice salutaire contre les préjugés qui ne débouche sur aucune certitude et plaide plutôt pour une grande diversité au lieu de l'uniformité supposée mais le plus étonnant peut-être est la mise en cause de la chasse avant le Paléolithique supérieur :

Lewis Binford souligna déjà, jetant un pavé dans la mare qu’il n’y avait pour lui aucune certitude pour soutenir l’existence de la chasse avant la toute fin du paléolithique. Il pouvait tout aussi bien s’agir de charognage plutôt que de chasse qui aurait tout aussi bien pu être accompli par des femmes. Selon d’autres anthropologues la chasse ne peut être le moteur de la genèse humaine puisque l’humain n’a appris que tardivement à chasser mais bien la cueillette.

L’Anthropocène commence avec l’agriculture

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- L'Anthropocène commence avec l'agriculture

L'empreinte de l'homme sur la géographie et le climat daterait d'au moins 5000 ans où il y avait déjà un cinquième des terres qui étaient cultivées. On n'imagine pas qu'une population si peu nombreuse d'à peine 10 millions puisse avoir eu un impact global significatif mais il fallait à l'époque beaucoup plus de terres par habitant qu'aujourd'hui. Les nouvelles terres étaient conquises par le feu et les dégagements de CO2 auraient déjà augmenté de 20 à 30 ppm (10%), l'empreinte carbone par habitant étant à cette époque 10 fois plus important qu'aujourd'hui !

Tout cela semble bien difficile à croire mais on savait bien que les premières grandes villes du temps de Babylone avaient désertifié des régions entières à cause de l'irrigation mais cela restait très local. En fait, l'impact sur le climat a commencé bien avant, au Paléolithique supérieur par l'extermination de tous les grands mammifères hors d'Afrique (et Inde) reconfigurant les paysages (des forêts plus denses). Là aussi, les troupeaux entiers étaient chassés par le feu, on en trouve des traces il y a 60 000 ans.

Alors qu'on réévalue l'impact des premiers humains sur le climat, on minimise désormais l'impact des supervolcans et notamment de l'explosion du Mont Toba, il y a 75 000 ans, qui n'aurait refroidit le climat que de 1,5°C sur moins de 30 ans. Pour certain, l'impact sur les hommes aurait été nul, ce que d'autres contestent, la disparition de la végétation pendant quelques années suffisant à décimer les populations mais pas plus que d'autres catastrophes climatiques. Il n'en reste pas moins que des études génétiques parlent d'une réduction de la population mondiale à seulement 2000 individus (ce qui contredit complètement l'hypothèse de Pour la Science d'un progrès par densification de la population mais c'est peut-être simplement le nombre de nos ancêtres ayant supplantés tous les autres?) et que cela a pu avoir au moins un rôle d'accélérateur de notre évolution puisqu'on date de cette époque les débuts de la révolution du paléolithique supérieur.

L’Europe conquise par les agriculteurs espagnols

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- L'Europe conquise par les agriculteurs espagnols

Néolithique européen

Bien que l'échantillon soit trop faible, il se pourrait qu'on retrouve dans 40% des Européens les gènes mitochondriaux d'une population ayant peuplé la péninsule ibérique entre 6100 et 4200 ans.

Comme les Basques sont la population la plus ancienne d'Europe et qu'ils sont apparentés aux Berbères, on peut supposer que la colonisation par les agriculteurs est venue principalement de là même si la carte que j'ai trouvé indique bien l'existence de plusieurs foyers. Il se pourrait que la brusque désertification du Sahara il y a 4900 ans dont parle la brève précédente y soit pour quelque chose ? On peut penser que la néolithisation se fait la plupart du temps par remplacement des anciens chasseurs-cueilleurs nomades mais sans doute plus par mélange avec les villages de pêcheurs déjà sédentarisés (plus "civilisés").

Nos mains façonnées par les pierres taillées

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- Nos mains façonnées par les pierres taillées

outils_homo_erectus

Notre espèce s'adapte donc à ses outils dès l'origine (au moins depuis Homo Erectus). C'est surtout le poignet qui évolue en quelques centaines de milliers d'années pour pouvoir saisir plus fermement des petits objets.

Il y a environ 1,7 millions d'années, les outils de nos ancêtres sont passés de pierres basiques cognées ensembles à des pierres taillées servant de hachettes. La force et la dextérité nécessaire pour fabriquer et utiliser ces outils ont rapidement façonné nos mains telles qu'elles sont aujourd'hui - à en juger par un fossile de la plus ancienne main anatomiquement moderne connue.

Avant l'utilisation de ces haches en pierre taillée, nos ancêtres avaient des poignets primitifs, bons pour s'accrocher aux branches mais trop faibles pour saisir et manipuler des petits objets avec beaucoup de force.

Comme sur les os métacarpiens de l'homme, il a une petite bosse à sa base - la styloïde. Cette excroissance permet de stabiliser le poignet lorsque la main saisit de petits objets entre le pouce et les doigts. La datation aux isotopes a révélé que l'os aurait environ 1,4 millions d'années. Il est donc susceptible d'avoir appartenu à un Homo erectus.

Cela montre que les mains de nos ancêtres étaient déjà en train de prendre leur forme moderne il y a 1,4 millions d'années.

Une fois les caractéristiques importantes du poignet en place, il est devenu plus facile pour les hominidés de faire des outils plus petits et plus fins.

C'est la première preuve d'une évolution anatomique pour s'adapter à une nouvelle technique.

Par ailleurs, il semblerait que Australopithecus sediba, bien que proche de nos ancêtres, serait en fait remonté dans les arbres, entre 2 millions et 1,7 millions d'années (voir aussi Futura-Sciences). Il peut donc y avoir des évolutions régressives.

Le Sahara verdoyant s’est désertifié brutalement voilà 4.900 ans

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- Le Sahara verdoyant s'est désertifié brutalement voilà 4.900 ans

saharaQue le Sahara ait connu une époque verdoyante au début du néolithique n'a rien d'une nouvelle puisqu'on soupçonne même qu'il ait été son creuset, avec notamment les premières pratiques d'élevage. On progresse simplement dans la précision des datations et l'évaluation de la brutalité du phénomène mais cette datation ne rend pas crédible de lui attribuer un déploiement d'inventivité pour tenter d'y répondre alors qu'on se situe à un moment où l'agriculture a déjà un long passé. L'image d'un jardin d'Eden dont on aurait été brutalement chassé ne serait pourtant pas si fausse pour décrire ce changement climatique radical.

Le nord de l’Afrique émet chaque année plus d’un million de tonnes de poussières dans l’atmosphère, mais il n’en a pas toujours été de même. Nombre de ces particules minérales sont emportées vers l’Ouest, et voyagent alors au-dessus de l’Atlantique. Avec le temps, elles se déposent progressivement à la surface de cet océan, avant de couler. En d’autres termes, les sédiments marins renferment, au large de l’Afrique du Nord, de précieuses informations sur les flux de poussières sahariennes de ces derniers milliers d’années.

Or, l’importance de ces flux est directement proportionnelle à l’aridité de la région source, et donc à son climat.

La nature brutale des changements climatiques survenus dans le nord de l’Afrique a été confirmée. Toutes les régions composant cette zone géographique ont été touchées simultanément et avec la même importance, ce qui a permis une datation précise de la période humide africaine (à 200 ans près). Elle aurait ainsi débutée voilà 11.800 ans, et se serait terminée il y a 4.900 ans, en donnant naissance au Sahara tel que nous le connaissons.

Des poteries de 20 000 ans pour cuire les poissons

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- Des poteries de 20 000 ans pour cuire les poissons

La découverte de résidus de poissons cuits dans des poteries japonaises de 15 000 à 10 000 ans remet en cause les certitudes antérieures sur le caractère purement ornemental ou religieux des poteries d'avant le Néolithique (voir par exemple cet article de La Recherche de 2008 dont j'ai rendu compte dans ma revue des sciences). Encore tout récemment, on retrouve cette hypothèse dans le livre d'Alain Testart, Avant l'histoire, pour qui les plus anciennes céramiques peuvent être datées de 26000 ans mais n'auraient servi que de jouet ou de gadget religieux avant de trouver toute leur utilité avec l'agriculture.

En fait, ce n'est pas si neuf puisqu'on avait déjà parlé au mois de juillet de poteries chinoises ayant servi à cuire des aliments, il y a 20 000 ans (la glaciation disait-on aurait obligé à réchauffer la nourriture). Encore une fois, il faut donc complètement revoir notre préhistoire. Parler de PPNA et PPNB pour "Pré-Poterie" Néolithique A et B (de -9000 à -7000) n'a plus de sens, sinon local.

De quoi montrer que l'Asie était plutôt en avance et surtout, cette fois-ci en accord avec Alain Testart, que les premières civilisations évoluées, les premiers sédentaires étaient des pêcheurs (plus que des chasseurs-cueilleurs) profitant d'une abondance de poissons, notamment les saumons remontant les rivières. On peut penser aussi que la trace de ces pêcheurs s'est perdue avec la montée des eaux et que donc notre reconstitution du passé est entièrement faussée.

Tout cela n'empêche pas que la révolution néolithique est bien venue du Proche-Orient, renforçant même sa spécificité par rapport à des évolutions plus anciennes n'ayant pas mené aux mêmes progrès.

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1040618200000690

Un crâne témoignant d’un croisement entre une Néandertale et un Sapiens

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- Un crâne témoignant d'un croisement entre une Néandertal et un Sapiens

Depuis le temps qu'on attendait une preuve de cette interfécondité ! Il n'empêche que la survie de la mère aurait pu être mise en danger par éclampsie notamment, ce qui pourrait être du coup une explication de la disparition de Neandertal ?

Le menton d'un Néandertalien tardif, mort il y a quelque 35 000 ans en Vénétie, et le contexte de sa découverte indiquent qu'il s'agirait d'un métis H. sapiens - H. neanderthalensis.

Ce fragment humain vieux de quelque 35 000 ans a été retrouvé dans une couche pleine d’outils moustériens – des outils en pierre fabriqués uniquement par les Néandertaliens (entre 300 000 ans et 30 000 ans avant le présent).

Son ADN mitochondrial (transmis par la mère) s’est révélé contenir un motif caractéristique des Néandertaliens.

Au lieu d'être convexe comme chez les Néandertaliens anciens, la symphyse mentonnière (la pente du menton) de la mandibule de Mezzena est verticale comme chez les hommes anatomiquement modernes. En outre, elle possède une protubérance mentonnière, ce qui est anormal chez les Néandertaliens, mais tout à fait courant chez les hommes anatomiquement modernes. Ce menton de Mezzena aurait pu passer pour une anomalie sans signification particulière si une protubérance similaire n’avait été retrouvée sur des fossiles d'autres Néandertaliens tardifs d'Europe, tels ceux de Spy en Belgique (36 000 ans), de La Ferrassie en Dordogne (de l'ordre de 50 000 ans), de Las Palomas en Espagne (environ 42 000 ans) et de Vindija en Croatie (environ 33 000 ans), et s’il n’était aussi fortement caractéristique des hommes anatomiquement modernes.