- La crise chypriote profite à la monnaie virtuelle bitcoin
Avec les fermetures temporaires des banques et les craintes d'une taxe sur les dépôts à Chypre, le cours du bitcoin s'est envolé ces dernières semaines. Résultat : l'île en crise de la zone euro devient le premier pays au monde à accueillir un distributeur de cette monnaie virtuelle.
En deux semaines, il est passé de 40 dollars à 72 dollars pour un bitcoin. Avec le succès de cette monnaie sur l'île, Chypre est devenu le premier pays au monde à disposer d'un guichet automatique de bitcoin. Selon l'investisseur canadien Jeff Berwick à l'origine de cette initiative, ce distributeur permettra d'échanger des bitcoins contre une monnaie traditionnelle et vice-versa.
Adossé à aucune banque ou institution gouvernementale, le bitcoin s'est imposé en quelques années comme l'une des principales monnaies virtuelles du web avec l'équivalent de 800 millions de dollars en circulation. Permettant de réaliser des micro transactions sur Internet, elle est cependant soupçonnée de faciliter le blanchiment d'argent qui profiterait de l'anonymat offert par cette plateforme.
Le succès de cette monnaie virtuelle, dont on avait parlé à l'origine en septembre 2011, est étonnant malgré les limitations de son algorithme. C'est en tout cas la première monnaie mondiale (et numérique), aussi anonyme et sûre que du liquide mais sans aucune régulation. Le trésor US voudrait d'ailleurs la contrôler mais on ne voit pas bien comment...
[Ajout du 8 avril : le bitcoin atteint maintenant le montant extravagant de 147$ ! Voir aussi Rue89. On s'attend à un krach qui ne semble pas tellement possible sauf à interdire cette monnaie, ce qui ne semble pas non plus possible... Un article critique dénonce la pyramide de Ponzi d'une monnaie dont la valeur continue à monter de façon délirante, ce qui favorise sa thésaurisation, mais aussi en relativise l'anonymat puisque toutes les transactions sont publiques]
A mesure de notre impuissance face à la crise, on voudrait nous persuader, contre toute évidence, que les hommes auraient toujours choisi la société dans laquelle ils voudraient vivre et que ce ne serait qu'une question de volonté. On ne voit pas sur quels exemples historiques pourraient s'appuyer de telles prétentions, la révolution de 1789 n'ayant pas été préméditée, échappant en permanence à ses acteurs, et celle de 1917 ayant produit le contraire de ce qui était voulu ! Ce sont des forces historiques qui sont à l'oeuvre et nous dépassent, ce sont elles qu'il faut tenter de comprendre avec les opportunités qu'elles peuvent ouvrir et qui dépendent assez peu de nos préférences subjectives. Il n'y a aucune raison de surestimer nos moyens ni de croire qu'on pourrait construire une quelconque utopie (en plus celle de notre choix !) dans une rage normalisatrice. Au contraire, la situation semble plutôt désespérée sur tous les fronts, accumulant défaites sur défaites. Sur le plan social, le sud de l'Europe dévasté nous entraîne sur la même pente alors que la lutte contre le réchauffement climatique semble perdue, du non renouvellement du protocole de Kyoto à l'exploitation de toutes les sources d'hydrocarbure (gaz de schiste, méthanes marins, pétroles non conventionnels, charbon). On ne sait comment on va faire face, non pas tant au pic de population plus précoce que prévu qu'à un nouveau 




Il y a de fortes raisons de privilégier les approches politiques et collectives mais il se pourrait que ce soit un objectif plutôt qu'un préalable.
L'écologie comme "vie naturelle" peut difficilement s'appliquer aux grandes villes et pourtant, non seulement la majorité de la population mondiale vit maintenant dans des grandes villes mais c'est devenu écologiquement incontournable, réduisant les déplacements et l'impact sur l'environnement. Il n'y a pas d'alternative au moment où l'on va atteindre le pic de la population mondiale qui doit encore augmenter de 40%, ce qui n'est pas rien. Dans ce contexte, le retour à la terre ne sera possible que pour une toute petite minorité (qu'on peut certes encourager).
La crise a remis à l'honneur la nécessité de sortir du capitalisme mais la plus grande confusion règne sur ce que cela pourrait signifier et les moyens d'y parvenir. Pour certains, comme les partisans de la taxe Tobin ou de l'interdiction de la spéculation sur les prix, on devrait parler plutôt d'une sortie du capitalisme financiarisé et dérégulé qu'on a connu depuis 30 ans, tout comme pour ceux qui veulent un meilleur partage capital/travail et plus de protectionnisme. Pour d'autres, c'est le marché lui-même qui est en cause, voire la vénalité de l'homme, son individualisme ou son égoïsme. On fait appel aux valeurs, on voudrait moraliser le capitalisme et ses profits sans comprendre qu'il s'agit d'un système qui élimine ceux qui voudraient faire preuve d'un peu trop de moralité justement ! Bien sûr, de nombreuses mesures préconisées sont positives, qu'elles jouent sur les régulations, les normes ou la redistribution mais on ne peut parler en aucun cas d'une sortie du capitalisme.
La relocalisation économique et politique se trouve au coeur de l'écologie-politique et ceci, non pas tant pour économiser de l'énergie, comme le croient ceux qui réduisent la question écologique à celle de
Ce n'est pas la crise économique et financière, aussi grave soit-elle, qui pourra provoquer la fin du capitalisme qui en a connu bien d'autres. Mais si la sortie du capitalisme a déjà commencé, c'est pour de toutes autres raisons, plus profondes et plus durables, liées à notre entrée dans l'ère du numérique et du travail immatériel. Ce sont ces nouvelles forces productives qui remettent en cause les bases même du capitalisme industriel : aussi bien la rémunération du travail salarié que la valeur d'échange ou la gratuité numérique.
Beaucoup en conviendront, c'est une très bonne nouvelle que l'ancien monde s'écroule. Il n'y a pas à se lamenter sur son sort mais à s'impatienter plutôt d'un effondrement d'une insupportable lenteur. Même si on doit en passer par des moments difficiles, ce qu'on nous présente comme de très mauvaises nouvelles, sont pour nous un retour plus que salutaire à la réalité, à la prise de conscience collective. Au moment du plus grand danger et malgré toutes les menaces qui s'amoncellent, on peut retrouver paradoxalement un optimisme perdu depuis bien longtemps, la Guadeloupe n'étant que la première de nos victoires dans la reconquête de tous nos droits et la réappropriation de la démocratie par ses citoyens.
Les Guadeloupéens nous montrent la voie d'un retour des mouvements sociaux et de la lutte des classes mais surtout d'une réappropriation par les citoyens de leur propre pays et d'un retour aux fondements de la démocratie. Leurs revendications apparaissent à l'évidence légitimes, faisant apparaître la nécessité d'un gouvernement démocratique local, sans quitter pour autant la communauté nationale. Voilà de quoi ranimer l'aspiration révolutionnaire au modèle fédératif conciliant localisme et solidarité nationale.
Le monde est désespérant et incompréhensible, surtout en période de crise où l'on a tant besoin de trouver des coupables, de réponses simplistes, de solutions imaginaires mais qui ne font qu'ajouter au désastre, hélas ! La difficulté de la politique c'est de ne pas tomber dans cette démagogie, dans ce qu'on voudrait bien entendre ou dans l'action purement symbolique, mais de garder le cap d'une transformation matérielle effective qui oblige à dénoncer les impasses de fausses théories et d'emportements un peu trop idéologiques.