L’alternative écologiste

Tome II

Il m'a semblé utile de regrouper les textes écrits après la parution de mon premier livre L'écologie-politique à l'ère de l'information (éditions è®e, 2006) et qui en prolongeaient les principaux thèmes (Ne pas se tromper d'écologie et L'alternative au productivisme).

André Gorz s'étant suicidé depuis, il était naturel de lui rendre hommage car je ne fais que prendre sa suite sur de nombreux points même si je ne peux être considéré comme son disciple. Alors que les critiques du premier livre visaient surtout une écologie de droite ou gestionnaire, cette fois-ci les critiques de l'écologisme visent plutôt ses versions utopiques, morales et sectaires. L'alternative défendue n'a pas changé (revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales), sa cohérence s'affirme simplement un peu plus ainsi que son urgence pour sortir de la crise.


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Relocalisation, mode d’emploi

La relocalisation économique et politique se trouve au coeur de l'écologie-politique et ceci, non pas tant pour économiser de l'énergie, comme le croient ceux qui réduisent la question écologique à celle de l'énergie, mais bien pour équilibrer la globalisation marchande et préserver notre milieu, notre qualité de vie, nos échanges humains, pour réhabiter notre territoire enfin, en traduisant une pensée globale en agir local.

La relocalisation n'a pas les inconvénients d'un protectionnisme national ou européen qui pour être en partie nécessaire ne peut aller trop loin désormais au risque d'attiser les conflits. On peut donc s'étonner qu'on ne parle pas plus de relocalisation alors qu'elle constitue une composante essentielle de la sortie de crise et devrait être centrale au moins dans les programmes écologistes. On aimerait effectivement que les partis écologistes proposent les voies d'une véritable alternative et ne se contentent pas de vouloir accumuler des contraintes et des mesures isolées sensées réduire un productivisme qu'on sait pourtant consubstantiel au capitalisme, ne pouvant absolument pas se passer de croissance !

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Changer de système de production

Ce n'est pas la crise économique et financière, aussi grave soit-elle, qui pourra provoquer la fin du capitalisme qui en a connu bien d'autres. Mais si la sortie du capitalisme a déjà commencé, c'est pour de toutes autres raisons, plus profondes et plus durables, liées à notre entrée dans l'ère du numérique et du travail immatériel. Ce sont ces nouvelles forces productives qui remettent en cause les bases même du capitalisme industriel : aussi bien la rémunération du travail salarié que la valeur d'échange ou la gratuité numérique.

C'est pour des raisons matérielles, liées à la reproduction des forces productives, que le système de production est contraint de changer radicalement, de même que c'est pour des raisons liées à la reproduction matérielle que ce système devra intégrer les limitations écologiques, notamment en favorisant la relocalisation de l'économie. Si la sortie de la société salariale a déjà commencé, c'est pour l'instant surtout à notre détriment par destruction des protections sociales et l'explosion de la précarité. Il faudra comme toujours des luttes sociales pour conquérir de nouveaux droits et pouvoir réorienter ce nouveau système vers notre émancipation et une économie plus soutenable. Rien ne se fera tout seul.

C'est en tout cas dans ce cadre matériel que notre action peut être décisive, loin de toute utopie ou subjectivisme des valeurs. Les "nouvelles technologies" ont ici une place centrale, comparable à la machine à vapeur. Il n'y a pas que le matérialisme de la reproduction et des techniques qu'il faut prendre en compte cependant, mais tout autant les flux constituant la production en système justement : il faut absolument que ça marche ! Pour sortir du productivisme capitaliste et de son modèle industriel, il ne suffira pas d'initiatives isolées ni de mesures partielles, il faut que les nouveaux rapports de productions et des nouveaux dispositifs fassent système (production, distribution, circulation), en assurant leur reproduction.

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Du communisme à l’écologie

Dans ces temps de bouleversement où c'est la réalité qui redevient révolutionnaire, on assiste partout au retour du commun, depuis si longtemps totalement discrédité pourtant par l'idéologie néolibérale. La glorification de l'individu avait atteint de tels sommets qu'on ne peut que se réjouir de l'éclatement de cette bulle narcissique et du retour, vital, à la réalité de nos interdépendances et solidarités collectives. On peut craindre cependant que selon une stricte logique dialectique, on s'emporte à réduire un peu trop du coup la part de l'individu au nom d'une communauté retrouvée.

Pourtant de simples considérations matérielles devraient mener à l'abandon des anciennes idéologies au profit d'une écologie-politique constituant une réponse bien plus adaptée à notre époque en se confrontant aux défis planétaires tout en restant attentive aux diversités locales, effectuant ainsi une synthèse de l'individu et du collectif plus équilibrée, moins centralisée, moins idéologique, plus objective enfin.

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La révolution numérique est-elle soutenable?

La crise sociale, économique et financière qui commence à peine s'explique parfaitement par les cycles de Kondratieff, retour de la révolution bien nécessaire mais qui n'est finalement qu'un phénomène cyclique générationnel se reproduisant tous les 60 ans à peu près et qui dessine l'issue de la crise par la reprise de l'inflation et la réduction des inégalités comme pendant les 30 glorieuses. Schumpeter ajoute que chaque nouveau cycle se caractérise par des innovations techniques et une nouvelle génération d'entrepreneurs qui enclenchent une croissance longue après la phase dépressive de "destructions créatrices".

Il se produit justement, en ce moment même, une précipitation de l'histoire et un saut technologique dont la portée pourrait dépasser de beaucoup le prochain cycle, puisque c'est une véritable unification technique de l'humanité comme l'agriculture a pu l'être auparavant, mais à un rythme sans commune mesure cette fois. C'est en effet incroyable mais il y a déjà 60% de l'humanité qui utilise un téléphone portable, avec une accélération ces derniers mois en particulier dans des pays pauvres (mais jeunes) dépourvus d'infrastructures, ceci alors même qu'on assiste à une convergence entre ordinateurs et téléphones. C'est un événement considérable, véritable basculement anthropologique vers un homo numericus devenu une part de notre humanité, au coeur de notre avenir malgré qu'on en ait, et dont il faut prendre la mesure de l'impact écologique,

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El porvenir radiante

Traducción del artículo L'avenir radieux : Eduardo Baird.

He traducido este bello y estimulante artículo de Jean Zin, a quien ya conocemos, que declara el Año 01 de una nueva era, Y nos habla con alegría de nuestra necesidad de autonomía y solidaridad. Llega a su fin el régimen depredador y corrupto, muere el mundo de la expoliación y el lucro. Ayudémosle a morir!

Después de tanta infamia y de tanta crueldad, de tanta explotación, exclusión y hambre, nace el mundo fraterno y solidario, el mundo de los productores libres y asociados. Ayudémosle. a nacer!

Eduardo Baird.

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L’avenir radieux

Beaucoup en conviendront, c'est une très bonne nouvelle que l'ancien monde s'écroule. Il n'y a pas à se lamenter sur son sort mais à s'impatienter plutôt d'un effondrement d'une insupportable lenteur. Même si on doit en passer par des moments difficiles, ce qu'on nous présente comme de très mauvaises nouvelles, sont pour nous un retour plus que salutaire à la réalité, à la prise de conscience collective. Au moment du plus grand danger et malgré toutes les menaces qui s'amoncellent, on peut retrouver paradoxalement un optimisme perdu depuis bien longtemps, la Guadeloupe n'étant que la première de nos victoires dans la reconquête de tous nos droits et la réappropriation de la démocratie par ses citoyens.

Il ne faut plus en douter, c'est un avenir radieux qui s'ouvre devant nous, nous sommes dans l'An 01 d'une ère nouvelle avec tout à construire, tout à inventer, ce qui ne veut pas dire faire n'importe quoi et donner libre cours à tous les fantasmes mais, tout au contraire, pour répondre aux défis qui nous sont lancés, il nous faudra tenir compte de toutes les contraintes écologiques, économiques, techniques, sociales ainsi que de tous nos défauts, individuels et collectifs, de notre nature double et fragile, de notre besoin d'autonomie comme de solidarité.

Après avoir tenté de donner un programme minimal susceptible d'unir les revendications sociales, il est temps d'esquisser dès maintenant ce que pourrait être l'étape suivante, pas si éloignée, un programme maximum si l'on veut, afin d'en éprouver les limites et sortir des visions religieuses, idéologiques ou émotionnelles de la politique au profit d'un projet concret, d'une nouvelle organisation économique et sociale au service de l'épanouissement humain.

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L’écologie politique, une éthique de libération

André Gorz n'a certes pas inventé l'écologie, se situant notamment dans le sillage d'Ivan Illich, mais il y a ajouté une dimension politique pleinement assumée. Son recueil d'articles, paru en 1975, avait d'ailleurs pour titre "Ecologie et politique". Il commençait significativement par un texte de rupture entre "Leur écologie et la nôtre", texte décisif où, contre l'écologie de marché et l'expertocratie verte, il prenait ouvertement le parti d'une écologie émancipatrice basée sur l'autonomie et clairement anticapitaliste.

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Il n’y a pas d’alternative !

Alors que les menaces écologiques se font de plus en plus pressantes, on peut s'étonner du léger des solutions qu'on prétend y apporter, pas du tout à la hauteur des enjeux et sans une véritable vision globale. Au lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante, que ce soit dans sa version religieuse ou libérale, mais, en dehors de quelques marginaux, il n'est jamais question, ou presque, d'une véritable alternative au productivisme qu'on impute à l'avidité humaine plus qu'au système du profit.

On en appelle soit à la conversion des esprits et des coeurs, soit à de simples mesures techniques ou incitations financières, comme s'il était devenu impossible en tout cas de changer un système mondialisé, au moment même où il y aurait tellement besoin pourtant de dispositifs politiques concrets, du local au global, pour adapter notre système de production aux nouvelles forces productives tout autant qu'aux nouvelles contraintes écologiques. On n'y échappera pas, quelles que soient les résistances et les conservatismes. Dès lors, la question n'est pas tant celle de l'ancien système, ni de simplement le brider par des lois, des luttes ou par nos prières, que de savoir par quoi le remplacer et d'en construire un autre plus adapté à notre temps, combinant une inévitable relocalisation de l'économie avec toutes les institutions du travail autonome et du développement humain.

Hélas, les instruments principaux d'une alternative au salariat productiviste comme à la mondialisation marchande paraîtront sans doute bien exotiques par rapport aux modèles de référence et à nos habitudes de pensée, voire complètement hors de propos : monnaies locales, coopératives municipales, revenu garanti ! Il n'y a pas d'autre alternative pourtant, ni libérale, ni autoritaire, ni morale.

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Le « Plan B » de Mr Brown pour la planète

Le plan B, pour un pacte écologique mondial, Lester R. Brown
Lester R. Brown dirige l'Earth Policy Institute après le World Watch Institute. C'est l'un des écologistes les plus respectés, notamment des économistes. Ses propositions ne sont certes pas nouvelles d'une éco-économie qui voudrait écologiser l'économie marchande par la vérité des prix écologiques (c'est-à-dire par des écotaxes) ainsi que par des normes ou des éco-labels, sans exclure pour autant des politiques étatiques (éducation, contrôle des naissances, santé).

Bien qu'on nous détaille le processus "d'effondrement" de notre civilisation par surexploitation de nos ressources (génératrice de conflits, de migrations, de pauvreté, de terrorisme), le "plan Brown" pour sauver la planète semble d'une facilité déconcertante, témoignant d'un optimisme technologique sans réserves et persuadé même que cette mobilisation générale pour un monde plus durable sera générateur d'une nouvelle période de croissance, très loin de menacer notre économie ou notre confort. Vraiment pas de quoi s'inquiéter, juste un coup de collier à donner pour redresser la barre !

Il ne faut donc rien attendre de vraiment révolutionnaire dans ce livre qui date de 2006, même si on y parle de "révolution environnementale" mais uniquement dans le sens d'une nouvelle "révolution industrielle" boostée par de nouvelles énergies et de nouveaux marchés. Pour autant, on aurait bien tort de mépriser ce qui constitue une sorte de "programme minimum" de survie, même s'il ne vise qu'à rendre un peu plus durable notre mode de développement, car il reste à peu près le seul programme actuel des écologistes qui soit considéré comme crédible (repris notamment par Nicolas Hulot). Il présente l'avantage de sembler pouvoir être mis en place assez rapidement, puisqu'il ne change rien au système, et d'attirer au moins l'attention sur les grands chantiers du moment même si on peut trouver avec quelques raisons que c'est bien insuffisant, trop irréaliste et complètement déconnecté des transformations de l'économie à l'ère de l'information...

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L’écologie-politique, avenir de la gauche

On peut analyser de différentes façons l'effondrement des Verts aux dernières élections présidentielles : par leurs défauts internes ou les défauts de l'élection, par la faute à Hulot, à Bové, au PS, aux médias... Certes tout cela a pu jouer mais il faut surtout rapprocher cet effondrement de deux autres faits : d'une part il ne faut pas faire comme si la marginalisation des Verts n'était pas celle de toute la gauche (l'extrême-gauche bien sûr mais jusqu'au PS puisque les valeurs de gauche y étaient marginalisées aussi !), d'autre part cette décrédibilisation du parti écologiste se produit paradoxalement au moment même où les problèmes écologiques commencent à être pris au sérieux par la société toute entière, y compris les partis de droite...

La gauche ne peut se tenir à l'écart de cette prise de conscience écologique et c'est sans doute un des enjeux principaux d'une refondation de la gauche d'arriver non seulement à prendre en compte ces questions écologiques mais à se reconstruire autour d'une véritable écologie-politique qui n'est pas autre chose que la continuation du socialisme par d'autres moyens. En effet, si l'écologie-politique constitue bien une nouvelle façon de faire société, avec de nouveaux biens communs, le sentiment d'une communauté de destin et d'une responsabilité collective, cette solidarité sociale renforcée ne signifie aucunement qu'il faudrait nier pour autant la division de la société ni la nécessaire résistance des dominés. Au contraire, c'est une base solide pour exiger avec plus de force encore la réduction des inégalités, pour ce qui serait une véritable écologie de gauche mais qui aura besoin d'être défendue par toute la gauche, pas seulement par une de ses composantes. La gauche y trouverait sans aucun doute un nouveau souffle pour reprendre l'offensive, une nouvelle légitimité qui pourrait rassembler le mouvement social sur un objectif à long terme. Pour le dire simplement : l'écologie-politique, c'est l'avenir de la gauche ! En effet, la leçon qu'on doit tirer de notre situation historique, c'est qu'il y a une double impasse : celle d'une écologie réduite à un parti groupusculaire, mais tout autant celle d'une gauche tournée vers le passé et sans projet, éclatée en petites chapelles sur le marché des idéologies et confinée à des stratégies purement défensives.

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André Gorz – la richesse du possible

Ce que nous devons à André Gorz est bien plus qu'une leçon de vie, d'honnêteté et d'exigence, c'est une conception politique de l'écologie qui nous relie à l'histoire et touche à la vérité de l'existence dans sa contingence même, mais c'est aussi la proposition d'une véritable alternative écologiste au service de l'autonomie individuelle. Avec une trop grande discrétion sans doute, ce fut l'indispensable passeur entre la philosophie et l'écologie-politique, un penseur de l'avenir qui nous relie au passé dans ce qu'il a de meilleur : ses luttes d'émancipation, l'anticapitalisme et la volonté d'authenticité. On peut dire que c'est lui qui nous a passé le témoin de la tradition révolutionnaire, même atténuée en "réformisme radical", une conception qui reste révolutionnaire de l'écologie, une écologie qui change la vie vraiment et nous rend plus libres, plus vrais, un peu plus nous-mêmes !

André Gorz a été un des premiers à parler d' "écologie politique", mais au-delà de sa vision politique de l'écologie, d'une écologie du vivre-ensemble, il occupe une place singulière parmi les fondateurs de l'écologie, de se situer à la fois en continuité et en rupture avec le marxisme, fidèle au projet d'émancipation tout en rejetant ses illusions et tirant les leçons de l'histoire. C'est sans doute ce chemin hésitant qu'il trace pour l'écologie entre aveuglement et renoncement qui fait sa réelle importance. S'il a pu ancrer l'écologie politique dans l'histoire des luttes ouvrières, c'est par le détour d'une lecture philosophique de Marx, héritée de l'Ecole de Francfort et des théories de l'aliénation centrées sur la critique de la forme marchandise et la recherche d'une authenticité de l'existence. Il ne faut pas oublier que c'est à partir d'un "existentialisme athée" qu'il fait une lecture écologiste de Marx, introduisant une philosophie sans transcendance dans une écologie dont le sens est trop souvent brouillé par les références religieuses (Ellul, Illich, Jonas, etc.). On peut même dire que c'est une philosophie engagée dans la sortie de la religion dès lors qu'elle rejette toute hétéronomie au profit de l'autonomie de l'individu...

Ce n'est pas encore l'heure de dresser le bilan d'une oeuvre qu'il faudrait étudier plus longuement, seulement de témoigner de ce qu'elle pouvait avoir de fondatrice pour l'écologie, d'indispensable pour la sauvegarde de notre avenir, d'encourageante enfin, préservant jusqu'au bout toute la richesse du possible qui ne dépend que de nous !

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La valeur-travail

La "valeur-travail" peut s'aborder de différentes façons, par sa fonction dans la détermination des prix (théorie de la valeur), par le rôle du travail dans la reconnaissance sociale et l'épanouissement de soi (valorisation de la personne), enfin par sa rémunération (le prix du travail) qui est encore tout autre chose. Ce sont des points de vue très différents, et qui mènent à toutes sortes de confusions plus ou moins intéressées lorsqu'on ne les distingue pas suffisamment clairement, mais qui ne s'excluent pas les uns les autres pour autant.

En tout cas il y a beaucoup plus à dire que les simplifications idéologiques habituelles sur ce qui constitue un des enjeux fondamentaux de notre avenir et l'on ne devrait pas hésiter à s'appuyer sur les discours électoraux qui prétendent revaloriser le travail pour obtenir une véritable revalorisation du travail ainsi que de nouvelles protections sociales pour les travailleurs, en tenant compte des évolutions de la production et des transformations du travail, de ses nouvelles exigences d'autonomie et de formation, tout comme de la précarité qui se développe et dont il faudrait se prémunir collectivement au bénéfice de tous.

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Les monnaies locales : un outil pour la relocalisation de l’économie

Un autre monde est possible et une petite carte de paiement pourrait en être le sésame.

A l'occasion du lancement du SOL, monnaie alternative pour les réseaux de l'économie solidaire et les échanges de proximité, il faut revenir sur l'importance des monnaies locales pour la relocalisation de l'économie et la sortie du productivisme marchand, même si ce n'est pas dans l'air du temps et très loin des projets d'une gauche déboussolée...

Il est certes bien difficile de convaincre de l'utilité d'une monnaie locale, on croit même que c'est impossible à mettre en oeuvre alors que c'est sûrement la voie de l'avenir et que les outils en sont immédiatement disponibles, ce qu'on peut qualifier de miraculeux ! Le principal obstacle qui reste désormais se situe dans une évolution radicale des mentalités qui devraient opérer un complet retournement en pensant le changement social à partir du local, dans l'esprit de l'altermondialisme.

Au lieu de tout attendre du pouvoir central et des stratégies top-down, il faudrait se convertir à la construction par le bas (bottom-up) d'une alternative locale à la globalisation marchande. Les prochaines élections municipales pourraient permettre d'en commencer l'expérimentation sans plus tarder. Hélas, c'est loin d'être gagné d'avance. Pourtant l'enjeu est de taille et il y a urgence !

C'est pourquoi nous allons essayer de répondre aux 3 questions :

  1. pourquoi une monnaie ?
  2. pourquoi relocaliser l'économie ?
  3. pourquoi une monnaie locale ?

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La maladie de la disparition

Une nouvelle "fable des abeilles" pour notre temps !

Il se murmure que les abeilles disparaissent, annonçant une catastrophe écologique, et que la cause pourrait en être la multiplication des téléphones portables à cause de la pollution électro-magnétique qu'ils provoquent (l'électrosmog).

C'est, en fait, plus que contestable mais selon des chercheurs allemands de la Landau University la saturation des ondes désorienterait tellement les abeilles qu'elles ne pourraient plus rejoindre leur ruche, ce qui pourrait entraîner leur extermination en provoquant ce qu'on appelle en anglais Colony Collapse Disorder, et en français la "maladie de la disparition". Voilà ce qu'on pourrait prendre effectivement pour un signe annonciateur de notre propre disparition...

Cependant, même si les ondes n’en sont probablement pas la véritable cause, non seulement on est bien malgré tout face à un risque majeur mais on peut y voir aussi une fable sur l'inconscience avec laquelle nous travaillons à notre propre destruction en détruisant systématiquement nos conditions vitales, tout cela à cause d'une conception un peu trop myope de la productivité et d'une rentabilité immédiate. On verra que c'est une leçon écologique qui s'applique tout autant à l'économie cognitive et qu'il faudrait aussi en tirer les conséquences dans la préservation des milieux humains.

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Critique de l’écologisme (la maladie infantile de l’écologie)

L'écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux écolos qui n'ont jamais été qu'une bande de rigolos inoffensifs, même s'ils ont constitué une nécessaire avant-garde, vivante et colorée. Il faut sortir de l'écologisme et de toutes ses naïvetés, qui sont la maladie infantile de l'écologie, pour une écologie enfin adulte capable de prendre en main notre communauté de destin planétaire et qui se tourne vers l'avenir plutôt que vers le passé. Il y a urgence ! Il ne s'agit pas de se fier au réformisme mou d'une écologie d'experts en costard cravate et sans imagination, ce qu'il faut c'est trouver des solutions pour assumer nos responsabilités collectives mais les écologistes actuels font plutôt partie du problème même s'ils ne sont qu'un symptôme de l'infantilisation de toute la société.

L'écologie-politique à l'ère de l'information n'a rien à voir avec un quelconque retour en arrière, ni avec un moralisme puritain, c'est l'accès à un nouveau stade cognitif et politique d'unification du monde et de prise en compte du négatif de notre industrie, d'une pensée globale et d'un agir local, d'une relocalisation équilibrant la globalisation des réseaux numériques et des marchés. Il ne s'agit pas de prétendre que la chose est facile, ni qu'elle est sans dangers, au contraire, c'est bien pourquoi il faut se méfier de l'idéologie pour s'occuper de ce qui ne marche pas, prendre à bras le corps les problèmes qui se posent concrètement, en multipliant les expérimentations avec une direction par objectifs prudente et attentive à l'expression du négatif afin de pouvoir corriger au plus vite notre action en fonction du résultat. A l'opposée d'une idéologie bêtifiante ou totalitaire, l'écologie devrait s'occuper sérieusement de ce qui ne marche pas, intégrer complexité et dialectique, faire converger conscience collective et développement de l'autonomie. Nous essaierons de dire ce que l'écologie-politique n'est pas et ce qu'elle devrait être, même si c'est risqué et bien loin des simplifications médiatiques comme de l'idéologie dominante.

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Changer le travail, changer la vie !

La confusion est à son comble. Alors que tout a changé avec notre entrée dans l'ère de l'information et que la précarité s'étend, on entend toujours les mêmes vieux discours, par les mêmes vieux partis avec leurs vieilles idées et leurs élites dépassées. Plus personne ne sait quoi penser dans ce marché des idéologies jusqu'à une extrême gauche éclatée repliée sur leurs petites organisations ridicules et incapables de construire une véritable alternative. La "valeur-travail" n'a jamais été aussi haute, au moment même où le travail manque et où il a perdu toute valeur au profit des boursicoteurs et de la finance internationale. Impossible de revenir à la situation antérieure pourtant quand le travail ne se mesure plus au temps salarié car le travail immatériel n'est pas linéaire, sa production n'est pas proportionnelle au temps passé et, par dessus le marché, contrairement au travail forcé d'une simple "force de travail", le travail immatériel et créatif ne peut réussir sans "motivation", sans un certain plaisir de travailler ! Bien sûr, c'est loin d'être le cas partout, la situation empirant au contraire pour beaucoup, mais une majorité de travailleurs aiment quand même leur travail et se battent pour que leur entreprise ne ferme pas. Cette exigence de motivation peut d'ailleurs redoubler l'aliénation aussi et rendre la subordination salariale absolument insupportable d'hypocrisie dès lors qu'elle est forcée...

La revendication d'un revenu garanti est de plus en plus nécessaire dans ce cadre mais elle n'a pourtant aucune chance de s'imposer dans le contexte actuel, du moins pas avant que les représentations du travail aient changé, devenu le premier besoin de l'homme comme valorisation de la personne et non plus devoir de subordination, si souvent humiliant. Pour changer cette représentation du travail comme "désutilité" ne servant qu'à "s'enrichir", n'étant fait que pour l'argent et la consommation, alors que la vraie vie serait ailleurs (dans les loisirs et la distraction), il faudrait arrêter de réclamer sa réduction comme d'un mal nécessaire pour exiger au contraire un meilleur travail, de meilleures conditions de travail, afin de ne plus perdre sa vie à la gagner, et faire d'un mal un bien. Pouvoir être heureux dans son travail, voilà qui devrait améliorer considérablement notre qualité de vie, étant donné que le travail en occupe la plus grande partie !

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Revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales

Article pour Multitudes no 27

Depuis la chute du communisme le manque d'alternative paralyse tout mouvement social de quelque ampleur, comme la lutte contre le CPE ne trouvant aucun débouché politique autre qu'une défense illusoire du CDI, sans aucun effet sur le développement de la précarité. Les causes de notre échec ne sont pas dans la force supposée de nos adversaires mais bien dans la faiblesse de nos propositions et dans nos archaïsmes face aux enjeux écologiques tout autant qu'aux bouleversements considérables que nous vivons depuis notre entrée dans l'ère de l'information !

Il ne suffit pas de critiquer le capitalisme et son productivisme insoutenable, il faudrait avoir autre chose à proposer. Au-delà de mesures partielles ou défensives, il y a une nécessité vitale à construire une alternative écologiste à la globalisation marchande, alternative qui soit à la fois réaliste et tournée vers l'avenir, c'est-à-dire en tenant le plus grand compte des contraintes matérielles aussi bien que des nouvelles technologies de l'information, plutôt que de s'accrocher vainement à un passé industriel révolu, et pas aussi glorieux qu'on le dit !

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