La théorie de l’évolution comme théorie de l’information

L'interprétation de la théorie de l'évolution comme théorie de l'information et processus cognitif n'est pas nouvelle où c'est l'acquisition (la sélection) et la transmission d'informations génétiques par l'ADN qui produit, dans l'après-coup, une inversion locale de l'entropie par réaction adaptée, correction d'erreurs et reproduction. Ce n'est pas cette interprétation qu'on discutera ici, la tenant pour acquise dans ses grandes lignes, mais les conséquences sur notre être au monde d'une causalité qui vient de l'extérieur, dans l'après-coup, et d'une évolution dont nous continuons d'être les sujets loin d'en être les auteurs, matérialisme historique rénové qui réduit notre horizon temporel mais où se dissout la figure de l'homme et les prétentions de la subjectivité comme de l'identité.

En bouleversant complètement le monde et nos modes de vie, l'organisation sociale et le travail lui-même, le déferlement du numérique montre très concrètement qu'il y a un point sur lequel Marx avait complètement raison, et ce n'est certes pas sur le prophétisme communiste comme réalisation de la religion mais, tout au contraire, sur la détermination matérielle de l'histoire par la technique et l'impossible conservatisme face à une réalité révolutionnaire, découverte de l'évolution dans les systèmes de production indépendamment de notre bon vouloir. C'est cette appartenance à une évolution qui nous dépasse qui est inacceptable à la plupart, tout comme le déterminisme économique longtemps dénié et pourtant on ne peut plus manifeste.

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La place de la commune dans l’économie post-industrielle

placeDerrière les soubresauts d'une crise financière qui menace les protections sociales et provoque un chômage de masse dans l'Europe du sud, nous vivons une mutation d'une toute autre ampleur dont on ne semble toujours pas bien prendre la mesure. En effet, ce n'est pas seulement le développement des pays les plus peuplés qui remet en cause notre ancienne base industrielle mais bien plus l'entrée du monde entier dans l'ère du numérique à une rapidité sans précédent, comparable à celle d'une véritable pandémie. S'il est compréhensible de vouloir récupérer des emplois perdus, on ne peut se cacher que la diminution des emplois industriels est plus liée à l'automatisation et la robotisation qu'aux délocalisations, même si celles-ci existent aussi.

Dès lors, il n'y a pas grand chose à espérer d'une relocalisation industrielle même s'il faut toujours encourager la production au plus près de la demande (ce que les imprimantes 3D et autres Fab Labs faciliteront de plus en plus). Toutes les nostalgies n'y feront rien à vouloir revenir aux 30 glorieuses si ce n'est au XIXème, nous n'avons pas le choix sinon d'entrer résolument dans l'ère du numérique qui sape petit à petit et en profondeur l'organisation sociale précédente. C'est notamment le cas du niveau national qui perd pas mal de son importance alors que le local s'en trouve d'autant plus revalorisé. Dès lors, il ne s'agit plus tant d'une relocalisation qui nous ramènerait à un état antérieur ou limiterait simplement la globalisation marchande, il s'agit bien plutôt de recentrer toute l'économie sur le local.

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Si l’on ne change rien, les poissons vont disparaître

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- Si l'on ne change rien, les poissons vont disparaître

Aujourd'hui, la technologie est devenue le problème numéro un de la pêche. On l'utilise pour rafler plus, plus loin, plus profond, alors qu'elle pourrait être employée à trier le poisson au fond de la mer, et non plus sur le pont du navire. Les prises accessoires représentent près du tiers des captures. Elles sont inutiles et les poissons rejetés ne servent à rien dans les écosystèmes ; ils finissent sous forme de vase. La pêche ressemble un peu à un jeu vidéo : on peut voir quelles espèces sont présentes, à quelle profondeur et presque mettre l'hameçon devant la bouche du poisson. Pourquoi ne pas utiliser ce savoir-faire pour gérer les ressources et rester en phase avec les cycles de la nature ?

Par contre, Sciences et Avenir célèbre, p56, la reconstitution, grâce à la réduction des quotas de pêche, des populations de thons rouges qui étaient au bord de l'extinction en 2008. Les capacités de récupération sont en effet très grandes étant donné l'immensité de l'océan et le nombre d'oeufs pondus. Comme l'interview ci-dessus y insiste (après la FAO), en dehors de la pêche elle-même, le problème vient surtout de la prolifération des méduses qui mangent les oeufs. Il faudrait plutôt manger ces méduses ou les exploiter pour réduire leurs nuisances...

Parmi les mesures préconisées pour prévenir la prolifération
des méduses ou y faire face, on peut citer :
- le développement de produits à base de méduses pour l'alimentation - certaines
espèces sont consommées dans plusieurs pays ;
- l'utilisation de la «méduse immortelle» (Turritopsis nutricula), capable d'inverser le
processus du vieillissement pour l'élaboration de produits régénérants.

Le pic de population repoussé ?

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- Le pic de population repoussé ?

J'ai d'abord hésité à parler de ce qui n'est pas vraiment une nouvelle car basé sur des tendances incertaines mais il est quand même bon de mettre en doute les dernières prévisions qui étaient très optimistes sur la transition démographique accélérée de nombreux pays émergents jusqu'à parler d'un pic de population en 2050 autour de 9 milliards alors que l'ONU table maintenant sur 11 milliards en 2100. C'est en partie à cause de l'allongement de la vie que ce chiffre est revu à la hausse mais c'est aussi le rythme de développement de l'Afrique qui pourrait être moins rapide alors que c'est là que la population va continuer sa croissance.

En fait, on ne sait ce qui pèsera le plus sur les ressources, une population plus nombreuses ou l’accession plus rapide à la classe moyenne des pays les plus peuplés...

Elevage industriel de vers de mouche comme nourriture animale

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- Elevage industriel de vers de mouche comme nourriture animale

Destinées à l'alimentation animale, les larves de mouches cultivées par une entreprise sud-africaine permettent aussi de recycler des déchets d'abattoir et des déchets alimentaires.

"Nous avons créé la première opération d'élevage industriel de mouches" a expliqué à l'AFP Jason Drew, membre de l'équipe de AgriProtein Technologies. Cette entreprise sud-africaine élève entre 7 et 8 millions de mouches femelles dans son établissement de Stellenbosch, dans le sud-ouest du pays.

Bien nourries, ces mouches pondent des œufs qui sont ensuite récupérés et déposés sur un substrat peu ragoûtant : déchets des usines alimentaires, sang et tripes des abattoirs, déjections animales provenant des exploitations agricoles... "La nature a inventé les mouches pour ça : pour recycler ces protéines" commente Jason Drew.

"En 72 heures, un kilo d'œufs se transforme en environ 380 kilos de larves".

D'après l'entreprise, les larves séchées ont la même composition que la farine de poisson, couramment utilisée dans les aliments pour animaux.

Plaidoyer pour l’altermonde

un-autre-monde-est-possibleA mesure de notre impuissance face à la crise, on voudrait nous persuader, contre toute évidence, que les hommes auraient toujours choisi la société dans laquelle ils voudraient vivre et que ce ne serait qu'une question de volonté. On ne voit pas sur quels exemples historiques pourraient s'appuyer de telles prétentions, la révolution de 1789 n'ayant pas été préméditée, échappant en permanence à ses acteurs, et celle de 1917 ayant produit le contraire de ce qui était voulu ! Ce sont des forces historiques qui sont à l'oeuvre et nous dépassent, ce sont elles qu'il faut tenter de comprendre avec les opportunités qu'elles peuvent ouvrir et qui dépendent assez peu de nos préférences subjectives. Il n'y a aucune raison de surestimer nos moyens ni de croire qu'on pourrait construire une quelconque utopie (en plus celle de notre choix !) dans une rage normalisatrice. Au contraire, la situation semble plutôt désespérée sur tous les fronts, accumulant défaites sur défaites. Sur le plan social, le sud de l'Europe dévasté nous entraîne sur la même pente alors que la lutte contre le réchauffement climatique semble perdue, du non renouvellement du protocole de Kyoto à l'exploitation de toutes les sources d'hydrocarbure (gaz de schiste, méthanes marins, pétroles non conventionnels, charbon). On ne sait comment on va faire face, non pas tant au pic de population qui n'est plus tellement éloigné qu'à un nouveau doublement de la classe moyenne mondiale qui est déjà passée de 1 à 2 milliards depuis l'an 2000 et devrait plus que doubler encore dans les années qui viennent. Le refus de prendre en compte ces évolutions géopolitiques tout comme le bouleversement total que le numérique apporte dans nos vies depuis une dizaine d'années ne peut que renforcer notre impuissance collective et notre soumission aux événements qui décident de nous plus que nous n'en décidons dans l'urgence, le nez dans le guidon.

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Le pic de la population en 2050 ?

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- Le pic de la population en 2050 ?

Le pic de la population en 2050

Un modèle mathématique (qui vaut ce que valent les modèles, celui-ci emprunté à la physique de la matière condensée) semble confirmer, à partir de l'évolution de la population mondiale entre 1900 et 2010, l'hypothèse basse d'un pic de population autour de 2050 avant d'entamer sa décroissance. Par rapport aux prévisions de 1992 pour 2010, c'est déjà l'hypothèse la plus basse qui a été vérifiée. Cela implique qu'on serait très proche du maximum de population à la fois dans le temps et pour le nombre puisque le maximum pourrait se trouver aux alentours de 8 milliards. Cependant, si l'augmentation ne dépasse pas 1 milliard d'être humains supplémentaires, il faut compter aussi avec le développement accéléré des pays les plus peuplés qui vont peser bien plus fortement sur les ressources que cette simple arithmétique. Du moins la bombe démographique semble désamorcée, ce qui n'est tout de même pas rien !

La Recherche évoque même page 45 l'éventualité d'un effondrement démographique (bien qu'il ne soit pas le plus probable et que les prévisions au-delà de 50 ans soient hasardeuses) :

Avec un taux de fécondité inférieur à 1,85, on assisterait à une "implosion" démographique. En 2300, la population mondiale chutant à 2,3 milliards.

Une chose est sûre : aujourd'hui le taux de fécondité mondial décroît. Il se situait autour de 2,5 enfants par femme en 2010, et la moitié des pays est sous le seuil de renouvellement.

Cultiver des espèces marines pour se nourrir

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- Cultiver des espèces marines pour se nourrir

Premières cultures de la

Des chercheurs de l'Université de Grenade sont arrivés à cultiver pour la première fois en captivité une espèce animale marine dénommée petite ortie de mer (Anemonia sulcata), et ont déjà initié la culture du concombre de mer (Stichopus regalis), bien que celui-ci en est encore à sa phase initiale de recherche. Les deux espèces présentent un énorme potentiel culinaire et d'excellentes propriétés nutritionnelles. Outre ces deux anémones de mer, les scientifiques sont également arrivés à cultiver artificiellement une plante marine, la salicorne, aussi appelée "asperge de mer" en Espagne.

Actuellement, la capture d'anémones et leur utilisation postérieure dans les restaurants et établissements pour gourmets a provoqué un déclin remarquable et dangereux de ces populations animales, "en détériorant considérablement le nid écologique de la zone côtière et intermaréale, dû au braconnage et à la surexploitation en raison de leur rentabilité économique".

C'est un second néolithique avec l'extension de l'agriculture aux océans, signe aussi que les ressources agricoles se raréfient.

Les pesticides sont bien la cause de la disparition des abeilles

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- Les pesticides sont bien la cause de la disparition des abeilles

Les abeilles perdent la tête en présence de certains pesticides

Les néonicotinoïdes, des pesticides couramment employés en agriculture, désorientent les abeilles à certaines doses. Il apparaît maintenant qu’ils affectent également leurs capacités d’apprentissage et de mémorisation, tout comme le coumaphos (principalement employé aux États-Unis pour lutter contre le varroa, un acarien parasitant les abeilles). Cela s’explique peut-être par les troubles neurologiques qu'occasionnent ces produits phytosanitaires.

Les néonicotinoïdes (clothianidine et imidaclopride) ont directement provoqué une hyperactivité des cellules de Kenyon (elles représentent 40 % des neurones du corps pédonculé), avant de rapidement inactiver l’activité neuronale. Or, ces cellules nerveuses interviennent dans la vision et l’olfaction. La région du cerveau concernée a en quelque sorte fait une crise d’épilepsie, avant d’être réduite au silence (Nature).

Ainsi, les pesticides incriminés provoquent également des troubles de la mémoire et de l’apprentissage, qui réduisent l’efficacité des explorations. Selon les auteurs et leur article paru dans le Journal of Experimental Biology (JEB), les abeilles contaminées auraient plus de mal à trouver une source de nourriture, apprendre sa position et s’en souvenir pour transmettre ensuite l’information à leurs congénères. Le nombre d’éléments prouvant la toxicité de ces pesticides sur les abeilles vient encore d’augmenter, quelques jours à peine après que la Commission européenne a refusé d’interdire ces néonicotinoïdes pour deux ans.

Nettoyer l’océan des déchets plastiques

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- Nettoyer l'océan des déchets plastiques

Un étudiant de dix-neuf ans a présenté un projet avec pour objectif le retrait des océans de 7.25 millions de tonnes de plastique en cinq ans en mettant à contribution les courants marins qui transporteront les déchets vers des barrages flottants, les bases étant fixes.

De plus, le recyclage des déchets de plastique pourrait rapporter la somme de 500 millions de dollars.

Cinquante ingénieurs travaillent présentement sur ce nouveau concept dont le quart de l'étude de faisabilité est terminé.

Le déclin des pollinisateurs sauvages

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- Le déclin des pollinisateurs sauvages

Le déclin des insectes pollinisateurs a des conséquences mesurables sur la fructification des plantes. Et les abeilles domestiques sont deux fois moins efficaces que les insectes sauvages...

Une augmentation des visites de pollinisateurs sauvages accroît la fructification (transformation de fleurs en fruits) deux fois plus que la même augmentation de visites d'abeilles domestiques. Ces dernières ne pourront donc pas compenser entièrement le déclin des pollinisateurs sauvages !

Si les disparitions d'abeilles sont bien le signal d'une menace sur la pollinisation, il ne faudrait pas se focaliser uniquement sur nos abeilles domestiques mais essayer de protéger les pollinisateurs sauvages.

Pour une société duale

alterLa crise commence à nous atteindre, confirmant que nous sommes le suivant sur la liste du club Med. Même si les chiffres ont été révisés à la baisse, jusqu'ici les protections sociales avaient servi d'amortisseur et les salaires avaient continué à augmenter globalement, même très peu, mais c'est fini, le pouvoir d'achat est sur la pente descendante risquant d'aggraver la récession et malgré tous ceux qui prétendent pouvoir nous sortir d'affaire, nous allons nous heurter comme les autres à l'impuissance des peuples (qui est celle de leurs gouvernements). Face à cet appauvrissement programmé, il vaudrait mieux essayer de s'y adapter que de compter sur un nationalisme exacerbé qui n'est plus de saison même s'il a fait le succès économique des totalitarismes des années 1930.

Une Europe unie et forte pourrait nous faire retrouver une certaine prospérité mais plusieurs processus matériels menacent le modèle européen salarial (numérique, déclin de l'industrie et de l'Occident, développement des pays les plus peuplés, contraintes écologiques), cette crise pouvant n'être qu'un avant-goût de ce qui nous attend par la suite. Du point de vue écologique, on pourrait même considérer la crise comme une chance - à condition de s'organiser pour cela et ne pas faire porter le plus gros du poids sur les plus pauvres comme maintenant. Continuer la lecture

Ruée sur le krill

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- Le krill, la petite crevette qui suscite de gros appétits

Composé de minuscules crevettes et crustacés, le krill (Euphosia superba) constituerait la première source de protéines au monde : entre 150 et 500 millions de tonnes, l'équivalent du poids de la population humaine !

En 2011, 181 000 tonnes de krill ont été pêchées, soit 44% de plus qu'en 2002.

Avec la diminution des stocks de poisson habituellement utilisés comme nourriture pour l'aquaculture (anchois, petit maquereau, sardine...), le krill apparait comme le nouvel eldorado. Les Chinois, eux, comptent utiliser la crevette directement pour l'alimentation humaine, sous forme de pâté ou de snack par exemple.

Mais c'est un autre débouché à haute valeur ajoutée qui depuis quelques années est au centre de tous les intérêts : celui des compléments alimentaires. Car le krill est particulièrement riche en "bons" acides gras omega-3 et en astaxanthine, un caroténoïde au fort pouvoir antioxydant (47 fois supérieur à celui des huiles de poisson).

Cet appétit inquiète les défenseurs de l'environnement. Car les stocks de ce petit crustacé dans les mers australes auraient diminué de 80% depuis les années 1970.

Même si la pêche n'est pas la principale responsable (le krill serait plutôt victime du réchauffement climatique, qui, en libérant certaines zones de la glace, amène de nouveaux prédateurs), certains scientifiques tirent la sonnette d'alarme.

Le krill est la nourriture de base des baleines, oiseaux marins, otaries, saumons, etc. Il semble que l'on remonte de plus en plus la chaîne alimentaire (il ne restera après que le plancton?). On pourrait s'en réjouir pour notre santé car il semble que ce soit un très bon aliment mais on risque aussi de déséquilibrer tout l'écosystème marin déjà fragilisé par le réchauffement climatique. Il y a encore pas mal de marge, tout de même, étant données les masses en jeu mais on racle le fond et comme pour les performances du numérique, on finit par se heurter à un mur physique ou biologique...

Sur les villes en transition

villesentransitionLes "villes en transition" sont incontestablement des initiatives positives et nécessaires qu'il faut encourager comme tout ce qui va dans le sens d'une relocalisation de l'économie et de ce qu'ils appellent les capacités de résilience locale (diversité, modularité, proximité). On pourrait cependant préférer un projet plus global de villes vertes car il y a deux points, qui sont au centre de cette démarche, sur lesquels on peut avoir un regard plus critique. D'abord la focalisation sur une fin du pétrole qui est loin d'être avérée encore, ensuite la dépolitisation d'une démarche qui gagnerait à prendre une dimension véritablement municipale.

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En finir avec les destructions créatrices

De l'écosystème à l'organisme
destruction_creatriceComme au moment des bulles financières, il y a un côté surréaliste à voir tout un échafaudage qui ne devrait pas tenir debout et qui pourtant ne s'écroule pas, comme suspendu dans les airs. Cela ne dure qu'un temps, le krach finissant toujours par se produire, mais il ne faut pas sous-estimer cette force d'inertie importante qui est fonction des masses en jeu et qui brouille le jugement. On peut expliquer ainsi la période actuelle d'euphorie comme si la crise était derrière nous alors que rien n'a été réglé pourtant. C'est peu de dire que le plus probable serait qu'on replonge, comme les révolutions arabes qui tournent mal. Le pire est toujours possible mais cela ne doit pas empêcher d'envisager l'hypothèse beaucoup plus improbable qu'on arrive à éviter l'effondrement (à le repousser indéfiniment au moins). Ce n'est pas, en effet complètement impossible, on en aurait en tout cas les moyens à l'ère de l'information et de l'écologie, de régulations globales et de la constitution d'un Etat universel. Surtout, cette fois, on voit qu'il n'y a pas seulement l'inertie naturelle mais bien une coordination active des Etats, même minimale, même à contre-coeur, ce qui nous installe déjà dans un tout autre régime.

Arriver à éviter les crises systémiques, principal souci depuis la faillite de Lehman Brothers, pourrait se révéler le principal vecteur de l'achèvement d'une unification du monde déjà effective mais cette situation inédite ne serait pas sans conséquences, en premier lieu de se priver de ce que Schumpeter appelait des "destructions créatrices", provoquées pour lui par l'innovation ("le nouveau ne sort pas de l'ancien mais apparaît à côté de l'ancien et lui fait concurrence jusqu'à le ruiner"). Certains ont pu même dire qu'il n’y a crise que s’il y a innovation, ce qui est très exagéré. Pour René Passet, la nécessité de ces destructions créatrices serait plutôt une caractéristique des systèmes complexes obligeant à passer par l'effondrement pour se reconstruire sur d'autres bases. Dans un cas comme dans l'autre, vouloir empêcher les crises systémiques, ce serait incontestablement une façon d'arrêter l'évolution économique, au moins de la freiner. En effet, cela se traduit très concrètement d'abord par une garantie étatique des banques qui en supprime le risque ("l'aléa moral"), constituant pourtant sa matière première, tout autant que son caractère privé. Beaucoup s'en offusquent exigeant qu'on laisse les banques faire faillite en toute bonne logique libérale mais, comme la bombe nucléaire, c'est une arme qui s'est révélée bien trop dévastatrice pour répéter l'opération.

On ne voit pas bien cependant comment on éviterait dès lors d'étendre cette protection aux autres grandes entreprises jusqu'à celles qui ont un impact local fort, dans ce qui s'apparenterait de plus en plus à une économie administrée plus qu'aux lois du marché. La contamination à une grande partie de l'économie pourrait être irrésistible à la longue. Derrière le libéralisme affiché, ce qui se met en place, ce serait ainsi une gouvernance mondiale qu'on peut qualifier de cybernétique de naviguer à vue sous la pression des événements et pas du tout selon un plan préconçu comme les anciennes économies planifiées. Il faut y voir un événement majeur qu'on peut analyser comme la transformation de l'écosystème planétaire en organisme, en grande partie grâce aux réseaux numériques mais pas seulement puisque c'est la crise systémique qui nous a fait rentrer dans la fin d'un certain libéralisme. Tout comme un organisme se définit par sa résistance à la mort, la prévention des crises systémiques (y compris écologiques) contient l'exigence de régulations globales et change la donne par rapport à la concurrence internationale, signe qu'on quitterait l'économie sauvage et la jungle du marché pour constituer une sorte d'organisme planétaire avec des échanges régulés.

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Réexaminer notre rapport aux drogues

On considère en général que le problème des drogues est le type même du problème marginal concernant des marginaux. Il y aurait tant de choses plus importantes, surtout en cette période de crise. On considère aussi qu'il n'y aurait en tout cas aucun rapport avec l'écologie réduite à l'environnementalisme. C'est pourtant tout le contraire. Les drogues ont une place centrale dans les sociétés humaines, elle est simplement presque universellement déniée. Il ne s'agit que d'en devenir conscients, de regarder la réalité en face. Il est même difficile de faire le tour des différentes dimensions affectées par les préjugés scientistes ou religieux sur les drogues qui incarnent au plus haut point nos limites cognitives et le poids des fausses opinions.

De même, la plupart de ceux qui ne sont pas écologistes voudraient limiter l'écologie à un secteur spécialisé et consensuel en oubliant sa dimension politique et conflictuelle soulignée par André Gorz en 1974 (leur écologie et la nôtre). Si l'écologie-politique attentive au bien-être des populations ne peut être insensible à ces questions vitales et liberticides, il y a incontestablement division dans l'écologie entre hygiénistes ou moralistes (qui confondent le naturel avec le normatif) et une écologie-politique attachée à l'autonomie du vivant et sa diversité comme à l'expérience de soi et l'exploration du monde, à l'opposé de toute administration autoritaire de nos vies, même au nom de l'écologie.

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Ne pas surestimer nos moyens

Passée la période des élections et des espérances révolutionnaires les plus folles, nous voilà revenus au sol et la situation est encore plus catastrophique qu'on ne veut bien le dire. Tout semble perdu sur tous les fronts avec des marges de manoeuvres réduites à la portion congrue. Dream is over. Le plus grave, on ne le répétera jamais assez, ce sont les problèmes écologiques qui s'annoncent de plus en plus insolubles avec le développement des pays les plus peuplés (après Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, qu'on désigne sous le nom de BRICS, voici venir les « Next eleven » dont l'économie décolle : Bangladesh, Égypte, Indonésie, Iran, Corée, Mexique, Nigeria, Pakistan, Philippines, Turquie, Vietnam...) alors qu'on se dirige vers un pic de population où la pression sur les ressources sera à son maximum. Dans l'immédiat, ce sont les problèmes économiques qui sont destinés à s'aggraver durablement en attendant le krach de la dette et le retour de l'inflation. La pression budgétaire se combine à la pression du développement des autres continents pour démanteler les protections sociales et mettre à mal notre "modèle européen".

Article traduit en espagnol pour EcoPolítica par Elisa Santafe.

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Du revenu garanti aux coopératives municipales

Pour publication, suite au colloque à Montreuil pour un revenu social, les 30 et 31 mars 2012 (où je n'étais pas) j'ai dû fusionner, et améliorer, les deux articles que je leur avais écrit (Un revenu pour travailler et Des coopératives municipales pour des travailleurs autonomes). Il y a aussi une version pdf raccourcie.

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