Rendre la honte encore plus honteuse !

Le moment est venu de reprendre l'offensive idéologique après toutes ces années d'hiver. Partout se lèvent des émeutes de la faim et des luttes sociales en réponse à la reprise de l'inflation qui est le signe de l'échec des marchés, incapables d'assurer notre simple survie et provoquant des désastres écologiques aussi bien qu'humanitaires. Comment rester sans rien faire ? Le caractère collectif, macroéconomique, de l'inflation en fait à l'évidence un problème collectif, politique, justifiant la mobilisation des foules et de tous ceux qui n'acceptent pas d'être les victimes consentantes d'un système qui les condamne. C'est du moins l'occasion de célébrer le retour de la solidarité, des mobilisations collectives, et la fin de la culpabilisation individuelle voulant nous faire croire que nous serions responsables chacun personnellement du sort qui nous est fait et que tout ce que nous avons subi, nous l'avons bien voulu et mérité même, tout comme la richesse des riches serait entièrement méritée !

La honte change de camp, ce sont les signes de la réussite individuelle qui redeviennent ringards, illégitimes, honteux et aussi ridicules qu'en 1968 justement, au profit des véritables valeurs humaines trop longtemps bafouées et d'une vie dont la réussite ne se mesure pas à l'épaisseur du porte monnaie. Finie la bêtise médiatique aussi universellement méprisée désormais qu'elle était triomphante. La passion de la vérité va nous ressaisir, l'exigence démocratique se manifester à nouveau, nos élites satisfaites ramenées au banc des accusés, nos économistes doctrinaires soumis aux railleries publiques. C'est le moment de reprendre nos affaires en main (là où nous vivons) et pour les artistes de refaire des affiches, des slogans, des caricatures pour délégitimer le pouvoir de l'argent et de l'apparence, la consommation ostentatoire et les valeurs en toc. Même si les signes en sont encore bien maigres, c'est le moment sans doute de reprendre la lutte pour l'émancipation et pour faire triompher la raison, malgré tous les échecs passés dont il nous faudra bien tirer toutes les leçons, éviter toute dérive, éviter d'en faire trop mais il nous faudra essayer encore, essayer de faire mieux, en continuant toujours à faire honte aux bourgeois irresponsables, aux petits frimeurs prétentieux, aux experts pontifiants et, tant que nous ne sommes pas tout-à-fait morts ni vaincus, vouloir marcher encore sur la tête des rois.

"Un des motifs de l’art et de la pensée, c’est une certaine honte d’être un homme" (Deleuze).

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Il n’y a pas d’alternative !

Alors que les menaces écologiques se font de plus en plus pressantes, on peut s'étonner du léger des solutions qu'on prétend y apporter, pas du tout à la hauteur des enjeux et sans une véritable vision globale. Au lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante, que ce soit dans sa version religieuse ou libérale, mais, en dehors de quelques marginaux, il n'est jamais question, ou presque, d'une véritable alternative au productivisme qu'on impute à l'avidité humaine plus qu'au système du profit.

On en appelle soit à la conversion des esprits et des coeurs, soit à de simples mesures techniques ou incitations financières, comme s'il était devenu impossible en tout cas de changer un système mondialisé, au moment même où il y aurait tellement besoin pourtant de dispositifs politiques concrets, du local au global, pour adapter notre système de production aux nouvelles forces productives tout autant qu'aux nouvelles contraintes écologiques. On n'y échappera pas, quelles que soient les résistances et les conservatismes. Dès lors, la question n'est pas tant celle de l'ancien système, ni de simplement le brider par des lois, des luttes ou par nos prières, que de savoir par quoi le remplacer et d'en construire un autre plus adapté à notre temps, combinant une inévitable relocalisation de l'économie avec toutes les institutions du travail autonome et du développement humain.

Hélas, les instruments principaux d'une alternative au salariat productiviste comme à la mondialisation marchande paraîtront sans doute bien exotiques par rapport aux modèles de référence et à nos habitudes de pensée, voire complètement hors de propos : monnaies locales, coopératives municipales, revenu garanti ! Il n'y a pas d'autre alternative pourtant, ni libérale, ni autoritaire, ni morale.

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Le « Plan B » de Mr Brown pour la planète

Le plan B, pour un pacte écologique mondial, Lester R. Brown
Lester R. Brown dirige l'Earth Policy Institute après le World Watch Institute. C'est l'un des écologistes les plus respectés, notamment des économistes. Ses propositions ne sont certes pas nouvelles d'une éco-économie qui voudrait écologiser l'économie marchande par la vérité des prix écologiques (c'est-à-dire par des écotaxes) ainsi que par des normes ou des éco-labels, sans exclure pour autant des politiques étatiques (éducation, contrôle des naissances, santé).

Bien qu'on nous détaille le processus "d'effondrement" de notre civilisation par surexploitation de nos ressources (génératrice de conflits, de migrations, de pauvreté, de terrorisme), le "plan Brown" pour sauver la planète semble d'une facilité déconcertante, témoignant d'un optimisme technologique sans réserves et persuadé même que cette mobilisation générale pour un monde plus durable sera générateur d'une nouvelle période de croissance, très loin de menacer notre économie ou notre confort. Vraiment pas de quoi s'inquiéter, juste un coup de collier à donner pour redresser la barre !

Il ne faut donc rien attendre de vraiment révolutionnaire dans ce livre qui date de 2006, même si on y parle de "révolution environnementale" mais uniquement dans le sens d'une nouvelle "révolution industrielle" boostée par de nouvelles énergies et de nouveaux marchés. Pour autant, on aurait bien tort de mépriser ce qui constitue une sorte de "programme minimum" de survie, même s'il ne vise qu'à rendre un peu plus durable notre mode de développement, car il reste à peu près le seul programme actuel des écologistes qui soit considéré comme crédible (repris notamment par Nicolas Hulot). Il présente l'avantage de sembler pouvoir être mis en place assez rapidement, puisqu'il ne change rien au système, et d'attirer au moins l'attention sur les grands chantiers du moment même si on peut trouver avec quelques raisons que c'est bien insuffisant, trop irréaliste et complètement déconnecté des transformations de l'économie à l'ère de l'information...

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L’individualisme pseudo-révolutionnaire

On ne le sait que trop, les hommes ne sont pas ce qu'ils prétendent être ! Ils agissent souvent à rebours de leurs motivations conscientes, et semblent parfois se débattre comme un insecte dans une toile qu'ils referment sur eux par leurs efforts mêmes pour tenter de s'en sortir. C'est caricaturalement, toute la complicité des terroristes avec l'ordre policier qu'ils renforcent à tel point que, lorsque des fanatiques religieux ou quelques crétins d'extrême gauche qui se prennent pour des héros ne font pas le travail pour eux, l'extrême droite ou les pouvoirs établis savent tout le profit qu'ils peuvent tirer à organiser eux-mêmes quelques faux attentats plus ou moins sanglants (on l'a vu en Italie).

Ce n'est pourtant pas la seule confiscation par l'individu de l'action et de la conscience collective. Il est assez étonnant de constater à quel point en effet on rencontre de nos jours une presque totale individualisation de la politique, centrée sur soi, avec un individualisme exacerbé qui se croit révolutionnaire à transgresser les lois pour certains (jouissance perverse), à vivre hors du système pour d'autres (enfermé dans sa folie), quand d'autres encore se contentent de revendiquer une "simplicité volontaire" ou toute autre conduite exemplaire (mais chargée d'une culpabilité névrotique). Le seul point commun à ces stratégies purement individuelles, même si elles n'ont à la bouche que l'intérêt commun et dépensent beaucoup d'énergie, c'est de ne rien changer du tout à la société. C'est un fait, malgré qu'on en ait. Ce ne sont à l'évidence rien que des pseudo-révolutionnaires sans aucune révolution effective, comme s'il ne s'agissait pas tant de faire (la révolution) que d'être ("révolutionnaire" ou "écologiste") et de s'identifier ainsi à quelque figure idéalisée. On peut y voir un retournement véritablement paradoxal du souci de l'authenticité dans la vie quotidienne qui se transforme en spectacle narcissique, une mise en scène permanente et une sorte de moralisme inversé. Pour la révolution on peut attendre.

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Le dénouement de la crise

Contrairement aux apparences, on peut décrire la crise actuelle comme un effet de la régulation elle-même, à l'intersection des techniques financières et des injections de liquidités pour effacer les bulles précédentes, tout cela ne faisant qu'aboutir finalement à une explosion du risque ainsi qu'à une bulle immobilière. Cela suffirait à comprendre qu'on n'est pas cette fois dans un simple krach boursier et que les autorités de régulation ne font qu'aggraver la situation quoiqu'ils fassent. Cependant, l'essentiel est de comprendre qu'il s'agit aujourd'hui d'un retour au réel dans sa brutalité, inaugurant un nouveau cycle d'inflation, cycle à la fois économique, technique et générationnel. Ce qui se joue, c'est à la fois un renversement de tendance, retour de l'inflation provoqué par les pays émergents (tensions sur les matières premières et constitution d'un marché intérieur par augmentation des salaires), mais c'est aussi une redistribution des rôles. Les Etats-Unis resteront bien sûr la plus grande puissance, au moins militaire, mais ils perdront sans doute leur hégémonie (et celle du dollar). Derrière le tremblement de terre, il y a une véritable tectonique des plaques.

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Une politique de civilisation de droite

Il en est de même de l'écologie, de la refondation sociale ou de la "politique de civilisation". Dès lors que ces enjeux cruciaux ne sont pas assumés pleinement par une gauche minée par ses archaïsmes et ses luttes d'appareils ou d'ambitions personnelles, c'est une aubaine pour la droite et le patronat d'en reprendre à leur compte les mots d'ordre en les vidant largement de leur substance afin de ménager au mieux leurs intérêts. C'est une illustration de la dialectique entre droite et gauche car les lignes ne sont pas immuables, comme on le croit trop souvent, mais bougent toujours et jouent régulièrement à front renversé.

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La valeur de vérité !

Il y a toujours la tentation d'en appeler aux valeurs en politique, à l'humanisme, à la morale sinon à Dieu, à l'éducation, la propagande ou l'endoctrinement et de tout promettre jusqu'au bonheur même. Il semble bien que la politique ne puisse être autre chose si l'on en juge aux dernières élections, il y a pourtant une toute autre voie, trop discréditée, qui est plus matérialiste et raisonnable sans être moins révolutionnaire : c'est d'en appeler à la vérité des faits. On pourrait dire que c'est la voie scientifique si le marxisme qui s'en était réclamé n'en avait fait un scientisme borné, c'est du moins la voie philosophique et celle d'une "démocratie cognitive" dont l'écologie a tant besoin. La question de la vérité est une question pratique et s'il n'y a pas véritable séparation des valeurs et des faits, c'est la vérité qui a le dernier mot et change nos valeurs à l'épreuve des faits. C'est pourquoi il faudrait privilégier la vérité sur les bons sentiments : seule la vérité est révolutionnaire !

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Une politique pour le XXIème siècle

Pendant que certains s'enferment dans un romantisme révolutionnaire qui se donne en spectacle et rejoue indéfiniment la même scène, d'autres renoncent à l'essentiel pour se résoudre à renforcer le système. Etre un révolutionnaire sérieux en essayant de changer le monde vraiment est une autre paire de manche. Bien peu s'y essaient. On aura beau les trouver décevants au regard des révoltés métaphysiques, le GRIT fut bien un repère de tels révolutionnaires, si différents soient-ils, d'Henri Laborit à Edgar Morin, Jacques Robin, André Gorz, Félix Guattari, Cornélius Castoriadis, etc.

Il ne s'agit au fond que de comprendre son temps et de s'engager dans son actualité, les possibilités du moment et les perspectives d'avenir, ne pas abandonner la lutte après tant d'échecs mais d'en tenir compte au contraire, tout comme des bouleversements que nous avons subis, pour continuer l'émancipation humaine avec toutes ses difficultés et ses contradictions.

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L’écologie-politique, avenir de la gauche

On peut analyser de différentes façons l'effondrement des Verts aux dernières élections présidentielles : par leurs défauts internes ou les défauts de l'élection, par la faute à Hulot, à Bové, au PS, aux médias... Certes tout cela a pu jouer mais il faut surtout rapprocher cet effondrement de deux autres faits : d'une part il ne faut pas faire comme si la marginalisation des Verts n'était pas celle de toute la gauche (l'extrême-gauche bien sûr mais jusqu'au PS puisque les valeurs de gauche y étaient marginalisées aussi !), d'autre part cette décrédibilisation du parti écologiste se produit paradoxalement au moment même où les problèmes écologiques commencent à être pris au sérieux par la société toute entière, y compris les partis de droite...

La gauche ne peut se tenir à l'écart de cette prise de conscience écologique et c'est sans doute un des enjeux principaux d'une refondation de la gauche d'arriver non seulement à prendre en compte ces questions écologiques mais à se reconstruire autour d'une véritable écologie-politique qui n'est pas autre chose que la continuation du socialisme par d'autres moyens. En effet, si l'écologie-politique constitue bien une nouvelle façon de faire société, avec de nouveaux biens communs, le sentiment d'une communauté de destin et d'une responsabilité collective, cette solidarité sociale renforcée ne signifie aucunement qu'il faudrait nier pour autant la division de la société ni la nécessaire résistance des dominés. Au contraire, c'est une base solide pour exiger avec plus de force encore la réduction des inégalités, pour ce qui serait une véritable écologie de gauche mais qui aura besoin d'être défendue par toute la gauche, pas seulement par une de ses composantes. La gauche y trouverait sans aucun doute un nouveau souffle pour reprendre l'offensive, une nouvelle légitimité qui pourrait rassembler le mouvement social sur un objectif à long terme. Pour le dire simplement : l'écologie-politique, c'est l'avenir de la gauche ! En effet, la leçon qu'on doit tirer de notre situation historique, c'est qu'il y a une double impasse : celle d'une écologie réduite à un parti groupusculaire, mais tout autant celle d'une gauche tournée vers le passé et sans projet, éclatée en petites chapelles sur le marché des idéologies et confinée à des stratégies purement défensives.

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André Gorz – la richesse du possible

Ce que nous devons à André Gorz est bien plus qu'une leçon de vie, d'honnêteté et d'exigence, c'est une conception politique de l'écologie qui nous relie à l'histoire et touche à la vérité de l'existence dans sa contingence même, mais c'est aussi la proposition d'une véritable alternative écologiste au service de l'autonomie individuelle. Avec une trop grande discrétion sans doute, ce fut l'indispensable passeur entre la philosophie et l'écologie-politique, un penseur de l'avenir qui nous relie au passé dans ce qu'il a de meilleur : ses luttes d'émancipation, l'anticapitalisme et la volonté d'authenticité. On peut dire que c'est lui qui nous a passé le témoin de la tradition révolutionnaire, même atténuée en "réformisme radical", une conception qui reste révolutionnaire de l'écologie, une écologie qui change la vie vraiment et nous rend plus libres, plus vrais, un peu plus nous-mêmes !

André Gorz a été un des premiers à parler d' "écologie politique", mais au-delà de sa vision politique de l'écologie, d'une écologie du vivre-ensemble, il occupe une place singulière parmi les fondateurs de l'écologie, de se situer à la fois en continuité et en rupture avec le marxisme, fidèle au projet d'émancipation tout en rejetant ses illusions et tirant les leçons de l'histoire. C'est sans doute ce chemin hésitant qu'il trace pour l'écologie entre aveuglement et renoncement qui fait sa réelle importance. S'il a pu ancrer l'écologie politique dans l'histoire des luttes ouvrières, c'est par le détour d'une lecture philosophique de Marx, héritée de l'Ecole de Francfort et des théories de l'aliénation centrées sur la critique de la forme marchandise et la recherche d'une authenticité de l'existence. Il ne faut pas oublier que c'est à partir d'un "existentialisme athée" qu'il fait une lecture écologiste de Marx, introduisant une philosophie sans transcendance dans une écologie dont le sens est trop souvent brouillé par les références religieuses (Ellul, Illich, Jonas, etc.). On peut même dire que c'est une philosophie engagée dans la sortie de la religion dès lors qu'elle rejette toute hétéronomie au profit de l'autonomie de l'individu...

Ce n'est pas encore l'heure de dresser le bilan d'une oeuvre qu'il faudrait étudier plus longuement, seulement de témoigner de ce qu'elle pouvait avoir de fondatrice pour l'écologie, d'indispensable pour la sauvegarde de notre avenir, d'encourageante enfin, préservant jusqu'au bout toute la richesse du possible qui ne dépend que de nous !

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André Gorz, une écologie politique

C'est trop méconnu mais la France a produit sans doute les principaux théoriciens de l'écologie-politique, en premier lieu Jacques Ellul et André Gorz (mais aussi René Passet, Jacques Robin, Edgar Morin, Serge Moscovici, etc.). Ce n'est pas que les écologistes français en aient tiré profit en quoi que ce soit car ils les ont toujours ignorés superbement. C'est même une des principales raisons pour lesquelles il m'avait paru si nécessaire de faire une revue écologiste où l'introduction de chaque numéro par un "classique" de l'écologie était donc essentiel pour s'inscrire dans une histoire durable de l'écologie.

Le premier texte que nous avons voulu mettre, dans le premier numéro d'EcoRev' (dans le numéro zéro!), c'était naturellement "Leur écologie et la nôtre" d'André Gorz...

Si André Gorz a été le plus important pour nous, c'est qu'il a été le premier à essayer d'articuler "écologie et politique", à partir du marxisme et de son échec, faisant pour toute une génération le chemin qui va d'un certain marxisme (celui de Sartre) à l'écologie-politique tout en conservant une optique "marxienne", une exigence de communauté, d'émancipation et de vérité rattachée à une histoire de la raison. Rien à voir avec les visions mystiques de l'écologie, même s'il y a, toujours présente, une exigence d'authenticité héritière de toute la culture critique de la philosophie occidentale et de la poésie moderne. On peut dire d'André Gorz qu'il était la conscience de Sartre, lui faisant la morale qu'il n'arrivait pas à faire et puis disant "adieu au prolétariat" comme aux illusions du maoïsme, tout en gardant à la fois l'anticapitalisme et l'idéal d'une existence authentique avec les autres.

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Le frimeur, l’idiot et le vendu

bon_brute_truand_aff.jpgCe n'est pas seulement dans la politique qu'on rencontre ces trois figures pathétiques qui font obstacle à la construction d'une démocratie cognitive ! On condamne en général surtout le traître mais on verra que ce n'est pas forcément le pire, on sait bien que "l'enfer est pavé de bonnes intentions"... En tout cas, on ne fera rien sans ce trio infernal (pas d'homme nouveau, il faut faire avec ce qu'on est) mais on ne fera rien de bon si on n'en sort pas un minimum. Paradoxalement on ne s'en sortira pas si on n'est pas conscient qu'on ne pourra jamais en sortir complètement : nous avons absolument besoin de reconnaissance, notre rationalité est forcément limitée et nous avons inévitablement des intérêts à défendre quoiqu'on dise !

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Le capitalisme cognitif

Le capitalisme cognitif, la nouvelle grande transformation, Yann Moulier-Boutang, Editions Amsterdam

C'est un livre que tout le monde devrait lire, au moins les économistes, car il fait le point d'études économiques trop méconnues sur les transformations du capitalisme et du travail à l'ère de l'information alors, qu'à part une frange du patronat qui s'y trouve confrontée très concrètement et tente d'en tirer profit, tout le monde semble faire comme si rien n'avait changé, que ce soient les syndicats, les politiques et même la plupart des économistes (libéraux aussi bien que ce qui reste de marxistes à l'ancienne). Il faut dire que, pour tous ceux qui en sont restés à l'ère industrielle, du fordisme et de la "valeur-travail", il est bien difficile de comprendre la logique de cette "nouvelle économie" si déroutante, en réduisant l'analyse à déclarer ce capitalisme "financier", ce qui est une tautologie ! Pour cette impuissance à comprendre ce qui constitue une nouveauté radicale, Yann Moulier-Boutang utilise l'image du "vieux vin dans de nouvelles bouteilles" ou du "vin nouveau dans de vieilles bouteilles", selon qu'on garde l'idéologie pour l'appliquer aux réalités nouvelles, ou qu'on change d'idéologie pour l'appliquer à des réalités anciennes. On peut se demander d'ailleurs si le reproche ne peut lui être retourné dans une certaine mesure, mais, ce qui est sûr, c'est que, ce dont nous avons besoin, ce sont de nouvelles théories pour une réalité nouvelle !

Ces théories existent. Contrairement aux essayistes qui veulent nous faire croire qu'ils ont tout inventé et tirent de leur génie la lumière dont ils éclairent le monde, Yann Moulier-Boutang, comme tous les gens sérieux, nous donne ses références et tous les noms des auteurs et des ouvrages dont il a fait son miel. C'est en s'appuyant sur un grand nombre de travaux d'économistes ou d'autres chercheurs, reliant ainsi fort à propos des savoirs dispersés, qu'il déroule une démonstration implacable de notre "nouvelle économie" et peut en proposer une théorie alternative à l'économie mathématique.

Malgré un très large accord sur la plupart des analyses, nous discuterons cependant les deux principales thèses qui justifient son titre, d'abord le fait que l'économie "cognitive" plus que l'économie de l'information caractériserait notre époque, mais surtout le fait que le capitalisme soit vraiment compatible avec cette nouvelle économie de l'immatériel, alors que tout montre au contraire son inadaptation, aussi bien sur les droits de propriété que sur le salariat : c'est véritablement un nouveau système de production.

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La valeur-travail

La "valeur-travail" peut s'aborder de différentes façons, par sa fonction dans la détermination des prix (théorie de la valeur), par le rôle du travail dans la reconnaissance sociale et l'épanouissement de soi (valorisation de la personne), enfin par sa rémunération (le prix du travail) qui est encore tout autre chose. Ce sont des points de vue très différents, et qui mènent à toutes sortes de confusions plus ou moins intéressées lorsqu'on ne les distingue pas suffisamment clairement, mais qui ne s'excluent pas les uns les autres pour autant.

En tout cas il y a beaucoup plus à dire que les simplifications idéologiques habituelles sur ce qui constitue un des enjeux fondamentaux de notre avenir et l'on ne devrait pas hésiter à s'appuyer sur les discours électoraux qui prétendent revaloriser le travail pour obtenir une véritable revalorisation du travail ainsi que de nouvelles protections sociales pour les travailleurs, en tenant compte des évolutions de la production et des transformations du travail, de ses nouvelles exigences d'autonomie et de formation, tout comme de la précarité qui se développe et dont il faudrait se prémunir collectivement au bénéfice de tous.

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Critique de l’avenir du travail

L'avenir du travail, sous la direction de Jacques Attali, avec le concours de Pierre Cahuc, Fançois Chérèque, Jean-Claude Javillier, Phlippe Lemoine, Luc-François Salvador, Dominique Turcq, Philippe Vivien. Institut Manpower, Fayard, 2007.

En fait d'avenir du travail, il ne s'agit guère plus ici que de prolonger les tendances actuelles, en particulier celles du monde anglo-saxon pris comme modèle dominant, afin de dessiner à gros traits l'avenir auquel nous serions condamnés. C'est une présentation très partiale qui reprend la plupart des poncifs de la vulgate libérale, le plus incroyable étant qu'on n'y parle pas du tout d'écologie, encore moins de relocalisation de l'économie bien sûr, et qu'on fait comme si le système actuel était durable et ne devait connaître aucun bouleversement majeur à court terme : les riches vont continuer à devenir plus riches, les systèmes sociaux vont continuer à se dégrader, etc. Ce monde invivable qu'on nous promet, sauf dans certains pays scandinaves qui semblent habités par des martiens, est certes celui qui paraîtra le plus probable : on ne peut dépasser son temps (en 1942 Schumpeter était, lui, persuadé du triomphe du socialisme soviétique!).

De l'autre côté il y a ceux qui veulent revenir en arrière, au compromis salarial fordiste comme si rien n'avait changé depuis plus de 60 ans, imputant à l'avidité du patronat et à la faiblesse des luttes syndicales la dégradation du salariat. Ces syndicalistes font comme si on pouvait décider complètement de notre avenir, comme si ce n'était qu'une question de volonté et de combativité. Entre laisser faire et volontarisme, il faudrait plutôt prendre la mesure effectivement de la mutation technologique en cours, des transformations du travail, de la mondialisation achevée mais aussi des nouvelles contraintes écologiques, des déséquilibres générationnels, des dégâts du libéralisme et des aspirations des peuples pour essayer de déterminer ce qui serait possible et surtout souhaitable. Bien sûr l'avenir ne sera ni l'un ni l'autre mêlant le pire et le meilleur sans doute, mais nous ne sommes pas de simples spectateurs et nous sommes responsables collectivement de notre avenir.

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Autonomie et dépendances

"Plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant. Plus il s'enrichit en complexité et entretient par là même des relations multiples avec son environnement, plus il accroît son autonomie en se créant une multiplicité de dépendances. L'autonomie est à la mesure de la dépendance." (Jacques Robin, Changer d'ère[1], p204)

L'autonomie est toujours partielle et, contrairement à ce qu'on pourrait croire, plus on est autonome et plus on a de dépendances, plus on est responsable, plus les dépendances sont intériorisées. Il n'y a pas de libertés sans pouvoirs qui les contraignent mais l'autorégulation par l'autonomie s'impose au-delà d'une certaine complexité. De plus, à l'ère de l'information l'autonomie est devenue un élément déterminant dans la production immatérielle, ce qui devrait se traduire par les nouvelles exigences d'un développement humain et d'un revenu d'autonomie en l'absence desquelles nous sommes confrontés plutôt à des pathologies de l'autonomie qui renforcent la servitude volontaire.

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De nouvelles perspectives pour des révolutions futures…

L'époque est désespérante, c'est le temps de la réaction triomphante avant celui de déceptions tout aussi grandes pour ceux qui y auront un peu trop cru. Il est fort possible que nous allions au pire mais si nous perdons encore bien des batailles, cela ne veut pas dire que nous avons perdu la guerre pour autant, ni même que l'époque précédente valait beaucoup mieux !

Il nous faut plutôt tirer parti de la dure leçon qu'on nous inflige, que cela serve au moins à perdre nos illusions et à mieux connaître nos ennemis. Il est absolument crucial de prendre notre part dans cet échec retentissant et profiter de l'occasion pour renvoyer aux poubelles de l'histoire tous les vieux politiciens qui prétendent nous représenter et les idéologies dépassées qui nous mènent à l'impasse.

C'est une chance qu'il ne faut pas laisser passer car ces vieux partis vermoulus sont bien le principal obstacle à notre victoire, de même que la chute du communisme nous a ouvert de nouvelles perspectives de libérations dégagées enfin de toute compromission avec des bureaucraties criminelles. De ce funeste passé faisons table rase !

Le danger bien sûr serait de se décourager d'avance et de renoncer à reprendre la lutte ancestrale mais le premier danger, à n'en pas douter, ce serait de n'avoir rien à opposer au discours de la haine que nos bonnes intentions et de ne rien avoir appris de nos défaites, enfermés dans nos certitudes comme dans nos organisations. Les nouvelles perspectives des révolutions à venir n'ont effectivement pas grand chose à voir avec les anciennes, elles sont à la fois plus locales et plus globales, mais on n'en a pas fini avec la révolution et les luttes de libération...

  • La révolution n'est pas finie
  • La démocratie radicale
  • La libération du travail
  • L'amour libre ?

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Les monnaies locales : un outil pour la relocalisation de l’économie

Un autre monde est possible et une petite carte de paiement pourrait en être le sésame.

A l'occasion du lancement du SOL, monnaie alternative pour les réseaux de l'économie solidaire et les échanges de proximité, il faut revenir sur l'importance des monnaies locales pour la relocalisation de l'économie et la sortie du productivisme marchand, même si ce n'est pas dans l'air du temps et très loin des projets d'une gauche déboussolée...

Il est certes bien difficile de convaincre de l'utilité d'une monnaie locale, on croit même que c'est impossible à mettre en oeuvre alors que c'est sûrement la voie de l'avenir et que les outils en sont immédiatement disponibles, ce qu'on peut qualifier de miraculeux ! Le principal obstacle qui reste désormais se situe dans une évolution radicale des mentalités qui devraient opérer un complet retournement en pensant le changement social à partir du local, dans l'esprit de l'altermondialisme.

Au lieu de tout attendre du pouvoir central et des stratégies top-down, il faudrait se convertir à la construction par le bas (bottom-up) d'une alternative locale à la globalisation marchande. Les prochaines élections municipales pourraient permettre d'en commencer l'expérimentation sans plus tarder. Hélas, c'est loin d'être gagné d'avance. Pourtant l'enjeu est de taille et il y a urgence !

C'est pourquoi nous allons essayer de répondre aux 3 questions :

  1. pourquoi une monnaie ?
  2. pourquoi relocaliser l'économie ?
  3. pourquoi une monnaie locale ?

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Le ressentiment dans l’Histoire

Comprendre notre temps, Marc Ferro - Odile Jacob (27 avril 2007)

Pour une bonne partie de la gauche et des forces progressistes ou humanistes, le réveil a été terrible. On a éprouvé, avec cette campagne, le choc d'un retournement dialectique, comme on ne le croyait plus possible, et d'un très étonnant retour du refoulé. Le sol tremble sous nos pieds devant la réapparition des monstres du passé, de l'irrationnel, de la religion, du patriotisme, de la morale, de la démagogie, de l'idéologie, de l'ordre policier mais, par dessus tout, sans doute, du ressentiment qui a envahi les discours et se déchaîne sans retenue dans une frange de la population : ressentiment contre les précaires (profiteurs, assistés, fainéants), les immigrés, les jeunes et même Mai 68 maintenant !

C'est donc fort à propos que Marc Ferro nous rappelle la place du ressentiment dans l'histoire comme une dimension ineffaçable et qu'il faut prendre en compte "pour comprendre notre temps" mais surtout pour entrer en résistance contre la folie des hommes et changer le monde vraiment, peut-être !

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L’amour du maître ou de la démocratie ?

Il faut le dire, les élections présidentielles relèvent d'une conception fasciste de la démocratie, favorisant la démagogie et l'appel d'une dictature de la majorité sur toutes les minorités. C'est encore plus marqué cette fois, au niveau des discours au moins, avec le retour du "Travail, Famille, Patrie" et même de la religion ! C'est un rappel à l'ordre brutal pour la génération 68. Espérons que ce ne soit qu'une dernière divagation avant la démocratie des minorités et des droits de l'homme dont nous avons tellement besoin pour une société écologisée et plus conviviale.

En tout cas, c'est à peu près plié semble-t-il. Il y a bien peu de chance qu'on évite le pire maintenant, mais c'est tout de même assez serré pour que ce ne soit pas complètement impossible. Du coup chaque voix compte, et même si l'abstention d'une élection anti-démocratique est l'attitude la plus logique normalement, cela deviendrait trop irresponsable dans la situation présente, alors qu'il faut se mobiliser sans attendre pour faire barrage à la tentation autoritaire d'un Etat répressif. Ne pas voter, c'est voter Sarkozy. Il ne s'agit pas de faire confiance à Ségolène Royal, qui a bien des défauts assurément et qu'on n'a pas besoin d'idéaliser. Si elle avait de bonnes chances d'être élue je n'aurais même pas idée d'aller voter pour elle, mais, pas de confusionnisme pour autant, ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a une différence de logique radicale entre les discours des deux candidats : il faut choisir si nous voulons un maître, qui prétende nous aimer et nous promette la lune, ou si nous voulons une démocratie pour nous gouverner nous-mêmes !

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