Les monnaies locales : un outil pour la relocalisation de l’économie

Un autre monde est possible et une petite carte de paiement pourrait en être le sésame.

A l'occasion du lancement du SOL, monnaie alternative pour les réseaux de l'économie solidaire et les échanges de proximité, il faut revenir sur l'importance des monnaies locales pour la relocalisation de l'économie et la sortie du productivisme marchand, même si ce n'est pas dans l'air du temps et très loin des projets d'une gauche déboussolée...

Il est certes bien difficile de convaincre de l'utilité d'une monnaie locale, on croit même que c'est impossible à mettre en oeuvre alors que c'est sûrement la voie de l'avenir et que les outils en sont immédiatement disponibles, ce qu'on peut qualifier de miraculeux ! Le principal obstacle qui reste désormais se situe dans une évolution radicale des mentalités qui devraient opérer un complet retournement en pensant le changement social à partir du local, dans l'esprit de l'altermondialisme.

Au lieu de tout attendre du pouvoir central et des stratégies top-down, il faudrait se convertir à la construction par le bas (bottom-up) d'une alternative locale à la globalisation marchande. Les prochaines élections municipales pourraient permettre d'en commencer l'expérimentation sans plus tarder. Hélas, c'est loin d'être gagné d'avance. Pourtant l'enjeu est de taille et il y a urgence !

C'est pourquoi nous allons essayer de répondre aux 3 questions :

  1. pourquoi une monnaie ?
  2. pourquoi relocaliser l'économie ?
  3. pourquoi une monnaie locale ?

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La maladie de la disparition

Une nouvelle "fable des abeilles" pour notre temps !

Il se murmure que les abeilles disparaissent, annonçant une catastrophe écologique, et que la cause pourrait en être la multiplication des téléphones portables à cause de la pollution électro-magnétique qu'ils provoquent (l'électrosmog).

C'est, en fait, plus que contestable mais selon des chercheurs allemands de la Landau University la saturation des ondes désorienterait tellement les abeilles qu'elles ne pourraient plus rejoindre leur ruche, ce qui pourrait entraîner leur extermination en provoquant ce qu'on appelle en anglais Colony Collapse Disorder, et en français la "maladie de la disparition". Voilà ce qu'on pourrait prendre effectivement pour un signe annonciateur de notre propre disparition...

Cependant, même si les ondes n’en sont probablement pas la véritable cause, non seulement on est bien malgré tout face à un risque majeur mais on peut y voir aussi une fable sur l'inconscience avec laquelle nous travaillons à notre propre destruction en détruisant systématiquement nos conditions vitales, tout cela à cause d'une conception un peu trop myope de la productivité et d'une rentabilité immédiate. On verra que c'est une leçon écologique qui s'applique tout autant à l'économie cognitive et qu'il faudrait aussi en tirer les conséquences dans la préservation des milieux humains.

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Le ressentiment dans l’Histoire

Comprendre notre temps, Marc Ferro - Odile Jacob (27 avril 2007)

Pour une bonne partie de la gauche et des forces progressistes ou humanistes, le réveil a été terrible. On a éprouvé, avec cette campagne, le choc d'un retournement dialectique, comme on ne le croyait plus possible, et d'un très étonnant retour du refoulé. Le sol tremble sous nos pieds devant la réapparition des monstres du passé, de l'irrationnel, de la religion, du patriotisme, de la morale, de la démagogie, de l'idéologie, de l'ordre policier mais, par dessus tout, sans doute, du ressentiment qui a envahi les discours et se déchaîne sans retenue dans une frange de la population : ressentiment contre les précaires (profiteurs, assistés, fainéants), les immigrés, les jeunes et même Mai 68 maintenant !

C'est donc fort à propos que Marc Ferro nous rappelle la place du ressentiment dans l'histoire comme une dimension ineffaçable et qu'il faut prendre en compte "pour comprendre notre temps" mais surtout pour entrer en résistance contre la folie des hommes et changer le monde vraiment, peut-être !

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Newsletter 05/07

Leonard de VinciRevue des sciences du mois de mai 2007

  • Les promesses de la plasmonique !
  • 800 000 ans d'histoire du climat
  • Prédire les maladies autoimmunes
  • Conséquences du théorème de Gödel en physique
  • De l'eau sur Mars !
  • Trous noirs et trous de ver : la porte des étoiles !
  • Climat : les effets pervers de la reforestation
  • Invasion de crapauds mutants en Australie
  • La dégénérescence de l'homme
  • Les abeilles menacées par l'excès d'ondes électro-magnétiques
  • La génétique, un océan d'idées reçues
  • La vaccination des bactéries contre les virus
  • Nouvelles pistes contre le cancer
  • Délocalisation du cerveau ?
  • La controverse des antioxydants
  • Inquiétudes sur les nouvelles technologies

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DCA, l’arme anti-cancer ?

Il est toujours délicat de parler d'un supposé traitement miracle contre le cancer, il y a déjà eu tant d'espoirs déçus, mais il y a de bonnes raisons d'attirer l'attention sur une découverte très récente et qui provoque déjà un certain engouement outre-atlantique : un produit simple et peu coûteux le DCA (DiChloroAcetate) pourrait entraîner la mort des cellules cancéreuses sans nuire aux cellules saines !

Cela parait trop beau pour être vrai et demande confirmation mais, s'il faut en parler quand même, c'est que les laboratoires pharmaceutiques ne s'intéressent guère à une molécule chimique qu'ils ne peuvent breveter et qui est trop bon marché ! Il faut donc les faire changer d'avis ou bien que les pouvoirs publics prennent en charge rapidement les essais cliniques afin de confirmer ou non le potentiel thérapeutique du DCA, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles approches des cancers. En effet, sur le plan scientifique l'intérêt de cette découverte est de renforcer l'hypothèse métabolique du cancer plutôt que celle des mutations de l'ADN, l'une n'étant pas exclusive de l'autre d'ailleurs.

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Le sens de la vieillesse et de la mort

La longévité a-t-elle une limite ?, Pour la Science, no 355

Le très intéressant interview de Jean-Claude Ameisen, dans la revue Pour la Science du mois de Mai 2007, nous incite à une méditation sur la mort et le vieillissement, tout comme dans son merveilleux livre "La sculpture du vivant" où l'on découvre le rôle vital du suicide cellulaire, d'une mort omniprésente au coeur de la vie même.

La vieillesse et la mort font partie intégrante de la vie, ce ne sont pas de regrettables accidents mais la conséquence de la jeunesse et de la reproduction. Cela n'empêche pas d'essayer de lutter contre la vieillesse, ni d'augmenter l'espérance de vie, encore faut-il que ce soit dans de bonnes conditions. Ce n'est pas tant une question technique ou génétique, qu'une question écologique et sociale.

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L’amour du maître ou de la démocratie ?

Il faut le dire, les élections présidentielles relèvent d'une conception fasciste de la démocratie, favorisant la démagogie et l'appel d'une dictature de la majorité sur toutes les minorités. C'est encore plus marqué cette fois, au niveau des discours au moins, avec le retour du "Travail, Famille, Patrie" et même de la religion ! C'est un rappel à l'ordre brutal pour la génération 68. Espérons que ce ne soit qu'une dernière divagation avant la démocratie des minorités et des droits de l'homme dont nous avons tellement besoin pour une société écologisée et plus conviviale.

En tout cas, c'est à peu près plié semble-t-il. Il y a bien peu de chance qu'on évite le pire maintenant, mais c'est tout de même assez serré pour que ce ne soit pas complètement impossible. Du coup chaque voix compte, et même si l'abstention d'une élection anti-démocratique est l'attitude la plus logique normalement, cela deviendrait trop irresponsable dans la situation présente, alors qu'il faut se mobiliser sans attendre pour faire barrage à la tentation autoritaire d'un Etat répressif. Ne pas voter, c'est voter Sarkozy. Il ne s'agit pas de faire confiance à Ségolène Royal, qui a bien des défauts assurément et qu'on n'a pas besoin d'idéaliser. Si elle avait de bonnes chances d'être élue je n'aurais même pas idée d'aller voter pour elle, mais, pas de confusionnisme pour autant, ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a une différence de logique radicale entre les discours des deux candidats : il faut choisir si nous voulons un maître, qui prétende nous aimer et nous promette la lune, ou si nous voulons une démocratie pour nous gouverner nous-mêmes !

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La relativité d’échelle en question

Parmi les newsletters scientifiques, la lettre des Automates Intelligents se signale par son intérêt et son anticonformisme. Bien que nos points de vue soient assez différents je suis assez souvent surpris de la proximité de nos interprétations malgré tout. On ne peut leur reprocher un réductionnisme affiché, qui reste assez prudent et modéré, dès lors que leur ambition est de donner plus d'intelligence aux automates. Par contre, c'est sans doute la sous-estimation de la notion d'information (dans ce qui l'oppose à l'énergie et la matière) qui peut expliquer leurs excursions dans la physique bien que cela n'ait qu'un rapport lointain avec leur objet. Sans adopter les mêmes positions, on peut partager quand même cet esprit d'exploration qui stimule la réflexion, et saluer l'honnêteté intellectuelle de leurs recherches.

Ils ont choisi, ce mois-ci, de mettre en valeur la "relativité d'échelle" défendue par Laurent Nottale et qui est très controversée, entre avancée théorique décisive et simple supercherie. C'est l'occasion de se frotter à la science en train de se faire, quand on parle forcément de ce qu'on ne connaît pas et qu'il est bien difficile de trancher entre nouvelle ou fausse science. C'est dans cette totale incertitude, en dehors de l'expérience, que l'éthique scientifique doit être mise à l'épreuve et savoir faire preuve de discernement, en éprouvant par là même tout ce que l'on ignore encore malgré tous les savoirs accumulés.

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La joyeuse incertitude de l’avenir !

Le moment de vide qui précède une élection serait assez comparable à l'indétermination du vide quantique avant une mesure, selon l'image qu'en donne Gilles Cohen-Tannoudji. C'est le calme avant la tempête. Quand chacun retient son souffle, immobile et comme suspendu à la question, tout semble encore possible. Les sondages ont beau vendre largement la mèche, il leur arrive heureusement de se tromper, ce qui mène d'ailleurs certains à leur nier toute pertinence (dans une dénégation plus ou moins délirante de la réalité des rapports de force). Il est indéniable que les votes restent effectivement plus ou moins indéterminés et fluctuants avant l'ouverture des bureaux de vote, alors qu'une fois exprimés, c'est comme si les raisons qui nous ont mené à ce résultat existaient depuis toujours (la sociologie politique la plus concrète et matérielle, bien plus que l'idéologie de la liberté et des valeurs dont on voudrait se persuader).

De tout côté on nous promet rupture ou révolution ! Même si c'est un signe des temps, on ne sait si on doit en rire ou en pleurer, se replier sur soi ou prendre les jambes à son cou. Plutôt que de parler de politique et d'ajouter de la confusion à la confusion en ces temps d'incertitude et même d'angoisse du futur, on peut toujours essayer de se consoler en rappelant comme cette indétermination (relative) de l'avenir est malgré tout consubstantielle à notre liberté et même à notre simple intérêt pour la vie ! Le pire n'est pas toujours sûr, voilà qui suffirait à notre joie de n'avoir pas seulement des mauvaises nouvelles, du moment qu'on ne peut savoir vraiment de quoi demain sera fait. Bien sûr tout cela paraîtra un peu trop paradoxal ou sacrificiel, alors qu'on ne fait que rêver d'un bonheur sans fin. C'est donc ce qu'il faut essayer de montrer.

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La part maudite

Les dernières nouvelles de l'histoire de la Terre, de l'évolution de la vie et du climat, semblent confirmer l'intuition de Georges Bataille d'une humanité vouée comme toute vie à la consumation et la dépense de l'énergie excédentaire. Ainsi, notre rôle actif dans l'effet de serre et le réchauffement climatique n'aurait rien de tellement exceptionnel ou de hasardeux, se situant dans le prolongement de tous les organismes multicellulaires dont la fonction serait liée à la lutte contre les glaciations et l'excès de production d'oxygène !

Certes nous sommes bien coupables d'avoir passé les bornes et la rapidité du processus que nous avons déclenché nous menace directement, ainsi qu'une bonne partie des organismes vivants. Rien ne nous protégera contre nous-mêmes et nos folies. A semer à tous vents nos gaz empoisonnés, nous risquons assurément d'être balayés par les tempêtes et de nous brûler aux rayons d'un soleil de plomb. Il y a urgence à réagir malgré toutes les incertitudes dès lors qu'on risque un emballement qui pourrait être fatal, mais au niveau des temps géologiques et de l'histoire de la biosphère, ce ne serait sans doute qu'une péripétie dans la co-évolution de la vie et du climat.

En effet, il est étonnant de constater, au-delà des extinctions massives et des cataclysmes que la Terre a pu connaître, comme la vie et le climat se sont ajustés réciproquement jusqu'à constituer un système dynamique qui se stabilise plus ou moins sur le très long terme. Il n'y a pas l'environnement d'un côté et les gènes de l'autre mais une interaction constante qui brouille bien plus qu'on ne croit la séparation entre intérieur et extérieur, entre vivant et non-vivant (entre sujet et objet). Ce n'est pas une raison pour faire de Gaïa un être vivant à part entière mais il y a bien une précieuse union intime entre la vie et son milieu, un équilibre dynamique, plus ou moins cyclique et jamais en repos, où se dépense notre excès d'énergie dans un foisonnement de formes vivantes aussi chatoyantes qu'éphémères, mais qui se reproduisent pourtant et perdurent à travers les âges en façonnant le monde à leur ressemblance pour en faire un monde vivant, le monde de la vie.

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Critique de l’écologisme (la maladie infantile de l’écologie)

L'écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux écolos qui n'ont jamais été qu'une bande de rigolos inoffensifs, même s'ils ont constitué une nécessaire avant-garde, vivante et colorée. Il faut sortir de l'écologisme et de toutes ses naïvetés, qui sont la maladie infantile de l'écologie, pour une écologie enfin adulte capable de prendre en main notre communauté de destin planétaire et qui se tourne vers l'avenir plutôt que vers le passé. Il y a urgence ! Il ne s'agit pas de se fier au réformisme mou d'une écologie d'experts en costard cravate et sans imagination, ce qu'il faut c'est trouver des solutions pour assumer nos responsabilités collectives mais les écologistes actuels font plutôt partie du problème même s'ils ne sont qu'un symptôme de l'infantilisation de toute la société.

L'écologie-politique à l'ère de l'information n'a rien à voir avec un quelconque retour en arrière, ni avec un moralisme puritain, c'est l'accès à un nouveau stade cognitif et politique d'unification du monde et de prise en compte du négatif de notre industrie, d'une pensée globale et d'un agir local, d'une relocalisation équilibrant la globalisation des réseaux numériques et des marchés. Il ne s'agit pas de prétendre que la chose est facile, ni qu'elle est sans dangers, au contraire, c'est bien pourquoi il faut se méfier de l'idéologie pour s'occuper de ce qui ne marche pas, prendre à bras le corps les problèmes qui se posent concrètement, en multipliant les expérimentations avec une direction par objectifs prudente et attentive à l'expression du négatif afin de pouvoir corriger au plus vite notre action en fonction du résultat. A l'opposée d'une idéologie bêtifiante ou totalitaire, l'écologie devrait s'occuper sérieusement de ce qui ne marche pas, intégrer complexité et dialectique, faire converger conscience collective et développement de l'autonomie. Nous essaierons de dire ce que l'écologie-politique n'est pas et ce qu'elle devrait être, même si c'est risqué et bien loin des simplifications médiatiques comme de l'idéologie dominante.

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Newsletter 04/07

Leonard de VinciRevue des sciences du mois d'avril 2007

  • Le monde de l'ARN
  • Les virus facteurs de biodiversité
  • L'arsenic guérit les maladies auto-immunes !
  • Calculer avec des condensats de Bose-Einstein !
  • James Lovelock et la revanche de Gaïa !
  • Des doigts coupés qui repoussent
  • Trop de lait nuit
  • Solutions techniques pour réduire le CO2 ?
  • Technologies émergentes
  • etc...

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Changer le travail, changer la vie !

La confusion est à son comble. Alors que tout a changé avec notre entrée dans l'ère de l'information et que la précarité s'étend, on entend toujours les mêmes vieux discours, par les mêmes vieux partis avec leurs vieilles idées et leurs élites dépassées. Plus personne ne sait quoi penser dans ce marché des idéologies jusqu'à une extrême gauche éclatée repliée sur leurs petites organisations ridicules et incapables de construire une véritable alternative. La "valeur-travail" n'a jamais été aussi haute, au moment même où le travail manque et où il a perdu toute valeur au profit des boursicoteurs et de la finance internationale. Impossible de revenir à la situation antérieure pourtant quand le travail ne se mesure plus au temps salarié car le travail immatériel n'est pas linéaire, sa production n'est pas proportionnelle au temps passé et, par dessus le marché, contrairement au travail forcé d'une simple "force de travail", le travail immatériel et créatif ne peut réussir sans "motivation", sans un certain plaisir de travailler ! Bien sûr, c'est loin d'être le cas partout, la situation empirant au contraire pour beaucoup, mais une majorité de travailleurs aiment quand même leur travail et se battent pour que leur entreprise ne ferme pas. Cette exigence de motivation peut d'ailleurs redoubler l'aliénation aussi et rendre la subordination salariale absolument insupportable d'hypocrisie dès lors qu'elle est forcée...

La revendication d'un revenu garanti est de plus en plus nécessaire dans ce cadre mais elle n'a pourtant aucune chance de s'imposer dans le contexte actuel, du moins pas avant que les représentations du travail aient changé, devenu le premier besoin de l'homme comme valorisation de la personne et non plus devoir de subordination, si souvent humiliant. Pour changer cette représentation du travail comme "désutilité" ne servant qu'à "s'enrichir", n'étant fait que pour l'argent et la consommation, alors que la vraie vie serait ailleurs (dans les loisirs et la distraction), il faudrait arrêter de réclamer sa réduction comme d'un mal nécessaire pour exiger au contraire un meilleur travail, de meilleures conditions de travail, afin de ne plus perdre sa vie à la gagner, et faire d'un mal un bien. Pouvoir être heureux dans son travail, voilà qui devrait améliorer considérablement notre qualité de vie, étant donné que le travail en occupe la plus grande partie !

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L’histoire après l’histoire (Hegel 200 ans après)

Messieurs, ce moment est historique, car, même si personne n'en parle ni même ne semble le savoir, cela fait tout juste 200 ans que l'histoire est finie !

C'est, en effet, le bi-centenaire de la publication de la "Phénoménologie de l'Esprit" en mars 1807, et donc de la pensée de l'histoire. A suivre Kojève, qui en a popularisé le thème, la pensée de l'histoire annoncerait aussi sec la "fin de l'histoire" ! Voilà qui serait bien paradoxal même si la chouette de Minerve ne s'envole qu'au soir, c'est-à-dire qu'on ne peut comprendre une histoire, en tirer les leçons, qu'une fois la fin connue, et certes, on ne peut continuer aussi naïvement ce dont on vient de prendre conscience ! Etrange fin de l'histoire tout de même, pleine de bruits et de fureurs où le progrès accéléré des techniques et de la richesse a produit les plus grandes destructions et les plus grandes misères aussi, faisant éclater toutes les anciennes solidarités dans une destruction systématique du passé.

On pourrait penser que ces questions métaphysiques n'ont aucun intérêt pratique ou politique, on aurait grand tort et d'ailleurs cette "fin de l'histoire" qui est plutôt un concept marxiste (fin des classes sociales et de la lutte des classes) est revendiquée aujourd'hui par de petits idéologues comme Fukuyama qui sont loin d'avoir la carrure de Kojève et de sa lecture marxiste de Hegel, n'y voyant plus qu'une justification de l'ordre établi : la démocratie de marché pour l'éternité ! On verra que cette prétendue "Fin de l'histoire" est à comprendre plutôt chez Hegel comme le passage de l'histoire subie à l'histoire conçue, ce qui est tout le contraire du libéralisme triomphant où il n'y aurait plus rien à faire, mais ce passage n'est pas du tout immédiat, il fait encore partie de l'histoire avec la confrontation des idéologies libérales, puis communistes, puis fascistes, puis nazis, puis sociaux-démocrates enfin néolibérales et, espérons-le, écologistes... Avec l'écologie se projetant dans l'avenir au nom des générations futures, on s'approcherait peut-être d'une véritable fin de l'histoire si l'écologie n'avait pas elle-même une histoire. L'erreur, serait de croire que la philosophie hégélienne serait universellement partagée à peine formulée ou que l'Etat universel se ferait sans drames alors qu'il faut bien avouer que la "Phénoménologie" est carrément illisible et que sa mise en oeuvre ne coule pas de source, c'est le moins qu'on puisse dire ! Il semblerait plutôt que l'histoire n'en finit pas de finir, dans un temps asymptotique qui n'atteint jamais sa fin et connaît plutôt maints retournements en se rapprochant de son objet, si différent à chaque fois de ce qu'on s'imaginait de loin. Ce qui a changé désormais, c'est du moins que l'histoire se joue maintenant entre conceptions de l'histoire, entre visions de l'avenir, c'est-à-dire entre idéologies qui n'ont pas fini de s'affronter pour déterminer ce qu'il nous faut faire, dans la confrontation avec l'expérience et nos propres limites.

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L’égalité c’est la liberté

La question de la liberté, et de ses contradictions, reste toujours aussi disputée mais c'est bien notre préoccupation principale tout au long de la vie. C'est un fait constamment vérifié, que ce soit en amour, en famille, en groupe, et, bien sûr, dans la politique entre libéralisme et altermondialisme aujourd'hui où chacun se pose en défenseur de nos libertés ; avec une grande naïveté le plus souvent d'ailleurs, pour ne pas dire un dogmatisme fanatique (dans les deux camps parfois) comme si on ne pouvait qu'être totalement libre ou pas du tout ! Le difficile à admettre, en effet, c'est le caractère contradictoire de la liberté elle-même où se joue notre destin, pas seulement politique, en passant systématiquement d'un excès à l'excès inverse, pris dans une dialectique historique où nous sommes supposés apprendre collectivement de nos erreurs successives ! C'est l'enjeu vital de notre moment historique que de le reconnaître pourtant afin de sortir de l'impasse écologique et sociale du libéralisme sans retomber dans des régimes autoritaires.

Pour cela il faut insister sur le fait que ce n'est pas l'égalité qui s'oppose à la liberté désormais, alors qu'on verra au contraire qu'il n'y a pas d'égalité sans liberté, c'est la liberté qui s'oppose à elle même et détruit ses propres bases ! C'est la liberté des marchandises qui s'oppose à la liberté des populations ou qui met en péril les équilibres écologiques. De son côté, l'égalité c'est d'abord l'égalité de droit, l'égalité de conditions qui doit nous permettre de ne pas perdre notre indépendance, ne pas subir de domination. L'égalité c'est la liberté pour tous, c'est la condition de la liberté, et pas seulement juridiquement car il n'y a pas de véritable autonomie sans autonomie financière par exemple (les femmes qui n'avaient pas de revenu en savaient quelque chose). La liberté n'est pas un état naturel, c'est une construction sociale et historique, le résultat de dispositifs techniques et de l'organisation collective, des "supports sociaux de l'individu" (comme dit Robert Castel). Loin de s'opposer à l'égalité, la liberté de tous en dépend complètement. Encore faudrait-il s'accorder sur ce qu'on entend par ces termes d'égalité et de liberté, voire même de fraternité bien qu'il n'ait plus tellement cours celui-là !

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Introduction du nazisme dans la philosophie

Emmanuel Faye, Heidegger, L'introduction du nazisme dans la philosophie, Le livre de poche 2007 (Albin Michel 2005)

Expérience trouble, troublante que la lecture de ce livre d'Emmanuel Faye qui peut se lire comme un roman policier pour philosophes, certains diront une conception policière de la philosophie mais malgré ses défauts, ses naïvetés, ses conclusions hâtives, ce livre reste sans doute indispensable. Non que la compromission de Heidegger avec le nazisme soit chose nouvelle. J'ai déjà écrit en 1997 un texte, bien imparfait sans doute, sur Heidegger et le nazisme et je parle souvent du "nazi Heidegger", mais l'importance de ce livre n'est pas dans la dénonciation du nazisme de Heidegger, c'est d'en faire enfin une question philosophique. Pas dans le sens que lui donne l'auteur pourtant d'une nazification de la philosophie qui frise le ridicule mais bien d'une introduction du nazisme dans la philosophie, de considérer que le nazisme n'était pas la barbarie de quelques illuminés débiles ayant conquis le pouvoir par erreur mais réellement une erreur dans la pensée, un délire collectif, un enjeu historique qui devait être résolu. Il faut se rendre à l'évidence, les plus grands penseurs ont soutenu le nazisme, de même que Gentile a soutenu le fascisme et Lukàcs le stalinisme malgré leurs désaccords éventuels. Le scandale, c'est que cela n'empêche pas que ce soient de grands philosophes et donc que ce soit un peu de nous.

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Newsletter 02/07

Leonard de VinciRevue des sciences du mois de février 2007

  • Ne plus avoir mal
  • Décodage du cerveau
  • Hibernation et Alzheimer
  • Petits avec de grandes oreilles
  • Le ralentissement du Gulf Stream aurait provoqué le petit âge glacière
  • L'extinction des espèces rares en-dessous d'un certain seuil
  • Acquisition de la capacité à digérer du lait par différentes populations
  • La confusion des inconscients
  • Sommeil et mémoire
  • Grippe aviaire, les morts seront les pauvres
  • Exploitation des pétroles lourds
  • La fin du monde le vendredi 13 avril 2029 ?
  • Animal et humain, d'individu à individu
  • La vie sur Mars
  • Fonctionnement des neurones par activation de gènes, de l'aplysie jusqu'à nous
  • Les premiers primates
  • Qui oublie le passé imagine mal le futur
  • Pourquoi est-on du soir ou du matin ?
  • Un anticancéreux révolutionnaire et bon marché
  • Une voie prometteuse de lutte contre les tumeurs testée chez l'animal
  • Détecter en quelques minutes tout type de virus
  • Parkinson : « Vivre physiquement ses rêves serait un signe avant-coureur de la maladie »
  • Le magnétisme pour les rhumatismes ?
  • Cicatriser à l'électricité
  • Etats-Unis : des embryons « à la carte »
  • Un virtuel trop réel
  • Des secousses sismiques provoquées par l'activité humaine !
  • Les déchets radioactifs bien plus corrosifs qu'on ne le pensait...
  • Dissémination des OGM
  • La maison-arbre, l'ultime habitat écolo
  • Terre ingrate et bio-diversité sont une bonne source de biocarburants
  • Nouvelles éoliennes
  • Interface bionique neurones-électronique
  • Semi-conducteurs semi-organiques
  • Des ordinateurs quantiques à neutron ?
  • Les nano-usines du futur

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Le retour des grands récits

Une brève histoire de l'avenir, Jacques Attali, Fayard, 2006

Voilà le genre de livre qu'on ne croyait plus possible à notre époque post-moderne, retour des grands récits mythiques qui prétendent éclairer l'avenir par un passé lu à travers le prisme déformant des enjeux idéologiques du moment, au prix de multiples anachronismes ou approximations. Bien sûr, Jacques Attali est habitué des hautes sphères. De cette hauteur, on ne s'embarrasse pas de petits détails ni de patientes vérifications, bien loin de Fernand Braudel dont il se réclame ! On peut trouver cela consternant mais c'est surtout le retour à une idéologie décomplexée, des belles histoires qu'on se raconte pour justifier l'ordre établi et notre démocratie de marché !

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Newsletter 01/07

Leonard de VinciRevue des sciences du mois de janvier 2007

  • Un antidouleur dans la salive
  • L'île de Pâques détruite par les rats ?
  • Les neurones miroirs (et l'autisme)
  • Les gènes mobiles (ou "transposons")
  • Plus chaud, plus vite
  • Transcription de l'ADN
  • Fonction de la fièvre
  • Quitter le système solaire...
  • Dégagement de méthane marin
  • Le réchauffement ralentit l'activité biologique de l'océan !
  • Chute d'une météorite il y a 4000 ans (les plaies d'Egypte)
  • Un bras qui repousse (comme chez les tritons) ?
  • Le meilleur des vins rouges
  • La chimiothérapie attaque le cerveau
  • Alzheimer et stress
  • Les clefs du bonheur !!
  • Le culte du Python, il y a 70 000 ans !
  • Windows Vista vous espionne...

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